All language subtitles for La guerre dans le Haut Pays 1998

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Original subtitles

Moi, j'avais quitté la Suisse pour me louer au roi de France.

Parce que là-haut, dans mon village des Hormons, ils me tenaient plus bas que

leur bête.

Sauf qu'à Paris, la révolution m'est tombée dessus.

Adieu le roi.

Mais je suis resté fidèle aux armes.

On me dit, ici en bas, que chez moi, ils ne veulent pas de la liberté toute

neuve.

Heureusement que les Français ont débarqué.

Ils vont nous aider à révolutionner le pays.

Ça va pas traîner.

Enfin, je vous retrouve !

J'aimerais qu'ils reviennent.

Alors j'écris, j'aimerais qu'ils reviennent, mademoiselle.

Pardon.

On aurait pu les ancrer en verre pomme, non ? David ! Oh, David ! Viens, tu as

oublié tes mots d'amour.

Nos frères et Saline ont pris position.

Écoute.

La grande nation française protège nos libertés.

Que les braves habitants de la vallée des Ormonds fassent une seule cause avec

les vaudois, leurs frères dont nous faisons partie.

On n'aurait pas pu se passer des français ? Il ne suffit pas d'une idée

qui passe pour que tout le monde s'y accroche.

Qu'est-ce que vous allez faire là-haut ? Si les Bernois se décident pour la

guerre, vous marchez avec eux ? Il y en a qui marcheront.

Et toi ? Tu iras avec qui ? Les miens.

Mais c'est qui les tiens ? Quoi ? Quoi ? Avec le mulet ? Oui.

Laisse-moi voir.

Tu ne serais pas David à Viola ? Tu ne te souviens pas de moi ? Je t'ai connu

chez ton père, tout gamin.

En serment ! Le fils du domestique ! Allez bien, on va traquer.

J'ai déjà trop traîné, on m'attend en haut.

Eh bien, ils t'attendront.

C'est toi ? C'est toi qui étais parti servir à Paris ? Oui ! Et toi, qu'est-ce

que tu fais ? Je fais la poste et je remonte. Je t'accompagnerai.

Tu vas revenir au village comme ça ?

Avec ta tenue de français, les Bernois vont te dérouiller.

Mon costume me quittera quand tu l'auras envie.

Moi, je reste fidèle.

Ton mulet aussi t'attendra. Et lui, au moins, il te fera pas de reproches.

Vous de qui la valeur

sut briser l'esclavage, vous qu'on voyait

jadis... L'humeur sauvage, il m'en manque deux. Vous convoyez jadis le cœur

gonflé de rage.

De là-haut, je vous vois comme un aigle.

Emile ! Emile, encore par terre.

Fille sur la place, voir si David est remonté avec mon café.

C'est comme ça que tu travailles, avec ton cahier d'enfantillage.

On fait ce qu'on aime.

Encore en train de m'espionner, sorcière.

Braver tous les dangers, les bernois et la mort.

Où cours-tu, Julie ?

Si on pouvait prolonger le bonheur de l'amour dans le mariage, on aurait le

paradis sur terre.

C'est joli, je vais noter ça.

J'ai besoin

de courir, il nous fait faux bon.

Courir, ça réchauffe.

Et de l'attendre aussi.

Alors, toujours pas de petits baisers ? Ni aujourd'hui, ni demain.

Dommage, avec un corps comme le tien, on se doit d'aimer avec largesse.

Dieu t'a faite pour ça.

Vous ne savez rien de mon corps.

Moi aussi.

Les vies de ton genre, je les devine rien qu'à les voir marcher.

Même dans la neige, c'est comme si je les voyais nus.

Il n'y en a qu'un qui me verra et ce n'est pas vous.

Je te verrai quand je voudrais.

Vous ne verrez rien, jamais.

Votre temps est passé.

David n'est pas encore là.

Il prétend qu'il n'a plus envie de remonter.

Plus envie ? Mais pourquoi ? Il paraît que les soldats français sont arrivés en

bas. Et alors ? Je ne sais pas moi.

Mais c'est mon foulard de dimanche que tu as.

Je vais l'attendre près de chez lui, il y a trop de monde ici.

Julie, reprends-le.

Allez, Ous.

Mademoiselle Bronzon, il y a du monde à servir.

Vous convoyez jadis le cœur gonflé de rage.

Le cœur gonflé de rage, imaginez.

Le cœur gonflé de rage.

C'est beau.

Bon, Voltaire, François-Marie, pardon.

Il la cache ? Ça me fait du souci, monsieur le pasteur.

Il l'a Voltaire aussi ? Je ne l'ai pas vu, lui.

En êtes-vous sûre ? Voltaire ? Je ne sais même pas à quoi il ressemble.

Vous savez, j'ai hésité à vous parler.

Je n'aime pas dénoncer.

Surtout mon mari.

Mais j'ai tellement peur de tout ça.

On ne dénonce rien à Dieu.

Il voit tout.

Devenage ! C'est M. le Pasteur qui est là.

Je passais vous demander, M.

le Régent, vous respectez bien le calendrier ? Naturellement, M. le

Pasteur. Vous enseignez la lecture, l'écriture, l'arithmétique, l'histoire.

Je corrigeais justement les devoirs lorsque vous... Et la religion aussi ?

Vous enseignez les chants des psaumes ?

Pourquoi ? On vous a dit quelque chose ? Heureux l'homme qui ne prend pas

le parti des méchants.

Pouvez-vous me chanter la suite ? Ne s'arrête pas sur les chemins des

pêcheurs et ne s'assiez pas au banc des impies.

C'est ma voix, elle n'est pas si juste. Et oui, dire que vous composiez des

poèmes, monsieur le régent.

Quel mal y a-t-il à cela ? Aucun.

À moins que vous ne chantiez des idées criminelles, des idées qui nous

viendraient de France.

Monsieur le pasteur, je n'ai jamais chanté d'idées criminelles. Au

contraire. Ces messieurs de Berne n'apprécieraient pas, vous savez.

Mais pas du tout.

Vous risquez votre rang.

Faites attention, monsieur le régent.

Bien attention.

Heureux l'homme qui n'a pas d'idées.

Car le royaume des faibles est à lui.

Qu'est-ce que tu lui veux à cet arbre ? Mais tu vas pas l'emmener là-haut ?

Allez, viens ! Il aime pas les arbres ?

De quoi t'as peur ? Tant pis ! Celui-là, il se mérite.

De toute façon, il était bien assez chargé comme ça.

Allez, viens !

Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Hier, c'était tranquille. Qu'est-ce qu

'il dit, l'allemand ? Comment tu causes, toi ? Il n'y a pas d'allemand ici, ni d

'étranger. Les Bernois nous protègent, c'est tout.

Moi, je suis là-haut. Je suis pour que les Baudouins se protègent tout seuls.

C'est pour planter.

Il n'y en a pas assez, chez nous ? Pas ceux-là.

Celui-là, c'est un tout nouveau.

Il en poussera bientôt partout.

Bon,

alors, on peut passer ou quoi ? Pour cette fois, parce que c'est toi. Des

fois, il y en aura d'autres.

Pas sûr.

