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Dans le secret des bibliothèques, derrière les reliures
sévères et précieuses, se cachent bien des mystères.
Les plus doux de ces mystères nous viennent des grands écrivains eux-mêmes.
Loin, bien loin de leurs œuvres officiellement reconnues, nombre d'auteurs
célèbres, sous leur nom ou un pseudonyme, se divertirent à écrire des
récits où les jeux de l'amour et de la beauté s'épanouirent.
Ces récits, la série rose est allée les découvrir
pour vous, public sensible et averti.
Nous allons, pour vous, tourner les pages de ces livres
secrets dont les années n'ont pas effacé le parfum.
La série rose s'ouvre à vous.
Ah enfin, vous voilà.
Vous vous cachiez.
Ah non, pas de cela, bas les pattes.
Je croyais que vous étiez en quête de quelque pratique qui monnaye vos charmes.
Moi, je ne paie pas.
Eh bien, il est vrai en effet que le diable est dans ma bourse.
Je vous avoue que jamais elle ne fut plus plate.
Dans ce cas, comptez sur moi pour lui rendre meilleure tournure.
Voyons un peu mes listes.
Voilà.
Vous avez l'air en forme.
Une bonne cliente, madame de Tout-Amour.
Combien donne-t-elle ?
Elle offre vingt louis par séance.
Vous payez d'avance ?
Hein ?
Jamais.
Et par ailleurs, vous n'êtes pas le genre de
monture qu'elle se plaît à chevaucher.
Voyez-vous, mon cher ami, vous avez déjà vu beaucoup de jeunesse.
Et qu'y avez-vous gagné ?
Pourquoi ne pas suivre les conseils de la sagesse ?
J'ai ici, dans ma main, une véritable fortune.
Une femme épanouie, tout juste mûrissante.
Que le diable vous foute.
Qu'il vous exauce.
Mais il ne s'agit pas de celle-là.
Celle que je vous offre est un trésor digne des dieux.
Fiez-vous à moi.
Fiez-vous à moi.
Oui.
J'ai toujours honoré la vieillesse.
Monsieur, ma tante est retenue quelques moments.
Elle vous prie de l'attendre.
Ma tante m'a demandé de vous tenir compagnie.
Hum.
Et je suis sûr que mademoiselle n'a pas de plus
grand souci que le bonheur de sa tante.
Monsieur, ma tante a de l'amitié pour moi.
C'est pourquoi je vis chez elle.
Monsieur, des fruits.
Mon royaume pour
une grappe.
Parmi tous ces hommes qui fréquentent chez votre
tante, vous avez certainement mille adorateurs.
Mais combien d'entre eux méritent qu'on les remarque ?
Et vous n'avez pas pu en trouver un seul dont l'hommage...
Pardonnez-moi, j'allais commettre une indiscrétion Mais sachez, chère
mademoiselle, que je serai volontiers cet heureux mortel.
Mon Dieu, mon cher cœur.
Croyez que je suis désolée de vous avoir laissé vous
ennuyer dans la compagnie d'une petite fille.
C'est ma nièce.
Elle connaît si peu le monde.
Comment, madame ?
Votre nièce ?
Voilà qui est difficile à croire étant donné votre âge.
Cela est vrai.
Sa mère est infiniment mon aînée.
Vous savez que madame Saint-Just m'a beaucoup parlé de vous.
D'une manière extraordinaire.
Elle m'a raconté des choses,
des choses incroyables.
Hein ?
Ces sortes de femmes divaguent quelquefois.
Mais je ne lui dois qu'un remerciement, c'est de m'avoir
permis de vous rendre un brûlant hommage.
Je vous en prie.
Allez, assez de cérémonie.
Tu es plaisant et d'une jolie figure.
Alors, sois un bon garçon et tu n'auras pas à te repentir.
Dans ce vêtement, tu vas me faire perdre la tête.
Non, non.
Sois prudent, on pourrait venir.
Comme tu es charmant, mon cher cœur.
Mais il est temps pour nous de passer au salon.
Je reçois ce soir.
Il faut que vous soupiez avec nous.
Oh, comme j'ai hâte de voir la fin de cette soirée.
Pas d'imprudence, surtout.
Nous ne devons pas être surpris.
Une sombre et triste affaire d'héritage.
Il me faut être irréprochable.
Il s'agit de bien laisser parfumant l'époux dont on pourrait me démunir.
Bonsoir, madame la marquise.
