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Zulu
Dans le système pénal américain,
le ministère public est représenté
par deux groupes distincts mais d'égale importance :
la police, qui enquête sur les crimes,
et le procureur, qui poursuit les criminels.
Voici leurs histoires.
Il fait quoi, Mike ? Son dessert va être gâché.
Il est tombé dans les toilettes.
Ça a l'air délicieux.
Tu as dit qu'il allait être gâché.
C'est le dessert de Mike.
Mike ?
Mike ?
Andy, Paul, je suis là. Je vais bien.
Ce crétin m'a loupé.
Tirons-nous.
Allez.
Milton Garner, 37 ans, réparateur d'appareils photo.
Sa femme est dehors. Elle est sous le choc, la pauvre.
Une femme l'a vu entrer, quand la fusillade a commencé.
Excusez-moi. Vous permettez ?
- Ça a été forcé pendant l'attaque ? - Oui, pour accéder à la deuxième victime.
Leon Mayer, 54 ans, un médecin de Seattle. Il est aux urgences d'Hudson.
Bon courage à lui.
Il est inconscient. Il a reçu trois balles.
Trois trous dans la porte.
C'est une fusillade impressionnante. Il y avait quelqu'un d'autre, avec eux ?
Il y avait deux types, à la table 14.
Ils sont arrivés avec des armes. J'ai cru que c'était des flics.
Leur ami était dans la deuxième cabine, à côté du blessé.
- Il avait l'air terrifié. - Où sont-ils ?
- Ils sont sortis par l'avant. - Où mène cette porte ?
- À la 47e rue. - Vous inspectez le périmètre ?
Le tireur a dû sortir par là.
Mark dit avoir vu deux hommes débarquer dans les toilettes
- et trois en sortir. - Ils ont dit quelque chose ?
Le troisième homme, celui qu'ils ont sorti des toilettes,
je crois qu'il a dit : "Ce crétin m'a loupé."
Mark, s'il vous plaît, attendez dehors.
- Vous nous ferez un portrait-robot. - D'accord.
- On dirait un contrat. - Un contrat raté.
NEW YORK, POLICE JUDICIAIRE
C'est une catastrophe.
Il va nous falloir le nom des trois hommes de la table 14.
Ils étaient six. Trois couples. Pas de réservation.
Ah bon ? D'après le serveur, vous étiez complet.
- Oui, mais ils ont insisté. - En vous filant 20 dollars ?
Cinquante. Le Times nous a fait une critique élogieuse.
D'autres clients sont entrés, après eux ?
Non.
Ils ont parlé à d'autres clients ?
Pas à ma connaissance.
L'une des dames m'a laissé sa carte. Elle se prétendait experte en vin.
Elle a commandé un "cabaret" sauvignon.
- Vous vous rendez compte ? - Sacré faux pas.
Gayle Landis, représentante de commerce chez Le Plein de vins.
Elle a dit y travailler à mi-temps. Du vin dans en brique. Incroyable.
Ces types avaient l'air sympa, pour des ex-taulards.
Ça ne me dérange pas trop. On fait tous des erreurs, non ?
- Oui. C'était qui ? - Des crétins.
Je suis peut-être vieux jeu
mais vous abandonneriez votre rencard, pour des coups de feu ?
Lui ? Jamais. Ces crétins ont un nom ?
Andy, Paul et Mike.
C'est tout ce que je sais. Je ne les avais jamais vu avant
et je ne pense pas les revoir un jour.
Lequel était aux toilettes ?
- Mike. - Que fait-il, dans la vie ?
Lécheur de timbres ? Je n'en sais rien.
Il a léché l'oreille de Jen toute la soirée.
Comment avez-vous connu ces trois types ?
Par Jen. Elle disait que c'était des amis de son mari, Kenny.
- On devrait parler à ce Kenny. - Il est facile à trouver.
Il est à Altona. Il purge trois à six ans pour braquage.
Gayle se trompe.
Vous trompez votre mari avec un type que quelqu'un veut tuer.
On comprend que vous ayez peur de nous parler.
- Je n'y étais pas. - Pourquoi Gayle mentirait ?
Une habitude. Elle vous a dit qu'elle avait joué dans Cats ?
On devrait demander à Kenny si ça lui plaît
que sa femme se fasse lécher l'oreille par son pote Mike.
Allez-y, demandez-lui. Il sait que c'est faux.
Il ne connaît pas de Mike et moi non plus.
- Ça te dit, une visite à Altona ? - Pour voir un menteur professionnel ?
Si Kenny savait, pour Jenny et Mike,
il a peut-être demandé à un de ses associés de s'en charger.
Lundi, ça devait être notre cinquième anniversaire
mais on n'avait pas trouvé de baby-sitter,
alors on a voulu le fêter en avance.
Qui pourrait en vouloir à Milton ?
Nous pensons qu'il était au mauvais endroit, au mauvais moment.
On dînait dans un bon restaurant, dans un quartier tranquille.
Nous faisons tout notre possible. Toutes nos condoléances.
Je dois aller chercher mon fils à la crèche.
Qu'en est-il de l'autre victime, le docteur Mayer ?
- Toujours inconscient, pas de changement. - La famille a été prévenue ?
Son numéro n'est pas dans l'annuaire
mais on a son adresse sur son permis de conduire.
La police de Seattle va envoyer une patrouille.
Pas de carte de crédit ?
L'adresse de facturation, c'est à son boulot.
J'ai laissé un message sur son répondeur, à son cabinet.
Peut-être qu'on nous rappellera d'ici lundi.
Où logeait-il, en ville ?
Il avait une clé de chambre d'hôtel mais sans le nom dessus.
D'accord. Mes questions sont trop dures ?
