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C'est moi qui n'en peux plus.
Je t'aime.
Je t'aime.
Alors il faut bien.
Je t'aime.
Je ne te quitterai pas.
Ce n'est pas très courageux.
Mais ce n'est pas courageux l'amour.
Et toi ?
Quelle heure est-il ? C'est terre.
Embrasse-moi.
Je t'attendrai à la terrasse du Royal Camus, comme d'habitude.
Quand tout sera fini, tu prendras ta grosse voiture.
Pose une demi-heure, Julien.
Geneviève. Geneviève.
Monsieur Tavernier. Vous restez encore un moment ? Je sais, c'est samedi soir.
Mais j'ai un travail à finir.
Société Carala, j'écoute.
Ne quittez pas, monsieur.
Entendu, monsieur Tavernier. D'ailleurs, vous savez bien que je pars toujours la
dernière. Elle ne me dérangeait sous aucun prétexte.
Allô ? Monsieur Carala ? On vous appelle de Londres.
Bon. Bien, monsieur Carala.
Allô, M. Porfirio Poulos ? M. Caralla part un instant pour Genève. Il est
impossible de vous parler.
Viens, monsieur.
On ne vous attendra pas. Voilà le document.
Ça m'amuse à vous-même.
Vous êtes un homme vraiment admirable, mon cher Tavernier.
Vous vous conduisez à mon égard comme ma véritable amie.
C'est un document plein d'intérêt quand on a des yeux pour lire.
Vous savez bien qu'il me fallait un héros dans mes affaires.
En retraite, le héros. Pour ce genre de travail, mon cher Tavernier, il ne faut
pas des chiffonniers, il faut des anges.
À part, je dis que c'est un ange.
Vous raisonnez vraiment ? Oui, je sais.
Coupe géologique, état des sondages...
Eh bien, la sécurité du territoire, ça sert presque autant que les Américains.
Un projet de pipeline.
Là, ils font une erreur.
La sagesse, c'est d'orienter le pipeline vers le Maroc.
C'est plus long, mais c'est plus tranquille.
Mais là... Qu'est-ce que c
'est que cette plaisanterie ?
Comme tes intrigues.
Alors, c'est quoi, Tavernier ? Quoi, de l'argent ? Je n'ai pas peur de vous,
Tavernier.
On me déteste assez pour que j'en ai l'habitude.
Et puis, je ne vous crois pas courageux.
À la guerre, oui, mais pas pour les choses importantes.
Vous osez vous moquer des guerres.
Mais vous en vivez.
La Dauchine vous a rapporté combien de milliards ? Et l'Algérie, maintenant ?
Respectez les guerres, M. Carada.
Ce sont vos propriétés de famille.
Il y aura encore de quoi écrire les conneries.
Je crois que le capitaine s'est endormi.
Il m'a défendu de le déranger.
On ne va pas rester ici tous les trois jusqu'à minuit, non ? Je vais quand même
l'appeler.
Ce serait marrant de mettre le doigt là-dedans.
Il ne répond pas, M.
Tavernier.
Je le connais, le capitaine. Bien, M.
Tavernier. Excusez-moi, il arrive.
Capitaine, sonnerie.
Vous sommes les derniers ? Oui.
Vous avez dû voir passer M. Caralla ? Non.
Mais j'étais dans les étages. Oh, de toute façon, il est parti maintenant.
Son train est à 45.
C'est drôle, hein, M. Tavernier ?
toujours sans prévenir personne.
Il va chercher un taxi, lui-même, comme un voleur.
Quand est-ce qu'il rentre ? Ça non plus, on ne le sait jamais.
La dernière fois, il achetait des pétroliers, il est allé jusqu'à Naples.
Il est bien capable de recommencer.
Il y a des fièvres à Naples, non ?
Capitaine
? Mais je ne suis plus capitaine.
Bonsoir.
Bonsoir Geneviève. Bon dimanche, monsieur Tavernier.
Il est ridicule, ton blouson.
Tiens, M.
Tavernier.
Il range toujours sa voiture sous les clous.
