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Je viens de Caroline du Sud.

De Lexington, pour être exact.

J'y suis né et j'y ai grandi.

Je m'appelle Michael Smoak.

Tout le monde m'appelle Smoak.

On m'a toujours appelé comme ça.

Depuis que je suis petit, tout le monde m'appelle Smoak.

On m'appelle Michael seulement pour m'engueuler.

J'avais cinq ans le 11 septembre.

Je ne comprenais pas tout,

mais la tension était passable,

donc j'ai compris que c'était grave.

Ce jour-là, j'étais malade et je n'étais pas à l'école.

J'étais chez ma grand-mère.

On regardait la télé avec elle et mon grand-père.

À un moment, ils se sont levés tous les deux

et se sont rapprochés de la télé.

Un gros bout vient de se détacher.

On espère que la zone a été évacuée.

En grandissant, j'ai commencé à mieux comprendre.

Je comprenais ce qui s'était passé, mais pas les raisons.

Plus tard, sur YouTube, j'ai vu des vidéos de la guerre.

Cible !

J'ai voulu servir mon pays.

Je ne sais plus quand j'ai entendu parler des Marines.

mais je me suis mis à regarder des vidéos en ligne,

et des photos des uniformes, etc.

Je voulais devenir comme eux.

Je voulais être Marine, plus tard.

On nous a dit qu'on allait faire évacuer des ressortissants.

La guerre en Afghanistan est terminée.

La fin de notre plus longue guerre.

Vingt ans, 2 400 morts.

Mais ça a complètement dégénéré.

C'était presque 20 ans après le 11 septembre.

Ce qui avait commencé le 11 septembre

s'est terminé juste là, à Abbey Gate.

Je me suis demandé ce qu'on avait foutu pendant ces 20 ans.

S'ils n'avaient pas les bons papiers,

ça revenait à les envoyer à la mort.

C'est une énorme responsabilité pour un jeune de 23 ans.

TURNING POINT : GÉNÉRATION 11 SEPTEMBRE

Nous sommes à un moment de notre histoire

où ce qui s'est passé le 11 septembre

commence à passer de la mémoire vivante à l'histoire.

Dans quelques années,

nous atteindrons le point où 50 % des Américains

seront nés après le 11 septembre

ou étaient trop jeunes pour s'en souvenir.

Ils en entendent parler

et voient les images des attentats à l'école.

On nous apprend à l'école ce qui s'est passé,

histoire qu'on soit au courant.

Le seul moment où j'en entends parler, c'est aux commémorations.

Pour moi, c'est une des guerres du programme d'histoire.

J'étais pas encore né, à l'époque.

Le 11 septembre, j'étais en cours d'anglais.

J'étais en première.

On était les seuls musulmans du lycée.

J'avais dix mois le 11 septembre.

Je suis une sorte de dommage collatéral.

Je venais d'avoir trois ans.

On devait me changer la couche.

J'avais trois ans.

Je venais d'avoir quatre ans.

C'était il y a 25 ans.

Il y a eu une génération entière depuis les attentats.

C'est important de comprendre le traumatisme que ça a causé.

Les répercussions du 11 septembre en entraînent d'autres.

Certaines conséquences de ce jour

se font encore ressentir aujourd'hui.

25 ans plus tard,

la génération actuelle vit dans un monde

créé par le 11 septembre.

RENÉE GOOD ABATTUE PAR L'ICE À MINNEAPOLIS

QANON, LA THÉORIE DU COMPLOT

LES MUSULMANS EMPÊCHÉS D'ENTRER

"CONSTRUISEZ LE MUR"

MORT DE BEN LADEN INVASION DE L'IRAK

À l'époque, on avait l'impression de vivre un moment charnière.

Et c'était le cas.

Je dormais.

J'étais étudiant à la NYU.

Je vivais à Lower Manhattan.

D'un coup, j'ai entendu un grand bruit.

Il y a eu une explosion.

VOIX DE STEPHEN MCARDLE

MISE SUR ÉCOUTE DU FBI DEPUIS WTC 3

Putain de merde !

J'ai allumé la télé.

Information de dernière minute.

Apparemment, un avion vient de s'écraser sur le World Trade Center, à New York.

On n'avait que les chaînes principales.

Désolé de pourrir l'ambiance, on a une info de dernière minute.

Un avion s'est écrasé

sur le World Trade Center.

Mais non ?

On n'a pas plus de détails.

On ignore ce qui s'est passé précisément.

Bref, continuons. Vous tenez le coup ?

- Sous le choc, j'imagine. - Oui.

Je n'ai jamais… Je ne sais pas quoi dire.

Nous essayons de recueillir plus d'informations.

Nous appelons nos sources pour comprendre ce qui s'est passé.

L'incendie est loin d'être maîtrisé.

J'ai travaillé dix ans comme historienne

et conservatrice du mémorial du 11 septembre.

J'enregistrais les témoignages des survivants,

secouristes, membres de la famille…

Si on veut donner de l'espoir à une génération,

il faut l'aider à comprendre ce qui s'est passé

afin de semer les graines d'un avenir meilleur.

Quand on est face à de vraies personnes et des récits personnels,

on saisit mieux la gravité des évènements

et en quoi ça a été un bouleversement.

Police, quelle est votre urgence ?

Je suis au 100e étage du World Trade Center avec 30 personnes.

Les gens appelaient le 911.

Ils étaient bloqués, ils ne pouvaient pas descendre.

Les pompiers, j'écoute.

C'est très difficile de parler.

Il y a beaucoup de fumée. La chaleur…

On commence tous à paniquer. Venez, vite.

- Quel étage ? - 100e, côté nord-est.

D'accord.

Votre numéro de téléphone ?

- J'appelle depuis un portable. - Très bien. On vient vous aider.

- Dépêchez-vous ! - Ils arrivent.

Tout ce que pouvaient dire les secouristes,

c'était : "Tenez bon, on arrive dès que possible."

BRADLEY FETCHET 24 ANS LE 11 SEPTEMBRE

Notre fils, Brad,

venait de terminer ses études à Bucknell.

Le 11 septembre,

il travaillait au 89e étage de la tour sud.

Maman, c'est Brad.

J'imagine que tu es déjà au courant.

Un avion s'est écrasé sur le World Trade Center 1.

Nous, ça va. On est dans l'autre tour.

Je vais bien, on n'est pas touchés ici.

Mais c'est vraiment terrifiant à voir.

La plupart des gens ont cru à un terrible accident inattendu.

Apparemment, c'était un avion.

Je vais regarder les infos.

On se croyait invincibles, mais aussi invulnérables.

C'est-à-dire inattaquables.

Le 11 septembre a fait voler en éclats cette arrogance.

Pour l'instant, je suis assez loin.

C'est dangereux de trop s'approcher.

J'ai vu des débris…

Pendant ce court laps de temps, entre 8h46 et 9h03,

les États-Unis étaient d'une grande innocence.

Pendant ces 17 minutes,

personne ne saisissait encore l'horreur.

Les pompiers arrivent sur les lieux.

Mais aucune opération de sauvetage n'est en cours pour l'instant.

Mais… Bon sang !

Bon sang…

Un deuxième avion s'est écrasé.

Un avion à réaction à pleine vitesse.

Il a frôlé le Ritz-Carlton en construction à Battery Park.

Il est passé juste à côté avant de percuter la tour.

Il pourrait donc s'agir d'une attaque concertée

contre le World Trade Center

à laquelle on assiste en ce moment.

Je m'appelle Andrew Ansbro.

Pompier de New York depuis février 2001.

J'étais affecté à la brigade 58 de Harlem.

Le 11 septembre, j'avais 29 ans.

J'étais le petit nouveau.

Je terminais une garde de 24 heures

quand le premier avion s'est écrasé.

On nous a envoyés après la seconde alerte, à la tour sud.

Dès que l'alarme sonne, l'adrénaline monte.

J'ai tout de suite foncé.

Dans la rue, tout le monde s'écartait pour nous laisser passer,

ils nous encourageaient.

On était comme des gladiateurs descendant dans l'arène.

Tout le monde nous acclamait et nous applaudissait.

En tournant à un coin de rue,

j'ai remarqué quelqu'un qui nous regardait en pleurant.

Et là, j'ai compris.

Merde.

Le lieutenant nous a dit :

"Aux étages au-dessus de l'incendie, il n'y aura aucun survivant."

Des dizaines de milliers de personnes travaillent dans ces tours

au cœur du quartier financier de New York.

