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Dans le secret des bibliothèques, derrière les reliures
sévères et précieuses, se cachent bien des mystères.
Les plus doux de ces mystères nous viennent des grands écrivains eux-mêmes.
Loin, bien loin de leurs œuvres officiellement reconnues, nombre d'auteurs
célèbres, sous leur nom ou un pseudonyme, se divertirent à écrire des
récits où les jeux de l'amour et de la beauté s'épanouirent.
Ces récits, la série rose est allée les découvrir
pour vous, public sensible et averti.
Nous allons, pour vous, tourner les pages de ces livres
secrets dont les années n'ont pas effacé le parfum.
La série rose s'ouvre à vous.
Encore vous, monsieur ?
Hier, vous m'abordiez, aujourd'hui, vous forcez ma porte.
Au pitié, madame, je vous en conjure.
Je n'en puis plus, j'ai, j'ai voulu cent fois.
Je me meurs.
Mais de quoi donc ?
D'amour, madame.
Je vous aime, j'en péris.
Je vous aime- Comme nul homme ne pourra jamais m'aimer ?
Alors, de quoi vous plaignez-vous ?
Je voudrais que vous m'aimiez.
Il voudrait qu'on l'aime.
Un si beau visage.
Il est très si fin, si fin qu'on pourrait s'y méprendre.
La peau si douce, le teint si délicat.
Et la barbarie de votre sexe, la bassesse de votre nature, misérable imposteur.
Vous prétendez ignorer ce dont je n'ai jamais fait mystère ?
Seriez-vous le seul dans Paris à ne rien savoir ?
Qu'espérez-vous donc, monsieur ?
M'humilier ?
Vous m'aimez, dites-vous.
Rarement, les hommes aiment la beauté.
Ils la pourchassent, l'offensent, la blessent.
Mais ils ne l'aiment pas.
Les hommes n'ont jamais rien obtenu de moi et aucun n'y parviendra.
La voici, la seule beauté que j'aime.
Le seul corps qui m'enivre et qui aime ma faveur.
Eh bien, monsieur, qu'attendez-vous ?
Retirez-vous.
Ou seriez-vous un de ces vieux libertins qui se satisfont
de tenir la chandelle et qui observent ?
Je voudrais la tuer, Charles.
Pouvoir lui rentrer dans la gorge ces paroles obscènes.
Penser mon orgueil.
L'avoir en ma merci et qu'elle demande grâce.
Je la hais, Charles.
Vous m'entendez, je la hais.
Vous l'ignoriez vraiment.
Sincèrement, vous ne saviez pas qu'Augustine de Villebranche
avait pour celles de son sexe un penchant exclusif ?
Comment l'aurais-je su ?
A-t-elle des façons d'homme ?
Non.
La brutalité de ces femmes-là ?
Non.
Des verrues, du poil au menton ?
Non.
Imaginez, Charles, un visage comme ce visage, qu'un corps comme ce
corps, qu'une femme comme cette femme se fera une autre femme.
Mais enfin, mon cher, ce n'est nullement un tableau déplaisant
À condition de n'être pas épris soi-même.
À quoi bon jouer la comédie ?
Je l'aime.
Son image m'accompagne nuit et jour.
Je deviens fou, Charles.
Comment vous le dire ?
Comment vous décrire cette torture ?
On l'imagine parfaitement, mon cher.
Je pourrais même dire que cela se voit.
Vous vous moquez de moi, Charles.
Vous êtes cruel, médiocre et indigne.
Vous pensez vraiment ce que vous dites ?
Vraiment ?
Je ne suis plus votre ami.
Voyez-vous, il me vient une idée.
Allons, allons.
Voilà qui va vous rougir les yeux et brouiller ce joli teint.
Et ce serait bien dommage, cette bouche adorable faite pour aimer.
Je vous disais donc : il me vient une idée.
Qu'allez-vous imaginer, mon jeune ami ?
Allons, écoutez-moi.
Écoutez!
Vous vous souvenez du bal masqué l'année dernière à la cour.
Vos sœurs vous avaient travesti en fille.
