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Lorsque l'enfant était enfant,
Il marchait les bras ballants,
il voulait que le ruisseau soit rivière et la rivière fleuve,
que cette flaque soit la mer.
Lorsque l'enfant était enfant,
il ne savait pas qu'il était enfant,
tout pour lui avait une âme, et toutes les âmes étaient une.
Lorsque l'enfant était enfant,
il n'avait d'opinion sur rien,
il n'avait pas d'habitudes,
il s'asseyait en tailleur, démarrait en courant,
avait une mèche rebelle
et ne faisait pas la tête quand on le photographiait.
LES AILES DU DESIR (Le ciel au dessus de Berlin)
Regarde !
La joie de lever la tête vers la lumière, au grand air,
la joie du soleil
inondant de couleurs les yeux des gens...
Enfin folle, enfin seule! Enfin folle, enfin sauvée !
Enfin folle, enfin tranquille !
Il y a une petite maison avec
deux étages et une terrasse...
On va s'y baigner tous les jours...
Et l'homme qui habite là s'appelle peter...
Incroyable, comme j'en sais peu sur ce rôle.
Peut-être qu'on trouvera pendant le tournage.
Un bon costume, et la bataille est à moitié gagnée.
Berlin... Emil Jannings...
Kennedy... Von Stauffenberg...
Quel joli dessin !
C'était à Berlin ?
Qu'est-ce que ça change ? C'est arrivé.
Si grand-mêre était là, elle dirait : "Spazier"...
Tokyo, Kyoto, Paris, Londres,
Trieste,
Berlin...
Il n'y a rien de bien à la télé.
Vous butez sur vos couleurs et n'êtes jamais ponctuels.
Toujours la même odeur. Mais plus poussiéreux.
Elle collectionnait tout.
Timbres, cartes, tickets de métro.
Elle ne jetait jamais rien.
Mêre. Ma mêre.
Elle ne l'a jamais été.
Mon père... était mon père.
Elle est morte.
Pas de larmes, pas de douleur.
Plus tard, peut-être.
Elle ne t'aime pas, elle ne t'a jamais aimé.
Et toi aussi, tu fais seulement semblant.
Sois content qu'ils t'aient oublié.
Tu es enfin libre.
Mon Dieu, que va devenir ce garçon.
Il ne pense qu'à la musique.
Qu'est-ce qu'il veut maintenant ?
Je lui ai déjà acheté une guitare.
Maintenant une batterie ?
Je commence à en avoir marre.
Sera-t-il jamais raisonnable ?
ça commence à bien faire.
Je ne peux plus rien pour lui.
Il n'a rien appris à part ce rock'n'roll.
Peut-être bien qu'il se trouvera un jour.
Lorsque l'enfant était enfant,
ce fut le temps des questions suivantes :
Pourquoi suis-je moi, et pourquoi pas toi?
Pourquoi suis-je ici,
et pourquoi pas là ?
Quand commence le temps, et où finit l'espace ?
La vie sous le soleil
n'est-elle pas qu'un rêve ?
Ce que je vois, entends, sens, n'est-ce pas simplement
l'apparence d'un monde devant le monde ?
Le mal existe-t-il vraiment,
et des gens peuvent-ils être vraiment mauvais ?
Comment se fait-il que moi, qui suis moi,
avant de devenir, je n'étais pas,
et qu'un jour moi, qui suis moi,
je ne serai plus ce moi que je suis ?
L'enfant a besoin d'air.
Respire profondément.
Je ne peux pas l'aider. Souffrir à sa place.
Ça fait mal ! Ça passera.
Ça y est presque.
Petite crevette, je suis si heureuse de te voir.
De quoi auras-tu l'air ?
Ordure !
Avec les femmes, tu vas foutre ta vie en l'air.
Blackie, je me suis perdue. On allait au cimetiêre...
Alors ?
Lever du soleil 7h22, coucher 16h28,
lever de la lune 19h04, coucher...
Niveau de la Havel et de la Spree...
Il y a 20 ans aujourd'hui, un avion soviétique
s'écrasait à Spandau, dans le lac.
Il y a 50 ans, c'était...
Les jeux Olympiques.
Il y a 200 ans, N.F. Blanchard survolait la ville en ballon.
Comme les transfuges l'autre jour.
Et aujourd'hui :
Sur Lilienthaler, un homme a ralenti le pas,
regardé par-dessus son épaule, dans le vide.
À la poste 44, un homme qui veut en finir aujourd'hui
a collé des timbres de collection sur ses lettres d'adieu,
un différent sur chacune,
ensuite, il a parlé anglais avec un soldat américain,
couramment, pour la première fois depuis l'école.
À Ploetzensee, un détenu,
avant de se jeter la tête contre le mur,
a dit : "Maintenant"
Au métro Zoo, le chef de quai, au lieu du nom de la station,
s'est écrié "Terre de feu"...
C'est beau !
Dans les collines un vieillard lisait l'Odyssée à un enfant,
et son petit auditeur a cessé de cligner des yeux.
Et toi ? Que racontes-tu ?
Une passante qui, sous la pluie,
a fermé son parapluie d'un coup sec
et s'est laissée tremper.
Un écolier
qui décrivait à son maître
comment une fougère sort de terre, et le maître étonné.
Une aveugle qui a cherché des mains sa montre
en percevant ma présence...