Lui, les contraventions, les flics, il s'en fout totalement.
Bonjour, M.
Tavernier. Tu ne trouves pas qu'il a une classe extraordinaire ? Un peu chic
anglais. C'est un ancien Indochine, d'ailleurs.
Après, l'Afrique du Nord, la Légion.
Maintenant, il est dans les affaires.
Depuis un mois, je le vois tout le temps, il achète des fleurs en bagaille.
Non, mais regarde ! Un bouton et hop, c'est fait.
Moi, je te le cache pas, c'est la vie comme je la rêve.
C'est un vieux truc.
Je m'attends.
J'ai mon moteur qui tourne, moi.
Mon vieux stipin, il est plein de croix de guerre et des blessures.
Formidable. Parfaitement.
Je ne t'en ferai pas autant.
Allez, viens, on va dîner. Moi, je meurs de faim.
Quand on sort ensemble, il faut toujours que tu inventes quelque chose pour
gâcher la soirée.
Alors quoi ? Tu montes ? Louis, tu es fou. Je t'ordonne de descendre. Si tu as
un accident, je te préviens, je ne te soigne pas.
Eh bien, un essuie-glaces ! Attention, Louis
!
Oh, je me disais aussi, mes hommages, chère madame, toujours contente du bébé
? Car entre nous, une dauphine, c'est un bébé, un vrai joujou. Oui, contente,
très contente, merci.
D'ailleurs, pardon, c'est alluré, la voiture de la parisienne.
Contente, très contente.
Cet imbécile va parler comme la pluie.
Mes hommages, Mme Carala.
Où va-t-on ? Autoroute.
Il doit en faire une tête.
Tu crois qu'il va prévenir la police ? Il fera ce qu'il voudra.
Il faudra la lui ramener au même endroit, tu sais. Autrement, ce ne
serait pas chic.
On est rosses avec lui, quand même. On lui gâche son week-end.
Le pétrole de gel fat, tu connais ? Passe-moi ses gants. Tiens.
Regarde, un appareil photo miniature.
Ça, alors, c'est fantastique, parce que j'ai une amie qui est revenue d
'Allemagne. Et qui a rapporté pas le même, mais presque pareil.
Pas l'ouvrir.
Passe-moi son impair, je vais le mettre.
Pas d'empreinte.
C'est pas une arme d'amateur.
Le revolver, l'appareil photo d'espion, les pétroles de Jelfa.
Il est bizarre, ton tavernier. Il est louche, même.
Et si c'était un agent secret ? Moi, ça m'étonnerait pas, parce qu'il est
habillé d'une de ces façons.
On ne m'a pas appelée.
Disposez de votre soirée, François. Je ne dînerai pas à la maison.
Et toi, dans ce cas-là ? Il est tard, tu sais.
Allons, rentre chez toi.
Vous n'avez pas vu M.
Tavernier ? Si, madame, à midi, je lui ai fait son plein.
Et ce soir ? Non, vous ne l'avez pas vu.
Vous n'avez pas vu M.
Tavernier ce soir ? Non, madame.
Il n'a pas téléphoné ? Non, madame.
Julien.
Tu exagères !
C
'est la troisième fois qu'on fait l'autoroute.
J'en ai assez, c'est toujours pareil.
On aime rouler ou on n'aime pas rouler.
Une Mercedes.
Une 300 SN.
Des étrangers.
Des Danois.
Mais non, ce sont des Allemands.
Attention, oui.
145, pieds au plancher.
C'est un veau.
Je ne le félicite pas, ton tavernier.
Tu oublies que j'ai fauché un scooter la semaine dernière.
On me recherche peut-être ?
On ne va pas te rechercher ici.
Et puis je lui ai dit que tu t'appelais Julien Tavernier.
Et les Allemands ? C'est des Allemands, voyons.
Bon, alors tu t'occupes de tout. Je ne peux pas être vu.
J'ai inscrit à la réception monsieur et madame Julien Tavernier.
Allô ? Non, monsieur, je n'ai pas revu ces personnes.
Et l'autre, je l'ai non plus.
