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ANGLETERRE Mars 1943
Camp disciplinaire de l'armée américaine à Twickenham
Allez, sortez !
Grouillez-vous !
ÉVASION SUR COMMANDE
C'est encore Frigg !
TUNISIE Avril 1943
BAINS TURCS
Merveilleux... Mon premier bain depuis Tobrouk.
Profitez-en, ça ne durera pas.
On va avancer ?
J'ai entendu le contraire. On devra s'accrocher.
Je sais de source sûre que les Italiens sont en pleine débâcle.
Excusez-moi, mais...
mes sources sont sûres. Ils tiendront.
Vous n'y êtes pas du tout.
Regardez...
Voici le gros de l'armée, et ici,
les chars américains soutenus par l'artillerie britannique.
Ici, notre village. Et l'ennemi se trouve... là.
Je vous demande pardon.
L'ennemi se trouve ici.
Certainement pas... Ici !
Vous faites erreur. C'est là qu'il se trouve.
J'ai le regret de vous dire
que l'ennemi se trouve... ici.
Vous êtes désormais prisonniers de guerre.
Veuillez décliner votre identité,
grade et spécialité.
Sur-le-champ !
Pennypacker, Roscoe G., général de Brigade.
Cox-Roberts, Adrian Smith, général de Brigade.
Armstrong, Newton W., général de Brigade.
Mayhew Francis Backstrom,
inspecteur général des services d'artillerie,
des Forces expéditionnaires britanniques.
Tous généraux ?
ITALIE DU NORD Mai 1943
Ça, par exemple !
Bienvenue au château di Montefiore, colonel Enrico Ferrucci.
Comme vous imaginez,
il n'était pas facile
de loger 5 officiers de votre grade.
J'ai donc été chargé par le haut commandement
de vous installer confortablement et conformément
aux articles de la Convention de Genève.
Voici mes collaborateurs :
Mon second, le Lt. Carlo Rossano.
Permettez-moi de vous exprimer le plaisir
que je ressens à être présenté
à des gentlemen de votre grade et de votre position,
nonobstant le sentiment qui rejaillit...
Merci, lieutenant. C'est très bien...
Rossano étudie l'anglais d'arrache-pied.
Et voilà notre sous-officier,
le sergent Bernardo Pozzallo.
Il est très accommodant.
Le marché noir
n'a pas de secret pour lui.
Je vous jure...
Vous ne faites que ça.
Un jour, vous tomberez raide mort.
Ces hommes ont pour mission
non seulement de vous garder, mais également de vous servir.
Quant à moi,
sachez que pendant 9 ans
j'ai dirigé le Ritz-Excelsior à Gênes.
Vraiment ?
- Puis-je vous aider, comtesse ? - Non merci, ça ira.
Messieurs, votre hôtesse, la comtesse di Montefiore,
qui a mis sa demeure à la disposition de notre armée.
Messieurs, soyez les bienvenus.
Charmante...
Elle habitera dans la maison du gardien
que vous voyez là-bas.
Il doit bien y avoir un mari quelque part.
Le comte a été tué il y a 7 mois en Afrique
par les Anglais.
- Je suis vraiment désolé. - Par ici, messieurs.
Le château a été construit en 1311.
Incendié en 1614,
il a été reconstruit en 1724.
Par ici, s'il vous plaît.
L'idée d'une évasion vous a sans doute effleurés.
C'est normal. Je vous préviens,
les murs du château sont hauts et bien gardés.
Le château est entièrement entouré de barbelés.
D'ailleurs, mes hommes savent tirer.
Rien d'extraordinaire, mais ça va.
Vous devriez vous reposer
et profiter de la beauté et du confort de ce cadre.
Vous voyez, l'évasion est hors de question.
Pennypacker se dirigera au plus vite vers les barbelés.
Il les coupera et... mission accomplie !
Qui vous a nommé chef d'état-major ?
Il faut bien quelqu'un.
Pourquoi vous ?
Nous avons tous le même grade.
Alors, c'est une question d'ancienneté.
Qui est le plus âgé ?
Moi, je crois.
Pas de mon armée.
Messieurs,
notre situation est unique
dans les annales militaires :
Une unité composée de généraux...
Nous n'avons pas le choix.
Constituons-nous en comité.
Excellente idée !
Mettons aux voix le plan d'évasion d'Armstrong.
Pour ?
Contre ?
Le plan est rejeté.
LONDRES Août 1943
Général PRENTISS Relations publiques
Onze semaines, messieurs !
Qu'est-ce qu'ils attendent ?
Depuis onze semaines,
nos généraux tirent au flanc
dans ce charmant château italien.
Onze semaines !
Il faut agir rapidement
et mettre fin à cet enlisement.
Savez-vous qu'on écrit des chansons sur eux ?
