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Je sais que ça a été difficile, la France, pour les femmes de cette génération.
On leur a dit « vous êtes belles » et on les a poussé à s'offrir à la convoitise.
Peut-être qu'elles savaient pas dans quoi elles mettaient les pieds, mais quand même.
Ma mère est passée de meuf totalement dépressive à pute.
Dès ma naissance.
Eh, vous m'écoutez là ou quoi ?
- Je parle toute seule ! - Qu'est-ce que tu veux qu'on te dise ?
Que c'est de ta faute ? Que c'est ton karma ?
Arrête un peu. T'as 20 ans. T'as la vie devant toi.
On va rentrer à Paris et tu vas faire ta vie. Ça va être super.
- J'ai pas envie de rentrer à Paris. - Ah oui mais bon. Ça...
Qu'est-ce qu'il y a ?
Qu'est-ce que t'as, là ? - C'est ma vésicule biliaire.
Ça fait super mal.
Ça arrive quand je mange trop gras.
Mais vas-y là putain. Il me faut un truc.
Doit y avoir une pharmacie dans le coin...
Tu restes avec elle ?
Tu la braques pas.
Je reviens, d'accord.
- Ça va ? - Non.
Oh non, putain. C'est pas vrai !
Elle est pas là, Gaëlle ?
Gaëlle ?
Sub !
T'étais où ? Ça fait mille ans !
Je vis plus ici, moi. J'habite à Montréal.
Ryan. Tu vois ce beau gosse, là ? On a fait le Viêt-Nam ensemble.
Alors vas-y raconte. Qu'est-ce que tu fous ?
Je fais juste un petit aller-retour rapide.
Pour des conneries, des papiers, des trucs de sécu. Le bordel, quoi.
Et t'en as profité pour te taper un vieux fantasme de jeunesse vite fait ?
- Risqué, hein !? - Elle s'est emballée. Laisse tomber.
Et alors tu bosses ici ?
Ah non. Je file un coup de main, tranquille.
Je remonte une bécane, au black. Tu me connais.
Moins y a de paperasse, mieux je me porte.
Tu viens ?
On t'a pas vu à l'enterrement d'Alex.
Ouais, j'sais pas.
J'crois que j'avais pas envie de voir qu'il appartenait à tout le monde.
Y avait pas que des suceurs de people, y avait les potes aussi.
On savait que ça allait finir comme ça.
Eh ben ça fait pas moins mal le jour où ça arrive.
Les morts sont pas tous pareils.
Y en a qui s'efface tout de suite.
On dirait qu'ils attendent que ça.
Et puis y en a d'autres, ils te tournent autour.
- Putain, Sub, t'es devenu mystique. - Ouais.
Sûrement parce qu'il me réveille la nuit.
Il me veut quelque chose.
Il t'avait parlé des sons alpha ?
Il m'a forcé à écouter ça genre une nuit entière.
Ça m'a carrément filé des acouphènes.
Il était relou avec ça.
Je sais pas.
Il me les a laissé sur K7 avec d'autres délires comme une sorte de testament.
Sur le moment, j'ai même pas compris. Je me suis endormi. J'ai rien vu venir.
Depuis, je suis en vrac.
J'ai paumé tous ses sons. Presque tout.
Il me reste plus qu'une K7.
D'ailleurs...
t'aurais pas un moyen de transférer ça sur ordi, toi ?
Histoire de pas tout perdre.
Moi perso non. Mais là où je squatte y a plein de geeks qu'adorent les vieux trucs. Donc ouais.
- Ah t'es en coloc ? - Ouais, même coloc gratuite.
Super plan d'un pote de pote trader. Il adore les artistes, donc...
t'imagines bien, je me suis dévouée.
- C'est un mec bien ? - Un peu chtarbé, quand même.
On est là parce qu'il adore faire la fête. On le distrait.
Eh dis donc,
il a pas besoin d'un petit ménestrel, dans sa cour,
le Roi Soleil, pour quelques nuits ?
Je cherche un plan.
Ça va ?
Me touche pas. Va voir ta meuf.
OK, je vais pas te contaminer.
C'est merdique. Tout est merdique.
Le monde est une chié de démon à visage humain.
Ah OK. Écoute j'ai compris que tu traversais une période difficile en ce moment.