Merveille de vivre en esprit et d'attester pour l'éternité
le spirituel, rien que le spirituel chez les gens.
Mais parfois je suis las de mon existence d'esprit.
J'aimerais ne plus éternellement survoler,
j'aimerais sentir en moi un poids
qui abolisse l'illimité et m'attache à la terre.
Pouvoir, à chaque pas, à chaque coup de vent,
dire "maintenant",
maintenant, maintenant
et non plus "depuis toujours" et "à jamais".
S'asseoir à la table des joueurs
et être salué, serait-ce d'un signe de tête.
Même quand nous participions, nous faisions semblant.
Se battant avec eux,
faire semblant de se laisser démettre la hanche,
faire semblant d'attraper un poisson,
faire semblant de s'asseoir aux tables, de boire
et de manger, faire encore semblant,
se faire rôtir des agneaux, servir du vin
dans les tentes du désert, toujours faire semblant !
Je ne demande pas à engendrer un enfant, planter un arbre,
mais ce serait déjà quelque chose,
au retour d'une longue journée,
de nourrir le chat comme Philip Marlowe,
d'avoir la fièvre,
les doigts noircis par le journal,
de ne plus être exalté par l'esprit, mais par un repas,
par la courbe d'une nuque,
par une oreille.
Mentir ! Comme on respire !
Sentir en marchant sa charpente qui avance.
Deviner enfin, au lieu de toujours tout savoir,
pouvoir dire "ah !", "oh !" et "aïe !"
au lieu de "oui et amen".
Et pouvoir aussi s'exalter pour le mal :
en croisant les passants,
attirer à soi tous les démons de la terre,
et les disperser dans l'air !
Etre un sauvage !
Ou enfin sentir ce que c'est
d'enlever ses chaussures sous la table
et d'étirer les orteils,
pieds nus, comme ça.
Rester seul !
Laisser survenir !
Garder son sérieux !
Nous ne pouvons être sauvages qu'en gardant notre sérieux.
Ne rien faire que regarder,
rassembler, attester, conserver !
Rester esprit !
Garder la distance ! Rester en parole !
Regarde, un cabriolet.
Ça s'achète pas ça,
on le fauche ! Sinon on se le fait faucher.
Imagine un peu :
on ouvre le toit, on sort du smog !
C'est une bagnole de mac !
Raconte, muse, le conteur,
l'enfantin, l'antique,
qui dériva au bord du monde,
et fais qu'en lui
se reconnaisse chaque homme.
Avec le temps,
ceux qui m'écoutaient sont devenus mes lecteurs,
ils ne sont plus assis en cercle,
ils sont chacun dans leur coin
et ne savent plus rien les uns des autres.
Je suis un vieillard, à la voix brisée, mais
le récit s'élève encore des profondeurs
et la bouche entrouverte le répète,
avec force et évidence,
une liturgie où personne n'a besoin d'être initié
au sens des mots et des phrases.
Peut-être qu'elle n'a pas d'argent
pour voir un autre docteur.
Voilà quatre ans que je ne l'ai pas vue,
deux qu'elle est malade.
Quand allez-vous prier avec vos propres mots,
et pas pour la vie éternelle ?
Ces petites qui font de l'oeil aux hommes...
Pourquoi est-ce que je vis ?
Qui est le premier à avoir traversé le Wannsee à la nage ?
Avec ma petite pension...
Tu es perdu, mais ça peut encore durer.
Rejeté par tes parents, quitté par ta femme,
ton ami dans une autre ville,
tes enfants ne se rappellent que tes tics,
tu pourrais te gifler en te voyant dans la glace...
Qu'est-ce que c'est ?
Que se passe-t-il ?
Je suis encore là.
Si je le veux, si seulement je le veux...
Je dois vouloir,
et je vais m'en sortir.
C'est moi qui me suis laissé aller,
je peux aussi m'en tirer.
Il ne manquerait plus que ça.
Regarde, deux marks !
C'est une capsule de biêre !
Tu parles ! Allez, tire !
Rien que 10 pfennigs.
Je suis tout seul,
je suis pas content,
jouer à trois, ça serait la joie.
Marion, pas comme ça !
Avec élan, pas avec force !
Ne pendouille pas, vole !
Tu es un ange !
Putain de bordel de merde !
De bordel de merde !
Je ne peux pas voler avec ces trucs.
Bien sûr que si.
Avec des ailes, c'est plus facile que sans.
Pas avec des plumes de poulet !
Ça suffit !
Concentre-toi, Marion !
Il faut dire qu'elle travaille, la volaille.
Fais un effort !
Un effort !
Bien sûr, je fais un effort.
Qu'est-ce que je fous ici !
Je vous serais déjà tombée sur la tête
si je ne faisais pas un effort !
Venez voir.
Arrêtez tout.
On ne peut plus payer,
on est fauchés.
Demain on démonte,
roulottes à la remise,
la clé sous le paillasson,
pour cette année, le cirque est mort.
Désolé.
C'est fini, et pas même une saison.
Ça n'a pas commencé et c'est déjà la fin.
Ce soir mon grand numéro se termine en apothéose.
Et c'est la pleine lune.
La trapéziste se ramasse lamentablement...
Tais-toi. Reste calme.
Je n'imaginais pas comme ça,
mes adieux au cirque.