Qu'est-ce que c'est ? On se bat plus haut ? Non, c'est sûrement mon père à l

'exercice. Il est avec les Bernois, ton père ? C'est pas que ça.

Il a ses idées sur ce qu'il faut faire.

Il y en a d'autres qui ont des idées.

Tu t'es bien défendu.

Ça ne sert à rien, c'est ton jour.

Il y a des rendez-vous qu'on ne peut pas envoyer.

David ! J'ai eu peur. Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

Les Bernois nous ont arrêtés en haut.

Nous ? Tu n'étais pas tout seul ?

Anselmo est revenu.

Tu te souviens, non ? Son père travaillait chez nous.

Tiens.

L'amour est le règne des femmes parce que la résistance leur appartient

et que les hommes ne peuvent vaincre cette résistance qu'en

perdant leur liberté.

C'est Chéri, l'imprimeur d'Entre-roches.

Il m'a laissé écrire avec ses lettres en pont.

Et cette phrase, qui l'a faite ? Le maître d'école l'a recopiée du livre d

'un monsieur Rousseau, je crois.

J'ai gardé dans la tête et puis... Mon savon aussi, tu l'as gardé dans ta tête.

Ton savon ? Je savais que j'avais oublié quelque chose.

Faut pas m'en vouloir, c'est comme pour le café de la femme à Deveneuil, je suis

arrivé trop tard au magasin.

Et qu'as-tu fait tout ce temps ? Écoute, c'est tellement animé en bas, si tu

savais. Il y a du monde partout, je regarde ce qui se passe, j'écoute qui se

dit.

Tu me préfères la ville, c'est ça ? Je croyais qu'avec toi, c'était du solide.

Tu vas voir comme il est solide, mon amour.

Si on allait aux sources surprendre leur nard ? Non, je suis déjà en retard. Si

mon père est rentré, j'aurais droit.

Mon père, il ne me fait pas peur, à moi.

Comment elles sont, les filles d'en bas ? Elles sont comme ici.

Elles sortent avec les hommes, le soir ?

Oui, ça arrive.

Et elle leur donne le bras ? Les hommes les tiennent par la taille ?

Elles se laissent embrasser ? Peut-être.

Et après ? Elles vont boire dans les chambres avec eux ?

Mais Julie, je... Je sais pas.

Tu sais, ici, les hommes, je sais bien ce qu'ils voudraient.

Mais moi je ne regarde que toi.

Quand tu n'es pas là, je ne vois personne.

Tiens ! Moi je ne t'oublie pas.

À demain aux sources.

Allez va, puisque ton père compte plus que moi !

C'est plus le moment de mettre à cuire.

Assieds-toi.

On ne mange pas ? Les Français ne t'ont pas nourri en bas.

Le retard, c'est parce que les nôtres nous ont retenus à la tine. Nous ? Qui

était avec toi ? Mon serment est revenu. Vous savez, le fils de... Le mercenaire

? Et les Bernois l'ont pas arrêté.

Pourquoi ils l'arrêteraient ? Ils doivent empêcher les espions de venir

fouiner chez nous.

Mon serment n'est pas un espion ?

Alors pourquoi il est revenu ? Puisqu'il savait les Français.

Il ne s'est même pas arrêté entre roches.

D'ailleurs en bas, ils se moquent bien de nous. Qu'est-ce qu'ils gagneraient à

nous espionner ? Ils ont tout ce qu'il leur faut.

Ils ont même des choses qu'ils ne savaient pas qu'elles existaient.

À nous, il ne nous manque rien.

Il te manque quelque chose à toi ?

C'est du lard que Julie Bonzon nous donne.

Bonne nuit, père.

Tu vas monter ? Il faut que je change l'eau et que tu fasses mon lit.

Moi, j'attends.

Vous attendez quoi ? J'attends que tu me parles.

Que je vous parle de quoi ? Que tu me dises la vérité.

Quelle vérité ? Parle-toi aux adorateurs des faux dieux.

Je cours la poste, on me parle, il faut bien que je réponde.

Et si des menteurs te parlent ? Je n'écoute pas les menteurs.

Il paraît que si.

À qui pensez-vous ? À Bronzon ? Mais à Bronzon, je ne lui parle pas, je ne le

vois qu'à peine.

Et à sa fille, tu ne dis rien ? L'enfant ne peut rien faire de lui-même.

Il ne fait que ce qu'il voit faire au père.

Julie ne se mêle pas de ce que pensons.

Car le père aime le fils et lui montre tout ce qu'il fait.

Saint Jean.

Sa liberté vaut bien la nôtre.

Il en a usé tant qu'il a pu.

Elle a appris comme la nôtre. Lui, le chasseur, l'arrête.

Nous, il nous faut la loi.

On peut faire cuire le lard. On partagera.

Oui, père.

Non ? Qu

'est-ce qu'ils veulent encore ? C'est la trompette.

La trompette de la mort.

Qui est venu habiter ici ? Qui a planté ça ? C'est toi, Jean-Fou ? C'est le sous

-lieutenant Ancermo.

Ancermo ? Le mercenaire ?

Parfaitement.

Et c'est l'arbre de la liberté.

Et la liberté, je vais l'avoir de chez moi.

Et en me levant même.

C'est tout ce que t'as ramené de Paris ? C'est tout et c'est beaucoup.

La liberté, elle est toute verte.

Comme les feuilles.

Le vert, c'est la couleur des traîtres d'en bas.

Qui a parlé de traître ? T'es parti défendre le roi de France et tu reviens

du côté des coupeurs de tête ? Ils ont eu raison de se révolter.

J'ai vu, moi, ceux qui manquaient de pain.

Je les ai vus, les affamés.

La misère, j'ai touché de la main.

Personne meurt de faim ici.

Bon, allez, on y va.

Les Bernois ont sûrement des nouvelles.

Bon sang, c'est l'âme des Français, ça.

Il y en a qui annoncent le printemps un peu vite.

Allô, Zermot.

T'allais trouver du bois cassé et des souris dans ta baraque.

T'étais pas un bonzon, toi ? Je le suis toujours.

Dis donc, c'est vrai qu'il y a les Français en bas et qu'il y a des Vaudois

qui les suivent ? Naturellement qu'ils les suivent, pourquoi ? Pas vous ?

Ici, c'est pas si simple.

Je n'arrive pas à lire.

C'est écrit trop petit. Si tu avais fréquenté plus la classe et moi l

'auberge, tu pourrais. Oui, alors il ne m'aurait pas connu.

Il n'aura rien perdu.

Sale bête ! Toi, tu fais bien d'être du bon côté.

Vous avez vu ? Moi, il ne se pitagnait pas.

Voilà les Verdouins ! Les voilà ! Hé, silence ! Laissez passer Josias.

Il y a même le pasteur !

Instruit des intentions perfides de l'étranger et de ses alliés locaux, à l

'annonce de l'invasion de notre pays par les soldats français, nous décidons, en

accord avec les représentants de leurs excellences de Berne, de procéder à une

revue des hommes valides de la commune en vue d'enrôlement.

T'es sûr de ce que tu dis ? Décoré berpomme, en plus.

Les bernois enrôlent, ça veut dire quoi ? C'est la guerre ? Ça y ressemble bien.