T'as compris quoi ?
Je fais comment, maintenant, quand je rentre chez mon père ?
Je mets le couvert. Je fais une salade de tomates comme si de rien n'était ?
Ou je balance :
j'ai vu les copines de ma mère. Une vieille hardeuse et un trans.
Ils m'ont expliqué qu'elle était pas du tout triste, réservée et dépressive comme sur les photos.
Mais qu'au contraire, c'était une fille super gai qui adorait danser la chatte à l'air.
Je le tue si je lui dis ça.
Putain de bordel de merde.
Je suis désolée. Ça tombe sur toi. On se connaît pas.
T'inquiète. On choisit pas les personnes avec lesquelles on vit les chocs.
Moi je suis là, c'est tout.
Je peux ou je risque de m'en prendre une ?
Excuse-moi.
Voilà Bianca, Paolo.
Les potes de Kiko qui a une chambre ici aussi.
- Vernon, my old buddy. - Hello.
Jérémie, je te présente Vernon. Il va peut-être mixer ce soir.
Salut, mec.
Marcia.
- Salut. - Salut.
Putain, merde ! Y a personne d'autre qui peut nous livrer ?
Excuse-moi, t'aurais une cigarette s'il te plaît ?
Putain déjà que j'étais pas motivé, mais si on a pas le moindre parachute, autant aller se coucher direct.
- Tu peux appeler ton pote à la gueule de fouine. - Oui, je vais essayer.
Tiens, je voulais te présenter Vernon. C'est un pote DJ qui vit au Canada
Il est de passage à Paris pour quelques jours. Le mec déchire tout.
C'est quoi, ce semi-clodo ?
Une histoire de sac qui reste enfermé dans un appart. Aucun intérêt.
OK, tu veux pas que je lui prête une chemise, aussi ?
Non mais t'inquiète. Le mec assure. Fais-moi confiance.
Et pendant ce temps-là, Jérémie va se branler ?
Ils vont se relayer. Ça l'arrange de pas faire toute la nuit.
Voilà, ça l'arrange. Il commence à me les briser.
Ça va ? T'es bien ? Tu te détends ?
Fucking parasite de merde.
- Tu m'as demandé de trouver un son ? - Quoi, un son ?
Mais Jérem, tu branles rien. Ça fait combien de temps qu'on se connaît ?
- Mais tu sers à rien ! - Bon ça va, Kiko. Ni bonjour ni merde.
Pardon.
Tu fais quoi, là ? Ça y est, t'es comme chez toi ?
Fais gaffe. Vide pas le frigo. Il supporte pas.
- Pour ce soir, c'est bon. - Ah ouais ?
Attention, tu fais une micro-crasse ici, tu dégages.
Je vais te choper une DV.
Ça va, tu te plais chez moi ?
- Ouais merci Kiko. - Eh, t'es pas vidéaste ?
- Non, pas du tout. - Parce que je déteste ça.
Mais bon, welcome to Paris.
Tu fais quoi, Aïcha ?
Je fais mon lit. J'ai trop mal au ventre.
Tu pourras éteindre la lumière ?
Pourquoi éteindre la lumière ?
Tu serais pas mieux dans le noir ?
Quel est le rapport ? Non, je...
Je vais appeller mon père.
Je vous laisse faire vos trucs.
Tu veux que j'aille la surveiller ?
Je crois que ça va.
J'ai pas l'impression qu'elle va se perdre.
- Qu'est-ce que tu fais là ? - J'sais pas.
J'ai trop chaud.
C'est pas grave. Si t'as pas envie de moi, tu peux le dire.
C'est pas que j'ai pas envie.
Mais tu me fais peur.
Mais c'est normal. C'est pas...
Moi je sais rien de toi.
C'est pas symétrique.
OK, qu'est-ce que tu veux savoir ?
J'sais pas. Plein de choses.
T'as trois questions. Après je te saute dessus.
OK.
Alors, déjà.
C'est quoi ton vrai nom ? Enfin ton prénom ?
Ça commence par un V.
Valérie ?
- C'est ta deuxième question ? - Non. En fait ça me va.
Deuxième question.
Est-ce que...
si je couchais avec toi, là,
est-ce que tu te désintéresserais de moi direct après ?