Mais si vous voulez, je pourrais peut-être... Ah, votre ancienne.
Tavernier, monsieur et madame Julien Tavernier.
Le 11, à côté de monsieur et madame...
Il est sensationnel, ce moteur.
Pourquoi il est penché comme ça ? Pour tenir moins de place.
Que sont les carburateurs ? Il n'y en a pas.
Il n'y en a pas ?
Ah, mon cher M. Tavernier, vous êtes mon invité.
Non, je ne peux pas accepter.
Oh, si, si.
D'abord, j'aime le sport et dans votre genre, vous êtes un très bon conducteur.
Ensuite, nous avons failli mourir ensemble.
Alors, je vais rentrer.
Ah, mon champagne préféré.
Rendez-vous la papille pendant l'occupation de celui-là.
Non, il n'aime pas le champagne.
Vous m'attristez.
Si j'avais su que vous ne supportez pas le champagne.
Ça ne me fait pas peur.
Vous savez, dans ma génération, on pense à autre chose qu'au bouchon de
champagne.
Quatre ans d'occupation.
En Indochine, en Algérie.
Bravo, bravo.
En Europe.
À l'Europe.
À l'Europe.
Allez, je m'excuse.
Vous êtes une idiomane.
Je vous retrouve.
Climat d'enfer. Des moutines, des tirs.
Des Allemands.
Quoi, des Allemands ? Ah oui.
En Indochine, monsieur Tavernier.
Vous avez dû voir des Allemands.
Non, jamais.
Il est allé sur l'étranger.
Ah, bien sûr.
C'est même de bons soldats.
Vous me faites plaisir.
Si, si. C'est pas de la patrie.
J'ai eu avec moi des anciens... des Romains.
Exactement le même.
Seulement, je suis tellement étourdie.
J'ai oublié le mien à Antwerpen, chez des amis.
C'est facile à développer. Oui, n'importe où.
Même ici au motel, j'ai vu qu'il développait.
Attendez. Il reste encore trois photos à prendre.
Nous autres, Armand, nous n'aimons pas la guerre.
C'est pas l'impression que vous avez.
Tu peux raisonner comme un Français de la vieille génération.
Nous sommes avant tout des voyageurs de commerce.
Un uniforme pour voyager, c'est bien voyant.
Louis.
Julien.
Oh, épuisement.
Vous, mon cher monsieur Tavernier, la guerre, ce n'est pas seulement horrible,
c'est surtout une perte de temps.
Toujours une que les plus siens auront vue.
Mais je ne suis pas plus sien.
Je suis originaire exactement... Ah, tiens, les femmes sont sorties.
Venez prendre l'air.
La nature est une amie profondément consolatrice, Goethe l'a dit.
Je n'ai pas besoin d'être consolé. Goethe ne pense pas forcément à vous.
Merci.
Ils sont musclés, hein ? C'est rien.
Il faut
que vous fassiez de la photo sous-marine.
J'ai un cousin, délicieux, Ludwig von Malhausen.
Vous connaissez ? Non.
Mais si, vous avez bien dû le voir un jour à Capri. Il est cool, ça.
Qu'est-ce que je vous disais ? Mon
cher
monsieur Tavernier, qui ne vous appelait pas Tavernier et qui n'avait jamais été
soldat, ne vous donnez pas mal au cœur, je vous en prie.
Ne vous laissez pas foudroyer non plus.
C'était une bonne plaisanterie de votre part.
Ah, je crois qu'il veut mieux rentrer, hein ? Allons.
Oui, ils vont se faire sauter.
Bien fait.
Tiens, je te prends ta reine.
C'est comique, ce petit Français.
Comment est-ce qu'il s'appelle ? Tavernier !
Je t'aurais cherché partout.
Madame, bonsoir.
Vous n'avez pas vu Julia ce soir ? Non, ce soir je ne crois pas.
Je t'ai perdu dans cette nuit, Julien.
Il fallait te laisser tranquille, ne pas t'embrasser, ne pas caresser ton visage.