On voyait le feu, les flammes et la fumée.

Ma femme était là-haut.

Elle travaillait au 96e étage.

Mais je gardais espoir.

Ma fille avait deux ans.

Quelques jours plus tard, elle a appelé sa mère en pleurant.

C'est là que j'ai réalisé.

Les gens descendaient les escaliers.

Il y avait plus ou moins de fumée, selon où on se trouvait.

Il y avait énormément de monde.

On voyait des femmes en talons aiguilles qui descendaient

de très nombreuses marches.

Les gens racontent qu'ils s'entraidaient pour descendre.

Il y avait des postes de secours où on leur fournissait de l'oxygène.

On leur donnait de l'eau.

À un moment, les premiers secours

se sont rassemblés au poste de commandement

pour se préparer à monter et élaborer leur stratégie.

Quelqu'un a regardé le petit groupe qui allait monter

et leur a dit : "On pourrait bien ne pas y survivre."

Ils ont pris un moment pour se serrer la main.

MIKE KEHOE BRIGADE DE POMPIERS 28

Tout ce qu'on sait pour l'instant,

c'est que deux avions ont percuté les tours du World Trade Center.

La ville était attaquée, ça ne faisait aucun doute.

Puis on a compris que c'était le pays.

Un autre avion se dirigeait vers Washington.

Je m'appelle An Nguyen.

Je suis le fils de Khang Nguyen,

qui travaillait au Pentagone

le 11 septembre.

Mon père est né au Sud-Vietnam.

Il est venu aux États-Unis après la chute de Saïgon en 1975.

Il est le symbole du rêve américain.

Il y avait des opportunités ici

qu'il n'avait jamais eues dans sa jeunesse au Vietnam.

Mon père était ingénieur électricien

au centre de commandement de la Navy au Pentagone.

Je venais d'avoir quatre ans.

J'étais à la maternelle.

Et ce mardi matin là,

ma mère m'a emmené prendre le bus pour l'école

et mon père a couru vers le bus

pour me dire au revoir une toute dernière fois.

LE PENTAGONE WASHINGTON

À 9 h 37,

le vol 77 s'est écrasé sur l'anneau E du Pentagone.

Brigade 101…

Brigade 105 sur les lieux. On a…

… le Pentagone.

Il semble qu'il y a eu une autre explosion majeure,

dans la capitale, cette fois.

Sur ces images, on voit les ravages causés par l'explosion.

Il y a de la fumée au-dessus du Pentagone.

Je suis rentré après l'école.

J'attendais de voir mon père

remonter l'allée avec sa voiture.

J'ai attendu longtemps,

en espérant qu'il rentre.

Les jours suivants, à l'enterrement,

j'ai compris qu'il ne rentrerait jamais à la maison.

J'ai alors éclaté en sanglots.

Le terrorisme est un terme qu'on ne peut comprendre

que si on l'a vécu dans sa chair.

Je n'arrivais pas à me résoudre

à une perte de cette ampleur.

Mais je savais que ma vie ne serait plus la même.

J'ai dû me construire une identité

dans un monde où mon père n'est plus à mes côtés.

Le Pentagone est une zone privée.

C'est un bâtiment bas.

La puissance de l'avion, la quantité de kérosène,

la taille et la structure du bâtiment…

Tout ça a contribué à un terrible brasier.

Au même moment,

la tour sud brûlait depuis 56 minutes.

La zone d'impact était un peu plus basse.

Donc, après une heure passée à brûler à des températures extrêmes,

le bâtiment a commencé à s'effondrer sur lui-même.

À un moment, on a entendu un grondement sourd dans le sol.

Comme un séisme.

On a vu des policiers alignés, comme avant l'appel.

Et ils se sont mis à courir.

Comme si quelque chose tombait du ciel,

ou qu'il y avait une émeute.

Ils ont tous couru vers le nord.

En fait, les policiers dans l'hélicoptère les avaient contactés par radio

pour leur dire que le sommet de la tour commençait à pencher.

Ils leur ont dit d'évacuer.

Nous, personne ne nous a rien dit.

TRAVAILLAIT À LA TOUR SUD 105E ÉTAGE

Un homme, Sean Rooney,

a appelé sa femme, Beverly Eckert.

Ils se sont parlé au téléphone.

Il s'était retrouvé piégé.

Il m'a appelée vers 9 h 30.

Il m'a dit qu'il était au 105e étage.

VOIX DE BEVERLY ECKERT ÉPOUSE DE SEAN ROONEY

Il avait essayé de trouver une issue,

mais il n'avait pas réussi.

La cage d'escalier était enfumée.

On a arrêté de parler d'une issue possible.

On s'est mis à parler

de toutes ces années de bonheur partagées ensemble.

Il me répétait "Je t'aime" à voix basse.

Puis j'ai entendu un craquement,

suivi du bruit d'une avalanche.

Prise deux.

Prise deux, deux, un.

Nous sommes aussi près que possible des tours.

Vous pouvez voir les pompiers, les policiers, les agents du FBI.

Et vous pouvez voir les deux tours…

Là, une énorme explosion et une pluie de débris.

Faut pas qu'on reste là !

Allez, Glenn ! Tu peux le faire !

On a entendu un énorme fracas, et…

Les étages s'effondraient les uns sur les autres.

Le ciel est devenu noir d'un coup, on se serait crus en pleine nuit.

Instinctivement, moi et ceux qui venaient du sud,

on a couru vers le sud.

On vient d'entendre un énorme fracas,

et le bâtiment s'est effondré.

L'immeuble s'est écrasé au sol et nous a balayés.

La pression de l'air comprimé a soufflé les fenêtres.

- Merde ! - On a été projetés dans l'air.

J'ai atterri plus loin, sur une pile de gens.

J'ai voulu prendre ma respiration,

mais c'était comme avaler du sable.

On se prenait des petits bouts de débris.

J'ai bien cru que c'était la fin.

J'espère que je vais en réchapper.

Ça m'arrive droit dessus.

J'ai couru pour échapper à la fumée et je me suis glissé sous une voiture.

Il y avait une grille de métro dessous.

J'ai respiré à travers la grille les trois ou quatre heures qui ont suivi.

L'air était trop épais pour voir quoi que ce soit.

À 10h28, la tour nord s'est effondrée,

tuant environ 1 500 personnes

qui n'avaient pas pu sortir du bâtiment.

Rentrez ! Éloignez-vous des fenêtres !

Mes affaires sont dehors !

Vous préférez vivre ou récupérer vos affaires ?

Le nuage de débris s'avance vers nous.

- N'ouvrez pas la porte. - Éloignez-vous de la fenêtre.

- N'ouvrez pas la porte ! - Vite, venez par ici !

Bon sang !

- C'est l'ombre de la mort. - J'hallucine !

Vous avez raison ! Vous m'avez sauvé la vie !

- Je vous l'avais dit. - Merci !

Je ne sais pas quoi dire. Les tours se sont effondrées.

Dans Church Street, les gens sont complètement désemparés.

Ils ne savent pas quoi faire. Certains sont à genoux et prient.

Les images de l'effondrement d'une des tours.

Une alerte d'Associated Press, depuis Pittsburgh.

Les autorités de l'aéroport de Somerset confirment

le crash d'un avion au nord de l'aéroport.

LAUREL HOMER FILLE DE LEROY W. HOME JUNIOR

10 MOIS LE 11 SEPTEMBRE

Je m'appelle Laurel Homer.

J'avais dix mois le 11 septembre.

C'était le jour de son mariage ?

Je suis la fille de Leroy Homer.

LEROY W. HOMER JUNIOR PREMIER OFFICIER - VOL 93

Mon père était le copilote du vol 93.

Il y avait 44 personnes à bord du vol 93.

Et comme l'avion avait déjà décollé,

beaucoup de passagers à bord

recevaient des informations de l'extérieur

à propos des attentats à New York,

puis sur le Pentagone.

On a recensé 37 appels passés et messages laissés pendant le vol.

Elsa, c'est Lin. Je n'ai pas beaucoup de temps.

Je suis sur le vol United 93.

Il a été détourné par des terroristes qui disent avoir une bombe.

Ils ont fait s'écraser des avions sur le World Trade Center

et ils vont faire pareil avec celui-là.

Je voulais juste te dire que je t'aime

et que tu vas me manquer.

Et…

Dis aux parents que je les aime, et…

Je voulais surtout que tu saches que je t'aime.

Je ne sais pas si j'aurai l'occasion de te le redire un jour.

