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Excusez-moi. Vous êtes si pressé ? Excusez-moi.
Alors, ça n'a pas marché ? Heureusement, celui-là est trop beau. Avec lui, ce ne
serait plus un métier.
Tu me reconnaîtras, non ? C'est pas étonnant.
Comment tu me reconnaîtrais ? Depuis ton mariage, on s'est perdu de vue.
La copine.
Il est donc content de me revoir.
Oui.
Tu prends quelque chose ? Un whisky et mon
barotage.
Est-ce que tu es resté beau tout de même ? La copine.
Mais pourquoi n'es-tu plus jamais revenu à la maison ? A cause de ta mère.
Elle a dû trouver que je t'ai resté trop lié avec Léa. Alors tu comprends vis-à
-vis de ta femme.
Pauvre gosse.
On peut dire que tu l'as eu ton calvaire.
Moi, je dis que c'est un calvaire.
Une mère comme la tienne pour un fils comme toi.
Un enfant qui n'a jamais rien eu à se reprocher avant son mariage et après.
Un enfant tranquille et tout, qui n'est pas passé par contre six mains et qui a
su garder son patrimoine intact.
C'est initial.
Comme sur le nécessaire en écaille blanche.
Comme sur le papier à lettres.
Rien ne t'échappe.
Mais oui, c'est Léa qui me l'a donnée.
Elle m'a dit, c'est trop femme pour moi, maintenant, ces bibelots-là.
Qu'est-ce que tu veux que j'en fasse avec ma figure de gros gendarme ? Tais
-toi ! Ah oui, bien sûr.
Dans le fond, tu as bien fait de ne jamais chercher à la revoir.
Je l'ai revue.
Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ? Je viens de chez elle.
Qu'est-ce que tu veux me dire ? Après ton départ, elle a été découragée, cette
femme.
Elle s'est laissée aller.
C'est comme si je ne l'avais pas reconnue.
C'est la vie.
On ne peut pas être et apparaître.
Elle s'est défendue longtemps.
Quand même, les gars, elle a presque mon âge.
Ce n'est pas vrai.
Ce n'est pas possible.
Si tu veux.
Je te demande pardon.
Ah bon ?
C'est drôle. L'autre jour, j'ai regardé des vieilles photos de Léa.
Et j'ai trouvé celle que la baronne a faite chez ta mère. Tu te souviens ? Si
tu es à côté de Léa.
Quelle coupe vous faisiez tous les deux.
Mais un veille sorti des mains du créateur.
La copine.
Cette photo-là, tu l'as encore ? Bien sûr, c'est moi.
Allons-y.
Quoi ? Allons-y tout de suite.
Hé, qu'est-ce qui te prend?
Viens, mais viens d'aujourd'hui. Viens, viens.
Là,
c'est ici.
Tiens, une seconde, parce que l'ampoule de l'entrée est cassée.
Viens, entre.
Débarrasse-toi.
Tu vois, c'est modeste, mais c'est douillet.
Quand je te disais que tu serais en pays de connaissance,
J'étais sûre que ça te ferait plaisir.
Ah, elle ne te l'avait pas donnée, celle-là.
Une déesse, une fée là-dessus.
Et comme c'est bien elle tout de même.
Léa.
C'est sa planète des dragues en 95.
L'année où le secrétaire du Gilles Blas l'a traité de chère artiste.
Tu sais ce qu'il lui a répondu ? Artiste.
Oh, mais vraiment, mon cher ami, mes amants sont bien d'abord.
Montre-moi les autres photos.
Figure-toi qu'elle voulait toutes les brûler.
Sous prétexte qu'à présent, ça n'intéresse plus personne de savoir
comment elle a été.
Ouf, mon sang s'est révolté. J'ai jeté des cris d'enfer et elle me les a peut
-être laissés.
Donne, allez, donne.
Attends, attends, tu mélanges tout.
Viens.
Voilà justement celle dont je te parlais tout à l'heure.
Celle que la baronne a faite chez ta mère.
Cet après-midi-là, je m'en souviens comme si c'était hier.
Je passe.
Parole. Je passe.
Parole.
C'est le dernier culot. Ah, à toi de donner. Vote un Louis de mieux.
Ouverture aux dames. Merci.
Tu te souviens, Léa, quand j'ai donné un chéri à un abbé passecteur ? Il ne l'a
pas gardé longtemps.
Impossible, c'était impossible, cette robe noire qui traînait partout dans la
maison.
Ça me faisait comme si j'avais recueilli une parente pauvre. Et Dieu sait si j'ai
rien de plus attritant qu'une parente pauvre chez soi.
À toi de parler.
J'ouvre.
Dis-lui.
Journante 25.
Je passe. Et pas une paire. Pas une paire.
Je passe aussi.
Combien de cartes ? Une carte.
Pas de carte servie.
À quoi de parler ? Pour ne pas faire à foin Mme Peloux qui boit à elle seule.
Alors, on ne dîne pas ensemble ? Qu'est-ce que tu fais ce soir ? Ça ne te
regarde pas.
Bien, Elisa.
Ah, voici notre belle amie, la ravissante Marie-Laure.
Excusez-moi, je ne vous entends pas.
Bonjour,
Marie-Laure. Bonjour.
Toujours aussi adorable.
Bonjour, chérie.
Elle est un peu timide, n'est-ce pas? Elle n'a pas encore l'habitude du monde.
Mais elle a toujours vécu si enfermée, si seule.
Bonjour, Marie-Laure.
Bonjour. Mon Dieu, vous êtes belle.
Il n'y a rien d'aussi parfait que vous.
Ma fille, Edmé.
Vous vous souvenez ? J'aurais dû vous reconnaître, mon enfant.
Une pensionnaire change si vite.
Vous voilà libre de tout, pensionnaire.
Je crois bien. On ne peut pas laisser éternellement sous le boisseau cette
grâce, ce charme, cette merveille de 19 ans.
18 ? Si tu veux, ma belle, si tu veux. Asseyez-vous.
Il faut la marier, cette grande enfant. Il faut la marier. Ils iront tous à la
noce. Touchée.
C'est bien la fille de Marie-Laure.
Alors indiscrète, parce que la mère, elle éclate pas.
Voyons, mes amis, de quoi parlions-nous quand cette bonne Marie-Laure est
arrivée ? De l'éducation du chéri.
Oh, il m'en a donné du souci, celui-là.
Tu te souviens, Marie-Laure, quand il s'est sauvé du collège, la nuit où elle
me faisait sa première communion ? Ah, pour nos autres mères, quel calvaire que
la vie ! À 15 ans, c'est tout juste, il savait lire et écrire.
Je suis sûre qu'il savait déjà très bien compter.
Touchée. Qu'est-ce que vous dites, baronne ? Je saluerai vous, Charlotte
Peloux, la seule femme de meurtre légère.
qui est osé élever son fils en fils de grue.
Dites donc, baronne, tout de même.
Femme d'un autre âge, vous ne lisez pas. Vous ne voyagez jamais.
Vous vous occupez de votre seul prochain.
Et vous avez fait élever votre enfant par les domestiques.
Comme c'est dur, comme c'est grand.
Vous devenez complètement gâteuse, ma pauvre baronne.
Qu'est-ce que vous voulez, Charlotte ? C'est de l'autre âge.
Allons, allons-y.
Déjà ? Oh non, on nous attend pour le thé. Nous reviendrons bientôt.
Au revoir.
C'est ça, c'est ça.
On va se revoir.
On va se revoir.
Chéri, mon amour, reconduis Marie-Laure jusqu'à sa voiture.
Jeudi, vous venez déjeuner jeudi.
Jeudi, vous venez déjeuner. Léa, tu viens aussi déjeuner jeudi.
