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[remous de vagues et cris d'oiseaux marins]
[fracas métallique crescendo]
[violente tempête]
[pluie qui tombe à verse]
[en arabe tchadien] Ça faisait très longtemps
qu'il n'avait pas plu comme ça.
Selon les anciens, il y a eu deux autres pluies mémorables.
C'était avant ma naissance.
J'ai entendu mes propres parents en parler.
La première a été appelée "la pluie de l'abondance".
Un vrai déluge !
Il avait plu partout :
de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud.
La seconde a été surnommée "la pluie des nuages rampants".
Les nuages
se sont écrasés sur les montagnes,
sur le sol, partout.
Des pluies, il y en a eu,
mais aucune n'égale celle de cette année.
Elle a déraciné les arbres
et démoli les maisons.
C'est du jamais vu.
[Kellou] C'est arrivé le 1er septembre 2024.
Je m'en souviens très bien.
Il était 10h quand il a commencé à pleuvoir.
Une pluie très forte.
Elle a duré plus de 24 heures.
[musique douce]
[fracas métallique de la tôle]
Des torrents d'eau et de boue se sont déversés dans les rues.
Et plusieurs personnes ont été emportées.
Mon village ne ressemble plus à ce qu'il était.
Une bonne partie de notre mémoire a désormais disparu.
Plus rien ne sera comme avant.
[respiration haletante]
[léger brouhaha]
Baba.
Hé, oh.
Baba !
- Ah ! - [elle crie]
Tu m'as fait peur.
C'est pour moi ?
Oui.
Merci.
C'est magnifique.
[musique douce dansante]
[elle fredonne]
[musique douce dansante]
[légers gémissements du bébé]
[pleurs du bébé]
[Aïcha] Kellou !
[le bébé pleure à nouveau]
Qu'est-ce que tu attends ?
Tu ne vois pas qu'il s'étouffe ?
T'es bonne à rien. Si j'étais ta mère, je t'aurais corrigée.
T'es pas ma mère.
[Aïcha] Ils ont raison, tu seras toujours une fille de sang.
Kellou...
[en arabe tchadien] Pardonne-moi.
Je ne voulais pas te faire de mal.
Kellou.
[appel du muezzin au loin]
Kellou ?
Kellou !
Qu'est-ce qu'il y a ? Attends-moi, Kellou.
Kellou.
Kellou.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Je crois que je suis pas normale.
Mais si, pourquoi tu dis ça ?
C'est là, dans ma tête.
Y a quelque chose qui va pas.
Explique-moi.
Tu peux pas comprendre.
Kellou.
Va me chercher à boire.
Merci.
- Papa ? - [il acquiesce]
Qu'est-ce qu'il y a ?
Ça t'arrive de faire des rêves ?
Quelle question.
Bien sûr, comme tout le monde.
Je parle pas de rêves, rêves, mais...
Tu veux dire des cauchemars ?
Je veux dire...
Y a des choses, je les vois...
et elles arrivent.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Par exemple, il y a des événements,
je les vois...
et ils se produisent.
Allez, va travailler.
Va travailler au lieu de dire n'importe quoi.
Allez, viens.
Donne-moi.
[musique entraînante]
[pleurs au loin]
[en arabe tchadien] C'est quoi, ces pleurs ?
Je sais pas. Peut-être un décès.
Aïcha !
Aïcha !
[en arabe tchadien] Qu'est-ce qui se passe ?
Tu n'es pas au courant ?
Le bébé de Fattouma est mort.
Fais attention, je te dis.
Écoutez,
avec le petit de Fattouma,
ça fait quatre ou cinq bébés qui décèdent.
Y a une malédiction dans le village.
[voix masculines qui discutent]
[en arabe tchadien] Aya...
Depuis ton retour ici, tu n'as apporté que le malheur.
Il ne pleuvait pas et il a plu.
Les maisons ont été détruites.
Et les nourrissons meurent.
À cause de ça, nous te demandons de quitter le village.
[approbations des hommes]
Vous avez fait tout ce trajet pour me dire ça ?
[en français] Vous n'avez pas honte ?
On n'a pas honte, on veut pas de toi.
[en arabe tchadien] Je n'irai nulle part.
Ce village est aussi le mien.
Aya,
retourne
d'où tu viens.
Compris ?
