All language subtitles for Lou Andreas-Salome, The Audacity to be Free Franc,ais (2016) dTV arte 25.000 FPS

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Original subtitles

Contre le vice et le matérialisme.

Je livre aux flammes les écrits de Karl Marx et Trotski.

Contre la surestimation destructrice des pulsions sexuelles.

Pour la noblesse de l'âme humaine.

Je livre aux flammes les œuvres de Sigmund Freud.

Contre la dépravation vaniteuse de la langue allemande.

Contre la liberté...

"Cher Pr Freud,

Les événements récents font craindre le pire pour l'Allemagne."

Pour la déférence et le respect

envers l'esprit national allemand immortel.

Nous avons un programme...

"J'espère sincèrement que vous allez bien."

Je livre aux flammes tout ce qui n'est pas allemand.

Vous désirez ?

Je m'appelle Ernst Pfeiffer.

Puis-je parler à Mme Andreas-Salomé ?

Elle ne reçoit plus.

Au revoir.

C'est pour elle.

Mariechen !

Qui était-ce ?

Il est encore là.

Alors fais-le entrer.

Vraiment ?

Oui.

Ne la retenez pas trop longtemps.

Je...

Merci de me recevoir.

Vous écrivez qu'il est question de vie ou de mort.

Un de mes amis a besoin d'aide.

D'une aide psychologique.

Je n'exerce plus depuis hier.

La psychanalyse est désormais une science juive.

Vous vous êtes déplacé pour rien.

J'ignore à qui m'adresser.

Mon ami, il...

il ne dort plus.

Il ne parvient plus à écrire.

Il est pourtant urgent qu'il termine sa thèse.

Il ne sait plus comment nourrir les siens.

Il envisage peut-être le pire.

Quel métier exerce votre ami ?

Il est germaniste, sans emploi fixe.

Et sa femme gagne à peine avec des cours de piano.

Vous aussi êtes germaniste ?

Moi, je...

Et votre femme donne des cours de piano ?

J'ai été ridicule.

Maintenant que vous êtes là, restez assis.

Je vous admire, vous et vos œuvres, depuis bien longtemps.

J'ignorais que j'intéressais votre génération.

"Tel un prélude, Je souris doucement quand tu erres.

"Je sais que, par solitude, Tu suis le grand bonheur

Et que tu trouveras mes mains."

"Limiter l'évolution de la femme est aussi grave

qu'empêcher la libre évolution de l'homme."

Il n'y a rien qui puisse davantage inciter une femme à s'émanciper

que l'impression qu'on la confine intentionnellement

afin de lui soustraire le chemin vers l'épanouissement.

C'est grâce à telle émancipation que la vie et sa personne

peuvent former une parfaite osmose secrète.

- Merci. - Madame...

Pouvez-vous me le signer ?

- Merci. - S'il vous plaît ?

Avez-vous un stylo ?

Merci.

- Merci. - Merci.

Le mien aussi ?

COMBAT POUR DIEU

Merci.

- C'était sensationnel ! - Merci d'être venue, Frieda !

C'est encore lui. J'y vais.

À tout à l'heure.

Mme von Bülow !

Mais enfin, que cherchez-vous ?

Mes excuses si je vous importune, madame.

Vous souvenez-vous ? René Maria Rilke ?

Importuner n'est pas le mot. Vous m'incommodez.

Loin de moi cette intention.

Mais après cet exposé, il me fallait vous revoir.

C'est chose faite.

Merci pour vos poèmes.

Ne vous plaisent-ils pas ?

Ils sont trop romanesques à mon goût.

Vous devriez canaliser votre imagination davantage.

Apprenez-moi !

Vous exprimez admirablement

ce qui est encore balbutiement dans mon esprit.

Votre dernier essai est à mes poèmes

ce qu'est le rêve à la réalité, ou le désir à la concrétisation.

Que de belles paroles pour m'amadouer.

Puis-je vous offrir un verre ?

Vous êtes culotté, M. Rilke.

- Ce M. Pfeiffer est revenu. - Fais-le entrer.

Est-ce raisonnable ?

Il me rappelle quelqu'un.

Le verrons-nous souvent ?

Toi peut-être. Moi, je n'y vois plus grand-chose.

C'est pourquoi je lui ai demandé de m'aider à écrire mes mémoires.

Vais-je y apparaître ?

Seulement si tu le souhaites.

M. Pfeiffer a besoin d'aide et d'un emploi d'urgence.

En effet !

Qui sait combien de temps il me reste.

L'enfance est en général la plus belle période.

Pour moi, ce fut la plus difficile.

Inutile de prendre cet air morose.

Savez-vous utiliser cette machine ?

Bien sûr.

Je suis née en 1861

à Saint-Pétersbourg, comme unique fille et cadette

d'une fratrie de cinq garçons.

Mon père avait tant désiré une fille.

Ma mère, en revanche, aurait préféré un sixième fils.

Saint-Pétersbourg, 1868

Tu n'as pas le droit.

Aïe !

Ma princesse s'est fait mal ?

C'est trop dangereux, je te l'ai déjà dit !

Je veux les mêmes chaussures qu'Eugène.

- Les filles, ça joue à l'intérieur. - Pourquoi ?

Pourquoi ?

Alors veillons à ce que ta mère ne remarque rien.

Mon Dieu,

es-tu là ?

Je voulais te demander

si tu pouvais t'occuper de papa.

Il est déjà âgé.

Peux-tu faire en sorte qu'il reste auprès de moi ?

Merci, mon Dieu !

Puis Dieu ne me répondit plus.

Mon père mourut à mes 16 ans.

"Pour ma petite princesse"

"Saint-Pétersbourg"

"Deviens celle que tu es !"

Spinoza ?

Il aurait fait alliance avec le diable et remis l'Église en cause.

Son approche philosophique n'en est pas moins intéressante.

Pour lui, Dieu est autour de nous.

Il le libère ainsi du dogme restreint de notre Église.