Maintenant, nous savons qu'ils ciblaient le Capitole.

Les passagers ont compris que c'était une mission suicide

et ils ont vite réalisé qu'ils pouvaient les en empêcher.

Voici les restes du crash d'un avion sur Lambertsville Road.

Les passagers et l'équipage ont décidé de prendre le cockpit d'assaut.

Les terroristes ont finalement décidé de faire s'écraser l'avion.

Ils ont détourné l'avion de la cible initiale des terroristes.

Ça a permis de sauver beaucoup de gens.

Certes, c'est une bonne chose qu'ils aient réussi à éviter le pire,

mais en même temps,

je l'ai quand même perdu.

Donc je me retrouve un peu tiraillée.

J'aurais préféré qu'il n'ait pas à être un héros.

Ma mère m'a dit qu'à un moment,

elle pensait qu'elle allait mourir de chagrin.

Elle était anéantie.

Et elle devait s'occuper d'une toute petite fille.

Toute ma vie a été construite autour de ça.

C'est encore très dur pour moi,

parce que ça a pris le dessus sur…

toute ma vie.

Bonsoir.

Aujourd'hui, nos concitoyens,

notre mode de vie,

notre liberté même ont été attaqués

dans une série d'actes terroristes délibérés et meurtriers.

Il y a eu quatre attaques et près de 3 000 morts.

Mais derrière ces chiffres, on oublie l'horreur qu'ont vécue les gens.

On oublie la peur, le chaos, la confusion et le choc

ressentis ce jour-là.

Quelqu'un a besoin d'aide.

On ignorait quand les attentats avaient commencé

et quand ils se sont terminés.

Pendant la journée, on ignorait combien d'attentats il y avait eu.

On ignorait si d'autres attentats allaient avoir lieu

dans l'après-midi ou le lendemain,

ou encore en octobre, voire en 2002.

Si on oublie la peur, le chaos, la confusion et le choc du 11 septembre,

on ne peut pas comprendre la réaction des États-Unis par la suite.

BUSH CONNARD DÉGAGE

ÉTAT FASCISTE

VAGUE DE TERRORISME SUR LES ÉTATS-UNIS

Pour les États-Unis, ça a marqué un changement d'époque.

Le pays se sentait agressé

et s'est mis à imaginer le pire.

L'horreur n'avait plus de limites.

Après ce qui s'était passé, on pouvait s'attendre à tout.

C'était légitime d'y aller.

Ils nous avaient attaqués et tué des tas de gens.

Donc c'était normal de punir les responsables.

C'est la guerre, maintenant.

- Ça va déclencher une guerre. - Oui.

C'est clair et net.

J'entendais les adultes en parler.

En grandissant, j'ai commencé à mieux comprendre ce qui s'était passé,

mais pas les raisons,

à part que ces gens ne nous aimaient pas.

Pour me raconter ce qui s'était passé,

ma mère m'a dit qu'il y avait des méchants dans son avion.

TERRORISTES DU 11 SEPTEMBRE EN AFGHANISTAN VIDÉO D'AL-QAÏDA

Je savais que c'était des terroristes,

qu'ils venaient du Moyen-Orient,

mais je ne comprenais pas pourquoi ils avaient fait ça.

Quel était leur objectif ?

Ce soir, je vous demande de prier pour tous ceux qui sont en deuil.

Les enfants dont le monde s'est effondré.

Ceux qui ne se sentent plus en sécurité.

Je prie pour qu'une force supérieure leur apporte le réconfort.

Comme il est dit dans le Psaume 23 :

"Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort,

"je ne crains aucun mal,

"car Tu es avec moi."

Ça m'a brisé le cœur de voir les affiches et les pancartes

des gens qui cherchaient leurs proches.

Les décombres des tours étaient encore fumants.

TOUJOURS UNIS

Ça a tout de suite éveillé une vocation en moi.

J'ai senti que mon destin, c'était de prendre part à l'action

pour retrouver les responsables de ces attentats.

Environ trois jours après le 11 septembre,

la panique, l'incertitude, la peur et le manque d'informations régnaient.

Les gens à la Maison-Blanche et au ministère de la Justice

ont immédiatement compris qu'il fallait réagir avec fermeté.

Le point de blocage ce soir :

quels pouvoirs donner au président pour mener cette guerre

et répondre aux futurs actes de terrorisme ?

Ils ont demandé à pouvoir recourir largement à la force militaire,

ce qu'on a appelé une "AUMF", au Congrès,

pour disposer de pouvoirs sans limites dans la chasse aux terroristes

et pour contrer ou dissuader toute menace terroriste.

Le texte de la Maison-Blanche autorise le recours à la force armée

contre quiconque ayant planifié, autorisé,

commis, ou contribué à un attentat,

et entend dissuader et prévenir tout futur acte de terrorisme.

420 voix pour, une voix contre.

La résolution conjointe est adoptée.

La Constitution a été rédigée de manière à limiter

la capacité du président à utiliser la force militaire.

On voulait éviter d'avoir un roi,

et qu'une seule personne puisse jeter le pays dans la guerre.

La Constitution sépare donc très soigneusement les pouvoirs.

C'est le Congrès qui peut déclarer la guerre.

Cette loi sur le recours à la force militaire

a été adoptée avec très peu de temps de délibération

et de réflexion approfondie.

Seriez-vous prêts à renoncer à certaines libertés

pour laisser le gouvernement lutter contre le terrorisme ?

66 % ont répondu oui.

L'AUMF, cette loi de 2001 adoptée juste après le 11 septembre,

s'est avérée être la pierre angulaire des 25 années de guerre suivantes.

La base de l'usage de la force dans le monde entier,

la base des détentions à Guantánamo,

et la base, en partie, des sites noirs à l'étranger.

C'est le fondement légal de tout ce qui allait suivre.

TU PEUX FUIR, MAIS TU NE PEUX PAS TE CACHER !

Le gouvernement américain a commis

des actes illégaux envers les musulmans dans leur ensemble.

Il soutient par ailleurs des régimes dans nos pays

qui vont contre les intérêts et le bien-être du peuple.

Les attentats du 11 septembre avaient été orchestrés par Al-Qaïda

et dirigés par Oussama ben Laden,

qui se trouvait en Afghanistan.

Il y était en tant qu'invité du gouvernement taliban.

Les États-Unis ont demandé au gouvernement taliban

de le leur livrer ou de l'expulser.

Sous la pression, le régime taliban d'Afghanistan

a répondu aux accusations selon lesquelles les attentats

avaient été coordonnés depuis son territoire.

Les talibans ont refusé.

Les États-Unis ont alors décidé d'aller le chercher eux-mêmes.

NOUS N'OUBLIONS PAS LE WORLD TRADE CENTER

Mon unité a reçu l'ordre de se déployer en Afghanistan.

On était une unité de première ligne.

Notre boulot, c'était de foncer et de remplir cette mission.

On a été énormément soutenus pendant la durée de la mission.

On sentait une certaine excitation,

le sentiment d'accomplir ce pour quoi on faisait ce métier,

et ce pour quoi on avait été formés.

On ressentait une certaine fierté

d'être dans une unité qui avait été formée pour ça.

Une à une, les villes ont été reprises

par les forces d'opposition menées par les États-Unis.

PROVINCE DE KUNAR AFGHANISTAN

Je vivais en Afghanistan, dans la province de Kunar.

L'Afghanistan était une dictature totale.

Les talibans imposaient des règles arbitraires au peuple.

J'avais

10 ou 11 ans.

Mon père écoutait les infos à la radio.

C'est comme ça qu'on a appris pour les attentats.

Un autre avion vient de percuter le World Trade Center.

C'était un avion de moyenne taille.

C'est incroyable. On aurait dit que…

Sous les talibans, on ne savait pas ce qu'il se passait à l'extérieur.

On ne se rendait pas vraiment compte.

Mais quand les Américains sont arrivés en Afghanistan,

on a compris que c'était grave.

Quand les États-Unis ont envahi l'Afghanistan en 2001,

la plupart des Afghans considéraient les talibans

comme un régime extrêmement répressif.

Ils ont donc vu les Américains comme des libérateurs.

Pour la population, ils représentaient l'espoir

d'apporter le développement et la paix.

LES DERNIERS JOURS DES TALIBANS

En décembre 2001, le régime est tombé.

Un jour, les talibans régnaient.

Le lendemain, ils n'étaient plus là.

Le soleil se levait enfin.

