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Original subtitles

MIRCrew

Buona visione

[musique intrigante]

Oh là là.

Oh là là, c'est toi ?

Oh ! Incroyable !

Oh ! Ça fait des lunes !

Ça va ? Ça fait quoi ? Ça fait quatre, cinq ans, non ?

Oh ! Ça me fait trop plaisir !

Ouah !

Oh là là, il s'en est passé des choses en cinq ans, non ?

Oh là là !

Tu me vois avec un bouquet de fleurs parce que j'ai décroché un rôle au théâtre

et je me suis fait un cadeau à moi-même, ça m'arrive sou…

Ouais, je fais du théâtre maintenant. Enfin, du cinéma aussi.

Je suis acteur. Mais tu savais pas ?

[dialogue des touristes]

Tu ne me suis pas sur Instagram ? Ah ? Marrant.

- Bonjour. - Picture ?

Picture ? Oui, bien sûr.

Je pose mes lunettes.

Picture ?

Ah ! Pff…

Pardon. Tu peux me tenir ça ? Hop, merci.

Attention de pas tomber.

[dialogue des touristes]

[déclic]

Oui parce qu'en fait, il y a cinq ans, tu me connaissais.

J'étais chez ASK, l'agence.

On représentait tout le cinéma français.

On était une belle d'équipe d'agents, d'assistants…

À la fin, j'étais même devenu agent junior.

Et il y a cinq ans, l'agence a fermé. Voilà.

Gros coup dur.

On s'est fait torpiller de l'intérieur par Starmédia.

En quelques mois, ruinés.

C'était l'horreur. Nous, on était là :

"Ben ouais, OK. On va se relever, on va rester soudés…"

Mais pff… La clé sous la porte.

Ça me donne envie de bouffer du sucre.

La petite bande d'ASK ? Pff… Pff…

Ce qu'il en reste ? Rien.

Rien, finito. Basta.

Arlette était la plus vieille. Elle a pris sa retraite.

Mathias Barneville et sa fille Camille ont monté leur agence.

Évidemment, ils m'ont supplié de bosser avec eux.

Mais moi, j'ai dit : "Non, Hervé, il est acteur."

Moi, j'ai enfin rencontré ma vie. Tu vois ?

Et puis, t'as Gabriel.

Avec qui j'ai bossé toute ma vie.

Il est parti directement chez les concurrents ?

Chez l'ennemi ? Moi, je juge pas.

Je juge pas.

Mais quand même.

La seule dont je suis resté très proche, c'est Noémie.

Elle est productrice. Mais pas du genre qui se la pète.

C'est un rayon de soleil.

Elle rentre dans une pièce, ça change ta vie.

Il reste Andréa. Andréa, bah alors, elle !

Énigme jusqu'à la fin de ma vie, quoi.

Indépendante, jamais là où on l'attend…

[cloches]

Mais attends, il est quelle heure ? Oh là là, mais il est… Quel con !

En plus, c'était le repas pour ma mère parce que j'ai pas fait à manger.

Et elle passe me voir, mais c'était super de te voir.

T'as embelli ! Ouais !

Écoute, la prochaine fois, tu me parles de toi. Garde les fleurs !

C'est pour toi, ça me fait plaisir.

Ça, c'est Paris.

Allez, bisous. On attend pas cinq ans, hein ? Oh !

[notes facétieuses]

[Hervé] Salut !

[version funk du thème de la série]

- La dernière version du scénario. - Génial, merci.

Un Coca Zero et des fruits secs.

Mais sans noix de cajou, j'aime pas.

- Andréa, il faut que je te voie. - D'abord, il faut que je trouve Malik

pour cette histoire de flingue. Quelqu'un a vu Malik ?

- Non ? Malik ? - Il est pas là.

Tu peux me choper le catalogue de Nan Goldin ?

Il me le faut pour mes références visuelles.

- Nouveau plan de travail, le 25-2. - Dernière version du scénario à adapter.

Tu peux être chez moi entre 15 h et 19 h aujourd'hui ?

Je reçois mon nouveau lave-linge.

Après une semaine habillée pareil, je pue.

[musique enjouée]

[sifflotement]

Eh, Noémie, félicitations !

Merci.

- Bravo pour les audiences, hier soir. - Merci, Malik.

- Ça va ? - T'aurais dû rester une saison de plus.

Fallait me retenir.

- Ça se passe bien sur le film d'Andréa ? - Ouais, c'est une aventure.

- Malik ! - Une aventure merveilleuse. Ouais ?

- Je peux voir les flingues ? Merci. - Bien sûr, je t'amène ça.

- Ça va, Noémie ? - Oui, Andréa.

Oh là là, ça me fait drôle de te voir ici à chaque fois.

C'est une grosse boîte, mais quand même. Moi, qui produis ma série à succès.

Toi, qui vas réaliser ton premier film avec, je l'espère, autant de succès.

- On se suit, c'est génial. - Ouais, c'est trop marrant.

- Alors, c'est tout d'époque. - Ah.

- Je te laisse regarder lequel te plaît. - OK.

Ta fille, ça va ? Elle est en quelle classe ?

CE1.

Ouah, CE1, ça passe trop vite.

Le .38 Special fait trop américain.

- C'est très Clint Eastwood. - OK.

Tu sais que c'est moi qui l'ai aidée à accoucher chez ASK ?

J'avais pas cette info, non.

- Sur la moquette, en plus ! - Bon, Noémie !

Attends, quand même, c'est pas banal.

Elle a un utérus très tonique, elle a pas senti les contractions…

Noémie, je suis débordée, je suis sous-alimentée.

Arrête de débriefer mon utérus à la machine à café

pour que je continue à travailler avec Malik.

Bien sûr. Je comprends.

- Merci. Lui. - Surtout, n'hésite pas à me solliciter.

J'ai une solide expérience de production.

Tu sais que ma série est leader sur la tranche ?

4 500 000 téléspectateurs tous les soirs.

Félicitations.

C'est grâce aux EHPAD, non ? Qui laissent la télé allumée H24.

[soupir interloqué]

- Je prends celui-là ! - [Malik] Je te le laisse !

- C'est trop court. - OK.

Ça, c'est trop court, trop mou, trop bleu.

OK.

Ça, j'aime bien.

- Je peux la voir en vrai ? - Bien sûr, regarde.

Oui, j'aime beaucoup. OK. Par contre, pas les bottes.

- Ah, OK. - Non.

Tu veux quoi, du plat ?

Escarpins, cinq centimètres de talons, max.

- OK. - Même dix, moi, ça me va très bien.

Tout-terrain.

- C'est pour la forêt, ça ? - Ouais.

Pourquoi ? C'est beau, non ?

Ouais, c'est un peu trop beau. Ça fait un peu pub Balenciaga, non ?

Plus Gucci.

Oui, si tu veux, mais c'est un peu joli.

Oui, mais sur Laetitia, il y a tout qui fait hyper beau.

Non, mais d'accord, mais je veux dire, elle tue son mari à bout portant.

Ensuite, elle s'enfuit sur les routes.

Elle vit dans une cabane, il faut un truc plus hétéroclite,

beaucoup plus, je sais pas, mal assorti. Excuse-moi.

Faut qu'on se dise qu'elle a piqué ça sur une corde à linge de baraque ouvrière.

Ça, j'aime bien, par exemple.

Ça, c'est à moi, Andréa.

- À toi ? - Ouais.

Tu vois, ça, c'est un peu rien, quoi. C'est un peu…

Ça a pas de forme. C'est pas joli, mais c'est ce que j'aime.

- Tu veux bien l'essayer ? - Oui, c'est super.

- Hey, ça va ? - Hey, ça va ?

Ouais.

- Oh, mignon. - Ah ! Fais gaffe, elle mord.

- Ah, ouh là. - Tiens, merci. OK.

- C'est pas mal, non ? - J'aime beau…

Ah, ouais. C'est un peu juste, non, par contre ?

- Un peu. - Non, à l'époque, ils portaient serré.

T'as pas un petit peu pris ?

- Un kilo ou deux pendant les fêtes. - Les fêtes ? Mais on est en septembre.

Je trouve ça intéressant, ça lui donne de l'épaisseur, c'est bien.

Je vais peut-être continuer un peu.

C'est la bonne épaisseur. Faut que tu puisses courir.

Il y a de la marge. Et ça me vieillit.

- Y a pas… - Ils avaient l'air plus vieux que nous.

T'as pas tellement de marge, Laurent.

- C'est mon flingue, ça ? - Oui.

J'essaye un truc.

- Attends. - [costumier] Ça passe pas.

Si, ça passe.

Il faut pas serrer la ceinture comme ça.

[Laurent force]

Hmm.

[musique enjouée]

[Andréa] Ah, Mathias !

Laurent a vachement pris, t'as vu ?

- Bonjour, Andréa. - Bonjour.

J'ai pas remarqué.

- C'est pas une proposition pour le rôle ? - Non.

- Ah. - Ça va ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Des petits détails à régler avec ton producteur.

Ah bon ? Un agent qui se déplace, c'est que c'est grave.

Je vais venir avec toi.

C'est rien, je t'assure.

C'est juste quelques indisponibilités de Laurent.

- On va trouver une solution. - Ah bon ? Quel genre ?

On va gérer. T'as un film à faire. Occupe-toi du plus important.

C'est important, le plan de travail. Je le connais, je peux vous aider.

J'ai produit 30 films.

Je connais mon travail. Fais-moi confiance.

Ça t'autorise à me parler comme une stagiaire limitée ?

J'avais oublié que je bossais avec Kubrick.

En tout cas, bravo Andréa.

C'est courageux, ce changement de carrière.

Ça m'étonne pas, je connaissais ton âme d'artiste.

[inhalation de vapoteuse]

Il a un autre film ?

Hmm ?

Il doit prendre du poids pour le rôle.

- C'est ça ? - Pas de panique, rien d'incompatible.

Alors, c'est juste un léger chevauchement.

C'est en même temps que mon film ? Intéressant.

D'accord. C'est quoi ?

Le nouveau Wes Anderson. Un ténor d'opéra, tournage à Milan.

Et vous n'avez pas pensé à me tenir au courant ?

T'es tellement à cran que ça aurait été pire.

- Laisse-nous gérer… - Arrête de m'expliquer la vie !

- On s'énerve. - Je bosse dessus depuis cinq ans.

J'ai écrit ce rôle pour Laurent,

et vous me refilez un acteur bedonnant à temps partiel.

En plus d'être incompétents, vous êtes dangereux.

- Tu vas trop loin. Redescends. - Arrête. Ne me parle plus, d'accord ?

- Pratique pour travailler ensemble. - C'est plus le cas.

- Voilà. Boys club de mon cul ! - OK.

Mature, cette réaction. Mature.

Je le vois ton doigt, c'est une baie vitrée, putain !

Je suis contente de faire le film d'Andréa, c'est génial.

Je m'entraîne depuis une semaine à dormir dehors.

- Bravo. - Le matin, je prends des biftecks.

Et vous vous entraînez où ça ?

En Corse, dans mon village. Dans la montagne.

[Laetitia] Hmm.

Et sinon, vous vouliez me voir pour une raison précise ?

Je suis à un moment de ma carrière où il faut que je prenne une décision.

J'ai besoin de prendre des risques. Je me sens seule dans mes choix.

Je change d'agent.

Je suis désolée. La décision a pas été simple.

J'ai longuement parlé avec Andréa, et elle a compris le truc, quoi.

Vous êtes super.

Il n'y a aucun problème là-dessus, pour défendre les contrats…

Il n'y a jamais eu de problème. Mais il y a pas que l'argent dans la vie.

Moi, j'ai besoin de…

De choses impactantes comme actrice. J'ai besoin qu'on me surprenne.

On peut savoir qui aura le privilège de vous surprendre ?

Oui, c'est votre fille Camille.

[musique mélancolique]

Elle a été formée par Andréa, et elle est chouette.

Elle est vive, elle est jeune, elle a la niaque.

Vraiment, c'est ce dont j'avais besoin.

Vous pouvez être fier.

Il est nommé au César ?

[femme] Non, il est norvégien, c'est pareil.

C'est hyper courageux de te l'avoir dit de vive voix.

- [soupir moqueur] Courageux ? - Oui.

Mais tu comprends rien.

Andréa l'a manipulée. Elle m'en veut à cause de Laurent Lafitte.

T'es vraiment naïve.

Ou elle veut quelqu'un qui la comprenne, qui l'écoute.

La vie n'est pas qu'un concours de manipulation.

Tu aurais dû me prévenir. On aurait trouvé une solution ensemble.

C'est pas ce qu'elle voulait.

Elle voulait une rupture radicale.

J'allais pas perdre un gros talent. T'aurais fait la même chose.

Trahir ma fille ? Je crois pas, non.

On n'a pas les mêmes souvenirs.