Si tu n'as pas tué Simon, tant pis.
Si tu as eu peur, tant mieux.
Mais il faut que tu reviennes. Il faut que tu sois là, vivant, à côté de moi.
On se connaît.
Subervie.
Christian Subervie.
Je suis un pote de Julien. On s'est vus un soir.
Ah oui, je me rappelle vaguement.
Vous aviez un peu de but. Ah,
j'en tenais une sérieuse.
C'est un lâcheur, ce vieux Julien.
On s'est connus à Alger.
Vous étiez officier ? Ah non.
J'étais dans les trucs pour le froid. Les réfrigérateurs.
Sûrement, il va t'avoir une poule dans sa vie. C'est pas possible, il va plus
les copains.
Yvonne, mon chou, donne-moi un verre.
Dégustien, je te bois un royal.
Ah non, avec une amie, une amie du vieux Julien.
Le vieux Julien.
Un royal pour elle.
Je dis une poule, une poule.
Je l'ai vu qui passait en voiture.
Il n'a même pas regardé. Cette nuit ? Non, je ne sais pas.
La semaine dernière.
Remarquez, Julien, ils sont fous, des filles.
Il est gentil, Julien.
Réveille-toi, on s'en va.
On y ménage à la cloche de bois ? Allez, vite, il faut profiter de l'orage.
Je suis prête.
Non, non, non, non.
Tu coupes.
Avant.
Oui, il faut... Non, non, oui ! Ne t'inquiète pas, manque ! Et puis ça leur
fera les pièges, les salauds ! Et puis il faut brouiller les pites !
C'est fâché avec la voix de vitesse, hein ? Vous cherchez la première ? Je l
'ai cachée.
Oh, les mains !
N
'approchez pas.
Viens, Louis, il faut se sauver.
arrête-toi au bout du pont, on ira chez moi à pied.
Je suis flambé.
Écoute, Louis, tu as eu peur.
Tu diras que tu as eu peur.
Je n'ai pas eu peur, mais ils s'avançaient.
S'il n'y avait pas eu ce revolver aussi dans la voiture.
C'est des trucs dangereux.
Tu crois qu'ils sont morts, tous les deux ? Avec la chirurgie, maintenant, on
fait des miracles.
On en perd même le cœur.
Moi, ce sera la tête. Tais-toi.
Il nous reste encore quelques heures de bon.
Après...
Qu'est-ce qu'on va faire de nous ? On va nous séparer.
Toi, tu seras chez les hommes.
Moi, chez les femmes.
Je ne veux pas, Louis.
Nous ne serons plus ensemble qu'à la première page des journaux.
Ceux qui liront l'article, ils comprendront.
Qu'est-ce qu'ils comprendront ? Tout.
Ce n'est pas vrai qu'on va te couper la tête.
Si, j'ai l'âge.
Je ne veux pas qu'ils te fassent de mal.
Je leur interdirai.
Mais nous quittons plus.
Si on avait de l'argent, on pourrait filer en Amérique du Sud.
Votre photo en première page.
Les amants tragiques.
Toi, tu t'en tireras.
Tu n'as rien fait.
Moi, demain matin, mon existence s'arrête.
Je ne m'en tirerai pas. Je resterai avec toi.
Penses-tu ? Tu ne sais pas ce que c'est, la police.
Non, Louis.
Nous serons plus forts qu'eux.
Nous mourrons ensemble.
Quand ? Tout de suite.
Tu
verras.
On ne sent rien.
On s'endort tout de suite.
C'est plus tard.
Il parlera de nous.
On nous citera un exemple.
La musique marchera encore.
Nous serons déjà morts.
Écoute, Viro. Il le faut. Je sais qu'il le faut.
Une nuit entière, comme une folle, à chercher Julien, sans rien savoir, sans
rien trouver.
Je suis frappée.
Mais c'est plein de flics, ici.
Ça va.
Florent Carala.
Carala, comme Carala.
Il n'y en a pas 36.
C'est mon mari.