Les autres ont des espions jusqu'ici.

Ils ont même planté un arbre de la liberté.

Mais on ne prend la liberté de personne ici.

Je suis content qu'on mobilise. On verra enfin qui est qui.

Il faudra veiller à tourner votre fusil du bon côté, Moïse.

Et si vous veniez trinquer ? On en a bien besoin.

Moi, je vous quitte. J'ai mon serment de dimanche à écrire et les mots comptent

double ces temps. Je paie la tournée.

La guerre nous aura permis de boire ça, au whisky à rose. Moi, je ne vais pas

boire pour avoir des voix.

Allons, mes amis, pas de méchance.

Gouverneur, je ne fais que constater l'échange. Non, pas de ce mot ici, cher

conseiller. Allons, gouverneur, laissez-le dire.

Josias, dis-moi, ton fils à propos, il n'est pas pressé de te montrer ?

Vas-y, Claire, attends-moi.

Au moins, j'y aurais dit.

Bois ton lait de poule, Samuel.

Le printemps vient bientôt, on ira accueillir la gentiane tous les deux.

Bonzon, tu ne donnes pas l'exemple.

Tu as laissé ton assiette à moitié pleine.

Elle est où, Julie ? Qu'est-ce que tu fais là ? Et ton travail ? Il faut que

je vois Julie.

Bonzon, ta fille quitte son travail au milieu de la journée.

Il paraît qu'il va y avoir la guerre.

Pourquoi veux-tu qu'il y ait la guerre ? Il y a des bernois partout sur la place.

Il bat des tambours. J'y retourne.

Cette guerre, c'est à croire que certains la cherchent.

Il y a un serment qui vient encore planter un arbre de la liberté sous leur

nez. Un arbre ? Que l'arbre ? Un arbre, ça ne fait pas de mal ? Dans quel état

tu te mets ? En tout cas, je ne laisserai pas rentrer le désordre dans

cette maison.

Il y en a bien assez dehors.

Il est plus vif que toi !

Qu'est-ce qu'il dit ton père ? Allons d'abord au cabanon.

J'ai cherché à lui parler.

Tu n'as pas pu ? Il veut rien entendre.

Il se doute que j'ai plus les mêmes idées que lui.

Mais c'est pas de ça dont il faut lui parler.

C'est de nous, de toi, de moi.

Je sais bien.

Dis, David.

Tu tiens plus à tes idées qu'à moi ? Je tiens aux deux.

Mais moi, je suis là.

Je ris, je pleure, j'existe, touche.

Des idées, qu'est-ce que c'est ? C'est de la fumée.

De la neige qui fond.

En bas, maintenant, on peut écrire des journaux.

Dire ce qu'on pense.

On peut même chanter ce qu'on veut.

Allons enfants de la patrie, la victoire est à nos côtés.

Nous écraserons la tyrannie, contre Berne allons batailler.

Il n'y a pas autre chose à me chanter.

Sur la bouche, c'est la première fois.

J'espère bien.

T'as un trou là.

En bas, les filles ne sauraient pas te raccomander.

Viens à l'abri.

Tu commences à plavanter, tu fais mille cubes par terre.

Julie ? Qu'est-ce que tu fais là ? Les Verdans sont au village, ils rassemblent

tout le monde.

Et toi, David, ton père te cherche.

C'est ce qu'il veut.

Tu vas te battre contre ces dambas ? Je peux pas.

Qu'est-ce que tu vas faire ? On va rentrer.

Dépêche-toi, Julie, notre mère t'attend.

Et dis, va me sermonner s'il voit plus.

Jean, lève-toi ! C'est le diable que tu sers si tu ne nous aides pas.

Fais-le monter.

Tiens, il appelle.

Vous y allez ce soir ? Chez Isaïe ? Ah oui, il y aura du monde. Vous serez là,

monsieur le pasteur ? Chacun son Dieu.

Moi j'ai la charge d'âme. Mais Isaïe est inspirée par Dieu.

Je ne dis pas non, il est le bras armé du Seigneur.

Moi, je ne suis que son porte-parole. La parole, il faut bien qu'elle soit armée

quelquefois. Qu'est-ce que tu fous là, toi ? Descends de là, je vais te

montrer.

Je te les fais bouffer, mes cocardes ! Tu attises la colère de Dieu en sermots

! Le diable, il a dit son

mot.

La bête est sortie de la mer.

Elle s'avance.

Des gouttes de sang perlent de sa robe.

Elle est dans la forêt.

Elle fait peur aux arbres et aux nuages.

Des crânes d'hommes sont attachés autour de sa taille.

Elle pue l'enfer.

Ses yeux sont rouges, sa langue est celle d'un serpent.

Elle s'appelle Révolution.

C'est avec elle que les habitants de la terre se sont livrés à la débauche et se

sont enivrés.

Les nuées se déchirent et laissent tomber des monstres sans tête,

des femmes au ventre ouvert.

remplis de pourriture, chantent avec des voix d'hommes.

Il faut les faire taire.

Vous êtes la lumière du monde, vous irez.

Vous mettrez la bête à bas.

Vous êtes les élus.

Vous lui percerez le ventre et la viderez de son sang.

Tu es mon Dieu, Seigneur prête l'oreille.

Ben doucement, j'ai plus mes jambes de vingt ans, moi. On n'a-tu jamais eu ? Si

ça te va se gâter, vous verrez si je sais pas courir.

Ça dépend dans quelle direction.

L'arbre d'Ancermo, vous l'avez vu, Josias ? Ancermo, il a déjà trahi le roi

en 89.

Qui est un traître trahira.

Il y en a d'autres qui parlent de s'entendre avec l'ennemi.

Ceux-là ont des filles qui s'abusaient de leur charme.

Tu parles trop, Moïse Pité.

Quand il faudra se battre, on saura se compter.

Il va falloir se battre, vous pensez ? Oui, et durement.

Cette guerre-là, on doit la faire.

Et dire que l'ennemi parle notre langue.

Mais Bernouille nous laisse vivre. On cultive, on commerce et on s'enrichit.

Qu'est-ce que tu veux de plus ? C'est vrai qu'on s'enrichit.

Enfin, quand on a les moyens.

Vous avez vu, Josias ? Ceci est prêt pour l'abattage.

On n'est pas des massacreurs.

On est là pour empêcher les hérétiques de monter jusqu'ici, c'est tout.

Ne tirez pas ! Avisez mon ombre !

Je

t'ai attendu chez Isaïe.

Le mulet s'est tordu une patte.

Lafide.

Mon père, je suis pas nu.

Tu crois pouvoir te passer de la parole de Dieu ? Tiens.

Vas-y, tiens.

Tu dois t'entraîner comme les autres.

Donne.

Prends celui-là.

On n'y voit rien.

Parce que tu ne veux pas voir.

Tu trouvais ton chemin la nuit avant.

En plein milieu ! Il a tué tout le monde, Josias !

Dès l'instant qu'un homme eut besoin du secours d'un autre, l'égalité disparut,

la propriété s'introduisit et les vastes forêts se changèrent, en des campagnes

riantes qu'il fallut arroser de la sueur des hommes. Monsieur, il y a le pasteur

qui vient.

