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Dans le secret des bibliothèques, derrière les reliures
sévères et précieuses, se cachent bien des mystères.
Les plus doux de ces mystères nous viennent des grands écrivains eux-mêmes.
Loin, bien loin de leurs œuvres officiellement reconnues, nombre d'auteurs
célèbres, sous leur nom ou un pseudonyme, se divertirent à écrire des
récits où les jeux de l'amour et de la beauté s'épanouirent.
Ces récits, la série rose est allée les découvrir
pour vous, public sensible et averti.
Nous allons pour vous tourner les pages de ces livres
secrets dont les années n'ont pas effacé le parfum.
La série rose s'ouvre à vous.
Nous allons rater le train.
Oh !
Oh là là, cette pudeur, tout à fait admirable, j'en conviens hein.
Mais point trop n'en faut ma chère.
Enfin devant son propre époux quand même.
Hum ?
Est-ce que tu m'écoutes ou pas ?
Mais oui Victor.
Est-ce qu'elle te plaît ma robe ?
Elle est très jolie, mais...
Hum, je l'ai fait faire spécialement pour Paris.
À Paris, les femmes n'hésitent pas à être un peu plus décolletées.
Oh hum, ça ne serait pas mon genre du tout.
Oui, je le sais, hélas.
Oh.
Attends, on va l'ouvrir un peu.
Attends, attends.
Arrête, voyons, tu me chatouilles.
Tu es sûr que ton cousin nous attend vraiment ?
Bien sûr que oui.
Pourtant, il n'a pas répondu à ta lettre.
Aucune importance.
Quand même, à la Feuille de Rose.
Hum, c'est bien étrange comme nom pour un hôtel.
Ah, c'est justement ça le chic parisien ma chère.
Si tu connaissais la capitale comme moi.
D'après ce que tu m'as dit, tu n'y as été qu'une
seule fois lorsque tu es revenu du régiment.
Oui, mais quel séjour inoubliable.
Nom d'une pipe, mes cousins, les Beauflanquet.
Lourd serait-il arrivé malheur ?
Bien pire que ça.
Ils arrivent aujourd'hui.
Et mon cousin qui s'imagine que je tiens un hôtel les plus convenables.
Je ne vois rien d'inconvenant, patron, dans cet hôtel.
Ouais, c'est évident.
Il est venu un jour pendant son service militaire.
Je l'ai enfermé vite fait dans une chambre et je
lui ai envoyé une de nos filles pour la nuit.
Il a cru que c'était une femme du monde qui avait succombé à son charme.
Bien joué, patron hein.
Oh.
Attends.
Non, non, mais c'est parce que ça va...
Et juste au moment où je fais un effort commercial sans précédent.
Victor Beauflanquet.
C'est un véritable imbécile et il croit qu'il est important parce
qu'il est un des adjoints du maire dans son petit patelin.
Et en plus, il vient avec sa femme.
Comment est-elle ?
J'en sais rien, je l'ai jamais vue.
Probablement une de ces pimbêches de province.
Mais ça te va pas, ça te va pas.
Vos nouvelles réclames viennent d'arriver, patron.
Ah bien.
C'est parfait.
C'est parfait.
À la Feuille de Rose, maison turque, un nouvel
établissement avec salon et cabinets meublés.
Meublés ?
Ça, pour être meublé, c'est meublé, non ?
Rends-la-moi.
Tu la mienne, menteuse.
Rends-la-moi tout de suite.
Non.
Non ça, ça suffit.
Oh là.
Rends-la-moi.
Elles sont vraiment incroyables.
Le jour de l'ouverture, se chamailler comme des gamines.
Celles-là, des gamines ?
Jeu de main, jeu de putain, comme dit le dicton.
Oh pardon patron, j'oublie toujours que ce genre
de remarques n'est pas de votre goût.
Non.
Elle m'a pris mon peigne.
C'est pas vrai.
Si c'est vrai.
Non.
Si c'est vrai.
Arrêtez tout de suite.
Sortez.
Allez, allez vous rhabiller.
Une décoration typique, sécurité absolue, discrétion
et un service où le client est roi.
Écoute-moi ça.
Le moindre détail a été spécialement choisi à l'instar
de la Turquie, inspiré par les coutumes orientales.
Les coutumes orientales.
Hum, terrible, ça, non ?
Ouais, je veux dire que...
Et ça, toutes les langues sont employées.
Lâchez-moi.
C'est assez.
Je peux pas.
Blandine.
Elle m'a pris mon peigne.