Quoi ? Vous soyez Mme Simon Carala ? Vous désapprouvez ce mariage ? Laisse
tomber. Et que faisiez-vous à la Madeleine à 5h du matin sans papier ?
J'allais à la messe.
Avec lui ? Évidemment.
Excusez-nous, madame, Mme Caralas, je suis désolé, mais c'est une méprise
et... Arrête ton char, faut pas romper comme ça.
Votre Caralas, c'est jamais qu'un marchand de canon.
Et un con ! Vous, foutez-moi la paix, ou alors je vais... Laissez-le, je m'occupe
de lui.
Oui, madame.
Téléphonez chez moi, que le chauffeur vienne me chercher.
Oui, tout de suite, madame.
Vous avez l'habitude des commissariats ? Au matin, comme ça.
Et Julien aussi ?
C'est mon pote.
Qu'est-ce qu'il leur passe aux flics ? Il est peut-être dans un autre
commissariat.
Ça, c'est vrai.
On devrait aller voir.
Venez-vous tranquille.
Qu'est-ce qu'il doit voir ? Il attendra.
C'est bochuc.
Commissaire Chérié, première baguette criminelle, étage au-dessus.
Enchantée.
Je souhaite, madame, que votre mari n'envie pas trop la palice d'une... Mon
mari est en Suisse.
Et si vous voulez bien, il n'en saura rien.
Bien entendu, madame, bien entendu.
D'ailleurs, votre passage ici ne sera même pas enregistré. Il ne manquerait
plus que ça.
Mon mari déjeune très souvent avec le ministre de l'Intérieur.
Bien entendu, madame.
Monsieur Carala déjeune beaucoup.
Ses affaires le veulent.
Par exemple... Par exemple ? A-t
-il pas un collaborateur nommé Julien Tavernier ?
Je crois.
Oui.
Peut-être le connaissez-vous.
Oui, je ne sais pas. Je l'ai vu deux ou trois fois.
Vous ne sauriez pas me préciser par hasard quand vous avez vu Tavernier pour
la dernière fois ? Votre question m'amuse.
Je l'ai aperçu hier soir en voiture.
C'était boulevard Haussmann.
Et il était quelle heure ? Sept heures.
Non, non.
Il était moins de sept heures.
Moins de sept heures.
Bien entendu.
Et il était seul ? Il y avait une jeune fille dans sa voiture.
Qu'est-ce qui est toujours bien entendu, monsieur le commissaire ? Eh bien,
madame, c'est que vous venez de rendre, sans le vouloir, un grand service à la
justice.
Nous recherchons Julien Tavernier, accusé d'avoir tué ce matin à 4 heures.
C'est régulier.
Avoir tué qui ? Monsieur Carolla serait en avril d'apprendre que son
collaborateur a tué deux touristes allemands.
Oh, c'est trop bien.
On a retrouvé son imperméable, sa voiture, son revolver.
Il était accompagné d'une jeune fille, ce qui rend bien entendu votre
témoignage excessivement intéressant.
T'as une cigarette, chérie ?
J'espère que M.
Caralade... Monsieur n'a pas téléphoné de Suisse ? Non,
madame.
Nous déposerons M.
Subervie. Ensuite, vous me ramènerez et vous sortirez ma dauphine.
Vous êtes devant la justice française.
Je me suis dérangé en personne, le matin même.
Un dimanche.
Vous devez témoigner en votre âme et conscience.
Il y avait de l'orage, savez-vous.
Nous étions énervés, nous ne dormions pas.
Oh oui, j'ai reconnu les silhouettes.
C'est difficile à dire.
Alors, vous l'avez vu ou vous ne l'avez pas vu ? C'est lui. Oh, c'est sûrement
lui. Ah ! Suivant.
A vrai dire, monsieur, l'assassin présumé coupable n'est pas entré à la
réception.
Par contre, j'ai fort bien vu les malheureuses victimes et la jeune
dévoyée qui est venue inscrire son complice.
Si vous aviez une photo d'elle, moi... D'autant que...
Je vous prendrai vos renseignements. Je me suis toujours bien entendu avec la
justice.
Inutile. Suivant.
