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...
Elle rit.
-Vous n'allez pas trop loin. -Allez, j'arrête.
-Et pas dans la haie !
-(Elle va jamais nous trouver.)
(C'est qui, lui ?) -(C'est le précepteur.)
-Vous avez triché, je rentre.
-C'est donc vous, Julien Sorel, le fils du charpentier,
qui savez si bien le latin ?
On vous a coupé la langue ?
-Le curé Chélan m'a tout appris des Evangiles.
-Nous verrons ça.
Il ne vous a pas appris à vous habiller correctement.
-Les enfants !
-J'irai voir votre père pour négocier vos gages.
Si nous tombons d'accord, on fera un essai.
Vous porterez l'habit noir, vous aurez votre chambre
au dernier étage
et vous prendrez vos repas dans la cuisine
avec les domestiques. Des questions ?
-Aucune, monsieur.
-Désolée de vous contrarier,
mais je sens que ce petit paysan va nous causer des ennuis.
Il ne m'a même pas saluée.
-Valenod cherche, lui aussi, un précepteur
pour fanfaronner avec sa marmaille.
Je vais devoir décider vite. -Suivez mon instinct.
Il frappe.
-Monsieur le maire !
Julien a été ravi de faire votre connaissance.
-J'ai réfléchi. 300 francs par an, avec nourriture et vêtements.
C'est bien.
-Ma foi, ça demande réflexion.
-On vous a proposé mieux ?
-Disons que...
-Eh bien ?
-300, ça ne paye même pas sa nourriture.
-400.
-C'est bien parce que c'est vous. Marché conclu.
Votre frère va travailler chez M. le maire.
-Bon débarras !
-Fainéant comme il est, il restera pas longtemps.
-Vous savez où il est ? -Non.
-C'est pas possible... Julien !
Julien !
-"Dans la petite pièce battue par le vent,
"l'empereur s'est assis, silencieux.
"Ses yeux, qu'on dit de feu, brillent pourtant
"d'une douceur inattendue.
"Il me parle de la France avec la ferveur d'un père.
"Quand il me congédie d'un signe, j'emporte sa confiance
"comme un étendard discret, et la nuit me paraît moins noire."
-Julien !
Julien !
Qu'est-ce que tu fous ici ? Je te cherche partout !
Tu m'écoutes ? Jette-moi ce bordel sur Napoléon !
Prends tes guenilles et file chez M. le maire !
...
-Il y a de l'espoir ?
-Après tout, ton Napoléon en a vu d'autres.
Alors, qu'est-ce que tu décides ?
-Je serai jamais le domestique de la famille Rênal.
J'ai pas appris le latin pour finir valet de chambre.
Je vais m'engager comme soldat à Besançon.
-Eduquer des enfants
n'est pas une tâche de valet mais une vraie mission.
Tu n'as pas fait toutes ces études pour devenir un simple soldat.
-Napoléon a commencé sous-lieutenant et il a fini
empereur des Français. -Arrête avec ton Napoléon.
Il est mort et enterré.
Si on nous entend, on va nous prendre pour des conspirateurs.
Et ici, la congrégation est partout.
Ils assassinent dans l'ombre et l'impunité.
Les partisans de Napoléon, ils les libéreront.
Est-ce que tu en es bien conscient ?
-Vaguement.
-File chez M. de Rênal
et n'oublie pas que ton destin est d'être prêtre.
Il claque la porte.
-Je m'occuperai de ton linge.
On se tutoie, d'accord ? -Oui. Merci, Elisa.
-Avec plaisir.
-Parle-moi des maîtres. Ca restera entre nous.
-M. de Rênal pense toujours avoir raison.
Quand on le contrarie, il se met en colère.
Il pense qu'il suffit de s'admirer pour être admirable.
-Bien formulé. -Tu me prenais pour une idiote ?
-Et la maîtresse de maison ? -Elle est très belle. Non ?
-J'y connais pas grand-chose. -Si tu veux, je t'apprendrai.
Voilà.
A plus tard.
...
-Page 22, tout en haut.
En latin.
...
-Il a tout bon ? -Oui.
Page 26, la dernière ligne.
...
-Bravo ! Applaudissements.
-Félicitations.
-Alors, elle est bonne, ma soupe ?
-Exquise.
-"Exquise". T'as vu comme il cause ?
"Exquise". Hé, l'abbé, redescends sur terre.
-Je suis pas encore prêtre.
-Moi, je suis né
dans le cul de la vache. -Ca se sent.
