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Le p'tit et puis le train à 1 7h50. Ça nous laisse pas
- beaucoup de temps. - Vous êtes très gentil, merci.
Vous allez voir, c'est une région absolument charmante.
C'est pour ça que tant de peintres y viennent.
Jo a un visage admirable, non ? Mon frère a de la chance.
Vous n'avez qu'à peindre son portrait.
Elle m'intimide.
Je vous présente ma fiancée.
Elle l'aime, c'est gros comme une montagne.
Ces filles désoeuvrées s'emballent facilement.
Crois-moi que si ton frère Vincent était le peintre à la mode, Gachet...
Vous savez, je voulais quand même en revenir à cette homéopathie.
C'est une médecine pleine de contradictions.
On peut tout y lire selon son point de vue personnel.
En est-il pas de même pour l'oeuvre admirable de votre frère ?
Ceux qui aujourd'hui la rejettent encore
n'y voient qu'un barbouillage grossier, outrancier, maladroit.
Je suis sûr que dans peu de temps, des gens "éduqués" comme on dit,
n'y verront que du sublime. Sublime qui est déjà là, pourtant.
Je le souhaite, vous savez.
Pardon. Tu viens, on danse ?
Il est gauche et maladroit.
Avec son air godiche, on se demande si c'est bien lui qui fait ce qu'il fait.
Vincent est une suite de moments de faiblesse. Mais quelle force !
On est tous comme ça. Je me demande comment tu le supportes.
Vous dansez pas ?
Papa trouve ça indécent pour les jeunes filles. Je m'entraîne en secret.
On baise pas la main d'une jeune fille.
Il arrive de Tataouine, lui.
Madame, notre repas, sans vous, fut Gachet.
Vous voulez donc toujours que je roucoule. Une amie, Mme de Marigny.
Pourquoi nous cacher de si belles compagnes ?
Que dois-je vous montrer ? Je ne suis pas sergent recruteur.
Loin de moi cette idée.
Seriez-vous un bourreau des coeurs ? Comme avec la petite Lakmé ?
Lakmé. Voilà une très bonne idée.
Vous allez nous chanter Lakmé. Le pianiste va vous accompagner.
Madame a une voix ravissante. Peut-elle chanter Lakmé ?
- Pourriez-vous l'accompagner ? - Oui, oui. Tout à fait.
- C'était merveilleux. Vraiment, alors... - Je vous remercie.
Quelle voix !
C'est difficile de trouver une femme. Surtout pour moi.
Pour tout le monde. Vous êtes sauvage, surtout.
Ah, je suis timide, surtout avec les femmes.
C'est-à-dire ?
J'ose pas, quoi.
- Je peux aussi être très audacieux. - Ah bon ?
Vous ne peignez jamais l'eau ?
Ah, non, non. J'aime pas peindre l'eau.
C'est trop fluide et le reflet est équivoque.
- Merci, Vincent. - Y a une chose ou y en a deux.
J'ai vu l'Estaque de Cézanne. Comme il peint mal la mer.
On dirait du carton, mais on se pâme devant ça.
En si peu de temps, le plus doux des hommes
est devenu d'une susceptibilité maladive, irritable et amère.
Jamais j'aurais imaginé ces disputes continuelles.
Au bout d'un an...
Pardonnez-moi de vous dire ça, Vincent, mais...
mon mari ne ressemble plus au Théo que j'ai connu.
On dirait plutôt que c'est vous.
Vous, tel que me le représentait mon frère.
- Vous l'aimez plus ? - Mais, vous êtes fou ?
Je l'aime passionnément, encore plus.
Le voir comme ça...
Il essaye d'être cynique. Il se force.
Il est malade, non ? C'est la seule explication.
Non. Il se passe quelque chose, je le sens bien.
Mais il veut rien me dire.
Il a toujours été fragile. Mais au contraire de moi, il se plaint jamais.
Je le sens.
Il est toujours attentionné, mais de plus en plus...
Je crois qu'il vaut mieux...
De plus en plus, je me sens comme une étrangère.
Il me rejette.
Et l'enfant. Il est attentif, inquiet.
Le moindre bobo l'inquiète.
Et alors, avec ça, comme une indifférence.
Par moment, il est absent, pas là.
Mais qu'est-ce qu'il a, Vincent ?
- Une autre femme ? - Non, c'est pas son genre.
Ça vous va bien de dire ça.
Vous croyez que mon frère ne m'a rien raconté de vos escapades ?
- C'est du passé, ça. - Je savais où je mettais les pieds.
Non, mais c'est du passé, ça. Théo, c'est la fidélité même.
- Ça alors, je le connais. - Vous ne le voyez pas tous les jours.
On est fidèle avec tous ou avec personne.
Je suis pas d'accord avec ce que vous dites.
Vous vous rendez compte, il nourrit pratiquement toute la famille.
Non seulement vous et le bébé, la mère,
une de nos soeurs et moi. Y a de quoi se faire du souci.
Non, pas vous, Vincent. Vous, vous travaillez.
- Si vous le voyez comme ça. - Oui.
Mais il n'empêche qu'il se ronge, qu'il se ruine.
Non, je vous le dis, Jo, ça peut plus durer, ça.
Faut que les choses changent. Ecoutez bien ce que je vais vous dire.
Je veux pas avoir la mort de mon frère sur la conscience.
Je veux pas que mon frère se tue pour ma barbouille qui vaudra jamais rien.
Non, je vous le dis. Les choses... Les choses vont changer, quoi.
Je dois faire quelque chose.
Théo, vous, l'enfant, vous pouvez pas rester comme ça.
Qu'est-ce que vous allez faire ?
Mais qu'est-ce qu'il fait ?
Ne vous affolez pas.
Quand on prenait le bac avec maman, il faisait ça.
- Il sait nager ou pas ? - Il a fait ça toute sa jeunesse.
Ça y est !
Ah ben ça, c'est fort.
Vraiment, il mettait maman dans des états !
Allez, viens, maintenant. Tu vas attraper froid, c'est vraiment malin.
Voilà, maintenant, tu vas nous attraper du mal. Idiot, va !
Ah, t'es malin, hein ? Vraiment !