On connaît le calibre de l'arme.
L'hôpital a extrait trois balles de calibre 38.
Le casier de Kenneth Felker.
Le type avec qui il a commis son braquage, c'est Michael Thompson.
Mike.
Felker est encore incarcéré. Thompson est déjà sorti ?
Balancer ses potes, ça paie.
Il a dénoncé Felker, en échange d'une remise de peine.
J'imagine que Mike s'est empressé de consoler la femme de Felker.
Demandez son adresse à son contrôleur judiciaire.
Je ne vois pas de quoi vous parlez.
Laissez tomber, Mike.
On a montré votre photo à tout le restaurant.
Quatre personnes vous ont reconnu.
Pourquoi vous être sauvé ?
Il paraît qu'on a essayé de vous flinguer.
Je ne voulais pas qu'on m'épingle à cause de mes fréquentations.
C'est si vous refusez de parler qu'on va vous épingler.
Qui est ce crétin qui vous a tiré dessus ?
Willie Felker, le frère de Kenny. Il a appris, pour moi et Jen.
On a eu des mots, il y a quelques jours.
Ces mots incluaient "je vais te tuer" ?
- Oui. - Que s'est-il passé, au restaurant ?
J'étais aux toilettes et je faisais ma petite affaire.
Des gens entraient et sortaient, puis j'ai entendu qu'on armait un flingue.
Aussitôt, j'ai levé les pieds.
On se serait cru au stand de tir.
J'ai entendu le type d'à côté se faire fumer.
Comment savez-vous que le frère de Kenny ?
Vous l'avez vu ?
C'est ça, j'ai sorti la tête et j'ai dit : "C'est toi, Willie ?"
Comment savait-il que vous seriez là-bas ?
Il ne savait rien. Il m'a suivi.
- Vous êtes sûr ? - C'est obligé.
À moins d'être médium, le frère ne pouvait pas les attendre,
alors que ce n'était pas prévu.
Il a pu attendre dehors en attendant que Mike aille aux toilettes. Curtis ?
Ils se sont gavés pendant une heure.
Quelqu'un aurait remarqué un type traîner.
Oui, merci. C'était Profaci.
L'hôpital a appelé. L'état de Mayer s'est aggravé.
C'est notre dernière chance de lui parler.
Il restera muet quelques jours.
On a dû l'opérer à nouveau mais son état est stable.
- Qu'est-ce qui lui est arrivé ? - Embolie pulmonaire.
Une fois qu'on l'a ouvert, on a compris. On avait oublié une balle.
Oublié une balle ?
Elle n'était pas apparue aux rayons X.
Vous avez donc retiré quatre balles ?
C'est ça. J'espère qu'il n'y en a pas d'autres.
Il n'y avait que trois trous, dans la porte de la cabine.
Et la porte était verrouillée.
Mayer a dû recevoir la balle avant de s'enfermer.
Si la porte était ouverte quand les tirs ont commencé,
le suspect a bien vu sur qui il tirait. La cible, c'était Mayer, pas Mike.
Bonne nouvelle pour Mike.
Les effets personnels du docteur Mayer.
Spray pour l'haleine, pastilles. Il avait peut-être un rencard.
- Regarde s'il avait des capotes. - C'est son rencard qui aurait tiré ?
Ou la personne qu'il est venu voir à New York.
- Des photos de ses enfants. Pas de femme. - Sans doute divorcé.
La police de Seattle dit que personne n'a ouvert chez lui.
Des tickets de caisse de restaurants. Modo Mio à Los Angeles, lundi soir.
Des tickets de caisse pour des magazines. Aéroport O'Hare, mercredi.
Un autre restaurant à Atlanta, jeudi soir.
Son cabinet devait bien marcher.
Une place pour Rent vendredi soir, 75 $. Il y serait allé tout seul ?
- Il a dîné seul. - Son rencard avait peut-être la migraine.
BILLETTERIE GREAT WHITE WAY MARDI 17 SEPTEMBRE
- Le 14 septembre ? Quelle rangée ? - Rangée G, place 14.
C'est pour coincer un vendeur de billets au marché noir ?
- Non. - Allez, dites-moi.
- Un homicide. - Vraiment ?
Mes amies vont halluciner.
Alors, ce billet ?
Oui.
Le billet a été acheté seul par Leon Mayer.
C'est lui qui a été "homicidé" ?
Non. M. Mayer a réservé par téléphone ?
Non, c'est le concierge de son hôtel qui l'a fait.
On fait des places à tarif réduits, pour certains hôtels.
Surtout des places seules, plus difficiles à vendre.
Quel hôtel ?
Le Hampstead.
Il est arrivé vendredi matin
mais apparemment, il n'a pas dormi dans sa chambre.
- Vous avez acheté son billet ? - Oui.
Il a dit ce qui l'amenait à New York ?
Non, on a juste parlé de comédies musicales.
Il a dit avoir vu Yul Brynner dans Le Roi et moi, en 1964.
Des vêtements et des produits d'hygiène. Ni carnet d'adresses, ni agenda.
- C'est probablement sur son disque dur. - Probablement ?
Il faut un mot de passe.
C'est sa note ?
Pas d'appels.
- Il a reçu des messages ? - Non.
C'est quoi, ça ?
La chambre a été prépayée par Phillips et Schulman.
Un cabinet d'avocats qui utilise souvent cet hôtel.
C'est un expert judiciaire en psychologie médico-légale.
Un des meilleurs dans son domaine.
- Il avait un procès, cet après-midi. - Pour quelle affaire ?
L'État contre Worley.
- Le type qui a roulé sur sa copine ? - Le docteur Mayer devait attester
que mon client n'était pas responsable du meurtre qu'il a commis.