-Fais pas le malin.
-Calme-toi.
Julien parle le latin couramment. -J'en ai rien à foutre.
Chochotte, le cureton.
-Elisa, s'il te plaît, reste à table.
-Bonjour. -Bonjour.
-Vous cherchez quelqu'un ? -Je viens voir Julien Sorel.
-Et personne vous a ouvert ? Ils sont sourds. Suivez-moi.
-Merci.
-Alors, vous connaissez Julien ? -C'est un ami de longue date.
-Qu'est-ce qui vous amène ? Indistinct.
-Attendez-le dans la cuisine, je vais le chercher.
-Voilà. Tu sais où me trouver, maintenant.
-T'es pas à plaindre. -Si, justement.
Je suis traité comme un domestique.
-N'exagère pas. -J'exagère pas.
Je vais pas rester longtemps ici.
-Tu vas te faire insulter par ton père
et rouer de coups par tes frères.
Ne gâche pas tout pour un caprice. Allez.
-Le thym serpolet se dit "Thymus serpyllum" en latin.
On l'utilise souvent comme tisane contre les maux de gorge.
-Je peux goûter ? J'ai mal à la gorge.
-Je te ferai une tisane ce soir. -Et moi ?
-Toi aussi. -M. Sorel...
Venez me voir.
Ce soir,
j'ai invité M. Valenod, le sous-préfet Maugiron
et le vicaire de Frilair.
Vous serez à notre table et ferez montre de votre érudition.
-Je ferai de mon mieux.
-Voilà un petit supplément.
Ca vous permettra d'acheter des nouveaux souliers.
Allez, à ce soir.
-Messieurs Valenod et Maugiron viennent d'être intronisés
comme écuyers dans notre congrégation.
Rejoignez-nous.
-N'être inféodé à aucun parti est pour moi
une règle d'or. -M. le maire, vu les menaces
qui pèsent sur notre monarque
et notre Eglise, il faudra
choisir votre camp.
-Il n'est pas de politique sans le secours de la religion.
-Vous avez raison.
Nous devons lutter contre ceux qui ont injurié nos prêtres
devant la cathédrale de Besançon.
-Nous voilà débarrassés de Napoléon,
mais les libéraux prolifèrent. Vous êtes bon latiniste, M. Sorel.
Comment dit-on "éradiquer"
en latin ? -Rien de plus simple.
Eradicare.
-Il faut "eradicare" les idées révolutionnaires de la jeunesse.
J'ai donné l'ordre d'arrêter ceux qui contestent
l'autorité du roi.
C'est bien l'abbé Chélan qui a fait votre éducation religieuse ?
-Oui. C'est le meilleur homme que je connaisse.
-C'est un libéral.
Il est sur la liste noire, et nous allons le destituer.
La police de la congrégation va s'en occuper.
-Je suis d'accord avec M. Sorel.
L'abbé Chélan est le meilleur des hommes. Vous êtes injuste.
Comme j'imagine
que dans cette assemblée d'hommes, la parole d'une femme ne vaut rien,
je préfère me retirer.
-Louise, restez.
-Non. Bonne soirée.
-Quel tempérament fougueux !
-Il se trouve que le curé Chélan est son confesseur.
-Elle en trouvera un autre.
M. Sorel, vous pensez toujours que l'abbé Chélan
est le meilleur des hommes ?
-Oui, M. le vicaire. Je le pense.
-Quelle soirée épouvantable !
-Octave m'a dit que M. Julien s'était montré très courageux.
-Oui. Il a osé tenir tête
à ce vicaire qui se croit tout-puissant.
-Je peux vous demander une faveur ? -J'ai mal à la tête, Elisa.
-Je serai brève.
Je viens d'hériter d'un vieil oncle.
-Bonne nouvelle ! Que comptez-vous faire ?
-Me marier.
-Avec qui ?
-M. Julien.
-Il est d'accord ?
-Si vous pouviez lui en parler...
Vous pourriez le convaincre.
-Laissez-moi le temps d'y réfléchir.
Vous pouvez aller vous coucher. Je n'ai plus besoin de vous.
...
-Des ouvrages sur les conquêtes de Napoléon l'usurpateur.
L'abbé, tu sais ce que tu risques ?
-J'aurais dû vous dire ce qu'il y avait dans cette malle
en vous la confiant.
Je vais leur avouer que c'était à moi.
-Tu veux te retrouver en prison ?
Moi, ça va, j'ai fait mon temps.