Pourriez-vous...

Que conseillez-vous d'autre ?

Si vous vous intéressez à la philosophie,

commencez par les Grecs.

Aristote, par exemple.

- Merci. - Hendrik Gillot.

Louise von Salomé.

"Spinoza, Court traité sur Dieu, l'homme et la béatitude"

Louise ?

Louise ! Louise !

- Lève-toi ! - Oui !

- La messe est dans une heure. - Je ne veux pas être confirmée.

Apprends à te conformer aux règles !

"Je vous accompagne, chaque jour,

jusqu'à la fin des temps."

J'aimerais qu'en ces mots, Dieu vous accompagne sur votre chemin.

N'ayez crainte.

Dieu est partout.

En enfer aussi ?

Comment oses-tu ?

On ne pose pas ces questions-là, mon enfant.

- Et pourquoi ? - C'est un blasphème.

- Pourquoi ? - Tu vas te taire, enfin !

Nous en reparlerons.

- Lou, reste ici ! - Laisse-moi, mère !

Qu'est-ce que le destin pour nous ?

Dans les premières Écritures, on peut lire :

"Le destin de l'homme est entre les mains de Dieu."

"Aristote voit la perception sensuelle

comme l'origine de la connaissance de la nature.

Il condamne l'esprit spéculatif de Platon et ses partisans

et critique l'existence d'une science universelle selon Platon."

Tu progresses.

Pardon.

Ce n'est rien.

- Lolja. - Lola.

Lola.

Ne puis-je pas simplement t'appeler Louise ?

Aimeriez-vous vous appeler comme votre mère ?

Je ne pourrais pas.

Ou bien simplement : Lou ?

Lou.

Oui.

Lou.

C'est du bon travail.

Néanmoins, certaines thèses sont discutables.

- Par exemple ? - Celle-ci :

"Grâce à la réflexion et la raison, il est possible de tout influencer."

Pourquoi en douter ?

Je suis un peu perdue actuellement.

Travaille davantage sur toi,

ou tu gâcheras ton talent.

La poésie lyrique, par exemple : une perte de temps.

Ici :

"Certes, comme on aime un ami,

Je t'aime, vie énigmatique,

Que tu m'aies fait exulter ou pleurer,

Que tu m'aies apporté bonheur ou souffrance.

Être durant des millénaires !

Penser !

Enserre-moi dans tes deux bras :

Et si tu n'as plus de bonheur à m'offrir,

Eh bien, il te reste tes tourments."

Il n'est pas fini.

Lou,

c'est magnifique.

Fais-moi confiance.

D'accord ?

Mes cours privés prirent subitement fin

quand le pasteur Gillot demanda ma main.

Je croyais...

Pardonnez-moi, mais j'ai cru que vous étiez amoureuse.

Je vous rappelle qu'il était marié

et qu'il avait des enfants de mon âge.

Votre roman Ruth comporte une histoire analogue.

À l'époque, je décidai de ne plus tomber amoureuse

et de renoncer définitivement à toute expérience érotique.

Arrêtons là pour aujourd'hui, M. Pfeiffer.

Nous prévoyons de rééditer Ruth.

Les lecteurs en redemandent, notamment les jeunes demoiselles.

Il en va de même pour votre œuvre sur Friedrich Nietzsche.

Avez-vous pu regarder les poèmes de M. Rilke ?

Malgré toute mon admiration, madame, je crains de ne pouvoir aider.

Ce type de poésie ne sied pas à notre maison d'édition.

J'en suis navré.

Merci pour le temps accordé.

C'est moi.

Saluez votre époux de ma part.

Si je le vois.

René !

Ne le prends pas ainsi.

Sois patient.

J'ai dû publier mon premier roman sous un pseudonyme masculin.

Un auteur féminin ne pouvait rencontrer le succès.

Mon nom a aussi une consonance féminine.

Une des cruautés infligées par ma mère.

Enfant, je devais même me vêtir comme une fille.

Rainer :

ton pseudonyme masculin.

- Rainer plutôt que René. - Rainer.

Bonjour, Mlle Marie.

Madame est là ?

Que vous raconte-t-elle, hein ?

Les médicaments la rendent imprudente.

N'en profitez pas.

De quoi souffre-t-elle ?

D'un diabète sévère.

Les poumons, le cœur.

Ne la fatiguez pas.

Que vous a dit Mariechen ?

De surveiller votre santé.

Sornettes !

Je peux le faire moi-même.

Où en étions-nous ?

À votre serment sur l'amour.

Que pense votre épouse de vos venues ici tous les jours ?

Nous ne parlons presque plus.

Depuis longtemps ?

Je suis rarement à la maison, plutôt à la bibliothèque.

Et voyez-vous un lien

entre votre blocage dans l'écriture et votre couple ?

Je croyais votre activité d'analyste révolue.

Ce que je regrette.

Eh bien...

Je...

J'aimerais mener une autre vie.

Mais ce n'est pas en prenant la fuite qu'on atteint ses buts.

N'avez-vous jamais pris la fuite ?

Nous parlons de vous !

Entre ma femme et moi, c'est...

Votre femme est-elle aussi polie et bien élevée que vous ?

Que voulez-vous dire ?

Une bonne éducation n'aide personne. On se crée soi-même des inhibitions.

De quoi rêviez-vous, plus jeune ?

Je ne me permettais aucun rêve.

Mais les rêves font partie de l'existence !

Je voulais à tout prix étudier.

En 1881, l'université de Zurich était la seule d'Europe

à autoriser les femmes.

Quelle chance j'eus d'obtenir une place

pour étudier la philosophie et la science des religions !

"La liberté du vouloir"

Pardonnez-moi, mais nous fermons.

Est-il tard ?

Vous êtes la dernière.

Laissez les livres là,

puisque vous revenez demain matin.

Merci.

- Mushka. - Tu aurais dû m'écrire !

Pour entendre tes remontrances ?

La femme n'est pas faite pour les études.

Comment ?