Je peux plus travailler avec lui. C'est impossible. J'ai plus confiance.

Je le connais, Jérôme. Il est pénible, mais il est pas méchant.

Fais pas ta mauvaise, va lui parler.

Non, je le supporte plus.

Entendre son prénom me fait saigner du nez.

Tu vas pas commencer sans producteur. Hein ? C'est trop risqué.

Non, j'ai trouvé quelqu'un d'autre.

Comment ça ?

Quelqu'un en interne.

[musique intrigante]

Tu savais qu'Eva Longoria était productrice chez nous ?

Elle cherche des projets français.

[en anglais] Eva ?

- Salut ! - Andréa, comment vas-tu ?

- Et toi ? - Bien.

Ouais ? Tu apprécies ton nouveau bureau parisien ?

Je l'adore ! Tu sais comme j'aime être ici.

D'ailleurs, j'ai lu ton scénario.

- Ah oui ? Vraiment ? - Oui. Hmm.

- Qu'est-ce que tu en as pensé ? - Incroyable.

- Non ? Ça t'a plu ? - Oui, époustouflant !

- Non, vraiment ? - Oui !

- Mon Dieu, ça me fait tellement plaisir ! - Oh !

La seule chose que je me suis demandée…

Pourquoi cette femme doit-elle tuer son mari ?

Ça devient si sombre, si vite…

Et on est dans les bois pendant très longtemps…

La cabane, la boue…

J'arriverais plus tôt à Paris.

- OK, oui, je comprends. - Oui.

Mais c'est l'histoire d'une femme en fuite.

Et tu vois, elle survit dans les bois.

Et là, elle découvre sa force à travers la nature.

- Oui. - C'est… Tu vois ?

Oui, mais je crois qu'elle devrait trouver sa force à Paris.

Tu vois ? La magie de Paris.

C'est romantique, c'est intrigant.

C'est ce que les gens veulent

Et si tu as besoin de bons scénaristes, n'hésite pas.

Je peux te filer des contacts.

Ouais, d'accord. Merci, Eva.

[Andréa, en français] En fait, il me faudrait quelqu'un de malléable.

C'est pas possible, les réals comme ça !

Tu le passes là et tu l'envoies à tout le monde.

[Arlette] Qui mette pas son nez partout ?

Je n'en ai rien à foutre. C'est pas compliqué, sinon, elle dégage !

[Andréa] Qui ferait ce que je lui dis.

[rires]

Et le clou du spectacle, attendez…

Hop, hop, hop !

[Arlette] Un homme de paille.

- [Andréa] Qui m'obéit. - Et un pour toi ! Pour ton mec !

Noémie ?

Noémie, je peux te parler ?

- C'est la fête ? - Ouais !

On surperforme pour le troisième mois consécutif,

je voulais faire un cadeau aux équipes.

Bah, félicitations.

D'ailleurs, je voulais te présenter mes excuses

parce que j'ai regardé la série,

et bravo, je trouve ça hyper bien.

Ah… Bah merci.

Ouais, c'est frais, c'est léger, et puis…

Ça fait du bien toutes ces couleurs.

Tout ce jaune, ce bleu, ce orange aussi.

Eh ouais, la vie est tellement morose.

Tu veux le contact de ma cheffe déco ? Elle est formidable.

Non, je voulais te proposer d'être ma productrice.

Mais… c'est pas Jérôme ?

Bah… Jérôme, il est gris.

Et toi…

On se connaît bien.

T'as cette nature enjouée que j'adore. T'es hyper forte en logistique.

- Attends, tu adores ma nature enjouée ? - Oui.

Je l'adore, et ce, depuis toujours.

Et je repense souvent à ASK, et on va pas se mentir.

C'est quand même toi qui tenais la baraque, non ?

Mathias, sans toi, il était rien.

Écoute, c'est vrai que là,

mes auteurs sont en écriture de la prochaine saison.

Ce serait plutôt le timing parfait.

Euh… J'ai un peu envie de te dire banco.

- Génial. - [Noémie rit]

Génial !

Je commence par quoi ? J'appelle ton agent ?

- Pas la peine, c'est moi. - Bah oui !

- Tu peux m'appeler… - Voilà !

[elles rient]

Bon, bah alors, let's go.

Allez, let's go.

Attends, c'est incroyable.

Andréa Martel, Noémie Leclerc, le tandem de choc. Ouah !

[Noémie] Je sens qu'elle a besoin de moi.

Enfin, de mon expérience.

Vraiment, c'est étrange à dire, mais elle est un peu perdue.

Tu vois ? Même Andréa Martel a besoin d'aide.

[elle rit]

En même temps, c'est normal.

C'est un premier long, c'est toujours très, très angoissant.

En plus, le film est ambitieux, c'est un road movie.

Il y a énormément de décors. Ça se passe dans le Sud, d'ailleurs.

Je vais aller tourner là-bas.

C'est génial, non ?

Mathias ! C'est génial, non ?

[Mathias] Hmm.

[soupir agacé]

On y va ? Tiens, tu peux m'aider, s'il te plaît ?

C'est quelle soirée ?

Bah, la soirée Kering.

La soirée Kering.

"Women in Motion." Les femmes dans le cinéma.

Ah, oui, oui, bah oui, bah très bien. On y va, on est partis, allez.

[musique jazzy]

[conversations indistinctes]

Oh, mais Slyti ! Mais non, mais c'est pas vrai ! [rit]

- Ça fait trop plaisir ! Ça va ? - Oh, mais c'est incroyable.

- Chérie ? Chérie ? Je vais au bar. - Oh là là, mais…

- J'arrive. J'arrive. - Pendant qu'on est là…

Ah bah oui, oui, oui. Avant d'être un peu trop hydratées.

- Salut, ça va ? Ouais. - Ça va ?

Vous ne vous parlez toujours pas.

- Parce qu'il bosse chez Starmédia ? - Il a participé à la mort d'ASK.

C'est pas lui qui a ruiné ASK.

Non. Il est pas nazi, il bosse juste pour le Troisième Reich.

Moi, je sais pas, il me touche.

Il a l'air tellement mal depuis que Sofia l'a quitté.

Karma.

T'es un monstre.

J'ai reçu le nouveau plan de travail. Ça rentre pas du tout.

Je sais.

Non, il faut décaler le film d'Andréa.

C'est impossible.

Laetitia Casta part sur une série anglaise juste après le tournage.

Ah, mince.

[musique d'ambiance R&B]

Vous avez fait un truc ?

- Comment ? - Là, un truc.

- Non. - C'est qui ? Docteur Marchak ?

- Ah, non ! - Allez.

- Mais non ! Mais enfin ! - Mathias.

Ouais.

Personnellement, je suis très ennuyé pour le film d'Andréa.

Comment ça ?

- Laetitia est très fragile en ce moment. - Ah oui ?

Hmm.

Et comme Andréa est quand même très compliquée dans le travail…

Ah bon ?

Je l'ai beaucoup pratiquée, je peux vous en parler.

Ouais, c'est vrai que…

Elle était pas très ouverte aux propositions. Un petit peu rigide.

- C'est un euphémisme. - Hmm.

Elle n'aime pas trop les hommes.

D'accord. C'est peut-être ça que j'ai ressenti, alors.

Je peux pas gérer ça.

Ça me fait trop de peine.

C'est pour ça que vous avez un agent.

[la musique R&B continue]

Je t'ai dit, pour le coup, il y a des heures sup, donc tu mets…

Plus deux… Plus trois, mets plus trois.

Voilà, merci.

- Salut. - Salut.

- Elle arrive, elle se change. - OK.

Elle a une poésie pour lundi, on a déjà bien avancé.

- Mais faudrait réviser encore. - Pas de problème.

Tu…

- Salut. - Salut.

La semaine prochaine, j'aimerais qu'on prenne un café avant que tu partes.

- Pour discuter. - Ouais. De quoi ?

De trucs importants pour Flora.

Si c'est important, vas-y maintenant, non ?

On va pas planifier de se parler alors qu'on est en train de se parler.

Euh, OK. [s'éclaircit la voix]

Euh…

Bah…

Lucie vient de recevoir sa mutation.

À Nantes.

C'est super.

- Oui. - Oui.

Du coup, j'aimerais bien…

On a repéré une maison avec un jardin,

donc ce serait bien pour Flora en termes de stabilité, de qualité de vie…

Mais tu pourrais la voir les week-ends, et puis les vacances…

Tu t'es dit qu'un jardin, c'était mieux pour Flora que de voir sa propre mère ?

T'as raison, un jardin, une mère, c'est pareil.

Pourquoi s'emmerder ?

Je suis sa mère aussi.

Ça te laisserait plus de liberté pour faire tes films.

C'est pour mon bien, c'est ça ?

Tu m'enlèves ma fille, mais c'est parce que c'est mieux pour moi.

Elle est avec moi les trois quarts du temps.

J'en ai rien à foutre que Lucie, là, elle ait sa mutation à Nantes.

En quoi ça concerne ma fille ?

Elle n'a qu'à partir à Nantes et revenir le week-end.

On a des projets communs. Je sais que tu comprends pas.

Maman !

Mon amour.

- T'as vu ma nouvelle gourde ? - Elle est super.

Lucie me l'a donnée.

[Andréa tousse]

Ça va, maman ?

Oui, ça va.

- T'as pas eu de récré, carrément ? - Non.

[musique mélancolique]

Bah, je vais te mettre un mot. T'as pas parlé ?

Non, j'ai pas parlé.

- Du tout ? - Du tout.

[ensemble] Chi-fou-mi !

- Chi-fou-mi ! - [cliquetis]

- Voyons, j'aimerais boire du café. - Bah non.

- J'adore le café ! - Bon, vous avez raison, alors.

Vous prendrez du bifteck, avec ?

Les canards adoreraient les oignons.

Ce qui est bien vrai.

C'est long, trois minutes.

[la musique s'arrête]

[chuchote] Maman ? J'arrive pas à dormir.

Moi non plus.

[la musique mélancolique reprend]

[la musique s'arrête]

[Andréa] Ah.

T'es une reine d'être venue.

Légalement, Colette peut l'emmener à Nantes ?

Pas sans ton consentement.

Tu peux t'y opposer,

si vous trouvez pas de compromis à l'amiable,

tu peux aller devant le juge.

Vous êtes séparées depuis quand ?

Alors, on est en crise depuis toujours.

Mais officiellement, depuis six mois.

Elle s'est remise direct avec une autre, elle peut pas vivre seule.

Et financièrement, ça va ?

Ouais, ça va. C'est… Ça va.

Depuis mon changement de carrière, je vis sur mes économies.

Les producteurs payent toujours en retard, donc je cours un peu après l'argent.

Mais normalement, quand le film sortira, je devrais être renflouée.

J'ai un dossier minable ?

Un peu, mais tu vas réussir ton film.

OK ? Tu vas leur montrer que t'es solide.

Et tu vas garder ta gosse.

J'ai tout fait pour convaincre Laurent, mais il veut rien savoir.

Dès que tu dis "Hollywood", les acteurs perdent le sens commun.

Il plante un rôle principal avec Andréa pour un second rôle de merde ?

Il a que quatre jours de tournage. Il se fout de nous.

Oui, mais quatre jours très étalés, tu connais les Américains.

Ils exigent l'exclusivité pendant tout le tournage.

Contacte le juridique au plus vite, qu'est-ce que tu veux que je te dise ?

Mais comme Laurent n'a pas validé ses costumes,

techniquement, il n'y a pas de rupture de contrat.

Je sais, merci.

Bon, je te laisse voir ça avec Noémie.

C'est elle qui est en charge de la production du film, tu le sais ?

Mathias, tu es au courant ?

- Oui, tu le sais. - Oui, bien sûr.

Allez, Mathias, je te laisse, je crois qu'on est tous fatigués.

- Mais quel casse-couilles ! - [tonalité]

[musique mélancolique]

- Quoi ? - [Matthias] Eh oui.

Mais ça va pas, mais qui fait ça ?

Pour qui il se prend, ce connard de Lafitte ?

Je sais, j'ai fait tout ce que je pouvais, mais il veut rien entendre.

- Ça va aller, hein ? - Bah non.

Mais si, tu vas trouver une solution, mon petit bouchon.

- [elle soupire] - Tiens, regarde.

- Tu fais du bourguignon ? - Oui, pour te réconforter. Sens-moi ça.

Mmm…

Ah ouais, ça a l'air délicieux.

Merci.

Heureusement que t'es là.

[notification]

Ah, bah…

Attends…

Tu lui as conseillé de quitter le film ?

Non, il m'a demandé les coordonnées d'un médecin pour sa mère.

- Ah bon ? Et qu'est-ce qu'elle a ? - Un truc au genou, je crois.

Tu mens ! Mais tu mens tellement, mais c'est…

T'as torpillé mon premier film de cinéma ? Mais t'es un malade !

