All language subtitles for Le rouge e le noir 1x03

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Original subtitles

-Quand tu lui fais l'amour, tu l'appelles comment ?

"Ma petite cochonne" ? Ne fais pas l'imbécile.

-Combien de temps je vais la tolérer ?

Marie-toi avec elle, tu éloigneras les soupçons.

-C'est oui ou non ? -Non.

Personne ne croira les commérages d'une femme de chambre.

-Louise ! -Ce papier bleu,

c'est celui de Valenod.

-Le scandale va se répandre, tu dois te faire oublier très vite.

-Tu n'as rien à faire dans cette église. Petit merdeux !

Le marquis de La Mole cherche un secrétaire particulier.

-Cet amour dont tu souffres,

on peut en guérir. -Une dernière fois.

Après, je m'en irai.

Coup de feu.

-(Faites qu'il soit mort.)

...

-Je n'étais plus qu'un pauvre corps rongé par le désir.

J'avais perdu la raison.

Je sais que j'aurais dû de toute mon âme

refuser cette dernière nuit d'amour à Julien.

Dieu que j'ai honte. -Il n'est jamais trop tard

pour vous repentir.

Au petit matin, quand M. Sorel est parti,

le gardien a tiré à plusieurs reprises dans le jardin,

mais le pire...

c'est que j'ai souhaité la mort de Julien pour retrouver la paix.

-Sa disparition n'aura été que le juste châtiment d'une vie dissolue.

Promettez-moi de ne plus tenter

de le revoir. -Je le jure sur la Vierge Marie.

-Comme gage de bonne foi, vous allez mettre dans cette cheminée

toutes les lettres de votre amant.

Je vais vous demander de les jeter vous-même dans le feu de l'enfer.

Quand vous reverrez votre mari,

rappelez-lui qu'il est grand temps de choisir son camp,

celui du roi, de l'Eglise et de notre congrégation.

Il a perdu la mairie de Verrières et il risque de perdre bien plus.

...

-Vous pouvez toujours faire marche arrière.

-Pour aller où ? A Verrières ? Au séminaire ?

Personne ne veut de moi, je suis maudit.

-Venez.

...

Julien ?

Cher marquis, voici le jeune Julien Sorel

qui vous a été présenté à Verrières par M. de Rênal.

-C'est possible.

-Je vous en ai dit le plus grand bien.

-Auriez-vous des objections à ce qu'il prenne des leçons de danse ?

-Ma foi, non.

Julien n'est pas prêtre, enfin...

pas encore.

-Je le trouve raide comme un piquet et bien mal fagoté.

Monsieur Sorel,

tous les jours, à 6h du soir, il faudra vous habiller, chausser

des bas et des souliers vernis. -Bien, M. le marquis.

Cloche.

-Arsène va vous conduire à votre poste de travail,

il vous indiquera les copies

de lettres à exécuter. Des questions ?

-Aucune, monsieur, et je tiens à vous dire...

-Vous me le direz plus tard.

-Le mieux pour votre retraite sera d'adopter la tenue des novices

que vous trouverez dans l'armoire de votre cellule.

-Qu'allez-vous faire de mes robes ? -Ne vous inquiétez pas.

Elles seront en lieu sûr comme votre nécessaire de maquillage.

Dois-je vous rappeler les règles qui nous animent ?

-Je sais, ma mère.

Pauvreté, chasteté, obéissance.

-Votre confesseur, l'abbé Malon, sera le 1er juge

de votre sincérité.

Voici votre cellule.

A tout à l'heure pour les vêpres, ma fille.

...

-Seigneur,

je vais avoir besoin de votre aide.

-Tout va bien, M. Sorel ?

Tiens donc !

"Cela" avec deux L.

L'abbé Pirard m'a dit que vous maîtrisiez la langue française.

En jurassien de Verrières, on met peut-être deux L.

J'en parlerai à Rênal. Arsène, qu'en pensez-vous ?

-Un seul L à "cela".

-Quand vous n'êtes pas sûr, venez voir dans le dictionnaire.

On ferme la porte.

...

-Bonjour.

Si je peux vous aider ?

-A peine arrivé, vous prétendez connaître la bibliothèque

de mon père mieux que moi ?

Je ne vous ai rien demandé.

"La princesse de Babylone",

j'imagine que dans votre campagne, on ne connaît pas M. de Voltaire.

-Voltaire a écrit ce conte philosophique en 1768.

Il met en scène deux amants : Amazan, jeune berger,

et Formosante, la princesse. -Taisez-vous.

