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-Je sens que ce petit paysan va nous causer des ennuis.
-Valenod cherche, lui aussi,
un précepteur pour sa marmaille.
-Napoléon, d'abord sous-lieutenant, a fini empereur.
-Arrête ça.
On va passer pour des conspirateurs.
La congrégation est partout, et ton destin est d'être prêtre.
-Que comptez-vous faire ? -Me marier
avec M. Julien.
-Je n'épouserai pas une femme de chambre.
"Fouqué, mon ami, j'ai pris la main de Louise et elle l'a retirée."
Comment être à la fois
garde d'honneur et sous-diacre ?
-Vous vous changerez.
Vous passerez du rouge au noir.
-Eh bien, c'est non.
Je suis trop jeune. -Tu ne m'aimes pas.
-Comment pouvez-vous aimer une femme de mon âge
et repousser Elisa ?
...
-Les bruits pulmonaires sont normaux.
Le coeur est un peu essoufflé.
Pour le moment, il importe de faire tomber la fièvre
avec un traitement.
La fleur de camomille me semble indiquée.
-Anthemis nobilis ? -Parfaitement.
-Maman,
je vais mourir ? -Mais non, mon trésor.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Courez chercher de la camomille.
-Bien, madame. -Pourvu que ce ne soit pas
une méningite. Une maladie infantile
courante et grave.
Gardez-le au lit et je repasse demain.
-Docteur, "grave"...
Vous insinuez que ça peut être grave comment ?
-Dieu nous punit.
-Ne dis pas n'importe quoi.
-Mon crime est affreux. Je vivais sans remords.
Et voilà le châtiment divin qui tombe du ciel.
-Tu déraisonnes.
-Ouvre les yeux, Julien.
J'ai commis une faute énorme. Je dois tout avouer à mon mari.
-Tu es folle.
Si tu m'aimes, ne parle pas.
Ton aveu ne guérira pas Stanislas.
-Va-t'en.
Va-t'en ! C'est le diable qui sort de ta bouche.
-Le docteur parle d'oreillons, de méningite.
C'est grave.
-Je vous dois la vérité.
C'est moi qui tue notre enfant.
-Relevez-vous. -Je lui ai donné
la vie et je la reprends. Je suis coupable de meurtre.
-Vous lisez trop de romans. Allez vous reposer.
Cessez de vous accuser inutilement. Julien, aidez-moi
à soutenir Madame.
Elle frappe.
-La tisane a fait effet.
Stanislas dort. -Et Madame ?
-"Madame", comme tu dis, pleure. -C'est ainsi qu'il faut la nommer.
-Et quand tu lui fais l'amour, tu l'appelles "ma cochonne" ?
Fais pas l'imbécile.
Je vous ai vus.
Tu as de jolies fesses. -J'ai eu un moment d'égarement.
Je n'ai pas résisté
à la tentation. -(Bla-bla...)
-Je te jure... -Pas de parjure.
Ecoute-moi bien.
Il y a déjà assez de malheurs dans cette maison.
Je ne dirai rien à Monsieur, à une condition.
-Qu'on se marie ?
-Je n'arrive pas à te haïr.
On a le même âge.
Je saurai te rendre heureux. On partira à Besançon.
Le café de la citadelle est à vendre. Je peux l'acheter.
-Laisse-moi quelques jours
pour réfléchir.
La maladie de Stanislas m'affecte trop.
-Et moi donc.
Tu crois que je ne l'aime pas, Stanislas ?
Ne mélange pas tout.
Je te laisse une semaine. Pas un jour de plus.
-Il va guérir.
-Qu'en sais-tu, malheureux ?
-Laisse-moi me punir, s'il te plaît.
Je suis coupable, moi aussi.
J'aimerais prendre sur moi la maladie de Stanislas.
-Pars.
-Je t'obéirai,
quoi que tu m'ordonnes.
Mais si je te quitte, tu diras tout à ton mari
et tu te perdras avec lui. Il sera ridiculisé
et ne sera jamais nommé député.
Et puis, désormais, il faut compter avec Elisa.
-Elisa ?
-Elle nous a vus faire l'amour.
Elle menace de tout raconter si je ne l'épouse pas. Voilà.
-Julien, attends.
Le plus simple, c'est de te marier avec elle.
-Tu me l'ordonnes vraiment ?
-Je ne sais pas combien de temps je pourrai tolérer cette vipère.
-Elisa est malheureuse. -Tu la défends ?