On était enfin libres.

On allait pouvoir vivre comme on l'entendait.

Selon certaines sources,

Oussama ben Laden pourrait être toujours en vie,

toujours en cavale, et toujours aux commandes.

C'est pour ça qu'on est là-bas, qu'on les traque

qu'on les bombarde,

et qu'on travaille avec les forces afghanes.

Depuis tout petit, je rêvais de devenir pilote.

J'ai donc suivi mon rêve

et je suis devenu pilote.

Je suis venu aux États-Unis pour devenir pilote de chasse.

Je suis ensuite retourné dans mon pays

pour servir dans l'armée contre les talibans.

EXÉCUTION PUBLIQUE PAR LES TALIBANS

Le but, c'était de protéger le peuple des talibans et de leurs lois.

DESTRUCTION D'OBJETS INTERDITS PAR LES TALIBANS

Je les avais déjà vus à l'œuvre

et je ne voulais pas qu'ils reviennent au pouvoir.

FRAPPE DE L'ARMÉE DE L'AIR AFGHANE CONTRE LES TALIBANS

Les Américains étaient nos homologues.

On était alliés.

En 1978,

j'avais environ sept ans.

En arrivant ici, j'ai goûté de la pizza.

Je n'en revenais pas.

J'ai grandi dans un quartier surnommé Little Pakistan.

C'est à Brooklyn à New York.

Mon père a ouvert une première boutique.

Puis une mosquée a été ouverte, et le quartier s'est dynamisé

Que font les immigrés ?

Ils travaillent d'arrache-pied.

VIANDE HALAL

J'avais une épicerie, un magasin tout-à-un-dollar,

et un restaurant.

Je vivais le rêve américain.

Nous étions tous des immigrés, mais nous étions tous américains.

Je n'ai jamais eu l'impression que mon identité

était quelque chose de négatif.

La deuxième tour s'est effondrée.

Tout l'immeuble est détruit.

Puis il y a eu les attentats.

J'ai éclaté en sanglots. Je n'arrivais pas à y croire.

Ce que ces gens ont fait, c'était inconcevable.

Tous ces pauvres gens…

Après l'effondrement des tours, les cendres ont flotté

jusque devant ma porte.

Pour moi, ça a été le moment le plus bouleversant.

J'ai compris l'ampleur de l'horreur.

Je travaillais dans un magasin de tissus.

Mes collègues italiens m'ont dit : "Comment vous avez pu faire ça ?"

J'ai dit : "C'est pas nous, ça."

On a trois filles et deux garçons.

La dernière n'était pas encore née.

En rentrant, je leur ai dit qu'on n'avait rien à voir avec ça.

Je savais que quand le pays partirait en guerre contre ce groupe,

les gens ici nous feraient la guerre à nous.

J'espère qu'ils vous renverront,

qu'ils tueront vos proches, d'autres innocents.

Retournez là-bas. On veut pas de vous.

- Encore un. - Pour le supprimer, appuyez sur 1.

Salut, les musulmans.

Pourquoi vous avez tué 5 000 personnes au World Trade Center ?

Vous savez pas à qui vous avez affaire. On va vous dégager de là.

CENTRE CULTUREL ISLAMIQUE DE NEW YORK

Nous sommes aussi américains

et nous sommes aussi bouleversés que tout le monde.

Oui, mais c'est quand même votre chef

qui menace notre pays.

On ne peut pas pointer du doigt toute une religion.

Il y a 1,6 milliard de musulmans sur terre.

On nous accuse d'un acte sur lequel on n'a aucun contrôle.

Les musulmans ne sont pas des terroristes.

Les musulmans ne sont pas des terroristes.

D'un coup, je suis devenu un étranger.

Je n'avais jamais ressenti ça.

Il se sent constamment surveillé

et est convaincu d'être suivi de près.

Une semaine après le 11 septembre,

le FBI a frappé à ma porte.

"Organisez-vous des rassemblements à la cave ?"

"Oui, on y descend pour prier avec ma famille."

Le type du FBI m'a demandé où je travaillais.

J'ai dit que je tenais une épicerie et une boutique.

Il m'a dit qu'ils reviendraient me voir là-bas.

Si ça m'est arrivé à moi,

imaginez si ça arrive à quelqu'un qui parle à peine anglais

ou qui ne comprend pas comment marche le système.

Il sera terrifié.

On a poussé ma fille dans les escaliers, arraché son voile,

on l'a insultée.

J'étais hors de moi. C'est pour ça qu'elle ne m'avait rien dit.

Elle savait que j'allais faire une scène.

Ça m'a brisé le cœur qu'elle ne m'ait rien dit.

Mais je la comprends.

Elle serait devenue le centre de l'attention.

La loi sur la sécurité intérieure de 2002 est une avancée cruciale

pour la défense de notre pays.

Le département de la Sécurité intérieure n'existait pas jusque-là.

Ça nous semblait inutile.

Ça nous rappelait les vestiges

des nationalismes européens.

Ça ne correspondait pas à la conception du mode de vie américain.

Ici, on peut venir de n'importe où,

tant qu'on croit en certaines valeurs

et qu'on est prêt à travailler pour cohabiter en harmonie,

on est un Américain comme les autres.

La création du département de la Sécurité intérieure

allait radicalement changer la donne.

Très rapidement,

la définition de la guerre contre le terrorisme

est devenue bien plus vaste

et ses contours bien plus floue.

À partir de là,

toutes les politiques relatives à l'immigration

ont été adossées à un mandat antiterroriste.

Des agences ont été créées, qui allaient devenir l'ICE.

Le Département de la Sécurité intérieure

a établi très clairement dans les mœurs

que la guerre contre le terrorisme se faisait aussi de l'intérieur.

- Tu souris ! - J'adore celle-là.

J'en ai une copie dans mon portefeuille.

Mon père est devenu pilote à l'âge de 16 ans.

Il a eu son permis

et il est entré à l'Air Force Academy.

J'ai arrêté d'essayer de tout savoir sur mon père.

Chaque nouvelle chose que j'apprends me rend un peu plus triste.

Parce que plus j'en sais,

plus je réalise tout ce que je n'ai pas eu

et la vie qu'on m'a volée.

Tu lui ressembles.

C'est clair.

J'aime pas regarder les photos.

Je comprends, c'est dur.

Ça ne fait rien.

Ma génération entend parler du 11 septembre

sur les réseaux sociaux.

Instagram, Twitter, Facebook.

Je suis devenue une sorte de figure publique,

parce qu'on me trouve sur Internet.

J'ai déjà reçu des messages où on me pose des questions sur lui.

Je ne sais pas si c'est pour me provoquer.

Les gens font des blagues

sur le fait que Bush a planifié les attentats,

ou des blagues sur Oussama ben Laden.

Il y a plein de mèmes sur le sujet.

Il y a aussi des tas de théories du complot.

J'ai vu tellement de chaînes YouTube

avec des vidéos entières sur ces théories.

Pensez-vous que l'État a planifié les attentats ?

Je ne le pense pas, je sais pour sûr qu'on nous a menti.

Certains disent que c'est jamais arrivé,

ou que c'est un coup monté.

Les commentaires sont hyper blessants.

COMMENT DESCENDRE 100 ÉTAGES EN QUELQUES SECONDES

J'ai vu des commentaires franchement dégoûtants.

Ça m'a fait comprendre à quel point je suis vulnérable.

Il y a tellement d'infos sur cet évènement,

n'importe qui peut m'attaquer dessus.

C'est devenu un moment historique.

La nouvelle génération n'était pas encore née,

ou était très jeune à l'époque.

Mais ça nous affecte quand même.

Ces dernières années,

j'ai beaucoup réfléchi à mon enfance

et à ce qu'elle aurait dû être.

J'essaie de trouver un mot pour ça.

Ce sentiment que j'aurais dû avoir une certaine vie,

mais qu'on me l'a arrachée et détruit mon avenir.

L'évolution du paysage technologique

d'Internet et des réseaux sociaux

a considérablement favorisé les tentations conspirationnistes

qui existaient depuis longtemps dans certaines sphères.

PLANÈTE CONSPIRATION

Les évènements du 11 septembre ont donné de la matière

aux théories du complot en plein essor aux États-Unis,

donnant naissance à un mouvement extrêmement obscur,

qu'on appelle le "9/11 Truth Movement".

Bonjour, ici Alex Jones.

Et ce poison finit par se répandre

à travers tous les cercles conspirationnistes

d'extrême droite et d'extrême gauche.