Ah, c'est ce genre d'expert.
Dire que je le pensais paranoïaque.
De quoi parlez-vous ?
Il était fâché qu'on ait réservé sa chambre d'hôtel sous son vrai nom.
Il utilise toujours un pseudonyme.
Ça va se finir au tribunal. Je le sais.
Worley ? Celui qui a écrasé sa copine avec sa voiture ?
Oui, avec une Studebaker de 1954.
Mayer était censé convaincre le jury que Worley était mentalement déficient.
J'en suis convaincu. Il a volontairement endommagé une pièce de collection.
Mayer aurait été abattu
par un collectionneur de voitures anciennes ?
Ou par le frère de la victime.
Il a agressé Worley, à l'audience.
Trouvez où le frère a dîné, vendredi soir.
J'ai supplié Lisa de le quitter.
Quand elle l'a enfin largué, ce salopard l'a tuée.
Vous êtes donc allé au tribunal pour le démolir ?
Devant son air satisfait, c'était la meilleure chose à faire.
Où étiez-vous, vendredi soir ?
Chez moi, avec ma femme, mes enfants et ma mère.
On l'héberge, le temps du procès.
Ça doit être dur de voir le coupable s'en sortir en plaidant la folie.
Mayer a bâti sa carrière sur sa théorie des troubles dissociatifs.
Il dit que Worley a craqué et est entré en transe.
N'importe quoi.
Heureusement qu'il ne pourra pas témoigner.
Le hasard fait bien les choses. Mais je n'y suis pour rien.
Contactez les familles des centaines de victimes de ses clients.
Désolé, je ne l'ai jamais vu.
- Et les serveurs ? - Non, personne ne se souvient de lui.
J'aimerais vous aider.
Le vendeur de bretzels vient souvent ?
Jour et nuit. Impossible de s'en défaire.
Parfois, on sent ses écœurants bretzels jusque dans le restaurant.
Merci.
Si le tireur est sorti par la porte latérale,
il est peut-être passé devant lui.
Oui. On prend un casse-croûte ?
Comment ça va ? Police.
J'ai une licence, à la maison. Le patron ne veut pas la renouveler.
On n'est pas la police du bretzel. Je prends un salé.
Ça marche.
Vous avez profité du spectacle, vendredi soir ?
- Quel spectacle ? - La fusillade dans le restaurant.
Ah, oui.
Le proprio raconte n'importe quoi.
- Ils sont très bons. - Merci.
La police a pris votre déposition ?
Non, quand la police arrive, je me sauve.
Vous l'avez vu sortir par la porte latérale ?
Personne n'est sorti par cette porte.
- Personne ? Vous êtes sûr ? - Oui. Quand quelqu'un sort, je le vois.
Personne n'a vu le tireur s'enfuir par la salle à manger.
Il a forcément dû sortir par là.
À moins d'être passé par là. Oups, désolé.
On a interrogé deux femmes qui étaient aux toilettes,
au moment de la fusillade. Elles l'auraient remarqué.
Pas si le tireur est une femme.
L'homme qui a été tué était juste devant moi.
Il est entré dans les toilettes
au moment où les coups de feu ont retenti.
Qu'avez-vous fait ?
J'ai couru me cacher dans les toilettes pour femmes.
J'étais terrorisée.
Vous étiez seule ?
Une femme est sortie d'une cabine et a demandé ce qui se passait,
puis une autre est entrée.
Longtemps après vous ?
Juste après les coups de feu. On a entendu du bruit dans le couloir.
On est restées à l'abri,
jusqu'à ce qu'un serveur nous dise de sortir.
Qu'a fait la troisième femme ?
Je ne sais pas. C'était le chaos.
- Vous pouvez la décrire ? - Oui.
Un faux tailleur Ann Taylor, des imitations d'escarpins Prada
et un faux sac Coach en similicuir noir.
- De mauvais goût. - Mais elle ressemblait à quoi ?
Elle mesurait environ 1m70, cheveux châtains, avec une frange.
- Je l'avais remarquée, seule à une table. - À cause de sa tenue de mauvais goût ?
J'avais remarqué l'homme en costume Zegna qui lui faisait du gringue.
Il était attablé avec un autre homme, juste à côté de mon mari et moi.
C'était facile, M. Patterson.
On a retrouvé votre ami grâce à sa carte de crédit
et il nous a donné votre nom.
Je dois être prudent. Je ne veux pas que ma fiancée se fasse des idées.
Quel genre d'idées ?
C'était un pari.
Mon ami m'avait mis au défi d'offrir un dessert à cette femme.
- Vous avez eu son numéro ? - Même pas son prénom.
Elle a dit être occupée et a sorti des papiers.
Elle ne voulait rien savoir.
Quel genre de papiers ?
Des plannings de soirée, des promotions, ce genre de choses.
Elle avait un livre qui s'appelait Funmakers.
- On va avoir besoin d'un portrait-robot. - J'ai du travail.
- On vous en serait reconnaissants. - Votre fiancée aussi.
On dirait Lindsay Carson mais ce n'est pas très flatteur.
- Que fait-elle ? - Elle organise des soirées d'entreprise.
Où peut-on la trouver ?
Voyons voir.
Elle est à une convention, à Chicago. Elle revient demain.
- Elle a des ennuis ? - On veut simplement lui parler.
Savez-vous si un membre de sa famille a été victime d'un crime grave ?
Non, mais je ne la connais pas très bien.
Elle n'est ici que depuis quelques mois et elle n'est pas causante.
Est-ce qu'elle est originaire de New York ?
Je ne crois pas.
C'est Maurry qui a lu son CV. Il est à Pittsburgh, jusqu'à lundi.
On peut voir ce CV ?