Blandine, viens ici.
Crâne de coq,
s'il te plaît
Voilà.
Allez, file maintenant.
Rafaella ?
Oui ?
Occupe-toi des filles, je ne veux plus les voir au salon, tu m'entends ?
Fichez-moi le camp.
Mon Dieu, regarde-moi cette dégaine.
Allez, allez, en avant les filles.
Honnêtement, Rafaella est la seule qui soit présentable.
Malheureusement.
Pourquoi malheureusement ?
Si vous croyez que c'est drôle, vous, de voir la femme qu'on aime
monter et descendre toute la journée et une partie de la nuit.
À croire qu'ils ne veulent qu'elle, tous.
Ah, c'est des bêtises tout ça.
Tu es bien trop sentimental.
Ça porte malheur dans notre métier.
Des turqueries par-ci, des turqueries par là.
Oh, je t'en ficherai, moi, des turqueries.
Je trouve ça très joli.
Ça me plaît à moi.
C'est parce que ça te rappelle l'air du pays.
Oh oui, chez nous, on se peint le nombril et la pointe des seins.
Qu'est-ce que tu racontes ?
C'est pas vrai.
Mais si, c'est vrai.
Oh, laisse-la tranquille.
Tu vois bien qu'elle a le mal du pays.
Mais non.
Quelle complication, là.
Et ça doit pas se retirer en un clin d'œil, tout ça.
Non, ça, c'est sûr.
Ben oui, mais dans notre commerce, ça ralentit l'ouvrage.
Ah.
Elles sont belles comme ça, hein, et surtout Rafaella.
Venez ici, les filles, que je vous voie de plus près.
Eh bien, eh bien, elles sont ravissantes.
Approchez-vous.
Oh, je me sens vraiment dans la peau d'un grand vizir.
Vous plaît, vous en êtes sûr ?
J'en suis sûr.
Magnifique, tout à fait magnifique.
Voyez que ne mélangez jamais le travail et le plaisir.
Oh, vous êtes tellement exotiques.
Et puis les clients ne sont pas encore arrivés.
Ah, voilà du monde.
Allez, les filles, de la tenue.
Et n'oubliez pas, avec la Maison turque, nous étrennons
un tout nouveau style d'établissement.
Comme si ces trois-là avaient encore quelque chose à être étrenné.
Très affriolantes, très amoureuses et très cochonnes.
Chut, pas pour eux.
Ah Victor.
Ah, te voilà enfin à Paris, cher cousin.
J'espère que tu as reçu mon mot.
Tu m'en aurais sûrement voulu que je vienne à
Paris et que je ne descende pas à ton hôtel.
Oh ça, c'est certain, cousin.
Mais tu as une très belle clientèle.
Et si étrangement vêtue.
Quelle allure, n'est-ce pas ?
J'ai l'honneur d'avoir la pratique de l'ambassade de Turquie
et ces trois femmes font partie du harem de son Excellence.
Ce sont des Turcs ?
Mais oui, comme je te le dis, des Turcs et issus des meilleures familles.
Méfie-toi.
Tu sais que les Orientaux sont très jaloux.
Ah.
Quelle magnifique créature.
Hum, t'essaierais de déranger ça.
En quelque sorte, je suis considéré comme le gardien du harem.
Attention, ne t'y trompe pas, pas eunucque.
Bon.
Crâne de coq.
Voilà monsieur.
On va te conduire à ta chambre.
Ta femme n'est pas venue ?
Si, bien sûr, elle attend dehors.
Mais je voulais m'assurer que tu avais bien une chambre.
Ah oui.
Eh ben, va chercher ta femme.
Vous avez vu sa tête, au bourgeois ?
Il se tenait plus, le pauvre.
N'empêche que c'est la première fois que j'en vois un venir ici avec sa femme.
Ma chère, voici ton cousin.
Oh, charmante.
Tout à fait charmante.
Adorable, même, non ?
Bonjour, ravissante cousine.
Enchantée, cher monsieur.
Oh, ne l'appelle pas monsieur.
Il faut que tu l'appelles cousin.
Et embrassez-vous, voyons.
Oui, avec plaisir.
Bon, on va vous conduire à votre chambre.
Par ici, s'il vous plaît.
Crâne de coq.
Je le sentais, une vraie pimbêche.
Je vais dormir un moment.
Le voyage m'a épuisée.
Tu as raison, ma chérie.
Fais une petite sieste.
Repose-toi maintenant.