Je vous le répète, je ne vous ai rien demandé.

...

-M. le secrétaire particulier du marquis de La Mole, pair de France.

Après tout, ça sonne bien.

On entre.

-Vous avez cinq minutes de retard, M. Sorel.

-Je suis désolé,

j'ai eu du mal à enfiler ces souliers trop petits.

-Arsène ?

La prochaine fois que vous prendrez les mesures de M. Sorel,

ne le rapetissez pas.

-Oui, M. le marquis.

-Mais où est Norbert ?

Arsène, vous avez vu mon fils ? -Hélas, non, monsieur.

-Tant pis pour lui, vous pouvez servir.

-Aujourd'hui, j'ai prié pour le salut de notre roi.

-Ah ! Il est malade ? -De ceux qui conspirent à sa perte.

-Arrêtez de voir des conspirateurs

dans tous les coins. -Ah ?

Et qui a assassiné le duc de Berry à l'opéra ? Un fantôme ? Non.

Il a été poignardé par un ouvrier bonapartiste.

-L'assassin a été jugé et guillotiné, affaire classée.

J'ai faim, que Dieu bénisse ce repas. Amen. Allez !

-Je suis en retard, je sais.

J'ai débourré un étalon qui m'a donné du fil à retordre.

Excusez-moi.

C'est donc vous, Julien Sorel ?

-Oui, M. le comte, c'est moi.

-Quand le roi était à Verrières, vous étiez garde d'honneur ?

-En effet.

-Vous êtes bon cavalier. -Je fais de mon mieux.

-Pour faire connaissance, que diriez-vous d'une sortie à cheval ?

-Volontiers. -Verrières ?

Où est-ce ?

-C'est là que le roi se rend chaque année pour se prosterner

devant la relique de Saint Clément.

-C'est si loin de Paris ? C'est en Auvergne ?

-Franche-Comté.

La suite, Arsène, la suite !

-Ce qu'il y avait de plus admirable à Babylone, qui a éclipsé le reste,

c'était la fille unique du roi, nommée Formosante.

Hennissement. Oh !

Norbert rit.

-Allez, on repart à l'attaque ! -Deux secondes.

-Pas mal pour un fils de charpentier.

On voit que t'es pas habitué à nos chevaux.

Il a dû sentir que t'étais raide et ça l'a énervé.

-Allez ! -Voilà.

T'en as partout.

Doucement, doucement !

Tire pas trop sur le mors.

...

-Je viens prendre de vos nouvelles. -Arrêtez de vous moquer.

-Votre pied vous fait souffrir ?

-Sortez de ma chambre.

-Je m'attendais à vous retrouver moribond.

Vous auriez pu faire l'effort

d'assister au dîner.

-Comment va Louise ?

-Vous n'en avez donc pas fini avec elle.

Elle commence à reprendre des forces.

Au couvent, elle s'est privée de nourriture

en voulant imiter Saint Jean le Baptiste.

-Elle vous a parlé de moi ?

-Non.

Julien.

La place que vous occupez auprès du marquis est une chance inouïe.

Ne la gâchez pas avec cette malheureuse histoire.

Oublie Louise une bonne fois pour toutes.

-Mon petit Julien !

Venez, que je vous présente : le marquis de Croisenois

qui a demandé la main de ma fille. Elle ne manque pas de prétendants,

mais j'aimerais M. de Croisenois,

avec 100 000 livres de rente qu'il faudrait consigner

dans un projet de contrat pour prendre de l'avance

sur les autres. Je vous laisse faire connaissance.

-M. de La Mole m'a beaucoup parlé de vous.

-Ah bon ?

Suivez-moi.

-Les yeux de Mathilde sont bleus... -Métallique ?

-Ah non.

Non, au contraire. Je dirais d'une infinie douceur.

-Comme du velours. -Exactement.

Un velouté particulier qui change avec les variations de la lumière.

-Je vois que vous êtes très amoureux.

-Mathilde tient salon sur son canapé bleu tous les jeudis.

Vous verrez que les prétendants se bousculent au portillon.

-On va faire l'état de votre fortune.

-Justement.

Impossible de rivaliser avec ces prétendants plus riches.

Ils négocient leurs affaires avec Gênes, Venise.

-Mais vous avez la préférence du marquis de La Mole.

Je jetterai donc sur le papier les grandes lignes d'un contrat

de mariage. -Merci, M. Sorel.

Je vous en suis infiniment reconnaissant.