Vous étiez la coquuge de la soirée.
On admirait votre taille délicate et votre teint nacré.
Cela vous revient ?
L'illusion était si parfaite qu'il m'a fallu à maintes
reprises vous protéger d'avances trop galantes.
J'ai dû subir les désagréments d'être femme.
Le marquis de Darbois donne dimanche prochain un bal costumé.
Augustine sera présente.
Elle ne manque jamais l'occasion de faire de nouvelles conquêtes.
Et savez-vous dans quel costume notre amazone vient à la chasse ?
Travesti un homme, bien sûr, pour mieux approcher ses proies.
Je n'ose comprendre.
Vous plaisantez ?
Elle en homme.
Et moi ?
En femme.
La plus délicate, la plus légère, la plus douce
et la plus rougissante des jeunes pucelles.
Elle ?
Moi ?
Quelle folie.
Et pourquoi diable serait-ce une folie ?
Vous saurez ce qu'elle est.
Mais elle ne verra en vous que la plus désirable des conquêtes.
L'illusion sera parfaite et je saurai préparer l'affaire.
Augustine est une amie d'enfance.
Elle en homme, moi en femme.
Pourquoi pas, après tout ?
Pourquoi pas ?
Oui.
Je tenterai ma chance.
Mais Charles.
Quoi donc ?
Admettons que je réussisse à la tromper le temps d'un entretien.
Qu'en sera-t-il si elle demeure à aller plus loin ?
N'ayez crainte.
J'ai tout prévu.
Vous réduirez la citadelle toute entière sans qu'elle
se doute un instant de l'ampleur de sa défaite.
Vous divaguez.
C'est impossible.
Allons donc.
Cessez vos moqueries.
Vous croyez que je pourrais la faire mienne sans qu'elle s'en aperçoive ?
Sur mon honneur, je m'y engage, Fabrice.
Vous avez ma parole.
Sur mon honneur.
Vous êtes fou.
Mais je dois l'être aussi puisque je vous écoute.
Cela semble impossible.
Pourtant, je vous crois.
Fort bien.
Mon expérience vous est acquise.
Augustine de Villebranche vous appartiendra comme
jamais une femme n'appartint à un homme.
Je ne vous demande qu'une chose en échange.
Quand elle et vous, à ce moment-là, je veux tout voir.
À votre aise.
Oh Charles, vous êtes là, fidèle ami.
Toujours prêt à me rendre service.
Savez-vous que de tous les hommes, vous êtes le seul qui trouve grâce à mes yeux ?
Sans doute parce que je suis le seul à ne pas vous faire la cour.
Mais parlez-moi encore de cette jeune beauté.
Vous ne m'avez même pas dit son nom.
Octavie de Fabricio.
Son âge ?
À peine dix-huit ans.
Un chaperon l'accompagne ?
Oui, moi.
Son père est mort.
Sa mère ne sort plus depuis son malheur.
Un lointain cousinage a fait de moi son tuteur.
Et aujourd'hui, vous voilà son entremetteur.
Vous en plaindriez vous.
Ma cousine est vulnérable.
Elle vous a vu tout à l'heure et tout de suite, j'ai
su qu'elle n'était pas insensible à votre charme.
Il me plaît d'imaginer que vous serez bientôt la première à commencer son éducation.
Je vous adore.
Oh, voyez-vous la belle ?
Ma cousine a votre faveur, chère Augustine.
C'est donc là votre cousine.
Mais que fait près d'elle, madame de Saint-Ange ?
J'ai placé cette bonne amie en sentinelle.
Vous savez, une jeune fille seule, entourée par tous ces galants.
La comtesse de Saint-Ange, protectrice d'une vertu, elle qui
n'épargne personne, que l'on soit jouvenceau ou pucelle.
Croyez-moi, mon ami, je sais de quoi je parle.
Tenez, prenez ceci.
C'est la clé du boudoir dans l'aile gauche du château.
Vous le connaissez.
Vous ne serez pas dérangé.
J'y ai tout préparé.
Merci, chevalier.