T'imaginer dans ses bras m'est insupportable,
mais je me ferai une raison. -Tu décides vite de mon sort.
-Je pourrais la renvoyer ou l'accuser de m'avoir volé
quelques louis.
On pensera alors qu'elle cherche à se venger
et personne ne la croira.
-Tu as une autre idée ?
-La meilleure idée, c'est le mariage.
C'est le meilleur moyen d'éloigner tout soupçon.
Ca va la calmer immédiatement.
-Tu ne m'as jamais aimé.
Seigneur, sauvez la vie du petit Stanislas
et punissez-moi.
-Tiens donc...
Le jeune Sorel qui vient se faire pardonner ses péchés.
Il est temps que tu rentres dans le rang.
Et ton patron a intérêt à nous rejoindre.
-Il m'a rien dit en ce sens.
-Il n'a aucune raison de se confier à un petit paysan comme toi.
-Vous m'insultez ? -Tu n'as rien à faire ici.
Va prier ailleurs.
Petit merdeux.
-Julien ! Julien !
Stanislas est guéri ! Il est guéri !
-Ah, Julien, quel bonheur ! Un vrai miracle.
-Oui. Elisa vient de me dire.
-La médecine ne croit pas aux miracles, mais c'en est un.
-Merci, docteur.
-A vous.
-Tu m'as fait peur, toi !
-A vous. -Déjà ?
Allez, un, deux... -Quatre.
-M. Sorel reprendra son enseignement dès que possible.
-Tu pourras nous enseigner ça ? Enfin, on va t'enseigner ça !
-Je ne serais pas très bon professeur.
-A vous. -Ah.
Ca fait bien longtemps.
-Bravo ! -Bravo !
-Félicitations. Applaudissements.
-Je reste sur une victoire.
Les enfants rient.
Les maires de la région se réunissent.
En mon absence, vous serez mon homme de confiance.
-J'en suis honoré. -Allez !
-Allez, les enfants. Fin de la récréation.
-Père, vous m'achèterez une poupée ?
-Si M. Sorel m'assure que tu as été sage.
-C'est parti ! Allez ! Les chevaux trottent.
Hop ! Hop ! Hop !
-Il faut cultiver notre jardin.
C'est la conclusion du "Candide" de Voltaire.
-C'est qui, Voltaire ? -Un grand philosophe.
-Comme notre père ? -Si tu veux, Marie-Louise.
Quand on jardine, on n'est plus dans le besoin.
Mais le jardin dont parle Voltaire, c'est le jardin de la connaissance,
celui qu'on a dans la tête.
-Tu as un jardin dans la tête, toi ?
-Oui, figure-toi.
-Et si maintenant, on visitait le monde ?
-Super. -Alors...
Ah...
Le royaume des Deux-Siciles, ça vous dit quelque chose ?
-Non. -Regardez.
Nous sommes ici.
Et la botte que vous voyez là, c'est le royaume des Deux-Siciles.
-Hm...
-J'ai peur, Julien.
J'ai peur.
J'ai fait un rêve horrible, cette nuit.
On partait à Vergy,
et tu étais le père de Stanislas et Marie-Louise.
Tu menais l'attelage, et mon mari a surgi d'un bosquet.
Il s'est mis en travers de la route...
-Et puis ?
-Au lieu d'arrêter les chevaux, tu les as fouettés,
et la voiture l'a écrasé.
Heureusement, c'est qu'un cauchemar.
...
Tu sais que ce bonheur ne peut pas durer.
-Tu penses à Elisa ? -Tu dois te marier avec elle.
C'est le seul espoir qu'il nous reste.
...
Air de piano.
...
Allez, Julien, courage.
-J'ai appris ma leçon. -Moi aussi.
-On va voir ça. Attendez-moi dehors.
-Je t'ai donné une semaine. -J'ai réfléchi.
-Ne me fais pas languir. -J'ai de l'estime pour toi.
-C'est oui ou c'est non ?
-C'est non.
Personne ne croira les commérages d'une femme de chambre.
-Salaud.
...
-A moi !
C'est moi qui vais gagner direct.
-Les enfants...
Voilà un théâtre de poupées pour Marie-Louise.
Des soldats de plomb pour Stanislas.
Je tiens mes promesses. -Gratias tibi, pater.
-Ca veut dire quoi ? -Il m'a remercié en latin.
Bon, je vais travailler. Amusez-vous bien.
Tout s'est bien passé en mon absence ?