Infirmière ! Infirmière !

Infirmière !

Je survécus et redevins une fille irresponsable.

Ma mère me fit quitter Zurich pour Rome,

dans l'espoir que le climat local me rétablisse.

Malheureusement, oui.

Je suis désolée, mais je vous remercie pour votre aimable visite.

J'espère vous revoir bientôt.

- Vous devez être Mmes von Salomé. - Merci pour votre invitation.

Pr Kinkel m'a fait des éloges de votre fille.

- Bienvenue. - Ravie de vous rencontrer.

Louise, je vous présente ma nièce Greta.

- Enchantée. - Vous devez avoir le même âge.

Vous avez étudié les savants grecs, paraît-il ?

Je me consacre désormais aux philosophes allemands.

Je vois. Kant ?

Kant, Hegel, Leibniz, Schopenhauer.

Un instant, je vous prie.

Je vous rembourserai sans tarder, Mme von Meysenbug.

Merci bien.

N'oubliez pas : vous m'avez promis un exposé.

Et Greta est impatiente de vous revoir.

Vous ne m'y reprendrez plus !

Je vous présente mon ami Paul Rée.

Mme von Salomé et sa fille Louise.

Vous vous souvenez certainement de ma nièce Greta.

M. Rée a étudié le droit et la philosophie.

Comme Louise, il se penche sur Schopenhauer.

Votre lecture actuelle ?

"Le monde comme volonté et comme représentation".

"Ce qui caractérise la réalité,

c'est la souffrance infinie, née essentiellement de la vie,

selon laquelle le monde sature.

L'homme peut faire ce qu'il veut."

"Mais ne peut vouloir ce qu'il veut."

Connaissez-vous Spinoza ?

Spinoza dénie le libre arbitre, tout comme Schopenhauer.

Soit, mais sa philosophie porte essentiellement

sur l'unité métaphysique de l'esprit et du corps.

Spinoza ne s'est pas attardé sur le problème épistémologique

du rapport entre imagination et objet.

Pardonnez-moi, j'ai dû attendre que ma mère s'endorme.

Les théories de votre ami Nietzsche sont intéressantes.

Malheureusement, ses œuvres n'ont pas de succès.

Reflète-t-il cet idéal du penseur qui fait primer la vérité ?

J'espérais que vous pourriez en juger par vous-même.

Il rentre de cure.

- Mais ? - Il se fait languir.

Sans savoir ce qu'il manque.

Avez-vous peur du vide ?

Mlle von Salomé, cela va vous sembler abrupt,

puis-je vous demander votre main ?

Vous l'aviez à l'instant.

Votre mère a consenti, Louise.

Ce qu'elle aurait fait avec n'importe qui.

Son seul souhait est de me marier.

Comment puis-je conquérir votre cœur ?

Je ne me marierai jamais !

Donnez-moi une raison valable.

Je veux être libre, indépendante.

C'est incompatible avec un mari et un enfant.

Et si vous changiez d'avis ?

Vos espoirs risquent d'être vains.

Alors je suis navré d'avoir essayé.

Nous pouvons rester amis !

Faites comme si j'étais un homme !

Les semaines qui suivirent, Paul Rée et moi travaillâmes

dans un endroit insolite.

"Les gens pensent leur opinion juste.

Aussi devrions-nous reconsidérer la véracité de notre opinion."

Mettons cela dans le dernier chapitre.

Vous voilà enfin !

Je vous présente Louise von Salomé,

la plus grande philosophe de notre temps.

Friedrich Nietzsche.

Qui considère Schopenhauer comme ignorant

vis-à-vis de la nature et de la logique.

De quelles étoiles sommes-nous pour nous rencontrer ici ?

Je ne viens que de Zurich.

- Que lui as-tu dit sur mon compte ? - Friedrich théâtralise beaucoup.

- Ne te laisse pas impressionner. - Vous en êtes déjà au tutoiement.

Afin de mieux nous comprendre.

On me cache quelque chose ?

C'est l'heure d'avouer vos péchés !

Égocentrisme.

Pessimisme.

Indifférence.

Immoralité.

- Infidélité. - Addiction au jeu.

- Misanthropie. - Angoisse existentielle.

Doute de soi.

Parfois.

C'est tout ?

Bien sûr que tu rentres avec moi à Saint-Pétersbourg.

- Cela serait sinon inconvenant. - Et mes études ici ?

Recouvre d'abord la santé. En attendant, tu es radiée.

Tu m'as désinscrite ?

Bien sûr.

Alors je continuerai à étudier ici en privé avec Rée et Nietzsche.

Tu ruinerais ta réputation et celle de notre famille !

Pensez également au fait qu'un mode de vie aussi immoral

nuirait au mouvement féministe.

Immoral ? Il en va du devenir de ma personnalité et de mon intellect.

Il te faut trouver le bonheur dans ce qui est possible.

Mais il m'est impossible de rentrer à Saint-Pétersbourg !

Alors tu devras trouver un mari approprié dans cette société-ci.

Mes frères ont le droit de décision, pas moi ?

- Eux aussi se marieront bientôt. - Mais resteront indépendants !

Réjouis-toi que ta couche sociale n'impose pas le travail des femmes !

Devenir mère sera l'accomplissement de ta vie !

Est-ce ton cas, Mushka ?

Es-tu comblée d'accompagner ta fille à des cures ?

Paul Rée est un homme recommandable qui semble t'aimer.

Mieux vaudrait accepter sa demande en mariage.

Je persuadai Paul et Friedrich de nous accompagner en Italie du Nord.

Ma mère y consentit,

gardant espoir que je me fiance bientôt.

J'ai fait un rêve cette nuit.

Nous vivions ensemble.

Chacun sa chambre,

mais nous pouvions constamment échanger, étudier ensemble, écrire.

Une camaraderie ayant pour but le perfectionnement intellectuel.

Ce serait merveilleux !

Cela irait à l'encontre de toute convention !

Ne dois-je pas penser à moi en priorité ?