Attends du mal à l'autre, je viendrai.
C'est ça, on ferait une balade en auto. Oui, oui, et il se mettra devant avec
chéri, il nous mènera et nous nous irons derrière.
Place à la jeunesse, place à la jeunesse.
Touché.
Dis-donc, Léa.
Une croix de fac, ma chérie, et la petite peau.
Ah, rien.
Ce qu'ils sont jolis, tous les deux.
N'est-ce pas, Léa?
Ah, Vincent.
Mais cette Marie-Laure, quelle beauté. Quelle beauté, quelle beauté.
C'est vrai qu'elle a été très jolie.
Touchée. A été.
Mais c'est de la jeunesse même.
La jeunesse même. Pardon, pardon.
Marie-Laure a eu une nuit en 95.
Non, en 94.
C'est à ce moment-là qu'il avait fichu le camp avec un professeur de chant et
plaqué Calibé, qui lui avait donné le fameux diamant rose.
Non, non, mais attends ! C'était un an plus tôt ! Ce serait trop beau un après
-midi comme ça, s'il n'y avait pas la voix de ma mère.
Touché.
Allons, venez par ici maintenant.
Une seconde, une toute petite seconde. C'est curieux, baronne, à votre âge, d
'avoir encore de ces manies.
Viens, Maléa, viens.
Quand on ne veut plus avoir de vie, il faut bien se consoler.
Et puis, ce ne sont pas des manies, ma belle, mais des souvenirs.
Thierry ? Thierry, viens à côté de nous.
Léa, un peu plus à gauche.
Plus près de Thierry.
Là, voilà.
Vous verrez plus tard, vous êtes bien contentes quand vous les retrouverez,
les petites photos.
Attention, ne bougeons plus.
Un, deux...
Elle portait du linge de princesse, tu te rappelles ? Et au temps où la mode n
'était pas comme aujourd'hui, au linge plat, c'était des ruchers, des ruchers,
une écume, une neige. Et des pantalons, mon petit, à vous donner le vertige.
Chéri, tu dors ? Non.
Qu'est-ce que tu as ? Rien.
Tu veux coucher ici ? Non, pourquoi ?
Je ne sais pas moi si tu es fatigué.
Je vais te faire du café.
Non, je ne peux pas.
Si, si, ça te fera du bien.
Léa, donne-le-moi ton collier de perles.
Tu m'entends, Léa ? Rendonne-moi ton collier.
Il me va aussi bien qu'à toi, tu sais, et même mieux.
Laisse-toi, chérie.
Tu as assez joué avec ce collier.
Je m'amuse.
Tu as peur que je te le vole ? Non, je n'ai pas peur.
Mais tu fatigues le fil du collier.
Les perles sont lourdes.
Elles le sont.
Il ne s'est pas moqué de toi, celui qui t'a donné ce meuble.
Bon, ce collier.
Tu entends ce que je te dis ? Oui, oui, j'entends.
Je sais si bien que tu es à peur, je te le prie. Non, mais si je te le donnais,
tu serais bien capable de l'accepter.
Et comment ? Je suis au-dessus des conventions, moi.
Je trouve idiot qu'un homme puisse accepter d'une femme une perle en
épingle ou deux pour des boutons et se croire déshonoré si elle lui en donne
50. 49.
49. Je connais le chiffre.
Mais dis-le donc, ça me va mal.
Dis-le donc, je suis laid.
Non, je ne le dirai pas.
D'abord parce que tu ne le croirais pas.
Tu as l'air mauvaise quand tu ris.
Tu ris ? Pas par méchanceté ou par moquerie.
Ça te rend laid.
Tu es souvent laid.
C'est pas vrai.
Alors, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est donc
? Non, non, non, chérie.
Tu déjeunes chez ta mère, il est presque midi.
Non.
Mais toi aussi ? Pour moi.
J'irai prendre le café vers 2h, ou le thé vers 6h, ou fumer une cigarette vers
8h avant le quart.
Néon, je sais.
Je sais pourquoi tu ne veux pas venir.
Nous avons la belle Marie-Laure et sa poison d'enfant.
Ah oui ? Charmante, la petite.
Manque la mère, mais charmante.
Allez, va t'habiller.
Rose, vite mes affaires ! Je déjeune chez Mme Peloux.
C'est ça.
Un lac dans la salle de bain, une serviette à la nage, des raclures de
rasoir dans la cuvette et maintenant M. Ebris.
Et oui, mon épingle.
Boîte de malheur.
On va revoir ses bijoux à présent.
C'est le chef qui l'a mis dans sa cravate pour aller faire le marché.
Oh, c'est charmant.
Et mes bottines ? Lesquelles ? Mes bottines dedans.
Je te le fais pas dire.
En attendant, je veux mon épingle et mes bottines.
Oh, que faire ? On ne met pas d'épingle avec un veston.
As-tu déjà chaussé ? J'en ai assez.
Personne ne s'occupe de moi si j'en ai assez.
Eh bien, va-t'en.
On dit ça.
Pas tant.
J'ai toujours eu horreur des invités qui pêchent la cuisine et qui collent le
fromage à la crème contre les glaces.
Va chez ta sainte mère, mon enfant.
Et reste-y.
Enfin, que je ne veux plus rien dire.
Au moins, tu me prêtes l'auto pour aller à Neuilly.
Non. Parce que ? Parce que je sors à deux heures et que le chauffeur déjeune.
Et où es-tu à deux heures ? Remplir mes devoirs religieux.
Mais si tu veux trois francs pour un taxi.
Imbécile. Je vais prendre le café chez madame mère à deux heures.
T'es pas content ? On me refuse tout, on me cache mes affaires.
Tu ne sauras donc jamais t'habiller tout seul.
Oh là là, cette cravate.
En fait, c'est bien assez bon pour la belle Marie-Laure et sa femme.
Et tu voulais encore une perle.
Je ne
te
revois plus. Jamais ? Jamais.
Tu ne bois pas ton café ? Non, merci.
Oh, mais tu adores, c'est du café frais.
Il a un arôme qui transporte aux îles bienheureuses.
Tu rentres chez toi ? Oui, au revoir, merci.
Si tu veux revenir, tu connais le chemin.
Oui, je connais le chemin.
Ça me ferait plaisir.
Oh, c'était pas pour ça que j'étais... Au revoir, la copine.
Dis-moi, chéri...
Ta femme ne te cherche pas de raison quand tu rentres tard comme ça ? Non,
pourquoi ? Je ne fais rien de mal.
Oui, bien sûr.
D'ailleurs, avec Edmé, on a réglé ça une fois pour toutes.
Il y a longtemps.
Alors, un séjour, hein ? Je ne sais pas, je verrai.
Cette panoplie ne m'intéresse pas. Relève ça.
Ça ne fait rien, chérie. C'est ton cas.
Et puis, je suis contente d'avoir tout mon petit fourbi sous les yeux, là,
comme ça, bien en ordre.
L'arsenal du rêve. La porte des illusions.
L'autre soir, quand tu es partie, j'étais sûre que tu ne reviendrais plus.
Que tu allais encore disparaître pendant des années.
Et puis, tu es là.
Tu sais, j'ai retrouvé d'autres photos.
Bon.
Il y en a une épatante.
C'est à l'époque de ses débuts.
Moi, je suis pour les portraits flatteurs. Et un portrait comme celui
-là, c'est à joindre les mains et à croire en Dieu.
Donne.
Lève un peu le truc de la lampe.
Encore, encore.
Là.
C'est bien, hein ? Moi, je le trouve pas épatant.
Oh. Montre l'autre.
Ah, c'est la robe bleue marine.
Et le chapeau avec les mouettes.
Oui, c'est les mouettes qui les finissent, les chapeaux.
On est bien chez toi, la copine.
