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Dans ce portrait imaginaire que Manet a fait de Nana, je ne retrouve pas ce que
moi, Fauchery, j'ai tant aimé chez elle.
La vie.
La puissance de la vie.
Une fille des Faubourgs devient une coqueluche à Paris.
Ce n'est pas une histoire exceptionnelle, c'est ainsi que débute l
'histoire de Nana, mais ce n'est pas Nana.
Nana, c'est l'innocence.
La terrible force de l'innocence.
Nana ignore son pouvoir.
Elle vit.
Elle rayonne.
Elle est cette lumière, ce feu où tous les hommes rêvent de venir se brûler.
Elle est le caprice aussi.
Nous l'avons vu entretenu par le riche banquier Steiner.
nouer une idylle enfantine avec un tout jeune homme. Nous l'avons vu céder enfin
à la passion du comte Mufa et croire un instant, sincèrement, qu'elle avait avec
lui trouvé sa position.
Mais trois mois plus tard, elle lui mentait déjà.
La voici entichée d'un camarade de théâtre. Elle a tout quitté pour lui, le
luxe, l'argent.
Elle a claqué la porte au nez de la fortune.
Et la voici établie à Montmartre.
comme une midinette heureuse.
Moi, je trouve ça excellent, mais... Un petit coup, Mme Maloir.
On est rudement bien.
Oui, mieux que chez vous, là-bas, dans vos satins, moi, les grandeurs.
Vous avez dit les livres.
C'est fatigant à la fin !
C'est bien
froid, hein ? Mais chez vous, on voit que c'est toujours le printemps.
Amoureux ! Tenez.
Voilà un bon petit pigeon, bien tendre, pour recouler ce soir.
Ah non, ce soir, je ne pourrai pas. On sort.
Mon mari m'emmène au théâtre.
Ben, si c'est ça le théâtre, c'est ce que je suis contente de faire en fait.
Il faudrait me payer cher, tiens. Allons, allons, tu ne veux pas te mettre
à démunir les amis, non ? On est sa famille.
Oh ben non, pas moi, ça c'est sûr. C'est fini.
C'est ça la débutante de ta petite copine.
Vraiment, elle a l'air tarte.
Tu trouves quelque chose ? J'ai faim, allez viens.
Elle a un oeil qui digite à l'autre.
Je te jure.
Et maigre, avec ça, il n'y en a pas pour la main d'un honnête homme.
Tu ne peux pas te taire, non.
Moi, je te dis qu'elle a quelque chose, cette petite.
Évidemment, tu n'es pas du métier. Elle a peut-être quelque chose, mais elle n'a
pas ça.
Moi, je te dis qu'elle est moche. Et ça, c'est mon métier. Je m'y connais.
Ah, les bonnes femmes.
Ah, tu es vraiment chipie, hein.
Moi, je te dis qu'elle a du chic, de la présence, du charme.
Du charme ? Oh, ça suffit, tu m'embêtes à la fin.
Allez, couche-toi. Moi, je veux dormir. Donne-moi ça, tu vas grossir.
Tiens-toi tranquille, sinon ça va mal finir.
Bonjour, j'aime pas qu'on parle sur ce ton.
J'ai l'habitude qu'on me respecte. Je suis pas plus bête qu'une autre, tu
sais.
Éteins.
Mais qu'est-ce que t'as à remuer comme ça ? Mais il y a des miens.
Quoi, il y a des miettes ? Il y a des miettes, oui.
On n'a pas idée de manger dans le lit.
Il y en a partout, ça me gratte. Ah, là, là ! Bon,
ça y est, il n'y en a plus des miettes, il n'y en a plus, alors on se couche.
à ta disposition si tu bouges encore.
Alors maintenant, t'es qu'un.
Tu as
bien
dormi ? Toi ?
Tu ne recommenceras plus.
Plus jamais.
Ça fait mal, tu sais.
Plus jamais.
Viens !
T
'as
vu l'heure ? Il est près de minuit.
Tu traînes maintenant.
Tu ne vas pas encore sortir ce soir quand même.
quand ça me plaît.
Merci Madame.
Voilà, c'est la niche.
Je ne comprends pas ce qui m'arrive.
Il n'est pas beau.
Il est menteur.
Il est même plus gentil maintenant.
Je l'adore.
Je ne sais pas ce que je ferai.
Je suis capable de tout.
Tu sais, il me bat.
Tu as vu ça ?
T'es devenue fine comme une toile usée par le battoir.
Il me bat.
Ça lui fait plaisir.
Et moi, je dis plus rien.
Non, t'aimes ça.
Oh non ? Mais il aime.
J'ai si peur qu'un soir, il revienne pas.
T'es prise, voilà.
Va, ma chochotte.
Je suis heureuse.
Enfin, je crois.
Des moments, t'es une vraie fille, tiens.
T'as rien compris.
Les hommes, c'est des chiens.
Ils sont là, après toi, la langue pendante.
Moi, je sais.
Des chiens.
À dresser pour qu'ils rapportent.
À mater pour qu'ils fassent le beau.
Mais s'ils montent les dents, à abattre.
Toi, ils te mordent et t'aiment ça.
Fais voir.
T'as des marques, hein ?
Fille soumise.
T'es belle, tu sais.
Il va t'abîmer.
Ce serait bien dommage.
Je suis amoureuse.
T'as encore pris
ta route, hein ?
Je devrais être partie.
Les courses.
Oh, laisse tomber.
On est bien, non ? Ah oui, on est bien.
C'est une vraie bouge, ici.
Une bouge à cochons.
Bouge. Ah, t'aimes les racler. Eh ben, tu vas voir.
y'a plus rien à boire
Mais c'est long.
Tu vas voir que bon, c'est pas trop cher.
C'est un peu spécial.
Bonsoir.
Ah, te voilà, mon voyou.
Bonsoir, toi.
Je te présente une amie.
T'as un petit coin pour nous ? Où tu veux.
Tu es chez toi, mon trésor ?
J
'ai
faim, moi.
Pas toi ?