Le dernier soir, pas un chat, vous jouez comme des pieds
et je volète sous la tente comme une poule au pot.
Et puis je redeviens serveuse.
Un instant inoubliable, là, maintenant...
Pas un souvenir mémorable en dix ans.
Le temps soigne tout, mais si c'est lui qui cause la souffrance?
Parfois il faut savoir s'oublier pour continuer à vivre.
Pour vivre... Un regard c'est suffisant.
Le cirque... Il va me manquer.
C'est drôle, c'est la fin et je ne ressens rien.
Un ange passe !
Je ne dois pas avoir mauvaise conscience.
C'est comme si la douleur n'avait pas de passé.
ça s'arrête toujours quand ça ne fait que commencer.
Trop beau pour être vrai.
Peut-être là-bas, dans la ville.
Découvrir qui je suis, qui je suis devenu...
Le plus souvent, je suis trop lucide pour être triste.
j'ai attendu une éternité pour entendre un mot d'amour.
Et je suis partie.
Quelqu'un qui dirait : "Je t'aime tant."
Ce serait merveilleux.
Je lève les yeux, le monde apparaît devant mes yeux...
et remplit mon coeur.
Enfant, je voulais vivre sur une île.
Une femme seule, glorieusement seule.
Oui, c'est ça.
Tout est si vide, incompatible.
Le vide, la peur.
La peur.
Comme un petit animal perdu dans la forêt.
Qui es-tu? Je ne sais plus.
Je sais une chose: Je ne serai plus trapéziste.
Faut pas pleurer. C'est comme ça.
Ça arrive, et pas toujours comme on le voudrais.
Le vide, un tel vide...
Que dois-je faire ?
Ne plus penser à rien.
Berlin... J'y suis étrangère, et pourtant tout est si familier.
On ne peut s'y perdre, on se retrouve toujours devant le mur.
Quand je me prends en photo, c'est toujours un autre visage que je vois.
Ça pourrait être le début d'une histoire.
Des visages... J'aimerais voir des visages.
Peut-être que je trouverai une place de serveuse.
J'ai peur ce soir.
C'est idiot, la peur me rend malade.
Seule une partie de moi s'inquiète, l'autre partie n'y croit pas.
Comment dois-je vivre ? Ce n'est peut-être pas la question.
Comment dois-je penser ?
J'en sais tellement peu. Peut-être que je suis trop curieuse.
Je pense trop parfois...
Lorsque je pense c'est comme si je parlais à quelqu'un d'autre.
Sous les yeux fermés, les fermer à nouveau.
Alors même les pierres prennent vie.
Être avec les couleurs.
Les couleurs.
Néons dans le ciel du soir.
Métro aérien rouge et jaune.
Désir... désir.
Il faut que je sois prête.
Envie d'une vague d'amour remuant en moi.
Ce qui me rend maladroite, c'est l'absence de désir.
Le désir d'amour.
Le désir d'amour.
Ne me regardez pas. Vous avez jamais vu crever quelqu'un ?
Je pue l'essence.
J'ai tout vu clairement: la flaque d'huile, la voiture...
Pourquoi ils restent là à me regarder.
Karin, j'aurais dû te dire que je suis désolé.
ça ne peut pas se finir comme ça,
j'ai encore tant à faire.
Comme je sortais de la vallée et de la brume dans le soleil...
Le feu dans la prairie,
les pommes de terre dans la cendre,
la remise à bateau sur le lac...
La Croix du Sud.
L'Orient lointain.
Le Grand Nord.
L'Ouest sauvage.
Le Grand Lac de l'Ours.
Les îles Tristan da Cunha.
Le delta du Mississippi.
Stromboli.
Les vieilles maisons de Charlottenburg.
Albert Camus.
La lumière du matin.
Le regard de l'enfant.
Le bain dans la cascade.
Les taches des premières gouttes de pluie.
Le soleil.
Le pain et le vin.
Le saut à cloche-pied.
La fête de Pâques.
Les veines des feuilles.
L'herbe ondoyante.
Les couleurs des pierres.
Les galets sur le lit du ruisseau.
La nappe blanche au grand air.
Le rêve de la maison dans la maison.
Un être cher qui dort dans la pièce voisine.
La paix du dimanche.
L'horizon.
La lumière de la chambre dans le jardin.
Le vol de nuit.
Faire du vélo sans les mains.
La belle inconnue.
Mon père.
Ma mère.
Ma femme.
Mon enfant.
Le monde paraît se noyer dans le crépuscule,
mais je raconte,
comme au début, dans ma monodie
qui me soutient,
par le récit épargné des troubles du présent et
protégé pour l'avenir.
C'en est fini du grand souffle de jadis,
du va-et-vient à travers les siêcles.
Je ne peux plus penser qu'au jour le jour.
Mes héros ne sont plus
les guerriers et les rois, mais
les choses de la paix, toutes égales entre elles,
les oignons qui sêchent
valant le tronc d'arbre...
Mais nul n'a encore réussi
à chanter une épopée de la paix.
Pourquoi la paix
ne peut-elle pas exalter à la longue,
ne se laisse-t-elle pas raconter
Renoncer ?
Si je renonce,
l'humanité perdra son conteur.
Et si jamais l'humanité perd son conteur,
elle perd du même coup son enfance.
Je ne retrouve pas Potsdamer Platz.
Ici ?