Capitaine Stanley, je vous prie.
Pourquoi combattre...
Lisez le texte, ça suffit.
"Pourquoi combattre
"Montrer tant de hâte
"Quand cinq de nos généraux
"Vivent comme coq en pâte"
Cette rengaine fait fureur
au hit-parade dans les stalags d'Allemagne !
C'est pourquoi j'ai demandé un expert, un spécialiste
pour lequel ce genre d'affaires n'a pas de secret.
Qui est notre homme ?
Colonel, veuillez me passer l'enveloppe.
Harry R. Frigg.
Le 2ème classe Frigg est arrivé ici en février 1942.
60 jours pour insulte à officier. Relâché 6 mois plus tard.
Ne disiez-vous pas 60 jours ?
- Il s'est évadé 7 fois. - Parfait.
- Je vous demande pardon ? - Rien, continuez.
60 jours pour avoir insulté un commandant.
- Qui ? - Benedict.
Non, pas lui !
Relâché après 5 mois... Trois évasions.
Seulement ? N'avait-il plus le cœur à l'ouvrage ?
Actuellement, il tire 90 jours
pour avoir fait des avances à un lieutenant-colonel.
Du Corps auxiliaire féminin...
Combien d'évasions ?
Huit.
Voilà qui est mieux.
Il est dans cette cellule.
Frigg s'est encore évadé !
Nous voilà bien !
Dépêchez-vous ! Je prends le thé à 15 h.
Ferme ça ! Je développe des photos.
Le 2ème classe Frigg...
Voyons, entrez.
Asseyez-vous.
Je préfère rester debout.
Harry, n'est-ce pas ?
Ça ne vous fait rien que je vous appelle Harry ?
Bien... Un cigare ?
Non, je ne fume pas.
Ah, la nicotine ! Voilà qui est bien.
Puis-je vous demander quelque chose ?
Demandez toujours.
Vos états de service prouvent
que vous n'aimez pas les officiers.
Pouvez-vous me dire pourquoi ?
Soyez franc.
Je vous le demande à titre personnel.
Les galonnés, pour vous c'est parfait.
Mais pas pour moi.
À ce point ?
Moche...
Très très moche.
Il faut toujours commencer au bas de l'échelle.
Mais pas y rester.
Ça fait bougrement longtemps que je suis 2ème classe.
Combien de temps ? Un an ? Deux ?
Depuis que je suis né. Et j'ai 30 ans.
Il me semble que vous avez droit à quelque chose.
Harry, je vous ai inscrit sur le tableau d'avancement.
Capitaine Stanley, annoncez la promotion.
Vous pensez vraiment, mon général...
Allez-y, capitaine !
Bon... Garde à vous !
Garde à vous !
"2ème classe Harry Randolph Frigg, matricule 32843478,
"est désormais autorisé à porter les deux étoiles
"dans l'armée des États-Unis
"avec le grade de général de brigade."
Harry, vous êtes maintenant général de brigade.
Général... quoi ?
De brigade.
Voilà ce que j'appelle de l'avancement.
Et tous ces trucs intermédiaires, caporal, lieutenant-colonel ?
Capitaine, épinglez les étoiles.
On ne peut les épingler sur un uniforme de 2ème classe.
Parce qu'on n'a jamais essayé.
Mon général, vous pouvez encore reculer.
S'il a les étoiles en sortant d'ici, il sera général pour de bon.
En effet... Les étoiles...
Un vrai général, mon général !
Mais regardez-le donc !
Il n'a même pas l'allure d'un 2ème classe.
Allons, Sidney, les étoiles...
Eh bien, voilà...
Pour les uniformes, nous verrons plus tard.
Capitaine, veuillez nous excuser.
Harry et moi, nous avons à nous expliquer seul à seul.
Entre généraux...
Comment vous sentez-vous ?
Ça pèse plutôt lourd, mon général.
Mon général ?
Je n'ai qu'une étoile, c'est moi qui devrais vous appeler général.
Mais entre nous, nous nous appelons par nos prénoms.
Je m'appelle Homer.
Harry, puis-je vous demander un service ?
De quoi s'agit-il, Homer ?
J'hésite à vous le demander.
Nous nous connaissons à peine. Je veux dire...
Allez-y, Homer.
Ça me rendrait tellement service, Harry.
Est-ce que vraiment...
Nom de Dieu, Homer ! Les amis, c'est fait pour quoi ?
C'est que nous avons ces 5 généraux sur les bras.
Ça ne va pas ? En quoi ça me regarde, moi ?
Il faut bien que quelqu'un se sacrifie
pour les sortir de là.
Mais pourquoi risquer la vie d'un général ?
Un simple commandant, un capitaine ferait l'affaire.