Vous ne connaissez pas le système de classement de Maurry.
Le bureau de Mayer a envoyé ça par fax.
C'est une liste de toutes les affaires où notre bon docteur a témoigné,
avec les noms des victimes. Aucune ne s'appelle Carson.
Ce serait trop facile.
Mayer ne chômait pas. Il doit y avoir plus de 100 affaires.
- Oui, 132. - Quel est son taux de réussite ?
Il a permis d'obtenir 43 acquittements pour déficience mentale.
Le docteur a offert à ces assassins une cellule capitonnée.
Avant de pouvoir rentrer chez eux.
D'accord. Selon les registres de l'État,
Lindsay Carson a bossé six ans à Albany, avant d'arriver ici.
Albany ? Le docteur Mayer a témoigné pour une affaire, à Albany.
L'État contre Rigg. Un double homicide.
Les victimes étaient Robert Kort et Kathy Morris.
CENTRE MÉDICAL HUDSON TERRACE JEUDI 26 SEPTEMBRE
Je tournais le dos à la porte. Je ne me souviens pas de la suite.
Je n'ai pas vu le tireur.
Vous recevez souvent des menaces, à force de libérer des assassins ?
On ne les libère pas. On les soigne.
Je reçois des appels et lettres anonymes. Je fais ça depuis plus de 20 ans.
Le nom de Lindsay Carson, ça vous dit quelque chose ?
Professionnellement ou non.
- Non. Qui est-ce ? - Elle vient d'Albany.
Vous avez témoigné là-bas, il y a quelques années.
L'État contre Rigg. Rigg a tué deux personnes.
Oui, son patron et un collègue. Il avait été renvoyé.
En tant que témoin de la défense, vous deviez avoir la cote.
Les gens peuvent s'emporter. C'est pour ça que je reste prudent.
Mais personne à Albany n'a de raisons de m'en vouloir.
Pourquoi ?
Le jury a déclaré Rigg coupable.
Perpétuité sans possibilité de conditionnelle.
Merci.
Encore une chose. Quels sont vos honoraires ?
Entre 30 000 et 60 000 $.
Si j'étais Rigg, je demanderais un remboursement.
Rigg est à Attica. Devinez qui lui a rendu visite.
Lindsay Rigg Carson ? C'est sa fille ?
Quelqu'un l'a vue à trois mètres du lieu du crime,
cinq secondes après la fin de la fusillade.
C'est trois mètres et cinq secondes de trop pour l'arrêter.
Même avec l'appui du juge Siedenburg ?
Il est à l'hôpital, pour un calcul biliaire.
J'en parlerai au juge Flores. Un mandat de perquisition, ça irait ?
APPARTEMENT DE LINDSAY CARSON LUNDI 30 SEPTEMBRE
Il faut que vous nous ouvriez le débarras.
Rey, viens voir ça. C'était sous le lit.
Des vidéos du tribunal,
le témoignage de Mayer au procès de son père,
des témoignages de Mayer en Floride et à Los Angeles...
Sans raison, par le docteur Leon Mayer. Elle a toute sa bibliographie.
Et des coupures de journaux parlant de Mayer.
Il ne manque qu'une poupée vaudou à son image.
Je préférerais trouver l'arme.
Regarde, ça doit être Rigg.
Qu'est-ce que vous faites chez moi ? Vous n'avez pas le droit.
Madame Carson, nous avons un mandat de perquisition.
Je m'en fiche. Ces objets m'appartiennent.
Ce sont des pièces à conviction.
Si vous avez peur qu'on les perde, vous pouvez venir avec nous.
Quand on aura terminé, vous pourrez tout récupérer.
J'imagine que je n'ai pas le choix.
Vous permettez ?
On doit vérifier que vous ne transportez rien de dangereux.
Comme une épingle, par exemple. Monsieur l'agent, veuillez l'escorter.
Madame ?
Je vous l'ai dit, je ne sais plus où j'étais vendredi.
Je travaille beaucoup.
Vous ne vous rappelez pas où vous avez dîné ?
- Pourquoi c'est si important ? - On vous a vue au Trident,
sur la 9e avenue, vers minuit.
C'est une erreur. Je ne mange jamais aussi tard.
C'est l'heure où on a tiré sur deux personnes, là-bas.
L'une d'elle est morte.
L'autre semble vous passionner.
Le docteur Mayer ? Vous pensez que je lui ai tiré dessus ?
Vous semblez avoir un problème avec lui.
Vous lui reprochez la condamnation de votre père ?
Je vois.
Mon père a été condamné pour meurtre et maintenant, c'est mon tour.
Elle va nous donner du fil à retordre.
Vous ne lui avez pas encore lu ses droits ?
Elle sait qu'elle est libre de partir mais je veux encore la faire parler.
Ce qu'elle dit doit être recevable.
Lieutenant.
Madame Carson, je suis le lieutenant Van Buren.
J'aimerais éclaircir quelques points.
- Vous possédez une arme ? - Non.
- Vous en avez déjà possédé une ? - Bien sûr que non.
Êtes-vous allée dans un stand de tir, récemment ?
Non.
Comment expliquez-vous que le labo ait trouvé
des traces de poudre, dans vos affaires ?
J'ai répondu à assez de questions. Je m'en vais.
Je veux récupérer mon sac et je reprends tout ça.
Ça ne va pas être possible.
- Je ne pars pas sans ça. - Vous ne partez pas.
S'il vous plaît, posez ça.
Nous vous arrêtons pour meurtre et tentative de meurtre.
- Quoi ? - Vous avez le droit de garder le silence.
Tout ce que vous direz sera retenu contre vous au tribunal.
Vous avez droit à un avocat. Si vous n'en avez pas les moyens...