Écoute…

La situation m'a légèrement échappé, mais on va… Je vais tout…

C'est quoi, ton problème ?

Tu supportes pas que je progresse, c'est ça ? Hein ?

Tu veux que je reste la gentille petite secrétaire ?

Écoute, Noémie, je sais, ça va te paraître complètement fou.

Mais… [bredouille] Mais j'ai oublié !

J'ai complètement oublié que tu produisais le film.

- Je te voyais travailler sur ta série… - Tu m'as oubliée ?

[sanglot étouffé]

Ouah !

[elle s'éloigne]

[musique angoissante]

Hélas…

d'après tout ce que j'ai pu lire dans l'histoire,

ou appris, par ouï-dire,

l'amour vrai n'a jamais suivi un cours facile.

[la musique monte en intensité]

[il souffle]

[la musique retombe]

[applaudissements et acclamations]

[femme] Bravo !

Bravo !

[grommelle]

Parce qu'en fait…

je suis pas une vraie personne pour lui.

En fait, je suis juste une dame qui tient la maison,

avec qui il couche gratuitement,

de temps en temps.

Je pense qu'il passe complètement à côté de qui je suis vraiment. C'est sidérant.

Pourquoi on s'obstine à les aimer encore ?

- Question ouverte. - Hmm.

Ça va pas trop avec Ludovic ?

Il m'a quitté le week-end dernier

pour un apprenti pâtissier de 22 ans.

Non !

Mais quel sale fumier.

Et tu dois jouer tous les soirs avec lui, mais c'est horrible !

C'est le metteur en scène de la pièce.

Il s'est donné le rôle principal.

Donc ouais, c'est horrible. C'est une forme de torture médiévale.

Hervé ? Tu nous retrouves au foyer pour les notes ?

Ah non.

Ah non, là, j'en peux plus.

- Pardon ? - Je suis avec mon amie, j'en peux plus.

Et surtout, je veux plus de tes jugements sur moi.

Arrête de tout dramatiser, on a du travail, là.

Ben va travailler, toi.

Mais sans moi. Demain, tu devras trouver quelqu'un d'autre pour jouer Lysandre.

Adieu, Ludovic.

[gémit de douleur]

Ça va aller, ça va aller.

Je sais pas si je suis soulagé ou au bord du suicide.

Je reste avec toi ce soir, hein ?

Je viens de ruiner mon intermittence. J'aurai pas assez pour boucler mon année.

Oh, non !

Si, tant pis.

Je serai libre et ruiné, voilà.

Je vais tout recommencer,

comme Oscar Wilde.

T'inquiète pas, je vais te trouver des petits cachets de figurations.

Hein ?

En tant que grande productrice, je peux beaucoup pour vous, mon petit.

Je vais faire de vous une star.

- C'est vrai, tu ferais ça ? - Mais évidemment, enfin !

- Merci, ma douce. - Bah !

- Tu sais, moi, je prends tout. - Ben oui.

Figurants…

Silhouettes, petits rôles, seconds rôles, grands rôles…

Pourquoi je remplacerais pas Lafitte dans le film d'Andréa ?

Oui. Ben écoute, attends d'abord que je lui annonce parce que…

Pourquoi, tu l'as pas déjà fait ? Mais t'es folle !

Non, je lui dirai demain. Là, elle doit dormir.

Si elle apprend que t'as l'information depuis plus de 12 heures,

elle va t'écarteler à mains nues.

Appelle-la ! Il faut arracher l'épine, là !

- Je vais lui envoyer un texto. - Non, tu l'appelles.

Surtout, quand t'as une mauvaise nouvelle à annoncer,

il faut aider l'autre à relativiser.

Tu lui dis : "OK, c'est horrible, mais ça pourrait être bien pire."

C'est ça qu'elle doit entendre. Je te prends ton sac.

T'as raison.

T'as raison. Allez. Allez !

Tout de suite ! Tout de suite !

Répondeur.

[d'une voix douce] Oui, bonsoir, Andréa.

Aujourd'hui, en France,

dix millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté.

Chaque nuit, 300 000 personnes dorment dehors.

Sans rien. Sans matelas. Sans chaleur.

Les hôpitaux n'ont plus d'argent pour soigner les gens.

Les éléphants, les bonobos, les gorilles, les lamantins sont en voie de disparition.

D'autre part, Laurent Lafitte ne fera pas le film.

Il a préféré partir sur le Wes Anderson.

C'est pas très agréable à entendre, mais au regard des catastrophes mondiales,

je propose qu'on relativise…

[Andréa hurle]

[cri étouffé]

Alors, résultat des courses,

j'ai demandé à tous les agents de Paris les disponibilités des acteurs bankables.

Et donc, seraient libres dans 12 jours,

Gérard Depardieu, dont tu pourrais relancer la carrière,

et Tibo InShape.

Voilà, je te l'ai mis noir sur blanc, comme ça tu peux rêver à ces propositions.

Andréa.

Andréa, n'oublie pas, ce qui ne te tue pas te rend plus fort.

Non, Noémie, ce qui ne te tue pas te blesse.

J'ai plus d'acteurs, plus de film ni de financements, on perd tout !

- Alors, écoute. Euh… - [bulles dans l'eau]

Sinon, enfin, c'est un peu flou, mais je te le dis quand même.

Possiblement Vincent Macaigne.

Pourquoi "flou" ? J'aime bien, lui.

La fille de Starmédia m'a dit qu'il était en point d'interrogation,

mais je peux appeler Gabriel pour lui demander plus de précisions.

C'est Gabriel, son agent ? Laisse tomber.

Andréa, tu peux pas rester prisonnière de ta rancœur.

Plutôt crever que de lui filer 10 %.

- [notification] - [Noémie soupire]

Oh putain.

Oh putain.

Oh putain !

Quoi ? Oh non, me dis pas que Laetitia Casta part aussi ?

T'as fini avec ta petite liste franco-française étriquée ?

Parce que j'ai rendez-vous avec George Clooney.

[Noémie s'exclame]

Dujardin m'a organisé un rendez-vous. Il est à Paris, j'y croyais pas.

Euh… Mais on a pas du tout les moyens…

S'il y a Clooney, c'est plus un film à 4 millions, mais un film à 15 millions !

Évidemment. Oh, t'es folle !

[Noémie crie]

La tête de Mathias quand il verra Clooney sur l'affiche !

Et Laurent Lafitte, il va pas s'étouffer dans son seum ?

[crie]

On va choper George Clooney, bande de nazes !

Hé, ils savent pas qui on est, nous ! On est comme ça, bam, bam !

Eh ouais !

The sky is the limit ! Yeah !

Ouais, les mecs !

- OK, tu me laisses gérer maintenant ? - Ouais, tu gères, bam, bam !

- Tu sors ? - Ouais, je vais appeler George Clooney.

- C'est plus sérieux si la prod l'appelle. - Non, c'est mieux que tu t'en mêles pas.

Je m'en occupe.

Got it.

[version résolue du thème]

Bonjour. J'ai rendez-vous avec monsieur Clooney.

Oui, bien sûr, suivez-moi.

- Par ici. - Merci.

Bonjour, monsieur Clooney.

[en anglais] Appelez-moi George.

- Ah, George. - Oui.

- Ça sonne mieux avec vous. - George Clooney.

- Vous aimez ? - Encore mieux ! Installez-vous.

- Merci. - Jean m'a dit que vous étiez son agent.

[en français] Non, merci.

[en anglais] Je l'étais.

Il a aussi dit que vous avez menacé de kidnapper son chien,

si nous n'avions pas rendez-vous…

Non, c'est faux. J'ai simplement dit que je savais où trouver le chien…

[Andréa rit]

- Alors… - Attendez. Merci de me recevoir.

Vous aimez l'huile d'olive ?

- Oui. - Bon.

Je voudrais que vous goûtiez ça.

Elle vient de notre ferme dans le Var,

et je l'ai pressée moi-même.

Oh, super.

J'adore l'huile d'olive.

[George] Hmm.

Alors ?

- C'est intéressant. - Hmm.

Elle a…

beaucoup de caractère.

Vous pouvez être honnête.

Bon, ce n'est pas…

génial.

Pas génial ?

- Non, je suis désolée. - C'est vraiment dégueulasse, hein ?

C'est horrible.

Je la fais goûter à mes amis depuis des mois !

Tout le monde me dit que c'est délicieux. On dirait de l'huile de moteur.

C'est pire, je ne torturerai pas ma voiture avec ça.

Désolé. Vous voyez, personne ne me dit la vérité.

Andréa, après 40 ans dans cette industrie…

Ils pensent que je refuserais leurs projets…

- Tenez. Prenez ça… - Merci.

- Merci, George. - Passez à autre chose.

- Je vous en prie. - OK.

Bon, parlez-moi de votre film.

Merci.

C'est l'histoire d'un homme, un flic,

qui traque une femme en cavale dont il tombe peu à peu amoureux.

Euh…

- C'est une histoire vraie. Hmm. - Ah ?

C'est une production très solide, et…

Je sais que vous êtes intéressé par le cinéma d'auteur français,

et je pense que c'est le film pour vous lancer.

Eh bien, je suis très intéressé, ça me semble excitant…

- Le cinéma français m'intéresse. - Oh, non.

Bonjour, monsieur Clooney !

Excusez-moi de vous interrompre.

Je suis Noémie Leclerc, la productrice du film.

Noémie ! Appelez-moi George, s'il vous plaît.

[en français] Avec plaisir, George ! Euh, "George".

[en anglais] Ma productrice.

Et je produis Les Collègues,

une sitcom à succès, très drôle…

- Peut-être que vous connaissez ? - Les Collègues ?

- Les Collègues ? Oui, bien sûr ! - Oui !

Ah ! Vous connaissez !

- Bien sûr. - Comment on dit…

- [en français] "Leader sur la tranche" ? - Laisse tomber.

[en anglais] George, Andréa et moi, on est "comme ça".

- Vraiment ? - On travaille ensemble depuis longtemps.

Noémie, merci.

George et moi, on était en train de discuter du film.

- Oui. - Oh, c'est incroyable !

Hier, votre film est passé à la télé française, avec Jean Dujardin.

- Incroyable ! Hier ! C'est un signe ! - Oui, Monuments Men !

- Oui ! - C'était il y a longtemps.

Comment ça a vieilli ? Asseyez-vous !

- Elle est pressée… - Merci !

- Elle ne peut pas… - Si, bien sûr ! Je peux !

- J'ai cinq minutes. - Parfait !

- Alors, Noémie… - Oui ?

Dites-moi, le film a bien vieilli ? Les gens me croient trop sensible.

Oui, je vois…

Alors…

C'est bien.

- Enfin, vous êtes bon. - Et voilà…

Incroyablement bon, formidable !

Et le film, euh…

J'ai bien aimé, mais je l'ai trouvé un peu lent.

[George] Hmm ?

[Andréa] Elle n'aime pas trop les films de guerre.

- Tout va bien, laissez-la parler. - Enfin, c'est normal !

La guerre, c'est pesant.

C'est long et un peu ennuyeux.

[elle rit]

Ouah ! Ouah !

Mais vous n'y êtes pour rien ! C'est la faute du réalisateur !

- Eh bien… - Vous, vous étiez super !

- Je l'ai réalisé, donc… - Oui ! Oui !

- Bon, donc pour ce film… - Oui.

Non, c'est très bien réalisé. Je pense que c'est un problème d'écriture.

Eh bien, j'ai aussi écrit le scénario.

[George rit]

- Non, pardon, mon anglais est mauvais… - [en français] Je t'en supplie, tais-toi.

- Je m'emmêle dans mon caveau… Cerveau. - Je t'en supplie, tais-toi. Arrête.

Euh, je pense que…

Le problème, c'est juste la fin.

Vous voyez, le vieil homme qui vous représente 30 ans plus tard,

qui arrive dans la lumière…

C'est un peu "too much".

C'est mon père.

Mon vrai père.

J'ai fait ce film pour lui rendre hommage.

- Oui… - Oh.

Eh oui.

[en français] Je savais pas qu'il avait réalisé ce film !

Je suis partie prendre du chocolat pile au générique du début, désolée !

Mais tu sais quoi ? C'est un mal pour un bien.

Je pense que là, on a touché une susceptibilité,

il aurait été compliqué sur le plateau.

Andréa, écoute-moi. Écoute-moi. On va trouver.

Je sais de quoi on est capables, toutes les deux.

On est des guerrières, ensemble.

Va faire la guerrière dans ton bureau,

avec tes slips, tes mugs et tes casquettes,

et tu me laisses faire, compris ?

[musique mélancolique]

Tu voulais me voir ?

Assieds-toi. J'ai quelque chose à te proposer.

Un gros bonus et des vacances très loin de toi ? Je prends direct.