Tout de même.
Toi qui as un hôtel particulier à Neuilly.
Tout le monde vit à Neuilly.
Évidemment. Il y a ta mère.
Mais ta femme... T'aimes-m'ai ? Oui. Elle est pire.
Elle te fait souffrir ? Souffrir, non.
Comment ? Pourquoi ? L'ennemi, c'est comme si il n'existait pas.
Alors ? Alors, rien.
Charlotte aura fait ton malheur avec ce mariage.
Mais Léa, t'es d'accord ? Pourquoi ta mère ne me l'a-t-elle pas appris elle
-même hier soir au dîner ? Elle trouve plus convenable que ce soit moi.
Non.
Qu'elle dit.
Edouard. Moi, quoi ? Tu trouves ça aussi plus convenable ? Ah, oui.
Oui, c'est mieux, voyons.
Qu'est-ce que tu as ? Je n'ai rien.
Je n'aime pas cette pluie.
Ah bon, je croyais que... Vous croyez ?
Je croyais que tu avais de la peine.
Que j'avais de la peine parce que tu vas se marier ? Oh non, écoute, tu es
trop... Tu as tort de fumer avant déjeuner. C'est la barbe.
Une chance que je passe bientôt la consigne à une autre pour le tabac.
Mais elle ne m'a pas voué au chapitre.
Je l'épouse, n'est-ce pas ? Qu'elle baisse la trace de mes bras et qu'elle
bénisse sa destinée, puis ça va comme ça.
Cette petite, pourquoi l'épouses-tu ? Tu comprends, ma chère... Ah non ! Appelle
-moi Madame ou Léa.
Je suis ni ta femme de chambre, ni un copain de ton âge.
Ecoute, Nounoune, tu me demandes de t'expliquer.
N'est-ce pas ? Il faut faire une fin.
Tu parles comme une cocotte.
Et puis, il y a de gros intérêts en jeu. Lesquels ? Les miens. La petite a une
fortune personnelle. Et toi ? Moi, j'ai plus.
Alors, tu n'as pas besoin de son argent ? Non, besoin.
Ou besoin.
Tu sais bien que nous ne comprenons pas l'argent de la même façon.
C'est une chose sur laquelle nous ne nous entendons pas.
Je te rends cette justice que tu es un sujet de conversation que tu m'as
épargné pendant cinq ans.
Dis-moi, petit, combien as-tu économisé sur tes revenus depuis cinq ans ?
Sincèrement dit, 50 000 francs par an ? 60 000 ? Ah non, dis ! 60, 70
000 ? Je ne les vaux donc pas ?
Dis-moi, la jeune personne dans tout cela, comment est-elle avec toi
? Elle m'aime, elle m'admire, elle ne dit rien.
Et toi ? Comment es-tu avec elle ? Je ne suis pas.
Je suis un idiot d'amour.
Je trouve que tu t'occupes beaucoup d'elle.
Mais tu ne penses non pas à toi dans ce cataclysme ?
Ah ben, toi, Léa, toi, la victime, enfin, toi, le personnage sympathique de
la chose.
Puisque je te plaque.
Mais, mon cher, je n'ai pas l'intention de rien changer à mon existence.
On dit ça.
Pendant une nuitaine, je retrouverai dans mes tiroirs une cravate, une paire
de chaussettes, un mouchoir.
Et quand je dis une nuitaine, ils sont très bien rangés, tu sais, mes tiroirs.
Tu n'es pas content ? Eh ben, dis-le ! Qu'est-ce que tu voudrais ?
Que j'aille en province cacher ma douleur ? Que je maigris ? Que je ne me
teigne plus les cheveux ? C'est ça que tu voudrais ? Oui.
Bon, pauvre gosse.
Dans ce compte-là, j'aurais dû déjà mourir trois ou quatre fois.
Fais-leur un petit amant.
Changez un nourrisson méchant.
J'ai l'habitude.
Oui, il sait.
Et je m'en fous.
Oui, je m'en fous bien de ne pas avoir été ton premier amant.
Ce que j'aurais voulu, ou plutôt ce qui aurait été convenable, propre, c'est que
je sois le dernier.
Au fond, n'est-ce pas ? Ce que j'aurais dit, c'est pour toi.
Je comprends parfaitement.
Toi, tu t'occupes de moi, moi, je m'occupe de ta fiancée.
Tout ça, c'est très bien, très naturel.
On voit que ça se passe entre grands cœurs.
Allons, je vais m'habiller, je n'ai que ma robe à mettre.
Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse par un temps pareil ?
Sinon, allez chez Schwab te choisir une perle.
Faut bien que je te fasse un canot de noces.
Chouette ! Ah, je sais quelle heure ! Une perle pour la chemise ? Un peu
rosée, hein ? Je sais laquelle.
Mais non, voyons.
Blanche. Quelque chose de mâle.
Oh, si, je sais laquelle.
Quand on la ruine.
On va faire des économies sans doute.
Ah, ça dépend de mon successeur.
Ton successeur ? Quarante sous.
Un paquet de tabac et un verre de cassis le dimanche. C'est tout ce que ça fait.
Pour le régime d'Ottal, le régime d'Ottal, et pourquoi pas le conseil
judiciaire ? C'est une insulte personnelle. Personnelle, vous m
'entendez ? La situation de fortune de mon fils, vous apprenez même que mon
fils n'a pas un sou de dette depuis sa majorité. Et qu'en plus, il a 300 000
francs de rente. Vous oubliez, chère madame, que la dot de ma fille est
garantie par les plantations de canne à sucre que le prince m'a reconnue par
testament.
C'est pas une garantie. On dit que le testament est faux.
La famille peut vous faire un procès.
Madame, je vous interdis. Oh, je sais ce que je dis. Mère adorée de la douceur.
Imite ma charmante belle-mère qui est tout miel et tout sucre. Apprenez,
madame, que la liste des valeurs achetées par mon fils depuis 1910
représente plus d'un million.
Il vaudrait peut-être mieux, chère madame, ne pas mentionner trop les
économies réalisées par votre fils durant ces dernières années.
Madame.
Pas dans l'œil, dans le tien.
Où étais-tu pendant ce temps-là?
Voilà, elle est dans la grande bergère.
Tu étais là ? Qu'est-ce que tu as fait ? Un mot spirituel, naturellement.
Madame Peloux empoignait un objet de prix pour venger son honneur.
Alors je l'ai arrêté.
Et là-dessus, j'ai obtenu la communauté rédvite aux inquiets.
Je suis épatant, hein ? Lille.
Oui. Ah, mais Nounou, il faudra que tu me donnes l'adresse des cœurs à la crème
pour mon nouveau cuisinier.
Toi-même, même pas traité de Macron.
Qui ça ? Harry Lord.
Ah oui, tu crois ? Tu crois que c'est ce qu'elle a voulu dire ? Il me semble.
Bill Miller ! Non mais quel compliment quand on a 300 000 fendrantes.
Et qu'on m'en dise autant quand j'aurai ton âge, et j'en demande pas plus.
Si ça suffit à ton bonheur.
Non, mais ça te fait rigoler.
Voilà, ça te fait rigoler.
Elle l'a dit en huit.
Fantastique. Pourquoi fantastique, Nenu ? Tu n'as réellement pas l'air d'y
songer. Je n'y songe pas, tout est réglé.
La cérémonie à deux heures.
Comme ça, on s'envole pas pour le grand déjeuner.
Five o'clock chez Mme Peloux, puis après, les sleepings, l'Italie, les
lacs. Ça se reporte dans les lacs ? Ça se reporte, oui.
Des villas, des hôtels, des autos, des restaurants.
Enfin, Monte-Carlo, quoi.
Mais elle...
Il y a elle.