Bah qu'est-ce que t'as ? Rien.
Bon alors, qu'est-ce que tu prends ? T'as vu le menu dehors ? Il y a de la
poule au rond.
T'aimes ça ? Très bien.
Armand ! Un menu à 3 francs avec la poule et du chinon bien frais, hein.
Bien, mais non.
Dis donc, c'est toi qui payes, hein. J'ai pas envie, Pauline. Bien sûr.
C'est pour moi deux de bon.
Tu trouves pas qu'on se sent bien entre femmes ? On se comprend mieux quand
même. C'est vrai.
Tiens, tu fais du bien.
Je ne savais pas que vous seriez là ce soir.
Je vous présente mon allumana, Madame Robert.
Bonsoir.
Bonsoir.
Vous dînez avec nous ? Non, non.
Je passais comme ça.
Ça fait longtemps que je ne vous ai pas vue.
Vous croyez ? C'est possible.
Je ne sais pas que vous ne m'oubliez pas tout à fait. Mais je n'arrête pas de
penser à vous.
Vous voyez bien.
Venez donc bavarder un de ces jours.
Vous êtes libre quand ? Pas tout de suite, en tout cas.
Oui, bien sûr.
Je comprends.
Vous savez pas quand ? Vous savez, moi, les projets...
Qu'est-ce que t'as ? Moi ? Rien, rien.
Et qu'est-ce que vous êtes devenu cet an dernier ? Cet an dernier ? Comme
d'habitude.
Mais moi je reviens.
Je peux m'asseoir ? Vous
savez,
je suis très contente de vous voir.
J'adore.
Chez toi.
C'est tellement vivant.
Il y a si longtemps que vous n'avez pas été en France.
Je t'adore.
Un peu de champagne ? Oui, évidemment.
Ça vous dit des petites cailles sur le canapé ? Oh non.
Tu gagnes bien.
Il y a tout ce que tu veux.
C'est la fête.
Vous ne savez pas où elle est partie ? C'est un petit franc.
Ça a eu l'air.
Et toi ? Et ça ? Quoi, ça ? Ça ! T
'as mangé, j'espère ? Parce que j'ai tout jeté !
Ah non, ça ne va pas commencer.
Arrêtez de s'imagrer ! Où étais-tu ? Où étais-tu ?
Tu vas me le dire, tu sais.
Et qu'est-ce que tu as fait ? J'étais au restaurant.
Au restaurant, tiens donc.
Seul ? Qui ? Tu vas me dire avec qui tu étais ?
C'est trop lourd.
Ça m'étonne pas, tiens.
Tu se ressembles, hein ? Et c'est qui qui t'a payé ? Moi.
C'est Franck.
Ah, ça alors, c'est le comble.
Bouffiasse.
Tu feras donc tout, hein, tout le temps pour te rendre encore plus bête.
Regarde-moi ça.
Non, mais regarde-toi.
T'es rien, rien du tout. T'es plus rien.
Si tu deviens sale, t'es comme ta maison.
Tiens, regarde-toi.
Regarde comment tu vis ! Regarde comment je te vois, moi, comme une roulure ! Ça
roulait partout et ça continue, hein ? Ouais, ouais, on va traîner, avec des
traînées ! Et on dépense des citrons au restaurant ! Mais est-ce que je dépense
des citrons, moi ? Est-ce que tu crois qu'on peut jeter comme ça des citrons
par la fenêtre ? D'abord, c'est pas tout ça, où on en est ? Je veux des comptes,
je veux savoir où j'en suis ! Alors des comptes, tout de suite, t'entends ? T
'ENTENDS ?
Il te reste 6 000 francs sur 17 et on est ensemble depuis 3 mois.
C'est pas possible.
C'est pas possible qu'un ado trahie.
T'en caches.
6 858 francs.
T'as dépensé 10 000 francs en 3 mois.
Mais qu'est-ce que t'en as fait ? Tu vas me le dire ?
Où tout ça s'en est allé ? A ta garmine de tante, hein ? Ou ta copine, la petite
satin ? Tu te paies des hommes, c'est ça ? Où, bon Dieu, où
? Réponds ! Réponds ! Mais c'est noble, et la vaisselle et tout ici ! Mais qu
'est-ce que tu crois, ça va vite quand on s'installe ! Ah oui, ça va vite, oui,
ça va même trop vite ! Tu vois, ma mignonne, moi je trouve que ça va trop
vite. Alors, rideau, on change de tableau.
Cet argent est à moi, je me le garde.
Je me l'épaule.
Je ne vais pas me retrouver demain la plus populaire.
Je ne suis pas assez bête pour entretenir des tantes et des enfants qui
ne sont pas à moi.
Tu fais ce que tu veux de ton argent, ça te regarde. Tu le dépenses comme tu
veux. Mais le mien, pardon, bat les pattes.
Maintenant, je te paierai très lourd.
Le poiton, je m'en paierai la moitié.
Et le gigot, la moitié.
Vu ? Mais dis donc, mes 10 000 francs, tu les as bien un peu mangés, non ?
Mais t'as vu ? Mais dis mes frères !
Je suis vraiment fâchée.
Tu sais, ma fille, c'est très sérieux.
Jean, je le garde.
T'en fais pas.
Je travaillerai.
En fait, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Ça crève les yeux.
Moi, je l'ai vu tout de suite que c'était un homme vulgaire, sans manière.
Mais d'abord, il est stylé.
Je t'en prie.
Tu m'agaces un peu, tu sais. Oh, je sais, je sais.
Tu m'agaces toujours quand on touche un point sensible.
Je ne suis pas seule à penser comme ça.
Tiens, l'autre jour, j'en parlais avec Zoé.
Eh oui, Zoé.
Elle ne t'a pas oublié. Elle vient me voir, elle veut parler de toi.
Et justement, elle me disait, comment madame peut-elle se laisser maltraiter
par ce polichinelle ? Elle qui a eu des messieurs si comme il faut.
Le comte Muffin s'est distingué.
Oh, la barbe ! Tu sais, le comte Buffa, il est avec Rose maintenant.