C'est un poison qui infecte la vie politique

et affecte notre culture et le débat national.

LE 11 SEPTEMBRE ÉTAIT UN COUP MONTÉ

Les entreprises ont vite compris

que ce qui suscite l'engagement,

ce sont les contenus qui provoquent de la colère.

Un feu à l'air libre ne dégage pas assez de chaleur

pour faire fondre l'acier.

Pourtant, le métal à la base des tours avait fondu.

Ces théories du complot se répandent,

et la polarisation politique s'accentue.

Nous assistons à la montée de l'islamo-nazisme dans le monde.

HILLARY EN PRISON

D'autres pays, comme la Russie,

l'ont compris et utilisent ces outils contre nous

pour diffuser de la désinformation et des contenus polarisants en ligne.

Il y a un lien très clair

entre les recoins les plus sombres du 11 septembre

et les recoins les plus sombres de la politique actuelle.

Il s'est déclenché automatiquement. Tout l'hôtel a été évacué.

Le personnel également.

- Ils ont évacué l'hôtel ? - Oui.

- Immédiatement ? - Oui.

- Vous savez quel type d'avion c'était ? - Non.

- Ou combien de passagers ? - Non.

Bien, merci beaucoup, M. Klein. Si je comprends bien…

Dès le début de l'attaque,

des rumeurs ont commencé à circuler.

Il régnait une confusion totale.

Moi et les autres étudiants de la NYU qui vivaient près des tours,

nous avons été logés dans un hôtel.

J'ai vécu à l'hôtel quelques mois.

À l'époque, j'étudiais la physique,

mais j'ai commencé à m'intéresser au reste du monde pour la première fois.

J'étais jeune. J'avais 20 ans.

Et j'ai commencé à suivre la guerre contre le terrorisme.

Je suis allé en Afghanistan

parce que j'avais suivi les infos

et je n'aimais pas la façon dont c'était présenté.

Je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait.

Je suis allé là-bas et j'ai commencé à me renseigner.

J'ai alors vu une autre facette du conflit…

en Afghanistan.

C'était un peu surréaliste.

Il y avait des milliers de soldats américains,

mais sans ennemi à combattre.

Pour résoudre cette contradiction,

les États-Unis se sont alliés aux seigneurs de guerre locaux.

SEIGNEUR DE GUERRE

Ils leur ont dit qu'ils venaient lutter contre le terrorisme,

et qu'ils avaient besoin d'infos pour trouver les méchants.

Taliban !

Les infos étaient rémunérées,

ce qui incitait les seigneurs de guerre à leur en donner.

Par exemple, si vous aviez un terrain que je convoitais,

je n'avais qu'à vous accuser d'être d'Al-Qaïda.

Les soldats faisaient alors une descente et embarquaient tout le monde.

Je ne suis pas membre d'Al-Qaïda. Je suis étudiant.

C'était devenu monnaie courante.

Et par conséquent,

alors qu'au début, la population soutenait massivement les États-Unis,

petit à petit, les villageois se sont retournés contre eux.

Ils n'étaient plus vus comme des libérateurs, mais des occupants.

C'est ce qui a permis aux talibans de se reconstituer.

À la suite du 11 septembre et de la guerre contre le terrorisme,

la confiance et la foi dans les dirigeants

ont commencé à être systématiquement sapées.

On nous a par exemple dit qu'il fallait envahir l'Irak

parce que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive.

Nous devons à nos enfants et à nos petits-enfants

de débarrasser le monde des armes de destruction massive.

Armes de destruction massive.

Armes de destruction massive ?

Mais c'était faux.

AUCUNE PREUVE

Ça a mené à une crise de confiance

et à des dissensions qui n'ont jamais été réellement apaisées,

et encore moins résolues.

Nous défendons la libération et la démocratie, messieurs !

L'assassinat d'Oussama ben Laden a marqué,

pour beaucoup de gens, la fin de la guerre contre le terrorisme.

C'était fini, tout était réglé.

USA !

Pendant ce temps, en Irak, un autre groupe terroriste émergeait.

Dans le chaos de l'occupation de l'Irak,

toutes sortes de groupes se sont formés pour résister à l'occupant.

L'un de ces groupes est Al-Qaïda.

Au fil des années de guerre,

Al-Qaïda s'est radicalisé et une section s'est séparée

pour devenir l'État islamique.

L'EI est devenue l'une des organisations terroristes

les plus redoutables de l'histoire.

PROPAGANDE DE L'EI

JOURNALSITE D'INVESTIGATION

JOURNALISTE THE NEW YORK TIME MAGAZINE

16 ANS LE 11 SEPTEMBRE

Le 11 septembre, j'étais en cours d'anglais.

Quelqu'un est entré dans la classe et nous a dit d'allumer la télé.

Ce qu'on a fait.

Peu après,

le principal nous a convoquées, ma sœur et moi,

et nous a dit de rentrer.

On était les seuls musulmans de l'école.

La direction de l'école a voulu anticiper les risques

et garantir notre sécurité.

Nos parents sont venus nous chercher.

J'ai grandi,

et les États-Unis sont entrés en guerre en Afghanistan et en Irak.

On a alors vu le cycle de violence s'étendre.

Content de vous voir. Merci.

Obama a décidé de miser davantage

sur les assassinats ciblés à l'aide d'avions sans pilote,

des drones Predator et Reaper qui tirent des missiles Hellfire.

L'idée était de viser les chefs terroristes identifiés,

mais aussi de réaliser ce qu'on appelle des "frappes signature".

Même si aucune information concrète

ne permet d'identifier un individu,

on lance quand même l'attaque.

Inévitablement, cela a entraîné des tragédies.

Lors de certaines attaques, des civils innocents ont été tués.

Quand on regarde ça de loin,

on voit juste des frappes de drone.

On se croirait dans un jeu vidéo, avec des explosions.

Sur le terrain, c'est très différent.

C'est quelque chose d'épouvantable.

On fait exploser des gens.

D'autres sont gravement brûlés.

L'administration Obama a estimé avoir le droit

de recourir à la force militaire contre l'EI.

L'EI n'existait pas en 2001,

mais le gouvernement a profité des prérogatives de l'AUMF.

C'est ce qui a conduit

à l'utilisation continue de la force militaire

sous couvert de cette loi, pour dix ans de plus.

OPÉRATION INHERENT RESOLVE CONTRE L'EI COMMENCÉE EN 2014

J'ai fait mon premier vol à 14 ans.

J'ai eu mon brevet de pilote privé à l'âge de 16 ans.

J'ai toujours voulu être pilote de chasse.

Quand j'étais petit, je regardais Top Gun en boucle.

J'ai voulu m'engager après les attentats.

Le recruteur m'a demandé combien de tractions je faisais.

On a participé à l'opération Inherent Resolve.

Elle couvrait l'Irak et la Syrie.

Notre mission était de fournir un appui aérien,

soit par la reconnaissance, soit par l'action directe,

bombardements, frappes,

contre l'EI.

Je préfère rester anonyme

parce que je suis sûr que des gens voudraient se venger.

On n'a pas eu le choix.

J'adorais mon travail et tuer des terroristes.

Mais je ne sous-estime pas la gravité de ce qu'on faisait.

J'aurais préféré être à San Diego

à manger des tacos sur la plage.

Mais c'était mon boulot, j'étais payé pour ça.

On m'avait confié cette mission.

Donc je l'ai fait.

Il y avait des statistiques qui n'étaient tout simplement pas crédibles.

Les États-Unis disaient avoir tué 25 000 combattants de l'EI.

Et dans tout ça, ils n'admettaient que 21 ou 24 morts de civils.

C'est impossible.

J'ai commencé à enquêter moi-même sur le terrain

pour comptabiliser les victimes civiles.

À en croire le gouvernement,

les morts de civils suite aux frappes aériennes

n'étaient observées que dans moins de 1 % des frappes.

Mais j'ai passé beaucoup de temps sur le terrain,

je suis allée sur les lieux des frappes,

et j'ai découvert

qu'une frappe sur cinq faisait des victimes civiles.

Ce n'est pas deux ou trois fois plus que ce que disait le gouvernement.

C'est 31 fois plus.

Les gens étaient très chaleureux.

Très accueillants.

Personne n'a refusé de me parler.

Beaucoup de ces civils étaient convaincus

que les frappes américaines étaient précises, chirurgicales.

Un homme m'a montré une tasse de thé

et il m'a dit, sûr de lui :

"S'ils le voulaient, les Américains pourraient viser cette tasse.