Je vous préviens, monsieur le commissaire. Je ne suis pas le
commissaire. Je suis le substitut du procureur de la République.
Vous avez des papiers d'identité ? Monsieur le substitut, précisément, je
proteste contre cette atteinte.
Ma vie privée est une affaire publique.
Je suis Jacqueline Mauclair.
Ça ne change rien du tout.
Oh, c'est le journaliste insatiable. Mon prêtre est rentré.
S'il vous plaît, madame.
Messieurs, l'un de vous rappelait un jour que j'avais préparé l'école normale
avant d'embrasser la carrière judiciaire.
Eh bien, cette nouvelle affaire de Reumont se sera déroulée comme une
tragédie racinienne en 24 heures. Le crime commis dans la nuit...
L'assassin aura été identifié dans la matinée. Il sera capturé ce soir ou plus
tard. Il s'agit d'un nommé Julien Tavernier, un ancien
officier parachutiste.
Sa voiture, son revolver, son imperméable sont déjà dans nos mains.
Des témoins l'ont reconnu, lui et la femme qui l'accompagnait. Quant au
mobile de cet acte insensé, il peut être d'origine diverse.
Ce tavernier buvait, c'était un cœur et l'heure. Une forte tête, on trouve dans
son passé plusieurs rixes.
Mais à mon sentiment, cette explication est fragmentaire.
Le pavillon des Allemands était voisin de celui de tavernier. Un voisinage qui
facilite bien des choses.
Et la victime, madame Banquer, était jeune, très jeune, belle, très belle.
On pourra voir le corps.
Ce serait parfaitement déplacé.
On se fera le fin mot de l'affaire quand le meurtrier aura parlé.
L'intervention de la justice aura été foudroyante. M'étant rendu sur place en
personne sans perdre une minute, j'ai pu constater... Tiens, chérié, vous êtes
déjà là ? Messieurs, ce sera tout pour aujourd'hui.
Merci.
J'ai fait la une avec l'autre prime personne.
Capitaine Tavernier, un assassin.
Qu'est-ce que vous n'allez pas chercher, vous, la police ? Laisse tomber, tu
veux.
Hé,
attendez. Je vais vous allumer.
Ils ne sont pas polices, ce M. Carrelat. Il n'aime pas qu'on se mêle de ses
affaires. Alors viens comme ça, dimanche.
C'est malheureux, tout de même.
C'est pas malheureux de voir ça.
Il est encore parti, le débrouillard.
C'est marrant, il ne ferme jamais.
Oh, dis donc.
Dis donc.
Mais alors ? Oh, dis donc.
Eh, la police ! Eh, la police ! Je ne serais pas venu pour rien.
Il y a un mort là-haut.
Le patron.
Quoi, le patron ? M.
Kerala.
On dirait qu'il s'est suicidé.
Madame Caralla, s'il vous plaît.
Elle dort ? Non, non.
Laissez-la dormir.
Je rappellerai-le.
Gaston. J'ai faim.
Vous me servirez un grand bol de café.
et plein de croissants à la terrasse.
Allons, tais-toi.
C'est le même monsieur, dit papa.
Hein que c'est le même ? Mais puisque je te dis que c'est le même ? Hein papa, c
'est le même ? Allons, viens, viens et tais-toi.
Bon, on va quand même tâcher de se mettre d'accord sur quelque chose.
Vous avez quitté l'immeuble Carlin à 19h30.
Ça, c'est clair.
Le portier et la standardiste ont témoigné et vous n'étiez pas sorti de
votre bureau avant.
Non. Bon.
Ensuite, vous avez pris votre voiture et vous avez roulé.
Je n'ai pas pris ma voiture. Vous avez été reconnu par un témoin. C'est quelqu
'un qui se trompe ! Ou vous qui mentez ? Ah bien, d'accord.
On continue à jouer ?
On continue.
Vous reconnaissez ce revolver et cet imperméable ? Je les avais laissés dans
ma voiture.
Dans la voiture, naturellement.
Combien de balles y avait-il dans le barillet ? Il devait être plein.