Ah, bien sûr, il y a elle.
Il n'y a pas beaucoup elle, mais il y a elle.
Il n'y a plus moi.
Ah, Monsieur Mounoun, il y aura toujours toi.
Monsieur le con.
Il y aura toujours toi, Mounoun.
Dès que j'aurai besoin que tu me rendes un service.
Au voyage de Noce, ta mère a été odieuse avec elle.
Prépare mon 90.
Marquez, marquez, ma bonne amie. Ce que je veux, moi, c'est que tout le monde
soit content.
Crois-tu qu'il fait beau, Maléa ? Direz-vous qu'on est en novembre ? Et qu
'est-ce que je donne à côté de celui qui doit se taper avant d'y aller ? Touchez.
Ce que vous dites, parole ? Rien. Je marque les points.
Qu'est-ce que tu as, Maléa ? Tu n'as pas l'air dans ton assiette.
Mais si, ma lolote.
Il fait si bon chez toi que je me laisse vivre.
Et trop manger.
Je veux maigrir.
Demain, je commence un régime.
Les chagrins ne suffiront pas, ma grande.
Oh là là, mes enfants, donnez-moi deux de ces chagrins-là, que je perde un
kilo.
Vous n'êtes pas tante, Léa.
Léa, tu me feras cadeau de ce chapeau-là quand tu l'auras assez vu.
Comme il lui va bien.
Quand vous aurez fini de faire de l'oeil à Léa, baronne, vous me devrez des
cartes.
Voilà, ma mignonne.
On vous les souhaitons heureuses.
Sous-titrage
Société
Radio-Canada
sur moi pour te raconter des grioiseries, n'est-ce pas ? Si, si, c
'est comme ça qu'on bat, c'est comme ça qu'on prend le péché de l'oreille.
Cette petite canaille en sait quelque chose.
Dis-moi, Charlotte, il paraît que sous la fleur d'oranger, la jeune dame peloue
était un rêve.
Une madone, une madone ! Jamais, jamais on n'avait vu un spectacle pareil.
Mon fils marchait sur des nuits. Quel couple ! Et notre belle-mère, Marie
-Laure ? Elle, déplacée, absolument déplacée, tout en noir, collant, comme
une anguille qui sort de l'eau. On les voyait tous.
Les conseils.
Quels conseils? Les conseils. Oh, ma folie, tiens-moi la main.
Les conseils à la jeune mariée. Qui les lui a donnés?
Ça se faisait peut-être de ton temps, mais c'est un usage tombé.
Tombé? Tombé ou non?
Qu'est-ce que tu peux bien en savoir, ma pauvre Charles?
Oh, Marie, s'il te plaît, dans ta famille.
Tu me cherches, Lili. Tu n'auras pas le mal à me trouver, tu sais.
Je dois le respect.
Et pour cause.
Sans quoi?
Sans quoi? Tu te marierais rien que pour me donner un démentif.
C'est pas difficile de se marier, va. J'épouserais bien Bruno, moi, s'il était
majeur. Non.
Oui, ma chère princesse. La piccola principessa.
Piccola principessa. C'est comme ça qu'il m'appelle, mon petit prince.
Seulement, voilà, son père.
Mon père, le duc de Paris, va me mettre au couvent si j'épouse Gélie.
Au couvent?
Oh non, au couvent!
Ce sont des sauvages.
Impossible ! Aussi, je t'ai trouvé un drôle d'aile. Raconte-nous, ma belle,
raconte-nous ! Non, non, non, c'est trop tôt, ça gâcherait tout. C'est mon
script.
Madame est malade ? Non, écoeurée, c'est pire.
Madame voudra dîner.
Une tasse de chocolat bien réduit avec un jaune d'oeuf dedans et des rotis.
Viens, madame.
Rose. Madame.
Tu connais madame Peloux ? Tu connais la copine, tu connais la vieille Lily ?
Oui, madame.
A laquelle des trois me faudra-t-il ressembler dans quelques années ? Oh,
madame est sûrement malade.
Peut-être.
Dis-moi, Rose, diverses annonces mauvaises ici.
On va changer d'air, on va aller manger de la cuisine à l'huile au soleil.
Madame, on mène l'auto ? Bien sûr.
Je veux toutes mes commodités.
Sans le nom, je pars toute seule.
C'est un voyage d'agrément.
Madame a bien raison. On n'a jamais le plaisir qu'on se donne.
Sais-tu, Trésor Aimé, que je ne te trouve pas très bonne mine.
Non, ça c'est la nuit en chemin de fer.
Alors,
elle est partie quand ? Qui ça, mon chéri ? Léa.
Ah, vers la fin novembre.
Et tu ne sais pas avec qui ? Mais non, figure-toi, c'est un mystère. Un mystère
angoissant.
Aimé ne descend pas ? Non, elle déjeune dans sa chambre.
Alors, tu ne sais pas qui c'est ? Mais qui donc, ma merveille ? Ah oui, enfin,
le type avec qui elle est partie.
Ah, non, non, personne ne le sait.
Pourtant, tu me connais.
J'ai bien recueilli par-ci, par-là, quelques petits renseignements, quelques
potins. Quels potins ? Il s'agirait d'un jeune homme peu recommandable, tu m
'entends ? Mais très bien de sa personne, par exemple.
Oh, très bien de sa personne.
Ah, tiens, je vais me recoucher. Tu me donnes sommeil.
Tu as vu, mon ange ? J'adopte le genre à gueule, maintenant.
Ce bonnet-là, tu l'aimes ? Il fait 18e, n'est-ce pas ? Du Barry ou Pompadour ?
De quoi ai-je l'air ? Vous avez l'air d'un vieux forçat.
C'est pas des choses à faire. Viens, on prévient. Oh ! Qu'est-ce
que tu fais là ?
Je range.
Voilà, Fred.
J'ai voulu de bonne foi ranger, trier.
Et puis le poison est venu.
La tentation.
La mauvaise pensée.
Je te demande pardon.
J'ai touché à des choses qui ne m'appartiennent pas.
Ah oui, tu cherchais... Tu cherchais des lettres d'amour.
Mes lettres d'amour.
Ce n'est que ce que je mérite.
Tu ne me garderas pas trop aucune frais.
Des lettres d'amour.
C'est crevance. Je n'ai pas de lettres d'amour.
Pourquoi veux-tu que... Je ne peux pas avoir de lettres d'amour puisque je...
On attend.
Si, pourtant, une fois je me souviens, je n'avais pas voulu aller à la
Bourboule, alors... Attends, attends.
Ça, c'est pas fort.
Qu'est-ce que j'en ai fait ? J'aurais jugé que c'était dans le tiroir du haut
à gauche.
Tu n'as rien trouvé ? Tu n'aurais pas pris une lettre qui commençait par...
Non, je ne m'ennuie pas.
D'ailleurs, on devrait toujours se quitter huit jours par mois.
Et puis qui continuait par je sais pas quoi à propos d'un chèvrefeuille qui
grimpait à la fenêtre.
Mais non, je n'ai rien pris.
Depuis quand suis-je capable de prendre ? Une lettre qui était si précieuse, tu
l'as donc laissée traîner ? Une lettre pareille.
Vous n'avez pas besoin de te demander si elle était de Léa.
Qu'est-ce que c'est que cette vieille femme ?
Là,
là, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est dans là ?
Ce n'est pas ça, je ne sais pas ce que tu veux.
Mais comment est-ce que je veux ? Comment ? Suis-moi bien.
Ah non, non.
Oh non, je connais cette voix-là.
Je connais cette figure-là.
Je sais que tu vas me démontrer que tu as l'œil fait comme un surmulé.
Et puis la bouche en forme de trois cochés sur le dos.
Ah non, je ne veux pas.