"Et pourtant, ils ont tué ma famille."

J'ai rencontré tellement de parents qui me décrivaient

le rire de leur fille,

ou qui me montraient une photo d'elle tenant un feu d'artifice

la veille de sa mort.

Sa vitalité, sa jeunesse.

Comment faire le deuil de son propre enfant ?

Ça m'a beaucoup marquée.

Je ne sais pas

comment on peut s'en remettre.

SYRIE

Quand Obama a quitté ses fonctions,

les États-Unis étaient engagés dans la lutte contre le terrorisme

dans environ 13 pays.

Les expressions "guerre sans fin" et "guerre éternelle"

étaient de plus en plus utilisées.

Obama avait beau être le "président des drones"

qui lançait des frappes régulières

dans de plus en plus de pays,

il a fini par se demander

si on ne créait pas plus de terroristes qu'on en tuait.

POLITIQUE DE FRAPPES DE DRONES

On a un problème dans ce pays : les musulmans.

Notre président actuel en est un.

- Oui. - Il n'est même pas américain.

La question s'annonce bien !

Ils ont des camps d'entraînement où ils sont formés pour nous tuer.

Quand va-t-on se débarrasser d'eux ?

On a déjà pas mal de pistes.

Des tas de gens nous racontent des trucs horribles qui se passent…

Donald Trump n'est pas subtil,

mais il comprend les sous-entendus.

Trump ! Trump !

Il a très vite compris que la guerre contre le terrorisme

était la voie royale vers le pouvoir.

Ça plaît aux fervents nationalistes

qui ont l'impression que leur pays leur échappe.

Donald J. Trump appelle à un blocage total et complet

de l'entrée des musulmans aux États-Unis.

Le mouvement de Trump a bien perçu

qu'il y avait encore un potentiel politique énorme

à tirer de la guerre contre le terrorisme.

Je pense que l'Islam nous déteste.

Construisez ce mur !

Je mettrai des mosquées sous surveillance.

La frontière est devenue le principal sujet de conversation,

en amplifiant démesurément les vrais problèmes existants,

lors de la campagne de 2016.

Mes amis,

ce mur finira par être construit, brique par brique.

La frontière ne sera plus la proie de la violence et du chaos.

- Taisez-vous ! - Qui est sur votre liste ?

Quatre ans plus tard,

pendant la campagne présidentielle de 2020,

il n'y avait qu'un seul sujet

sur lequel le président Trump et le candidat Biden étaient d'accord :

mettre fin aux guerres sans fin.

Et l'Afghanistan, alors ?

J'ai mis en place le processus de retrait des troupes.

Ils n'ont pas pu l'arrêter.

Les militants ont capturé le pilote quand son F-16 s'est écrasé en Syrie.

Cette vidéo…

Je venais d'avoir trois ans quand le 11 septembre a eu lieu.

Mon anniversaire était neuf jours avant les attentats.

Pour moi, m'engager dans les Marines, c'était combattre l'EI.

C'est ce que j'avais vu.

… par le groupe extrémiste État islamique.

Une vidéo postée en ligne montre les ravisseurs brûlant l'homme vif…

J'étais en colère et je voulais faire quelque chose.

C'était pas à cause du 11 septembre.

Il y a une différence entre ceux qui ont connu le début de la guerre

et la plupart des gens de ma génération.

Moi, je voulais m'engager pour mettre un terme à tout ça.

DÉPÔT DE RECRUTEMENT DU CORPS DES MARINES

Je suis parti au camp d'entraînement le 26 août 2017.

J'ai terminé la formation

en octobre ou début novembre.

Pour moi, les Marines étaient des tueurs.

Je voulais aller en Afghanistan ou en Irak pour tuer des terroristes.

Gamin, c'était mon rêve.

J'étais dans la même unité que Smoak et Wyatt.

Wyatt était un type très sérieux.

Il avait toujours l'air agacé.

J'avais toujours l'impression qu'il était agacé ou énervé.

Mais c'était un bon gars. Je l'aimais bien.

TRUMP ET L'AFGHANISTAN

VICTOIRE DE BIDEN

BIDEN RETIRERA LES TROUPES D'ICI LE 11 SEPTEMBRE 2021

En avril 2021, le président Biden a annoncé

que les États-Unis se retireraient d'Afghanistan

d'ici le 11 septembre 2021.

Nous sommes allés en Afghanistan à la suite des terribles attentats

d'il y a 20 ans.

Le président a défendu sa position habituelle,

à savoir que l'armée n'avait plus rien à faire en Afghanistan.

Il a dit ne pas vouloir envoyer une autre génération

de jeunes hommes et femmes

se battre dans une guerre ingagnable selon lui.

Dès que les troupes américaines se sont retirées,

les talibans ont lancé l'offensive.

En quelques jours, les talibans ont reconquis l'Afghanistan,

reprenant ville après ville.

On était au mess,

pour le déjeuner ou le dîner,

et je regardais la télé.

Je voyais les provinces tomber une à une.

Sur l'image, elles devenaient rouges quand les talibans les prenaient.

Il ne restait plus que Kaboul, encerclée.

Je me suis demandé ce qu'on avait foutu pendant ces 20 ans.

Pourquoi toutes ces vies gâchées

si c'est pour faire demi-tour

et les laisser reprendre le pouvoir ?

KABOUL, CAPITALE DE L'AFGHANISTAN 15 AOÛT 2021

On voyait les talibans dans les rues.

C'était terrifiant.

Imaginez. Ils avaient repris le contrôle.

Les dossiers sur ma carrière

et la liste de tous les lieux qu'on avait bombardés

étaient maintenant à leur disposition.

Tout comme mes données biométriques

et celles de tous les autres.

Il n'y avait plus de gouvernement.

C'est comme vivre dans un endroit lumineux,

et d'un coup, la lumière s'éteint,

et on se retrouve au milieu du chaos.

L'aéroport international Hamid Karzai était bondé

d'Afghans tentant désespérément de fuir.

Des gens qui avaient travaillé avec l'armée américaine

ou le gouvernement américain.

Employés de bureau, traducteurs, mécaniciens, personnel de ménage…

Et tous ceux qui avaient travaillé pour des organisations

ou même des ONG américaines.

Ils craignaient d'être la cible de représailles.

Les évacuations se poursuivent lentement,

avec des milliers d'Américains espérant encore pouvoir partir.

Ce pourrait être la plus grande évacuation depuis la chute de Saïgon, il y a 46 ans.

Voir la chute de Kaboul

a été saisissant et douloureux pour ma famille.

MÈRE D'AN

Ma mère m'avait raconté la chute du gouvernement sud-vietnamien

aux mains du nord communiste.

On ne peut pas s'empêcher de comparer

avec la chute de Kaboul.

Tous ces gens qui essayaient de fuir,

car ils savaient que la situation deviendrait bientôt catastrophique.

Le ressenti, mais aussi les images étaient très similaires.

D'une certaine façon, l'histoire se répète.

Je n'ai pas les mots.

Beaucoup d'entre eux ont des documents leur donnant le droit d'être évacués.

Mais les talibans leur bloquent le passage de façon extrêmement brutale.

Ils tirent au-dessus de la foule avec des armes automatiques.

Ils les frappent avec des bâtons et leur pointent leurs armes dessus.

On a commencé à entendre des rumeurs.

On ne savait pas vraiment ce qui se passait.

Et d'un coup, on a reçu l'ordre d'y aller.

Ça y est, le moment tant attendu était arrivé.

On était enfin envoyés sur une vraie mission.

Le président Joe Biden a autorisé le déploiement de 5 000 soldats

pour soutenir les évacuations.

On a vérifié notre matos.

On demandait aux autres s'ils y allaient aussi.

On s'est préparés, on a chargé les munitions.

En joue ! Feu !

On avait hâte.

C'était notre rêve.

Pour un fantassin des Marines, le rêve, c'est l'Afghanistan et l'Irak.

Avant de partir, j'ai dit à mes gars :

"Mettez-vous en règle avec votre dieu, au cas où."

On nous a dit qu'on allait faire évacuer des ressortissants.

Faire sortir des citoyens américains

et des Afghans qui avaient les bons papiers.

L'opération Allies Refuge.

On a décollé de Jordanie,

on a fait une escale de 36 heures au Koweït.

Et de là, on a repris l'avion pour l'Afghanistan.

On a atterri de nuit à l'aéroport de Kaboul.