J'aimerais,

enfin, je veux, même, que tu deviennes associé de Starmédia.

Je croyais que j'étais pas assez vorace pour devenir associé.

Eh ben tu l'es devenu.

Surprenamment. Bravo.

- Tu proposes quoi ? - Alors, 5 % du capital.

Intéressement sur le résultat global.

Et une prime annuelle, si tu continues à bouffer tout Paris.

Je suis très touché.

[vibration]

Merci.

Ça va ? Tu peux répondre.

Non. Non, c'est bon, je rappellerai.

[la vibration continue]

- Tu proposais 5 % ? - Cinq, ouais.

C'est une productrice américaine, je dois répondre.

- Vas-y. - Yes, how are you ?

Tu réponds en anglais ?

Non, pardon, qu'est-ce qui t'arrive ?

OK. Il fait quoi, Vincent Macaigne dans les prochaines semaines ?

T'as un problème avec ton acteur principal, peut-être ?

Peut-être, oui.

Ah… Et t'as besoin d'aide, peut-être, alors ?

- Tu peux me répondre, Gabriel ? - Euh, écoute…

Vincent Macaigne, il est actuellement sur un projet secret.

Mais on peut chercher ailleurs, dans d'autres directions.

On peut déjeuner. Tu peux aussi me faire lire le scénario.

"Projet secret", je sais ce que c'est, c'est soit une désintox, soit un #MeToo.

Bon, OK, d'accord.

Vincent est un petit peu fatigué en ce moment, d'accord ? Et…

Et il fait des crises anxieuses assez fortes, donc…

Donc, il est libre ?

Non, justement, il est pas libre. Il faut pas qu'il tourne, il est fragile.

On en sait rien, on l'a pas vu. Il est à la Villa Cambon ?

- Non. - Courvoisier ?

Non, écoute, tu ne vas pas le déranger, d'accord ?

- Courvoisier, super. - Non… Je viens avec toi !

- T'iras pas voir mon client seule ! - OK. Demain, 16 h.

Andréa !

[tonalité]

[musique introspective]

[prof] On se redresse, tout doucement, attention à vos vertèbres.

On était lourds comme du plomb, et on est légers comme des plumes.

- Oh ! - On est légers.

- Salut ! - Plumes, plumes !

- Ça va ? J'arrive. - De toutes petites plumes.

Plumes, plumes, plumes, plumes !

Je peux te dire que j'ai toujours, quand même, été…

quand même de nature anxieuse.

Hein ? Hein, Gabriel ? Tu me supportes plus depuis longtemps.

Non, t'es un garçon sensible, c'est tout, c'est pas…

Enfin bon, c'est vrai que dernièrement, ça s'est vraiment, vraiment amplifié.

Avec Trump,

les guerres,

les inondations.

Tu vas me dire,

ça serait de pas être angoissé, qui serait bizarre, mais enfin bon.

- Oui, t'as raison. - Le monde, il est malade.

Et maintenant, c'est ceux qui s'en préoccupent qui sont malades.

Non, mais… Et c'est ceux-là qu'on met en hôpital psychiatrique.

- C'est pas juste. - Non, c'est pas juste.

C'est fou, quand même. Fou.

Alors…

[canards qui caquettent au loin]

Je vois que là, il y a un sanglier.

- Ouais. - Tu sais que c'est mon animal totem ?

- C'est pas vrai ? - Si.

C'est carrément… C'est le troisième personnage principal de l'histoire.

Suzanne recueille un sanglier blessé et elle le soigne.

Tu crois que la place d'un animal, c'est sur un plateau ?

C'est hyper cadré, hein. On fait pas ça n'importe comment.

Laetitia a passé du temps avec lui, ils ont appris à se connaître.

Laetitia… C'est Laetitia Dosch, c'est ça ?

Non, pardon. Oui, je t'ai pas dit. Laetitia Casta joue le rôle de Suzanne.

Ah. C'est… Je…

Enfin, je…

Je sais pas si tout ça, c'est pas un peu trop prématuré pour moi…

Il faut que tu réfléchisses. Oui, que tu prennes ton temps.

Bien sûr. Non, je veux pas te forcer. Après, c'est en pleine nature.

Tu vas adorer. Les paysages sont dingues.

C'est exactement comme ici, mais en liberté.

Mais est-ce que tu as dit à Laetitia que tu me proposais le rôle ?

- Oui. - C'est vrai ?

Évidemment que je lui ai dit.

Elle est ravie.

Ah bon ?

Mais elle te l'a dit ?

Elle m'a dit :

"C'est un rêve."

[Vincent soupire]

Je suis tellement soulagée, tu peux pas savoir.

C'est sûr que Lafitte et Macaigne, ça a rien à voir.

Macaigne est beaucoup plus imprévisible, plus tourmenté aussi.

Mais franchement, je pense même que c'est mieux.

- Mais il sait que je joue dans le film ? - Bien sûr.

Bien sûr, je lui ai dit. Il t'adore. Il a dit, je cite : "C'est un rêve."

Un rêve ? Ah…

C'est vrai ? Carrément.

Ouais.

- Bon, bah à dans dix jours, alors. - Ouais. Je t'embrasse, salut.

- [Élise] Ils sont OK pour… - Excusez-moi, je suis là.

Salut. C'est confirmé, Macaigne fait le film de Martel ?

- Apparemment, oui. - OK, ça va aller ?

Nickel. En pleine forme. Vraiment…

T'as dealé combien ?

Je me suis aligné sur le cachet de Lafitte.

- Ah bon ? - Ouais.

L'urgence, ça se monnaie, Gabriel.

On est sur un premier film, petit budget, on s'adapte.

Je te rassure, chéri, c'est pas son argent perso, à Andréa.

- Tu le sais ? T'inquiète. - Oui, je te remercie.

Merci de m'apprendre le métier.

Non, mais Vincent est OK, donc tout va bien.

Mais enfin, pardon, c'est de toi dont il s'agit, pas de lui.

Elle te parle pas pendant cinq ans ? Là, elle est dans la merde.

Elle te siffle, tu rappliques, et tu l'arranges. Au nom de quoi ?

Honnêtement, lâche-moi, je sais ce que j'ai à faire, tout va bien.

- OK. - OK.

[musique intrigante]

[la musique monte en intensité]

Ouais, salut Noémie, c'est Gabriel.

[en criant] 200 000 euros de plus ?

Non, mais… Mais attends, mais…

Gabriel, alors là, mais t'es un malade ! [bruit étouffé] T'es un psychopathe !

Tu veux ma mort ?

Après toutes ces années à travailler ensemble, c'est incroyable !

C'est la Cosa Nostra chez vous ou quoi ?

Non, je me laisserai pas faire. Je suis pas Bernadette Chirac, non !

Pourquoi tu cries ?

C'est un rendez-vous chez le coiffeur qui est décalé, ça me fout par terre.

[Andréa] Hmm.

[la musique intrigante reprend]

[la musique s'arrête]

Oh, putain.

[télé à l'arrière-plan]

Je sais pas pourquoi je me suis foutue là-dedans.

J'étais peinarde, bien planquée derrière mes acteurs…

T'as fait le bon choix, il y a pas de débat.

Si je me plante, j'ai tout perdu.

Ma carrière, ma thune,

ma femme, ma fille,

ma libido.

Il y a quelqu'un qui a peur ici ?

Je vois personne.

T'as pas peur, toi.

T'as jamais eu peur, t'es une lionne.

On l'a bossé, ce scénario.

On a rien laissé au hasard.

Écoute.

Tu vas me le bouffer, ce film, tu m'entends ?

J'ai jamais douté de toi une seconde.

Allez.

On les aura, les Boches.

[accords intrigants]

À la tienne.

[musique rythmée enjouée]

Attends, ralentis.

Vincent ?

Oh, Andréa ! Putain ! Trop drôle, quoi !

- La régie n'est pas venue ? - Non, c'est moi qui ai voulu.

Parce que faire des trajets en voiture avec de l'essence et tout ça, non…

Ça va, trop peu pour moi.

- Rassure-toi, elle est électrique. - Et puis le vélo, c'est génial, quoi !

T'as vraiment un rapport, si tu veux, je dirais topographique…

T'as vraiment accès au monde, quoi.

Mais Vincent, t'es convoqué au HMC à 9 h, ça va faire juste.

Allez, course !

[la musique continue]

Par ici.

- Je regarde ce soir. - Et les accessoires ?

- Andréa ! - Oui, alors ça, justement… Oui ?

Madame la réalisatrice !

Toi aussi, t'es hyper émue ?

Concentrée, surtout.

- Ça y est, on y est, premier jour. - Ouais !

Allez, go, en piste.

[elle crie] Allez !

[crie de joie]

Tu me la fous derrière un combo, là-bas, je la veux pas sur le plateau.

- C'est clair. - Oh là là.

[maquilleuse] Excuse-moi, tu brilles un petit peu.

Après, s'il te plaît.

- OK. - Merci.

Euh, les amis…

C'est la scène du premier baiser.

- En douceur. - On a un coordinateur d'intimité ?

C'est moi. J'ai fait une formation.

- Ah ! - Ouais. Ouais.

Donc, je vous récapitule la situation.

Toi, t'as pas du tout envie de mettre cette femme en prison,

et toi, t'as pas du tout envie qu'il parte.

Vous êtes tombés amoureux, et tout est dans ce baiser.

Je veux vraiment que ce soit un vrai, beau, premier baiser.

C'est comment pour toi un vrai, beau baiser ?

Un vrai beau baiser, c'est très profond, hein ?

Très lent, très sensuel.

Tu vois ? C'est ces pelles qui font que tu prends feu,

- que t'oublies que t'existes. - [Laetitia] Hmm.

- Ça vous parle ? - Ouais, ouais.

- OK. - Super.

- Ouais ! - On va la tourner.

- Allez ! Go ! - C'est parti !

On se met en place, s'il vous plaît.

[Andréa] Action.

Je vais partir.

D'accord.

J'ai pas du tout…

pas du tout envie de vous laisser.

Alors, restez.

[musique intrigante]

[la musique s'arrête]

- Mince ! J'étais pas dedans. - Ça va. Non, mais c'est moi…

- C'est coupé. - Pardon.

- C'est coupé. - Pardon à tous.

- On reste en place. - T'étais un peu trop proche.

On reste en place.

- Ça va ? - Ouais, ça va.

- Ouais ? - Je peux essayer de plus loin.

Andréa, je vais peut-être essayer de l'embrasser, mais de loin.

Enfin, de plus loin.

- C'est-à-dire ? - C'est un…

D'accord, c'est une option. Je préfère qu'on reste sur la première.

On prend 2 min. Silence, s'il vous plaît, sur le plateau.

[Jeanne] Silence sur le plateau.

On prend 2 min pour faire un exercice sensoriel.

Rien à voir avec la scène, on la laisse de côté.

- OK. - OK ?

- Laetitia, ta main… Je peux te toucher ? - Bien sûr.

Vincent, tu me donnes ta main, je peux te toucher ?

Merci, voilà. Donc là, vous prenez juste une minute pour poser vos mains.

Vas-y, pose ta main sur celle de Laetitia.

Voilà, c'est rien, c'est vos mains l'une contre l'autre.

Vous fermez les yeux.

D'accord ? Y a plus d'émotion, y a plus de jeu,

plus de volonté, que la sensation de vos peaux l'une contre l'autre.

- Silence, s'il vous plaît. - [Jeanne] Silence.

[Andréa] Et vous ouvrez les yeux.

C'est ça. C'est exactement ça, OK ?

C'est juste ça, d'accord ? On y retourne ? Allez, on y va. Moteur !

- Moteur demandé ! - Chut !

- C'est cadré. - Manu ?

- C'est cadré. - Cadré.

Ça tourne au son.

Tu fais trois pas, je fais trois pas. On s'embrasse, comme ça, c'est fait.

- OK ? Mécanique. - Ouais.

Quand vous voulez.

Si tu veux, on ne la fait pas.

- Pourquoi ? - Non, mais…

- Quoi ? - Pour les raisons…

Quelles raisons ?

- Tu comprends ? - Quoi ?

Enfin… T'as fait tomber ça ?

- Putain ! - Putain ! Merde !

- Laetitia, ça va ? - De la glace !

- Putain, je suis désolé. - [Andréa] Un médecin !

- [Vincent] Je suis con ou quoi ? - Mon nez…

- Vincent… - Non, c'est bon, ça va, ça va.

- Laetitia ! - Dégage !

Laetitia ! Je suis désolé, hein.

Je peux entrer ?

[il crie]

Putain.

- Putain, le con ! - Ne vous inquiétez pas.

Je vous tiens au courant. Je vous rappelle…

- Je suis désolé. Je suis désolé. - Oui, oui.

Il faut que tu me pardonnes. Je m'excuse.