Je vais monter d'abord, ça va être plus simple.
Mme Chevalier, mon chapeau. Merci.
Alors, les enfants, on a quand même passé une bonne journée, hein ?
Revenez vite. Je ferai le portrait du petit Vincent.
Il veut faire de toi un monstre ?
Viens nous voir quand tu veux.
- Venez à Paris bientôt. - Oui, un dimanche.
- Ben où il est ? - Déjà parti. Il fait toujours ça.
On peut pas le laisser comme ça.
Enfin, qui parle de le laisser ?
Combien de choses se font sans qu'on en parle ?
Ben, vous gênez pas non plus.
Je sors de la cave. Maintenant, va falloir que j'aille la remplir.
Et "merci", ça existe hein !
Il m'énerve, celui-là, c'est pas croyable.
Tu mets de l'eau dans le vin, toi ?
- Qui m'a appris à faire comme ça ? - Tu te tais.
- Je prends exemple sur toi. - Vous avez vu comment elle parle ?
Et puis toute la lessive !
Ça fait combien de fois que je demande des grandes lessiveuses ?
Non, il m'écoute jamais de toute façon ! J'en ai marre !
Non, c'est trop... Ah, merde !
- Ça sent le renfermé, ici. - J'ai eu peur qu'il y ait de l'orage.
Pas un souffle d'air.
Ça va le p'tit ? Il est pas trop énervé ?
Non, il a pas bu trop de champagne.
J'aime bien te voir comme ça.
- J'aimerais que ce soit tout le temps. - Ça va pas durer.
Tu n'as pas parlé à ton frère, ce qui s'appelle parler, depuis plus d'un an.
Toute l'année dernière.
Rien.
T'étais là.
Oui, j'étais là.
Mais j'étais égoïste.
Je ne pensais qu'à nous.
Je pense toujours qu'à nous, d'ailleurs.
Quand Vincent commence à peindre, je vends la peinture des autres.
C'est là, le début de son désastre.
On peut pas se le cacher.
La vie de Vincent est un désastre.
Et toi, tu y es entraîné.
Et ta vie aussi est un désastre.
Tu m'aimes pas ?
Mais si je t'aime, Théo.
Si tu comprends pas ça, je...
Je peux pas t'expliquer, c'est...
Ben là, en ce moment, tout ce que tu m'envoies à la figure, c'est quoi ?
Je sais pas.
Lâchez-moi.
Vous voulez un verre d'eau ? Elle est fraîche.
Je peux le prendre ?
Vous voulez peindre comment, là ?
Attends.
Mon lait sur le feu. Vous partez ?
Oui, j'ai à faire. Je reviendrai cet après-midi.
- Vous ne restez pas manger ? - Non, non.
Perdu.
- Six et un, sept. T'es pas loin. - Huit, hein ?
Et voilà... Non, neuf.
Un petit neuf, mes enfants. Pas mal du tout. Cinq et quatre, neuf.
Allez, à toi.
Annoncé.
- Combien ? - Un.
Vous voulez lui dessiner le marchand de sable ?
Regarde, M. Van Gogh, il va te dessiner le marchand de sable.
- Viens. Viens côté de moi. - Va à côté.
Alors ?
Oh, qu'il est beau !
- Voilà. - Merci, M. Van Gogh.
Regarde.
T'as vu comme il est beau le marchand de sable ?
Tu n'es pas sympathique.
- Ça sert à quoi ? - Quoi ?
- La sympathie. - À vivre en harmonie avec autrui.
Ou si tu préfères, à vivre le mieux possible, à avoir des amis.
- Je t'en ressers ? - Non, merci.
Tu veux pas une tartine ?
Je déjeune jamais le matin.
J'ai regardé quelque chose toute à l'heure.
Elle ressemble à ma mère quand elle était jeune.
- C'est toi qui l'as fait ? - Non, non, c'est Gilbert.
Ça ressemble pas à ce que tu fais, cette toile.
On dirait du papier pour recouvrir les livres.
Ma mère disait toujours qu'on aime qu'une seule personne dans sa vie.
C'est vrai. Ma mère aimait mon père.
Mon père n'aime qu'elle, et Coco n'aime que mon père.
- Et toi ? - Moi, je sais pas encore.
Et vous ?
Vous, vous n'aimez personne.
Ben tiens ! Mon feu est allumé.
Qui c'est qui a allumé ma cuisinière ?
C'est vous qui avez allumé ma cuisinière ?
Vous devriez le faire tous les jours, et puis m'amener le petit déjeuner.
Mais je ne suis pas Gilbert.
Ne riez pas. Il avait de la température hier soir.
Ah oui ? Comment vous le savez ?
- Encore en train de roder ? - Tu rigoles ? On se voit jamais.
Si j'avais su, j'aurais amené ma broderie.
Et puis du saucisson à l'ail. C'est agréable.
- T'en veux ? - Non.
Moi, j'avais envie de reprendre des forces.
Moi, j'aime la pause.
Les guides de la montagne. Ils mangent lentement, sans parler.
T'as pas besoin de prendre la pause, t'as pas commencé à travailler.
J'ai fini.
Ben peins-moi.
Si mon père me voyait, il me tuerait.
Ah, lui ? Ben tu parles.
Tu prends tout à la plaisanterie.
Mais non.
T'es fort.
Qui, moi ?
Une force la nature, oui.
Dis-moi, t'as les bras pas trop musclés.
C'est pas joli pour une femme d'être musclée.
Ah, un petit modelé...
Dans la famille, y a que papa qui fait de la gymnastique.
- Vous voulez boire un canon ? - Avec plaisir.
Tu viens ?
On a du bon vin, des vignes de mon frère.
On va voir ce que ça va donner.
Si on n'en boit pas de trop.
- Il fait bon, là. - Ah, là, oui.
Tu en reprends, toi ?
Vous avez pas vu ma fille ?
Ah, docteur !
Je vois que la soirée est animée.
- On est en plein... - Salut !
Vous me donnez un p'tit coup, non ?
Allez, salut.
- Pourquoi je peux pas venir à Paris ? - Ah, ben j'attendais.
C'est vrai. Je vais rester ici toute seule comme une gamine.