ça ne peut pas être ça.
Potsdamer Platz,
il y avait là le café Josti,
j'y venais l'après-midi
faire la conversation, prendre un café
et regarder le public, aprês avoir fumé mon cigare
chez Loese et Wolf, marchands de tabac réputés.
Ici, juste en face.
ça ne peut pas être Potsdamer Platz.
Et personne
à qui demander.
C'était... une place animée.
Des tramways, des omnibus à chevaux, et...
deux autos : la mienne et celle du chocolatier.
La magasin Wertheim aussi était ici.
Et puis...
soudain... des drapeaux sont apparus...
Toute la place en était couverte...
Et les gens n'étaient plus du tout aimables,
la police non plus.
Je n'abandonnerai pas
tant que je n'aurai pas retrouvé Potsdamer Platz !
Où sont mes héros ? Où êtes-vous, mes enfants ?
Où sont les miens, les obtus,
ceux des origines ?
Appelle-moi, muse, le pauvre chantre immortel
qui, abandonné des mortels qui l'écoutaient,
perdit la voix :
lui qui, de l'ange du récit qu'il était,
devint l'aêde ignoré ou raillé
au-dehors, sur le seuil du no man's land.
20 marks, 40 marks, 80 marks.
En une semaine je pourrais en avoir 500. Vers le sud !
Quelle idée débile de me mettre ici. Trop de trafic.
Connard, ça fait trois fois qu'il passe.
Me tirer d'ici.
Si quelqu'un me reconnaît, je me fais jeter du lycée.
Là, j'aurais besoin de Klaus,
il se serait occupé de moi.
Il était trop bon. C'est pour ça
qu'il est crevé.
Reste-t-il des frontiêres ? Plus que jamais !
Chaque rue a sa propre barriêre.
Entre les lignes, il y a un terrain vague,
camouflé par une haie ou un fossé.
On y tombe sur des chevaux de frise,
on est frappé
par des rayons laser.
Les truites dans I'eau sont des torpilles.
Chaque maître de maison, chaque propriétaire,
cloue son nom sur la porte
et étudie le journal comme un maître du monde.
Le peuple allemand a éclaté en autant de mini-Etats
qu'il y a d'individus.
Et les Etats isolés
sont mobiles :
chacun emmêne le sien avec soi
et, si on veut y pénétrer, exige un droit de passage :
une mouche enfermée dans de l'ambre, ou une flasque.
Et ce n'est que la frontiêre,
mais on ne peut aller plus avant
dans chaque mini-Etat avec ses quelques mots de passe.
L'âme allemande d'aujourd'hui ne peut être conquise
et dirigée que par celui
qui approchera chacun d'eux
avec ses mots de passe.
Par bonheur, nul n'en est actuellement capable.
Ainsi, chacun
part pour l'étranger
et fait flotter aux quatre vents sa cime d'Etat.
Ses enfants aussi agitent déjà leur crécelle
et tirent leur merde en cercles autour d'eux.
C'est ça, le livre dont vous me parliez ?
Das Double ?
Hitler avait un double, ou...
Il y avait deux Hitler ?
Non. Hitler
est revenu du front de l'Est et...
il est mort avant d'atterrir dans les Alpes.
Et Goebbels a fait jouer Hitler par un acteur.
Pour empêcher qu'on sache...
Une question. Cette histoire,
je ne la trouve pas trés plausible.
Une heure avant le prochain plan.
Elle est plus réaliste que notre film !
Je vais vous expliquer.
Les gens aiment les histoires policières,
alors tous les prétextes sont bons pour en faire.
C'est débile, d'accord, mais ça aussi, c'est débile !
Erika, fiche-moi la paix !
Désolé.
Je veux te dire un mot, chérie.
On a assez de photos.
S'il te plaît, plus de photos.
Helen, je vous cherchais,
je ne peux pas porter ce chapeau !
Il vous va trés bien !
Essayez-le !
Mettez-le.
On a d'autres chapeaux là-bas, essayez-les.
On va trouver un chapeau pour aller avec cette tête.
Quel genre vous voulez ?
Je veux avoir l'air allemand, anonyme,
je veux me fondre dans la foule.
Là, on dirait Humphrey Bogart.
Essayez celui-là.
Celui-là ?
C'est pour l'opéra.
Vous avez l'air d'un rabbin !
Celui-là, ça, sur la 42ême Rue...
c'est un bookmaker.
Trouvez-moi un bon chapeau !
Je suis déguisé,
je veux passer inaperçu.
C'est ridicule, ces chapeaux,
des chapeaux de gangsters.
ça, c'en est pas un.
Là, je me marie.
ça, c'est pour...
aller aux courses, à Londres.
Celui-là est bien.
Peut-être.
ça se pourrait.
Possible.
C'est bon. Vous avez l'air d'un grand-pêre.
Charlie Chan,
honorable fils, pas três intelligent...
Columbo n'avait pas de chapeau. Un sacré costume.
C'était mon manteau à moi.
Peter, où est ton imper ? Nettoyé, brûlé.
Qu'est-ce qu'il y a, Peter ?
Pourquoi tes pensées s'égarent-elles ?
Je vais manger une sole meunière ce soir.
Les Allemands font la sauce meunière ?
Peut-être des spaghetti avec sauce tomate au pesto.
Les Allemands font le pesto ?