Qui me répond ? Depuis quand est Dieu ? De toute éternité, Monsieur le Régent.

De qui dépend-il ? De personne.

Où est Dieu ? Partout.

Levez-vous.

Vous avez le catéchisme ce matin ? Oui, monsieur le pasteur ! Et sur quoi avez

-vous parlé ? Sur la circoncision du prépuce.

Bien ! Et qu'est-ce que le prépuce dans la Bible ? C'est le signe du péché.

Et c'est pour ça qu'il faut le couper.

Monsieur le pasteur, Jésus il avait aussi un prépuce ? Bien sûr, c'était un

garçon comme toi.

Mais alors, Jésus il avait aussi le signe du péché ? Bien sûr.

Et il a été circoncis.

Et chez les filles, c'est quoi le signe du péché ? J'ai bien curieuse pour

une fille de ton âge.

Asseyez-vous, Devenage, venez avec moi.

J'ai à vous parler.

Vous relisez votre catéchisme, les enfants, je reviens.

Il est arrivé, ce papier de Berne.

Leurs excellences n'ont plus confiance en vous, monsieur Devenage.

Nous avons besoin d'éducateurs sûrs.

Vous serez remplacé dès demain.

Je suis révoqué ? Oui, le nouveau régent est en route.

Mais de quoi vais-je vivre ? Ne vous inquiétez pas, vous toucherez tout de

même votre solde.

Ma solde ? Mais pourquoi ? Parce que vous allez vous enrôler.

Comme tout le monde.

Est-ce qu'on peut parquer, monsieur, dans les gens ? Oui, oui, vous pouvez y

aller.

Où allons-nous, père ? Au majeur de ta mère.

Pourquoi... Pourquoi aujourd'hui vous n'y êtes jamais retourné ?

Pour t'ouvrir les yeux.

Je suis avec mon fils, David.

Fais la poste.

Laisse-moi en bas.

Il est sous mauvaise influence.

Il faudrait que Dieu lui parle, qu'il lui montre le bon chemin.

Dieu ne parle qu'à ceux qui l'entendent.

On n'a touché à rien ici depuis que tu es né.

Cette poussière est ton âme.

C'est le foulard que portait ta mère le dimanche.

Cette peigne-là, ce cheveu sur la brosse, je pense à elle.

David, comment peux-tu imaginer en mettre une autre à sa place ? Père,

Julie Bonzon n'est pas comme... La chair est comme l'air qui se fane si tôt

fauché, elle est comme la feuille livrée au vent.

Tu ne verras plus cette fille, Bonzon.

Son père est un tiède.

Un fils doit mettre le pied dans le sillon tracé par le père.

Il doit y avoir à nouveau une femme dans la maison. Je la choisirai pour toi.

Mon père avait choisi la mienne.

Elle ne s'était pas trompée.

Pourquoi vous avez gardé ces affaires ? Moi, je n'ai aucun souvenir ici.

Ma mère, je ne l'ai pas connue.

Vous le savez très bien.

Pourquoi je devrais hériter de votre malheur ? David.

Comme si ce malheur je l'avais voulu.

Il faut oublier tout ça.

On peut pas vivre dans cette poussière.

C'est fini père.

J'ai besoin de respirer.

J'ai besoin d'aimer.

David ! Reviens.

Est-ce que quelqu'un a pris l'eau de vie ? Elle a toujours été là, bon sang.

C'est tout de même fou, je ne retrouve jamais rien de ce que je pense.

J'ai pas fait long, tu vois.

Ça va te redonner des couleurs.

On commence par les pieds ? Tu n'as pas vu l'eau de vie ? Bon sang, tu te remets

à boire.

Quand tout va bien, ou que tout va mal, c'est selon. Si c'est ça, tu devrais

boire tout le temps.

Va voir en haut à côté du séchoir, il doit en rester de l'année dernière.

Qu'est-ce que tu fais ici ?

Tu peux aller à l'auberge après la classe. Tim a renvoyé. Il a rendez-vous

avec le gouverneur et le conseiller. Il paraît même que c'est secret.

Pas tant que ça.

Puisque j'y serai.

Julie, David est parti pour notre roche.

Quoi ? Sans rien dire ? Il n'a parlé à personne.

Et Tim n'a pas pu lui passer commande.

C

'est la

maison du courant d'air ici ? Qu'est-ce qu'elle a ta soeur ? C'est pour la

broderie. Il lui manque du fil pour finir sa phrase.

L'amour est...

David

!

Qu'est-ce que tu fais là ? Tu vas prendre le froid, t'es à peine vêtue.

Y'a la guerre qui se prépare et toi tu pars sans m'embrasser.

Mon père veut pas de toi.

Il veut pas qu'on se revoie.

Pourquoi ? À cause de ton père.

Il me laissera pas choisir.

Alors il faudrait que j'aime un homme qui demande l'avis de son père avant de

mettre sa veste ou de l'enlever ? Tu te rends compte ? Moi j'ai besoin que tu

décides.

Que tu dises à ton père j'aime une femme.

C'est moi qui l'ai choisi, elle veut bien de moi.

Jette-lui tête à mon père, tu ne peux plus rentrer.

Est-ce qu'il y a la guerre parmi eux ? Il n'y a que ça qui peut nous changer la

vie.

Moi, je serai en bas avec les Patriotes et si on gagne, mon père ne fera plus la

loi.

Si tu es une bonne excuse, la guerre.

Moi, savoir de quel côté tu vas tourner ton fusil, ça m'est égal.

J'ai besoin de toi.

J'ai besoin que tu me prennes dans tes bras.

J'ai besoin.

J'ai besoin de me donner à toi, sinon je serai jamais à personne. Tu m'entends ?

Écoute... Tu dois descendre faire la poste.

Demain, je pourrai peut-être...

Peut-être plus de passé, ils vont sûrement fermer la vallée.

Ah ben va-t'en.

Vas-y vers les Français.

Vas-y.

Si tu descends, c'est pas la peine d'en... Je lui

ai

essayé de la dernière vendange.

Si j'osais, je dirais qu'il est encore un peu vert. Et pourtant, les bernois en

raffolent.

Nous n'avons jamais eu à nous plaindre de nos seigneurs de Berne.

La question aujourd'hui est simple.

Que faisons-nous si les révolutionnaires nous attaquent ? Peut-être qu'il

suffirait de parler avec eux.

On leur enverrait quelqu'un pour leur dire qu'on ne veut pas la guerre.

Après tout, on a très bien vécu tous ensemble jusqu'ici.

Jean Bonzon, tu es un faible et une bête.

Les soldats français sont en bas.

Ils ne sont pas venus pour nous regarder faire.

La guerre aura lieu.

Il le faut.

Sans quoi c'est eux qui nous détruiront.

Mais ils sont toute une armée.

Ils ont peut-être pas plus envie de se battre que nous.

Les vieux ont toujours vécu comme nous.

Ils tiraient de la terre tout ce qu'il leur fallait.

Ils ne manquaient de rien.

Le monde a changé, ça aussi c'est sûr.

Qu'on le veuille ou non, on sait plus de choses qu'avant.

Nos outils sont meilleurs.