Bon, enfin, quoi ? Il n'a rien pour lui, ce grand pendu.
Et tu te ruines pour un oiseau pareil ? Si, si, tu te ruines, je le sais.
Je vois bien que c'est de plus en plus dur pour avoir la pension de ton fils.
Je t'ai toujours donné, non ? Oh, mais je ne réclame rien.
De toute façon, tu sais bien que je soignais ton petit.
Bon, enfin, quand je pense que tu aurais...
que tu auras tout ce que tu veux.
Le comte pense toujours à toi.
Si Rose a mis le grappin dessus... J'aime ton temps.
Écoute, un jour, quand il t'aura tout pris jusqu'à la peau du ventre, tu
viendras frapper à ma porte et je t'ouvrirai.
Qu'est-ce que tu as ? Ben, ça fait... Ça fait quoi ? Parle ! Ça fait trois jours
que tu ne m'as pas donné ta participation aux frais.
C'est tout ce que j'ai.
Ça fait le compte ? Merci.
Ah mais de l'enfant, quel déjeuner ! C'était fameux, Nana ! Oh, le gigot ! Ce
gigot, c'était pas tort ! Formidable ! Très bien, très bien, très bien, Nana !
Vous savez, c'est moi qui vous invite !
C'est vraiment sérieux ? Je peux compter sur vous.
Vous reprenez le travail ? Oui, oui.
Enfin, de temps en temps ? Oui, je vois.
Quand vous aurez besoin, venez me trouver ici.
Et justement, aujourd'hui, ça tombe bien, j'ai quelqu'un pour vous.
Ça va ?
Ah oui !
Attends.
Tu sais que t'es une bonne petite femme, toi.
Parfois.
Vous savez, ma chère amie, qu'il se passe souvent au théâtre des choses
extraordinaires. Et quand vous aurez fini votre gâteau, je vous raconterai le
jour où M.
Prullière est tombé dans la fosse d'orchestre.
Ah, c'était beau, c'était beau ! Allez, champagne, champagne ! Voilà.
Oui, ben voilà, voilà.
Et Nana revient là où elle avait commencé, sur le trottoir.
Merci.
Tu m'en veux pas ? On a commencé jeunes tout de même.
On n'a jamais été jeunes.
À 14 ans, là, derrière, dans les sportifs, tu te rappelles ? Les hommes.
Moi, je te l'ai déjà dit.
Les chiens.
Tiens, mon gros cochon.
Mange.
Oui.
Mange. Mange. C'est ça, hein ?
Attends, non, laisse-moi faire ! Mais c'est pas confiture, ça, hein ? Oh,
putain ! Tu salopes ! Tout ce que tu veux, mais laisse-moi faire ! Laisse-moi
faire, laisse ! Laisse ! Oui, laisse ! Je veux te lâcher
partout ! Oui, là ! Laisse ! Laisse ! Allez, ça suffit comme
ça maintenant.
Déjà ? Oui, t'en as pour ton compte. Allez, fous le camp maintenant. Laisse
-moi prendre mes affaires.
Allez, vite.
C'est tout ? Mon vieux, t'as beau être marqué, t'as rien radin.
Allez, fous le camp maintenant.
Salut, mon petit.
Excuse-moi.
Il vient toujours à l'improviste.
Il valait mieux pas qu'il te voit, pas vrai ?
Le beau père de Mufa.
Il y a pire.
Tous des salauds.
Des cochons.
Tu ne peux pas savoir jusqu'où ils peuvent aller dans leur cochonnerie.
Tiens, hein, pas tout de suite.
Ce qui m'a installée ici, c'est de te rendre compte du luxe.
Le jour où je n'ai plus marché, où je n'ai plus voulu faire tout ce qu'ils
voulaient, ils m'amenaient à me dénoncer à la police.
Au mœurs.
La police ? Alors là, j'étais bonne pour faire un hasard.
C'est à ça qu'il faut faire attention.
On risque gros tous les jours.
Les agents, on est du gibier pour eux.
Ils touchent une prime pour chaque fille qu'ils arrêtent, alors tu vois.
Puis après, c'est le basse-tringue.
Dégueulasse.
La visite.
Comme une bête.
La carte.
C'est horrible.
Pire.
C'est ça les hommes, ma belle.
Maman.
Bonjour. Quelle surprise.
Nous, ma chère, franchement, ça devient bête.
Une boucade, d'accord, on comprend, on sait ce que c'est.
Mais là, on ne comprend plus.
Il te prend ton argent, il te vole, alors... Et pendant ce temps-là,
Rosemignon triomphe.
Et t'as pris le compte Mufa.
Si je voulais.
Eh bien, qu'est-ce que t'attends ? C'est vrai, je le sais, Mufa ne t'a pas
oublié.
Veux-tu que j'essaie d'arranger les choses entre vous ? Non, t'es gentil. Ne
me dis pas non.
Bordenave monte une nouvelle pièce.
Une pièce de faucherie, figure-toi. Je sais, quand t'en es.
Mais t'assures, il y a un rôle superbe pour toi.
Il y a un rôle pour moi ? Mais il m'en a rien dit.
Dis donc.
La pièce de faucherie.
Tu m'as pas dit qu'il y avait un rôle pour moi.
Quoi ? T'as très bien entendu.
Un rôle ? Quel rôle ? Tu veux pas parler du rôle de la Duchesse, non ?
J'en sais rien, je connais pas la pièce.
Elle est bien bonne, celle-là.
Mais tu t'es jamais vue sur scène, non ? T'es une patate, t'entends ? Une vraie
patate.
Toi, jouer la comédie, avec un vrai rôle ? Mais tu peux pas l'ouvrir, ma jolie.
Tu sais pourquoi on t'a engagée l'autre soir ? Pour montrer tes fesses.
Les gens sont venus pour voir tes fesses.
Alors quand on les a vues une fois, dix fois, cent fois, on les connaît, tes
fesses. Elles ont plus rien à dire.