ça ne changera jamais.
lls étaient élégants, les frêres.
Ils s'y connaissaient.
La seule chose qui me manquera
du dehors, du royaume de la lumiêre,
ce seront les moineaux.
L'argent fait le bonheur. Comment vivre ?
L'Homme au casque d'or est un bluff !
Vous n'êtes pas d'ici. Vous êtes tous des réfugiés.
Je suis Ià depuis ce matin,
j'ai froid et je m'ennuie.
Le vent dans le visage, le premier air chargé de neige,
l'eau dans la rigole,
le balcon avec la belle étrangêre...
Ce sont peut-être des vrais. Ils en ont l'air.
Ils prenaient la bouffe
des chiens, dans les camps.
ça vous changerait les idées.
Vous réjouissez pas trop vite.
Le Français...
je l'ai rencontré dans la rue.
"Berlin, ça donnera plus rien,"
il m'avait dit ça.
La maison était à moitié tombée.
Il restait encore quelque chose.
Pour combien de temps ?
Je vois encore cette femme
qui se tenait Ià-haut dans les ruines,
et qui secouait les couettes.
Quand était-ce donc ? Mai... juin 45.
Je peux vous dessiner ?
Un instant, três rapide.
Ne bougez pas !
Je me demande si elle est juive.
Quel gentil visage !
Est-ce que c'est bien fait, ce qu'il peint là ?
Quelle narine.
Dramatique.
Ces gens sont des figurants, des extras,
ils sont tellement patients.
Ils restent assis là.
Peut-être qu'il va m'en faire cadeau.
Ces humains sont des extras,
des extra-humains.
Três bon,
três joli portrait !
L'étoile jaune signifie la mort.
Pourquoi ont-ils choisi le jaune ?
Tournesols.
Van Gogh s'est suicidé.
Ce dessin est dégueulasse.
Et alors ?
Personne ne le verra.
Un jour tu feras un bon dessin.
J'espère, j'espère.
Action pour les cascadeurs !
Encore une interview, la télé de Berlin.
Tu as le temps. Je vais faire un gros plan de toi
aprês ce plan subjectif,
mais tu as tout le temps.
J'arrive, les gars. On la fait tout de suite.
Qu'est-ce qu'il y a, Peter ?
"La vie... "
"si je ne I'avais pas, elle me manquerait."
Dit le général à la putain.
Viens, je vais te montrer autre chose.
Lorsque l'enfant était enfant,
il se gavait d'épinards, de petits pois, de riz au lait
et de chou-fleur bouilli.
il mange tout cela à présent,
et pas seulement parce qu'il est forcé.
Lorsque l'enfant était enfant,
il s'est réveillé un jour dans un lit inconnu,
et à présent ça lui arrive toujours,
beaucoup de gens lui paraissaient beaux,
et à présent ça n'arrive plus que par chance,
il avait une image claire
du Paradis,
et à présent il le devine tout au plus,
ne pouvait imaginer un néant,
et aujourd'hui il tremble à son idée.
Lorsque l'enfant
était enfant, il jouait avec enthousiasme,
et à présent,
il est à son affaire comme jadis
seulement quand cette affaire
est son travail.
Te souviens-tu, notre premiêre venue ici ?
L'Histoire n'avait pas commencé.
Nous avons vu passer matin et soir, et nous avons attendu.
Il a fallu longtemps
pour que le fleuve trouve son lit, que I'eau stagnante
se mette à couler.
Vallée du fleuve primitif !
Un jour, je me souviens encore,
le glacier a vêIé
et les glaces ont fait route vers le nord.
Un arbre passa, encore vert, avec un nid vide.
Pendant des myriades d'années, seuls les poissons bondirent !
Puis vint le moment où l'essaim d'abeilles se noya.
Ensuite, les deux cerfs se sont battus sur cette rive.
Puis la nuée de mouches,
et les ramures, descendant le fleuve comme des branches.
Seule l'herbe s'est toujours redressée,
poussant sur les cadavres des chats sauvages,
des sangliers, des buffles.
Te souviens-tu comme un matin
est sorti de la savane, l'herbe collant au front,
l'être à notre image, longtemps attendu, le bipède,
dont le premier mot a été un cri :
était-ce "ah", "oh",
ou un simple gémissement ?
Nous avons enfin pu rire de cet homme,
pour la première fois,
et de son cri, de l'appel de son successeur, nous avons
appris à parler.
Une longue histoire !
Le soleil, les éclairs, le tonnerre dans le ciel,
et en bas, sur terre, les feux, les bonds,
les rondes, les signes, I'écriture.
Puis l'un d'eux
jaillit du cercle et courut droit devant lui.
Tant qu'il courait tout droit,
obliquant parfois peut-être de jubilation,
il semblait libre, et nous avons pu rire avec lui.
Mais alors, soudain,
il courut en zigzag, et les pierres volêrent.
Avec sa fuite commençait une autre histoire,
l'histoire des guerres.
Elle dure à ce jour.
Mais la première aussi, celle de l'herbe, du soleil,
celle des bonds et des cris, dure encore.
Sais-tu encore comme fut élevée un jour la chaussée
qui vit le lendemain la retraite napoléonienne
et fut ensuite couverte de pavés
aujourd'hui envahis d'herbes et affaissés
comme une voie romaine,
avec les traces des tanks ?