Nos fusils même sont meilleurs.

Moi... Je m'habille comme s'habillait mon père.

Je mange comme lui mangeait.

Notre Dieu n'a pas changé.

Ni l'hiver, ni l'été, ni la maladie, ni la mort.

Tout est pareil.

Et si on se bat ? Vous avez réfléchi au prix où vont être le blé et le vin ? À

supposer qu'on en trouve encore ? Le vin, j'en fais mon affaire.

Et le blé, il y a des réserves.

N'est-ce pas, Josias ? On s'en passera s'il le faut.

On fera du pain.

D'avoine, du pain de sueur, du pain de terre, du pain d'ossement.

On tuera jusqu'au mulet, jusqu'au chien, jusqu'au chat, s'il le faut. Mais pour

se battre, il faut bien manger, pourtant. On le sait, ce serait question

de bouffe.

Les principes, avant tout.

On ne pourra pas dire qu'on est les esclaves de nos boyaux.

Vous êtes fous.

Nous allons nous battre entre frères d'un même sang, sans même nous être

parlé. Attends un peu, bonjour.

Rassieds-toi.

Nous avons à prêter serment d'ici demain.

Comment la nous faire ? Est-ce qu'on sait au moins ici qui sera des nôtres ?

Alors les comploteurs, on dresse des listes ? Il a raison, bonzon.

Personne veut mourir.

Ce qu'ils veulent en bas, c'est la même vie pour tous.

Pas comme ici.

Vous, Josias, mon père travaillait pour vous. Vous vous rappelez ? Et quand il

est mort, vous n'êtes même pas venu sur sa tombe.

Parce qu'il était un pauvre, vous le regardiez même pas.

Et moi, j'avais plus que ma peau à vendre. Vous avez oublié ça ? Arrêtez

-toi, fou le camp.

Ça vous va bien de parler de justice.

Moi, je l'ai vu, le monde.

Les seigneurs, les riches, la misère. Je sais comment ça se passe.

Les temps nouveaux, c'est pas des ventrucs comme toi, Moïse Pité, qui les

arrêteront. Personne les arrêtera ! Non, mais tu vas te taire ! Il n'y a rien à

toi ! Tu fais finir rien !

Où il va aller ? Juste ! Dans le Dieu !

Ne me faites pas ça.

Assassin.

Tu vas voir, toi ! Qu'est-ce que vous faites ? Arrêtez ! Lâchez-moi, bondu,

mais qu'est-ce que je vous ai fait ? Et tous ces papiers, c'est du ventre !

Arrêtez ! Vous êtes fous, ces chéris, l'imprimeur ! Chéri

? T'es un chéri, toi ? Moi aussi, je suis un chéri.

Chéri, fils d'Adrien.

Moi, j'ai pas connu mes parents.

Ils sont descendus dans une avalanche.

On est cousins, alors ?

Mais t'es un peu jeune pour aller les retrouver.

J'ai failli passer dans l'eau.

C'est la faute à Rousseau.

D'où tu venais ? De porter mes brochures à les uns de l'autre côté de la vallée.

Tout le monde en veut maintenant. Y'a que ceux des Hormons qui résistent. Les

autres veulent tous qu'on les libère.

Pour gagner sa liberté, faut des fois y mettre du sien.

Tiens, en bas c'est le printemps et j'ai pas trouvé à qui les offrir.

Alors, tu descends ou tu remontes ? Hé, la mariée de Sticht ! Au ferme ! Décide

-toi !

Les Français recrutent à tour de bras. Tu descends avec moi ? M'en veux pas,

chérie, mais vaut mieux que je remonte.

Invoqué ! Et la guerre qui arrive ? Comment va-t-on manger ? Voilà où ça

nous a amené toutes tes lectures ! Jean-Jacques ! Quand je pense que tu m

'as forcé à appeler notre garçon Émile ! Vois-tu ce que les Bernois font de nous

? Des esclaves, des serfs ont remplacé les braves ! Je l'avais écrit, on m'aura

jamais si bien dit ! Jamais ! Pourquoi il fallait que j'épouse un homme déjà

marié à n'en crier ? Et comment on va faire pour vivre rien qu'avec ta solde ?

Non... Non... Non...

Non...

Mon Emile ! Mon Emile, dans quel état il me l'a mis !

Au moins je n'aurai plus à faire le gentil avec les enfants de tous et sans

cœur !

Qu'est-ce que tu fais là, si tôt ? Tu devrais être en bas.

Père, il faut qu'on s'explique.

Ces fleurs, pour qui elles sont ? Elles sont pour vous, si vous les acceptez.

Père, laissez-moi vous amener Julie Bonzon.

Quand vous la verrez, vous ne serez plus en colère.

Vous lui ouvrirez votre porte, vous lui direz d'entrer comme si elle était votre

fille. Vous lui direz seulement ça, tout le reste sera effacé.

Tu n'as pas compris, David.

Les fleurs sont de vie qu'un temps.

C'est pas bien la peine.

C'est pas de ça qu'il s'agit.

Mais de quoi, alors ? De la guerre.

Tu dois te battre.

Tu vas aller prêter serment avec les nôtres.

Non.

Tu es mon fils et tu iras ! Non, je n'irai pas.

Tu veux obéir ? Je suis plus fort que toi.

Plus pour longtemps.

Sors d'ici.

Je sortirai quand je voudrai.

Tu n'es plus mon fils.

Tu n'es plus chez toi.

Va-t'en !

Nous jurons de défendre notre patrie, nos propriétés, nos libertés, nos

familles. De déployer le même courage qui assura la liberté de nos ancêtres.

Marc Lavanchy.

Vous engagez-vous à prêter serment sur l'odeur ? Je le jure.

Nicolas Tire.

Vous engagez-vous à prêter serment sur l'honneur ? Je le jure.

Moïse Pité.

Vous engagez-vous à prêter serment sur l'honneur ? Bonjour et je suis là,

gouverneur, ça c'est sûr.

Dites je le jure, c'est tout ce qu'on vous demande.

Je le jure, voilà.

Josias Aviola.

Vous engagez-vous à prêter serment sur l'honneur ?

Je le jure.

Vous avez remarqué ? David n'est toujours pas là.

Josias nous le ramènera.

Déjà de retour ? Non, je ne suis pas descendu.

Qu'est-ce qui s'est passé ici ? Demande à ton père.

Il me l'a tué.

Ils veulent pas de la liberté, David.

Ni de la justice.

Ils veulent des maîtres.

Liberté coupée, liberté brûlée.

Tu vas t'enrôler ? J'ai refusé. Mon père m'a jeté dehors.

Tu peux toujours dormir dans la cabane. Viens voir.

On se serrera.

Non.

Non, je vais aller au maseau de ma mère, là-haut.

Tu le diras, Julie ?

Tu peux pas lui dire toi-même.

Je crois qu'elle veut plus me voir.

Elle voulait que je parle fort à mon père, je l'ai fait, j'ai fait ça pour

elle.

Maintenant, je me retrouve seul.

J'irai la chercher.

Elle reviendra.

C'est la guerre dans le pays, David.

Et la guerre, elle se met partout.

Merci.

Mon père m'a renié.