Et moi, là-haut, chez Ravoux, avec juste un mur gris derrière le vasistas.
Mais personne t'a obligé à y aller, là-bas.
- The beginning of the day is cold... - Y a deux "e" à "week".
Oui, "weak" W-E-A-K, c'est faible.
C'est ce que je suis avec vous.
W-E-E-K, c'est "week"...
Qu'est-ce qu'il a ce soir ?
Tu crois vraiment qu'il se doute de rien ?
Toute la journée dehors. Une jeune fille de ta condition ne fait pas ça.
Regarde un peu comment que tu es.
- Tu vas tomber enceinte. - Ça vous va bien de dire ça.
- J'ai eu un garçon à ton âge. - Pourquoi nous l'avoir caché ?
Il s'est engagé à la Commune en 70.
On ne l'a plus revu.
Quand ça a été fini
les troupes de Thiers sont rentrées dans Paris.
Il n'est pas revenu.
Quand on m'a appelée...
je l'ai vu là, étendu avec d'autres.
Il avait 15 ans.
Pauvre Nanon.
Allez, c'est du passé.
Non, c'est jamais du passé.
C'est passé.
Mais ce Van Gogh prendra peut-être pas ses responsabilités.
J'étais derrière toi, qu'est-ce que t'as foutu ?
J'ai été boire un canon.
Le grand format. Toujours l'emphase !
Quel pédé, celui-là.
Tu pourrais m'aider, hein.
- Ils sont pas là, tes parents ? - Je sais pas où ils sont.
- Non, non. C'est offert. - Non, mais ça, c'est pour hier.
Ben allez-y, vous gênez pas. Vous voulez pas ma femme aussi ?
Personne en veut.
On prendrait bien la fille, mais elle se sert toute seule.
- Toi, le garde-barrière, ça va. - Quoi ?
Qui c'est qu'a failli passer sous le train, l'autre soir ?
Passer sous le train ?
En 20 ans d'exercice, j'en n'ai pas vu un seul.
Bonjour, maître.
Est-ce que je pourrais...
Je m'étais promis de...
- Si ça ne vous dérange pas. - C'est au fond.
Je bois un coup avec le patron, j'arrive.
Quelle évolution depuis votre période parisienne.
Vous avez assimilé le pointillisme avec une audace...
C'est exquis, divin.
Mes toiles, elles sont là.
Je suis soulagé. Je vous avouerai que j'étais un peu hypocrite.
C'est comme si je vous disais que ce truc-là
représente la peinture de demain, voyez ?
Mais par contre, là...
Là, je suis sincère.
Si j'étais capable de faire ça...
Tiens !
C'est votre autoportrait de Saint-Rémy.
Vous finissez souvent vos toiles en atelier ?
Oui, enfin, ça m'arrive.
Des bricoles.
Ah, ça, c'est mon jardin avec Marguerite.
Les acacias que Coco aime tant.
Ça aussi, c'est bien.
Bonjour. Ça va mieux ?
Ça ne coule plus ?
Deux portraits de moi. Dis donc, vous me gâtez.
Je fais toujours le double.
Je sais pas lequel je préfère.
Mais je vous en donne qu'un.
Là, je suis comblé !
J'en donne toujours un à celui qui a posé.
C'est vrai ?
J'aimerais connaître votre technique du roseau taillé.
Ben c'est pas compliqué, on taille un roseau.
Votre frère est trop timoré avec vos oeuvres.
Permettez mon audace, mais Théo fait de la rétention.
Oui, je sais.
Ça vous fait rire ? Moi, ça me tracasse.
- Je lui ai dit d'aller vous consulter. - Sérieusement, il est malade ?
Je voulais parler de votre carrière.
Ça commence à venir. Vous avez lu l'article d'Aurier.
C'est un con.
Littéraire, évidemment. Les écrivains ne devraient pas écrire sur la peinture.
Ma fille a cru déceler quelques craintes.
Ah, oui, des picotements ?
Non, soyons sérieux. Je suis son père tout de même.
- Je suis là pour vous aider. - Non, pour me soigner.
Pas d'inquiétude pour votre santé, vous n'êtes qu'un malade imaginaire.
À l'hospice de Saint-Rémy, vous avez aimé votre maladie sans le savoir.
Mais je prétends rien savoir. Mes crises n'étaient pas imaginaires.
Les médecins ont un vilain défaut.
Ils ne sont pas le malade. Et quand ils le sont...
Eh bien, ils ne sont plus médecins.
Je devrais vous prescrire une diète.
- Je vais vous l'envelopper. - Je veux montrer ce chef-d'oeuvre.
Vous êtes comme moi, musclé.
Je reste pas dans mon atelier à me caresser la barbe.
J'utilise autant mes jambes que ma tête.
C'est sain. Si votre peinture n'est pas marchande, elle est marchante !
Tu t'emmerdes pas, toi.
Tu vois cette voile rose dissonante à gauche qui déséquilibre tout ?
Je l'enlève.
C'est une grossière erreur.
J'ai tout arrangé. C'est mieux. C'est mieux comme ça.
Moi, j'aime la fluidité. Les choses aérées à la Turner.
Moi, je transcende cette oeuvre à ras de terre.
- Ras de terre. - Ces touches mécaniques...
Elles sont trop grandes, tes toiles.
Trop grandes, hein ?
Alors pourquoi tu as copié cinq fois mes toiles ?
Pour moi, c'est l'extase, c'est la fluidité. Regarde !
Regarde ce que tu fais, toi.
Avec ces épaisseurs, on ne reconnaît même pas le haut des feuilles, du ciel.
Tout est la même chose. Non, mais regarde ça !
Il n'y a aucun glacis. Tu ne sais pas faire un glacis.
Ce sont des épaisseurs, les unes à côté des autres. Que des touches.
Rien n'est aéré.
- On sent rien dans ta peinture. - T'as fini ?
- Regarde ton bonhomme. - T'as fini ?
J'ai vu ses toiles, c'est superbe.
Je suis fière. Comme s'il avait toujours été des nôtres.
Il sera toujours des nôtres.
Y a six chambres, ici. Et tu le laisses dormir là-bas.