[elle tousse]
[elle tousse]
[elle siffle]
[en arabe tchadien] Hé, Baba !
Tu vas où ?
Reviens.
Waouh.
[Kellou rit]
[elle rit]
[ils rient]
Kellou ?
Hé, oh ?
Qu'est-ce que t'as ?
[respiration tremblotante]
[musique mélancolique]
[voix qui approchent]
[grincement de la porte]
[en arabe tchadien] Qu'est-ce que tu fais là ?
Disparais, je veux plus te voir.
Allez.
[propos mêlés]
[chahut]
Hé, hé !
Arrêtez ! Qu'est-ce que vous faites ?
[en arabe tchadien] Fille de pute !
[en arabe tchadien] Salope !
Elle est blessée !
Oh mon Dieu !
[en arabe tchadien] Qui t'a fait ça ? Bouge pas.
[en arabe tchadien] Oh, misère.
Allez. C'est fini, ma petite Kellou.
Comment tu sais qui je suis ?
Je te connais bien, ma fille.
T'es pas ma mère.
J'ai connu ta mère.
Ma mère ?
[elle tousse]
Pourquoi tu vas pas au centre de santé ?
Ils refusent de me soigner.
Je me soigne avec les plantes,
mais c'est pas assez puissant.
Tu vois...
ces plantes...
c'est du vivant.
Tout ce qui est vivant sur terre
est utile, Kellou.
[musique mélancolique]
Tu vois ça ?
Ça soigne les règles douloureuses.
Tu as déjà eu tes règles ?
Regarde bien celle-là.
Ça attire les garçons.
Je plaisante.
[rires]
[en arabe tchadien] Tu "vois", toi ?
[en arabe tchadien] Je l'ai senti dès que je t'ai aperçue.
Tu sais pas pourquoi ce pouvoir t'a été donné.
Tu sais pas si c'est une force ou une malédiction.
Tu es en colère, je le sais.
La colère existe, mais tu dois apprendre à la contrôler.
Dès que tu arrives à faire ça, tu verras, elle deviendra une force.
Tu sais pas qui je suis.
Ils disent que je suis née du sang.
- Que j'ai tué ma mère. - Non.
J'étais là à ta naissance.
Tu n'as fait que vivre, Kellou.
Y a pas de faute en toi.
Y a aucune faute en toi.
Y a aucune faute en toi.
Kellou n'est pas le nom du crime.
Ta mère ne t'a pas donné ce prénom pour rien.
Kellou était la déesse de l'amour.
[tentatives vaines de démarrer le moteur]
[La radio diffuse les actualités]
Kellou.
Qu'est-ce que tu as ?
On dirait du sang.
Non, c'est rien du tout.
On t'a vue sortir de chez elle.
Elle s'appelle Aya.
On dit que cette femme est dangereuse.
Pourquoi t'écoutes jamais ce qu'on te dit ? Hein, Kellou ?
Je veux pas qu'il t'arrive quelque chose.
Arrête de la fréquenter.
[musique entraînante au loin]
[en arabe tchadien] C'est quoi, ça ?
[il éteint]
C'est quoi, ces manières ?
Je veux te voir partir tout de suite.
Pars sur-le-champ.
Je te parle, non ?
[en français] Mon fils est promis à sa cousine.
Je sais, mais c'est moi qu'il aime.
[en arabe tchadien] Tu oses t'adresser à moi ?
Me parler sur ce ton ?
À moi ?
Et toi, tu oses lever la main sur moi ?
À cause de cette fille dont on ignore même l'origine ?
Mon fils mérite mieux que toi, fille de sang !
Rentre tout de suite.
Sinon, je te maudirai.
Et je te chasserai de la maison.
[appel du muezzin au loin]
[musique intrigante]
Tu viens ici pour quoi ?
Les étoiles.
Je les aime.
J'ai l'impression qu'elles essaient de communiquer avec nous.
Quand on sait les écouter, les étoiles nous parlent.
Elles nous transmettent la voix de nos ombres.
Tu parles avec les morts ?
Je les écoute.
Je t'apprendrai.
C'est vrai ? Promis ?
Promis.
[léger rire de Kellou]
[elles rient]
[Aya] Ta mère veut que tu suives tes visions.
Ta vie ne fait que commencer.
Pour dire oui, il faut d'abord dire non.
N'aie pas peur, Kellou.