J'ai quitté le village.

Où est-ce que tu vas habiter ? Ici ?

On va partir tous les deux.

Partir ? Et comment ça ? Je peux plus rester ici et je veux pas partir sans

toi.

On va descendre ensemble, à Entre Roches.

Mais je peux pas partir comme ça.

Pourquoi ?

Tu te trompes, David.

Notre vie est ici.

Entre nos montagnes, sur nos prés, dans nos maisons.

Non.

Je veux que mon père voit ça.

Oublie ces folies.

Tu m'accompagnes ? La nuit, j'ai peur sur le chemin.

D'abord, tu dois me promettre de partir avec moi.

Viens d'abord jusque chez nous.

Tu vas pas t'en aller sans moi, tu promets ? Écoute.

Descends aux sources demain matin.

On parlera.

N'oublie pas, une fois entre roches, personne ne pourra plus nous empêcher d

'être ensemble.

David.

Il y a de la lumière, ils ne sont pas couchés.

Mais toi, tu veux te remettre seul.

Pour cette nuit, oui.

Je t'aime, David.

C'est comme moi.

Qu'est-ce que c'est ? Ça a l'air de venir de chez un cerveau.

À demain, en source.

Tu viendras, c'est sûr.

J'y serai.

C'est promis.

Canaille ! Elle est pleine, la réaction ! Oh, attends seulement !

Tu crois qu'on va te laisser sortir ? Tu vas fumer comme un

jambon ! Tiens une garde ! Assassin !

Renfermo ! Dis donc, vous allez foutre le camp, oui ? Il a bien cherché, ton

Renfermo ! T

'es perdu, à viola !

Renfermo ! Renfermo !

Je suis dur à cuire pour croire.

Filon, on n'a plus d'amis ici. Tu veux aller où ? On descend source.

Viens, viens.

Tu tiens à lui, bien sûr.

Oui.

Si je te disais, va, tu peux t'en aller avec lui, tu partirais ? Oui.

Ta mère a besoin de toi ici, tu le sais.

Et Samuel aussi ? Et vous, père, vous n'avez pas besoin de moi ? Si

ça ne tenait qu'à moi.

Qu'est-ce que vous feriez, vous ? Peut-être que je m'en irais, moi aussi.

Mais sait-on jamais quand on doit partir ? Écoute, il reste une chose.

Je vais aller voir Josias demain.

J'irai avec vous.

Occupe-toi plutôt de David.

Il m'attendra. Josias va m'écouter, j'en suis sûre.

On verra demain.

J'étais presque endormie.

Il est tard, Julie.

Comment va Samuel ? Regarde-le, notre ange.

Il s'est assoupi enfin.

Je vais dormir, moi aussi.

J'ai plus de force.

J'aimerais t'en aller, c'est vrai.

Il y a des jours où je nous verrais bien ailleurs.

Il y aura une place pour moi ce soir ? Tu n'as jamais dit non.

Hé, David ! T'en veux un peu ? Je t'ai sauvé du fumoir ! Tu vas te transformer

en statue de glace si tu restes là !

Ça sert à rien de l'attendre.

Les jeunes filles, ça quitte pas leur famille comme ça.

Vous m'avez promis.

Tu veux qu'elles te suivent ? Parle, premier.

Si tu fais rien pour balayer le vieux monde, tu seras pas fier de toi, crois

-moi. La fête viendra plus tard et vous ouvrirez le bal. Tout le monde dira,

regardez ! Il a tenu tête à son père, il a quitté sa belle le temps d'une guerre

et maintenant il danse !

T'as raison, je lui ferai porter une lettre.

Elle viendra.

Avec Julie, on est noués comme une branche à l'arbre. Attends-moi ! Josias

? Josias, tu es là ?

Il faut m'excuser Josias, mais j'ai hâte de parler et on ne choisit pas son

moment.

C'est à cause de ma fille.

Elle est en relation avec ton fils.

Elle a appris ta colère, on s'est dit allons lui parler.

Je ne t'en empêche pas.

Elle l'aime tellement qu'elle ne peut pas se passer de lui.

Pardonne à ton fils Josias, tu feras deux heureux.

Peut-être que toi aussi tu souffres de son absence.

Alors tu feras trois heureux.

Je ne comprends pas ce que tu veux dire.

Josias, s'il te plaît.

C'est vrai, je ne comprends pas.

Josias, c'est ton fils.

De qui parles-tu ?

Toi,

tu as des enfants.

Moi j'avais un fils il y a peu et maintenant c'est comme s'il était mort.

Tu te conduis comme un mauvais père et comme un mauvais chrétien.

Ton Dieu est le Dieu les cœurs fermés.

Allez le chercher Josias, au source où il m'attend.

Faites-lui savoir que vous pardonnez.

Je lui ferai oublier ses folies, vous n'entendrez plus parler de lui en mal,

je vous le promets.

J'ai vu une femme assise sur une bête écarlate et parée d'or.

Elle tenait dans sa main une coupe de pierre précieuse, remplie d'abomination

et des impuretés de sa prostitution.

Arrêtez, Josias ! David, je l'ai pris dans mes bras.

Votre Bible ne lui fait plus peur.

Il est venu en moi.

Nous sommes un vrai couple maintenant.

Qu'est-ce que tu dis ? Je dis ce qui est.

Tu t'es ouverte à lui ? Oui.

Et je le voulais.

Et lui aussi, il voulait.

Je suis sa femme.

Comment ? Tu vois, même à toi, ça ne te plaît pas.

Regarde-la, celle que tu appelles ta fille.

Vois comme nos enfants peuvent nous quitter.

Ce n'est pas elle qui parle en ce moment.

C'est Satan.

Il a pris ton corps, il parle pas ta langue.

C'est vous.

Vous n'aimez pas David.

Vous avez peur de l'amour qu'il me porte.

Vous vous êtes resté seul.

Il t'a dit que tu es sa femme.

Mais David t'a abandonné.

Il s'est enfui cette nuit avec nos serments.

Personne ne les a enfuis.

Nous sommes venus, mes amis et moi, nous réfugier chez les enfants de la liberté,

descendus de nos montagnes vers nos libérateurs et nos frères.

Non, vous n'êtes pas encore les maîtres ici.

Tu sens ? C'était Rue Saint-Roch.

Un trou gros comme tes deux doigts que ça a fait.

Et la balle, elle se promène dans tout le corps. Touche.

Bas les pattes.

Oubliez.

Tu devrais t'occuper un peu de lui.

Il est triste de mourir.

C'est sûrement pas de moi qu'il a besoin.

Non, quel état il est.

Va falloir lui trouver une tenue à cet oiseau-là.

C'est rien.

Trop d'eau de vie sur trop de chagrin.

Pierre Anciermont, ex-sergent au régiment d'Artois, aux ordres de notre

République.

Et votre ami, il vous suit ? C'est à lui de dire.

Votre nom ? David.

T'es venu pour ça ? David Aviola, fils de Josias Aviola, des Hormons.

Aviola, vous connaissez le terrain ?

Oui, je courrai la poste.

Je marche avec vous, j'ai fait mon choix.

C'est bien.

Allez prendre vos cantonnements.