-Elisa s'est disputée avec M. Sorel.
Elle a rendu son tablier.
-Ces filles capricieuses, c'est insupportable. A part ça ?
-Les affaires courantes et le courrier de la semaine.
-Merci, Octave.
"Julien Sorel te fait cocu sous ton propre toit."
...
-Pourquoi Elisa est partie ? -A table, les enfants se taisent.
-Comment s'est passée la réunion des maires à Besançon ?
-Les bonapartistes
rêvent de constituer un nouveau parti pour renverser la monarchie.
-Quelle horreur !
-Charles Louis Bonaparte s'est exilé en Suisse.
Il a tout intérêt à y rester.
N'est-ce pas, M. Sorel ?
-Certainement.
Mais pourquoi cette question ?
-Il m'arrive de recevoir
des lettres anonymes de gens malveillants à votre égard.
-Et que disent ces lettres ?
-Que vous seriez un espion au service du neveu de Napoléon.
Mais il y a pire.
-Pire ?
-Nous en parlerons tout à l'heure, dans le fumoir, ma chère Louise.
-Pourquoi tant de mystère ?
-C'est une affaire privée, entre vous et moi.
Eh bien, qu'en pensez-vous ? -C'est une abomination.
-Nous sommes d'accord.
-Je me sens outragée dans mon honneur.
-Votre honneur ?
-La présence de Julien Sorel dans cette maison est désormais
un outrage à mon honneur. Il faut le renvoyer.
Après tout, ce n'est qu'un fils d'ouvrier.
-Un peu de bon sens !
Renvoyer Julien, c'est donner du crédit à cette accusation,
alors gardez-vous bien d'agir,
et surtout, ne lui parlez pas.
-Elisa aura inventé ça pour se venger.
-C'est probable, mais il nous faut des preuves.
Je vais mener l'enquête. Et pour ce soir,
trop, c'est trop, je vais me coucher.
Je suis accablé de colère et de fatigue.
On frappe.
-Il est tombé dans son lit comme une masse.
Il ne va pas nous déranger. -Que se passe-t-il ?
-Une lettre anonyme qui m'accuse d'adultère.
-Elisa, forcément. -Elle a tout raconté à Valenod.
-Comment le sais-tu ?
-J'ai reconnu son papier à lettres, de couleur bleue.
-Il t'a déjà écrit ?
-Ecoute-moi.
Tu vas fabriquer une nouvelle lettre anonyme.
J'ai dans mon secrétaire le même papier,
bleu.
-Que veux-tu que j'écrive ?
-J'ai déjà tout en tête.
-Alors, cette pieuvre de Valenod t'a fait la cour ?
-Mon chéri,
si quelqu'un doit le tuer, c'est pas toi,
c'est mon mari.
-Louise ! Il tape.
Ouvrez cette porte ou je la défonce !
Ouvrez cette porte ! ...
-Vous êtes devenu fou ? Vous pensiez le trouver ici ?
Reprenez vos esprits !
-Ces lettres anonymes m'ont fait perdre la raison.
Voilà ce qu'Octave m'a donné.
Une nouvelle lettre.
-Je n'ai plus de doutes.
Ce papier bleu...
C'est celui de Valenod, votre adjoint.
-Qu'en savez-vous ?
-Jadis, il a été mon soupirant
et il m'a écrit de nombreuses lettres avec ce papier.
-Je suppose que vous les avez déchirées.
-Non. Je les ai conservées dans mon secrétaire.
-Donnez-moi la clé ou je casse tout !
-D'abord, calmez-vous.
-Vous avez eu une aventure avec lui ?
-La jalousie vous égare.
-Donnez-moi cette clé ! -Arrêtez ! Je vais vous la donner.
Tenez. -Enfin, la vérité.
-La vérité, c'est qu'avant notre mariage,
M. Valenod me convoitait.
Il m'a écrit toutes ces lettres ridicules.
Caricatures que vous pourriez publier
dans un journal satirique.
Vous devriez le faire. Il ne s'en relèvera pas.
-Vous aviez raison.
Les lettres anonymes que j'ai reçues
sont sur le même papier.
-Vous ne les lisez pas ?
-Non, je vous crois.
Je vous demande pardon,
s'il est encore possible de me pardonner.
-Petit René,
va me chercher Julien et dis-lui de se dépêcher.
-Oui, M. l'abbé.
-Ah, Julien...
Te voilà enfin.