T'es monté dans sa chambre ? Si on peut appeler ça une chambre.
- Comment tu peux... - Mais non, j'imagine.
Tu voudrais qu'il puisse dormir plus près de toi ?
La société des fous est dangereuse pour certaines natures.
- Tu parles de qui là, et pour qui ? - Je parle en général.
T'arrêtes pas de proclamer qu'il est en bonne santé. Faudrait savoir.
L'oreille, c'est bien lui qui se l'est coupée.
Et ses crises à Saint-Rémy, à l'asile, pendant cinq semaines ?
Enferme-moi et tu verras si j'en n'ai pas, des crises.
Son frère n'est pas venu le voir une seule fois.
Sa véritable maladie n'est pas dans les crises,
mais dans le mal vénérien contracté il y a quelques années.
Maman aussi, elle était syphilitique. Elles morte de ça, tu lui avais refilé.
Marguerite, arrête ce langage de charretier. Tu en prends, un ton.
Décidément, partout où il passe, celui-là...
On disait qu'elle allait devenir aveugle.
Elle est restée des mois dans le noir.
Tante Francia en a dit des choses. Et moi, vous m'avez expédiée à Lille.
Ta maman était de santé délicate, c'est tout. Qu'est-ce qui te prend ?
J'ai appris des choses dans tes livres.
T'as dû cacher des choses pas très nettes.
Même très jeune, un enfant remarque beaucoup de choses.
Il souffre du malheur qu'il sent.
Qu'y a-t-il ? On dirait une étrangère. T'es hystérique, comme ta mère.
Je t'ai entendu traiter Vincent d'hystérique. Pour toi, on l'est tous.
C'est la grande mode, l'hystérie.
Tu te veux libre penseur sans préjugés, mon oeil.
Y a un moment où les hommes comme toi deviennent les plus sectaires.
Tu ne le soignes pas. Tu fais rien pour lui.
Il est venu pour ça, non ?
C'est aussi faux de dire qu'il est fou que de dire qu'il n'est pas fou.
Eh ben, je l'aime.
- Qu'est-ce que tu dis ? - Je l'aime !
- Tu vas te marier avec ce... - Qui te parle de l'épouser ?
- Ma fille va vivre avec un fou ! - Pas plus fou que toi.
Il m'aime et il veut vivre avec moi. C'est tout.
- Il te l'a dit ? - Non, mais je le sais.
Elles sont loin, là, tes idées libérales.
Elles sont bonnes pour les autres, pas pour moi.
Finalement, t'es comme tout le monde.
J'ai pas de principes, mais alors là...
En théorie, tu comprends tout. T'es à l'avant-garde. L'union libre et le reste.
Mais quand il s'agit de la vie la plus proche, y a plus personne.
T'es qu'un lâche. C'est peut-être pour ça que tu peins aussi mal.
Clémentine, ce que tu viens de dire est irréparable.
J'ai une bonne nouvelle. J'ai réussi à convaincre Théo.
Jo et le petit viendront passer l'été à Auvers.
Ça vous fait plaisir, non ?
C'est injuste de travailler comme ça, sans argent gagné par son travail.
Mais l'argent que t'as, c'est par ton travail.
Parce que c'est toi qui va m'entretenir ?
Non, Théo, c'est fini. Je le sens mieux que personne.
Y a des jours où ça me dégoûte de peindre.
Enfin, après tout, c'est tant mieux.
Je lui ai écrit que tout va bien...
Mais Théo se rend compte rien. Il ne regarde pas ce que je fais.
Si ça se trouve, il voit très bien tout ça.
Qu'est-ce que tu veux qu'il dise ? Que c'est mauvais ? C'est ridicule.
- Tu prends toujours sa défense. - J'essaie de comprendre.
Y a pas à comprendre. Moi, je sais.
C'est énervant de t'entendre parler des choses que tu connais pas.
Les Van Gogh, c'est pas une famille d'artistes.
Je sentais le regard de mon père.
Je vois pas ce que j'aurais pu faire de plus sale, de plus laid,
de plus inutile pour mériter ce regard-là.
J'ai juste essayé sérieusement et simplement de peindre à ma façon.
Bon, je continue ?
À quoi bon continuer ?
Ça change, c'est vrai. J'ai avec toi ce que j'espérais avec Kate.
- Merci de la comparaison. - Si je t'avais rencontrée, à la place...
Heureusement que ça a pas marché.
Je sais ce que tout le monde pense. Voilà la source d'une grande oeuvre.
Elle l'a rejeté, il s'est réfugié dans la peinture.
Si t'avais eu une fille bien, t'aurais fait des choses meilleures.
- C'est ce que tu crois, petit tambour. - Parfaitement, c'est ce que je crois.
Arrête de te plaindre. T'as tout pour toi.
Tu ferais plus si tu arrêtais de te lamenter sur ton frère et sa femme.
Oublie-les un peu.
Si le nom de Vincent Van Gogh devient célèbre,
ce sera pas celui de ton neveu.
On est mariés ?
Tu parles comme bobonne sur l'oreiller.
Mais tu fais rien. Les autres te poussent pas, tu les remorques.
Ils sont jaloux. Ce que t'as, ils l'ont pas et le savent.
La terre doit pas être assez grande pour la porter, ta Kate.
Ce genre de femmes finit toujours par épouser un crétin. Ça leur va bien.
Et toi, t'es là en train de pleurnicher après elle.
Qu'est-ce que tu vas faire à Paris, dimanche ?
- Me saouler la gueule. - T'as pas ça au bord de l'Oise ?
Me saouler la gueule.
- Tu regardes rien ? - Je les connais par coeur.
Nous sommes au bout de nos peines.
Théo va vous couvrir de bijoux et de toilettes.
J'en demande pas tant.
- Y a pas lourd de 30. Où elles sont ? - Les autres sont chez Tanguy.
Je vais aller rue Clauzel, justement.
Si tu rencontres des gens, fais attention. Ils te craignent tous.
Dès qu'il vient à Paris, il trouve le moyen de se fâcher avec quelqu'un.
Dans le fond, il a besoin de personne.
Aussi excentrique qu'il soit, il est comme les autres,
il a besoin. Il a besoin...