Seule ta fabuleuse jeunesse peut excuser cet enthousiasme effréné.

Voyons un peu si les murs insurmontables de ce monde

ne seraient pas d'anodins traits de craie.

Tu es folle, Lou !

Voilà la femme dont j'ai toujours rêvé !

Lou a une profonde aversion contre le mariage.

Vous avez tenté votre chance ?

Elle pense que la chasteté libère une force intellectuelle créatrice.

À juste titre !

Je vais la convaincre du contraire.

Pour le bien de notre amitié,

je devrais lui confier les desseins qui hantent votre esprit !

Sait-elle que ce poison...

est toujours à votre cou pour les cas d'urgence suicidaire ?

Cela est mauvais pour vos poumons.

Et si nous discutions de votre projet ?

Seuls.

Vous êtes ridicule.

Que s'est-il passé ?

Lou !

Pense à ta santé.

Nous nous retrouvons au sommet.

Merci.

Donc mon idée vous plaît ?

Votre révolution personnelle contre la morale établie

me paraît tout à fait admirable,

mais aussi très naïve.

Vous voulez changer le monde.

Moi, seulement mon destin.

Votre destin serait scellé en prison.

La loi punit les cohabitations extraconjugales.

Vous l'ignoriez ?

On nous arrêterait, Lou.

Ou alors...

épousez-moi et vous êtes libre.

Légalement, je serais au contraire assujettie.

Vous pensez que j'en profiterais ?

Naturellement !

Si vous préférez une union libre, nous pouvons aller à Paris.

Imaginez un peu

les enfants que nous pourrions avoir.

- De petits génies ! - Je ne suis pas une poulinière !

Non !

Non.

En vous, je ressens chaque pulsion d'une âme supérieure.

Il n'est rien d'autre que je puisse aimer en vous.

Je suis prêt à renoncer à toute familiarité et chaleur

s'il est certain que nous nous retrouvons

là où les mauvaises âmes sont bannies.

Vous connaissez mes conditions.

De la camaraderie, rien d'autre.

En serez-vous capable ?

Oui, très bien.

Cela me rappelle les photos en famille.

Notre trio manque de symbolique.

Deux rêveurs follement épris

faisant ce que Mlle von Salomé leur dicte.

Il ne nous faut qu'un peu d'imagination.

Un peu de mythologie grecque ?

Zeus, Poséidon et Hadès.

- Vous en Zeus ? Jamais. - Non, ce serait insupportable !

Connaissez-vous l'histoire d'Aristote et Phyllis ?

Je refuse.

Là !

Parfait.

Lui et moi tirons votre charrette philosophique.

Je ne suis pas Phyllis.

Qui était Phyllis ?

Une femme de la cour qui fit d'Aristote sa monture

afin de l'humilier.

- Non ! - Ne soyons pas lâches.

Venez.

Montez.

Paul !

Qu'on me donne un fouet !

Pour Madame.

C'est ce que j'imaginais !

- Rée, venez ! - Paul, viens.

Et voilà !

Donnez-le-moi.

Prêts ?

Cabinet portrait Jules Bonnet - Lucerne

"En souvenir de l'Italie.

Perspicace comme l'aigle,

brave comme le lion,

et pourtant une vraie jeune fille."

Vous avez écrit un jour :

"L'attirance physique ne peut mener à l'attirance intellectuelle,

mais l'inverse, si."

- Et alors ? - Pensiez-vous à Nietzsche ?

En toute naïveté,

je crus que Nietzsche avait compris mon refus.

Sinon je ne me serais pas rendue chez sa famille, à Tautenburg.

À ma grande surprise, ma mère accepta

après avoir écrit à sa famille.

Une maison de pasteur, avec mère et sœur.

C'était sans danger.

- Ils sont durs, malheureusement. - Merci, ma Lama. C'est gentil.

Savez-vous pourquoi les filles sont éduquées différemment ?

Afin qu'elles ignorent tout de l'érotisme.

Tandis que les garçons sont avertis sur le sujet dès un certain âge.

On devrait expliquer aux femmes comment éviter une grossesse.

Un problème qui ne se pose pas pour vous.

En refusant de vous offrir,

vous ignorez tout du principe dionysien :

le caractère passionnel, sensuel et irrationnel de votre être.

Je privilégie le principe apollinien :

rationalité et détachement face aux émotions.

Ceci...

mène au cœur de toutes les choses.

Nul besoin d'un homme pour cela.

Dites,

pensez-vous souvent aux instants où la mort vous a frôlée ?

Lou !

Cela m'empêcherait de vivre.

Vous éludez ma question.

Enfant, je parlais toutes les nuits avec un dieu que j'imaginais.

Il me promettait tout.

Mon père mourut quand même.

La mort vient quand elle veut.

Vivre sans croyance épuise.

Peut-être est-ce même impossible.

Et un jour, on en prend conscience.

Vous allez voir !

Atelier de photographies Bonnet - Lucerne

Vous nous ridiculisez, lui et notre famille !

- Ces Russes n'ont aucune pudeur ! - C'était mon idée.

- Et tu la laisses faire ! - Élisabeth, ce n'est qu'une photo !

Cette femme menace le salut de ton âme !

J'ai mieux : nous nous installons à Berlin.

Une vraie dévergondée qui surpasse tout ce que j'avais imaginé !

Je vais vous dénoncer. La police vous fera sortir du territoire.

Les obscénités sont toujours très subjectives.

- Élisabeth ! - Quel aplomb !

Éli, Éli !

Je ne veux plus jamais revoir cette garce abjecte ici !

Plus jamais !

Je suis désolé !

Vous auriez pu vous retenir.

Pourquoi avoir dit... Que faites-vous ?

Je pars, et vous m'accompagnez.

Pour cela, il faudra m'épouser.

Vous ne m'avez pas comprise.

Je voulais vivre seul.

Mais le bel oiseau Lou croisa mon chemin.

Je crus voir un aigle.