Nous n'étions même pas spectateurs :
depuis toujours, nous étions trop peu.
Tu veux vraiment...
À moi-même, me conquérir une histoire !
Ce que mon intemporel regard d'en haut m'a appris,
le transmuer pour soutenir un coup d'oeil abrupt,
un cri bref,
une odeur âcre.
J'ai été assez longtemps au-dehors.
Assez longtemps absent.
Assez longtemps hors du monde.
En avant dans l'histoire du monde, même
pour tenir une pomme à la main !
Vois, les plumes,
là-bas sur l'eau, déjà disparues.
Vois, les traces de frein sur l'asphalte,
le mégot qui roule,
le fleuve primitif qui se tarit,
et seules les flaques du présent frémissent encore.
À bas le monde derriêre le monde !
Un problème de dessin intéressant :
cet homme a des yeux de raton laveur.
Mais son chapeau est bien.
Quels cernes sous les yeux...
Ah, il s'inquiète.
Je me demande si le réalisateur aime ce que je fais.
Ils disent toujours formidable !
Quoi qu'on fasse.
Acheter des cadeaux pour les enfants...
peut-être des cadres de photos.
Suis-je meilleur acteur qu'autrefois ?
Seules les voies romaines mênent encore au loin,
seules les traces les plus anciennes mênent plus loin.
Où est ici le col ?
Même le pays plat, même Berlin
a ses cols cachés,
et là seulement commence mon pays,
le pays du récit.
Pourquoi tous ne voient-ils pas
dès l'enfance les passages,
portes et interstices,
en bas sur terre et en haut au ciel ?
Si chacun les voyait,
il y aurait une histoire sans meurtre ni guerre.
Dix mille fois j'y ai pensé,
cette fois, je le fais. Drôle, que je sois si calme.
Mes chaussettes rouges...
Brumeux et froid.
Mis un pull pour ne pas avoir froid.
Le blouson est bien. Une occasion.
Mais la poche se déchire. C'est elle qui me l'a donné.
Du gravier sur le toit, pour quoi faire ?
Pour qu'il ne s'envole pas ?
L'avion tourne en rond sur Berlin...
va s'écraser.
J'ai toujours eu chaud aux mains.
Bon signe. ça crisse sous mes pieds.
Quelle heure ? Le soleil se couche déjà.
Logique, l'ouest. Je sais déjà où est I'ouest.
Alors, je prenais toujours le métro vers l'Est.
Achetais un carnet, gagnais un mark.
Le soleil dans le dos, à gauche l'étoile.
C'est bien : le soleil et une étoile.
Ses petits pieds !
Elle sautillait en dansant... si mignonne !
Nous étions tout seuls. A-t-elle déjà ma lettre ?
Je ne veux pas qu'elle l'ait déjà lue !
Berlin, ça ne me dit rien...
Havel, un fleuve ou un lac ? Jamais compris.
L'Est ? En fait, l'Est est partout.
Marrant, ils crient.
ça m'est bien égal !
Toutes ces pensées...
Ne plus penser du tout.
Je m'en vais, et pourquoi ?
Vous voulez l'histoire ?
L'histoire, c'est 45, Berlin, la guerre.
Je suis un détective américain,
un Germano-américain m'engage,
le fils de son frêre
est en Allemagne, je dois le retrouver en Allemagne.
Le frêre est mort, la famille perdue, les retrouver.
Laisse moi tranquille espèce de porc. - Maman. Maman.
Je n'y arriverai pas ce soir. Pas de trapèze les nuits de pleine lune.
Ce n'est pas la dernière fois, la toute dernière fois.
Je dois me réveiller.
La fin du cirque. Fini.
C'est comme si la nuit tombait en moi encore une fois .
La peur... La peur de la mort.
La mort, pourquoi pas ?
L'essentiel parfois...
c'est juste être belle, et rien de plus.
Se regarder dans le miroir c'est se voir penser.
Alors, à quoi tu penses?
Je pense que j'ai le droit d'avoir peur, mais pas d'en parler.
Tu n'es pas encore aveugle, ton coeur bat encore.
Et pourtant maintenant tu pleures.
Tu aimes pleurer comme une petite fille triste.
Sais-tu pourquoi tu pleures ? Pour qui?
Pas pour moi. Je ne sais pas pour qui.
J'aimerais savoir. Je ne sais rien.
J'ai un peu peur. C'est parti, c'est parti. Ça reviendra.
Ce n'est pas grave.
Comme en ce moment, juste pouvoir dire, je suis heureuse.
j'ai une histoire, et elle aura une suite.
La revoilà, cette sensation de bien-être...
comme si dans mon corps une main se resserrait doucement.
Lorsque l'enfant était enfant,
ce fut le temps des questions suivantes :
pourquoi suis-je moi,
et pourquoi pas toi?
Pourquoi suis-je ici,
et pourquoi pas là ?
Quand a commencé le temps, et où finit l'espace ?
La vie sous le soleil
n'est-elle pas qu'un rêve ?
Marcher...
Marcher et voir.
Si tu étais là, grand-mêre !
ça doit être la gare dont on m'a parlé,
avec ce drôle de nom,
pas la gare où les trains s'arrêtaient,
mais la gare où la gare s'est arrêtée.
C'est pas Columbo ?
Je crois pas.
Pas avec ce manteau minable !