Ces éléments n'ont qu'un seul but :
faire passer ma cliente pour une désaxée.
Ça semble cohérent.
Ce sont des recherches. Mon père avait besoin d'un expert.
Madame Powell, vous avez briefé votre client ?
Oui, M. le juge.
Mme Carson a rassemblé des coupures de presse sur ce médecin
car elle envisageait de l'engager pour défendre son père.
Et elle a continué, bien après la fin du procès.
- Pourquoi ? - Elle s'intéressait au docteur Mayer.
Ça ne veut pas dire qu'elle voulait le tuer.
C'est au jury d'en décider.
Ces éléments sont recevables, Mme Powell.
Qu'en est-il de votre deuxième requête, au sujet des résidus de poudre ?
Ils avaient un mandat de perquisition pour son appartement.
Ma cliente était dans le couloir, quand on a fouillé son sac.
L'accusée l'a remis volontairement à la police.
On me l'a pris.
Que vous ont-ils dit précisément ?
Qu'ils allaient me conduire au poste et qu'ils devaient vérifier
que mon sac ne contenait rien de dangereux.
En supposant qu'une saisie temporaire soit légitime,
l'État contre Clemente n'autorise qu'un inventaire du contenu,
pas une analyse chimique.
Les résidus de poudre étaient apparents.
C'étaient des chiens policiers ?
La police a le droit...
D'inspecter un sac pour leur sécurité. Pas besoin de microscope, pour ça.
La poudre est irrecevable.
Je demande donc un non-lieu, en l'absence de preuve directe.
On l'a vue dans les toilettes des femmes, juste après la fusillade.
Revenez quand on l'aura vue dans celles des hommes.
La requête est acceptée. Les charges sont abandonnées.
Ces flics ne savent pas qu'avec un mandat de perquisition,
on fait entrer le suspect sur le lieu du mandat, pour le fouiller ?
Et la procédure exige de maintenir le suspect hors du lieu qu'on fouille.
- Ce n'était pas de leur faute. - Évidemment.
J'espère que quelqu'un pourra relancer cette affaire.
La police épluche ses voyages et ses appels,
pour savoir si elle suivait Mayer.
Que dit le docteur ?
Il ne se souvient ni de Carson, ni des tirs.
Il sortait des soins intensifs, quand on l'a interrogé.
Est-ce qu'il va mieux ?
Je l'ai dit à la police. Je ne connais pas Lindsay Carson.
Elle avait un dossier sur moi ?
Elle vous tient pour responsable de l'incarcération de son père.
Elle dit qu'on s'est acharné sur lui.
J'ai tout fait pour aider monsieur Rigg. Le jury a été impitoyable.
Je peux le comprendre. Il a exécuté deux personnes.
Trouble dissociatif. Il ne savait pas ce qu'il faisait.
Après son licenciement,
il a subi ce que j'appelle une surcharge mentale.
Si vous le dites.
Vous avez lu le dossier ?
Arthur Rigg a travaillé chez Pine Mountain pendant 18 ans.
Il a été renvoyé un vendredi, après son service. Il a explosé.
Il a sorti un calibre 38 de sa boîte à gants.
Il a tiré sur son patron et sa secrétaire dans le parking.
Pendant deux jours, il a été incapable de s'en rappeler.
C'est typique d'un trouble dissociatif.
Rigg a utilisé un calibre 38 ?
Lindsay Carson vous a tiré dessus avec une arme du même calibre.
Rien d'étonnant. C'est symbolique.
Et c'est pratique.
Vous savez si l'arme avait été retrouvée ?
Comme Rigg doit encore être jugé en appel,
la police d'Albany refuse de fournir les balles qu'il a utilisées.
Ils ont envoyé des photos.
- Ça ira ? Je peux les appeler. - Ça ira.
Je les ai comparées aux balles extraites de Mayer et Garner.
Bonne nouvelle : même nombre de rainures, même angle.
- Elles viennent de la même arme. - Mauvaise nouvelle :
les balles tirées au restaurant ont trop de marques secondaires.
Trois ont traversé une porte en métal,
deux ont été extraites du mur et une a touché un os.
Donc, si je vous fais témoigner...
Je devrai dire qu'elles correspondent à 60 %.
- Trouvez-moi l'arme et je ferai mieux. - Il y a peu de chances.
Elle a utilisé l'arme de son père ? Freud doit bien se marrer.
Tant qu'on n'en a pas la preuve, Lindsay Carson aussi.
Son père doit savoir où ce flingue a fini, il y a deux ans.
Selon Mayer, Rigg a tout oublié, durant les deux jours après le meurtre.
On peut peut-être lui rafraîchir la mémoire.
Qui était le procureur adjoint, à Albany ?
- Une remise de peine pour Arthur Rigg ? - Ma demande est raisonnable.
S'il coopère avec nous, vous lui proposez une conditionnelle au bout de 25 ans.
- S'il survit jusque-là. - Il a déjà de la chance d'être en vie.
J'avais demandé la peine de mort.
Robert Kort avait quatre enfants et Kathy Morris était enceinte.
Rigg était connu pour être alcoolique et bagarreur.
Aux yeux de mes électeurs, j'ai perdu ce procès.
Que penseraient-ils, si vous laissiez un autre tueur en liberté ?
Cette affaire, c'est votre problème.
Ce ne serait un problème pour personne, si vos policiers avaient retrouvé l'arme.
Je n'en suis pas si sûre.
Lindsay Carson aurait trouvé une autre arme, pour son forfait.
Quand tout ça sera fini, les médias s'en ficheront.
Surtout si Rigg gagne son procès en appel.
Il a déjà perdu en appel direct et il a décidé de se défendre lui-même.