Je voulus alors...

cet aigle près de moi.

Nous sommes liés par le destin. Vous êtes ma sœur spirituelle.

Et Paul ?

Et notre trio ?

Voulez-vous vraiment vivre avec cette mauviette ?

Il a des envies suicidaires au moindre rhume !

Et vous devriez sortir de ce caveau familial.

Vous a-t-il dit ça ? Ainsi vous commérez derrière mon dos !

Vos pensées tournent toujours au négatif.

Je voyais en vous l'incarnation de mon idéal sur terre.

Mais avez-vous remarqué que je vois mal ?

Ne voyez-vous donc pas qu'être en votre présence

en coûte terriblement à une personne comme moi ?

J'aurais pu me faciliter la vie.

Mais je me suis tellement mis en quatre

que je pourrais encore vous servir même si vous me nuisiez !

Savez-vous que votre voix m'insupporte ?

Sauf quand vous implorez.

Je vous préviens :

si je vous répudie,

c'est un blâme sans appel qui s'abattra sur votre être !

Phyllis !

Sauf que vous n'êtes pas Aristote.

Que disait-il déjà ?

"Le caractère se manifeste dans les actes."

Direction la gare !

Mme Salomé.

La sœur de Nietzsche a écrit un pamphlet mensonger sur vous !

- Ne voulez-vous pas agir ? - Je connais ses histoires sur moi.

Il y a plus grave : elle a falsifié les œuvres de Nietzsche

pour doter le national-socialisme d'une aura pseudo-philosophique.

Mme Salomé, elle écrit ceci :

"Dr Rée et Mme Salomé étaient juifs, mais personne ne s'en est offusqué."

- Vraiment ? - Faut-il s'inquiéter ?

Quand on cherche bien, tout le monde a des origines juives.

Mlle Marie !

Venez vite !

Vous sentez-vous...

Que lui avez-vous dit ?

Dois-je appeler un médecin ?

- Mieux vaudrait que vous partiez. - Tout va bien !

Où Élisabeth Nietzsche puise cette haine ?

Elle me tient pour responsable de sa brouille avec son frère.

Et qu'est-il advenu votre trio ?

Paul et moi trouvâmes un appartement à Berlin.

Ses parents furent aussi épouvantés que ma mère.

Mais vous aviez gagné votre liberté.

- Un grand pas pour l'émancipation. - Balivernes.

La situation des femmes a-t-elle changé depuis ?

Vous vouliez me parler de vous,

de votre vie durant la guerre.

Je ne crois pas que ce soit le moment.

Si vous allez me chercher une couverture, ce sera le bon moment.

À Berlin, je vécus avec Paul Rée la vie dont j'avais rêvé.

"Retard de paiement"

"Mes très chers Lou et Rée,

Faites fi du déchaînement de ma vanité offensée.

Envisagez le fait que je sois un homme à moitié fou,

pleinement déconcerté par sa longue solitude.

C'est après avoir pris une dose considérable d'opium par désespoir

que je parviens à tel discernement.

Au lieu de perdre la raison, il semble que je la recouvre enfin.

Rée, mon ami, priez Lou de me pardonner."

Manger dehors, c'est pour les Anglais,

vu le froid chez eux, et dans les maisons.

Plus on reste dehors, plus on apprécie l'air frais.

Le froid vient souvent de l'intérieur.

J'ai froid. Est-ce mauvais pour mon caractère ?

En veux-tu, mon limaçon ?

Quel surnom inhabituel pour une femme aussi belle.

Je suis l'escargot, il est ma maison.

Allez.

On m'accompagne ?

Quelle attitude décalée.

L'eau est froide même en tenue de bain.

Lors de ses expéditions en Perse, il dormait toujours dehors.

Que se passe-t-il ?

Élisabeth a réécrit à ma mère.

Elle prétend pouvoir prouver que je me prostitue.

Enfin, mon limaçon, la police locale n'a que faire

des dires d'une vieille fille de province.

Mushka bloquera mon chèque si je ne rentre pas.

Et Friedrich laisse faire sa sœur.

Pas un signe de vie, ni de lettre, rien !

Un vrai pleutre !

Et si nous nous...

Non !

Ce n'est pas parce qu'enfant, tu t'es jurée de ne pas te marier

qu'il faut continuer à t'entêter !

Et de quoi vivrons-nous ? Comment veux-tu faire ?

Comment payer tes dettes au jeu ? Mon chèque sera bloqué !

Je ne peux plus vivre sans toi.

Mon grand et sage frère.

Mais on n'épouse pas un frère.

Il était urgent que je m'affranchisse.

Des calomnies, de Mushka et de ce chèque russe.

Je me mis à écrire un roman autour de la question :

qu'advient-il quand on cesse de croire ?

Mon héros Kuno suit ses idéaux et rend ses proches malheureux.

Mon livre "Combat pour Dieu" parut sous le pseudonyme d'Henri Lou.

"Combat pour Dieu" Henri Lou

Jamais je n'aurais pensé que l'auteur fût une femme !

Êtes-vous sûre qu'aucun homme ne l'a épaulée ?

Demandez-le-lui.

Tiens, regarde.

Les critiques ne tarissent pas d'éloges.

"Le style et la forme sont uniques.

L'étude sensible de l'homme se transforme

en profil psychologique de son temps."

Merci.

- Merci. - Bravo !

Henri Lou, c'est donc vous. Enchanté !

- Et vous êtes l'heureux éditeur. - Non, je suis un éditeur comblé.

Mlle von Salomé a surpassé nos moindres attentes.

Avez-vous d'autres projets en tête ?

Une question que tout auteur redoute.

Comme si écrire un roman était chose aisée.

C'est pourquoi je suis en admiration !

Combien de langues parlez-vous, M. Andreas ?

Onze et demie.

- Quelle est la demie ? - Le russe.

Je vous apprendrai l'autre moitié.

Excusez-moi.

Paul ?

Ta dame d'honneur est jalouse.