Il se promène pas dans la boue !
Je ne te vois pas, mais je sais que tu es là.
Je le sens.
Tu traînes dans les parages depuis que je suis ici.
J'aimerais voir ton visage,
te regarder dans les yeux, te dire comme on est bien ici.
Rien que de toucher... C'est froid, c'est bon.
Fumer. Boire un café.
Et faire les deux à la fois, c'est fantastique.
Dessiner.
On prend un crayon et on fait une ligne épaisse,
puis une ligne légêre,
et les deux font une bonne ligne.
Ou quand on a froid aux mains,
on les frotte...
C'est bon, ça fait du bien.
Il y a tant de bonnes choses.
Mais tu n'es pas là. Moi, je suis là.
J'aimerais que tu sois là.
Que tu puisses me parler.
Parce que je suis un ami.
Alors ?
Je vais entrer dans le fleuve.
Vieille maxime humaine, souvent entendue,
que je comprends enfin.
Maintenant ou jamais, instant du gué,
mais il n'y a pas d'autre rive, il n'existe que le fleuve.
En avant dans le gué du temps, dans le gué de la mort.
Nous ne sommes pas encore nés : descendons !
Regarder, pas d'en haut, mais à hauteur d'oeil.
D'abord, je prendrai un bain,
puis je me ferai raser, par un barbier turc,
qui me massera aussi jusqu'au bout des doigts.
Puis acheter un journal et le lire,
des gros titres à I'horoscope.
Le premier jour, je me ferai servir.
Pour les demandes, je renvoie au voisin.
Si on me bouscule, on s'excusera.
Je me ferai bousculer et je bousculerai.
Dans le café plein, le patron me trouvera une table.
Une voiture s'arrêtera et le maire m'emmènera.
Je serai familier à chacun, suspect à personne.
Je ne dirai pas un mot et comprendrai chaque langue.
Tel sera mon premier jour.
Mais rien de tout ça ne sera vrai.
Je la prendrai dans mes bras,
elle me prendra dans ses bras.
Je crois qu'il est saoul.
En route !
Un goût...
Je commence à comprendre.
C'est du rouge ?
Vous vous êtes blessé ?
ça va bien aujourd'hui ?
Et les tuyaux ?
Ils sont jaunes.
Et lui, là ?
Gris-bleu.
Lui, orange. Ocre.
Ocre ou orange ?
Jaune, rouge... Et lui ?
Lui, vert.
Et ça, sur les yeux ?
C'est bleu.
Il fait très froid ?
ça va passer.
J'aimerais tant boire un café.
Vous n'avez pas d'argent ?
Je suis content que ça aille si bien aujourd'hui.
C'est beau !
Avec du lait et du sucre ?
Noir.
Lorsque l'enfant était enfant,
les pommes et le pain suffisaient à le nourrir,
et il en est toujours ainsi.
Lorsque l'enfant était enfant,
les baies tombaient
dans sa main comme seules tombent des baies,
et c'est toujours ainsi.
Les noix fraîches lui irritalent la langue,
et c'est toujours ainsi,
sur chaque montagne il avait le désir
d'une montagne encore plus haute,
et dans chaque ville le désir
d'une ville plus grande encore,
et il en est toujours ainsi.
Dans l'arbre, il tendait le bras vers les cerises,
exalté comme aujourd'hui encore,
était intimidé par les inconnus,
et il l'est toujours.
il attendait la première neige
et il l'attend toujours.
Lorsque l'enfant était enfant,
il a lancé un bâton contre un arbre, comme une lance,
et elle y vibre toujours.
Comment je fais pour aller à l'Akazienstrasse ?
Remonte la Potsdamer jusqu'à Kleistpark,
à droite dans Grunewald, passe Elssholz et Gleditsch,
ne tourne pas dans Goltz, ça va à Winterfeldtplatz,
mais à gauche, et tu y es.
Entrée réservée à l'équipe.
Les figurants, à l'autre entrée.
Figurant !
Tu parles. Ils veulent tous des autographes !
Sale flic !
Je suis si heureux de te voir !
ça va ?
Très bien !
Je m'attendais à quelqu'un de plus grand.
Encore plus grand ?
Combien de temps ?
Des minutes. Des heures.
Des jours.
Des semaines. Des mois.
Le temps !
Je te passe quelques dollars, pour voir venir.
J'ai de l'argent.
J'ai vendu quelque chose.
L'armure.
Combien tu en as eu ?
200 marks.
Tu t'es fait rouler. Mais ça arrive.
Je vais te dire un truc. ça remonte à trente ans.
23ême rue, coin de Lexington.
Le prêteur m'en a donné 500 dollars.
Tu étais...
Tu es...
Toi aussi !
Nous sommes beaucoup.
Je vous cherchais partout. On est prêts.
J'arrive.
Tu n'es pas le seul.
Qu'est-ce que tu vas faire ?
Il y a une fille...
Une fille, bien !
Attends !
Tu voulais m'en dire plus !
Je veux savoir !
Tout savoir !
Tu dois trouver tout seul. C'est ce qu'il y a de beau !
Qu'est-ce que tu fais Ià ?
Je suis assis.
Tu es triste ?
Tu es malade ?
Qu'est-ce que tu as ?
Un manque.
Un double noeud, il n'y a que ça qui tienne.
Manque de nourriture peut-être,
ou manque de boisson.