Vous avez-vu Acevedo contre l'État ? Pour un taulard, Rigg s'en sort bien.
Si sa plaidoirie arrive devant un juge, il a des chances de gagner.
Madame Solvan.
Si Carson est reconnue coupable,
je serai ravi d'en attribuer le mérite
au bureau du procureur du comté d'Albany.
PRISON D'ATTICA JEUDI 17 OCTOBRE
Cette affaire s'est conclue il y a un an.
Je n'avais plus de quoi payer.
J'ai géré le procès et l'appel. Mon rôle s'arrête là.
Vous m'avez fait venir d'Albany pour ça ?
Nous sommes prêts à réduire le chef d'accusation contre sa fille
et offrons à votre client une opportunité que vous n'avez pas pu lui obtenir.
L'opportunité de vendre sa fille
contre une hypothétique libération dans 23 ans ?
Il aurait plus de chances en plaidant mon incompétence.
J'ai lu votre plaidoirie. Ne faites pas encore vos valises.
Vous ne connaissez pas l'affaire Acevedo contre l'État, à New York ?
Vous auriez dû lire l'opinion dissidente. Vous êtes ici pour un moment.
Dites-nous comment votre fille a eu l'arme et vous aurez une conditionnelle.
Au bout de 15 ans.
Mon offre est déjà très généreuse.
Je ne souhaite la prison à personne, surtout pas à mon enfant.
Même si je pouvais vous répondre, je ne le ferais pas.
Allez tous au diable.
Gardien !
Ça valait le coup d'essayer.
Les chutes du Niagara ne sont pas loin. Tu les a déjà vues ?
Quand j'avais neuf ans.
Mes frères ont voulu me faire tomber dedans.
On n'a peut-être pas besoin de Rigg, pour l'arme.
Si les flics d'Albany ne l'ont pas trouvée...
On en sait plus qu'eux.
Ils enquêtaient sur Rigg, pas sur sa fille.
Lundi 7 mai,
Lindsay a rendu visite à son père, six heures après qu'il s'est rendu.
- À quelle heure ? - À 15h30.
Elle a quitté son travail lundi à 13 h
et n'est revenue que le mardi après-midi.
Lundi 7 mai ?
Où qu'elle soit allée, elle a fait le plein.
Pour 18 dollars, lundi, à Albany.
Qu'est-ce qu'elle a payé d'autre ?
Mardi, au Yellow Shutters Motel, à Binghamton : 2,50 $.
Sûrement un frais accessoire. Peut-être un appel téléphonique.
Elle a dû payer la chambre en liquide.
Après être allée voir son père en cellule à Albany,
elle a sauté dans sa voiture et roulé deux heures jusqu'à Binghamton.
Ça vous dit d'aller faire un tour au Yellow Shutters Motel ?
Sortez vos vêtements chauds.
YELLOW SHUTTERS MOTEL LUNDI 21 OCTOBRE
J'ai trouvé. Le 7 mai.
Lindsay Carson, chambre 103. Une plaque d'immatriculation new-yorkaise.
Les 2,50 $, c'était pour un appel. Sans doute facturé au moment du départ.
Vous avez le relevé des appels ?
D'il y a deux ans ? On jette tout au bout d'un an.
C'est étrange. On était quasiment vide, ce soir-là.
Je ne sais pas pourquoi on lui a donné la chambre 103.
- C'est juste à côté des cuisines. - C'est peut-être elle qui a choisi.
Qui occupait cette chambre, la veille ?
Ah, voilà. Gerald Foster.
Je me souviens de lui. J'ai failli appeler la police.
Il m'a emprunté un tournevis et m'a presque crevé un œil avec.
Comment ça ?
Je voulais une caution pour le tournevis, au cas où il le perdrait.
- Il s'est énervé contre moi. - Vous avez relevé sa plaque ?
Il disait avoir besoin du tournevis pour réparer sa voiture.
Après le départ de madame Carson, je me suis rendu compte
que le chauffage d'appoint était cassé. Foster a sans doute tenté de le démonter.
Lennie, c'était la voiture de Rigg.
Vous continuerez à l'arrêter,
jusqu'à tomber sur un juge suffisamment stupide ?
On l'a vue sur les lieux du crime et les balles correspondent.
À quoi ? À une arme à laquelle elle n'avait pas accès ?
Vous parlez de l'arme qu'elle a sortie du chauffage de la chambre 103
du Yellow Shutters Motel, il y a deux ans ?
Vous avez une preuve ?
Un registre qui montre que votre cliente
et son père ont occupé successivement la même chambre.
Encore une coïncidence ?
Leur accumulation suffit à l'inculper.
Pas pour un crime passible de la peine de mort.
Tôt ou tard, la poudre sera ajoutée au dossier.
Vous avez une offre ?
Homicide volontaire non prémédité et agression, entre 25 ans et perpétuité.
Donnez-nous une journée.
Je ne comprends toujours pas son désir de vengeance contre Mayer.
L'avocat de son père était une cible plus logique.
Il vaut mieux que ce soit un docteur qu'un collègue.
On a la réponse de Carson. Elle veut plaider différemment.
Non coupable en raison d'une déficience mentale ?
Elle dit avoir été victime d'un trouble dissociatif,
comme son père.
C'est peut-être héréditaire.
Je ne me souviens de rien.
De rien du tout ?
Le tribunal exige que vous répondiez à mes questions honnêtement.
J'ai oublié où je suis allée, comment j'y suis allée, ce que j'ai fait.
Je ne me rappelle rien, avant mon réveil le lendemain.
Quelle est la dernière chose dont vous vous souvenez ?
J'ai découvert où séjournait Mayer et je suis allée lui parler.
Vous étiez armée ?