Et voilà pourquoi, si tu as de la tendresse pour moi,
il te faut prétendre être le soupirant de ma nièce.
Alors, on vous a
déjà assigné votre
personnage ?
Ah, mademoiselle, si vous saviez comme il me tient à cœur.
J'ai beau être accoutumée à ce genre de propos, je les supporte mal venant de vous.
Ah mademoiselle, je ne le vois que trop clairement.
Vous me confondez avec la foule de lâches flatteurs que votre tante entretient ?
Vous croyez que je vous trompe ?
Oh, je l'ai bien mérité, je l'avoue.
Ah, belle Julie, vous me méprisez, mais je ne
saurai pas soutenir longtemps vos dédains.
Non, attendez, monsieur, qu'allez-vous faire ?
Songez à ma tante, elle va m'accuser de l'avoir trahie.
Restez.
Je sais, mademoiselle, qu'on vous a prévenue contre moi.
Il est vrai que je suis venu ici pour servir votre tante, mais
si ce moyen était le seul pour parvenir jusqu'à vous.
Prenez garde, je vais appeler.
Oh, vous risqueriez de contrarier votre tante.
Qu'est-ce que cela ?
C'est un sorcier qui me l'a offert en me disant qu'il me porterait bonheur.
Il avait raison.
Ah Julie, je vous adore.
Je vous en conjure, songez on pourrait venir.
Votre peau est celle d'une déesse.
Je brûle pour vous depuis si longtemps.
Je ne vous ai encore jamais vu avant aujourd'hui.
Pensez que je brûle de secret.
Je vous épiais de ma cachette.
On me tenait informé du plus petit de vos pas.
Et voilà que je viens à vous sous le masque du libertin
afin de subir les assauts de votre tante.
Arrêtez, je vais défaillir.
Oh, je meurs de chaleur qui me vient aux joues.
Arrêtez, monsieur.
Vous allez trop loin.
Je ne sais pas ce qui vient de m'arriver.
Tant de fortes émotions à la fois.
Alors, vous ne me haïssez plus ?
Je vous en prie de grâce, décidez de mon destin.
Je suis bien malheureuse.
Oh mon cher ange, laissez-moi vous aimer.
Il me faudra feindre d'accepter les assauts de votre tante.
Mais Julie, je ne penserai qu'à vous et à tous les moments que nous pourrons
passer ensemble dès que je serai devenu un des familiers de cette maison.
Et cette main sera-t-elle moins audacieuse lorsque
vous serez en compagnie de ma tante ?
Pour vous voir, je dois accepter que vous caressiez ma tante.
Partez.
Je t'ai apporté quelque chose, mon cœur.
Tiens, bois ce chocolat.
Oh, mon cher ange.
Ah.
Ah, je suis à toi.
Oh.
Ah.
Oh.
Ah.
Oh.
Oh.
Fais de moi ce que tu veux.
Ah.
Oh.
Oh, tu es fort, mon ange.
Ah.
Ah.
Ah.
Ah, tu es beau.
Oh, madame Sagitt, avait raison.
Ah.
Ah, madame Sagitt, à combien ?
Ah.
Ah.
Ah.
Ah.
Ah.
Ah.
Ah.
Mademoiselle Macao.
Ah.
Deux fois, ma chère, deux fois.
Ah, ce petit ange est un prodige.
Oh.
Oh.
Oh.
D'autres me font venir l'eau à la bouche, mais lui...
Oh.
Oh, je ne saurais lui...
Oh.
Viens, mon ange.
Viens, mon cœur, viens.
Et laisse-moi t'embrasser encore une fois.
Voilà une deuxième bourse.
D'ordinaire, je n'en donne qu'une.
Madame, si j'ai eu le privilège d'être plus heureux qu'un
autre, je n'attends point une double récompense.
Et je ne voudrais pas m'ôter la possibilité de revenir souvent, pour vous plaire.
Mon adorable ami, sachez que vous avez désormais la permission
de le voir à toutes les heures du jour et de la nuit.
Mais n'oubliez jamais qu'afin de dissimuler notre intrigue,
il vous faut paraître amoureux de ma nièce.
Madame, ça m'embarrasse.
Allons, allons.
Ce n'est qu'une enfant.
Buongiorno.
Déjà ?
Vous venez sitôt rendre visite à Madame ?
Ah, j'entends la servir du mieux que je pourrai.
Mais il n'est que dix heures.