Écoute-moi donc, mon Dieu.
Je voudrais savoir ce que tu me reproches.
Est-ce que j'ai une chambre à part ? Est-ce que je ne te fais pas bien l
'amour ? Tu appelles ça l'amour ? Il y a d'autres mots, mais tu ne nous apprécies
pas.
Est-ce que tu appelles l'amour ? Est-ce que ça ne peut pas être justement une
espèce de... d'alibi ? Je
généralise, Fred, tu comprends ? Ça, c'est la gaffe.
Ça parle et pour dire quoi ? Ça se permet, ma parole ? Fred, tu ne me
parleras pas deux fois sur ce ton-là.
Pour qui me prends-tu ? Mais pour une gaffeuse.
Est-ce que je viens pas l'avoir l'honneur de te dire ? Ça montre qu'il
faut jamais blesser un homme dans ses faveurs. Tu oses m'exprimer ainsi.
Tu m'as blessé dans mes faveurs.
Tu parles comme une cocotte.
Oh, pardon, pardon. Je vous ai pas très dit en affirmant que c'est vous qui
pensez comme une grue.
Et alors ça, je m'y connais un peu.
Cocotte, c'est une dame qui s'arrange généralement pour recevoir plus qu'elle
ne donne.
Vous m'entendez, oui ? 19 ans, la peau blanche, les cheveux qui sentent la
manie. Et puis on lit les yeux fermés, les bras ballants. Tout ça, c'est très
joli, mais est-ce que c'est rare ? Croyez-vous que ce soit bien rare ?
Possible que ce ne soit pas rare.
Mais comment pourrais-tu le savoir ? Moi, j'ai vu des hommes plus beaux que
toi. En Italie, ça court les rues.
Tu crois ? Mais 19 ans, valse de la voisine. Un joli garçon vaut un autre
joli garçon.
Va, va, tout peut s'arranger.
C'est pas si simple.
Pourquoi ? Il y a des divorces rapides en y mettant le prix.
Ça n'arrangerait rien.
Parce que ? Parce que ? Parce que tu m'aimes, pauvre idiote.
Essayons de comprendre, ma petite Annie.
C'est le fils pelou.
Tu t'en rends pas compte ? Non.
Ce n'est pas toujours cela qui en donne de plus.
Annie, tu me connais. Je te demande ça comme un service.
Tiens, essaie cette poudre-là.
Elle est plus claire, elle tira mieux.
Tu commences.
Ça ne peut pas durer.
Moi, il me fait peur.
Voilà plus d'un mois qu'il vient ici, toutes les nuits. C'est peut-être un
timide. Un timide, chérie.
Oh, mais bien que tu ne le connais pas.
Oh non, ce n'est pas le genre.
Ambitieux.
Un vicieux. D'après toi, est-ce que ça ressemble à un homme qui arrive, s
'installe sur ce divan, réclame ses pantoufles, sa robe de chambre, boit du
café fort et regarde deux photos ? Ah, mais non, même pas.
Des photos convenables, comme des photos de famille.
Arrache tes lèvres, elle s'en sort pas.
Non, on fait rien, on bavarde. Des fois, il dort, des fois, il fait semblant.
C'est un rigolo.
Alors tu as pensé à moi pour le distraire.
Voilà.
C'est un homme comme les autres.
Il doit s'ennuyer chez lui.
Chéri n'est pas un homme comme les autres.
Ah, ils disent tout ça.
Je ne suis pas un homme comme les autres. C'est vrai.
Des fois, ils sont pires.
Le voilà. Allez, mange tout ça. Vite, vite.
Bonsoir, chéri.
Bonsoir.
C'est une amie, une jeune amie qui est venue me voir.
Annie, viens, viens mon petit, viens.
Je lui ai beaucoup parlé de toi et elle serait ravie de te connaître.
Annie, permets-moi de te présenter... C'est fini, c'est mon amitié.
Voilà de manière... La commune m'ont cassé, enlève-moi ça.
Oh, mais c'est pas pour dire, tu me la copieras. Tu vois bien qu'il n'est pas
comme les autres. Allez, va, va, va.
Elle est partie ? Oui.
Je croyais bien faire.
Si tu préfères qu'on fasse venir une ou deux amis du bon temps.
Personne. Ou bien change de crèmerie.
Assieds-toi.
Parle-moi d'elle.
Raconte. Tu as quand-à l'air venu du midi.
Oui.
Bon, attends, je vais d'abord chercher le café.
Tu sais ce que m'a écrit la copine ? M. Peloux a affiché le corps.
Il a laissé sa femme.
Madame ne m'envoie pas surprise.
Le divorce sera plus gai que le mariage.
Ils portaient tous le diable en terre.
Ah, mon foison d'enfant.
Le mauvais gosse, crois-tu.
C'est dommage pour M. Peloux.
La notte, les femmes, manger à n'importe quelle heure, boire trop.
Il va s'abîmer.
On s'en serait une fois.
C'est pas dur.
Rose, il y a quoi à nous occuper dans la maison ? Tu as vu le rideau de dentelle
? Oh, ce n'est rien, madame n'est pas remontée à la lingerie.
Et c'est tout de même bien curieux que je laisse Amélie 28 et suivaires et que
j'en retrouve 22.
Non. C'est comme je dis à madame. Ça va changer, Rose.
Ou alors je vais à la tête de m'en aller si longtemps.
Rose,
je ne suis qu'un vieux trottin.
Oh, Madame exagère.
Mais enfin, Ernest, puisque je voulais qu'elle m'attend. Mais vous savez bien
que je suis de la famille.
Enfin, enfin, je t'entends, Maléa, ma grande.
Plus belle que jamais. Plus mince que l'an dernier.
Attention, Maléa, pas trop maigrir à nos âges, comme ça, mais pas plus. Et même,
mais quel plaisir de te revoir.
Moi aussi, Charlotte.
Que je t'embrasse, ma grande.
Que je t'embrasse.
Nous allons recommencer notre bonne petite nuit.
Sans chéri, naturellement.
Naturellement, puisqu'il est parti.
Non, il est rentré.
Oui, hier soir.
Hier soir.
Hier soir.
Assieds-toi, ma Charlotte.
Tu sais, Maléa, si l'ambition de toute ma vie a été la paix et la tranquillité,
eh bien, je les ai maintenant.
Tu permets, il faut que je m'habille. Mais bien sûr, ma grande, bien sûr.
En somme, la fugue de chérie, c'était une espèce de gourme qui l'achetait.
Loin de moi l'idée de te le reprocher, mais reconnais qu'entre 19 et 25 ans...
Il n'a guère eu le temps de mener la vie de garçon.
Eh ben quoi, il a mené un mois la vie de garçon. La belle affaire.
Ça vaut même mieux.
C'est une assurance qu'il donne à sa jeune femme.
Juste. Juste le mot que je cherchais. Une assurance.
Et tu sais, Maléa, quand un peu lourd rentre à la maison après avoir fait la
bombe, il n'en sort plus.
C'est une tradition de famille.
D'ailleurs, il a dit très bien aussi dans sa maison.
Sa petite femme.
En voilà une.
Tu sais si j'en ai vu des petites femmes.
Eh bien, j'en ai pas vu une qui dame le pion à elle-même.
Sa mère est si remarquable.
Mais songe, songe, ma grande, que chérie venait de me la laisser sur les bras
pendant près d'un mois.
Entre parenthèses, elle a eu la chance que je sois là.
C'est précisément ce que je pensais.
Eh bien, ma chère, pas une plainte, pas une selle, pas une démarche maladroite.
Rien, rien.
La patience même, la douceur. Un visage de sainte, de sainte. C'est effrayant.
Eh, tu crois?