Y a pas de problème. Y a pas de soucis. Enfin, si, mais… Voilà.

- Je reviens vers toi ultérieurement. - Oui.

- Laetitia ! - Laisse un peu d'air.

Oh, putain ! Putain ! Putain ! Putain !

- Andréa, tu me hais. Tu m'en veux trop. - Vincent, calme-toi.

- Vraiment. - OK.

Ça arrive à tout le monde de péter le nez de sa partenaire le 1er jour.

Attention, je voudrais pas te péter le nez.

- Cinq, six jours ? - Ah bah oui.

- Cinq, six jours ? - Oui. Oui, cinq, six jours.

Qu'est-ce qu'on fait ? On arrête tout et on décale ?

[Camille] Pas possible.

Elle a la série anglaise juste après. On peut pas décaler.

- Comment ça ? - Putain, merde.

Andréa, attends. On va trouver une solution. Hein ?

C'est dans les contraintes que le talent s'épanouisse.

- On peut bouger le plan de travail. - Elle est dans tous les plans !

Bien sûr, mais on peut tout à fait commencer par les plans de coupe.

Ça peut nous prendre environ une journée, une journée et demie.

Oh, putain. Ça me fait trop mal.

[elle gémit]

Sinon, je filme ta blessure.

Je rajoute une scène où tu te blesses et on assume ton nez cassé ou dévié,

mais on l'assume, tu vois ?

T'es fugitive, tu te blesses, tu t'es fait mal, en fait.

Tu peux pas être jolie tout le temps.

Bah non, c'est super.

- C'est vrai, tu le sens ? - Oui, c'est une femme qui s'émancipe.

Exactement, elle s'émancipe. Ça passe par le nez.

- C'est même plus intéressant, non ? - J'adore, love.

- Si tu l'assumes, je… - Bah oui !

- Go ! - Oh la vache !

Bon, c'est un peu gonflé, mais…

Il faut que je prenne l'air.

Gabriel, ça va pas du tout ton Vincent.

Il est pas en état, il est complètement instable.

Bah ça alors !

Je suis tellement surpris.

- Qui aurait pu prédire ? - Non, mais tu réalises pas.

Première scène, il m'a défoncé le nez de Laetitia.

Ah merde, c'est grave ?

Évidemment, je suis arrêtée pendant cinq jours.

Mon plan de travail est foutu, je suis dans la merde.

Comment tu fais avec lui, là ?

Tu veux que je vienne ?

Ça va pas ou quoi ?

Je veux pas que tu racontes à tes copains que mon tournage se passe mal.

C'est pas mes copains. Mais tu fais comme tu veux.

Vincent, qu'est-ce que tu fais ?

Rentre… Vincent ! Rentre à l'intérieur.

- Quoi ? - Rentre.

Rentre ! Qu'est-ce qu'il fait comme connerie ?

- Je répète mon texte. - Non ! Lâche les feuilles !

Je veux bien que tu viennes. Laisse.

- Non ! - Oh, merde !

- [Andréa crie] - J'arrive.

[musique sensuelle]

[pas qui approchent]

[Andréa crie] Mais qu'est-ce…

Hervé, qu'est-ce que tu fous dans ma chambre ?

Pardon, je voulais faire une blague à Noémie.

D'accord, c'est pas grave.

- On oublie. - Ouais.

En tout cas, Andréa, merci, hein, je…

Je suis tellement heureux de participer à ton film.

- C'est-à-dire ? - Bah oui, Chasseur 2.

[Hervé rit]

Je vais tout donner, tu peux compter sur oim.

Et d'ailleurs, bravo pour ce scénario, mais…

bouleversant.

Je pensais pas que tu serais capable de ça.

Parce que quand même, quand on te connaît, tu te connais,

t'as une carapace qui est très, très carapace, très…

Ça m'a juste ému de constater que tu avais un cœur, enfin voilà.

Ouah.

[il chuchote] Bravo.

Noémie, tu n'engages pas des gens sur…

des gens sur mon film sans mon accord.

C'est la base.

"Je veux contrôler chaque détail de mon film.

"Enfin, que dis-je, 'mon film' ? Mon chef-d'œuvre !

"Jusqu'au moindre poil de cul de mes figurants."

Et ce ton d'une agressivité, mais en permanence.

Elle est malade.

Vraiment, je perds mes moyens, en fait, j'arrive même plus à…

C'est horrible. Quoi ?

C'est quoi, ça, Noémie ?

Ça ? C'est mes culottes de célibataire.

Elles sont simples, confortables, et je les adore.

J'en pouvais plus de la dentelle qui t'irrite la chatte

et qui te rentre dans la raie.

Finito.

Donc, tu quittes Mathias ?

Voilà.

Je suis une femme libre, désormais.

- Libre dans ses culottes moches. - Le bonheur.

Il doit être dévasté, le petit père.

Je lui chie à la gueule.

[rire de Noémie]

[musique mélancolique]

Oh ! Je vais faire pipi dans ma culotte !

- Tu ne vas pas… - Qu'est-ce qu'il y a de tellement drôle ?

- Tu vois qui c'est Fabienne Croc ? - La dresseuse d'animaux.

Elle est débordée entre Bambi 2 et le film d'Andréa.

- Oh, j'en peux plus. - Et elle cherche un agent.

[elles rient]

[Camille] Paloma. Je t'en supplie, dévoue-toi.

[Paloma] J'ai toujours rêvé d'être l'agent d'une fouine.

- [Camille] C'est un sanglier. - Un sanglier !

Et donc, comme Laetitia est blessée, on s'adapte.

On filme toutes les scènes dans lesquelles elle est pas.

Mais il y en a pas beaucoup. Donc, on filme la nature, surtout.

Elle a saigné du nez quand elle s'est fait mal ?

Hmm. Un petit peu, oui.

- Tu sais que je vais avoir un chien ? - Ah bon ?

Quand on va déménager à Nantes avec Manette.

On aura un jardin et un chien. Ce sera un cocker.

C'est trop bien, ça.

Comme t'auras plus tes copines, au moins, t'auras un chien.

N'importe quoi, on s'en fait partout, des copines.

Allez, va te laver, on va manger.

- Allez. - Bisous, maman.

- Bisous, mon cœur, je t'aime. - [Colette] File.

C'est dégueulasse ce que tu fais.

Ce qui est dégueulasse, c'est ton dossier contre nous.

C'est des mensonges. Lucie fait pas partie d'une secte.

Son club de lesbiennes à vélo, c'est pas une secte ?

- Andréa. - Hein ?

J'ai payé ton déménagement, ta caution, ta machine à laver.

Arrête de t'obstiner, tu vas perdre.

Rendez-vous au tribunal.

Un chien. Putain, la garce.

On arrête la table régie. On n'est pas au self-service.

Allez, on y va.

[brouhaha]

Salut.

Oh !

Ça va ?

- Tu m'as manqué ! - Mais toi aussi ! Et tes pulls, aussi !

- Oh putain ! - Alors ?

La production t'a appelé ?

Ils veulent me virer ?

- De toute façon, je le mérite bien. - Pas du tout, du tout, du tout.

Je descends rendre visite à mes parents.

Je me suis dit que j'allais passer.

- Ah. - Et voilà. Ça va ?

Bif bof, on dirait.

- Ça va bif bof, quoi. Ça… - Beh oui…

Elle doit m'en vouloir à mort, là.

Je sais pas, je…

Je vais jamais pouvoir me rattraper. Je sais pas ce que je peux faire.

C'est juste un bel hématome.

Une vie entière, ça suffirait pas.

C'est l'affaire de quelques jours, d'après ce que j'ai pu comprendre.

Allez, je sais ce que je vais faire. C'est bon.

Ça, c'est bien.

- Je vais me reprendre. - Oui.

Je vais me reconnecter à des choses importantes.

La nature, l'humanité. Il y a une association qui m'a contacté.

Ils ont besoin de mon nom, enfin, de mon image pour une vidéo

pour alerter la population contre le péril imminent climatique.

Je vais le faire.

- C'est très noble. - Et je vais… Tu trouves ?

Oui, mais je préférerais pas. C'est dit.

- Pourquoi ? - C'est pas bon pour ton image.

Et un acteur qui s'engage aujourd'hui, mais c'est pas glamour. Ça casse le rêve.

J'ai jamais été glamour, enfin, écoute…

[Hervé] Je suis pas d'accord.

- Ah oui ? - Oui. Je trouve que t'as une certaine…

Tu rentres dans une pièce, moi…

Tu trouves ?

Oui.

Les gens, aujourd'hui, ils considèrent les acteurs comme des privilégiés, voilà.

Ils aiment pas quand ils leur donnent des leçons.

Tu sais comment est devenue célèbre Sarah Bernhardt ?

Elle était figurante au théâtre de l'Odéon

et elle a défendu Victor Hugo contre les monarchistes.

Alors à un moment donné, il faut un peu se bouger. D'accord ?

On va pas se laisser mourir à petit feu.

Tu veux un Xanax ?

Ah, Stéphane !

Je voulais une part de tarte aux fraises.

On n'en a plus.

- Elle avait l'air tellement bonne. - C'est pour ça qu'il y en a plus.

[Malik] Tiens, il en restait une.

- Oh non, c'est gentil. - Je t'ai entendue.

Bon ben, on partage ?

Alors juste un petit bout, OK.

On dit un petit bout, et on mange tout.

Non, je t'assure. C'est pour toi.

[soupir de joie]

- Tout ça ? - Elle est somptueuse.

Oh… Le réconfort.

Ça va, tu t'en sors ?

Ouais… Franchement, c'est dur.

J'en peux plus. Mais bon.

Mais bon, ça va très bien aller.

Hmm… Ça, je sais pas.

Moi, j'en suis sûr.

Parce que t'es une super productrice.

Non, c'est vrai.

T'es carrée, t'es…

T'es jamais surplombante avec les équipes.

T'es super.

[musique facétieuse]

Et bah merci.

Oh, là là, ça me touche.

Non, je le pense.

Non, parce que j'essaie de faire en sorte que chacun se sente respecté

et que le cadre soit bien tenu.

[Malik] Hmm.

Et celle qui doit donner l'exemple, c'est la productrice, en premier.

- C'est hyper important, le cadre. - Hmm.

[elle rit]

[elle frappe] Noémie ?

- [Noémie] Oh non ! - [Malik] Merde !

[elle frappe] Noémie ?

[bruit sourd]

- Oui ? - C'est Andréa, tu peux m'ouvrir ?

Euh oui, oui !

- Ça va ? Qu'est-ce qui se passe ? - Pardon, je te réveille.

Je sais ce qu'on va faire pour le nez de Laetitia.

On va tourner comme ça et on fera les retouches en post-prod.

Ah, non. On a pas du tout le budget.

Tu plaisantes, là ? Elles le font toutes par pure coquetterie.

Nous, non, en cas de force majeure ?

- Je crois pas. - Attends.

- On va pas en parler dans le couloir. - Attends.

J'ai tout étudié. En fait…

- Salut, Malik. - Ah… Salut, Andréa.

- Ça va bien ? - Ça va.

- Il faut choyer l'équipe technique. - Oui…

Je te retiens pas. On fait ça, alors, pour les retouches.

Non, on fait pas comme ça parce qu'on n'a pas le budget.

Et par exemple, dans la réserve des imprévus.

Ce que les producteurs empochent à la fin du tournage.

Bon, d'accord. Je vais voir ce que je peux faire.

Merci, Noémie. Merci.

Bonne soirée, Malik. C'est bon pour le faux sanglier ?

- Oui. - Oui ?

- C'est géré. - On s'en reparle.

- Voilà. - Hein ? Allez, salut.

[chuchote] Il a une copine.

[chuchote] Je sais. C'est pas grave.

Got it.

[version résolue du thème]

J'adore ton nez.

Y a comme deux petites fesses au bout.

- Tu vas t'en prendre une. - C'est vrai, faut pas dire ça ?

- Non. Sujet sensible. - Ouais.

- [sonnerie de téléphone] - [elle grommelle]

[elle grogne]

- [Mathias] Bonjour ! - [homme] Bonjour.

Mathias Barneville. On vient avec le sanglier.

Elle s'appelle Vénus, c'est une femelle, donc on dit une laie.

[homme] Super. Alors, pour le sanglier…

[chuchote] Oh, putain.

Oh, putain, putain.

Qu'est-ce qu'il y a ? Ça va ?

Attends, excuse-moi. En fait, j'ai complètement déconné.

J'ai rendez-vous, là, dans trois minutes.

Faut vraiment que tu y ailles. S'il te plaît. Ça va pas du tout.

- Oh la vache ! - Je m'en vais !

[musique enjouée]

- Bonjour Yacine. - Bonjour.

- Bonjour Fabienne. - Ah, Noémie.

Bonjour. J'ai pris un agent pour Vénus, comme vous m'avez conseillé.