Et ça aussi, vous l'aviez laissé traîner ? Vous êtes très négligent, M.
Tavernier.
Quel était votre rôle ?
dans les affaires de Carala.
J'allais voir des gens, enfin, des gens importants.
Je leur parlais de M. Carala et je voyais tout le monde se mettre à plat
ventre. Oui, mais voyez-vous, Tavernier, maintenant, il y a du nouveau.
On dit Carala tout court.
Du nouveau ? On peut pas être partout à la fois, n'est-ce pas ? Vous étiez donc
satisfait de travailler pour Carala ? M. Carala, si vous préférez. Ça me regarde
avec moi.
Et puis ? Et puis, j'avais eu d'autres occupations avant.
Je sais, bien entendu.
Il y a longtemps que vous connaissiez le motel de Trappes. Je n'y ai jamais mis
les pieds. On vous y a reconnu. Qu'est-ce que je vais y faire ? On m'a
peut-être reconnu aussi à Berlin-Est ou à Casa.
Où étiez-vous dans le... Je ne sais pas ! Je crois que je me suis saoulé. Au
motel de Trappes. À Paris.
C'est marché.
Non, écoutez, Tavernier, tout ça, c'est très joli, mais il y a une petite
modification au programme.
Au motel que les témoins bafouillent, je veux bien. D'accord.
Mais c'est pas tout.
Je vais vous poser une petite devinette.
Connaissez-vous une dame, personne élégante, un peu... un peu noctambule ?
Qui voulez-vous parler ? Ma complice du motel.
J'aimerais bien qu'on me la présente, celle-là, tiens.
Oh, du coup.
Il s'agissait, dans mon esprit, de Mme Caralla.
Je la connais à peine.
Mais c'est parfait, ça.
Oui, car Mme Caralla a témoigné vous avoir vu passer en fin d'après-midi
Boulvarosman dans votre voiture aux côtés d'une jeune fille.
Or, vous, vous connaissez pas beaucoup, Mme Caralla.
Et elle ne vous connaît pas beaucoup non plus.
Elle vous reconnaît, voilà tout.
Et pour une fois, tous les témoignages concordent. Tout le monde est d'accord ?
Puisque c'est pas vrai.
Puisque c'est pas possible.
Puisque j'étais ailleurs ! Vous êtes sûr ? Oh, laissez-moi dormir.
Mais nous aussi, on voudrait bien vous laisser dormir, Tavernier, croyez-moi.
Allez, sixième édition, vas-y.
Je ne sais pas.
Alors, vous ne voulez pas vous déduire à parler, hein ?
Je veux tout prendre comme un hibis. Tout.
Les femmes, les petites filles, les garçons de café, les amis d'enfance, les
maris trompés.
Mais prenez cet ascenseur.
Non, franchement, c'est idiot.
Si vous trouvez ça idiot.
Bien entendu, je trouve ça bête à pleurer.
Vous êtes mal parti, Tavernier.
Tous les faits, tous les témoignages concordent. Et alors votre histoire d
'ascenseur, ça va faire rire le jury.
Ah, vous êtes mal parti, mon vieux.
À propos, mauvaise nouvelle.
M. Carala a été retrouvé mort ce matin affolé sur son bureau.
C'est un suicide.
Qu'en dites-vous ? Laissez-moi dormir.
J'étais curieux de savoir ce qu'en pense Mme Carala.
Nous nous écartons du sujet.
Tavernier, où avez-vous passé la nuit de samedi à dimanche ?
Ce suicide me bouleverse, me stupéfie littéralement.
Notre président, votre mari, madame, était un homme si dynamique.
Je vous remercie, monsieur, de vous occuper de tous ces détails matériels.
Ce n'est que trop normal.
Quant à la société elle-même, croyez que je saurais défendre vos intérêts.
C'est un peu frais pour y penser, mais il faudra bien y penser.
Quand je songe à cette horrible tuerie de trappe, la même nuit,
Ils étaient bizarres, ces taverniers.
Espérons qu'on le retrouvera vite, lui et sa complice.