Quand je pense que j'ai baptisé
presque tous les habitants de la ville
et c'est l'abbé Maslon qui va devenir le curé de Verrières...
Un prêtre à la botte de la congrégation.
Voilà où nous en sommes. -Qu'allez-vous devenir ?
-Une petite vie de retraité avec 800 livres de rente.
Maintenant, il faut que je te parle d'Elisa.
-Comment ça ? -Elle est venue me trouver
car elle veut t'épouser.
-Il n'est pas question que j'épouse une femme de chambre.
-Elle a fait un petit héritage, et c'est une personne charitable
qui prendrait soin de toi. Réfléchis bien.
Il y a dans ton caractère une ardeur sombre
et une ambition qui ne s'accordent pas avec l'état de prêtre.
-Ho...
Tu es un ami du curé ?
-Va-t'en, Julien.
Ne vous inquiétez pas, c'est un futur prêtre.
...
-Tu viens me narguer avec ton nouvel habit ?
-Tu veux quoi ? -Je voulais juste vous saluer.
-Tu voulais pas une bonne correction ?
-Ca doit lui manquer. -Ca te manque ?
Il crie.
...
-Fais-lui les poches.
Il halète.
...
-20 francs.
Tu sais ce que tu vas faire maintenant ?
Tu vas retourner chez tes maîtres.
...
-Merci.
Quelqu'un entre.
-Que s'est-il passé ?
-Des brigands m'ont attaqué sur la route de Verrières
pour me voler mon argent.
Je me suis battu, et ils étaient trop nombreux.
-Je vais alerter les gendarmes. Ce pays devient dangereux.
Demain, Mme de Rênal va séjourner à Vergy
avec les enfants. Vous avez besoin de repos.
Vous ferez partie du voyage.
-Tu verras, mon Julien, on sera bien à Vergy.
C'est un petit paradis. -Vous pouvez disposer, Elisa.
La vie est parfois cruelle. Reposez-vous.
-La couleur de cette robe vous va à ravir.
-Vraiment ? -Oui, madame.
Changer de robe 3 fois par jour, ça donne de la gaîté à la vie.
-C'est bon. Merci, Elisa.
A quoi pensez-vous ?
-Je crois que Julien me fuit.
-Il est encore bien jeune et sûrement timide avec les femmes.
-Si vous pouviez... -L'encourager au mariage ?
C'est une décision intime.
-Je n'en dors plus.
-Je vais tâcher de le convaincre. -Merci.
-Je vous dérange ?
-Pas du tout. Entrez.
Entrez.
-Non. Ce ne serait pas décent.
-Un souci ?
-Elisa souffre de votre silence.
Vous ne pouvez pas laisser cette brave fille
sans réponse.
-Je n'épouserai jamais cette brave fille.
J'ai d'autres ambitions.
-Je lui dis que vous vous destinez
à la prêtrise ? -Je ne sais pas.
Je suis perdu.
-C'est au couvent du Sacré-Coeur de Besançon
que nous avons fait nos humanités
et quelques bêtises. N'est-ce pas, ma chère cousine ?
-Je veux tout savoir.
-Tu penses à André Chénier ? -Oui.
Notre professeur de lettres
nous avait demandé de choisir un poème sur l'amour du prochain.
-Et on a osé réciter une élégie d'André Chénier.
-"O délices d'amour,
"et toi, molle paresse,
"Vous aurez donc usé
"mon oisive jeunesse !" -"Voilà donc comme on aime.
"Sur les lèvres, toujours quelque promesse."
-La tête de l'abbé !
-C'est très joli.
-Oui, très joli.
-J'ai un peu froid. Venez, ma cousine.
Allons au salon prendre le dessert.
-"Fouqué, mon bon ami, je dois te raconter mon fait d'armes.
"Lors d'un dîner, j'ai pris la main de Louise de Rênal,
"et elle l'a retirée, bienséance oblige.
"Demain, je fais le pari qu'elle gardera ma main dans la sienne.
"Je te tiendrai au courant."
-C'est tout ce qu'il fallait ? -Oui, je pense.
Propos indistincts.
...
-M. de Rênal est là pour quelque temps ?
-Pour deux jours, je crois.
-Ah bon ?
Voilà du courrier
pour la malle-poste.
-Tu manques vraiment de courage.
J'attends toujours ta réponse.
-Je vais être clair : c'est non. Je suis trop jeune pour me marier.
-Tu ne m'aimes pas.
...
-J'ai croisé Valenod à la mairie. Vous savez ce qu'il m'a dit ?