Non, y a pas de risque.
Attends, dernière question. Quand même.
Est-ce que t'as déjà tué quelqu'un ?
Joker.
TOI ! You're a bad bad bad ass motherfucker. De la pire espèce. Comment tu oses faire ça ?
T'es un ouf, mec !
C'est grave, et c'est cosmique. Les trucs en plus que tu fourgues,
mais ça attaque le cortex. Tu me diras ce que c'est ?
Je comprends pas comment t'es resté pauvre, toi, putain.
Mec, t'as un don. Tu sais que t'as un don ? Bats-toi parce que c'est la guerre.
C'est la guerre, Subutex !
Je vais être tout à fait franc.
Je suis partant.
Entre le fait que je connais Bleach, le rock, le feeling d'une époque,
l'histoire vraie, parce que c'est mon truc. Je suis spécialiste du biopic.
Là en ce moment, je suis sur une vie de Drieu la Rochelle.
Alors tu vas me dire : « Drieu la Rochelle, c'est autre chose. » Mais non !
C'est quand même la vie d'un gars. Un début, un milieu, une fin.
Simplement, en ce moment, on a le droit d'être d'extrême droite dans ce pays.
Je me dépêche d'écrire ma petite idée avant qu'on me la pique, parce qu'ils sont tous là-dessus.
-...et qui va faire Maurras et... - Et pour en revenir à Alex Bleach ?
Ouais d'accord.
Alex, comme je te disais, c'était un copain. J'étais là à ses débuts.
Donc si on a envie d'exploiter qui il était vraiment,
d'où il vient, son décollage, tout ça. Moi franchement j'ai des billes pour trouver un axe.
Et vous pensez à qui pour le rôle ? Omar Sy, j'imagine.
Non, on sait pas encore. Mais faut écrire surtout.
Moi je veux bien écrire, mais il faut faire un contrat.
Je l'écris si tu me fais un contrat.
D'ailleurs, ça me pose question : tu fais quoi aux Films d'Opale ?
Excuse-moi, t'es une assistante de Dopalet ?
- Je suis sa bite et son couteau. - Pardon ?
Laisse tomber, je suis productrice associée.
Et sinon Laurent m'a parlé d'un entretien que Bleach t'a confié ?
Ce qui serait super, c'est qu'on commence à le regarder, même avec Laurent.
Ouais.
M'enfin, il faut que je vous dise un truc : y a pas grand-choses à en tirer.
On est sur du gros délire de junkie au bout du roul'
J'en doute pas, mais un témoignage inédit, enregistré juste avant sa mort,
même si c'est un peu indigeste, on va pas passer à côté.
Écoute, les cassettes, c'est pas moi qui les ai.
En fait y a eu confusion. Elles sont avec un pote qui est passé chez moi.
D'accord, mais tu vas appeler ton ami ?
J'arrive pas à la joindre. Ça fait un moment que j'essaye sur Facebook.
Il a eu des problèmes avec une nana qu'il a quittée. Une hystéro.
En plus il lui a piqué deux-trois trucs. La meuf n'en peut plus.
Elle le menace. Elle a lancé un appel à tous ses potes au cas où il nous contacterait.
Donc le mec se planque. Je le comprends.
Je me demande même s'il s'est pas rebarré au Canada.
Subutex !
T'es un putain de génie, mec !
Viens prendre une trace, on a été livré.
- Je vais commencer par un bon café. - T'as un sixième sens, je le sens.
C'est trop cohérent. Les gens, leurs corps, le son, c'était cohérent, mec.
Je vais plus te lâcher maintenant. On va faire de grandes choses ensemble.
Tu sais quoi ? Tu changes de t-shirt...
et je te nomme DJ résident. OK, ça te va ?
Ne me remercie pas. Fais ici comme chez toi.
Je dois partir à Londres. Émetteur, récepteur.
Branché sur l'heure du monde, au diapason du logarythme,
Je suis calé sur la vitesse du son, moi aussi. Tu sais, ça se compte en milliards, en secondes.
- Cool. - On est des surfeurs, Subutex.
Dieu est une somme de logarythmes et nous, on prend la vague.
Bonjour, Vernon.
Bonjour.