Vis-à-vis des touristes, c'est très ennuyeux. Je vous accompagne jusqu'à
votre voiture. Non, inutile, vous avez trop à faire.
Au revoir, monsieur, à demain.
Je te sauverai, Julien.
Madame, vous désirez en un salé ? Votre petite vendeuse n'est pas là.
Véronique, le dimanche, vous pensez son amoureux, le cinéma, le dancing.
Que madame regarde celui-ci... Elle s'appelle Véronique.
Où habite-t-elle ? Quelque chose comme une petite chambre de bonne dans le 15e.
Elle n'a pas fait une bêtise, au moins. Où exactement ? Boulevard de Grenelle,
je crois.
55.
Oui, je vous conseille celui-ci, si vous aimez ce temps de rose qui est très
rare. Il est ravissant.
Mlle Véronique.
Véronique s'il vous plaît à droite, droite et au fond merci
Qu'est-ce que vous voulez ? Ce ne sera pas mortel. Vous en avez trop pris.
Qu'en sauve la vie, la maladresse ? Vous êtes des enfants.
Vous ne savez pas ce que c'est que le Gardénal.
Qu'est-ce que nous ? Vous avez d'abord volé la voiture.
Et puis vous avez tué les deux Allemands.
Elle, on l'a vue. On l'a exactement reconnue. C'est écrit sur tous les
journaux. Qu'est-ce que ça peut vous faire ? J'ai besoin de vous, vivant.
Bien vivant !
Pour prouver que tout ça est faux, faux, faux, faux à crever !
Vous
n'allez pas faire les vidéos ?
Les journaux.
Qu'est-ce qu'ils disent ? Ils racontent n'importe quoi.
C'est pas ma photo ? Non.
C'est M.
Tavernier.
Mais alors ? C'est pas moi ? C'est lui ?
C'est Tavernier ?
Tavernier.
Elle nous racontait des histoires, cette vieille bonne femme.
Mais oui, Véro.
On est sauvés.
C'est exprès qu'on n'ait pas mort.
Mais toi... Toi, il faut te cacher en tabu au motel.
Il faut tout, Louis.
C'est sa photo sur les jours lourds. C'est lui.
Les photos des Allemands.
Quelles photos ? Les photos qu'on a prises au motel.
Tiens, j'ai encore le ticket.
C'est la seule preuve, Véro. La seule.
La deuxième clé, dans le tiroir. Là.
C
'est
un locataire de la maison.
55 Boulevard de Grenelle, chambre de bonne numéro 23.
Je vous dis qu'il est drogué. Il a pris du Gardénal.
C'est lui l'assassin du motel.
Il m'a tout avoué.
Mais je sais ce que je dis.
Qu'est-ce que ça peut vous faire qui je suis ? Tant pis pour vous.
Tant pis si vous êtes aussi bêtes.
C'est vous, le photographe ?
Voilà,
oui.
Non ?
Vous
aussi ? Eh bien, entrez donc.
Voyez-vous, madame, dans un appareil, il y a toujours plusieurs clichés.
Si t'as entendu, Tavernier n'a pas tué les Allemands.
Et je l'accuse d'avoir tué votre mari, Simon Caralin.
Je vous accuse, vous, d'être sa complice. Et plus encore.
Vous voyez, il ne faut jamais laisser les photos traîner.
vous devez me remercier.
Pour les Allemands, Tavernier n'avait aucun alibi.
C'était la condamnation à mort sûre.
Pour l'assassinat de votre mari, ce sera, mettons, 10 ans.
Dans ce cas-là, on n'en fait que 5.
Mais vous, vous, Mme Carala, oh, pour vous, Madame, je crois que le jury ne
sera pas très indulgent.
Et je crois aussi qu'il aura raison.
Plus d'âge, plus de jour.
Je vais dormir.
Je me réveillerai seule.
Dix ans, vingt ans.
Pas indulgente, je n'étais pas indulgente.
Je sais que je t'aimais tout de même.
Je ne pensais pas qu'à moi.
Tu vas bien, content.
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