-C'est bien, Julien.

Tu commences à t'habituer aux chevaux de race.

-Je peux vous poser une question ? -Je t'écoute.

-Vous pensez que le marquis de Croisenois a des chances

auprès de votre soeur ? -Mathilde méprise la Terre entière.

Et cette question n'a rien à faire ici !

...

-Marche.

1, 2, 3, marche.

1, 2, 3, balance à droite.

Balance à gauche.

Main en l'air, révérence.

On penche le buste

en tournant. Marche. -Vous progressez, c'est bien.

-1, 2, 3 !

-Le contrat de mariage progresse ? -Je dois me mettre d'accord

avec Croisenois. -Dépêchons-nous. Continuez

votre leçon. -Le pas de quadrille.

-Il a l'avantage d'être un fin lettré, ce qui plaît à ma fille.

Elle met la barre haut sur le chapitre des belles lettres,

même si parfois, je trouve ses lectures subversives.

C'est de son âge, tant qu'elle ne lit pas

"Le Mémorial de Sainte-Hélène". -En effet.

-Mon cher Julien,

je vais vous charger d'une mission de la plus haute importance.

Il s'agit de veiller à la bonne administration de mes terres

de Bretagne et de Normandie.

En quelque sorte, vous serez mon chef d'état-major.

-Votre confiance m'honore, M. le marquis.

-(Ah...) -Vous souffrez ?

-Je crains une crise de goutte.

Ma cheville est enflée comme une citrouille.

Une dernière chose, Julien.

Je vais vous faire cadeau de l'habit bleu.

A mes yeux, c'est comme si vous étiez de sang noble.

-Oui, je comprends. -Continuez.

Votre jeunesse me fait du bien.

-Les battements.

-A dire vrai, le noir m'incommode,

depuis que mon épouse s'est mise en tête de porter le deuil

de Louis XVII qui est mort

à la prison du Temple dans un état épouvantable.

-Mme la marquise vient aux nouvelles.

-Quand on parle du loup. -Comment vous portez-vous ?

-J'ai la maladie des bons vivants. -Vous allez être au régime sec.

-Je compte sur vous. Accompagnez-moi.

-Je voulais juste... -Oui, prendre de mes nouvelles.

-Je vous trouve beaucoup trop familier avec votre secrétaire.

-On s'attache à un bel épagnol,

pourquoi pas à ce jeune homme qui m'est fidèle ?

Il est vrai que je le traite comme un fils.

Je vais lui remettre l'habit bleu et une croix du Mérite.

-Mais Norbert, vous l'oubliez ? -Il ne me rend aucun service.

-Votre attaque de goutte vous fait perdre le bon sens.

-Retournez à vos fréquentations malsaines avec ces fanatiques

de la congrégation et je vous dispense de vos conseils !

-Devant.

Côté.

Derrière.

Plié.

-Julien Sorel, au nom du roi et de la pairie de France,

je vous remets cette croix de l'ordre du Mérite.

Une croix...

bien méritée.

-Père ? Si je puis me permettre,

dites-moi en quoi votre secrétaire mérite cette distinction ?

-C'est parce qu'il a du caractère, et c'est ce qui vous manque.

-Mère ?

C'est intolérable.

...

-Veuillez annoncer à M. Sorel le baron de Valenod.

...

-My dear friend,

what a pleasure to see you again,

and "baron", in addition.

-Je n'entends rien à l'anglais. -Je reviens à peine de Londres.

Suivez-moi dans mon bureau.

-Les Anglais vous ont transformé en vrai dandy.

-J'ai fréquenté dans les salons les diplomates les plus en vue.

C'est la meilleure école pour se hisser dans la société.

Vous voilà donc maire de Verrières, félicitations.

-Si vous pouviez m'arranger un rendez-vous avec le marquis,

je vous en serais reconnaissant.

Nous pourrions nous mettre d'accord sur la prochaine visite du roi

à l'église de Verrières.

-Avec l'abbé Malon. -Je n'en vois pas d'autres.

Enfin, je me suis proposé pour prendre la tête

d'un comité départemental.

Les élections sont proches

et le soutien d'un pair de France qui connaît bien la région

serait... -Bien venu.

-C'est le mot exact.

-Avez-vous des nouvelles de Mme de Rênal ?

-Eh bien...

A ma connaissance, elle se porte comme un charme.

L'abbé Grondin, le nouveau précepteur, fait merveille.

-Une dernière question mais vous n'êtes pas obligé d'y répondre.