Je t'avais conseillé le mariage avec Elisa.
Tu n'en as fait qu'à ta tête.
Et bien pire.
Cette malheureuse m'a tout raconté.
Valenod est au courant de tes frasques.
Le sous-préfet Maugiron également.
Le scandale va se répandre comme une traînée de poudre.
Et tu dois
te faire oublier au plus vite.
-Mais de quelle façon ?
-J'exige que, dès aujourd'hui, tu partes au séminaire de Besançon.
Tu seras reçu par son directeur, l'abbé Pirard,
un homme sévère et juste,
qui verra ce qu'il peut faire de toi.
Ce sera ta pénitence
et, je l'espère, le salut de ton âme.
-Julien...
L'abbé Chélan est un homme avisé. -Mais bien sûr.
C'est par moi que le scandale est arrivé,
et j'imagine que ton mari a décidé de te considérer
comme une femme innocente.
Quelle grandeur d'âme ! -Ne sois pas amer.
Ses ennemis se déchaînent. Tu n'es pas épargné.
Ne fais pas cette tête de condamné.
Je sais que le départ pour le séminaire
est un sacrifice, pour toi.
Donne-moi ta main.
-Tu te souviens de la 1re fois que j'ai osé prendre ta main ?
-Je me souviens de tous nos moments de bonheur
et de tout ce que tu m'as appris. -Je reviendrai, alors.
-Non, Julien, non.
On ne doit plus se revoir. Pense à ma réputation.
-Ta réputation ?
Il n'y a que ça qui t'importe ?
-Mon mari t'attend.
...
Il frappe. -Oui.
Ah ! Julien ! Vous voilà prêt pour le grand départ.
-Oui, monsieur. Je crois que c'est mieux ainsi,
pour la réputation de Mme de Rênal et pour la vôtre aussi.
-Oui.
Je m'en voudrai toute ma vie d'avoir douté de votre honnêteté.
Ce pistolet ne m'est d'aucune utilité.
Prenez-le.
Les chemins de montagne
sont une aubaine, pour les brigands.
-Je ne voudrais pas abuser de votre bonté,
mais un certificat de bonne conduite
signé de votre main me serait d'un grand service.
-Sans la moindre hésitation.
"Je n'ai eu qu'à me louer
"des services de Julien Sorel..."
En latin.
...
-Entrez.
Vous m'êtes recommandé par l'abbé Chélan,
qui était le meilleur curé du diocèse.
C'est un homme vertueux et mon ami depuis 30 ans.
Il m'a fait parvenir une lettre vous concernant.
Voilà donc ce qu'il m'écrit.
"Vérifiez si la vocation de Julien Sorel est sincère et durable.
"Et si ce sujet ne vous convient pas,
"renvoyez-le sans tarder. Nous aurons fait notre possible
"pour l'élévation de son âme." Je verrai donc ce qu'il en est
de votre foi.
-Vous seriez mon confesseur ?
-C'est la meilleure façon de vous connaître.
Vous parlez latin ?
En latin.
-A la bonne heure !
N'en abusez pas, car la plupart de nos séminaristes
sont des fils de paysans incultes et jaloux des latinistes.
Une dernière chose : n'entrez dans aucune société secrète
ou congrégation sans m'en avertir.
...
-Grégoire va vous mener à votre cellule.
Vous pouvez avoir confiance en lui. Clochette.
Allez-y.
-Moi, c'est Grégoire. Je suis d'Urtière. Et toi ?
-Verrières.
-Tu as choisi un confesseur ? -Oui. Pirard.
-Tu aurais dû prendre Castanède. -Pourquoi ?
-Il est sous-directeur. C'est l'ennemi de Pirard.
-Raison de plus.
-Mauvais calcul. Il a un poste important,
et il vaut mieux être dans ses bons papiers.
Castanède finira par avoir la peau de Pirard.
C'est ici que tu dormiras. -Merci.
...
Il donne des petits coups.
...
Seigneur, faites que j'oublie Louise de Rênal.
-Je ne parviens pas à oublier Julien.
Mon mari ne me parle que de revenus et de profits
et je me meurs d'ennui.
-Cet amour dont tu souffres est une maladie dont on peut guérir.
Une retraite au couvent du Sacré-Coeur serait bénéfique.
-Tu le penses vraiment ?
-Notre Seigneur te montrera la voie du repentir.
-Tu as sûrement raison.
En attendant, m'accompagnerais-tu à la cathédrale de Besançon ?