Demain t'attend.
[sifflotements séducteurs]
[Saliba tchipe]
[en arabe tchadien] Hé, Kellou !
T'es une vraie femme maintenant.
Il est temps que tu appartiennes à un homme.
Je suis pas un objet, je te signale.
[en arabe tchadien] Tu es mûre.
C'est bientôt la fin de ta liberté.
Ousmane, ta mère t'a pas appris les bonnes manières ?
Viens, ne l'écoute pas. C'est qu'un idiot.
Non, mais j'hallucine. Quel idiot.
[rires lointains]
- T'as de la chance, toi. - Pourquoi ?
- Moi, j'ai jamais eu de copain. - Saliba, arrête.
Y a pas que les garçons dans la vie.
Essaie avec les filles.
T'es folle ?
[rires]
Non, merci, je veux pas.
Dis-moi, tu l'as déjà fait avec Baba ?
C'est vrai que ça fait mal la première fois ?
[éclats de rire]
Ah là là...
[elles continuent de discuter]
T'approche pas de cette maison. C'est dangereux.
Kellou.
Kellou !
Kellou ?
- [soupir] - Kellou !
Kellou.
Kellou. Kellou.
Kellou.
Viens, on y va.
Viens.
On y va.
[Aya] Tout va disparaître.
Ça va ?
[Aya] Tout va disparaître.
Ça va ?
[respiration agitée de Aya]
Kellou, réveille-toi.
Kellou ?
Kellou !
Tout va disparaître.
[respiration agitée]
(Tout va disparaître.)
Tout va disparaître.
Je l'ai vu.
Calme-toi.
C'est ce que tu as vu aussi ?
Tu as vu ma mort ?
C'est ça ?
C'est fini.
[Aya] Tout va disparaître, Kellou.
Tous ces bébés morts, ils m'accusent de les avoir tués.
Je n'étais qu'une simple accoucheuse, comme ma mère.
Ta mère...
J'ai tout fait, mais je n'ai pas pu la sauver.
Je n'ai pas pu la sauver, Kellou.
J'ai épongé son front jusqu'au bout.
Et lorsque tu es née, je l'ai vu.
Elle a souri.
Juste souri.
Je sais.
[Aya soupire]
[Aya] Les hommes du village,
je leur rappelle un passé dont ils ont honte.
Quel passé ?
Quel passé, Aya ?
Je vais te confier un secret.
Je suis une enfant de la Lune.
J'ai été conçue pendant la nuit des astres.
C'est pour ça qu'ils me détestent.
Tu connais la nuit des astres ?
Nous l'appelons Soumsoum.
Une nuit à la gloire des astres.
Ma mère était la reine de la fête.
Avec son beau masque, elle était magnifique.
Elle ressemblait à une princesse.
[musique entraînante]
C'était une nuit d'amour, de folie et de liberté
pour célébrer tout ce qui est vivant sur Terre.
Parce que chaque vivant
est un astre.
Au cours de cette fête,
personne n'appartient à personne.
Il n'y a plus de maris, plus de femmes.
Les enfants qui naissent neuf mois après cette nuit-là
portent le seul prénom de leur mère.
Parce que personne ne peut dire qui a été leur père.
Ma mère m'a juste dit que mon père était grand.
Il portait un masque de singe.
[rumba]
[Kellou rit]
Il y avait un monde avant eux, Kellou.
Un monde libre.
Je l'ai longtemps porté.
C'est à toi de le porter maintenant.
Je...
Je m'en sens pas capable.
Je sais même pas qui je suis.
Une fille maudite ?
Une sorcière ?
Ça existe pas, les sorcières.
[Aya tousse au loin]
[radio] Le Soudan, la RDC, la Somalie, le Nigéria, l'Éthiopie,
tous ces pays vivent des catastrophes qui poussent les populations à fuir.
Très souvent, ce sont des inondations.
[le bulletin d'info continue]
- Papa ? - [il acquiesce]
[il éteint]
Je vais dormir chez Aya.
Quoi ? T'as perdu la tête ?
- Tu vas pas faire ça ? - Si.
Écoute-moi, Kellou.
Kellou !
Kellou.
[elle tousse]
[rires]
[Aya tousse]
[Kellou rit]
[elle tousse]
Kellou.
Kellou, réveille-toi.
C'est l'heure d'aller à l'école.