Madame est encore endormie.
Et si ce n'était pas Madame que je venais voir.
Où se trouve donc ma belle fiancée ?
Mademoiselle Julie est à sa toilette à cette heure.
Ouh, fort gougnache.
Allons, viens, va.
Oh non, non, non, attendez.
Arrêtez.
Non.
Vous allez m'aider, mademoiselle Macao, pour le bon plaisir de Julie.
Monsieur, je suis une femme honnête.
J'ai fréquenté les meilleures maisons.
Je suis certain que vous approuverez mon dessein.
Hmm, mais il m'appartient de veiller sur mademoiselle
Julie, qui est une toute jeune fille.
Eh bien alors, vous acceptez ?
Je ne sais pas si je peux.
Mais pour un tel prix, euh, je peux bien vous dire que-
Si vous la forcez, je suis sûre qu'elle voudra bien.
Allez-y.
Oui.
Monsieur.
Oh vous êtes si belle.
Oh je suis si confuse.
Cette irruption dans ma chambre, si on nous surprenait ?
Mademoiselle Macao monte la garde à votre porte.
Elle s'est faite notre amie.
Quoi ?
Vous n'aimez plus mes caresses ?
Ce n'est pas véritablement que je ne les aime pas, mais, mais laissez-moi
un peu de temps pour m'habituer à ces échauffements-là.
Oh, vous allez me fâcher, monsieur.
Il me restait à rendre hommage à l'autre.
Euh Mademoiselle, votre tante vous demande.
Je reviendrai demain matin pour commettre d'autres menus
larcins sur votre ravissante jeune personne.
Arrêtez, il suffit.
Mon cher cœur, il me faut sortir, j'ai une assemblée de charité.
Moi qui me flattais d'une soirée de bonheur avec vous.
Vous êtes magnifique.
Oh comme il m'aime.
Madame, vous m'avez cruellement abusé.
Il ne doit pas être fâché contre moi.
En fait, je vais m'efforcer de revenir au plus tôt.
Peut-être à temps pour pouvoir souper avec toi.
Là, te sens-tu apaisé ?
Madame, votre voiture est avancée.
Merci Macao.
Mon Dieu, je crois qu'il va commencer à pleuvoir.
Je vais être mouillée.
Je vous protégerai, madame.
Et toi, petit fripon, je ne veux pas que tu sortes.
Julie et mademoiselle Macao vont demeurer avec toi.
Vous ferez de la musique afin de passer le temps.
Julie, j'ose espérer que vous saurez distraire
ce gentilhomme comme il convient.
Oui, tante chérie.
Oh, je ne veux pas ennuyer mademoiselle, j'ai quelques affaires.
Non, mon cœur.
Il ne saurait être question que vous quittiez un instant ma maison, dont j'ai
d'ailleurs confié la clé à mademoiselle Macao, qui la gardera et qui a ordre de
vous tenir enfermé ici, quoi que vous disiez, et cela jusqu'à mon retour.
Encore une fois ?
Non !
Non !
Voilà un sombre épilogue.
La tante était folle d'amour pour moi.
La nièce m'adorait.
Notre commerce aurait pu durer assez longtemps si
seulement la famille ne s'était pas tant émue.
Et que s'est-il passé ?
Eh bien, la tante avait conçu une telle amitié pour
moi qu'elle en devint par trop imprudente.
Les parents de feu son épouse s'en indignèrent et son
magnifique héritage lui fut arraché de force.
Et quand, ruinée par vos soins, elle n'a plus su
venir à vos besoins, vous avez quitté le nid.
Que pouvais-je faire d'autre ?
La malheureuse, il semble que sa conduite par trop scandaleuse l'ait mise
au ban de la société et qu'on l'ait conduite dans quelque couvent.
Et moi, je perds une pratique.
Et la jeune demoiselle ?
On la soupçonna d'avoir pris quelques leçons chez sa tante
et on l'a arrachée en toute hâte à ma tendresse.
Ainsi, pendant trois mois, vous avez réussi à partager
vos faveurs entre la tante et la nièce.
Mon Dieu, savez-vous qu'il y avait là de quoi vous tuer ?
Ma santé, chère madame, bien loin de s'en voir
affaiblie, exige un service aussi assidu.
Gardez le secret de la série rose.
N'en parlez qu'à ceux que vous aimez et revenez avec eux,
ici même, la semaine prochaine, même soir, même heure.
Que la nuit vous soit douce.
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