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Dans le secret des bibliothèques, derrière les reliures
sévères et précieuses, se cache bien des mystères.
Les plus doux de ces mystères nous viennent des grands écrivains eux-mêmes.
Loin, bien loin de leurs œuvres officiellement reconnues, nombre d'auteurs
célèbres, sous leur nom ou un pseudonyme, se divertirent à écrire des
récits où les jeux de l'amour et de la beauté s'épanouirent.
Ces récits, la série rose est allée les découvrir
pour vous, public sensible et averti.
Nous allons, pour vous, tourner les pages de ces livres
secrets dont les années n'ont pas effacé le parfum.
La série rose s'ouvre à vous.
Je trouve que l'on est trop marié dans ce pays.
Mais comment peux-tu dire ça que justement, tu vas prendre épouse ?
Justement, je veux corriger ce qu'ont fait nos aïeux imbéciles.
Et puisqu'il faut se marier, je ne veux l'être qu'à demi.
Marié à demi ?
Mh.
À demi.
Car enfin, pourquoi faut-il qu'un époux finisse toujours ?
Ah !
Monsieur le marquis, je vais tacher ce beau tapis de sang.
Eh bien, qu'un époux finisse par quoi ?
Qu'un époux finisse toujours par ne plus voir la beauté de sa femme.
Alors qu'il continuerait à la trouver adorable s'il ne l'avait point épousée.
Ce dépit-là existe déjà.
Moi, par exemple, je ne rends visite à ma femme que tous les mois.
Elle a sa maison, je la mienne.
Nous n'avons de commun que le nom et peut-être nos enfants.
Il a ses amants, j'ai une maîtresse.
Nous nous confions nos aventures.
Et si par malheur elle est trompée, je la console bien tendrement.
Voilà, mon cher comte, comment nous sommes mariés sans l'être.
Cette conduite connaît tous contrôles libertinage, passons l'expression.
Je n'entends pas qu'ainsi l'on puisse s'estimer.
Pour moi, bien au contraire, je veux que ma femme et moi soyons vertueux.
Vous me tenez la mesure et finirez par l'apprendre.
Je ne tiens qu'à effacer les abus du lien conjugal, non à le briser.
Merci, mon
oncle.
Ah, mes devoirs de l'hospitalité
me font demander d'être aussi obligeant
envers mon ami.
Mais comment ?
Mais tu me seras marié demain.
Nous avons du champagne.
Je dois vous entretenir sérieusement.
Je veux avant tout m'occuper de votre bonheur.
Je souhaite bien, avant de vous épouser, la liberté
de vous rendre totalement indépendante.
De ne conserver que les corses du mariage,
d'être à vos yeux un ami.
Que vous voyiez par vous et par choix.
Vous pouvez tout me refuser, mais dites-vous de moi si vous voulez
bien ne pouvez donner à d'autres ce que nous avons eu ensemble.
Chère amie, je brûle d'envie
de mériter vos bonheurs.
Je ne m'en sens pas encore digne.
Oh, mais mon cher comte, je mets tout mon bonheur à dépendre de vous.
Dépendre ?
Le vilain mot.
Nous convions comme un mariage entier.
Mais notre chère épouse ne saura rien de mon mariage.
Écoutez, mon honneur, je ne veux être votre maître qu'une seule fois.
Pour vous émanciper et pour vous rendre la liberté de
la nature que la loi vous a ôtée en vous mariant.
Et si je refusais cette liberté ?
Voilà, n'oublions pas que je ne dois vos faveurs
qu'à votre seule tendresse et à vos penchants.
À la tendre amie, je veux
aimer un être libre.
Lorsque vous voudrez que votre mari vous amuse, vous me ferez avertir.
Oh, mais ne viendrait-il jamais de lui-même ?
S'il est sûr de faire plaisir, peut-il peut-être
envoyer s'il vient à votre bureau.
Bien Alors, quand je vous renvoie.
Car la journée a été tumultueuse et je veux m'habituer à son nouvel état.
Un premier soir ?
Je sais que vous obéissez.
Soit, vous avez raison.
Je vous laisse.
Il est bien dur de vous quitter une première nuit.
Ce n'est qu'un demi-mariage.
Oui, mais si vous me renvoyez, ce ne sera plus
seulement un demi, mais un demi-quart.
Est-ce là votre dernier mot ?
C'est le dernier.
Naturellement.
Naturellement.
Je brûle de
me libérer
de votre- Non.
Madame la Comtesse.
Tu m'as fait peur.
J'attendais votre coucher, Madame.
Tu es bien tôt, dépêche-toi.
Madame la Comtesse doit être bien mari.
Pourquoi te mêles-tu ?
Dame, dormir seule la nuit de ses noces.
Oh pauvre petite orpheline.
Veux-tu te taire ?
Ces mignons pleurnichards qui ne me connaîtront pas.
Insolente.
Regardez, Madame, rien de tel que la main d'un
homme pour fermer légèrement les fruits.