Je vais faire un brin de causette avec mon cousin.
Je reviendrai tout à l'heure.
C'est ça.
À tout à l'heure,
Victor.
Tu nous as l'air, tu
nous as l'air.
Hé, espèce d'ivrogne.
Quoi ?
Apporte cette bouteille tout de suite.
Mais enfin monsieur, je voulais pas toucher.
Remets-la à sa place.
Tout est-il conforme à tes désirs ?
Tu crois que je pourrais leur parler ?
Hum.
T'es un chaud lapin toi, mon cousin hein.
Oui, tu as la permission, à titre exceptionnel,
parce que ces Turcs, ils ne rigolent pas.
Puis-je vous présenter mes respects, mesdames ?
Oh, quelle galanterie.
Tu m'as l'air très coquin, toi.
Elles me paraissent très familières, ces dames-turques.
Mets-toi à leur place.
Elles n'ont pas l'habitude de voir des hommes.
Il faut les comprendre, cousin.
Elles sont enfermées à longueur d'année.
Il faut les comprendre.
Viens par ici, mon gros loup.
Euh, quel magnifique pays la Turquie hein ,
avec ses, euh, minarets, et ses, euh, harems,
et ses, puis ses, ses bains de vapeur.
Oui, ça, ça se dit hammam, n'est-ce pas ?
Qu'est-ce qui te plairait alors hein ?
Hein ?
Mon petit bout de chou.
Mh.
La grosse bébête.
Bébête.
Le missionnaire.
Le missionnaire ?
Mh.
La brouette persane.
Brouette.
Mh.
Elles sont vraiment enragées, ces Turcs.
Qu'est-ce que tu crois ?
Toutes ces années de claustration, d'abstinence.
Ah oui.
Tu es sûr que...
Hum.
Il n'y a vraiment aucun risque ?
Je t'en donne ma parole, cousin.
Tu n'as pas peur que ta femme te...
Non, elle fait la sieste, elle dort.
Elle dort ?
Oui.
Va rejoindre ces dames au salon.
Oh .
Coucou.
Tu es tout beau.
Ne le laisse pas monter.
Tu t'en occupes, d'accord ?
Oh oui.
Alors, tu as fait ton choix, bichou ?
Ah, vous êtes le genre de femme qui me plaît.
Oh, mais quelle ardeur.
Oh, quel tempérament, ma parole.
À croire que ça lui est pas arrivé depuis des siècles.
Doucement.
Encore, encore.
Nous les Turcs nous raffolons de ces agapes-là.
Quelle admirable tau-, ah, ah, la, la, ah, la, la.
Il y a du monde qui arrive.
Hein ?
Des janissaires ?
Quoi ?
Qu'est-ce qu'il raconte, euh ?
Non, non, non.
On se reverra, j'espère.
Ah, t'en fais pas mon canard, j'ai de la morale.
Je t'assure, on se reverra tout à l'heure.
Tutututut.
Allez, cachez-vous là.
Ne bougez pas de là hein, surtout hein.
Est-ce que c'est bien ici l'ambiance turque ?
Oui, c'est ici.
Approche-toi, beau brun.
Très attrayante.
Très amoureux, très polissonne.
C'est ton choix.
Vous, madame, avec le chapeau jaune.
Occupe-toi du cousin, il faut surtout pas lâcher.
D'accord.
Viens par ici, mon petit bonhomme.
Et voilà, c'est toujours elle.
La première fois que- Où est-elle passée ?
Euh, elle doit s'entretenir quelques minutes avec
l'émissaire de son Excellence, l'ambassadeur.
Je sais, évidemment.
Dans ce cas...
Essayons-nous.
Viens.
Victor, qu'est-ce qui t'arrive ?
Patron.
Patron.
Patron.
Chut.
Oh, mais c'est pas-- Vous n'êtes pas mon...
Non, je ne suis pas mon cousin.
Oh, vous avez honteusement abusé de moi.
Patron.
Qu'est-ce que tu veux ?
Son mari, il est en train-- Il est en train de remonter.
Quoi ?
Son mari est sur le point de remonter, je vous dis.
Les filles l'ont laissé seul ?
Ouais, elles sont toutes en un, patron.
C'est vrai ?
Quel triomphe !
Je descends tout de suite.
Oh, vous m'avez déshonorée.
Il faudra terminer ce que nous n'avons fait qu'ébaucher.
Oh, taisez-vous.
Ah jamais.
Jamais plus, je vous dis.
Eh oui, jamais.
Oh, laissez-moi.