Et comme il n'y a rien d'autre, on n'en veut plus. Il y en a assez.
Moi aussi j'en ai assez.
Non mais dis donc, t'as accès de moi, t'as accès de mes fesses. Mais t'en as
pas assez de ce qu'elles font pour toi, mes fesses.
Qu'est-ce que ça veut dire ça ? T'as très bien compris.
Tout ce que je fais, tu entends tout.
Tu en profites.
Tu me dégoutes.
Dis donc, ça marche pas fort ce soir. Ouais, t'as raison.
Tiens, viens, on va aller en Uberger.
Merde, c'est l'agent. File ! Sors-toi !
Prends-le, prends-le !
Là-bas, derrière !
Calme-toi.
Elle est naturelle.
Merci.
Merci beaucoup.
Oh non, non, pas comme ça.
Monte, j'habite là-haut.
Non !
Alors tout le monde sauf moi.
Content ? C'est non.
Très bien.
Bonsoir ma petite fille.
Débrouille-toi à présent.
Ils ne sont pas très loin.
Merci à tous.
C'est fini, oui ? Qu'est-ce que vous voulez ? Vous allez nous laisser dormir
? T'as plus rien à faire ici.
T'as vu ? C'est fini.
Alors tu fous le camp.
Tu files vite.
Quoi ? Qu'est-ce que c'est ? C'est Nana ! Ouvre ! Attends ! Méfie
-toi ! Oui, ça arrive ! C'était
sa mère ! C'était sa mère ! Mais qu'est-ce qu'il y a ? Là, t'en fais pas,
je suis là ! Pourquoi t'es venue ? Il m'a jetée dehors ! Il y en a une autre !
J'ai plus rien ! Salaud !
Je te l'ai bien dit, moi, tous des salauds.
Allez, viens.
Je suis là.
Tu sais, c'est pas très prudent d'être venue.
Les soirs de race, on passe dans les garnis.
Enfin, quoi ? Mais l'ensemble, là.
C'est pas possible.
C'est pas possible, ce qui m'arrive.
Laisse-moi t'aider, ma vieillette.
On va se coucher, hein ? Viens.
On sera mieux.
Allez, arrête.
N'y pense plus.
C'était un salaud.
Je le savais, moi.
T'aimes bien ? Allez, allez, arrête. Arrête de pleurer.
Je suis arrivée.
Il y avait du bruit là-dedans.
Alors je tapais.
Je tapais.
Arrête de pleurer, ma jolie.
Pour moi.
Tout ce que j'ai fait.
Tout le temps. Vraiment, hein ? Je peux que tu dis ce nom-là jamais.
T'as froid ?
Je vais te réchauffer.
Ça c'est la police, on est foutus.
Vite !
Allez, vite, vite.
Tiens.
Mais toi ! Laisse tomber, moi.
Ça peut bien aller.
Oui, oui, s'il te plaît.
Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui se passe ? Abayez-vous, on vous embarque.
Et pourquoi ? Allez, vite.
Grouille-toi. Oh, ça va.
Allez, dépêche-toi.
Oh, mais je ne suis pas habillée. Dépêche-toi, on s'en fout.
Allez, couche-toi.
Oh, mon Dieu.
Tout est bien qui ne finit pas trop mal, n'est-ce pas ?
Ma petite, je te connais mieux que tu te connais toi-même.
L'escapade est terminée. Je te ramène là où véritablement tu as ta place, tu le
sais bien.
La bordette.
Pourquoi fais-tu tout ça ? Je ne sais pas comment tu vis.
Tu ne demandes pas d'argent.
Tu ne couches même pas avec moi.
Pourquoi fais-tu ça ? Pour rien, Nana.
Pour rien, tu entends ? Mais c'est très compliqué.
Alors, quoi, tu entres ? Ben, Rio ! Il est parti une minute. Il revient. Nom de
Dieu, nom de Dieu ! C'est tous les jours la même chose.
On ne quitte pas le plateau pendant la répétition. Comment faut-il le dire ? On
ne sera jamais prêt. Oh, ça va, ça va, je sais, je sais, bon.
C'est à moi.
C'est à moi.
Oh, pardon.
Faites des excuses.
Des excuses ? Une amende, oui.
Allez, Simone, la réplique. Eh bien, faites-en l'entrée.
Par où ? Par la porte, bien sûr. Par la porte, oui.
Où est-elle ? Paris, au nom de Dieu, j'avais demandé deux chaises pour
marquer la porte.
Tous les jours, il faut regarder la même chose.
On va faire en sortir.
Fais pas chaud, je peux garder mon manchon.
C'est insupportable à la fin.
Ta réplique !
Et madame va être bien contente.
Ne prévenez pas votre maîtresse.
Isabelle, je veux lui faire une surprise.
Mais monsieur le comte, ça me fait si peur.
Madame, vous êtes fâchée contre moi.
Vous croyez ? Oh oui, monsieur.
Elle est là.
Ma chère petite, si elle est trop méchante avec vous, je sens que je
saurais vous consoler.
C'est donc cela, salon d'une cocotte ?
Trouvez-vous donc, mon cher ami, que ce soit très différent de chez moi.
C'est donc cela, le salon d'une cocotte ? Trouvez-vous donc, cher ami, que c'est
très différent de chez moi. Que ce soit très différent.
Que ce soit très différent de chez moi. Comment tu la trouves ? La pièce ? Non,
rose.
On ne sait pas encore.
Et la pièce, qu'est-ce que tu en penses ?
Géraldine, c'est pour toi.
Tu es sûr qu'il va venir ? Tout à fait sûr.
Il arrivera avec Mignon, pour avoir un prétexte. Tout est arrangé.
Dès qu'il paraît, tu montes à la loge de Mathilde.
Je te conduirai.
Non, non, et non, c'est pas ça ! Mais quoi ? Quoi, c'est pas ça ? Quoi, vous ?
Tu peux pas dire tout ça en restant là ? Planté comme un piquet ! Tu es venue
chez Géraldine, une cocotte, la maîtresse de ton mari, pour savoir par
quels secrets ces femmes-là embobinent les hommes. Bon, quant à vous, Fontan...