Que quand notre brigand d'enfants s'est amené tout souriant hier soir, comme s
'il n'était un tour au bois, tu crois qu'elle s'est permis la moindre remarque
? Rien. Pas ça.
Aussi lui, qui au fond devait se sentir un peu gêné. Oh, pourquoi ? Oh, tout de
même, voyons.
Il a trouvé l'accueil charmant. L'accord s'est fait dans la chambre à coucher.
Bon, comme ça, sans attendre. Ah, je t'assure qu'il n'y a pas eu dans le
monde pendant cette heure-là une femme plus heureuse que moi.
Sauf Edmé, peut-être. Oh, à quoi m'as-tu pensé, voyons ?
Eh bien, tu vois, je crois maintenant en l'avenir de mon fils.
Il aimera son intérieur comme je l'aime.
Il gérera sa fortune.
Il aimera ses enfants comme je l'ai aimé.
Ne prévois donc pas tant de choses tristes.
Comment est-il en ce moment ? Imperturbable. Quand il a ce que je veux
de toi, il m'a... Comment il le sait ? Bien sûr, il le sait.
Mais il ne faut pas rougir comme ça, ma grande.
Es-tu enfant ? D'abord, comment as-tu su que j'étais revenue ? C'est lui qui me l
'a appris.
À croire qu'il était à ta maison.
Ton tour.
C'est drôle.
Il me l'a dit ce matin au petit déjeuner.
Croit-on que je teune, ma grande ? Il a même ajouté, Madame Peloux, vous me
feriez très plaisir en allant prendre des nouvelles de nounoune.
Il t'a gardé une telle affection, ton enfant.
C'est gentil. C'est gentil, mais c'est naturel. Un homme n'oublie pas une femme
comme toi, Maléa.
Et veux-tu tout mon sentiment ? Tu n'aurais qu'un signe à faire. Mais je ne
veux pas tout ton sentiment.
Ah, je te comprends. Et je t'approuve.
Quand on a arrangé comme toi sa vie autrement, je ne peux même pas parler de
toi.
Heureuse. Heureuse. Grand amour. Beau voyage.
Il est gentil. Mais ça me tente.
Non, non.
Tu ne sors à rien.
Cherche. Tu n'as non plus de police, Charlotte.
Mais je ne me fie à aucune police.
Ce n'est pas parce que celui-ci ou celle-là m'auront raconté que tu as
éprouvé une nouvelle déception, que tu as eu de gros ennuis, même d'argent.
Oh non, les ragots.
Tu sais ce que j'en fais.
Personne ne le sait mieux que moi, ma lalote.
Porte sans inquiétude.
Et dissipe celle de nos amis. Je m'en vais, je m'en vais, ma Léa. Mais je
reviendrai. Je l'espère bien.
Encore une bise, ma grande.
Dieu, tu sens bon.
Tu as remarqué que lorsqu'on arrive à avoir la peau moins tendue, le parfum y
pénètre mieux.
C'est bien agréable.
À bientôt.
En perdant toi, ta vieille maîtresse ici, et moi, mon scandaleux jeune amant,
nous avons perdu ce que nous avions de plus honorable sur la terre.
Il y aura toujours toi, Nounoun.
Où est mon épingle ? Où est le malheur ? On barbote les bijoux à présent.
Il y a elle, bien sûr.
Il n'y a pas beaucoup elle, mais il y a elle.
Deux fois, depuis ce matin au roi, j'ai cru apercevoir chéri. Ce n'était pas
lui.
Troisième fois, ça aurait été lui.
Ce n'est pas la peine d'insister.
Madame a peur de rencontrer M.
Belou ? Non, mais... Je ne me sentais pas d'attaque aujourd'hui. Je suis
molle. Madame se fait des idées.
Depuis quelque temps, je ne comprends plus, madame.
Ma peau grosse est bien faite pour moi.
On ne regarde pas un amant sept ans à mon âge.
Il m'a gâché tout ce qui restait de moi.
Voici Rose, une liaison de sept ans.
C'est comme de suivre un mari aux colonies.
Quand on a envie, personne ne vous reconnaît.
Et on ne sait plus porter la toilette.
Pour ça, madame peut être tranquille.
Madame n'a plus besoin de moi ? Non, Rose.
Bonsoir. Bonne nuit, madame.
Bonsoir. Voilà une manière d'entrer.
Tu pourrais ôter ton chapeau et dire bonsoir.
Bonsoir.
Je vais oublier de tendre les clés.
Tu peux m'asseoir, oui ? Si tu veux.
Ça ne te gêne pas ? Veux-je savoir si tu as l'intention de rester longtemps ?
Je ne te demande même pas pourquoi tu te permets de rentrer chez moi à l'ennemi.
Tu peux me le demander.
Ça ne m'intéresse pas.
Ah, tu ne sais pas ce que je viens faire ici.
Tu ne veux pas savoir ce que je viens faire.
Je rentre.
Bon, tu rentres. C'est très joli.
Qui a-tu consulter pour ça ? Moi.
Pourquoi ne m'as-tu pas demandé mon avis ? Je suis une vieille camarade qui
connaît tes façons de petit rustre.
Comment n'as-tu pas pensé en entrant ici que tu pouvais pas gêner quelqu'un ? Tu
comprends ce que je veux dire ? Très bien.
Le monsieur n'est pas rentré.
Monsieur des couches ! Ce ne sont pas tes affaires, petit.
Ne mets pas ta cendre là-dedans.
Je te le dis toujours, combien de fois pourra-t-il te le répéter ? Quel que
soit le cas.
C'est une émeraude.
Je ne suis pas aveugle.
Je veux dire, qu'est-ce qu'il te l'a donné ? Je ne le connais pas.
Charmant. N'est-ce pas qu'elle est charmante ? On m'en fait des compliments
partout.
Et la monture.
Tu as vu ce certissage de brillant ? Assez !
Qu'est-ce que tu veux faire avec ce téléphone ? Téléphoner au commissariat ?
Allez, allez, ça va bien.
On ne peut rien dire sans que tout de suite tu fasses un grave.
Demande pardon.
Qu'en suis-je ? Je ne te force pas.
Tu vas t'en aller tout de suite.
Pardon. Plus que ça.
Pardon.
À la bonne heure.
raconte. Qu'est-ce que tu veux que je te raconte ? C'est pas compliqué ? Je
rentre ici, voilà.
Alors va, raconte.
Mon vie, mon méchant.
Tu es venu.
Fais ce que tu as encore fait.
Tu es si méchant, ma beauté.
Non, non, chérie.
Je te retrouve.
Ton épaule.
Et ton petit goût de brûlé dans les cheveux.
Mauvaise bête.
Mauvaise bête.
C'est ça, gueule-moi, non, non.
Tu m'aimais donc.
Oui, non, non.
Dis-moi, petit, tu n'as pas fait de mal, là-bas ? Chez moi ?
Ah, non, non, non, non.
Non, pas du tout, je te jure.
Une seule ? Mais non, non, non, je...
Moi, je suis parti parce que je suis parti.
La petite est très gentille, tu sais.
Il n'y a rien de nul.
Alors ça, je ne mettrais pas ma main au feu qu'elle n'a pas eu une idée, par
exemple. Elle avait ce soir ce que j'appelle sa tête d'orpheline.
Je crois même qu'elle a dû me voir traverser le jardin.
Oui, elle était à la fenêtre dans sa robe en jet blanc.
Cette robe qui me donnait envie de ficher le camp depuis le dîner.
Non. Mais si, nounoune.
Je ne sais pas si elle m'a vue.
La lune n'était pas levée quand je suis parti.
Elle s'est levée pendant que j'attendais.
Tu attendais ? Où attendais-tu ? Là.
J'attendais, tu comprends ? Je voulais voir.
J'ai attendu longtemps.