Notre expérience a échoué.

- M. Andreas. - Je passais par là. Je tombe mal ?

- Non, je vous en prie. - Merci.

- J'aimerais vous parler. - Rien d'inquiétant, j'espère.

Entrez.

Dernièrement, j'ai lu que les intellectuels russes

recouraient aux mariages blancs.

À mon âge, un homme non marié éveille les soupçons.

On n'épouse pas un frère.

Mais un père, si ?

Un homme de cet âge !

- C'est un mariage blanc. - Mais il est si original.

Et de ton rang.

De sang noble, un bon parti pour vous, Votre Excellence !

Carl n'a ni argent ni titre. Le bon parti, ce serait plutôt moi.

- Tu as refusé de m'épouser. - Et tu sais pourquoi.

- Je ne romprai pas mon serment. - Je suis une andouille,

un philosophe miteux qui a gaspillé les dernières années !

Donne-moi ça.

Ne t'en fais pas.

Avoir rendu Nietzsche fou suffit amplement.

"Aie pitié. Ne cherche pas."

Je ne peux devenir votre femme. Ni la vôtre ni celle de personne.

- Parce que je n'ai pas d'emploi ? - Je ne peux pas faire cela à Paul.

Si vous ne m'épousez pas, alors je ne veux plus vivre.

Non, je vous en prie !

Gardez votre calme.

- Je vais chercher un médecin. - Ce n'est rien !

- Vous êtes fou ! - Et alors ?

Vous aussi !

Ce sera un mariage parfait.

Je vais chercher un médecin.

Je cherche une couverture.

Vous ne frappez jamais aux portes ?

Vous ne devriez plus venir.

J'ignorais que la gouvernante dirigeait ici.

Qui vous dit que je suis la gouvernante ?

Non.

Non !

Lou, s'il te plaît.

Ouvre !

- Je suis désolé. - Annulons notre union.

Non !

Essayons de bien mener le reste.

Tu m'avais donné ta parole.

Cela ne se reproduira plus. Ouvre-moi, s'il te plaît.

Pardon.

Rainer Maria Rilke "Premiers poèmes"

"De Lou"

Mariechen ne m'a pas informée de votre venue.

Elle m'a fait comprendre que je n'étais pas le bienvenu.

Elle s'inquiète trop.

Est-elle un parent ?

Je l'ai adoptée.

Depuis, elle s'est mis en tête de me materner.

- Quand est-elle née ? - En 1905.

Elle a donc connu Rilke.

C'est exact,

Sherlock Holmes.

Merci beaucoup.

Ma présence ici aujourd'hui ne tient qu'à une personne.

Sans elle, l'avenir m'aurait réservé un bien triste sort.

Lou Andreas-Salomé.

Éteins-moi les yeux : je saurai te voir,

bouche-moi les oreilles : je saurai t'entendre,

et même sans pieds je saurai venir à toi,

et même sans bouche, t'invoquer encore.

Brise-moi les bras, je te saisirai avec mon cœur comme avec une main,

obstrue ce cœur, mon cerveau battra,

embrase ce cerveau,

mon sang te portera.

Qu'y a-t-il ?

Cela ne t'a pas plu ?

Si, bien trop.

Cela n'a pas de sens !

Pourquoi ?

Tu enfermes tes sentiments derrière des murs.

Est-ce la liberté pour toi ?

- Tu n'es pas obligé de comprendre. - Tu es lâche.

Tiens-tu à renoncer à la plus belle chose qui soit ?

Vous êtes culotté, M. Rilke.

Vous avez raison.

Je...

Je n'ai encore jamais été avec un homme.

Tu peux me faire confiance.

Toujours.

De tout ce qui est beau, tu viens à ma rencontre,

Ici ma brise de printemps,

Toi ma pluie d'été,

Toi ma nuit de juin qui me conduit sur mille chemins,

Que nul initié n'a jamais foulés encore :

Je suis en toi !

Qu'avait Rilke de plus que vos autres admirateurs ?

Rainer était le seul homme à avoir autant de féminité.

Nous nous complétions parfaitement.

Ainsi donc...

un homme devrait accepter une part de féminité en lui ?

Chacun devrait trouver en soi le sexe opposé.

Vous, toutefois, devriez laisser libre cours à votre masculinité.

Et...

Que pensait votre mari du temps passé aux côtés de Rilke ?

Il était habitué à ce que je voyage beaucoup.

Vous ne me dites pas tout.

Les biographies contiennent-elles des vérités déplaisantes ?

Quoi qu'il en soit, l'été 1897...

fut le plus beau de mon existence.

Alors ?

Ce vers-ci : "Et laissent pleuvoir sur les arbres."

On va trouver mieux.

Sur les vignes ?

J'ai beaucoup de mal à te lire.

"Et laissent pleuvoir sur les vignes

Et laissent briller sur les roses

Et ne savent plus rire Et ne savent plus pleurer

Mais restent à toi."

Oui, c'est joli.

Connais-tu cela ?

Cette sensation d'être épié alors que la pièce est vide ?

Les portes sont fermées.

Avant, ma mère était toujours après moi.

À la moindre bêtise, elle m'imposait une prière.

À genoux.

Elle ne saura jamais pour nous.

Je fais toujours le même rêve :

je suis allongé sur de la terre dans un trou.

Au-dessus de moi, un gros rocher me fait de l'ombre.

Puis le rocher se détache.

Alors qu'il me tombe dessus,

je réalise qu'il s'agit de ma propre tombe.

As-tu déjà fait ce rêve ici ?

Ne me quitte jamais.

Jamais.

Rainer me raccompagna à Berlin.

Il loua une chambre près de chez moi.

Quel âge a-t-il ?

Sais-tu de quoi j'ai l'air ?

Dix ans, Lou.

Dix ans à tes côtés sans pouvoir te toucher.

Je ne t'ai jamais rien promis.

Ta réputation t'importe peu, mais pense à la mienne !

Ou à la sienne !