Vous savez à qui Bordenat vous donne le rôle de Géraldine ? Un nana. Non, au
motel. C'est l'occasion, c'est l'occasion.
Une seconde, si vous permettez. Ça se fait pas par là.
Géraldine, on me l'a promis.
C'est moi, Géraldine. Est-ce que c'est bien compris ? Est-ce que quelqu'un a
encore des explications à me demander ? En prix, Rose, c'est pas difficile.
J'arrangerai le texte pour l'entrée de Géraldine.
On va reprendre toute la fin du 2 avant de passer directement au 3. Ça va ? Ça
va.
Bon, dans les places de départ, on reprend. C'est ce qu'on vient de faire.
Alors, tu as vu ? Quel rôle, hein ? C'est fait pour toi, on t'attend demain
à la répétition.
J'ai préparé ton contrat.
Eh ben, bon sang, réponds quelque chose ! Je veux voir le troisième acte. Oh, le
troisième, épatant, le troisième.
La duchesse veut faire la cocotte chez elle, t'as dépris ce beau rivage.
Vous savez, mon fils, le mari... Et Géraldine, là-dedans ? Géraldine, elle a
une scène pas longue, mais très réussie, très forte. La scène de la pièce.
Une fille comme Géraldine vaudra toujours bien des duchesses.
Surtout quand les duchesses se conduisent.
Fauchery, puisque nous sommes arrêtés ? Une question, s'il vous plaît.
À la scène 2 de l'acte 2, est-ce que vous ne pensez pas que la Duchesse
pourrait rentrer un petit peu plus tôt ? Je vous promets d'essayer d'y penser. En
tout cas, on va enchaîner pour l'instant, pour avoir une idée de l
'ensemble.
Prenez vos places, s'il vous plaît.
Nous reprenons.
Au début de la scène. On n'est pas là au début.
Mais non, on n'est pas là.
Mon cher ami, nous vivons dans un monde où les intrigues se nouent bien plus par
amour propre que par amour faucherie.
Je ne comprends pas très bien ce que ça veut dire. Écoutez, je ne vais pas à
chaque réplique vous faire une explication de français, non ? Je suis
tenté de vous donner raison, mon cher.
Et si Géraldine vous est si agréable, c'est qu'elle vous protège des
tentatives de l'amour propre.
C'est très compliqué, vous savez.
Les sentiments que j'exprime sont pourtant bien simples.
Tu as vu ? J'ai compris.
Je te signale, si elle me refait le coup de Stenner, je lui arrache les yeux.
Tais-toi, Bourdieu, on nous écoute.
Je m'en fous.
Cette petite putain, je ne vais pas me laisser faire, moi.
Rose, c'est à toi.
Laisse-moi faire.
Tu n'y perdras rien.
Ça te gênerait de sortir un peu plus vite ? Léonie, de mon enfant, allez
prévenir votre maîtresse.
C'est court.
Vous êtes mon rival, certes, mais n'oubliez pas, cher ami, que la
duchesse... La duchesse ! Je ne confonds pas une fièvre de tête avec un mot vous.
Vous êtes mon rival, certes, mais n'oubliez pas, cher ami, que la
duchesse... La duchesse !
pour ta droite.
Entrez. Eh ben, te voilà donc, grosse bête.
Je suis très heureux de vous revoir, madame.
Très heureux.
Tu ne vas pas me le faire à la dignité, hein ? Pas entre nous.
Allez, voilà.
Nous avons eu des torts tous les deux. Moi, je te pardonne.
Alors serrons-nous la main et soyons bons amis.
Comment bons amis ? Mais oui.
C'est peut-être idiot, mais tenez à ton estime.
Alors j'ai demandé à la bordette.
En fait, tu comprends, j'ai jamais fait de grâce à personne.
Je voulais pas commencer avec toi.
Tu gardes de moi un souvenir pas net.
Alors voilà, on s'est expliqué.
Je t'ai demandé pardon.
On pourra se rencontrer maintenant sans détourner la tête.
Voilà. C'est bien net maintenant, hein ? Mais... Mais ce n'est pas ça.
Ce n'est pas ça du tout.
Non, écoute-moi, assieds-toi.
Je suis revenu pour te reprendre.
Oui, je veux recommencer, tu le sais bien.
Pourquoi me dis-tu tout ce que tu dis ? Réponds-moi.
C'est toi que je veux.
Impossible, mon petit.
Jamais je ne reviendrai avec toi.
Mais pourquoi ? Pourquoi ? Parce que ce n'est pas possible, voilà tout.
Je ne veux pas.
Ne fais pas l'enfant.
Allons. Mais à quoi ça t'avance tout ça, puisque ce n'est pas possible ? Mon
Dieu, est-ce que tu peux être jeune ?
Écoute-moi, j'ai tout préparé, j'avais tout organisé.
Tout. Un hôtel près du parc Monceau.
Tout ce que tu désiras, je te le donnerai, nana. Tout.
Toute ma fortune, gros, toi, pour toi. Sans partage.
Ça, c'est la seule condition d'avoir tout entier à moi.
À moi seul. Et si tu consents, tu seras la plus belle, la plus riche.
Voiture, diamants, tout, nana, tout.
Mais que veux-tu... Dis-moi, demande-moi, veux-tu que je place de l
'argent pour toi ? Veux-tu que j'achète ? Tu finis de me tripoter, c'est agaçant
à la fin.
Je ne veux pas te faire de peine, mais tout de même, non, non et non, je ne
veux pas.
C'est drôle.
Les hommes riches s'imaginent qu'ils peuvent tout avoir avec leur argent.
Eh bien, moi, ça ne marche pas.
Je n'en veux pas de ton argent.
Tes cadeaux, je m'en fiche.
Si ça me plaisait de vivre avec toi, ce serait n'importe où.
Ici, tu vois.
Et pourtant, c'est laid, c'est sale.
Eh bien, je me sentirais très bien si le cœur y était.