Quoi ? Je voulais être sûr qu'il n'y avait personne ici.
Tu penses ? Tu ris ? Tu ris ?
Tu te moques de moi, hein?
T'as un amant, toi?
T'as quelqu'un?
Ose dire que t'as un amant.
Non, je n'ai pas d'amour.
Bonjour, monsieur Pelloux.
Bonjour, Rose.
Voilà du chocolat et des toasts bien grillés.
Rose, où est-ce que je m'habille ce matin ? Dans le boudoir.
Pour demain, je ferai retirer le canapé et on remettra le nécessaire de toilette
comme avant.
Oui, si tu veux.
On verra.
Vous êtes vous ? On peut déjà aller ?
C'était notre destin.
Te vis-tu à moi.
Je te prends à ma charge.
Pense pas à tout ce que je ne t'ai pas donné.
Tout ce que je ne t'ai pas dit.
Je pense que je t'ai cru un petit peu en tant que les autres.
Un peu plus précieux que les autres.
C'était bête de ne pas comprendre que tu étais mon amour.
L'amour.
L'amour qu'on n'a qu'une fois.
Alors essuie tes moustaches de chocolat et parlons un peu, mais parlons bien.
Donc, c'est décidé.
On quitte Paris, on part, on est partis.
Qu'est-ce que tu vas faire pour là-bas ? Faire régler la question d'argent par ta
mère, c'est plus sage.
Mais largement, je t'en prie.
Tu pourrais bien parler, je suppose.
Pas commode.
Bon, on s'en tire en faisant plus de phrases.
Mais verrons ça ensemble.
Il y a aussi la question des bagages.
Je n'ai plus rien. Toi, ici, il faudrait... Eh bien, chérie... Eh bien,
tu dors, tu rêves.
Croyez-vous qu'il me donnerait seulement un avis ? Ah, tu as bien toujours 12
ans, toi.
Avec toi, Nonone, il y a des chances pour que j'ai 12 ans pendant un demi
-siècle.
Qu'est-ce que tu veux dire ? Rien que ce que je dis, Nonone. Rien que la vérité.
Tu me traites toujours comme un enfant.
Peux-tu le nier, toi qui es un honnête homme ?
C'est la moitié de ton charme, petite bête, que cet enfant t'y a.
Ce sera plus tard le secret de ta jeunesse, enfin.
Et tu t'en plains.
Et tu as le tout peine de venir t'en plaindre à moi.
Oui, nounoune, à qui veux-tu que je m'en plaigne ? Ma nounoune chérie, ma grande
nounoune. Je ne fais pas que me plaindre, je t'accuse.
Allons, allons, petit.
Tu sais qu'il y a certaines pédanteries que je ne supporte pas longtemps.
Va pour, nounoune.
Laisse-moi.
Pourquoi m'appuies-tu tout à l'heure ? J'avais tort.
Toi, tu as été pour moi... Tu as été ? Tu as été ?
Voilà un style de raison funèbre, mon petit garçon.
Tu vois ? Je vois.
Je vois que je ne peux pas traiter en homme un être capable par veulerie de
mettre le désarroi chez deux femmes.
Crois-tu que je ne comprenne pas ?
Hier à Neuilly, aujourd'hui ici.
Et demain ? Où donc demain ? Ici ? Ah non, non.
Même ta femme, tu ne la retrouveras pas toutes les fois chez toi quand il te
plaira de rentrer.
Une femme, mon petit,
on ne sait pas très bien comment ça se prend.
On sait encore moins comment ça se déprend.
Nounoun. Quoi, Nounoun ? Quoi, Nounoun ? Penses-tu que tu vas me faire peur ? Ah,
tu veux marcher tout seul ? Marche ! Au revoir du pays avec la fille de Marie
-Laure. Elle n'a pas de bras de derrière plat, mais elle l'empêchera guère.
Je te défends, Nounoun.
Bien sûr.
Je te défends de dire un mot contre ma femme.
C'est ça ? Non.
Je te défends, tu m'entends ? Je te défends de m'abîmer ma Nounoun.
Comment ça ? Comment ça ? Oui.
Est-ce ainsi que Nounoun doit parler ? Qu'est-ce que c'est que cette manière ?
Des petites injures comme Mme Peloux, maintenant ? Et ça sort de toi ? Toi,
Nounoun ? Moi, je sais comment Nounoun doit parler.
Je sais comment elle doit penser.
Tiens, cette nuit, est-ce qu'un de tes premiers soucis n'a pas été pour me
demander si j'avais pas fait trop de mal là-bas ? Nounoun,
chic type, je t'ai connu.
Chic type, je t'ai aimé quand nous avons commencé.
Si nous devons finir...
Vas-tu pour ça ressembler aux autres femmes ? Que tu es méchant.
Que tu es méchant.
Pourquoi es-tu revenu ? Je suis revenu parce que je ne pouvais plus me passer
de toi.
Tu peux te vanter de m'avoir fait mener une vie depuis des mois.
Moi ? Ça, je peux le dire. Je sais ce que c'est de souffrir pour une femme,
oui.
Je les attends à présent, celles d'après toi.
Poussière.
Ah, comme tu m'avais bien empoisonné.
Alors tu penses, Neuilly, sans toi, les premiers temps de mon retour... D
'ailleurs, tout sans toi, moi, je serais devenu fou.
Une porte qui s'ouvre, c'est un... Le téléphone, c'est un... Une lettre,
peut-être... Et la nuit, là.
Alors tu comprends, après des mois d'une vie comme ça, j'arrive ici et je trouve
une vie... Tu arrives ici et tu trouves une vieille femme.
Et tu trouves une vieille femme.
De quoi as-tu peur, mon chéri ? De m'avoir fait de la peine ?
Viens donc.
Ne pleure pas, ma beauté.
Comme je te remercie, au contraire.
Tu étais donc si belle à tes yeux, si bonne.
À l'âge où tant de femmes ont fini de vivre,
j'étais pour toi la plus belle et la meilleure des femmes.
Et tu m'aimes.
Comme je te remercie, mon chéri.
Si j'avais été la meilleure, J'aurais fait de toi un homme.
Je suis responsable de tout ce qui te manque.
Je t'ai aimé comme si nous devions mourir l'un et l'autre la minute d
'après.
Parce que je suis née 24 ans avant toi.
J'étais condamnée.
Et je t'entraînais avec moi.
Léa.
Léa.
Va, mon chéri.
Va chercher ta jeunesse.
Elle n'est qu'écornée par les dames mûres.
Tu t'en restes.
Il lui en reste à cet enfant qui t'attend.
Elle t'aime.
Elle souffrira comme une amoureuse.
Pas comme une maman dévoyée.
Va vite.
Je t'aime.
Il est trop tard.
Attends.
Mais maintenant, tout de suite.
À vite.
Dis-moi, la copine.
Oui ? Si le jour où je suis allé la revoir, quand je suis revenu de mon
voyage de noces, si ce jour-là je l'avais gardé, c'était trois, quatre ans
de long.
Des centaines et des centaines de nuits gagnées, mises en réserve pour l'amour.
Il fallait bien que ça finisse, c'est la vie.
La vie ? La vie comme avant.
La vie avec ma pire ennemie, comme elle disait.
Ma pire ennemie qui me pardonnait tout et qui ne me passait rien.
Tu dis bien qu'avec votre différence d'âge.
Imbécile, c'est pas son âge à elle, c'était le mien.
Elle m'appelait Petit Bourgeois parce que je comptais les bouteilles dans sa
cave.
Petit Bourgeois, homme fidèle, grand amoureux.
Et elle m'a préféré la vieillesse.
Si tu crois qu'on peut choisir, pour elle, tout est probablement fini.