Alors mon bon, et cette affaire pressante qui
nous tient, vous et moi, les heures passent.
Les heures passent, mon cher.
Monsieur.
Madame.
Je suis à vous, comtesse, et je vous enlève.
Je reste seul ?
Certes non, mon enfant.
Puis-je vous présenter mon camarade d'arme, le capitaine Augustin de Tourville.
Mademoiselle.
Capitaine.
Je l'ai prié de vous tenir compagnie.
Suivez toutes mes recommandations et vous enlèverez la place.
Que le ciel vous entende.
Je doute fort que le ciel trouve intérêt en cette affaire.
Capitaine.
Chevalier.
C'est la première fois que je vous rencontre dans le monde.
Ah oui ?
C'est la première fois que j'y parais.
Votre premier bal, que c'est exaltant.
Quel âge avez-vous donc, bel enfant ?
Dix-huit ans, capitaine.
Dix-huit ans.
Ce garçon pour cette garce.
Eh bien, pour accepter de jouer votre jeu, faut-il qu'on vous aime.
Vous trouvez Fabrice à ce point séduisant ?
Je vous croyais blasée.
Jusqu'à mon dernier jour, chevalier, jusqu'à
mon dernier souffle, j'aimerai la jeunesse.
Même si le temps passant, elle m'aime de moins en moins, chevalier.
C'est donc vrai qu'ils se plaisent.
Le stratagème est admirable et je vous rends des points.
Mais en toute franchise, je doute que l'affaire soit menée à bien et sans accroc.
Vous verrez, comtesse, nous serons tous deux témoins du triomphe de Fabrice.
Mais tenez, voyez comme il roucoule.
Voyez comme la coquette se dérobe.
Voyez comme le capitaine s'enhardit.
Voyez, comtesse, voyez.
Vérité et mensonge.
Mensonge et vérité.
Un jeune homme aime une belle.
Une belle aime un jeune homme.
Mais le garçon est une fille et la fille, un garçon.
Le dupeur est la dupe.
Voyez comme le capitaine insiste.
Voyez comme l'innocente hésite.
Nous y sommes.
Le pêcheur a ferré le poisson.
Mais c'est le poisson qui leurre le pêcheur.
Suivons-les, comtesse, mais prenons garde
qu'ils ne nous remarquent pas.
Que faites-vous ?
Eh bien, je nous protège des regards indiscrets, mon ange.
Monsieur.
Que craignez-vous donc ?
C'est un couvent, nous sommes seuls.
Si vous étiez en compagnie d'un autre, vous auriez des raisons de vous méfier.
Un galant abuserait de la situation.
Il vous dirait qu'il ne désire rien d'autre que la chaleur de votre peau.
Et cette bouche qui est votre bouche et ces yeux qui sont vos yeux.
Il dirait que vous êtes belle.
Il dirait qu'il vous aime.
Assez.
Je déteste les hommes, capitaine.
Oh Dieu, toute folie de Tracy.
Écoutez, je vous dirai tout.
Une abbesse de mon pensionnat m'a initié aux beautés secrètes de notre sexe.
J'ai juré depuis de ne jamais me laisser approcher par un homme.
Pourquoi vous ai-je suivi ?
Qu'y a-t-il en vous de si émouvant ?
C'est merveilleux.
Comme vous dites ça.
Vous perdez l'esprit ?
Je le savais.
Quelque chose en mon cœur avait deviné ce que mes yeux trahissaient.
Augustine de Villegrange.
Ainsi, tu me connais ?
Qui, à Paris, ne connaît la plus céleste vestale de notre culte ?
À tous, quel jour.
Non, mon ange.
Il sera dit que cette fois, c'est moi.
C'est moi une novice
qui te conduirait jusqu'au
plaisir Eh bien, Comtesse,
vous devez convenir
qu'en cet instant, mon
plan s'exécute en tout point.
Sans doute.
Mais voyons la suite.
Grand Dieu, que fait Fabrice ?
Je te remercie, chère ange, de me laisser t'offrir
cet instant d'indicible plaisir, que la plus complète
soumission rend plus extrême encore.