Il s'appelle Rainer.

Si tu restes avec lui,

alors je veux que tu t'en ailles.

Cela ne change rien entre nous.

J'oubliais.

- Tu veux toujours tout. - Et pourquoi pas ?

Tu te divertis bien aussi.

Si tu restes, alors c'est moi qui pars.

Où habiteras-tu ?

Comment paieras-tu ton loyer et tes études ?

Ne me quitte pas.

- Du courrier de Russie, madame. - Merci.

Rainer.

As-tu refait des cauchemars ?

Allons au théâtre ce soir.

On y joue une pièce d'Ibsen.

"La Mort d'Ivan Ilitch"

- Pourquoi es-tu encore dessus ? - Pardon ?

Tu t'appesantis sur cette traduction au lieu d'écrire tes propres textes.

Tolstoï est bien plus marquant que moi.

Il y a toujours plus marquant que soi.

Si on pense ainsi, on n'écrit plus.

Ta mère aimerait que tu lui rendes visite.

Allons à Saint-Pétersbourg ensemble.

Je vais écrire à Tolstoï.

Nous pourrions le rencontrer.

Nous allons bientôt voir Tolstoï à Toula.

Ne voudrais-tu pas te réinstaller ici ?

Mes racines sont ici, Mushka, mais je veux vivre à Berlin.

Vous devriez lire les poèmes de Lou sur la Volga.

"Comme mon paysage, Tu entoures ma vie.

Si je ne m'étais jamais reposée sur tes rives,

Je connaîtrais pourtant tes horizons infinis,

Et chaque vague de mes rêves me déposerait

Au bord de tes immenses solitudes."

On est comme connecté à la Russie :

à sa nature, ses gens simples. Cela nous transporte.

D'où ce costume de paysan.

Au fait, où as-tu laissé ton mari ?

Il n'aime pas voyager.

Contrairement à toi.

Je ne serai jamais celle que tu veux.

Je sais.

Par ici.

Par là.

Ferme les yeux.

- Rainer ? - Te rappelles-tu ?

Non, pas elle !

Mais il n'y a rien !

Je ne peux pas !

Rainer !

Calme-toi.

Tout va bien.

Ton état empire de jour en jour.

Il te faut de l'aide.

Je l'ai trouvée hier chez un orfèvre.

Veux-tu être ma femme ?

Mais je le suis déjà.

Je ne peux vivre sans toi.

J'étouffe sans toi.

Je ne peux ni manger, ni rire, ni pleurer.

Je ne peux rien sans toi !

C'est un gros poids que tu m'imposes là.

Je veux être avec toi.

Chaque jour, chaque heure, chaque seconde.

Je veux être toi !

Ce n'est pas de l'amour.

Je ne peux être la femme que tu désires tant.

Je vais chercher de l'aide, promis.

Sans moi, tu étouffes.

Moi, c'est avec toi que j'étouffe.

"Tu étais la plus maternelle des femmes,

un ami comme le sont les hommes,

au regard tu étais une femme,

et plus souvent encore un enfant.

Tu étais la chose la plus tendre que j'aie rencontrée,

la chose la plus dure avec laquelle j'aie lutté.

Tu étais la cime qui m'avait béni,

et tu devins l'abîme qui m'engloutit."

Après notre séparation,

il se remit à écrire des poèmes.

Nietzsche mourut peu après.

Après avoir découvert ses lettres d'excuse,

je ne l'ai revu qu'une seule fois.

Mais plus aucune réconciliation n'a été possible.

Une fois, il m'appela...

"petit singe nauséabond aux faux seins."

Comment un tel esprit peut-il autant manquer de confiance en soi ?

La syphilis.

Il était déjà bien atteint.

Quelques mois plus tard, Paul Rée mourut lors d'une randonnée.

Un accident, soi-disant.

Vous en doutez ?

J'ai rendu malheureux

tous les hommes qui m'ont aimée, M. Pfeiffer.

Pas tous.

Vous avez oublié l'heure.

Merci, Mariechen.

Évitez toute agitation.

Votre cœur est faible.

Je veux partir en voyage.

Prenez ces gouttes et vous pourrez voyager.

Merci, Dr Pineles.

Tu voyages beaucoup actuellement.

Frieda est rentrée d'Afrique et attend ma visite.

Ne vous en faites pas. Son état s'améliore.

Et si le chemin vous mène à Vienne,

n'hésitez pas à me consulter.

Merci, mais je compte guérir rapidement.

Vas-y doucement, mon petit.

Oui, papa.

Bonsoir, Mme Andreas-Salomé. Vous souvenez-vous de moi ?

- Greta, la nièce de Malwida ? - Oui !

- Vous êtes rayonnante. - Tout va bien, en effet.

Je travaille pour l'organe central du mouvement féministe.

- Aimeriez-vous écrire pour nous ? - Avec joie.

Bonjour.

- Qui est cet auteur déjà ? - Richard Beer-Hofmann.

Très talentueux, paraît-il.

Je finis par l'admettre : Nietzsche avait raison.

Le principe dyonisien est bien plus intense que l'apollinien.

Enlevons cela.

Ça ne regarde personne.

Malheureusement, la satiété succéda toujours au plaisir.

Difficile à croire.

Même amoureuse ?

Je n'ai jamais voulu faire de compromis.

N'est-ce pas égoïste ?

Avez-vous lu mon étude sur la réciprocité du narcissisme ?

L'avez-vous comprise ?

Un peu de narcissisme, c'est bien.

Mais la solitude en fut la condition.

Mais M. Pfeiffer, vous aussi êtes seul.

La seule chose qui nous oppose, vous et moi,

c'est le fait que je n'aie jamais voulu

d'une vie aux allures confortables.

Sinon, j'aurais fini gouvernante à Saint-Pétersbourg.

Mais l'intellect n'est pas tout dans une vie.

Cela a dû être éprouvant d'étouffer vos sentiments.