Et on ne peut rien faire, sinon faire quelque chose pour se réconforter.
Comme les bonnes oeuvres, ça fait surtout du bien à ceux qui donnent.
Les billets de 50 francs...
C'est toi qu'ils soulagent le plus, dans le fond.
Tu crois pas ?
- Tiens, viens m'enlever ça. - Quoi ?
- Regarde. - Oh, j'aime pas, ça !
Ben écoute, allez ! Vas-y, appuie !
- Ça y est ? Vas-y ! - Mais oui !
Il aurait dû être un des meilleurs peintres de sa génération.
Mais il s'y est mis trop tard et puis il s'est précipité trop vite.
Comme dans tout ce qu'il fait.
Quand il voulait être pasteur et puis tout le reste.
Et puis, il a pas appris.
Je comprends pas ce que fait Vincent.
La vérité, tu vois, tout au fond, c'est que...
La vérité tout au fond, c'est que j'aime pas sa peinture.
Je voudrais qu'il peigne comme Renoir.
Alors là, ça me paraîtrait bien.
C'est pas vrai. S'il peignait comme Renoir, j'aimerais pas ça non plus.
J'aimerais pas ça non plus.
Mais tu vois, si Renoir peignait comme Vincent
alors ça, j'aimerais ça. Du moment que c'est pas mon frère qui l'a fait.
Tu dis n'importe quoi.
Tu cherches toujours à découvrir des mystères.
Y a seulement la façon dont la vie se passe, c'est tout.
- Tu veux que je t'aide à te rincer ? - Oui.
Vous savez, Vollard a tort d'étaler son savoir-faire de marchand.
Un vrai malin doit se laisser prendre pour un sot.
Erreur. Pour faire de bonnes affaires, on s'adresse toujours au plus rusé.
Venez un peu ici. J'ai deux ou trois merveilles à vous montrer.
Très joli.
C'est beau.
Vous savez, plus je regarde cette toile, plus je la trouve belle.
Regardez toutes ces nuances de bleu.
C'est aussi beau, aussi parfait qu'un Tiepolo.
Il l'a peinte quand le petit est né.
Je l'ai mise là parce que je l'adore. En face du lit pour la voir tous les matins.
Eh bien, rendons hommage aux deux Vincent.
À la japonaise, comme la toile.
- Vous ignoriez le talent de notre ami ? - Non, bien sûr. C'est magnifique.
Mais ce soleil, là, franchement, regardez. Et ce ciel vert...
Qu'est- ce que c'est que ces cloportes ?
- Ceux qui te feront vendre. - Ça a pas l'air.
Tu vas m'enlever mes toiles de chez Tanguy. Un vrai pucier.
- Où tu veux que je les mette ? - Y a même plus de place sous ton lit.
- Comment fait la femme de ménage ? - C'est Jo qui fait le ménage.
Si c'est Jo, alors... La sainte Jo.
- Qu'est ce que ça fout là-haut, ça ? - Moi, j'en sais rien.
Mais je vous fais chier ou quoi ?
Mais non, Vincent, enfin !
Théo ne va pas bien, vous savez.
Gachet est pas assez bon pour lui.
Et comment ça va finir, tout ça ?
Y a que vous. Y a que vous que je sens proche de moi.
Faut savoir être égoïste.
Pour son propre malheur, Théo ne l'est jamais.
Ben moi, je suis que ça, un égoïste.
Je sais pas siffler.
C'est dommage, vous avez fait deux trous dans la toile.
Hé, tu touches ma femme, toi ?
T'as jamais rien touché dans ta vie.
T'en n'as jamais peint des comme ça, hein ?
- Que des rapports pornographiques. - Et toi ?
À bientôt. Nous allons régler tout ça.
Merci de votre visite, en tout cas.
T'es terrible, toi. Tu trouves le moyen de te fâcher avec tout le monde.
Même Gachet. Tu te fâches avec Gachet aussi.
T'es insolent avec Aurier.
Tu sais, ça change rien. C'est les types comme Aurier qui font vendre.
Les acheteurs achètent même plus la peinture
à travers les articles qu'ils ont lus que la peinture elle-même.
Tous ces cons qui lisent un type qui dit que c'est beau en jargonnant
et avant de voir, ils ont décidé que ce serait beau.
Et comme les critiques écrivent à peu près la même chose
sur ce qui est bon et ce qui mauvais, ils aiment tout.
- On appelle ça l'éclectisme. - Ben merde.
C'est la poule aux oeufs d'or, voilà.
T'as les oeuvres du plus grand peintre de notre époque et t'en fais rien.
- T'es le plus grand peintre ? - Oui, c'est moi.
Et tu dors sur mon oeuvre. Mes toiles sont sous ton lit.
- Où tu veux que je les mette ? - Expose-les.
Tu veux pas. Tu veux relire tes lettes ?
Une oeuvre entière qui t'aura pas coûté cher.
Mais comment tu peux dire çà ? T'es horrible, Vincent.
Un jour, ça cassera, si tu continue comme ça.
Finalement, t'es qu'un vulgaire marchand comme les autres.
Un exploiteur d'artistes, un aigri.
Tu amasses une oeuvre que tu achètes au dixième de son prix
et pour 150 francs par mois, tu as au moins 20 toiles de moi
au prix d'une seule toile d'un impressionniste de deuxième zone.
T'es d'une mauvaise foi écoeurante. Tu t'écoeures pas toi-même ?
Maintenant, y aura vraiment quelque chose de cassé entre nous.
Ben, cassons. Je demande que ça. J'ai pas peur.
Je m'en sortirai. C'est mieux comme ça, je faisais que de la mendicité.
Mais tu mens ! Toutes ces toiles, elles sont à toi, pour toujours.
Des belles phrases. "Pour toujours". Si je mourrais, à qui elles iraient ?
À qui ? Vous seriez bien capables de les foutre en l'air comme maman.
Vous n'avez jamais cru en moi, dans la famille. Personne !
"Foutez-moi ça en l'air" qu'elle disait.
Elle a jamais dit ça. Où t'as été chercher ça ?
Je le sais, c'est tout.
J'ai été lâche d'accepter ton aide. Depuis, je suis une larve.