Mais dans tes palais, s'il n'y a pas de cœur, il fait froid, tu comprends. On y
crève.
L'argent, l'argent, c'est rien, tu entends ? C'est rien pour moi.
Je crache dessus.
Je sais bien, moi, ce que je voudrais et qui ne coûte pas d'argent.
Tu ne peux pas me le donner.
Ça ne dépend pas de toi.
C'est pour ça que je t'en parle.
Je voudrais le rôle de la femme honnête dans leur machine.
Quelle femme honnête ? La Duchesse Hélène.
Ah si, crois que je géradine.
Plus souvent, un rôle rien du tout.
Et puis, c'est pas ça.
J'en ai assez des cocottes. Toujours des cocottes. Des cartes. On croirait que je
ne sais faire que ça, mon trait. Mais moi, je suis une comédienne, t'entends ?
Et j'en ai assez contre des habilles.
Je veux un rôle, un vrai ! Tu me crois pas capable, peut-être ? Si, mais si,
bien sûr.
Tu vas me faire avoir le rôle.
Mais c'est impossible.
Tu disais toi-même que ça ne dépendait pas de moi.
Tu vas descendre et tu diras à Bordenave que je veux le rôle.
Non, je... Bordenave a besoin d'argent.
Eh bien, tu lui en prêteras, puisque tu en as.
Tu voulais m'en donner.
Écoute, nana, je... Ah oui, je comprends.
Rose ! Tu as peur de Rose.
Non mais dis donc, mon petit, il faudrait choisir, hein ? Rose ou moi ?
Oh, tes grands mots, tes grands serments.
Non mais dis donc, tu penses pas que t'aurais dû rompre avec cette garce
avant de venir te rouler à mes pieds ? Je me moque bien de Rose.
Alors qu'est-ce qui te gêne ? Foucherie ?
Bien sûr.
Et il est buté comme ça tous les auteurs.
Mais il est bon garçon, Fauchery.
Il m'aime bien.
Alors si tu lui dis que c'est pour moi... Non, non.
Jamais, je ne peux pas.
Chérie, Fauchery n'a rien à te refuser.
Il est où ton hôtel ? Il est à l
'avenue de Villiers.
Un mois plus tard, la première de la petite duchesse fut un four mémorable.
C'est donc cela le salon d'une
cocotte ? Mais trouvez-vous donc, cher ami, que ce soit si
différent de chez moi ?
Et Nana, en effet, avait maintenant les moyens de lui en donner à Paris.
Le comte Muffa l'avait installé magnifiquement dans un hôtel particulier
du quartier à la mode, près de la plaine Monceau.
Tous les derniers raffinements de la décoration avaient été rassemblés dans
les petits appartements.
C'était au deuxième étage de l'hôtel, le véritable royaume de Nana, au-dessus des
salles de réception un peu trop guindées.
Son boudoir, sa
chambre à coucher dont elle avait
choisi elle-même la soie rose des murs, La dentelle des rideaux et le lit, le
lit, vraiment superbe.
Mais la pièce qu'elle préférait sans doute, c'était sa salle de bain.
Personne n'avait le droit d'y pénétrer.
J'arrive, mon cher.
J'ai deux ou trois choses à vous dire.
Moi aussi, j'ai quelque chose à vous dire.
Je vous attends.
Ça y est, vous avez votre air chambelant ce soir.
Qu'est-ce qui se passe ? Madame, autant le dire, il y a des choses que je
supporte difficilement.
J'arrive tout à l'heure et... Et il y avait des hommes chez moi.
C'est ça, n'est-ce pas ? J'aimerais tout de même... Ah non, je t'en prie ! Pas de
scène de jalousie, hein ? Tu n'avais pas à être là. Voilà tout.
Mais enfin, j'ai bien le droit.
Le droit d'observer nos accords.
Nous n'en avons pas commencé, hein ? Pas de malentendu.
J'exige des égards et une confiance absolue.
Ici, je suis chez moi, vous me l'avez dit, non ? Et je veux m'y conduire en
maîtresse de maison avec une liberté complète de maîtresse de maison.
Vous venez à des heures que nous avons fixées.
Et je veux pouvoir recevoir les amis qu'il me plaira sans m'attirer de vous
les sourcils fronceux de la jalousie.
Vous êtes bien d'accord, n'est-ce pas ? C'est bien ce qui est entendu.
Mais Nana, tu sais bien, c'est quelquefois pénible, comprends-le.
Alors, mon cher, arrêtons-la.
Je préfère.
Reprenez tout ça !
Je m'en vais sans hésitation. Nana.
Il n'y a pas de Nana.
S'il te plaît.
Vous vous décidez ou bien, et je le jure sur la tête de mon fils, je quitte cette
maison à l'instant.
Je te demande pardon.
Vous n'allez pas recommencer à tout bout de champ.
C'est promis.
Tu vas être gentil.
Toujours.
Non, non, non.
Mon petit.
Mais non, non.
Tu m'as juré fidélité.
Tu l'as juré.
Mais je te le jure.
Il est heureusement tard.
C'est amusant.
Vous m'avez fait boire.
Il n'est pas gentil. Il n'est pas gentil. Pourtant, vous êtes gentil,
vous. Très gentil. Et vous, vous êtes complètement gris.
Je ne pourrai jamais monter le canier.
J'avais juré d'être fidèle.
Ma chère, je... Je vous trouve charmante.
Tout à fait charmante. charmante depuis longtemps je l'avoue je me
disais que ce soit l'occasion
on est si vieux amis c'est pas grave
après tout moi je me sens bien
et moi aussi
Voilà. J'ai encore quelque argent, Nana.
Moi, je vais le brûler sottement.
Il serait assez amusant de voir ce que vous vous en feriez.
Voulez-vous l'accepter ? Mais il y a l'autre.
Ça, c'est votre affaire.
Nous n'en parlerons jamais.
Je n'ai pas l'intention de vous gêner.
Quoi que ce soit.
Pourquoi faites-vous ça ?
Entrez,
monsieur la bordette.