On entendait des coups de feu au loin et on voyait des balles traçantes.

J'ai vérifié que mes gars avaient tout le matos.

On nous dit qu'on allait à Abbey Gate.

Là ou ailleurs, pour moi, c'était pareil.

Personne ne savait où c'était.

Je me suis dit "Allez, en avant."

ABBEY GATE AÉROPORT INTERNATIONAL HAMID KARZAI

On est arrivés là-bas.

C'était un bordel pas possible.

Il y avait tellement de gens à l'entrée de l'aéroport.

C'était un mur humain.

On a déployé de jeunes Marines.

Ils étaient formés au combat, bien sûr.

Mais ils n'étaient pas formés à ce genre de situations.

Le contrôle de foule, par exemple.

Interpréter des documents officiels

parfois écrits dans un des dialectes afghans,

pas forcément en anglais.

La situation était extrêmement instable,

extrêmement volatile.

C'était presque 20 ans après le 11 septembre.

Ce qui avait commencé le 11 septembre

s'est terminé juste là, à Abbey Gate.

On nous a dit de traiter les talibans comme des alliés.

On devait collaborer avec eux pour faire sortir ces gens d'Afghanistan.

C'était…

dingue d'entendre ça.

Surtout pour les sergents de notre section

qui étaient là depuis presque 20 ans

et avaient été là au pire de la guerre.

Ils avaient de la bouteille.

"Ceux qui ont tué mes amis il y a dix ans sont mes alliés, maintenant ?"

C'était complètement surréaliste d'entendre ça.

Abbey Gate était une sorte de microcosme

des 20 ans de guerre au Moyen-Orient.

Après l'effondrement de l'Afghanistan,

il est devenu évident que nos opérations en Afghanistan et en Irak

avaient été un échec complet.

Beaucoup de ces gens

n'avaient ni passeport américain, ni green card, ni visa.

Ils voulaient juste partir parce qu'ils avaient peur.

C'était le chaos à l'intérieur et à l'extérieur de la ville.

On est arrivés à l'aéroport.

Les portes étaient fermées. Ils ne laissaient personne entrer.

Il y avait des milliers de gens.

Je tenais mes enfants dans les bras.

Ma fille avait trois mois, et mon fils avait deux ans et demi.

On n'avait nulle part où les renvoyer si on devait les refuser.

On a fait un trou dans un grillage, qu'on a appelé Freedom Gate.

Ceux qu'on ne pouvait pas faire passer, on les renvoyait par là.

Les talibans étaient de l'autre côté.

Ceux qui ne pouvaient pas passer se faisaient frapper

ou tirer dessus.

Ça me mettait très mal à l'aise.

Parce que j'étais là et je savais ce qui allait leur arriver,

mais je ne pouvais rien faire

s'ils n'avaient pas les bons papiers.

C'est une énorme responsabilité pour un jeune de 23 ans.

Je veux croire que je n'ai pas perdu mon empathie,

mais on devient insensible.

On entendait dire qu'on allait fermer toutes les portes.

Les gens étaient désespérés.

Certains nous tendaient leurs gosses.

Certains avaient des bébés.

Ils étaient désespérés au point de les faire passer par-dessus.

C'était surréaliste à voir.

Moi-même, j'ai des enfants.

Et j'avais du mal à imaginer faire ça à un de mes enfants.

J'avais une photo de ma fille.

Mon aînée est née quatre jours après mon premier déploiement.

Mon sergent aussi a des enfants.

Je ne sais plus comment,

mais à un moment, on s'est rentrés dedans.

Et là, j'ai éclaté en sanglots.

J'ai complètement craqué.

La nouvelle génération.

Ma femme était malade à l'époque.

Elle était trop faible pour marcher correctement.

Ma fille était toute petite.

Un Marine m'a dit :

"Donne-moi ta fille. Vous autres, passez par la porte."

Ma femme n'a pas pu entrer.

Ils ont fermé la porte.

Elle est toujours en Afghanistan.

C'est terrible.

On m'a dit qu'elle serait évacuée.

J'attends toujours.

Avant, j'étais heureux.

Et d'un coup, j'ai tout perdu.

J'avais une vie heureuse.

Et j'ai tout perdu du jour au lendemain.

SIÈGE DE LA CIA LANGLEY, VIRGINIE

Au milieu du chaos,

on a reçu des renseignements concernant l'EI-K.

L'État islamique en Irak et en Syrie

avait une branche en Afghanistan, l'EI-Khorassan.

Le Khorassan est l'ancien nom de cette région.

L'EI-K préparait un attentat.

26 AOÛT 2021

On nous a prévenus que ce serait un attentat-suicide à la bombe,

par un individu rasé de près, avec un sac noir et une flèche dessus.

On était à l'affût. On ne savait pas quand il arriverait.

On s'est tous demandé

comment on était censés le retrouver au milieu de la foule.

Il y avait des milliers de gens devant nous.

On était à l'arrêt, on retenait tout le monde

en attendant de savoir si on se retirait ou pas.

Et d'un coup, quelqu'un a crié "EEI".

La bombe a explosé.

J'ai vu un énorme nuage de fumée

et un bras voler dans les airs.

J'avais les oreilles qui sifflaient.

Et j'ai vu un visage devant moi.

Il n'avait pas l'air vivant.

Mais j'étais incapable de déterminer qui c'était.

Je me suis vite relevé

et j'ai couru vers le trou dans la clôture

qu'on avait fait au niveau d'Abbey Gate.

Un officier m'a attrapé et a essayé de m'arrêter.

Je lui ai dit de me lâcher,

que mes amis étaient là-bas.

Je me suis retourné et j'ai couru.

Devant moi, je ne voyais qu'un tas de corps.

Et la première personne que j'ai vue,

c'était un de mes meilleurs amis, le caporal Daegan Page.

J'ai tout de suite compris qu'il était mort.

Quelqu'un l'a pris par un côté, et moi par l'autre.

On l'a traîné jusqu'au trou qu'on avait fait dans la clôture.

Mon capitaine m'a dit qu'il s'occupait de lui

et m'a dit d'aller chercher d'autres.

Alors je l'ai laissé…

et…

Désolé.

J'ai entendu des cris et des sortes de claquements.

J'avais l'impression de voir des étoiles.

Des espèces de flashs.

J'ai compris qu'on me tirait dessus.

J'ai été touché à l'épaule gauche.

J'étais à 10 m de l'explosion.

Le mur devant le fossé était juste là,

et le terroriste était de l'autre côté.

J'ai eu un pneumothorax au poumon droit.

Un éclat m'a percuté la mâchoire, le grand dorsal et le côté droit.

Et j'ai été touché par une balle au mollet droite.

Je suis reparti en titubant.

J'arrivais à peine à respirer.

Daegan Page et Max Soviak.

Ces deux-là étaient inséparables.

C'était des bons gars.

Ils ne se lâchaient pas d'une semelle.

Max et Page étaient à quelques pas derrière moi

quand on a été touchés.

Quand je me suis retourné, j'ai rampé sur quelqu'un.

Et je suis toujours convaincu

que c'est sur Page que j'ai rampé.

Ils n'ont pas survécu.

J'ai essayé d'attraper Kelsee.

Kelsee Lainhart faisait partie de l'unité féminine.

Je l'ai traînée aussi loin que j'ai pu.

J'étais persuadé que j'allais mourir.

Alors tant pis.

Je me suis retourné.

J'attendais la mort.

Autant me mettre à l'aise.

J'ai regardé sur ma droite.

J'entendais tout le monde crier.

Et là, j'ai vu…

J'ai vu Wyatt arriver sur une civière.

Ils m'ont emmené dans un couloir sombre. Le médecin ne trouvait pas mon pouls.

Il a tenté le tout pour le tout et m'a fait une thoracotomie d'urgence.

Une tentative désespérée.

On vous ouvre la poitrine pour faire un massage cardiaque interne.

Il m'a réanimé.

Je ne sais pas combien de litres de sang on a dans le corps,

mais ils m'ont donné l'équivalent d'un corps entier.

Wilson a un tatouage sur l'épaule ou le bras, je crois,

qui résume toute sa vie.

Ça dit : "Trop têtu pour mourir."

Et c'est vrai. Ce type, c'est une tête d'enclume.

Je ne savais pas qu'il était de l'EI,

mais une enquête a été menée,

et quand je suis rentré en Californie, j'ai appris que c'était l'EI.

Le type en question était en prison,

mais il avait été libéré à l'arrivée des talibans.