Avez-vous changé la couleur de votre papier à lettre ?

Non !

Je vais voir si le marquis de La Mole peut vous recevoir.

-Faites-le lambiner dans le salon d'apparat.

Je vais lui dénicher un poste de préfet hors cadre.

-Valenod préfet !

-Julien, apprenez qu'il faut toujours nourrir ses ennemis.

Si vous les affamez, ils vous dévorent à la 1re occasion.

Valenod préfet, je le tiens dans ma poche. Vous comprenez ?

Musique de bal.

...

Rires.

...

-Ah !

...

Julien ! N'est-il pas vrai que ce bal est le plus joli de la saison ?

-Je suis bien mauvais juge, c'est mon premier bal.

-Ah non, mon cher, n'abusez pas.

-Bonsoir, chère Mathilde.

-Bonsoir.

-Accordez-moi cette danse. -Volontiers.

-Votre place est sur un trône.

...

-Connaissez-vous le comte Altamira ?

La plus noble famille de Naples.

Condamné à mort dans son pays,

Mathilde est fascinée par son destin.

Alors que moi, j'ai l'impression fâcheuse de l'ennuyer.

-Mais non.

Il faut persévérer. Attendez la prochaine danse.

...

-Merci.

...

Je vais danser avec mon frère.

...

Vous m'aviez promis une danse.

-C'était uniquement pour vous faire plaisir.

Je suis un piètre danseur, vous le savez.

...

-M. le comte ?

Je suis le chargé d'affaires du marquis de La Mole.

-Julien Sorel. Norbert m'a parlé de vous.

-Que vous a-t-il dit ?

-Vous y tenez vraiment ? -Bien sûr.

-Il se demande comment un provincial sans ressources

a pu se hisser si vite et mériter une médaille que son propre père

n'a pas voulu lui accorder. Norbert est charmant mais très instable,

et jaloux.

-Vous ne l'aimez pas beaucoup.

-Pas plus que sa soeur. Je déteste l'inconstance

et les fins de race.

...

-J'ai su que vous aviez été condamné à mort.

-J'ai fomenté une révolution, que je voulais pacifique,

contre le roi des Deux-Siciles. J'avais de mon côté l'armée,

on militait pour une monarchie constitutionnelle, ça a mal tourné.

J'espère que les choses tourneront mieux en France.

-Je vais boire et danser toute la nuit.

Comment faire pour ne pas mourir d'ennui ?

Le marquis de Croisenois est un homme parfait, le chef-d'oeuvre

de l'éducation de ce siècle. Tout sauf le bonheur !

-Je crois qu'il vous cherche. -Je ne vous ai rien demandé.

-Elle est complètement folle.

Cris.

...

Hôtel de La Mole ! -Désolé, j'étais là avant vous.

-Il n'en est rien. -Faubourg Saint-Germain !

-Vous n'avez pas honte ? -Pas du tout.

-Ca doit se solder par un duel.

-Très bien.

Voici mon adresse.

Envoyez-moi

votre témoin et on réglera ça au pistolet.

-C'est une affaire d'honneur.

Je vous remercie d'avoir accepté d'être mon témoin

et de m'aider.

-Je ne connais pas ce Charles, mais je vais me renseigner.

Pas de précipitation.

On va se mettre d'accord pour que ça ait lieu dans quelques jours,

que j'aie le temps de t'entraîner un peu.

Choisis ton arme.

Très bon choix.

Tu dois tirer sans viser.

N'aie pas peur, tu peux pas me toucher.

A "feu", tu te tournes et tu tires.

Feu !

Tu vois ?

Il faut vraiment que tu t'entraînes. Donne-moi ça.

-Que puis-je pour vous ?

-Beaucoup, je vous demande de faire traîner le contrat de mariage.

-Fort bien. Vous en prendrez la responsabilité.

-Bien sûr. Ca ne concerne que moi.

-Vous avez perdu un être cher ?

-Oui.

Le 30 avril 1594,

mon ancêtre, Boniface de La Mole, a eu la tête tranchée.

-Pardon ?

-Vous n'êtes pas au courant ?

Suivez-moi.

Boniface était le plus joli garçon de son siècle

et l'amant de Marguerite de Navarre, des amants maudits.

Pour ce crime, il a été condamné à mort.

Sa maîtresse était éplorée, elle a demandé la tête de son amant

et elle est allée l'enterrer dans une chapelle à Montmartre.

N'est-ce pas sublime ?

-En effet, oui.