Asseyez-vous.
Merci.
Un cigare, peut-être ? Je ne fume pas.
C'est très aimable de vous être dérangé.
Mais, monsieur le comte, dès que vous m'avez fait demander... Très
reconnaissant.
Oui,
voilà.
Monsieur Labordette, j'ai un service à vous demander.
Je sais que vous êtes de la société de notre ami... Mademoiselle Nana.
Oui, c'est ça, Nana.
Et je crois savoir que vous êtes un homme qui s'emploie...
À rendre service, n'est-ce pas ? Dans la mesure de mes moyens, monsieur le comte.
Et avec discrétion, n'est-ce pas ? Oui, monsieur le comte, là, sûrement.
Voici, la fête de Nana va arriver, je sais ce qui lui ferait plaisir.
Et dans ce moment, je suis un peu à un cours de liquidité.
Vous désirez que j'essaie d'emprunter discrètement votre place ? Ma foi,
vous m'obligeriez beaucoup.
cher Duc.
Il y a bien longtemps que vous n'êtes venu dans notre club.
Ah oui, en effet.
Puis-je vous demander des nouvelles de la comtesse ? Elle se porte à merveille,
je vous remercie.
Vendeur, on ne vous voit presque plus. Ma femme s'imagine que notre salon vous
déplait. Voyons.
Dites-lui tous mes hommages, j'irai le baiser la main.
Comment va l'entraînement de l'usinant ? Si vous êtes matinal, venez donc un
matin très tôt. À Chantilly, vous verrez.
Alors. Le Grand Prix ? Je vous quitte. N'oubliez pas, venez nous voir. Non, je
n'oublierai pas. Au revoir.
Les amis de vendeur recommencent à se faire quelques soucis.
Oui, situation déplorable.
C'est remonté jusqu'aux tuileries.
Vous savez qu'il est très lié à mornir.
Je ne comprends pas.
C'est comme une rage de se détruire.
On dirait qu'il a une hâte de tout balayer.
Il ne lui reste plus que le chapeau de famille près de la mienne.
Quelques terres ici ou là.
Il lui reste ses chevaux.
Ça lui coûte la peau du dos, mon bon.
Il paraît qu'il joue tout sur son crac, le zignon, au grand prix.
Et s'il perd ce jour-là, toute une vie sur le dos d'un cheval.
Ah, les passions.
Il faut vraiment que vous partiez ? Je passais seulement.
Je suis déjà en retard.
Vous êtes merveilleuse.
Je suis inquiète. Mon mari... Non, non, ce n'est pas à cause de nous.
Je suis inquiète pour lui.
Nana ? Elle va le ruiner, vous savez.
Le comte a l'âge de mesurer les folies qu'il fait.
Je sais.
Je sais ce que vous pensez.
C'est vrai.
Je ne sais pas ce qui m'arrive.
Moi aussi, je suis folle.
Je croyais que vous deviez partir.
Je suis folle, folle, folle.
Vous n'êtes pas assez encore.
Tu crois ?
Je ne reste pas.
Comme tu veux.
Au revoir, mon chou.
Nana.
Je veux te dire... Je veux te dire merci.
Merci ? Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu ne peux pas savoir.
Je suis maintenant... un autre homme.
Un autre homme.
Vraiment.
J'ai appris, grâce à toi, ce que... Sans le savoir, j'ai
attendu toute ma vie.
Qu'est-ce qui te prend, mon loulou ? C'est difficile à dire, mais...
Peut-être que je suis heureux.
Voilà.
Grâce à toi.
Ça, c'est gentil.
Alors, tu ne me trouves pas trop insupportable ?
Tu es adorable.
Tu es vraie.
Tu comprends ? Vraie.
Et pleine de bon sens aussi.
Tu m'as ouvert les yeux, tu sais, sur beaucoup de choses.
Je t'ai ouvert ton portefeuille aussi.
C'est fou ce que je suis dépensière.
Pas vrai ?
Zo ?
Je
vais m'aider.
C'est un curieux bonhomme, quelquefois.
Il vient de me dire des choses.
Je sais pas où je vais me mener.
Vous le mènerez par le bout du nez.
Mais n'oubliez pas, c'est un homme.
Nana, c'est moi.
Georges, mais qu'est-ce que tu fais là ? C'est moi, Chéline.
Je reviens. Je suis venue comme autrefois.
Zoé m'a fait entrer. Tu es folle ou quoi ? Aide-moi à faire une surprise à
madame, comme autrefois.
Autrefois, t'es loin.
Rappelle-toi.
Il faut faire ce qu'il faut faire.
Nana, tu n'aimes plus ton petit Georges ? Je ne suis plus ton bébé.
Mais si.
Mais si.
Allons, laisse-moi.
Ce ne sont pas des manières, ça.
Et puis les choses vont changer.
Nana.
Ne fais pas l'enfant.
Zoé, emmène-le, puis j'arrête de parler en bas.
Allez.
Changez de mine.
Madame vous aime bien, vous savez.
C'est mort.
C'est difficile.
Ah, tu es là.
Viens, suis-moi.
Entre.
Casse-toi.
Mon petit...
Les choses ont changé.
On tombe pas comme ça chez les gens sans crier gare.
Je ne suis plus libre, tu comprends ? Oui, tu comprends, il est riche. Oh, tu
deviens vulgaire.
Nana, pendant toute une année de séparation, tu t'imagines, moi là-bas à
la campagne, j'en pouvais plus.
Enfin, maman me laisse revenir à Paris, je suis fou, Nana.
Fou de toi, je cours, je cours et... Oui, mon bébé, je comprends.
Écoute, viens ici tant que tu veux, entre 4h et 6h.
Je reçois tous mes amis.
Viens.
Mais il faudra être sage.
Vraiment ? Toujours ? Toujours.
Et vraiment sage.
Ah là là ! Mais qu'est-ce que je me complique la vie, moi ! Ah, j'y suis
bien.
Je suis trop bonne, voilà.
Bonne et bête.
Je me demande vraiment pourquoi j'aime faire ça.