Treize de nos soldats ont été tués.

Voir Wyatt maintenant, c'est un miracle.

Vraiment.

Quand je l'ai vu sur cette civière…

Et quand je le vois maintenant,

ça me rend tellement heureux.

Je ne sais pas comment dire.

Je suis tellement heureux qu'il soit là.

Deux ou trois jours après mon réveil,

j'ai pu revoir Kelsee.

J'étais encore sonné,

donc je ne me rendais pas compte de ce qui venait de se passer.

Les autres avaient réussi à la sortir de là.

Elle est venue pour ma retraite.

Elle était paralysée.

Chaque soir ou tous les deux jours, on recevait un rapport

sur le nombre de personnes qu'on avait sauvées jusque-là.

À la fin, on en était à 120 000. C'était dingue.

C'est valorisant de se dire

que j'ai fait quelque chose.

Que j'ai participé à ça

et que j'ai aidé à sauver des gens.

C'est valorisant.

Mais en même temps, je me demande

si ça en valait la peine.

Ce n'est peut-être pas politiquement correct de dire ça,

mais je n'aurais échangé aucune vie afghane

contre celles de mes amis.

J'ai vite compris que je n'aurais pas dû rentrer chez moi.

J'aurais dû rester encore deux mois à l'hôpital.

Heureusement, on m'a forcé à voir un psychiatre.

Je n'y serais jamais allé de moi-même.

Je continue à le voir aujourd'hui.

Je ne voulais pas en parler. Je détestais en parler.

Puis j'ai compris que j'avais le droit d'en parler.

J'ai le droit d'être vulnérable pendant cinq secondes.

Et croyez-moi, j'ai un putain d'ego.

Alors quand j'ai enfin lâché prise

et que j'ai compris que j'en avais le droit,

j'ai très vite commencé à aller mieux.

- Papa ? - Quoi ?

Comment on monte là-dessus ?

Je veux monter sur le caillou.

- T'as pas peur ? - Non !

- Lâche-moi. - Je te lâche ?

Papa, arrête !

Arrête de me tenir les fesses !

POPPY FILLE DE WYATT

Poppy est née pendant ma première mission.

Et Page est née en 2022.

Elle va avoir quatre ans.

Son nom vient de Daegan Page et Max Soviak.

Mais j'ai raccourci Soviak en Sovi.

Ça lui va mieux, je trouve.

Pops l'a vécu.

Elle m'a vu à l'hôpital.

Elle avait deux ans et demi.

C'est mon bébé du traumatisme. On traverse ça ensemble.

Elle m'élève autant que je l'élève.

Des scènes de désespoir et de chaos en Afghanistan

sont visionnées partout.

Je ne sais pas comment dire.

J'ai du mal à vous l'expliquer à vous,

alors à des enfants de huit ou neuf ans quand elles auront cet âge…

Papa, j'ai des citrons !

Regarde !

Mes enfants m'ont vu torse nu avec ma cicatrice de balle.

Ils m'ont demandé ce que c'était.

Je n'édulcore pas la vérité. Je leur dis que c'est une balle.

Qu'il y a des méchants dans le monde qui nous veulent du mal.

Ma femme a peur quand ils disent vouloir être Marines.

Ça réactive le traumatisme.

Elle refuse de voir nos enfants vivre ce que j'ai vécu.

Depuis que les talibans ont repris le contrôle de l'Afghanistan en 2021,

environ 200 000 Afghans, dont beaucoup avaient soutenu les États-Unis,

ont trouvé refuge dans notre pays.

J'ai pris un vol charter

de Kaboul à Bahreïn et de Bahreïn au New Jersey.

Au New Jersey, je suis resté dans un camp pendant un mois.

Puis j'ai quitté le camp pour venir en Arizona.

Je fais des livraisons pour Amazon Flex,

mais seulement une à trois heures par jour.

Je ne peux pas faire plus, car je dois m'occuper de mes enfants.

J'attends que ma femme me rejoigne.

TRUMP SUSPEND L'ENTRÉE D'AFGHANS

C'est la femme d'un ancien pilote, après tout.

Depuis 2021, elle doit porter le hijab en permanence.

C'est la loi des talibans.

C'est très dur pour elle.

Elle a perdu son mari, son fils, sa fille.

Que va-t-il lui arriver ?

Paradoxalement,

la menace existentielle à l'intégrité et aux libertés américaines

ne venait pas de ces terroristes en Afghanistan,

ni de la menace du terrorisme,

mais de la réponse de notre pays au terrorisme.

Ben Laden savait pertinemment

qu'il ne pourrait jamais détruire les États-Unis.

Mais en attaquant le pays,

en faisant vaciller les fondements de l'empire américain,

il savait qu'il pousserait les États-Unis à s'autodétruire.

Derrière chaque aspect, ou presque,

de notre vie quotidienne

aux États-Unis aujourd'hui,

le 11 septembre a laissé sa marque d'une façon ou d'une autre.

Ça a eu des conséquences très négatives

sur notre perception

des garde-fous législatifs à l'autorité du président.

Les tactiques militaires sont maintenant utilisées ici.

Vous foutez quoi ?

Le traitement réservé à certains citoyens

rappelle étrangement les pratiques de la guerre contre le terrorisme.

On se rend compte que c'est dévastateur

d'autoriser un seul individu

à décider de faire usage de la force militaire ou létale

sans qu'on ait notre mot à dire.

L'administration Trump confirme

avoir frappé deux fois un chargement de drogue,

la première tentative ayant échoué à tuer tout le monde à bord.

TÉHÉRAN IRAN 2026

Pour cette opération militaire…

Je ne suis pas censé dire le mot "guerre",

parce qu'on a besoin d'une autorisation.

Donc je dirai "opération militaire".

On mettra un terme à ça,

selon des conditions favorables pour nous

établies par M. Trump.

La mort et la destruction pleuvront.

On pense que cette guerre est finie.

C'est ce que disent les dirigeants politiques.

Mais les autorités, les institutions et de nombreuses opérations persistent

sur de nouvelles cibles.

Et il serait naïf de penser que cette guerre n'évoluera plus.

De plus en plus de gens seront touchés.

Nous sommes à un point d'inflexion.

Nous assisterons bientôt au remplacement

des politiciens les plus âgés au pouvoir depuis longtemps.

Il suffit de lire les sondages.

La jeune génération a un point de vue différent.

Mes étudiants n'étaient pas nés à l'époque.

Pour eux, le 11 septembre,

c'est comme la Seconde Guerre mondiale pour moi.

C'est même un souvenir encore plus flou, pour eux.

Ils ont hérité de la situation actuelle.

On ne sait pas ce que c'est

de ne pas avoir de policiers dans le métro ou à chaque coin de rue.

C'est terrifiant.

Il suffit qu'on soit au mauvais endroit au mauvais moment

pour que sa vie soit bouleversée

ou même pour se faire tuer.

Ce genre d'évènements arrivent.

Des catastrophes qui changent le monde.

Mais on n'y peut rien.

On vit dans un monde différent, c'est tout.

Qu'avons-nous retiré de la guerre en Afghanistan ?

C'est la plus longue guerre de l'histoire américaine

et de l'histoire afghane.

C'est un traumatisme intergénérationnel.

J'ai parlé à de nombreux soldats au fil des ans.

Et ceux qui se sont retrouvés sur le terrain en 2021

n'ont pas forcément conscience qu'ils sont là à cause du 11 septembre.

Le responsable a été puni.

C'est toujours ça de pris.

Mais ça aura pris dix putains d'années.

25 ans après le 11 septembre,

quel sens a la guerre contre le terrorisme?

C'est toute la question. Est-ce que ça valait le coup ?

J'ai l'impression

que moi et ma famille, on a tellement souffert

alors que j'étais toute petite.

Le fait que j'ai réussi à survivre à ça,

j'ai encore du mal à le croire.

J'aimerais savoir ce que ma vie aurait été si ce n'était pas arrivé,

mais je ne le saurai jamais.

C'est comme si j'essayais de rattraper la vie que j'ai perdue.

Je continuerai à faire de mon mieux.

En 25 ans, la société américaine s'est polarisée

et plus personne n'écoute l'autre.

C'est très important qu'on arrive à dialoguer

de façon constructive pour résoudre les différends.

L'histoire jugera selon ce qu'on fait maintenant.

TURNING POINT : GÉNÉRATION 11 SEPTEMBRE

Sous-titres : Lise Bernard

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