-Non. Dites.
-Qu'il était prêt à vous prendre à son service
si j'étais mécontent de vous. -Qu'avez-vous répondu ?
-Que nos enfants avaient progressé et que j'étais satisfait.
Mais attention, mon cher Sorel,
que ce compliment ne vous monte pas à la tête.
Sachez rester à votre place.
Qu'y a-t-il, ma chère ? Vous m'avez l'air nerveuse.
-Je crois avoir pris froid, je vais vous quitter.
-La complexion des femmes me fait penser
au mécanisme tarabiscoté d'une horloge.
Qu'en pensez-vous ?
-C'est ce qui fait notre charme.
Ce n'est pas en démontant une horloge que vous comprendrez mieux
le mystère du temps.
On frappe.
-Madame ne se sent pas bien ?
Madame a besoin de mes services ? -Je n'ai besoin de personne.
-Ca va, Marie-Louise ? -Oui, et vous ?
-Fort bien.
Elle rit.
...
-M. Sorel !
Je ne vous paye pas pour faire de la balançoire avec mes enfants.
-Attendez-moi là, les enfants. Je reviens.
Je croyais que vos enfants avaient progressé grâce à moi.
Ils ont aussi besoin de se détendre, tout comme moi.
Je vous serai reconnaissant de m'accorder un congé.
-Quelle drôle d'idée ! Pour aller où ?
Vous voulez une augmentation, c'est ça ?
Julien ! Je vous parle !
-On m'a dit que tu partais. Tu vas où ?
-Ca te regarde pas.
-Prends pas tes grands airs. On est nés dans la même fange !
-Désolé, Elisa, mais c'est pas avec toi que je vais m'en sortir.
-Julien, s'il te plaît...
-Quoi, encore ? -Embrasse-moi.
-Quelle histoire ! J'en suis sans voix.
-Et moi, alors. J'en suis au point de jalouser ma bonne.
Je deviens folle quand je la vois tourner autour de lui.
-Ressaisis-toi.
Avec le retour de ton mari, vos ardeurs vont être échaudées.
Une femme d'esprit comme toi n'aime pas longtemps
un homme commun. -Julien n'a rien de commun,
bien au contraire.
Merci, Elisa.
-M. Julien a quitté le château. -Pour aller où ?
-Il m'a juste dit qu'il ne reviendrait pas ici.
-Quoi ? -Nous allons nous marier.
-Excellente nouvelle.
-Je le savais. -Cet homme n'est pas pour toi.
...
-Tu t'es brouillé avec M. de Rênal ?
-Non, je voulais changer d'air. Tu as reçu ma lettre ?
-Oui. Alors ? -J'ai ferré Mme de Rênal
comme un poisson.
"Combattre l'innocente pudeur d'une femme qui peine à céder,
"et crier victoire." Tu connais pas "Don Juan" ?
-Calme-toi, mon ami.
Je vais te préparer de quoi manger.
Tu sais à quoi je pense depuis longtemps ?
Il n'y a rien à espérer de ces gens-là.
Pour eux, tu seras toujours un fils de pauvres.
Tu devrais t'installer avec moi. -Pourquoi ?
-Tu pourras tenir les comptes.
Je gagne gros dans mon commerce.
Ensemble, on ferait d'excellentes affaires.
-Croupir dans ce hameau isolé ? Non, mon ami,
je suis pas fait pour la tranquillité. Je serai
général ou évêque.
-Regarde comme c'est beau.
-A toi.
-Ouais !
-Regarde ! Julien est de retour ! -Ah oui !
-Comment ça va, les enfants ? -BIEN.
-Maman !
Maman ! Maman !
Julien est de retour !
-Allez, venez !
-Sois ferme.
Fais-lui comprendre que c'est sans espoir.
-Tu as sûrement raison.
-Je suis venu vous dire que je vous aime avec passion.
C'est un péché mortel, quand on se destine à la prêtrise,
mais la prêtrise, je m'en moque. -Votre sincérité me touche, mais...
-Vous m'aimez aussi. -Ne me torturez pas.
-Cette nuit, j'irai dans votre chambre.
-Vous êtes fou. -Non, je suis libre.
-Mon cher Sorel, nous sommes contents de vous retrouver.
N'est-ce pas, Louise ? -Les enfants sont ravis.
-Vous êtes toute pâle. Encore un vertige ?
-Ca va passer.
-Les femmes sont sensibles à la pleine lune.