Ce plaisir que tant de fois, tu as prodigué,
je veux être la première te le rendre.
Et après ?
Je t'en fais le serment.
Je dénouerai tes liens et je t'appartiendrai.
Je me donnerai à toi.
De la façon que tu auras choisie, aussi
étrange, aussi nue qu'elle soit, selon ton
bon plaisir et selon ton caprice .
Que voilà un spectacle qui me fait bouillir le sang.
Quelle passion chez Fabrice, quelle ardeur !
Ah, si je lui dis en moi que j'ai la chance de lui plaire.
Oh oh oh oh oh oh !
Quelqu'un a-t-il dit que vous étiez dépourvu d'attrait, Comtesse ?
C'est insensé.
Il ne faut
pas- Tu m'as tuée.
Oh mon ange, je suis morte .
Mais vite, détache ces liens horribles, que je puisse te
rendre à l'instant ce plaisir dont j'ai été complet.
T'ai-je dit que j'en avais fini, mon adorée ?
Tu as cru que c'était là, mais que t'as rien broyé.
Ce n'était rien d'autre que le prélude .
Juste une simple caresse légère.
Oh, perfide amour.
Tu avais tout prévu, dis-le.
Oui, harnache le muscle dont les hommes sont
si fiers et dont ils usent si mal.
Ah, félicité délicieuse, chevalier.
Quel prodigieux stratagème !
Allez, demain, je veillerai à ce que tout Paris
connaisse la confusion de notre bel Augusti.
Si vous aviez brisé le secret, j'arrête à l'instant.
À l'instant ?
J'aurais le, j'aurais le moi.
J'aurais dû garder le secret.
Je vous jure.
Ah, jusqu'où vous allez ?
Je vous jure de garder le secret jusque dans la tombe.
Je vous le jure.
Je vous le jure.
Je vous le jure.
Je ne dirai rien.
Sur la tête de mon père.
Dis-moi que tu m'aimes.
Je t'aime.
Dis-le encore.
Je t'aime.
Tu m'aimes vraiment ?
Plus que la vie, plus que tout au monde, plus que le Dieu du ciel.
Blasphème pas.
Veux-tu vivre avec moi ?
Je vais défaire tes liens.
Tu vas rallumer les chandelles.
Peux tu me jurer qu'alors, quoi qu'il puisse
arriver, tu m'aimeras encore ?
Découvrirais-je l'âme d'une sorcière ou d'un démon, verrais-je
le diable dans tes yeux, je t'aimerai toujours, toujours.
Blasphème pas, te dis-je.
Monstre, chien immonde, chose abjecte et répugnante.
Qu'en est-il de ton serment ?
Qu'as-tu à me reprocher ?
Que t'ai-je donné que tu me désirais ?
Qu'implorais-tu dans la nuit ?
Dans les dieux aveugles volés ?
À une ombre ?
As-tu rêvé quand tu me suppliais de rester avec toi ?
En toi ?
Je te hais.
Je t'aime.
Laisse-moi.
Tu peux rire.
Tu peux te vanter de ton triomphe.
Va clamer mon ridicule.
Répands partout ton aventure.
Un seul mot de ta bouche et je disparais à jamais.
Menteur, tricheur.
Non !
Serais-je devenu moins aimable ?
Je ne sais.
Je t'aime.
Voyez mes yeux, Madame, croyez-vous qu'ils mentent ?
Je ne sais.
Je ne vous demande pas de m'aimer.
Mais me haïssez-vous vraiment ?
Je ne sais.
Allons, Comtesse, laissons-les en paix.
Ce qui vient ne nous regarde plus et est interdit aux gens de notre espèce.
Qu'est-ce donc, chevalier ?
L'amour, Comtesse.
Mais c'est un mot dont vous ignorez le sens.
Qu'en savez-vous ?
Vous avez donc un cœur ?
Gardez le secret de la série rose.
N'en parlez qu'à ceux que vous aimez et revenez avec eux,
ici même, la semaine prochaine, même soir, même heure.
Que la nuit vous soit douce.
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