Oh cousin.
Oh, tu m'as fait peur.
Je t'ai pris pour un Turc.
Entre nous, cousin, ces dames turques sont de, de vraies odalisques.
Le piment de l'Orient.
Un baiser et voilà, c'est, c'est les Mille et Une Nuits.
Tu n'aurais pas vu par hasard celle qu'on appelle Raphaïla ?
Figure-toi qu'elle a reçu un émissaire de la part de Son Excellence l'ambassadeur.
Non.
Si.
Alors dans ce cas, il convient d'être extrêmement prudent.
Ah oui, en effet.
Très prudent.
Oui.
Elle n'est pas redescendue ?
Ah, c'est à croire que tu y prends du plaisir.
Oh, Crête de Coq.
Tu veux cesser de m'appeler ainsi ?
Mon, mon, mon nom est Lecoq.
Et j'ai même failli devenir curé.
Imaginez ça, père Lecoq.
Bande d'idiotes.
Et alors ?
Comme ça, on se repose.
Ben oui.
On est épuisées.
On n'a pas arrêté de monter et descendre.
Oh, mais pauvres jeunes.
Y a pas à dire, toutes ces turqueries, ça leur fait vraiment un effet incroyable.
C'est ça que j'appelle de la réclame, les filles.
Et votre cousin, alors celui-là, il faut surtout pas lui en promettre.
Au revoir.
Est-ce qu'on pourrait que je revienne demain ?
Tout à votre service, monsieur.
Est-ce que tu te rends compte de tout le mal que tu me fais ?
Toi aussi, vous
êtes toutes jolies.
Ah, cousine.
Vous prendrez bien un verre de porto, jolie cousine ?
Oui.
Je compte sur, sur votre absolue discrétion.
Mh.
Votre absolue discrétion.
Bien sûr, bien sûr.
Je vous remercie.
Regardez.
Waouh !
Oh, c'est de la soie.
Eh ben, y a pas à dire, vous, vous êtes une vraie beauté.
Et vous, vous êtes très élégante.
Tous ces voiles avec ces belles couleurs.
Merci.
Oh, pourquoi vous ne les essayez pas sur vous ?
Oh.
Allez-y.
Oui.
Vous venez ?
Oui, venez.
Je vais vous aider.
Michel, défends de te regarder.
Toi aussi, Crête de Coq.
C'est quoi ?
Quelle belle peau !
Comme elle est douce.
C'est un truc de ouf.
Oh, regardez, de petites fossettes.
Où ça ?
Ah oui, là, sur sa fesse gauche.
Joli.
C'est mignon, dire ça à un bébé.
Oh, cette chemise est très très belle.
Et douce.
Tu vois bien.
Oh, c'est tellement pâle pour moi.
Oh, vous verrez, dans ces voiles, on se sent comme dans un nuage.
C'est comme si le lit du sultan s'ouvrait à nous.
Chut.
Et la dernière touche, un parfum d'Arabie.
Oh oh, où êtes-vous ?
Mon cousin.
Ouais.
Crête de Coq, vite.
Quoi ?
Éteins les lumières.
Très bien.
Éteins les lumières, vas-y.
Ah oui.
Oh, tu me la
connais.
Oh là là, on y voit goutte.
Ah, les voilà.
Raphaëlla.
Rapha-- Allez vous.
Ah Raphaëlla, ma petite rose des sables.
Allumez les
lumières.
Comment, c'est toi ?
Oui.
Bah ça alors.
C'est gentil de sa part de nous offrir un cadeau.
Mh.
Euh, à ton avis, ça ne te semble pas un peu osé comme sujet ?
Non.
C'est très artistique.
Mh.
Oui, très artistique.
Et les couleurs sont ravissantes.
Ravissantes.
Victor ?
Oui ?
J'ai une idée.
Tu devrais demander à ton cousin de m'envoyer une de ses jolies robes turques.
Avec les relations qu'il a à l'ambassade, ça lui sera facile.
Ou mieux encore, rendons-lui son invitation.
Ainsi, il m'apportera lui-même la robe.
À la feuille de rose.
C'est vraiment très chic comme nom pour un hôtel, non ?
C'est vrai, c'est tout à fait charmant comme nom.
Mais tu te déshabilles au milieu de l'après-midi ?
Mh.
Gardez le secret de la série rose.
N'en parlez qu'à ceux que vous aimez et revenez avec eux,
ici même, la semaine prochaine, même soir, même heure.
Que la nuit vous soit douce.
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