Ça m'étonne pas qu'elle soit dans un immeuble de bourges.
Sylvie était du genre à sucer ce qui brillait ou ce qui avait du cash.
D'ailleurs, elle a réussi. Elle a fait un mariage d'argent et un divorce de fric.
On est d'accord. On parle pas des K7. Discrétion !
Ça va, j'ai compris.
- C'est là ? - Ouais.
- Hey ! - Waouh !
Xavier Fardin.
- Ben ouais. - Incroyable.
Je t'aurais pas reconnu.
- Toi t'es magnifique. - T'as pas changé.
Ça fait plaisir.
- Sylvie. Enchantée. La femme trahie. - Bonjour.
- Entre. - Merci.
Ensuite, il m'a brutalisée et il a fui.
Vous pouvez bien imaginer qu'il a pas pris le temps de venir me rembourser.
Mais moi, j'y suis retournée là-bas.
J'étais sûre qu'il se repointerait chez sa petite journaliste de merde.
Mais c'est son cocu de mec qui m'a ouvert la porte.
Et j'ai compris que là-bas aussi, il était persona non grata.
Quand il était chez toi, il a jamais évoqué l'idée d'aller voir un pote ?
-... quelqu'un de la bande. - Mais il avait besoin de personne.
On était bien tous les deux.
Enfin si vous voulez qu'il réapparaisse, faudrait arrêter de le menacer, non ?
Là, il flippe.
S'il voit que ça se calme, que ça va pas finir chez les flics, il va rappeler, non ?
Non, je les connais par cœur ces gars-là. C'est pas des flics qu'ils ont peur, c'est d'eux-mêmes.
Dès qu'ils éprouvent un sentiment fort, ils préfèrent s'autodétruire.
Tu vois, c'est exactement comme Alex.
Incapable de reconnaître qu'il m'aimait et qu'il avait besoin de moi.
Il a préféré se mentir à lui-même pour se convaincre de partir, comme Alex.
Pardon, je vais prendre le coup de fil.
Ça m'intéresse vachement ce que tu dis. Je me suis lancé sur un chantier de scénar sur le rock...
Tu me sauves. Coincée entre deux hétérobeaufs, je vais crever.
Tu seras toute seule au bureau ?
Je te rejoins là.
Toi, tu m'attends sagement.
Attends une seconde.
Je me demandais ce que vous faisiez.
Je te rappelle tout à l'heure, d'accord.
Tiens, écoute ça.
Ah Subutex, tu le fais exprès. J'adore.
C'est mes 17 ans à Recife.
Quand j'entends ça, j'ai juste envie de prendre l'ado que j'étais.
Si tu savais l'ado que j'étais, je pense que tu serais surpris.
...et de lui dire « t'en fais pas ».
« tu vas pas croire tout ce qu'il va t'arriver ».
« Tu finiras même par être blasé de la vie de luxe ».
« La vie facile ».
« Tu vas rencontrer des gens extraordinaires. »
- Je te raconte ma vie. - Mais j'adore.
- C'est vrai ? - Ouais.
- J'aime bien ton expression. - Ah ouais ?
T'as l'expression d'un mec qui a beaucoup ri.
Qui en a beaucoup vu. Tu t'es bien amusé, toi, ça se voit.
Plutôt, oui.
C'est quoi, cette coupe de cheveux ?
Tu veux pas que je te les coupe ? Ils sont un peu long.
Dis-moi...
Kiko et toi, c'est...
du sérieux ?
T'es curieux.
Kiko et moi,
c'est de l'amitié tendre.
Ah ouais ?
- Faut pas qu'il sache, OK ? - Non. Compte sur moi.
- T'es sûr ? - Ouais.
Y a des gens qui nous regardent.
T'es belle.
Attends.
Attends, Vernon, attends.
Là, il va falloir que tu sois doux.
J'ai jamais été quelqu'un de violent.
Je sais, mais attends. Y a un truc que je t'ai pas dit.
J'essayais de te faire comprendre, tout à l'heure, mais t'as pas compris.
J'étais comme toi avant.
J'étais un homme dans une autre vie.
Je pensais que t'avais compris.
Ben c'est génial d'avoir plusieurs vies.
- J'ai pas fini ma transition. - Moi non plus.
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