Des proches ? Oui, mon lieutenant.

On a des nouvelles des réquisitions ? Rien.

Les patriotes vaudois ne se pressent pas au portillon.

Question de lenteur, ils ont de qui tenir.

C'est la force des tyrans, des proches, que d'enchaîner les esclaves à leur

propre travers.

En serre-mot, tu crois que j'ai bien fait ?

Tu l'as fait, c'est ce qui compte.

Si Bozon disait vrai, on peut éviter la guerre.

S'il disait vrai, on serait pas là.

Et si Julie descend ? Le temps qu'elle se décide, on aura fait détaler tous les

bernois.

Tu peux dormir tranquille.

Ce qui est de dormir avec le bruit que vous faites, moi j'arrive pas.

T'as raison, ça résolve.

Et au bruit, il faudra t'y faire parce que t'en auras bientôt plein les

oreilles. Allez, recouchez-vous.

Et elle ? Est-ce qu'elle dort bien ?

Oh, c'est toi, gamin ? Tu me casses le sommeil !

Tu trouves que j'ai la tête du diable ? Qu'est-ce que tu racontes ?

Rien.

Il y en a qui le disent.

L'écharpe n'est pas pour David ? Si.

Je vais la lui apporter.

Quoi ? Je descends.

Il m'attend en bas, je vais le retrouver.

Mais la guerre va commencer.

On remontera vite.

Tous les deux.

Et s'il infuse ? Je serai plus forte que lui.

Je le prendrai dans mes bras et je le porterai à travers la guerre.

Je lui ai donné mon sang, il est à moi.

Qu'est-ce que tu dis ? Tu verras comme c'est bon de donner son sang à un homme.

Tout le reste... Tout le reste n'est rien.

Tu me fais peur.

Tu ne diras rien à personne.

Mais reviens vite ! Tenez, veuve Rusli. Vous garderez la boutique bien fermée.

D'où de quoi qu'une ? Au bar qui est.

Tu es sûr qu'ils vont partir aujourd'hui ? Oui, en bas, ils sont partis.

Ils essaient des bernois.

Et où tu nous mènes ? Nous, on va les garder le col, là-haut.

Ils viennent par la vallée, ceux de là, ils les auront sous leur feu. Le col ?

Tu crois que les Français pourraient nous contourner par ce côté ? Il y aura

bien quelqu'un pour y penser.

Ils ne connaissent sûrement pas ce passage.

Les Français, non.

Mais d'autres, si.

Regardez qui vient.

Josias.

Vous et vos hommes allez témoigner.

Il faut en remercier Dieu.

Il reconnaîtra ceux qui ont le cœur pur.

Il ouvre ses bras pour les recevoir.

Je ne serai pas avec vous, mais je tiendrai le bras dressé,

comme Moïse.

Et tant que mon bras sera dressé, vous ne faiblirez pas.

Parce que vous avez le respect de la loi.

Vous n'aurez pas pitié de ces ennemis.

Si nous devons mourir, nous saurons pourquoi nous mourrons.

Depuis quand est Dieu ? De toutes les vérités.

Combien de temps sera-t-il ? À jamais.

Par qui subsiste-t-il ? Par soi-même.

Où est Dieu ? Ça, je sais.

Partout. Qu'est-ce qu'elle fait, ta sœur ? Elle est à l'heure d'habitude.

Elle n'a rien dit ? Non, rien.

Et à toi, Virginie ? À moi, elle n'a rien dit non plus.

Qu'est-ce qui vous arrive, monsieur le Régent ? Vous n'auriez pas un petit coin

pour moi à la menuiserie où je pourrais rester ? Juste une paillasse dans les

copeaux. Ma femme veut ma mort.

Entrez, Dovenage, entrez.

Ça fait trois jours que je me cache.

Depuis hier soir, je n'ai rien mangé.

Venez.

On attend notre fille aînée pour se mettre à table. Asseyez-vous.

Julie ? Je l'ai vue qui partait.

Quand ça ? Tôt ce matin.

Elle allait où ?

Vers le bas, sur le chemin d'entre-roches.

Elle est partie rechercher David.

À moi, tu aurais pu le dire.

Je suis votre mère, j'aurais compris.

Non.

Ce qu'elle disait, personne ne pouvait le comprendre.

Bonzon, qu'est-ce qu'on fait ? Si ce soir, elle n'est pas de retour, j'irai

la chercher.

Attendez, je vais voir ce qui se passe.

Qu'est-ce que tu fais ici, toi ? Je savais bien qu'elle y resterait.

À la guerre comme à la guerre.

Mais qu'est-ce qui t'a pris de t'amener par ici ce matin, en pleine bataille ?

Moins d'eau qu'on a failli tirer dessus.

Mais puisque je vous dis que David et Viola m'attend, laissez-moi m'en aller.

En bas, ils n'ont pas tous nos soucis.

Ils dansent, ils se donnent des fleurs.

Ils sont heureux, il me l'a dit. À Viola, le postier.

Il n'est pas prêt de valser, celui-là.

Tu mérites mieux que ce René, gars.

Les Français sont en route.

Et toi, tu vas rentrer au village.

C'est bien dommage.

Si je t'avais, je te garderais près de moi.

Qu'est-ce qu'on va devenir ?

Et si elle descend, en contournant par le col ? Le col j'ose assier, il ne

laissera passer personne.

Qu'est-ce que t'as ? Qu'est-ce qui te tracasse ? Si j'avais su qu'on partait

si vite, tu aurais fait porter la lettre.

T'en auras plus besoin, tu seras déjà dans ces bras qui s'apercevront là-haut

que leur cause est perdue. T'as entendu Fornero ? On attaque sur tous les

fronts. Et s'il y a des morts ? La guerre a cette utilité que des fois elle

tue quelques fumiers.

T'as eu une fière idée de nous faire passer par le col.

Capitaine ! Capitaine, il ne va pas se relever !

Allô, Marseillais ? Tu

ne veux pas flancher au pied du col ? On ne peut pas toujours faire la guerre au

soleil.

Allons, du courage, Lesminas.

Capitaine, je n'ai jamais clanné au combat.

Mais ce pays, ce n'est pas un pays, dites.

On voit bien que le bon Dieu n'est jamais venu par ici.

Reprends ta place.

Viens là ! Monte avec moi.

Tu nous retrouveras le chemin.

Allez, on y va.

Allez ! Chacun son tour montra la gare sous la crête.

On les verra venir.

On va manger maintenant.

C'est l'heure.

Busset, tu vas prendre le premier tour.

Oui, Josias.

Si les Français étaient restés chez eux, on aurait pu s'entendre entre vos

doigts.

Qu'est-ce que tu penses ? Non.

Mes cerveaux sont gâtés.

C'est trop tard.

Oui.

Mais on pourrait peut-être éviter des morts.

Pourquoi faire ? Si j

'avais su, j'aurais pas signé pour Senka !

Ça m'aurait évité de geler ! Parce qu'on sait seulement pourquoi on est là ! Mais

c'est pas une saison pour se battre ! On a sûrement moins de peine à crever quand

il y a les barres. Il a bien raison ! Les merveilles, ça vaut la coupe, hein !