Elle n'est pas partie, Cassiel, je le sais,
je la retrouverai,
quelque chose arrivera, qui comptera, cette nuit.
Elle m'apprendra tout.
Il y a d'autres soleils que celui qui est au ciel !
Dans la nuit profonde,
le printemps commencera aujourd'hui.
Il me poussera d'autres ailes que les anciennes,
des ailes qui pourront enfin m'étonner.
Lieutenant...
Je parie que vous savez trouver les gens.
Je sais comment les chercher, je ne les trouve pas toujours.
Vous cherchez quelqu'un ?
Je ne sais pas. Je veux trouver quelqu'un.
Garçon, fille ? Homme ? Femme ?
Homme.
Vous connaissez son nom ?
Vous savez où il habite ?
Je ne sais rien.
C'est un cas difficile.
Je dois y aller. Bonsoir.
Bonne chance !
Je ne te vois pas, mais je sais que tu es là.
Je le sens.
J'aimerais voir
ton visage, parce que j'ai tant de choses à te dire.
Je suis ton ami.
Encore une chanson et c'est fini.
Mais je ne parle pas de la fille.
Je vais vous parler d'une fille.
Un jour, ça doit être sérieux.
J'ai beaucoup été seule,
mais je n'ai jamais vécu seule.
Quand j'étais avec quelqu'un, j'étais souvent contente,
mais en même temps, je prenais tout pour un hasard.
Ces gens étaient mes parents,
mais d'autres auraient pu l'être.
Pourquoi celui aux yeux bruns était-il mon frère,
et non celui aux yeux verts du quai en face ?
La fille du chauffeur de taxi était mon amie,
mais j'aurais pu aussi bien passer le bras
au cou d'un cheval.
J'étais avec un homme, amoureuse,
et j'aurais aussi bien pu le planter là
et partir avec l'inconnu que nous croisions dans la rue.
Regarde-moi ou ne me regarde pas.
Donne-moi la main, ne me la donne pas.
Non, ne me donne pas la main et regarde loin de moi.
Je crois que c'est la nouvelle lune ce soir,
pas de nuit plus calme.
Il n'y aura pas de sang versé dans toute la ville.
Je n'ai jamais joué avec quelqu'un
et pourtant je n'ai jamais ouvert les yeux et pensé :
maintenant, c'est sérieux.
Enfin ça devient sérieux.
C'est ainsi que j'ai grandi.
Moi seule, étais-je si peu sérieuse ?
Le temps, est-il si peu sérieux ?
Je n'ai jamais été solitaire : ni seule, ni avec d'autres.
Mais j'aurais aimé être enfin solitaire.
La solitude, ça veut dire : je suis enfin entiêre.
Je peux le dire maintenant,
car ce soir je suis enfin solitaire.
Il faut en finir avec le hasard.
Nouvelle lune de la décision.
Je ne sais pas s'il y a un destin,
mais il y a la décision !
Décide-toi.
C'est nous qui sommes le temps, à présent.
La ville entiêre, non, le monde entier
prend part à notre décision.
Nous deux sommes plus que deux, désormais.
Nous incarnons quelque chose.
Nous voilà sur la place du peuple,
et toute la place est pleine de gens
qui rêvent de la même chose que nous.
Nous déterminons le jeu pour tous !
Je suis prête.
C'est à ton tour, maintenant.
Tu as le jeu en main.
Maintenant ou jamais.
Tu as besoin de moi.
Tu auras besoin de moi.
Il n'y a pas d'histoire plus grande que la nôtre,
celle de l'homme et de la femme.
Ce sera une histoire de géants,
invisibles, transmissibles,
une histoire de nouveaux ancêtres.
Vois, mes yeux,
ils sont l'image de la nécessité,
de l'avenir de tous sur la place.
La nuit derniêre j'ai rêvé d'un inconnu,
de mon homme.
Avec lui seul je pouvais être solitaire,
et m'ouvrir à lui,
m'ouvrir toute, toute pour lui,
le laisser entrer en moi, tout entier,
l'entourer du labyrinthe
de la joie commune.
Je le sais,
c'est toi.
Il est arrivé quelque chose,
qui continue d'arriver,
qui me lie.
C'était vrai dans la nuit et c'est vrai le jour,
plus encore à présent.
Qui était qui ?
J'étais en elle,
et elle était autour de moi.
Qui au monde peut affirmer
qu'il a jamais été ensemble avec un autre humain ?
Je suis ensemble !
Ce n'est pas un enfant mortel qui a été conçu,
mais une image commune, immortelle.
Cette nuit, j'ai appris à m'étonner.
Elle est venue me ramener chez moi,
et j'ai trouvé ce chez moi.
Il était une fois...
Il était une fois, et donc il sera.
L'image que nous avons conçue accompagnera ma mort.
J'aurai vécu dans cette image.
Ce n'est que l'étonnement devant nous deux,
l'étonnement devant l'homme et la femme,
qui a fait de moi un humain.
Je
sais
maintenant
ce
qu'aucun
ange
ne sait.
Nomme-moi les hommes, femmes et enfants,
qui me chercheront,
moi, leur conteur, chantre
et porte-parole,
car ils ont besoin de moi
plus que de rien au monde.
À suivre...
Dédié à tous les anciens anges, mais surtout à Yasujiro, François et Andrej
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