Cette ville est dangereuse.
Je l'ai vu devant son hôtel.
Je ne me souviens plus du reste.
Vous vous intéressiez de près au docteur Mayer.
À cause de lui, mon père va finir sa vie en prison.
Qu'a fait le docteur Mayer ?
Il s'est planté.
Il est arrivé à Albany trois heures avant de témoigner.
Il n'a passé qu'une demi-heure à examiner mon père
et à la barre, il l'a confondu avec un autre de ses patients.
On a dû hypothéquer la maison, pour le payer.
Il était censé sauver mon père.
Comment ?
En convainquant le jury qu'il ne savait pas ce qu'il faisait
- et que ce n'était pas de sa faute. - Tout comme vous ?
Mon père est vraiment quelqu'un de bien. Il a juste craqué.
Il a travaillé dur pour ces gens et ils l'ont chassé comme un chien.
Le jury aurait dû le voir tel qu'il est vraiment
et le docteur Mayer était censé le leur montrer.
Qu'avez-vous ressenti, quand vous avez su qu'il était à New York ?
Je ne sais pas. Je me suis sentie engourdie.
Monsieur Rigg m'a engagé deux jours avant le procès.
Ils s'attendaient à un miracle.
Elle est absolument convaincue que son père n'est pas responsable.
Je me fiche de ses états d'âme.
Tu crois à ses arguments ?
Le trouble dissociatif ?
Même si c'est une défense plausible, les symptômes sont trop faciles à simuler.
Comment prouver une perte de mémoire ?
Ne le prenez pas mal mais ce n'est pas votre domaine d'expertise.
Même si ça me peine de l'admettre,
madame Carson remplit tous les critères d'un trouble dissociatif.
Ces critères sont totalement subjectifs
et impliquent de croire ce que dit l'accusé.
Mes études prouvent le contraire.
Ce trouble se manifeste très spécifiquement
par le biais d'une violence irrationnelle issue d'un catalyseur émotionnel.
Il s'accompagne de pertes de mémoire, d'apathie et d'absence de remords.
Si ça suffit pour être innocenté d'un meurtre, on est tous au chômage.
Docteurs.
La question est très simple.
Au moment de tirer,
Lindsay Carson mesurait-elle les conséquences de son acte
et savait-elle que c'était mal ?
- Oui. - Non.
Génial.
PROCÈS À LA COUR SUPRÊME VENDREDI 10 JANVIER
Elle est entrée dans les toilettes, juste après les coups de feu.
Elle transpirait et haletait.
Et ensuite ?
On s'est toutes les trois écartées de la porte et on a attendu.
L'autre femme répétait sans arrêt : "Mon Dieu".
Je lui ai dit de se taire,
pour que le tireur ne nous repère pas.
L'accusée a-t-elle fait quoi que ce soit de particulier ?
Non.
Merci.
Madame Carson n'a pas dit un mot, n'est-ce pas ?
En effet.
Elle ne poussait pas de cris hystériques ?
Non.
Elle est restée silencieuse tout du long ?
Oui.
Sans montrer la moindre émotion, c'est ça ?
Oui.
Vous ne trouviez pas ça étrange, étant donné les circonstances ?
Si.
Merci.
Comme personne ne l'a vue sortir par la porte latérale
ou par la salle à manger,
on en a conclu qu'elle s'était cachée dans les toilettes.
Ça nous a été confirmé par deux témoins.
Selon vous, elle aurait été vue,
si elle était sortie par la porte latérale ou par la salle ?
Oui, très probablement.
Que pensez-vous de sa décision
de se cacher dans les toilettes pour femmes ?
Elle a su réagir très vite.
Merci.
Ma cliente est accusée d'avoir tiré sur les victimes
dans les toilettes pour hommes d'un restaurant plein à craquer.
Est-ce aussi une preuve de sa vivacité d'esprit ?
Je ne sais pas mais c'était mieux que de tirer dans la salle.
Je demande le retrait de la réponse.
Le jury ne tiendra pas en compte de la dernière déclaration du témoin.
Durant l'interrogatoire, madame Carson vous a dit
qu'elle ne se rappelait pas où elle était vendredi soir, n'est-ce pas ?
Oui.
A-t-elle dit quoi que ce soit qui contredise cette déclaration ?
Non.
Et vous êtes resté avec elle avant et après son arrestation,
pendant près de cinq heures, n'est-ce pas ?
- Oui. - Merci.
Briscoe a appelé.
Il s'en veut pour la tournure qu'a pris son témoignage.
On parle de sang-froid et la défense parle de transe.
On joue sur les mots.
Briscoe n'aurait rien pu faire.
- On est vendredi. Rentre chez toi. - Je relis le procès de Rigg
pour voir si la rancune de sa fille contre Mayer a un motif rationnel.
Alors ?
Elle avait plus de raisons d'en vouloir au juge.
La défense a demandé du temps pour que Mayer prépare son témoignage
et le juge a refusé.
Une violation du quatrième amendement. C'est parfait pour faire appel.
Justement, j'ai étudié l'appel de Rigg.
Ce vice de procédure n'a pas été évoqué.
Rigg est malin. Il n'aurait pas laissé passer ça.
Contacte son avocat.
Vous me prenez pour un idiot ? Bien sûr que ça justifiait l'appel.
Mais bizarrement, ça n'apparaît pas dans le dossier.
De quoi m'accusez-vous ?
Vous défendez un accusé impopulaire avec très peu de conviction.
Ça intéressera peut-être le comité d'éthique.
Je l'ai défendu mieux qu'il ne le méritait.
J'ai dit à Rigg et à sa fille qu'il y avait un vice de procédure
- mais Mayer devait le confirmer. - Quel était le problème ?