Je me donne l'impression d'être entretenu. C'est le comble.
Quelle honte.
J'aurais mieux fait d'être docker à Marseille.
Tu sais qu'on ne peut pas peindre si on travaille. C'est l'un ou l'autre.
Gauguin a peint plusieurs années en restant agent de change.
Mais quand même, tu m'as étouffé.
J'aurais travaillé plus fort et bien mieux. J'ai rien fait d'important.
Et puis, c'est trop triste.
J'arrive au bout du rouleau, là.
T'as rien remarqué, ces derniers temps ?
Ce que je peins vaut plus rien. De la merde.
T'as vu le portrait de Marguerite Gachet ? Un tas de boue.
C'est un moment de transition. T'exagères toujours.
T'es ici depuis à peine deux mois. On peut pas toujours être au sommet.
Au sommet ? T'as jamais aimé ce que je fais.
De temps en temps, un mot, une phrase de pure convention.
Mais tes goûts à toi, je les connais.
Tu m'as jamais parlé comme ça. Jamais.
Je suis malade. On va pas pouvoir continuer comme ça longtemps.
Pas longtemps, en effet, non.
J'ai jamais eu cette douleur.
T'as vu un médecin ?
Il a rien compris à ce que je lui disais.
Et là, maintenant, t'as mal ?
Je suis désespéré par ta mauvaise foi. Le reste, ça pourrait s'arranger.
Mais cet état d'esprit dans lequel tu es...
- Quoi, mon esprit ? - T'es en forme. La réussite vient.
Oui, mais je peins de plus en plus mal.
Regarde l'article d'Aurier. Ils viennent, c'est sûr et tes crises...
- Elles ont disparu. - Ecoute-moi bien, Théo...
Y a pas de crises. Y a jamais eu de crises.
Des subterfuges, comme les sèches jettent de l'encre pour se cacher.
Mais je te le dis : y aura pas de crise, mais la calme décision, si je peux de...
m'arranger de tout ça. De ne plus supporter l'insupportable, pour tous.
Je suis pas si égoïste que tu crois.
Je pense plus aux autres que tu crois.
Je venais pas pour un règlement de compte, juste pour dire bonjour.
Lautrec est toujours en retard. Il vient, il vient pas...
Vincent ? À table.
Non, mais vraiment.
- Civet ? - Du civet, oui.
Qu'est-ce que tu vas faire ? Tu vas rester à Auvers ?
- Je vais partir. - Où ? Avec quel argent ?
Pour qui on peint ? Des amateurs, des gens aisés, des raffinés,
des cons, oui. Le pire de la société. On peint pour les pires.
Non, tu vas me bazarder tout ça.
Y a 200 toiles ici. Ça fait 20,000 francs.
Je peux pas négocier ça du jour au lendemain. Pas l'oeuvre d'un inconnu.
- À qui la faute ? - Faudrait savoir ce que tu veux.
Bon, allez. Je fous le camp.
Et Schubert ?
- Quoi, Schubert ? - Oui, Schubert.
Tu savais pas ? Ses amis se sont tous cassés à la campagne
par peur d'attraper sa maladie.
- Je vois pas le rapport. - Moi, je vois très bien.
On n'a pas d'amis, on est toujours seul. On s'en aperçoit, alors,
si on peut encore s'apercevoir de quelque chose.
Ben, c'est aussi bien comme ça.
Fou !
Mais arrêtez !
C'est de la faiblesse, Vincent. De la faiblesse.
Quand y a plus de foin à l'écurie, les chevaux se battent.
Moi, je peux plus les voir.
Allez, aux acheteurs, ça. Je peux plus les voir. Fais-les disparaître.
Regarde. C'est jamais moi qui ai fait ça.
Cet oeil, j'ai fait ça, moi ?
Cette juxtaposition de gris, le ton rompu, le modelé sous les yeux.
Je sais faire ça ?
Pas possible.
Je suis le peintre des mentons fuyants et des complémentaires faciles.
Jette-les, vends-les. Vendre, c'est jeter avec de l'argent en plus.
Je peux pas.
Tu peux pas ?
Personne n'en veut. C'est ça, la vérité ?
- Quoi ? - Rien, Vincent.
"Rien, Vincent".
Je t'en fais le pari. Je fous ces toiles sur le trottoir d'en bas,
tu pourras les reprendre demain, si ça t'intéresse.
Personne les aura touchées. Tu m'entends ? Personne.
Pas même les éboueurs et les clodos.
Tenez, M. Van Gogh, votre gratinée.
Ça va, Vincent ?
- Qu'est-ce que tu fais ? - Je mange ma gratinée.
Content de te revoir à Paris.
- Qu'est-ce que tu fais ? - Je mange ma gratinée.
Tiens, voilà la grande Suzanne V.
- Tu reviens à Paris ? - Ouais. Et j'aimerais pouvoir manger.
Tu sais que je peins, maintenant.
Ma pauvre Suzanne.
Tout le monde peint. Même les femmes.
- Sans toi, comment il vivrait ? - Peut-être qu'il mourrait.
Il mourrait ! Il mourrait !
Il travaillerait, comme tout le monde.
J'ai connu des garçons aussi doué que lui pour l'art
et aussi désireux d'en faire leur seule occupation.
Eh bien, ils ont travaillé. Comme tout le monde. Le vrai travail.
La vie d'artiste, c'est un luxe.
On n'est pas artiste si on peut pas se le payer.
J'en ai assez d'entendre parler du malheur de la vie d'artiste.
Les vrais malheureux sont ceux qui n'ont rien.
Qui n'ont pas de travail. Qui ne peuvent pas se nourrir.
Vincent est ta danseuse.
- Mais tu peux pas l'entretenir ! - Je l'ai fait jusqu'ici, non ?
Eh bien, justement, faut que ça change.
T'as une famille, maintenant.
Et pas seulement la tienne. La nôtre.
C'est pas vrai ! Tu vas te traîner cette épave toute ta vie ?
- Tu vas la fermer ? - Mais arrête !
- T'es vulgaire. - Oui, je le suis !
- Arrête, maintenant. - Oui, je suis vulgaire.