Vous connaissez Mathias ?

- Non. - Oui.

Voilà. Donc, comme convenu, voilà la clôture.

Petit enclos avec la mare de boue.

Son abri sous ce magnifique arbre.

- Châtaignier. - Là, le petit réservoir pour l'eau.

La paille pour sa couche.

Toute la nourriture dans les seaux, comme vous voyez, donc…

- Ça va ? Je vous laisse vous installer. - Nickel.

Et pour le logement ?

Écoutez, je ne savais pas que vous veniez, donc je n'ai rien prévu pour vous.

Je me suis débrouillé. J'ai un hôtel pas loin.

- Je voulais dire pour Fabienne. - Elle est au château, bien sûr.

Donc, tout est OK pour vous ?

- Impec, ouais. - Pas d'oubli ? Parfait.

- Je vais la laisser prendre ses marques. - Très bien.

Attends, Noémie.

Il faut que je te parle. Tu me manques.

Écoutez, je suis la productrice du film, vous êtes l'agent du sanglier.

On va s'en tenir à des relations professionnelles. Merci.

[siffle]

L'agent ! Tu me tries les épluchures ! Dégage les oignons, elle aime pas ça.

- Tout de suite, j'ai juste un appel… - Les poireaux non plus, elle aime pas !

Hé, Noémie !

Qu'est-ce qu'il fout là ?

Je veux pas de lui ici. Réglez vos histoires ailleurs.

J'y suis pour rien.

Mathias est l'agent du sanglier.

Mathias Barneville ?

Oui, Fabienne Croc a fait appel à ses services pour gérer ses contrats.

Donc, le mec est passé de Laetitia Casta à un sanglier.

- Oui. - Il y a une justice.

Franchement, merci, ça me fait ma journée.

[Noémie rit]

[homme] On va pas tarder à partir.

On y va, Pierre.

Ce sera fait.

[vrombissement de la cafetière]

[éclat de rire]

[Malik] C'est n'importe quoi. Arrête.

C'est terrible. Il faut cesser.

[Noémie] J'arrive, je vais voir là-bas.

Pas de problème.

Baptiste ? S'il te plaît, tu viens pour la roulante avec moi ?

[musique funk]

Tiens, si tu peux. Merci, tiens.

Bonjour, bonjour tout le monde.

- Ça va ? - [Laetitia] Salut !

OK, on va faire une petite mise en place.

Vincent, pose ton café pour la répétition.

Tu vas m'attendre là parce que tu vas arriver de la borie.

On arrête les travaux ! Il y a Vénus qui arrive !

Vénus arrive, on arrête les travaux.

- [homme] C'est quoi, ce monstre ? - [femme] Oh la vache.

Regarde, oh, là, là !

[Fabienne] On va se tenir.

Un animal sur un plateau de cinéma, c'est compliqué.

Donc, on évite les gestes brusques, on parle pas fort.

Vous lui donnez pas à manger, vous la caressez pas.

Le 1er qui se fout de sa gueule, star ou pas star, je lui fous une mandale.

Je l'ai déjà fait, promis.

- Vas-y. - [Malik] C'est bien.

[Fabienne] Elle est calme. On va pouvoir y aller.

- Laetitia, viens. - OK.

Mais oui, tu la connais, ma poulette. Hein ? C'est Laetitia.

Vas-y, vas-y, vas-y.

Chut. Allez, ma belle. Tout doux…

- 95 sur 1, première. - Deux caméras.

Ils t'ont eue, les salopards.

Ça va aller, ma belle.

Respire.

- Suzanne… - Putain !

- OK, coupez. Tu as quand même Laetitia ? - Oui.

- Tu l'as ? - Marche doucement, tu lui fais peur.

Vincent, remets-toi… Essaye de marcher lentement.

Merci.

Vincent, fais pas les trucs des mains, parce que c'est pas lisible. OK ?

- [Laetitia] Faut faire doucement. - Top.

[Vénus grogne doucement]

Ça va aller, ma belle.

- Suzanne… - Res…

- Oh, putain. - [Jeanne] C'est coupé !

- On reste en place, merci ! - Tu veux pas juste improviser…

- Moi, improviser ? - Oui.

- Elle se barre dès que tu avances. - Il faut réinventer la scène.

Elle sent toute cette agressivité larvée.

- C'est une blague ? - Non.

Elle peut pas te piffrer. Je connais les sangliers.

- Ah oui ? - J'ai grandi avec en Corse.

Vous en faites surtout de la terrine.

T'étais content quand je te ramenais la charcuterie.

Du lonzu, de la figatelle, miam, miam, miam, hein ?

- C'est quoi ça ? - [Vincent] Je goûtais !

Je voyais que ça te rendait heureuse. C'est tout. D'accord ?

- Végétarien quand ça t'arrange. - Vaut mieux ça…

- J'ai raté un truc ? - [Jeanne] Ils étaient ensemble ?

- [Laetitia] T'es un menteur ! - Apparemment.

On peut pas te faire confiance. Personne peut te faire confiance.

- Même le sanglier te supporte pas ! - Stop, s'il vous plaît !

- S'il vous plaît. - Stop.

On peut prendre un moment ? Tous les trois ?

- Pour discuter… - Tu fais quoi ? Ça y est !

Vous faites pas avoir, je vous explique.

Il va faire semblant de pleurer, ce sont des larmes de crocodile !

Non mais arrête ! Me fais pas honte, quoi !

Monsieur j'ai peur d'avoir peur !

- Le lépreux de l'amour. - Ouah.

[Laetitia soupire]

- Attends… - Désolé, mais je peux pas.

- Je t'enlève ça. - [Laetitia] Casse-toi !

Je ne peux plus… Reste avec Madame Je-sais-tout.

- Avec ton sanglier. - Je fuis ma honte !

Je sais pas comment me comporter avec toi.

- Vaut mieux fuir que de moisir devant… - Je demande qu'une chose !

C'est que tu te casses !

- Je préférerais pas. - Que tu sortes de ma vie !

[Andréa] Non, non, non ! Oh !

Stop, stop !

- Viens, je t'attends ! - Calmez-vous ! Laetitia, calme-toi.

- Attention ! - Non, Laetitia, arrête !

- Non ! Non, arrête ! - Sale ordure !

- Noémie ? - Reste là !

Ça va, ça va, ça.

[musique mélancolique : "Avec le temps" par Dalida]

♪ Avec le temps ♪

♪ Avec le temps va ♪

♪ Tout s'en va ♪

♪ On oublie le visage Et l'on oublie… ♪

- Allez. - Non, j'arrête. J'arrête.

♪ Le cœur, quand ça va plus ♪

[la musique s'arrête]

Putain.

Allez.

Parce que moi, je pensais que tomber amoureux, c'était…

Ça rendait fort, ça rendait beau, mais en fait, ça m'a piétiné, quoi.

C'était compliqué. Enfin, il est compliqué.

Mais je l'aimais beaucoup.

Et puis, on devait partir en Italie. Il m'a laissée sur le quai, comme ça.

Puis on ne s'est plus jamais revus.

Ouais, OK, c'est vrai, j'avoue, c'est extrêmement brutal, mais…

Rends-toi compte qu'il y a 15 jours, il était en clinique de repos.

Ça l'a vraiment profondément bouleversé, votre histoire.

On peut pas rappeler Laurent Lafitte ?

Non, Laeti.

On peut pas.

Il va vraiment falloir faire avec.

Alors s'il te plaît, je t'en supplie,

tu mets de côté la grande dame corse blessée qui sommeille en toi,

et tu convoques plutôt

la protestante danoise qui aime le compromis

et l'hypocrisie discrète.

Et à la fête de fin de tournage,

mais vas-y, mais pète-lui la gueule. Je t'aide, si tu veux.

[cri étouffé]

Que tout ce qui ne convient pas à cette personne s'en aille de la chambre.

Protégez-la. Protégez-la, protégez-la. Protégez-la, protégez-la…

Andréa ?

- Je te dérange au milieu d'un truc ? - Du couloir.

Tant que je t'ai sous la main, je voudrais te parler.

Pour mon rôle de chasseur, je te remercie encore.

Je me rends compte qu'on les réduit souvent à une fonction, à un cliché,

alors qu'ils ont aussi des rêves et des croyances, pour la plupart.

D'accord, oui. Attends, tu as du texte ?

Enfin, oui.

[en criant] "Il est par là ! Allez, on va le choper !"

Là, j'ai mis un peu peut-être… Peut-être trop volontaire, mais…

Mais du coup, je me suis raconté, ce mec a une femme, c'est sûr.

Sa femme enceinte attend à la maison.

Et il va rentrer quoi ? Bredouille ? Non.

Il veut pas la décevoir.

Ben oui, c'est très juste, oui.

Tu dis ça pour me faire plaisir.

Non, non, non. Bah non, non, c'est intelligent.

C'est peut-être pas la bonne piste.

Ça me paraît très cohérent.

Moi, j'aime beaucoup. Après, sens-toi libre.

Merci. Enfin quelqu'un qui veut faire ce film.

- Hé, euh… - Oui ?

- Chasseur 2… - Ouais ?

J'aime pas trop.

D'accord.

Euh… Je m'étais dit "Germain" ?

Oui, c'est bien, ça te va bien.

À demain, Germain.

Merci, Andréa.

Viens là. Viens là, ma biche. Tiens.

Regarde. Regarde.

Allez.

Qu'est-ce qui se passe, hein ?

Qu'est-ce qui se passe, ma Vénus ?

Je sais bien que t'es gentille, toi.

Et très, très intelligente.

[musique facétieuse]

Bah oui. Oh là là, c'est bon, ça.

Oui, ça fait du bien, ça. Oh, ça fait du bien, ça !

Hein ? Hein, ma grande ?

Oui, oui, les gratouilles sur le ventre ! C'est bon, ça ? Oui, c'est bon ! Hein ?

Dis donc !

On est bien, là !

Ça fait du bien ? Oui !

Allez ! [s'éclaircit la voix]

[d'une voix grave] Allez, on va le choper !

[s'éclaircit la voix]

[voix aigüe] Allez ! Allez ! Allez !

Il est par là ! Allez ! Allez, on va le choper !

[cri d'oiseau]

Il est par là. Allez, on va le choper. On va le choper.

- [cri d'oiseau] - [musique intrigante]

- [cri de chouette] - [halète]

Non, plus grave.

[halète de façon grave]

[ululement]

"Germain, c'est bien."

[aboiement de chevreuil]

C'est un oiseau, je suis con.

Il est où, mon téléphone ?

Ah, mais c'est affreux !

[croassement de corneille]

Pas possible. Mais c'est pas possible. Mais qu'est-ce que j'ai fait ?

Mais où est-ce que je suis allé ?

[en anglais] "Parce que je les porte sur moi."

"Parce que je les porte sur moi."

[voix décidée] "Parce que je les porte sur moi."

Et si ça me détruit ?

[musique intrigante]

[en français] Qu'est-ce qu'il fout ?

C'est pas vrai…

Il va où, ce con ?

[la musique devient mélancolique]

[Vincent halète]

Je mets ça, hein, c'est ça ? Oui, je le mets.

- Qu'est-ce que tu fais ? - Tu m'as suivi ?

Vous faites quoi ?

C'est Extinction Rebellion. Une action sur le golf.

Mais tu peux pas rester là. Vraiment, vas-y.

- Vincent. - Quoi ?

- Elle est avec nous ? - Faut que je te parle.

Écoute-moi. Je suis vraiment désolée.

Je le pensais vraiment pas, OK ?

- J'ai été vraiment nulle. - Non, non…

- Mais là, c'est hyper dangereux. - Calme-toi.

- Vincent. Faut y aller. - Oui, j'y vais. J'arrive.

- Vincent ! - [Vincent] On y va.

[militant] Mais allez !

- Action, réaction ! - [elle peste]

[Vincent] J'arrive !

[musique rythmée : "Don't Worry about Me" par Charlie Winston et Ibrahim Maalouf]

[militant] Go, go, go ! Allez, go !

[dialogue indistinct]

Ils peuvent pas voler l'eau

pour faire les marioles en polo sur le green.

C'est dans les films que t'es puissant. C'est dans le cinéma.

[dialogue inaudible]

[Vincent] Tu te rappelles notre rencontre ?

Je me suis dit : Attends, c'est impossible qu'une femme comme elle m'aime bien."

C'est vrai, quoi. Au fond, je suis qu'un petit gros,

qui a les cheveux sales tout le temps, qui fait un peu de théâtre,

quelques films.

Et toi…

Mais toi, t'es…

T'es tellement bouleversante.

Tu sais, quand j'étais sur le quai…

- Là où tu m'as laissée. - Oui.

J'étais vraiment inquiète pour toi.

Je me suis dit, il lui est arrivé un truc, le pauvre.