-Ah, M. Sorel !

Je vois qu'il a troqué le noir

pour le bleu. -Idée saugrenue de mon mari.

Vous connaissez Mathilde ?

-Bien sûr. Il n'y a pas si longtemps, M. Sorel était

sous-diacre avec l'abbé Chélan. Vous vous en souvenez ?

-Comme si c'était hier.

-Que le deuil vous va bien, ma chère enfant.

Nous sommes le 30 avril.

Prions pour l'âme de Boniface de La Mole.

Que lisez-vous ?

"L'affaire du chevalier de La Barre" de M. Voltaire.

-Voltaire ?

Un libre-penseur, un impie.

J'espère que M. Sorel saura mieux guider vos lectures.

-Je m'y emploie chaque jour.

-M. Sorel est à lui seul une encyclopédie.

-Venez voir comme je m'améliore.

-Ca ne sert plus à rien.

Le duel n'aura pas lieu.

Pour quelle raison ? -Ton habit bleu

a sûrement trompé le chevalier,

mais il a voulu en savoir plus sur tes titres de noblesse.

Je lui ai dit que le costume souhaité par mon père

était un déguisement.

-C'est le mot que vous avez employé ?

-Je n'en vois pas d'autre.

Si tu veux mon sentiment, cette croix que tu portes est usurpée.

Elle aurait dû me revenir.

-J'en parlerai au marquis. -J'y compte bien,

mais d'abord, rends-moi ton arme.

Tâchons malgré tout de rester bons amis.

-"Malgré tout", oui.

-Norbert est mou.

Il n'a pas une pensée qui s'écarte de la mode la plus ennuyeuse.

Je trouve qu'à son âge, c'est inadmissible.

C'est comme les lettres des prétendants que je reçois :

toutes parfaitement insipides.

C'est le reflet de ce que nous vivons :

un monde vide.

-Je me dis parfois que du temps de l'Empire,

les lettres d'amour étaient moins... décolorées.

-Les jeunes gens de cette époque ont été héroïques.

Etre dans une véritable bataille où l'on tuait 10 000 soldats,

cela prouve du courage.

S'exposer au danger sauve de l'ennui. Vous ne pensez pas ?

J'ai une confidence à vous faire.

Norbert a raison d'être jaloux de quelqu'un de votre trempe.

Vous devez bientôt partir en Bretagne ?

-Oui, j'ai quelques affaires urgentes à régler pour votre père.

-Vous recevrez tantôt une lettre de moi.

-Je n'ai aucune envie de leur tenir compagnie.

Pardonnez-moi, je retourne à ma tâche.

-Le malheureux errait dans les salons comme une âme en peine.

Il vous cherchait partout. -Je me languissais de vous.

-Mathilde préfère la compagnie de Sorel

qui n'est qu'un petit intrigant.

-Imaginez que demain un haut bureau des montagnes de Franche-Comté

s'aperçoive que Julien est son fils naturel et lui donne nom et argent.

En dix semaines, il a la moustache de père et est officier de hussard.

-Si la noblesse ne tenait qu'à une paire de moustaches,

j'en porterais une, voire deux.

-Franchement, Mathilde, qu'est-ce que vous lui trouvez ?

-Une énergie qui vous fait défaut, mon frère.

-Si cette énergie est mise au service de la révolution,

il nous fera guillotiner.

-Vous aussi, vous vous méfiez de l'énergie ?

-Trop de fougue peut mener au désastre.

-Riez !

Mais prenez garde à ce Julien.

Il devrait s'éloigner de notre père sur qui il a pris l'ascendant,

car si la révolution recommence, je n'ai aucune confiance en lui.

Je vous laisse roucouler.

-Désolée mon ami mais je n'ai aucune envie de roucouler,

et encore moins de ronronner. -Dites que nous ne m'aimez pas.

-Vous êtes aimable. -Cela ne suffit pas.

-Rentrons.

-M. Sorel ?

C'est de la part de Mlle Mathilde.

Je sais toute l'affection que vous porte M. le marquis,

cela provoque bien des moqueries et des jalousies.

Certaines personnes vous veulent du mal.

On vous trouve un air curé et hypocrite.

-Qui sont ces personnes ?

Croisenois ? Le comte Norbert ?

A moins que ce soit la femme du marquis ?

Donnez-moi des noms, je saurai me défendre.

-Tenez-vous sur vos gardes, je ne peux vous en dire plus.

-Merci, Arsène.

...