Oui, j'arrive.
- Qu'est-ce qu'il vous arrive ? - Il était pas dans le train.
- Il est pas rentré, j'en suis sûre. - Vous avez dû vous croiser.
Non, il est pas rentré. J'en suis sûre.
Il peut pas être à 36 endroits.
Tu sais bien où il est. Emmène-là.
- Vous voulez quelque chose ? - Non, merci.
- Vous n'avez pas dîné ? - Non, j'ai pas faim.
Allons-y.
Ça te rappellera le bon temps.
T'es lourd.
T'as l'air repu.
T'es pas là depuis longtemps, toi. Je te connaissais pas.
Mais c'est vrai que t'es marié. T'es venu avec ta femme ?
Non, elle était un peu fatiguée.
Elle a accouché, non ?
Y a trois mois et demi. Il est grand comme ça, maintenant.
Mais t'aurais pu venir avec elle.
Elle rigole ?
Oui, elle serait bien ici.
- Comment tu t'appelles ? - Moi ? Cathy.
C'est joli, ça.
T'as des beaux bijoux. T'as des jolies mains, Cathy.
- Ça va, Suzanne ? - Ça va.
Et comment il va, le petit Puvis de Chavannes ?
- Sept ans, déjà. - Dis donc, ça pousse.
C'est toi qui l'as mis dans cet état-là, Henri ?
Il dort toujours après.
T'es parti sans chaussettes ?
Un peu précipitamment, oui.
- Ta femme t'a jeté ? - Y a un peu de ça.
C'est pas ça. Faut jouer un truc plus doux.
Joue-nous un truc plus...
- Je suis pas libre. - Je suis venu à Paris que pour ça.
T'as jamais eu à te plaindre avec moi.
Me touche pas. Mais tu penses qu'à ça. Ça te monte à la tête.
Tu perds la tête ou quoi ?
En plus, je t'ai cherché à Auvers, je t'ai laissé un mot.
- Bon allez, on se voit quand ? - Me touche pas.
- Demain, après demain, je sais pas. - Tu t'emmerdes pas avec ça, toi.
T'es con, mais lâche-moi.
Ne me touche pas.
Cette gentillesse que t'as, ça c'est un truc de pute.
T'es vraiment un gros con ! Rentre chez toi ! J'ai pas besoin de toi !
- La pute au grand coeur, tu parles. - Du sentimentalisme ! T'es fait !
Elle est timide.
Chante La butte rouge.
La butte rouge, c'est son nom L'baptême s'fit un matin
Où tous ceux qui montaient Roulaient dans le ravin
Aujourd'hui, y a d'la vigne Il y pousse du raisin
Qui boira ce sang-là Boira l'sang des copains
Sur c'te butte y avait pas d'gigolettes
Pas de marlous ni de beaux muscadins
Ah ! C'était loin du Moulin d'la Galette Et de Paris qu'est le roi des patelins
C'qu'elle en a bu du beau sang cette terre
Sang d'ouvriers et sang de paysans
Car les bandits, ceux qui causent les guerres
N'en meurent jamais On n'tue qu'les innocents
La butte rouge, c'est son nom L'baptême s'fit un matin
Où tous ceux qui montaient Roulaient dans le ravin
Aujourd'hui, y a d'la vigne Il y pousse du raisin
Qui boira ce vin-là Boira l'sang des copains
Tu permets ?
Tiens, goûte.
- C'est bon. - Bois.
Encore.
Alors, tu m'aimes ?
Dis-le-moi.
Allez, frérot, viens. On va aller faire un peu la marche. De la tenue.
- Quand me prendras-tu une toile ? - C'est déjà fait. Quelles toiles ?
Celles que j'ai fait moi.
T'es connue comme modèle. Personne en voudra de tes toiles.
T'es vraiment un beau salaud. T'es devenu un vendeur comme les autres.
Je vais aller dormir, si je veux être en forme pour ouvrir ma galerie.
Je vais aller roupiller auprès de ma grosse.
Dis donc, en 3e classe, c'est étroit.
Les fesses des pauvres sont moins larges que celles des riches.
Ça, c'est la vie.
Billets, s'il vous plaît.
Petit train du matin, câlin. Allez, bonne continuation.
Qu'est-ce que t'as ?
Je voudrais tellement que tu m'aimes.
Je sens bien que tu m'aimes pas.
Mais c'est pas grave.
Je t'ai fait quelque chose ?
Tu me réponds quand je te parle ?
Reste avec ta peinture. Elle te suivra pas dans ton cercueil.
Ta peinture, mais t'as que ça. T'es qu'un pauvre malade.
T'entends ? Un malade ! Tu t'intéresses qu'à ta merde !
Tes toiles de merde ! Le déchet de ton esprit malade !
Mais lâche... Mais lâche-moi !
T'es pas normal !
T'es qu'un fou ! Mais reste-là !
Tu t'assois !
Tenez.
Où est-elle ? Vous êtes tout seul ? Où est ma fille ?
- Reprenez votre sale gueule. - Elle a disparu depuis hier.
- Qu'est-ce qui est arrivé ? - Rien.
- Qu'est-ce qu'il t'a fait ? - Rien.
Réponds-moi.
Tu n'es pas souffrante ?
Il n'est pas nécessaire pour faire une oeuvre de détruire son entourage.
Vous faites le mal partout.
Vous êtes un grand artiste, mais un homme méprisable.
Une gamine... Vous avez le double de son âge. Vous n'avez pas honte ?
J'ai connu beaucoup de peintres dans ma vie. Ils se conduisaient autrement.
Y a quelque chose de vulgaire dans tout ce que vous faites.
Tu m'aimes pas. T'as jamais fait attention à moi.
Ma petite fille, si tu savais comme je t'aime.
Vous oubliez votre paquet.
Vous devriez aller sur le quai. La demoiselle, elle est pas bien.
- Allez chercher de l'aide ! - Un médecin ?
Mais non, c'est moi le médecin, imbécile ! Une voiture.
Prenez-lui les pieds. Montez dans la voiture pour pouvoir la prendre.
- Qu'est-ce que tu manges, là ? - Une brioche.
- Tu m'en donnes un bout ? - Ouais.