Et croyez-vous que celui-là serait aussi
rond après cette petite fureur ?
Vous me voilà toute vergogneuse.
Couchez-vous et espérez.
Si j'osais.
Que dis-tu ?
Rien.
Enfin, presque rien, Madame la Comtesse.
Monsieur le comte.
Oui, quoi ?
Madame la Comtesse
vous demande.
Oh ma belle, comme j'attendais cet instant.
Ainsi, Chéron, je vous ai fait réfléchir à nos engagements.
Vous les rompez déjà.
Comment dire ?
Vous parlez quand même comme quand vous conversiez avec ma mari.
Je vois bien.
En amour, on n'aurait pas attendu que les portables de chambre viennent le chercher.
Comment ?
Le regrettez-vous vraiment ?
Oh non.
Oh non.
Oh non.
Dites-en.
Oh non, je préfère.
De ?
Je préfère de continuer, continuer.
Oh, oh, oh.
De continuer.
De continuer.
Oh, oh, oh.
Votre bain, madame la marquise.
Merci, ma fille.
Oh, mais tu nous mens, cher comte.
Depuis ton mariage, on ne te voit plus.
Et tu ne peux me passer de ma femme une seule journée.
Elle a donc accepté ton idée de demi-mariage ?
Complètement.
Et vous ne voyez que lorsqu'elle le désire ?
Absolument.
Elle a donc les mêmes droits que toi ?
Oui, naturellement, puisque nous sommes égaux.
En tout point ?
Plus que tu ne peux l'imaginer.
Ces viviser n'auront qu'un temps.
La nature reprendra vite ses droits et avec elle, les
appétits qui sommeillent en chacun d'entre nous.
Je crois en elle et elle croit en moi.
Oh, quelle naïveté.
Accepterais-tu, par exemple, de la laisser seule quelques instants avec moi ?
C'est fait.
N'étonne pas le diable.
Crois-tu pouvoir la séduire ?
Tu en viendras vite de ton demi-mariage, monsieur le vertueux .
Chère épouse.
Mon ami.
Vous voilà enfin.
Il y a bien longtemps que je n'ai eu la joie de vous voir.
Et vous, ma chérie, vous êtes, vous êtes plus ensorcelante que jamais.
Et comment se porte cette grosse abbesse qui fait actuellement votre bonheur ?
Mais Chéron, pas grosse, opulente, tout au plus.
Mais elle n'a ni votre esprit ni, ni une chair aussi veloutée.
Vous me troublez, j'attends Vivi.
Toujours ce petit chevalier.
Toujours.
Il est très assidu et il ne manque pas non plus de moyens.
Et si j'usais maintenant de mes droits conjugaux ?
Mon devoir serait de vous obéir.
Et autrement ?
Il attendra votre
bon vouloir Oh, vous
êtes le meilleur des
maris.
Je reviens toujours avec le même plaisir.
C'est parce que nous nous offrons respectivement le plus
enivrant de, de ce que nous avons de mieux ailleurs.
J'ai rencontré notre ami le comte ce matin.
Ce naïf m'a fait tout parler de sa petite belle- Jaloux ?
Oh non point, non.
Non, non, mais je trouve ce doctrinaire bien égoïste.
Et pourquoi la petite comtesse n'aurait-elle pas le droit de
découvrir, elle aussi, les plaisirs de notre société ?
Pour celui, vous l'avouez donc que je vous aide.
Oh, je n'osais vous le demander.
Nous seuls saurons cette fois blanche et c'est une éducation qui vous fera honneur.
Pour flatter la vanité du comte et de sa petite précieuse, nous feindrons
de vouloir les imiter, leur orgueil en sera flatté et- Il comprend.
Et elle sera à moi et, et vous serez à lui.
Vous l'invitez à la corde pour mieux séduire sa femme.
Et vous, tout comme la petite comtesse, vous jouez les prudes,
vous émoustillez le comte et vous le conquérez.
Encore une fois, nous nous retrouverons communiant à travers ces deux sorcerants.
Oh, l'admirable machination.
Redonnez donc mon cache-sexe, cher mon mentor.
Bonsoir comte.
Bonsoir cher comte, je vous envie votre bonheur.
Ne serait-ce pas bon de voir celle qui peut
le bonheur de vos jours et de vos nuits ?
Est-ce que vous nous cachez, méchant ?
Mais la comtesse est libre de recevoir qui elle veut, s'il lui plaît de vous voir.
Contez-moi vos journées, chère amie.
Mais je m'occupe- Comment ?
Comment, chère amie, vous occupez-vous ?
Voyons, je règle mes affaires, je cause avec mon mari, je rends visite
à ma mère et à mes sœurs et je vais aussi à la promenade.
C'est quoi ?
Et il ne vous arrive jamais de vous ennuyer et de rêvasser secrètement ?