Allez, habille-toi.
Habille-toi.
Hier, je me promenais rue de la Paix, et j'ai vu dans la vitrine des portes une
Kathleen quand elle est en mine.
Oh, rague-t'en, rague-t'en. J'en ai envie, mais j'en ai envie.
Et Georges, désormais, commença de faire partie de la vie de Nana.
Il était là, un peu comme un gentil animal domestique.
Bien sûr, Vendeuvre avait tout compris et la situation l'amusait.
Le comte Mufa, bien sûr, ne
devinait toujours rien.
Vous avez raison, c'est un vin excellent.
Mufala peut venir tout spécialement de ces caves.
Bonhomme, vinhomme, lessificate, corominis. Vous vous rappelez ? Qu'est
-ce que ça veut dire ? Georges, toi qui connais le latin, tu pourrais traduire ?
Alors, à quoi ça sert les études ? Le bon vin réjouit le cœur de l'homme. C
'est bien ce qui me semblait.
Et bien, dites-moi.
Ma foi, je reviendrai.
Quand vous voudrez, madame Maloir.
Je déjeune seule.
Trop souvent seule.
Pourtant, tu es à la compagnie de monsieur... Comment ? Hugon.
Qu'est-ce qu'il y a, Georges ?
Tu voulais me parler.
Alors, pourquoi cette mine ? Maman est arrivée.
Oui, et alors ?
Elle a appris ma rechute, comme elle dit, et... Et ? Elle va t'envoyer mon
frère. Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Tu comprends, maman ne
viendra pas chez toi.
Alors elle a demandé à Philippe.
Tu sais, j'en ai parlé. Il est lieutenant en garnison à Vincennes.
Mais qu'est-ce que c'est que ces mœurs ? Et toi, t'es tout tremblant.
Tu as peur de ton frère ? Tu ne le connais pas.
Il a dix ans de plus que moi.
Et l'honneur, le devoir, tu vois, toute la leçon.
Bon. Eh bien, il a beau être lieutenant, ton frère, le duel ne me fait pas peur.
L'heure, le terrain, les armes. Je lui laisse le choix. Tu peux lui dire.
C'est
votre frère qui est chez madame ? Oui.
Ça vous inquiète ?
Vous avez bien tort.
Madame va arranger ça.
Vous me recontruisez, monsieur.
Mes hommages, madame, et, si vous le permettez, à bientôt.
Au revoir, cher monsieur.
À très bientôt.
Eh bien ? Eh bien quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontais ? Il est gentil, ton
frère.
Très gentil.
Viens là.
Viens t'asseoir.
Alors, c'est arrangé ? Bien sûr, c'est arrangé.
Ton frère a compris tout de suite où il se trouvait.
Tu comprends ? Il a bien vu que j'étais pas un de ces monstres de mauvaise femme
qui mettent le grappin sur les jeunes gens de bonne famille.
Un coup d'œil lui a suffi.
Je t'assure, il s'est conduit un homme du monde.
Eva, ne te fais plus de bile.
Tout est fini.
C'est arrangé.
Il va rassurer ta maman.
Tu es content ?
D'ailleurs,
tu vas le voir ici, ton frère.
Je l'ai invité.
Il reviendra.
Ah, il reviendra ? Allons, à tout péter, Médéricorde. Il faut bien que jeunesse
se passe. Nous savons ce que c'est que la vie, etc., etc., etc.
Et tout de même, mon cher petit frère, tu exagères peut-être.
Dites-lui, cher ami, dites-lui qu'il doit songer aussi à ses autres devoirs,
à ses études.
Moi, je ne suis que le grand frère, mais notre mère s'inquiète pour ses examens.
Oh, il comprend.
Georges est un garçon si délicat.
Allons.
N'en parlons plus.
Garnement, va ! Vous
voulez boire quelque chose, lieutenant ? Armagnac très vieux,
prune ou bien... Armagnac, bien sûr.
Vieille liqueur des mousquetaires, de l'or et de la flamme.
Je me demandais, chère, si vous m'autoriserez à fumer un cigare.
Tout ce que vous voudrez, lieutenant.
Tout ce que vous voudrez.
Madame était-elle chez elle ? Oui, monsieur, mais elle reçoit.
Ah.
Dans ce cas, je n'étais pas attendu.
Je venais un peu au hasard.
Je ne veux pas déranger.
Dites-lui que je suis passé.
Bien, monsieur.
Non, monsieur.
Je prends cela comme une insulte. Et je ne le supporterai pas, entendez-vous ?
Quand je suis chez moi, je vous prie d'entrer, comme tout le monde. Mais, ma
chère... J'avais des visites, d'accord.
Et alors ? Oui, il y avait des hommes.
Et que croyez-vous donc que je fasse avec ces hommes qui vous empêchent d
'entrer ? C'est assez déplaisant de vous voir jouer les amants trop discrets.
Vous me ravissez, ma très chère.
Pardonnez-moi, je vous en prie.
Je ne sais pas.
Comme vous êtes délicieuse.
Délicieuse.
Délicieuse.
Et maintenant, Nana triomphe.
Donner des dîners pour ces quatre hommes dont elle avait fait des amis. Je ne
suis pas un habitué des chants de cour.
J'ai en particulier un petit pur sang arabe qui donnerait du fil à retordre à
tous vos purs sanglots.
Moi j'ai un souvenir cuisant, le trapèze est au passage du trip.
J'ai vidé les étriers.
Vous n'êtes rien cassé. Non.
Si vous voulez, je vous emmènerai à Chantilly, vous savez.
Et moi, quand est-ce qu'on m'emmène aux courtes ? Monsieur Armin, il ne suffit
que vous vous le demandiez.
On ferait une joie de vous y conduire.
Je vous emmènerai également à Champilly.
Vous l'avez bien entendu, ma chère.
Moi aussi, je viendrai.
Et moi, vous m'accepterez ? Moi, je trouve que ça n'aide pas tant quand on
est des amis comme ça qu'il faut sembler qu'on s'entende bien.
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