J'ai attendu, j'ai…

J'ai attendu comme une conne.

Je voulais venir en Italie, mais j'ai pas réussi.

Parce que j'ai eu honte.

J'ai eu honte de pouvoir être heureux un tout petit peu.

Le monde est en train de cramer, je vais pas aller boire un spritz à Capri.

Pardon, je…

J'en ai marre de fuir.

La vérité, c'est que je t'aime.

Je t'aime comme un fou.

Je suis désolé.

- [elle pleure] - Chut.

[la musique continue]

[militant] Cours, cours !

[policier] Mains en l'air ! À terre !

[elle crie]

[policier] Bouge pas !

[militant] Vite, vite !

[policier] À terre ! À terre !

[crient de joie]

[la musique retombe]

- [Vincent] Je t'aime, Laeticia ! - [policier] Arrêtez-vous !

Hmm…

Mais ouais.

Mais bien sûr.

[on frappe]

Arrête, Noémie, s'il te plaît. Je peux te parler deux minutes ?

Deux minutes, alors. Merci.

Je t'écoute.

Écoute, je sais. Je suis impardonnable.

Mais ces derniers mois à l'agence ont été très durs.

Je me suis senti dépassé.

Je crois que je…

Je me sens vieillir et je déteste ça.

C'est bizarre, tout le monde adore vieillir.

[soupir moqueur]

C'est que…

Moi, j'ai tellement fait pour nous. J'ai tellement donné à notre histoire.

Tu vois, moi, quand ça va pas, je pense à toi.

Toi, quand ça va pas,

pff, tu m'oublies.

Mais bon… Voilà. C'est tout, après…

Ça va, c'est pas grave.

[elle déglutit]

Tu vois ?

Moi aussi, je peux t'oublier.

[policière] Nom ?

Casta.

- [policier] Avec un K ? - Avec un C, monsieur.

Prénom ?

Laetitia.

- Comme la mannequin. - Oui, c'est moi.

Elle ressemble pas du tout à ça, la mannequin…

Je…

Je… En fait, j'ai eu un petit accident.

Vous avez une pièce d'identité ?

Non, monsieur. J'ai pas ça sur moi.

- Dommage. - Je suis en tournage dans la région.

- Ah, OK. Tournage. - En tournage.

Ouais, tournage.

Je la comprends.

Des fois, j'arrive pas à gérer. Je me prends pour Will Smith.

Regardez sur Internet.

Vous voyez bien.

- C'est mes dents. - Elle se démonte pas.

Je leur ai expliqué, mais ils me croient pas.

Mon passeport est à la maison. Mon fils est là.

- D'accord. - Et si tu y vas, il peut t'ouvrir.

Je dois te l'apporter ?

Je suis désolée, c'est un peu dernière minute, mais…

- Y a plus de train, surtout. - Ah, ouais.

Bah oui.

Et un taxi ?

Bah, c'est à 800 km.

Ouais, OK.

- Ouais. - C'est pas grave.

- Je vais demander à Mathias, il va se… - Non, c'est bon.

- C'est vrai ? Merci, t'es géniale. - Je m'en occupe.

- T'es la meilleure. - Je t'en prie.

- Je t'embrasse. Bisous. Merci. - Hmm. Gros bisous.

[elle raccroche]

Merde ! [grogne]

OK, donc, la scène de la course poursuite.

Laetitia court, elle entend des coups de feu,

elle se planque et elle voit les chasseurs.

Et donc, on fait en même temps le plan sur Laetitia

et le travelling sur les chasseurs.

- Pas de soucis. - OK ?

Et Vincent, tu le places où ?

- Et Vincent, bah… - Andréa ?

Plus tard.

Il faut qu'il soit plus haut,

il doit la perdre de vue et se faire distancer,

donc je le mettrais là.

- Près de la rivière. - Pardon, on a une météo incertaine.

Pluie à 11 h. Faut être très efficaces.

OK, et ben, on y va. On commence tout de suite. Allez.

- Andréa ? - Oui.

On a un très, très gros souci.

Hmm.

Laetitia et Vincent ont tout simplement…

disparu.

Je comprends pas.

En fait, j'ai essayé de les appeler, les portables sont coupés,

j'ai cherché à l'hôtel,

j'ai cherché partout, ils sont introuvables.

[crie] Appelle les agents !

Putain, ils vont me faire chier encore longtemps, ces abrutis ?

Tout le monde en place ! On la tourne quand même !

[grondement de tonnerre]

- Putain, ça fuit. - Comment ça, ça fuit ?

[femme] Le câble, c'est pas une bonne idée…

Mais non…

[brouhaha]

"Allez ! Il est par là !"

Comment tu sais ça ? Il y a des gens qui sont là-dessus.

Tu démarres…

OK, on va la tourner !

Les chasseurs, en place !

Moteur ! Tout le monde en position, on la tourne !

- On met l'équipe en danger. - Non. On va pas tourner.

- Si. - Il pleut trop fort.

Magnifique cette lumière, c'est ce que je veux.

Laetitia !

Andréa ! Non, c'est pas possible !

- Faut arrêter, c'est dangereux. - Ça va être un grand moment de cinéma.

- Moteur, ça tourne ! - Non !

Vas-y, lance le moteur !

Où est la cadreuse ? Les chasseurs, en place !

Allez, viens avec moi !

Mets-toi dans mon dos, comme prévu. C'est le plan épaule.

OK, t'es derrière moi. Clap, clap, clap, clap ! Donne !

Bon, c'est pas grave, je le fais. 92 sur 1, première !

Action chasseurs ! Action, moi !

Je suis pas derrière la caméra !

- Putain. - Juste une, et après, j'arrête tout.

- Ça tourne, ou quoi ? - C'est pas cadré ! Ça tourne.

[Andréa crie] Action ! Action !

[aboiements]

Il est par là !

On va le choper ! Allez !

[aboiements]

Allez !

[fracas et explosion]

[Malik] La rivière a débordé !

Oh putain ! Oh non ! Attends !

Andréa ! Andréa, on arrête !

Non ! On arrête rien du tout ! Suis-moi, toi !

Oh ! Je pars avec la dolly !

Coupez le tournage !

[cris et exclamations]

[cris]

[Andréa] Merde !

- Ça va ? - Ça va.

- Non, la cam, ça va ? - Ouais, ça va.

- Elle tourne toujours ? Donne ! - Oui.

Attention, attention !

[Andréa grogne]

[elle crie]

[il crie]

[cris et exclamations]

[musique d'action]

Faut y aller.

Putain, mais merde, quoi ! Le jour où je tourne, quoi !

Le jour où je tourne !

[Noémie] Putain ! Ils sont où les rushes ? Il y a plus les rushes ! Merde !

[Malik] C'est bon ? Allez ?

[musique mélancolique]

Allez.

- Andréa. J'allais venir. - J'en peux plus, là.

Oui. Alors, pour l'assurance, donc, on a bien une assurance.

- Super ! - Ça, c'est bien, ouais.

Par contre, le contrat

est assez minimal.

D'accord. La pluie, c'est le minimum, hein ?

La pluie, oui.

Les inondations, non.

- Donne ton assurance. Je les appelle. - Non, non, attends…

- Hein ? - Les bureaux sont fermés, actuellement.

À cause du décalage horaire.

Mais de quel décalage horaire tu parles ?

Parce que les bureaux sont à Chișinău.

En Moldavie.

T'as pris une assurance moldave pour mon film ?

Oui. C'était moins cher.

- Mais… Mais… - J'ai eu un arbitrage compliqué à faire.

À cause de Gabriel qui m'a demandé un cachet très élevé pour Vincent.

Et moi, voilà, on était pressés.

Les assurances, elles coûtent très cher.

J'ai fait une moyenne de la pluviométrie sur les 20 dernières années dans le coin.

Et je n'ai pas coché la case événement climatique.

Parce que ça devait passer.

C'est pas ma faute si le climat est complètement déréglé.

T'as mis en danger mon film pour ta com'.

Quoi ? Mais n'importe quoi.

C'est un jeu avec tes petits copains de Starmédia ?

C'est à ça que vous jouez en réunion ?

"Allez, on va la saigner jusqu'à ce qu'elle crève.

C'est trop marrant, ça."

Mais Andréa, j'ai juste fait mon boulot.

Tu l'as fait des années. Tu sais ce que c'est.

Je sais très bien que tu choisis le cachet.

Tu peux aimer un film et le soutenir

ou être une ordure qui en a rien à foutre.

C'est de ma faute ? C'est comme ça que tu te rassures ?

Mais t'es un tyran, en fait.

T'es un lâche. C'est pour ça que t'es parti d'ASK.

Pour protéger tes intérêts. L'amitié, t'en as rien à foutre !

Toi, t'es parfaite. T'es sœur Emmanuelle.

Elle agit pour le bien des autres. Elle est formidable.

Tu vois pas que t'épuises tout le monde ?

T'écoutes rien ni personne.

T'es un bulldozer. Tu passes en force.

Tu viens de torpiller ton propre film.

Alors, s'il est mort, tu peux t'en prendre qu'à toi-même.

Il est pas mort, mon film !

T'as compris ? Il est pas mort, mon film !

C'est ça, casse-toi ! Retourne avec tes chacals de Starmédia !

Personne veut de toi, ici ! Tire-toi, putain !

Hein ? Il est pas mort, mon film.

On tourne à l'iPhone si on veut. Hein ?

On s'en fout, nous, on fait pas ça pour l'argent !

Tant pis si on se paye pas.

Bah non, Andréa, non. On peut pas faire ça.

Mais pourquoi pas ?

Pourquoi pas ?

Jeanne !

Je suis désolée. Je suis désolée.

Andréa. J'ai eu Jérôme.

L'assurance ne couvrira pas les pertes.

On est en sinistre.

Je suis obligée de tout arrêter.

Enfin, il faut d'abord attendre l'arrivée des experts, demain.

Ensuite, je serai dans l'obligation

de libérer les équipes.

[musique mélancolique]

Salut, ma beauté.

C'est Arlette. Comment va le film ?

T'es contente ?

Ma chérie, réponds-moi.

Donne-moi de tes nouvelles.

Tu fais ta tête de cochon ou quoi ?

Vilaine.

[on frappe]

- Oui ? Ah. - [Mathias] Excuse-moi.

Je voulais juste savoir ce qu'on faisait pour Vénus et Fabienne.

Oui, oui. Justement, j'étais dessus.

Enfin, en tout cas, faut pas s'inquiéter. On va… Tout le monde sera indemnisé.

Juste, je sais plus

où est-ce que je l'ai mis.

Attends. Euh…

[sanglots étouffés]

Je suis tellement nulle !

Non mais ça va, c'est rien. T'y peux rien, tu pouvais pas prévoir.

Pourquoi j'ai fait ça ?

Je suis nulle.

Nulle à chier !

C'est pas grave.

- C'est… - J'ai tout foiré, c'est une catastrophe !

[elle soupire]

Écoute…

Je sais…

Je sais que je suis très égoïste.

Que je suis

fermé, raide.

Mais tu m'as fait bouger.

Tu m'as obligé à ralentir.

À sortir de moi, à regarder autour de moi.

À être moins con.

Je t'ai beaucoup regardée sur le tournage.

Je t'ai vue.

T'es incroyable.

- Mais si ! - Non.

T'es belle.

T'es vivante.

Mais tellement vivante et libre.

Alors,

peut-être que…

on a un peu grandi

tous les deux ?

Je t'aime, Noémie.

Je t'aime comme t'es.

Tout entière.

J'aime tes explosions, tes catastrophes.

Je veux être près de toi, avec toi.

Je veux vieillir avec toi.

Moi aussi, mon amour.

Je te demande pardon.

[musique intrigante]

[version du thème à la harpe]

Bonjour, mon Arlette.

[soupire] C'est bien que tu sois venue.

Andréa ?

[la musique s'arrête]

C'est Arlette.

Je peux entrer ?

- Qu'est-ce qu'elle fout ? - Je sais pas.

Andréa ?

Je te préviens, j'entre. Si t'es à poil, je m'en fous.

[envolée d'oiseaux]

[Noémie] Andréa ?

Andréa ?

Andréa ?

Oh, non. Oh, non !

[crie]

- Je suis là. - Oh, tu m'as fait peur.

- Qu'est-ce que tu fous là ? - C'est à cause des oiseaux.

Ils rentrent et ils me chient dessus.

[musique mélancolique]

[Camille frappe] Andréa ?

- Hmm ? - [la porte s'ouvre]

Le régisseur arrive pour t'emmener à la gare.

T'as ton audience à Paris demain. Tu sais ?

Je sais.

Tu pourrais prendre une douche ?

- Un bain. - [Camille] Voilà.

J'ai plus de film, j'ai plus rien.

Personne va me confier la garde de ma gosse.