-"Votre prochaine mission en Bretagne m'oblige à vous parler.

"Il serait au-dessus de mes forces de ne plus vous voir.

"Je crois bien que je vous aime."

Il frappe.

-Décidément ! -Je cherche M. le marquis.

-M. le marquis est dans le parc avec ses lévriers.

-Monsieur ?

Monsieur le marquis ?

Je pense qu'il vaut mieux différer mon départ de quelques jours.

Il me manque des documents.

-C'est vous qui décidez

et je suis bien aise que vous ne partiez pas tout de suite.

J'aime à vous avoir sous la main.

-Merci.

...

-"J'attends de vous une réponse immédiate.

"Je vous accorde un quart d'heure de réflexion.

"Ma femme de chambre viendra chercher votre lettre."

-"Chère Mathilde, à dire vrai, je crains fort d'être l'objet

"d'une machination.

"J'ai eu l'idiotie de croire à votre 1re lettre au point d'annuler

"mon voyage. Quelle erreur !

"Votre attitude à mon égard est étrange et humiliante.

"Il me vient en tête l'idée que vous pourriez me tendre un piège."

-Merci.

-"Si vous voulez me signifier que nous ne sommes pas du même monde,

"je vous le confirme. Ce soir, je revêtirai l'habit noir,

"bien plus noble que votre accoutrement.

"Je vous signifierai de cette manière

"que je cesse toute communication avec vous.

"Ainsi, en plus de recouvrer la liberté,

"je ne tomberai pas dans votre piège."

-Décidément, je vous préfère en bleu.

-Le noir est sa couleur d'origine. -Tout à fait, mère.

J'espère que Julien ira

jusqu'au bout de sa vocation. On entre.

-Oui, Arsène ?

-Mlle Mathilde vous prie de l'excuser, elle garde la chambre.

-Vous pouvez servir.

-Savez-vous qu'au théâtre, on s'en prend au clergé ?

Les pamphlets contre l'Eglise se multiplient.

Ce n'est pas bon signe.

N'oublions jamais le massacre des prêtres pendant la Révolution.

-A Besançon, ils ont descellé une croix.

Quand la populace de déchaîne...

-A Paris, hier, on criait "Mort aux jésuites !". Il y a eu

des barricades chaussée St-Denis. -La cavalerie a chargé.

Qu'en penses-tu, Julien ?

On frappe.

...

-Quelle heure est-il ?

-Trois heures. Ma maîtresse a dû me secouer pour me réveiller.

Ca semblait être une question de vie ou de mort.

-"Très cher Julien, je vous attends immédiatement.

"La porte de ma chambre sera ouverte.

"Ne frappez pas et ne faites pas de bruit.

"Je vous aime."

-"Mon cher Fouqué, Mathilde de La Mole

"a décidé de m'aimer et je me méfie de son amour

"comme d'un poison. Je crois que je deviens fou.

"Quand cette lettre te parviendra, je serai peut-être mort."

Clic.

...

Ronflements.

...

-Eh bien !

Vous êtes venu pour me tuer ?

Qu'aviez-vous imaginé ?

-Rien.

Rien, je...

-Vous voyez, je ne vous ai pas menti.

Dites-moi ce que vous avez fait de mes lettres.

-Je les ai cachées dans ma Bible.

-Demain, vous les brûlerez.

S'il me prend fantaisie de vous revoir ici, vous ferez de même.

-Je suis une de vos fantaisies ?

-Qu'espériez-vous de plus ?

-Dans votre dernière lettre, vous me parliez d'amour.

-Ah... A force de romans dans ma tête,

j'ai la plume quelque peu enflammée.

-Vous m'avez fait venir pour vous moquer de moi ?

-Lâchez-moi. -Qu'allez-vous faire ?

Crier ?

Réveiller votre mère ? -Lâchez-moi, s'il vous plaît.

-Très bien.

...

-Quel dormeur.

-Quelle heure est-il ?

-L'heure de déguerpir. -Mathilde ?

Prête ?

-Ma mère m'attend pour aller à la messe.

Je prierai pour vous, pauvre pêcheur.

N'oubliez pas de vous rhabiller.

-Vous parlez seule à présent ?

-Oui, je comble ma solitude.

-Il avance ce contrat de mariage ? -M. Sorel est débordé, je crois.

-Je me méfie de ce garçon.

Je le trouve malsain, pas vous ? -C'est un peu vrai.

-Prions le Seigneur pour qu'il nous débarrasse de ce pique-assiette.

La porte claque.

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