Mayer a refusé.
- Il vous a dit pourquoi ? - Aucune explication.
Ça remonte à quand ?
C'était il y a un an. Rigg m'a dit de laisser tomber
et il m'a congédié.
Vous avez les retranscriptions du procès ?
Si Mayer a refusé d'appuyer l'appel,
ça donne à Carson une bonne raison de le tuer.
Si elle a été en contact avec lui,
pourquoi a-t-il prétendu ne pas la connaître ?
Peut-être pour la même raison qu'il a refusé d'appuyer l'appel de Rigg.
Il cache quelque chose ? Ah, les psychologues.
Bonne nuit.
Jack, voilà le témoignage de Mayer.
- Ce n'était pas une erreur. - Il n'avait qu'une façon de le savoir.
Trouve Mayer et convoque-le.
Il n'acceptera jamais de venir à la barre.
Dis-lui qu'on veut mettre un visage sur ce crime
et qu'on l'assignera à comparaître. Fais ce qu'il faut.
J'ai passé deux mois à l'hôpital.
J'ai une heure par jour de rééducation.
En fait, j'ai eu de la chance. En tout cas, plus que monsieur Garner.
Saviez-vous que l'accusée vous tenait pour responsable
de la condamnation de son père ?
Non, je l'ai appris récemment.
Dans son entretien avec le docteur Skoda,
elle a dit que vous étiez mal préparé,
que votre témoignage contenait des erreurs factuelles
et que vous avez confondu son père avec un autre patient.
J'étais préparé. J'ai fait une erreur que j'ai immédiatement rectifiée.
Quel était l'axe principal de votre témoignage ?
Qu'Arthur Rigg avait commis ses crimes sous l'effet d'un trouble dissociatif.
Quels symptômes présentait-il ?
Une violence soudaine et irrationnelle, ainsi qu'une perte de mémoire.
Une perte de mémoire importante ?
Il ne se rappelait pas avoir tiré et avait oublié les deux jours suivants.
- Et vous l'avez cru ? - Oui.
Il aurait donc oublié avoir séjourné
au Yellow Shutters Motel, à Binghamton, durant les deux nuits suivant le crime ?
C'est exact.
Voici la pièce à conviction numéro 16.
Il s'agit du témoignage du gérant du Yellow Shutters Motel.
Veuillez lire le passage surligné.
"Je m'en souviens bien car le lendemain de son arrivée,
"il m'a menacé avec un tournevis."
Pièce à conviction numéro 43,
la retranscription de votre témoignage au procès d'Arthur Rigg.
Là encore, veuillez lire le passage surligné.
Docteur Mayer, veuillez lire ce passage.
"M. Rigg présentait des symptômes classiques de dissociation :
"un état de transe sur une période de deux jours,
"des accès de violence irrationnelle, notamment les tirs..."
Lisez jusqu'au bout.
"... et une agression avec un tournevis."
C'est la déclaration erronée dont vous parliez ?
Oui.
Comment avez-vous su, pour l'agression ?
Répondez à la question.
Monsieur Rigg me l'avait dit.
Malgré sa perte de mémoire ?
Permission de considérer le témoin comme hostile ?
Allez-y.
M. Rigg n'avait aucune perte de mémoire, n'est-ce pas ?
Une perte de mémoire partielle.
- Ni de troubles dissociatifs ? - Je maintiens mon diagnostic.
Vous êtes coupable de parjure.
Vous avez vendu votre intégrité pour 40 000 $.
- N'est-ce pas ? - Non.
D'où votre refus de témoigner en appel.
C'est totalement faux.
- Vous craigniez d'être percé à jour. - Non.
Et de discréditer votre théorie,
une théorie sur laquelle vous avez bâti toute votre carrière.
Monsieur Rigg serait apparu tel qu'il était vraiment,
pas comme un homme bien ayant craqué
mais comme un individu violent, une brute et un menteur
qui n'était pas plus malade que sa fille.
Objection.
Je retire ma question.
Pas d'autres questions.
BUREAU DU PROCUREUR ADJOINT MCCOY VENDREDI 17 JANVIER
Vous en avez fait le procès du docteur Leon Mayer.
Quoi que le jury pense de lui, il le reportera sur ma cliente.
Vous avez tout misé sur sa théorie. C'est votre erreur, pas la nôtre.
Homicide involontaire coupable.
Pas avant d'avoir entendu ce qu'elle a à dire.
Je voulais qu'il nous aide pour l'appel. Il nous devait bien ça.
Papa voulait que je laisse tomber mais je ne pouvais pas.
- J'ai suivi Mayer jusqu'à son hôtel. - Avec une arme ?
Oui, pour lui faire peur.
Il refusait de me parler.
Je l'ai suivi partout, au théâtre et au restaurant.
J'ai attendu pour lui parler.
J'ai cru qu'il allait s'enfuir par l'arrière du restaurant,
alors je l'ai suivi.
Je lui ai dit que c'était un salaud et qu'il avait trahi un homme bien.
Il a ri.
Il a dit que le problème ne venait pas de lui
mais du fait que mon père était un meurtrier.
Puis, il est allé aux toilettes.
Je ne l'ai pas cru.
Je n'y arrivais pas.
J'étais tellement en colère que je suis entrée et j'ai tiré.
Et quand j'ai vu l'autre homme,
j'ai continué à tirer.
Désolée, je ne savais pas.
Homicide volontaire non prémédité, entre 20 ans et la perpétuité.
C'est le mieux que je puisse faire.
Tout le monde traite son père d'assassin et ce docteur le dit malade.
- Elle a entendu ce qui l'arrangeait. - Comme nous tous.
Oui, mais on ne paie pas tous 40 000 $ pour l'entendre.
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