- Elle est bonne, hein ? - Ouais.
Tiens, prends ça.
Allez, viens.
- Qu'est-ce que tu fais là ? - Je veux regarder la peinture.
Deux zinzins ensemble, ça s'accorde. Qu'est-ce que ça fait là, ça ?
Tu connais des hôtels qui leur donneraient une pièce pour peindre ?
Bientôt, ce sera dans le café. Ça deviendra un marchand de couleur.
Vous m'avez pas fait mon oreille.
Pousse-toi.
Un jour, on fera ça sans qu'il soit question d'argent.
- Normal, quoi. - C'est ça, ça sera bien.
- On peut commencer maintenant. - Quoi ?
- Sans argent. - Vraiment ?
- Ben, ça te fait rien ? - De quoi ?
- Quand je t'embrasse dans le cou. - Non.
Ah bon, ben c'est que moi, ça me fait quelque chose, alors vas-y.
Tu me bouffes, là ?
- Merci. Et La Mouche ? - Il est à Paris.
Allez, dépêche. Je meurs de fatigue.
Ça va aller.
- T'es sûre, t'en veux pas ? - Elle en veut pas.
- Pourquoi ? Qu'est-ce que t'as ? - Tu bois un canon ?
J'ai pas vu, qui c'est ?
C'est M. Van Gogh.
Pourquoi il mange pas avec nous ?
Va voir. Va voir ce qu'il fait.
Alors, vous venez ?
Adeline, va voir ce qu'il se passe.
T'en veux pas.
Tu deviens comme ta soeur, toi.
- Maman, viens vite ! - Quoi, qu'est-ce qu'y a ?
- Un suicidé dans un hôtel, bien ! - Un hôtel ? 3 chambres, tu parles !
C'est une balle ?
Oui, c'est une balle.
Ça fait mal, là ?
Vous allez m'aider à le retourner.
Doucement.
- Vous voulez une piqûre ? - Non, je veux pas de piqûre.
J'ai toujours eu peur des piqûres.
Vous voulez qu'on opère ?
Alors, docteur ?
Il faudrait lui faire des compresses chaudes.
- Et puis nettoyer un peu son lit. - Très bien, docteur.
Pour un suicide raté, un appel au secours, le Véronal, c'est plus net.
Quand votre fille est venue me chercher et m'a parlé de suicide,
j'ai même amené mon matériel pour un lavage d'estomac.
Vous allez voir, on va bien vous soigner.
J'ai pas réussi à vous trouver.
- J'étais absent. Où est-il ? - Là-haut.
- Vous permettez ? - Faites donc.
- Pardon. - C'est à côté, le blessé.
Vous ne voulez pas que je vous examine ?
Alors, docteur ?
La respiration est calme. Presque normale.
- On dirait qu'il n'a pas été touché. - Je vais vous ouvrir, docteur.
- Et ils ne font rien ? - C'est pas des choses à dire.
Mais ils font rien.
Ma petite...
Ce cher Théo...
T'aurais dû arriver quand j'étais déjà claqué.
Vous croyez qu'il est bien comme ça ?
Puisqu'il s'y est mis, il vaut mieux le laisser.
Non, laisse.
- Ça va lui faire du bien. - C'est pas dangereux, qu'il boive ?
Non, ne lui donnez rien.
Maman vous a préparé une chambre.
Allez vous reposer. Je vais le surveiller.
Comment il va ?
Vous pouvez me donner un cognac.
Il faut le transporter tout de suite à l'hôpital à Paris.
Il faut essayer de l'opérer.
Surtout pas. Non, il est intransportable.
Si vous le bougez, vous le tuez.
C'est si vous le laissez là et que vous faites rien que vous le tuez.
C'est absurde, on va pas le laisser crever comme ça sans rien faire.
Il va mourir de rien, alors.
Si 12 h après, il est encore vivant, c'est que rien de vital a été touché.
Même un chirurgien habile
ne pourrait éviter les parties vitales en tentant l'extraction.
De plus, les heurts du transport risqueraient d'être fatals.
Vous allez dire que je soutiens mon collègue.
Je pense qu'il n'y a plus rien à faire.
Ça va ?
J'ai faim.
C'est fini.
Je vais vous régler.
Il y a la pension du mois de juin et les 2 consultations du Dr Masery.
- Il vous avait laissé des toiles ? - Deux.
Gardez-les. Elles sont à vous.
Coco, file. Et surtout, ne dis rien à ta soeur.
Naturellement, je vais vous restituer les toiles que votre frère m'a laissées.
Mon portrait, celui de ma fille.
J'ai toujours considéré que c'était un dépôt.
Il n'en est pas question. Gardez-les.
C'est à travers votre collection que se fera la reconnaissance de mon frère.
Si c'est votre désir, je suis très touché.
M. Van Gogh, je vous ai préparé le permis d'inhumer.
- Mon pied ! - J'ai pas fait exprès !
J'ai le pied broyé et toi, tu rigoles !
- Non, je rigole pas, ça va pas ! - Docteur !
J'ai le pied broyé !
Laissez-moi, je vais vous masser.
J'ai la main du bonheur.
- Ça va ? - Ça fait du bien.
Oh, c'est bon !
Habituellement, on ne peut même pas me toucher le pied.
- Ça va mieux. - Je vais vous aidez.
Je vais en avoir pour des mois à m'en remettre.
- Bonjour, vous êtes d'ici ? - Oui.
C'est bien la maison du pendu ?
Elle est rue des pylônes. Il ne s'est pas pendu, c'est son nom, Pendu.
C'est la 1ère fois que vous venez peindre ici ?
Non, j'aime bien venir ici.
J'ai l'impression qu'ils sont tous là :
Pissarro, Cézanne...
Daumier, Millet...
Millet n'est jamais venu. Et Daumier habitait Valmondois.
Mais à Auvers, il a peint une porte dans l'atelier d'Aubigny.
Vous pourrez la voir. Mlle Rasquin vous montrera. Elle est très gentille.
Ça représente quoi ?
C'est un Don Quichotte.
- Van Gogh l'aimait beaucoup. - Vous avez connu Van Gogh ?
Oui, c'était mon ami.
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