Dépêche-toi.
[elle tousse à nouveau]
Prends ces dattes pour ton petit-déjeuner.
Et va te préparer.
[Aya tousse]
[soupir]
[en arabe tchadien] Aya, je veux pas te laisser toute seule.
Allez, vas-y.
[en arabe tchadien] Debout.
Vas-y, Kellou.
Ça va ?
Hé.
Attends.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
Parle.
- C'est fini. - Quoi, c'est fini ?
- Quoi, c'est fini ? - C'est fini entre nous.
Comment ça ?
Comment ça, c'est fini entre nous, Baba ?
Comment ça, c'est fini entre nous ?
Comment tu peux me dire que c'est fini entre nous ?
Regarde-moi quand je te parle.
Baba. Baba, attends.
Baba ?
[professeur] Vous êtes prêts ?
[élèves] Oui.
Nous allons parler du livre de Ben Okri,
Étonner les Dieux. Vous avez lu le livre ?
[élèves] Oui.
- Brahim, tu l'as lu ? - Oui, je l'ai lu.
Bravo. Tout à l'heure, votre camarade va...
C'est maintenant que tu arrives, Kellou ?
Tu as vu l'heure ?
Entre, au lieu de rester là-bas.
Championne des retards.
[rires]
Je te rappelle, tu fais ton exposé ce matin.
(Tout va bien ?)
Tu as choisi de nous parler du rôle
et de la place
du merveilleux
et de l'invisible
dans l'œuvre du romancier nigérian
Ben Okri.
Allez, on t'écoute.
Cet exposé, tu l'as préparé ou non ?
Sinon, je te colle un zéro et j'informe ton père.
Allez, vas-y.
Kellou ?
Kellou ?
Qu'est-ce que tu as ?
- Hé. - Allez.
Kellou.
[respiration lointaine d'Aya]
[gémissements]
[professeur] Vas-y, on t'écoute.
Kellou !
Qu'est-ce que tu fais ?
Va te rassoir.
Retourne t'assoir.
[Kellou crie]
[Baba] Kellou ?
Kellou ? Kellou ?
Kellou ?
Kellou ?
Kellou.
Kellou.
Kellou.
[gémissements du bébé]
[pleurs du bébé]
[respiration haletante mêlée à de la toux]
[gémissements]
[respiration haletante]
(Aya...)
(Aya...)
(Aya...)
Kellou, c'est papa.
- Aya... - Ça va.
- Aya ! - Quoi, Aya ?
Va pas chez elle !
Kellou, arrête !
[gémissements d'un bébé]
- Kellou ? - [Garba] Kellou.
[Garba] Qu'est-ce qu'il y a ?
Aya est morte.
Il faut lui donner la toilette mortuaire.
Moi, je sais pas le faire.
T'es une enfant, t'as pas à t'en occuper.
Va te coucher, Kellou.
[elle crie]
[Saliba] Je peux pas t'aider.
Moi non plus, je sais pas le faire.
On m'a pas appris.
T'as entendu tout ce qu'on raconte sur Aya ?
C'est que des mensonges.
Et si je demandais à ta mère ?
Ma mère ? Elle va jamais accepter.
N'y pense même pas.
[appel du muezzin au loin]
[en arabe tchadien] Baba, t'es où ?
Viens vite, c'est l'heure de la prière.
Baba. Baba.
Kellou.
Tu vas mieux ?
Oui.
Il faut que tu m'aides.
Je t'écoute, fais vite.
C'est Aya.
Baba ?
[musique triste]
Aïcha.
Qu'est-ce que vous trafiquez encore ?
Qu'est-ce que tu fais ?
Tu vas nous attirer des ennuis.
Tout le monde s'y oppose, tu le sais.
[Aïcha] Ne me répète pas ce que les gens disent.
Lâche-moi. Lâche-moi, Garba !
Lâche-moi !
Papa, arrête ! Arrête !
Tu as ôté la vie de ta mère,
et tu veux foutre la merde dans la mienne.
[gémissements du bébé]
Les morts ont des droits, Garba.
On doit les laver et les enterrer.
Les morts veillent sur nous.
Si on en prend pas soin, de nouvelles catastrophes arriveront.
Je le sais, parce que je l'ai vu.
Qu'est-ce que tu as vu ?
J'ai des visions, papa.