Croyez-vous vraiment qu'à 72 ans,

je vais laisser un homme m'expliquer comment j'aurais dû vivre ?

Êtes-vous heureuse ?

Le bonheur n'est qu'un sentiment éphémère,

une réaction exagérée des nerfs et des synapses !

- Pourquoi êtes-vous si froide ? - Et vous si naïf ?

Dommage que vous pensiez ainsi.

Nous devrions mettre un terme à notre collaboration, M. Pfeiffer.

Comme toujours,

vous rompez.

Es-tu contente ?

À la naissance du bébé, tout prendra son cours.

Vraiment ?

Et ensuite ?

Ton mari doit divorcer.

Tu viens vivre à Vienne, avec moi.

Mes parents se feront à toi.

Ils vont devenir grands-parents.

Lou !

Réveille-toi !

Je t'en prie, réveille-toi !

J'ai ma nomination à l'université de Göttingen.

Serais-tu prête à quitter Berlin avec moi ?

Cela n'aurait pas dû se produire.

C'était à prévoir. Ne t'en fais pas, Carl.

J'eus le sentiment que tout se répétait

et que rien ne serait plus comme avant.

Compte tenu des fortes exigences de notre culture

et de l'effet de nos refoulements internes,

pour nous, humains, la réalité est insatisfaisante.

Aussi nous réfugions-nous dans un monde imaginaire

dans lequel nous concrétisons nos rêves

et compensons ainsi les déficits réels.

Si les circonstances le permettent,

l'individu peut trouver

un autre chemin vers la réalité via son monde imaginaire.

Merci pour votre attention.

Pensez-vous que l'imaginaire puisse...

Merci pour cet exposé. À mercredi.

Pr Freud, auriez-vous un instant à m'accorder ?

Bien sûr.

Merci pour l'intérêt que vous portez au sujet, Mme Andreas-Salomé.

Votre étude sur Nietzsche anticipe des découvertes de la psychanalyse.

J'aimerais étudier avec vous.

Êtes-vous prête à explorer votre propre inconscient ?

C'est la condition pour devenir psychanalyste.

En quoi cela consiste ?

Un jour, mon père m'offrit des bonbons colorés

dans du papier de soie.

Je ne les ai pas ouverts,

imaginant les plus belles robes contenues dans le papier.

Une fille, dont le père est parti trop tôt,

aura du mal à engager des relations,

car elle n'aura pas connu le détachement naturel.

J'ai déjà eu bien des expériences érotiques.

Vous voyez très bien où je veux en venir.

Avec Rainer, je vécus le plaisir sexuel et intellectuel.

Pourquoi était-ce possible avec lui ?

La force de son amour me le permettait.

Mais une jouissance totale n'était pas possible pour autant.

Si seulement, une fois dans ma vie,

j'avais pu aimer aveuglément et spontanément.

Et si vous étiez simplement le narcissique type ?

Vous me connaissez peu.

Avez-vous déjà éprouvé de forts sentiments

pour un autre homme que Rilke ?

Non.

- Pour personne ? - Pour personne.

Non !

Fais-moi confiance.

J'ai tout prévu.

Je vais divorcer.

Lou, veux-tu m'épouser ?

Pardon ?

Je suis tout ouïe.

Vous rappelez-vous le Dieu de mon enfance qui disparut ?

Un exemple rare et évocateur de la perte de croyance.

Il vous ressemblait.

Une projection, ma chère.

Une projection.

Lou.

Une assignation.

Dois-je leur dire que ton état t'empêche de sortir ?

Pour que ce soit eux qui viennent ?

Il...

Il faut se débarrasser des papiers et des livres.

Si possible aujourd'hui.

Tout doit disparaître.

Les journaux intimes...

Je le vois parfois encore assis dans le jardin.

L'as-tu aimé ?

D'une...

D'une certaine manière,

oui.

Malgré ma naissance ?

Mariechen !

Tu n'y es pour rien du tout.

Il ne m'a jamais acceptée.

Tu savais conter les histoires comme personne.

Nous aurions bien besoin de M. Pfeiffer.

Oui, il me manque aussi beaucoup.

Je serai au moins parvenue à vous redonner le goût d'écrire.

Je croyais que vous ne sortiez plus.

C'était mal croire.

Une fois de plus.

J'y suis allé un peu fort la dernière fois.

Je mets votre nouvelle assurance sur la liste de mes réussites.

Si vous le souhaitez.

Ce serait bien...

si vous étiez l'une des rares personnes

à ne pas avoir pris la fuite à cause de moi.

Enfin, ne réduisez pas votre vie en cendres !

Uniquement les passages que la postérité n'est pas censée lire.

Cachez tout chez moi.

Je refuse que l'on utilise tout cela

pour me nuire une fois de plus.

J'y mettrai ma vie s'il le faut, juré !

C'est tout à votre honneur.

Mais si vous ne surviviez pas à "l'Empire millénaire" ?

Et puis, il nous reste mes mémoires.

Oui, la vérité à demi nue !

Nous pourrions la retravailler de temps à autre.

J'ai trouvé cela

en rangeant.

Prenez-la.

S'il vous plaît.

Merci.

"Le monde ne te fera pas de cadeau,

crois-moi."

"Si tu veux avoir une vie,

vole-la."

Lou Andreas-Salomé fut l'une des premières psychanalystes.

Ses travaux et essais scientifiques sur le rôle social des femmes

et la sexualité féminine influencèrent S. Freud.

Sa théorie du narcissisme positif demeure encore tangible.

Lou Andreas-Salomé resta amie avec Ernst Pfeiffer

jusqu'à la fin de ses jours.

Elle mourut en 1937 à l'âge de 75 ans.

Après sa mort, les nazis saisirent ses livres et manuscrits.

Après la guerre, la municipalité de Göttingen

rendit livres et manuscrits à E. Pfeiffer.

Il édita nombre des écrits, mémoires,

et correspondances non publiés de Lou Andreas-Salomé,

et en géra la succession jusqu'à sa mort, en 1986.

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