Il y a, dans la crypte, les ossements
de nos anciens archevêques et j'aimerais m'y recueillir.
Et puis...
-A Besançon, il y a surtout le séminaire
où se trouve ton Julien.
...
-"Mon Julien, quitte à mériter d'être damnée pour l'éternité,
"qu'il me soit permis de t'écrire une dernière fois.
"A quel point tu me manques !
"Ma passion pour toi a éprouvé toutes les secousses
"d'une grande maladie.
"Je t'ai désiré jusqu'à l'égarement et je ne regrette rien."
-Imaginez que cette lettre soit tombée
dans les mains de Castanède.
Je vais écrire à Chélan pour que cesse cette correspondance.
-Mea culpa. Mea maxima culpa.
-Dès demain, je pars à Paris voir le marquis de La Mole.
En mon absence, l'abbé Castanède prendra la direction du séminaire.
Restez sur vos gardes, mon fils.
Et maintenant, tâchez d'aller en paix.
Chant religieux au loin.
...
En latin.
...
-Vos connaissances en latin ont fait le tour du séminaire
et je vous en félicite. -Je dois ça à l'abbé Chélan.
-Ne vous en vantez pas. Chélan n'a pas bonne réputation.
Vous avez le goût de la provocation.
-Monsieur...
-Je ne vous ai pas accordé la parole.
Vous avez un vice qu'il faut corriger.
Au lieu de vous soumettre au principe d'autorité,
vous pensez et jugez par vous-même.
Je constate que les leçons de dogme que je vous prodigue
n'ont aucun effet. En êtes-vous conscient ?
Répondez.
-Je ne demande qu'à corriger ce vice, M. le sous-directeur.
-Nous jugerons à l'usage.
Et si je peux vous donner un conseil,
c'est de rejoindre vite les membres
de la congrégation. -Je dois avertir l'abbé Pirard.
-Sortez.
N'oubliez jamais que notre roi n'a de pouvoir légitime
qu'en vertu du vicaire de Dieu sur la Terre.
Et que ce repas soit béni. -AMEN.
...
-T'as pas faim ?
-Vous mangez comme des porcs, ça me coupe l'appétit.
-N'écoute pas Sorel, c'est une chochotte prétentieuse.
-Vous me donnez envie de vomir.
Il crie.
Rires.
...
Rires et cris.
-Monsieur Sorel ! Regagnez votre cellule
et restez-y jusqu'à nouvel ordre. Au pain sec et à l'eau.
Et vous nettoierez le sol de la cathédrale
pendant une semaine, avec un seau et une serpillière.
...
-Vous avez eu beaucoup de fièvre. Vous avez déliré.
-Je vous croyais à Paris. -J'en reviens.
Ca fait une dizaine de jours que vous êtes là.
-Louise était dans cette cathédrale.
Je n'ai pas rêvé. -Il faut oublier cette femme.
Je suis venu récupérer mes affaires.
Les ultras ont gagné la bataille.
L'évêque de Besançon a nommé Castanède à ma place.
-Que vais-je devenir sans vous ? -Vous n'allez pas rester ici.
Le marquis de La Mole cherche un secrétaire particulier.
Je lui ai parlé de vous.
Il voulait savoir
d'où vous sortiez.
J'ai répondu qu'on vous disait fils de charpentier,
mais que je vous croyais fils naturel
d'un noble.
Voilà un billet de 1 000 francs,
de la part du marquis.
A vous de faire le reste.
Et mon adresse à Paris.
Faites-moi signe quand vous viendrez.
Je vous accompagnerai chez M. de La Mole.
-Comment vous remercier ?
-En faisant en sorte que mon ami le marquis
soit satisfait de vos services.
...
Il frappe.
-Louise...
...
Louise...
Juste une dernière fois.
Après, je m'en irai et tu n'entendras plus jamais
parler de moi.
-Tu es devenu fou ?
-Fou d'amour pour toi, oui.
Ton mari est là ?
-Il dort dans sa chambre. -Alors, tu m'as déjà oublié ?
Il n'y a rien de pire que l'oubli. C'est pire que la mort.
-(Julien...)
(Mon Julien...)
Ce soir, ce sera notre dernière nuit.
...
-Il faut que je parte. Le jour se lève.
-Non.
(Reste encore un peu.)
On va échanger nos mèches de cheveux.
(Tiens.)
...
Aboiements.
...
Coup de feu.
(Faites qu'il soit mort.)
...
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