Et s'il arrivait de m'ennuyer, ce qui d'ailleurs ne m'arrive jamais, je courrais
voir mon mari, qui m'entretiendrait de la façon la plus charmante qui soit.
Je suis lassée à votre contentement.
Et pourquoi cela ne se ferait-il pas ?
N'amusez-vous pas de même avec votre époux ?
Ou bien avez-vous d'autres recettes, chère amie ?
Il n'y a pas de doute que tous les plaisirs de la vie
vous sont promis avec le talent que vous possédez.
Oh, je vous avoue que nous en reparlerons
un jour, belle amie.
S'il vous plaît, donne-moi voir.
Il me plaît de la revoir.
Quel étrange langage.
Où est-elle en vue ?
Revoyez-la si vous en avez le désir.
Le vice est peu dangereux lorsqu'on a la raison saine
et qu'il n'a pour apôtre que des gens moins évoqués.
Et qui sait, peut-être apprendrez-vous quelque chose.
Mais que pourrait-elle m'apprendre que vous ne m'ayez déjà appris ?
Mais vous ne pourrez savoir avec certitude ce que c'est que vous aimez.
Non, décidément, je ne vois pas pourquoi je rendrais
visite à des gens qui me déplaisent.
Et si je vous le demande ?
Ce serait contraire à notre traité.
Oubliez-le un instant.
Ce sera la seule entorse à ma convention.
Je ne vous comprends pas.
Par amour, moi.
Je ne peux pas plus loin.
La vérité est si pleine
de bonté.
Oh.
Ah voici la femme la plus heureuse du royaume.
Et me voici le plus comblé des hommes, moi qui ai la chance
de me trouver entre les deux plus belles femmes du pays.
Mais si vous êtes flatteur, si vous saviez combien
de femmes il a déjà séduites ainsi.
Et vous en parlez sans aucune jalousie.
Pourquoi serais-je jalouse ?
Il est à moi quand je le veux.
Et nul n'est alors plus tendre.
Moi-même, je ne badine avec d'autres que pour
mieux goûter au plaisir de le rejoindre.
N'est-ce pas, chère amie ?
L'eau nie, a dit la motte ou d'armes, acquit un jour de l'uniformité Et il
n'y a rien de tel qu'un petit changement pour pimenter notre existence.
Si vous saviez le plaisir de faire des conquêtes, d'être adorée.
Avez-vous bien entendu, belle âme, que ma tendre épouse vous
engage à pilonner citron mieux servir ensuite votre mari ?
D'ailleurs, n'êtes-vous pas libre comme le clame haut et fort votre époux ?
Oh, il est tard, je dois partir.
Je la trouve piquante.
Et moi, je la trouve seyante.
Vous n'êtes qu'un rouet.
Oh, je le suis à votre service.
Mamine.
Madame la marquise, je me sens au parfum.
Ne prenez-vous point de me laisser seul avec la marquise ?
Et vous-même, n'avez-vous point eu
peur de me laisser la visiter ?
Êtes-vous donc seul ?
Le regrettez-vous ?
Monsieur, je dois vous faire compliment.
Votre jeune épouse est un bijou.
Vous n'avez pas à me féliciter, la nature l'a fait ainsi.
Mais vous avez su tirer parti de ses qualités, la débarrasser de sa langue provinciale,
la modeler à votre goût, en faire le plus parfait joyau d'amour qui soit.
Encore une fois, chère marquise- Que pouvez-vous faire de moi ?
Une créature aussi docile a toujours dès l'amour.
Il me semble que vous n'avez point besoin de ces leçons.
Mon cher comte, pour rendre une femme aussi constante,
je suis sûre que vous conférez des secrets.
Des plus jolis secrets.
Ne me tournez pas les yeux.
Pourquoi ne pas me faire part de cette bonne que le ciel vous a faite ?
Ah ciel, enfin, croyez-vous vraiment que, croyez-vous vraiment que le
ciel a quoi que ce soit à voir avec le sujet dont nous discutons ?
Seigneur, allons, je vous en prie, mon cher comte.
Faites-moi la grâce de lire le masque de mon cœur une fois.
Mon cher comte.
Non.
Vous m'aviez dit- Je n'ai pas les mains aussi douces que celles
de votre époux, mais ne prenez pas plaisir à mes caresses.
Voyez-vous, ma chère, ce qui me laisse le plus ?
C'est voir que le comte a su tirer parti de nos vices, les
a dénaturés et en a changé un instrument de bonheur.
Il faut que vous sachiez que je n'ai jamais douté de vous
et que si je vous ai poussé à fréquenter ces gens-là, c'était
pour mieux vous montrer les mœurs de notre monde.
Surtout, gardez secret cette découverte.
Car si cela se savait, non seulement nous serions ridicules devant
le monde, mais nous n'aurions plus le goût d'être libertins.
Un bon souhait.
Mamine.
Il ne peut rien.
Nous n'étions pour que deux mois, bien, marions-nous tout à fait.
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