Si c'est juste pour me faire humilier par un juge, c'est pas la peine.

Elle s'en fout de ton film, ta fille.

Elle a besoin de toi.

Andréa.

Rien de pire pour un enfant qu'un parent qui te laisse tomber.

Je te jure, regarde, moi, mon père, il m'a oubliée pendant 15 ans et tu vois,

malgré tous les efforts qu'on a faits,

alors qu'il m'a reconnue…

je suis encore en colère.

C'est comme un gouffre inconsolable.

[renifle]

Va prendre une douche.

Gabriel, Camille, je vous ai envoyé les propositions des indemnisations

pour Laetitia et Vincent.

Voilà, vous me direz si ça vous convient.

On n'a pas d'autre issue. Je suis désolée.

Pourquoi tu dis la vérité aux assurances ?

Les gens s'arrangent toujours avec la réalité auprès des assurances.

T'as déjà gonflé une facture pour avoir une réparation convenable ?

- Oui. - C'est humain…

C'est pas un dégât des eaux dans ma cuisine.

T'imagines le risque pour la boîte ?

Là, je risque mon emploi, ma réputation…

Planter le film te coûtera ton emploi et ta réputation.

[bruit similaire à un barrissement]

Qu'est-ce que… C'est quoi, c'est Andréa ?

Elle a fait des bruits de gorge.

On aurait dit une trachéotomie ratée. C'était flippant.

Les gars, on va pas laisser faire ça.

Elle va crever. Elle s'en relèvera jamais.

Je crois que vous vous rendez pas compte, mais il y en a pour un million d'euros.

Donc, moi, j'ai pas envie de me retrouver en taule non plus.

Tu dis rien, toi ?

Je veux pas interférer. Je respecte la décision de Noémie.

Il est en pleine déconstruction.

Maintenant, puisque tu me le demandes,

si c'était moi, j'y penserais sérieusement.

Ah bon ?

Il faut juste inventer un sinistre.

Il faut juste rendre crédible un dommage d'un million d'euros. OK.

Mais couvert par ton assurance.

Faut faire ce qu'on sait faire, négocier avec le réel.

Je suis d'accord.

Alors, attends.

Avant l'arrivée des experts, demain matin, dans sept heures.

Dans le plus grand secret.

Arrêtez, ça m'excite.

[ils rient]

[Camille] On est cap ?

- Vous parlez de quoi ? - Non, non, rien. Enfin, on est…

Tu sais, on est dans les indemnisations.

Alors c'est quoi qui t'excite ?

C'est quoi qui m'excite ? Bah…

Je leur parlais de cette hallebarde

qui me regarde depuis des millénaires.

Depuis son histoire, en fait.

Je voulais vous dire que je suis seule responsable de tout ça.

- Je suis brutale. - Pas faux.

- Têtue. - Pas faux.

Alors, pendant que tu y es, un peu snob.

- Et parfois… - Méprisante ?

Oui, voilà.

Je suis désolée de vous avoir mis dans cette situation bien, bien pourrie.

Et alors, sinon, il faudrait que je sois au tribunal à 9 h.

À Paris.

Et je voulais savoir si quelqu'un pouvait m'emmener à la gare.

Mais parce que là, il est 1 h du matin, y a pas de train, en fait.

Ah, bah d'accord.

Tant pis. Ça servait pas à grand-chose.

Andréa, je t'amène à Aix.

Si tu prends le premier train, tu l'auras, ton audience.

- Merci, c'est vachement sympa. - Allez.

[musique douce à la radio]

C'est horrible, ce que je t'ai dit.

Pardon.

En plus, t'es venu pour t'occuper de Vincent.

Non.

C'est pas grave, tu sais.

Tout ce que je t'ai dit, c'était vrai.

J'ai démissionné de Starmédia.

J'en pouvais plus.

Je sais pas comment j'ai fait pour tenir si longtemps.

Tu m'en voulais tellement quand j'ai quitté ASK pour aller chez eux…

que je suis resté là-bas pour me prouver que j'avais pas fait une connerie…

Je sais pas.

Par fierté, quoi.

J'ai eu envie de t'appeler tellement de fois.

Je l'ai jamais fait.

Par fierté.

- On est vraiment cons comme des buses. - Hmm.

Cons comme des buses.

[musique optimiste]

- C'est le prototype, c'est pas sorti… - C'est laquelle ?

Ah, OK, OK, OK.

- Faut que t'apprennes les objectifs. - Oui. J'ai compris.

- Mathias. - Oh !

- Tiens. - C'est pour moi, ça.

- Y a trop de monde. - Je nous mets en équipe…

- Tiens, le café, parce que… Ouais. - Merci !

Mais on est d'accord, vraiment, il faut que personne soit au courant.

- Non, mais évidemment ! - Ni l'équipe ni les acteurs.

- Il est 2 h ! - Je sais. Il reste 1 h.

Bonne chance.

[chuchotements]

[Noémie] Là, là, c'est bien, stop ! Stop !

[Camille] Les optiques ! Passe-moi le trépied !

Attention !

Attention !

[Hervé] La caméra !

- [Camille] Je peux pas, la caméra. - [Noémie] Si, c'est crédible !

[Hervé] Camille, putain !

- [Noémie] Ouah ! - [Hervé] Ouah !

[musique résolue]

Ah, là !

[en roumain] Bienvenue !

Enchantée.

- [en français] Bonjour. - Vous parlez français.

Bonjour.

Donc, je suis Noémie Leclerc, la productrice du film.

Et voici l'équipe technique.

- Emmanuel Sednaoui, chef opérateur. - Bonjour.

Arlette Azémar, l'agent d'Andréa Martel, je la représente.

Je suis désolée.

On dit rien sur le film. OK ?

T'es en maîtrise complète.

Tout va très bien.

C'est par là.

Qu'est-ce qu'il y a ?

- Faudrait que j'aille aux toilettes. - Mais c'est l'heure !

Par ici. Fais vite.

Oh, putain…

Salut.

Salut.

[Andréa soupire]

Tu devrais te coiffer pour l'audience.

Oh, ouais.

Merci.

[elle s'éclaircit la voix]

[elle soupire]

Ça va, ton film ?

Oui, ça va super.

Je suis en sinistre.

Dis-le à ton avocate, on perdra moins de temps.

- Je suis désolée. - Non, mais il faut pas être désolée.

Vous allez partir à Nantes, ça va être super.

Flora sera très heureuse.

Je peux échanger mon appartement à Paris

une ou deux fois par mois, pour passer du temps avec elle.

T'as regardé les échanges d'appartements ?

Oui, je vais pas arrêter de voir ma fille.

Je voulais pas en arriver là, au tribunal. C'est horrible.

Je suis même pas sûre d'avoir envie d'y aller, à Nantes.

Tu m'as tellement énervée !

Bah toi aussi.

Je veux pas vivre comme ça, être en guerre.

Moi non plus.

[musique triomphale]

[Noémie] Donc voilà, ce jour-là, on s'apprêtait à tourner la séquence 83.

[l'homme traduit en roumain]

Je vous ai préparé le plan de travail avec la feuille de service.

C'était vraiment la scène primordiale.

[il traduit en roumain]

Vous imaginez le désastre.

C'est le cœur du film, la scène des adieux.

La scène où le policier va donner ses faux papiers à Suzanne,

qui va pouvoir recommencer sa vie.

C'est une scène déchirante

parce qu'elle se rend compte de tout ce qu'il a fait de bien pour elle,

mais qu'ils ne se reverront plus jamais.

Les acteurs étaient sur la berge là-bas

et Andréa voulait vraiment un plan du milieu du lac,

en longue focale.

Donc on est passés par le ponton là,

et on a ramé jusque là-bas, à peu près, au milieu, là.

Avec tout le matériel dans la barque.

Et puis là, donc, bah on s'installe,

moi, je m'apprête à changer la focale comme d'habitude,

la tête, bam, s'est déséquilibrée et là, j'ai perdu prise.

Ça a fait contrepoids avec le pavois babord.

Et plouf !

Et plouf.

[les experts chuchotent et rient]

[parlent en roumain]

Qu'est-ce qu'il y a ?

- Il y a un problème ? - Non, c'est le scénario, c'est amusant.

- Ah. - Qu'est-ce qui est amusant ?

[elle parle roumain]

C'est très français, ce romantisme,

l'amour impossible, tout ça.

Ils nous font quoi, là ?

"Oh là là là là là là !"

- Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? - Pardon ?

Non. Vous voulez vous reposer, Arlette ?

Ça va très bien, je vois pas ce qu'il y a de drôle.

On peut vous le dire, car la réalisatrice, elle est pas là.

On a lu le scénario.

Oui.

C'est pas crédible.

Cette femme, cette histoire, c'est tiré par les cheveux.

C'est une expertise technique ou un cours de scénario ?

Vous avez déjà tué quelqu'un ?

[parle roumain]

Vous avez survécu seule au milieu de la forêt ?

"Pas crédible", je t'en foutrais moi !

[elle s'énerve en roumain]

- [en français] Calmons-nous. Attendez. - [Arlette] Non, pardon !

C'est juste que…

C'est juste que…

la fugitive, c'est moi, voilà.

C'est mon histoire.

[l'homme traduit en roumain]

[Arlette] Mon vrai nom, c'est Marthe.

[musique mélancolique]

Marthe Lazard.

Toute ma vie, j'ai eu peur qu'on me retrouve.

Malgré les faux papiers.

Malgré la prescription.

J'avais peur de sentir une main sur mon épaule qui me dise : "Suivez-moi."

Mais tu as vraiment

supprimé ton mari ?

C'était un homme méchant.

Comme on pouvait pas avoir d'enfants, il me le faisait payer.

Il m'humiliait.

Il me tabassait.

Un jour,

je me suis défendue.

On s'est battus comme des sauvages.

Et ça a mal tourné.

Devant la justice, je savais que j'avais aucune chance.

Lui, c'était un notable.

Moi, une fille de rien. Alors j'ai fui.

Je me suis planquée presque deux ans dans les montagnes.

Ça a été la pire période de ma vie.

Mais finalement,

peut-être aussi la meilleure.

Parce que je me suis démerdée.

Parce que j'ai tenu bon. Parce que j'ai survécu.

Parce que j'ai compris que j'avais de la force.

Que j'étais pas une fille de rien.

Comment t'as atterri à Paris, alors ?

Mon flic.

Mon flic.

Il a pris des risques pour moi. Il m'a aidée à avoir un nouvel état civil.

Des faux papiers.

Et il m'a dit :

"Va à Paris, tu seras plus anonyme."

Et on s'est plus jamais revus.

À Paris, je me suis fait des amis.

Des artistes, des marginaux, des musiciens de jazz.

[grondement de tonnerre]

J'ai gagné ma vie.

J'ai fait la plonge dans des restos.

J'ai fait la vestiaire, la barmaid dans des boîtes de jazz.

Et j'ai bouffé du cinéma comme pas possible.

[Andréa] Hmm.

Et là,

j'ai rencontré Samuel Kerr.

Et on a créé ASK.

Et puis Andréa est venue m'aider

à écrire mes mémoires.

Et là, on a fait son film.

Attends, c'est toi qui m'as poussée à en faire un film.

Vu l'état des troupes, je sais pas si j'ai bien fait.

[ils pouffent]

Pff…

Au pire,

y a plus de film.

Mais il y a nous, quoi.

[musique onirique]

- [elle soupire] - [chant des cigales]

Bah non, tu sais, on sait pas encore

si ça va reprendre ou pas.

Je peux te donner mes sous, regarde.

J'ai 64 euros.

Tu veux tout me donner ?

Oui, tout te donner.

C'est drôlement gentil, ça.

Ça va avec Laetitia ?

Tu t'en sors pour son contrat avec les Anglais ?

Y a plus de contrat.

Elle a décidé de pas faire la série.

Elle part en Italie avec Vincent.

Oui, j'ai pas réussi à la convaincre.

Ah non, mais tout va bien.

Ça fait aussi partie de notre travail d'accompagner la vie, parfois.

[elle urine]

[vibration]

Oh non !

[gémit]

[la vibration continue]

[Noémie crie]

- Qu'est-ce qui se passe ? - Quoi ?

- C'est une vipère ! - [Hervé] Noémie !

- [Arlette] Qu'est-ce qui se passe ? - On a l'argent ! Le film est sauvé !

[crient de joie]

[Gabriel] Le film est sauvé !

Andréa, le film est sauvé !

Yes ! Yes ! Andréa !

Andréa !

[musique mélancolique]

- Merci. Merci. - De rien.

De rien. [crie de joie]

On va le faire, ton film !

[musique rythmée enjouée]

[dialogue inaudible]

[dialogue inaudible]

[dialogue inaudible]

[musique intrigante]

[musique rythmée optimiste]

[musique funk]

[la musique s'arrête]

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