Oh, Louisa, c'est toi la merveille ! T'es

sûr que le col n'est pas gardé ? Non, il y a trop de neige.

Et personne ne vient jamais par là.

On va aller voir quand même.

Si ça peut te rassurer.

Jean-Thias ! Viens me voir !

Y a quelqu'un ?

Et si t'en es le col

? Y en a un là-haut qui aurait pu penser comme toi.

On dirait que c'est désert.

S'ils sont là, de toute façon, je sais bien ce que je ferai.

Personne ne pourra dire que je manquais à ma parole.

On racontera qu'on a été repérer le passage.

Du Pertuis, la Manchie, Nicolera, Busset, levez-vous !

Prenez vos armes et allez vous placer en tirailleur.

C'est le moment.

Tille les as sous les yeux.

Souvenez-vous.

Isaïe a le bras levé.

Visez bien.

C'est comme sur les cibles.

En plein cœur.

Ils vont me tenir pour un traître.

Personne ne pense à ça.

Maintenant on y est, il ne reste plus qu'à nous battre, David.

J'ai jamais fait la guerre, moi.

On a été trahis, mon colonel.

Comment ils ont su qu'on était bandés de ce côté ? C'est un violin ! Il nous a

tirés ici ! Tais-toi, le Marseillais ! C'est le hasard, c'est tout ! Ouais, il

a un bon nom, le hasard ! Vous avez l'ennemi en face, et alors ? Vous n'êtes

pas partis pour une promenade ? C'est le combat qui nous attend ! On joue ?

Josias ! C'est la vache qui est morte ! La mort est notre tribu !

Rolda

! La patrie tout entière vous regarde !

Il est insensible au bal ou quoi ? Celle-ci est pour toi, Général.

Soldat ! Celui-là est un homme qui meurt pour la liberté.

T'as vu le chef ? Qu'est-ce qu'on fait ?

Vous autres, avec moi, suivez-moi ! On se protège sous les rocs ! Prenez

courage !

Apprêtez-vous !

Ils peuvent plus nous voir. On en profite.

Josias, tu ne le reconnais pas ? C'est ton fils !

Josias !

Josias ! C'est votre fils, Josias !

Ils sont rentrés tous les deux !

Josias !

Je

suis venu, Josias.

C'est fini.

Les Français montés par la vallée sont au village.

On a bien essayé de les retenir à Latine, mais nos amis bernois ont

déserté.

Josias !

Vous avez entendu ?

Là,

repose-toi maintenant.

Ils ont cessé de se battre.

Qui a gagné ?

Les Français, les vaudois d'en bas.

Alors David est revenu ? Il doit être revenu, il était avec eux.

On ne l'a pas vu.

Laisse-moi sortir, il doit sûrement me chercher.

Non.

Tu es trop fatigué.

Oh, c'est vous, vous m'avez fait peur.

Écoutez, ces Français font de mal à personne. Ils font même sauter les

enfants sur leurs bras. Et les femmes qui étaient bâties avec leur matelas

sont revenues.

Oui.

Alors si c'est comme ça, je mets mon manteau et on arrive.

Venez, il reste encore du café. Vous nous accompagnerez, ma fille veut

absolument retrouver son habit.

Julie ! Laissez-la filer, c'est jour de fête.

Moi j'attends, je vous protégerai sur le chemin, on sait jamais.

J'en connais qui vont faire une drôle de tête autour.

Et qui, qui croyaient être du bon côté ? Le bon côté, c'est pas toujours le même.

Comme le vent, ça change.

Mon mari a été nommé entre roches. Les patriotes apprécient des poèmes, eux.

Bravo, c'est le baissier.

De qui le courage ? Je suis brisé autrefois les pères de l'esclavage.

Vous, convoyés jadis par le plus noble et fort, bravez tous les dangers, les

tyrans et la mort.

Vous,

conviés de laisser la superbe Helvétie lorsque par les Romains elle fut

asservie, qu'êtes-vous devenus ? Je porte mes regards sur les bords du

Léman, des esclaves, des serfs. ont remplacé ces braves, ces hommes, ces

héros, dont les grandes vertus avaient pour la patrie enfantée des Brutus.

Bravo, David!

Monsieur le

militaire, vous avez vu David?

David à Viola, il a dû venir avec vous. Il doit se faire du souci pour moi.

Je ne connais pas David.

Je peux bien le remplacer si vous voulez.

Julie ! C'est lui.

David, je suis là.

Moi aussi, je suis là.

Pardon.

David a vos cheveux.

Il se sent comme vous.

Reviens voir si jamais.

Julie ! Reviens ! On est tous là ! Laisse-la, elle est amoureuse. J'ai même

décidé votre femme à venir jusqu'ici. De la liberté !

Nous revoyons l'aurore, de l'Orient au midi, du brabanson au mort, tout renaît,

tout reprend cette ancienne vigueur qui peut seule aux humains procurer le

bonheur.

Tais-toi, Réjean.

Il n'y a que la mort qui gagne.

C'est les cimetières qui votent, comptons.

David, tu es revenu ?

Je savais que t'étais là à m'attendre.

Oh, vous devez être en serment.

Venez vous asseoir avec nous.

Et dire qu'il voulait que je le suive à la ville.

Je vais m'occuper de vous.

Je ne demande qu'à être seule avec lui.

Il manque quelques mots.

J'ai pas eu le temps de finir.

Je voulais que je descende.

Alors moi, je suis venue te chercher.

Dis, tu vas pas me laisser tout faire.

Tu l'as assez répété qu'il y aurait l'égalité entre nous.

Tu te souviens ? Quand t'étais contre moi.

Avec ta chaleur qui venait dans mon ventre.

Il a eu peur l'autre soir, parce que ça criait vers chez vous.

J'ai eu froid, David.

Moi aussi, j'ai eu froid.

Alatine, ils m'ont arrêtée.

Ils m'ont retenue, j'aurais voulu mourir.

Je suis remontée.

Je me suis dit, il reviendra avec les Français puisqu'il défend leurs idées.

Et aujourd'hui, je t'ai retrouvée.

On l'a menée, notre bataille.

Et le printemps qui arrive enfin... Il a fait

ce qu'il devait.

Il peut dormir.

Dors, David.

Tu y as bien droit.

Tu es revenu.

Et moi je suis là.

David, on l'a enterré quelques jours plus tard, aux côtés de Josias, qu'on

avait retrouvé pendu au pied du col.

Julie, elle, n'est pas venue.

Elle était sur les chemins, à l'attendre.

Sur l'écharpe, elle avait brodé l'amour et le règne des femmes.

Elle y a cru, tout simplement.

Elle le cherchait partout où il s'était connu.

Elle répétait, je suis sa femme, il viendra bien un jour.

Elle a attendu ainsi.

Sa vie durera.

Au village, tout est de nouveau tranquille.

La révolution est passée comme un souffle. Elle n'a pas réveillé grand

monde.

Les morts dorment encore aujourd'hui dans le petit cimetière.

La mousse s'est mise sur les croix de pierre. On ne peut plus lire les noms.

Les années se suivent et rien ne ternit jamais la pureté du bleu de l'âge ancien

qui vient de s'ouvrir comme un petit œil.

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