Je regrette de vous avoir sermonné. -N'y pensons plus, monsieur.
-Le roi va bientôt nous rendre visite à Verrières.
-C'est pas le curé Chélan qui lui présentera le reliquaire.
-Il a fait son temps, et si tout va bien,
je pourrai devenir un jour pair de France.
Pour Chélan, je suis désolé, mais Paris bouillonne.
Il importe plus que jamais de se ranger du bon côté.
-Le bon côté, c'est la congrégation ?
-Le bon côté, c'est la fréquentation de ceux
qui vous font gravir des échelons.
-C'est pas ce que vous disiez, l'autre soir.
-Il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis.
Allez vous préparer, les enfants vous attendent.
...
-Comment pouvez-vous aimer
une femme de 10 ans de plus que vous et repousser Elisa ?
-Maintenant, tu ne dis plus rien.
Justement, Elisa pourrait t'entendre.
...
-Bon retour, monsieur.
-Bien dormi, ma chère ? -Comme un ange.
-Je vais repartir à Verrières pour préparer la visite du roi.
On doit organiser une procession à la hauteur de l'événement.
-C'est vous qui commanderez la garde d'honneur ?
-Oui. Je ne laisserai pas ce plaisir à Valenod.
-Il me vient une idée.
Si on faisait entrer Julien Sorel dans la garde d'honneur ?
-C'est une idée qui va susciter des jalousies.
-Il s'agit de montrer que le maître de Verrières, c'est vous,
et vous seul. -Ma foi...
Alors, vous le trouvez comment ?
-Superbe. -Hm. Réjouissons-nous,
le marquis de La Mole sera des nôtres.
Il a obtenu du roi que ce soit son protégé Chélan et non Maslon
qui lui présentera
le reliquaire de saint Clément. -C'est quoi, cette soutane ?
-Le curé Chélan est vieux. M. Sorel l'assistera
en qualité de sous-diacre.
-Comment pourrais-je être à la fois garde d'honneur et sous-diacre ?
C'est absurde. Cette cérémonie n'est pas une mascarade.
-Après la procession, vous irez vous changer au presbytère.
C'est ainsi, mon cher Sorel, que vous passerez du rouge au noir.
Il faudra bien choisir un jour.
Allez, je file à la mairie.
-Non, Julien.
Ce que nous avons fait, nous ne devons plus le refaire.
Mon honneur l'exige
autant que le vôtre.
Une vraie nuit d'amour peut combler une vie entière.
-Qu'est-ce que l'honneur vient faire là-dedans ?
Je n'attends qu'une chose :
m'abandonner à nouveau dans vos bras.
-Regarde. Le voilà. -Il nous ignore.
-Il mérite une correction. -Oui.
-Vous avez belle allure, Julien. -Merci, monsieur.
-Hé...
Il crache. Il rit.
T'as vu comme il nous prend de haut ?
-Quelle raclure !
-Votre épouse n'est pas venue ? -Non, elle a une migraine.
Venez.
Je vais vous présenter au marquis de La Mole.
M. le marquis, Julien Sorel, précepteur de mes enfants
et excellent latiniste.
-Vos joues sont rouges comme l'uniforme.
-C'est un honneur de vous être présenté.
-Si la province vous ennuie, venez nous voir à Paris.
-Vous n'allez pas
me le voler.
Courez vous changer. On se retrouve à l'église.
Il ne faut pas faire attendre le roi.
Suivez-moi.
Une cloche sonne.
...
Air d'orgue.
...
-Julien Sorel en sous-diacre,
et Chélan à la place que je devais occuper,
c'est odieux.
-Notre roi a eu la faiblesse d'écouter le marquis de La Mole.
-Vous appelez ça de la faiblesse ? C'est une grave erreur politique.
-Ne vous emballez pas.
Sans la congrégation et les Chevaliers de la Foi,
le roi ne pèse pas lourd.
...
Souriez, de La Mole,
la congrégation ne vous laissera pas faire ça.
Retournez à votre place, Chélan.
...
-Eh oui, Julien,
voilà où nous en sommes.
Le vrai pouvoir est entre les mains des fanatiques.
-L'abbé Chélan n'a plus rien à faire en notre Eglise.
-Le comportement de la congrégation est inacceptable.
-Oui.
...
-Rejoins-moi dans ma chambre.
Ton mari n'est pas près de rentrer. Il est trop occupé avec le roi.
-Dieu nous punira.
-Tu m'aimes, oui ou non ? -(Oui.)
Gémissements de plaisir.
...
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