Je vois des choses du passé, mais aussi du futur.
Foutaises ! Personne ne sort de cette maison !
Je sais que tu as tué un homme, papa.
Quand tu étais jeune.
Sa famille voulait se venger.
C'est pour ça que tu es venu ici.
[il bégaie]
Tu n'étais même pas née.
Personne ne le sait dans le village.
C'est vrai, ce qu'elle dit ?
J'avais pas l'intention de le tuer.
C'était un accident.
Crois-moi, c'est la vérité.
[pleurs du bébé]
Je le jure sur la tête de ta mère.
Occupe-toi du bébé, pour une fois.
Où est le bébé ?
Je l'ai laissé chez la mère de Saliba.
[elle chante doucement]
[Aïcha chante avec elle]
[Aïcha chante]
[Kellou chante]
[Aïcha chante]
[soupir de Kellou]
Papa.
Papa.
Regarde.
[l'homme rit]
[en arabe tchadien] C'est donc toi, Garba ?
Mais pourquoi
tu refuses de respecter nos lois ?
Nous avons des lois, ici.
Des lois ?
Il existe d'autres lois que les vôtres.
[l'homme] Qui t'a parlé ?
[en arabe tchadien] Tu ne respectes pas nos lois
parce que tu n'es pas des nôtres.
C'est quoi, ce type ?
Un putain d'immigré.
Garba, écoute bien ce qu'on te dit.
Le bois dans l'eau ne se transforme pas en crocodile.
On ne connaît ni tes origines,
ni ton histoire,
ni tes racines.
Pour nous, tu es un étranger.
Cette dépouille, ramenez-la dans sa maison.
[approbations]
Nous la brûlerons et jetterons les cendres
pour chasser le démon du village.
Écoute-moi bien, Garba.
Si tu ne fais ce qu'on dit,
toi et ta famille,
on vous chassera du village.
Allons-y.
Qu'est-ce qui se passe, Kellou ?
J'ai promis à Aya de ne pas l'abandonner.
Papa,
tu m'as appris que la parole, c'est comme du crachat.
Quand elle sort, on ne la ravale pas.
[chant doux d'une voix masculine]
[Aya] Kellou.
Tu dois savoir que ce qui se passe dans le monde visible
à des conséquences sur le monde invisible.
Toutes les choses vivantes sont secrètement liées.
Chacune d'elles représente la totalité du monde.
Elle contient le tout.
La détruire, c'est porter atteinte à l'intégrité du tout.
Apprends à regarder chaque pierre,
chaque plante et chaque insecte
avec bienveillance.
[cri d'un aigle]
[chute de pierres]
[grognements des hommes]
Qui vous êtes ? Qu'est-ce que vous voulez ?
Non !
Non !
Non ! Non, non ! Non !
Non, arrêtez ! Arrêtez !
[respiration agitée]
Arrêtez !
Arrêtez !
Hey !
[il les chasse]
[en arabe tchadien] Ce sont des âmes errantes.
Si tu n'enterres pas la dépouille, elles te poursuivront.
Elles veulent la récupérer.
Elles la considèrent comme l'une des leurs.
Tu dois l'enterrer avant le coucher du soleil.
Cherche la grotte où se trouvent les dames sentinelles.
À cet endroit, les morts se transforment en pierre
et veillent sur l'éternité.
[chute de pierres]
[Kellou] (Le rocher de l'Aigle...)
[cri d'un aigle]
[fredonnements]
[une musique douce s'ajoute aux fredonnements]
[Aya] Kellou.
Il y avait un monde avant eux.
Un monde vieux de plusieurs milliers d'années.
Un monde qu'ils méprisent
parce qu'ils ignorent sa richesse.
Ce monde-là
dit quelque chose de nous et de notre passé.
[chuchotements]
(Les femmes sentinelles...)
[Kellou] Aya...
Tu vas reposer ici, auprès des dames sentinelles,
protectrices des femmes,
là où les morts se transforment en pierre pour veiller sur l'éternité.
Kellou.
Kellou...
[en arabe tchadien] Tu es libre, ma fille.
Tu n'es pas maudite.
Tu es libre.
Va vivre ta vie, ma fille, tu n'es pas maudite.
C'est moi, ta mère, Kellou.
Tu es libre, ma chérie.
[musique douce joyeuse]
Sous-titrage TITRAFILM
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