Pour moi aussi, je crois bien que tout est dit.
Allons, allons.
Tu rentres chez toi ? Peut-être.
Et demain ? Pas demain.
Si tu en attendais un autre, je te fais mes excuses.
Comme c'est intelligent.
Quelle heure est-il ? Tu te lèves ? Ah non, tu n'es pas encore couché.
Tu rentres.
Qu'est-ce que tu as encore fait ? Si tu savais ce que j'ai fait.
Tu veux la vérité ? Toute la vérité ?
Non, non, ne dis rien, ne raconte pas.
Edmé. Oui ? Qu'est-ce que tu dirais si nous avions un enfant ? Un
enfant ? Tu n'y penses pas ? Tu m'en révolveras, je ne t'attaque pas, tu
sais.
Enfin, voyons, explique-moi.
C'est si terrible pour toi, cette idée que nous aurions pu... que nous
pourrions avoir un enfant ? Oui.
Un enfant pour qui il te ressemble ? Deux fois toi ? Deux fois toi dans une
seule existence de femme ? Ah non ! Non, je t'en prie.
Ça te revient réglé une fois pour toutes.
Chéri. Quoi ? Tu es pas chez ? Non, mais j'ai tellement sommeil que j'arrive pas
à me coucher.
Chéri, écoute.
J'ai besoin d'être seul.
Tu es bien décidé. Tu ne m'accompagnes pas chez les Bélangers.
Non, vas-y seul. Ça ne m'amuse pas.
Tu sais, Fred, tu n'as vraiment pas bonne mine.
L'été prochain, nous ne serons pas si bêtes que cette année.
Nous aurons une propriété à la campagne.
Tu veux une propriété ? Oui.
Pas aujourd'hui, bien sûr, mais l'an prochain, par exemple.
Oui, c'est une idée. On verra.
Je file. Je suis déjà en tasse.
Au revoir.
Mais Fred ! Fred, qu'est-ce que tu as ? Oh, c'est ce temps d'orage.
Attends que je te glisse un coussin sous la tête.
Là, détends-toi.
Tu es mieux ?
Oui
? Oui ? Je viens, naturellement.
On doit quelques minutes.
Oui, vous êtes gentil.
Merci.
À tout à l'heure.
Tu es mieux, Fred.
Qu'est-ce que tu as ressenti ? Il y a nos cœurs, n'est-ce pas ? Voilà le fruit
de notre ridiculité.
Mais, Phil, mon petit, tu seras en retard à temps d'y nager.
Je vais tout à très bien.
Tu ne veux pas un gros d'y nager ou un peu de thé chaud ? Non, non, t'occupe
pas de moi. T'es bien gentil. Allez, va à Paris.
Propose-toi, à tout à l'heure.
et me dit que tu te trouves mal.
Rassure-toi, je vais mieux.
D'ailleurs, je sors.
Comment tu es malade et tu sors ? Oui, j'ai un rendez-vous.
Il y a huit jours que je ne t'ai pour ainsi dire pas vu.
Qu'est-ce que tu as, chérie ? Je m
'ennuie. Tu t'ennuies ? Mais pourquoi
? Avec ta fortune, ta situation, ton physique ? Si encore tu étais disgracée
de la nature, je comprendrais.
Mais Dieu merci, ce n'est pas le cas.
Tu trouves que c'est une vie, toi ? Quelle vie ? Ma vie, la tienne, tout ça,
quoi. Les gens, tout ce qu'on voit.
Enfin, bref, ça ne me convient pas.
C'est bref, en effet, mais ce n'est pas très clair.
Allons, où veux-tu en venir ? À rien.
Avant, tu ne t'apercevais pas de tout ça ? Non, avant, évidemment.
Écoute, chérie, jusqu'à ton mariage, tu as vu l'existence du point de vue
gigolo. C'est possible ? Et après, quel mal y a-t-il ? Aucun, certes. Mais il y
a temps pour tout.
Oui.
Il y a un temps pour être jeune.
Il y a un temps pour être moins jeune.
Il y a un temps pour être heureux.
Eh bien, mon chéri, te voilà bien embarqué. Je le crains pour une bêtise.
À quel ? Il y en a pas tant.
Le couvent, l'île déserte ? Ou l'amour ? L'amour ? Tu veux que l'amour
avec elle met ? Tu te parles d'elle ? Tu ne te proposes
pas de travailler ? Travailler ? Travailler à quoi
? Travailler, ça veut dire fréquenter des types.
Pour le maire, tu ne sais pas que si les types me dégoûtent.
Les femmes ne m'inspirent pas mieux. Chérie.
Mon Dieu.
Chérie.
Mon garçon.
Bon, d'attendre brisement, mon homme pelou.
C'est gentil de me pleurer.
Chérie.
Chérie, où es-tu ? Je t'ai dit que j'avais un rendez-vous.
Merci, mon prince.
C'est le chat de la concierge. Tu te souviens dans le temps, la baronne d
'Algonza qui disait, ceux que les bêtes n'aiment pas, c'est des maudits.
Oh, t'entends le mot café qui bouffe. Je vais la verser, je reviens.
Je l'ai retrouvée ce matin en rangeant un tiroir.
Qui c'est le type là-dessus avec elle ? Attends, laisse-moi finir de verser,
quoi. Le monde, qui est ce type-là ? Un peu vite, alors.
Mon Dieu, mais tu me bouscules.
Non, pas celle-là, l'autre.
C'est Batshioki, voyons.
Naturellement, tu ne peux pas le connaître.
Il a deux tours avant toi.
Deux quoi ? Après Batshioki, elle a eu sept fonds.
Et encore.
Non, non.
Non, non, c'était avant.
Voyons. C'est de fond.
Bachiochi, Speleyev.
Et tout va.
T'as vu le pantalon à carreaux ? C'est rigolo, hein, ces modes d'autrefois.
Cette photo-là, c'est de quand ? Ça ? C'est en 98 ou 9.
Oui, l'année d'exposition.
L'année où elle avait fait broder son chiffre en cheveux sur son linge.
En cheveux de sa tête, mon petit.
Une œuvre de fée.
De tout.
De tout avant moi.
Il n'y a pas de moi combien.
Et en les additionnant tous, moi compris, combien de tout.
Tout ça au grand jour.
Oh, tu sais...
C'est partout pareil.
Il y a pire.
Je croyais qu'elle était à moi.
Et je ne m'apercevais pas que j'étais seulement un de ses amants.
Seigneur que tu es bon.
Tu ne seras pas plus beau quand tu seras mort.
Qu'est-ce que c'est ? Tu as des invités ? Mais non, j'attends personne.
Fous-moi ça à la porte.
Madame Duclos est ici ? Oui.
Telegram. Merci.
C'est ma mère.
Ta mère ? Tu rigoles.
Je rigole pas du tout.
Elle est morte.
Elle avait 83 ans.
Mais compliment.
Tu dis ça ? Non, pas.
Pour où ? Pour ta race con.
De là-bas, j'ai un petit embranchement local.
Combien de temps ? Quatre ou cinq jours au moins.
Il y a le notaire à voir à cause du testament parce que ma sœur... Elle a
une sœur à présent.
Pourquoi pas quatre enfants ? Je vais prendre minuit vingt.
Pourquoi pas ? L'heure des obsèques n'est pas marquée sur la dépêche.
Ma sœur me parle seulement de la mise en bière.
Ça ira très vite.
Il n'y a que les formalités qui me retiendraient. Tu sais, avec les
formalités, on ne sait jamais.
Évidemment.
Évidemment.
Voilà.
Je m'en vais.
Mon café est là.
Mais il va être froid.
Allez, au revoir mon petit.
Tu penses que je vais me dépêcher ? Au revoir, la copine.
Fais un bon voyage.
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