Cinq généraux à une étoile n'accepteraient pas
les ordres d'un simple capitaine.
Un capitaine ne serait pas détenu au même endroit que des généraux.
Vous devez bien connaître un général que l'aventure tenterait.
Pas a priori.
Mais si vous refusez, Harry, je serai obligé de vous dégrader.
Colonel ?
Certainement pas. Vous seriez obligé de réintégrer
le camp disciplinaire. Et pour longtemps.
Ce serait plutôt moche.
Par contre, si vous acceptez cette mission
et la menez à bonne fin, vous serez sergent...
d'état-major.
Disons... sergent-chef.
D'accord.
Et vous n'aurez plus qu'à tirer 60 jours de camp disciplinaire.
30 jours ?
Bon. On passera l'éponge.
D'accord ?
Marché conclu.
Bien... Maintenant, il ne reste plus qu'à vous familiariser
avec le lieu de détention, le terrain,
les personnes qu'il s'agit de libérer.
Eh bien, c'est tout pour le moment.
C'est parfait,
mais comment vais-je me familiariser avec ces deux étoiles ?
Est-ce qu'elles feront de l'effet ?
Soyez certain qu'à priori,
on vous croira plus intelligent, plus fin,
plus brillant que tous ceux
qui n'ont pas deux étoiles.
Sans blague ?
Vraiment ?
Garde à vous !
Ça y est, vous avez compris.
Vous voulez dire...
À vos ordres !
Je vois. Elles font de l'effet.
Puis-je vous demander...
Vous n'avez pas accepté uniquement pour vous venger ?
Me venger ? De qui ?
Des galonnés.
Qu'est-ce qui vous fait penser ça ?
Il y a un instant, vous méprisiez les officiers.
Je n'étais encore que 2ème classe.
Le proverbe dit : "Ne méprise qu'à bon escient."
Comme ça au moins j'aurai l'occasion de me rendre compte.
Général de brigade, ce n'est pas une sinécure.
En temps de guerre, tout est bon à prendre.
On pourrait franchir le toit en 42 secondes.
Des questions ?
Comment ferions-nous ?
À l'aide d'échelles de corde.
Le lierre du mur les cacherait. D'autres questions ?
J'ai proposé exactement le même plan
et vous avez voté contre.
Et qui avait proposé les échelles de corde ?
Ça ne vous a pas empêchés de voter contre mon plan.
C'était un plagiat du 3ème plan
que j'ai proposé avant-hier.
Mettons le plan aux voix.
Pour le plan de Mayhew ?
Contre ?
Le plan est rejeté.
Je vous dérange ? J'ai des nouvelles pour vous.
Nous avons reçu des munitions.
Et les gardes ne tireraient plus à blanc.
Est-ce exact ?
Oui, général de brigade...
Bien sûr... Ferrucci.
Bienvenue au château di Montefiore.
J'ai dirigé pendant 9 ans
le Ritz-Excelsior à Gênes.
Chasseur... Second...
Le château a été construit en 1311
par Henri VII de Luxembourg.
Un Tintoret authentique.
Votre chambre...
Et celle-ci ?
C'est celle du général Cox-Roberts.
Le général a... une étoile ?
Laquelle des deux est une chambre à deux étoiles ?
Pas celle-ci...
Prenez l'autre.
Petit déjeuner de 7 à 9 h.
Vous pouvez le prendre au lit.
Café, thé ou chocolat, à votre choix.
Déjeuner à 13 h, dîner à 20 h
à la salle des banquets.
Le linge sale est ramassé le lundi et le jeudi,
et rendu le lendemain amidonné. Mon général ?
Jamais de fécule.
Connaissez-vous un deux étoiles de l'Air Force nommé Frigg ?
Avec deux "g".
Non, mais ça ne veut rien dire.
Avec ces aviateurs...
La semaine dernière, il n'était probablement que capitaine.
Celui-là, il va nous donner du fil à retordre.
Il a eu le toupet de réquisitionner ma chambre.
C'est peut-être un mouchard.
Ce n'est pas impossible.
Il faut en avoir le cœur net.
J'ai l'insigne honneur de vous présenter vos codétenus.
Quoi ?
Les Généraux Armstrong,
Parsher, Rockambol, Roberts,
et Mayhow.
- Mayhew ! - C'est possible...
Que puis-je pour vous ?
On aimerait vous poser quelques questions, Frigg.
Pardon... général.
De quoi s'agit-il ?
Nous pensions qu'il serait amusant d'échanger des idées
sur la manière dont nous avons été capturés.
Je n'ai pas été capturé.
Je me suis constitué prisonnier.
Quoi ?
Nous devons vous croire ?
Je ne sais. Mais Ike le croit.
Comment, Ike ?
Le commandant en chef ?
Vous êtes de la même promotion. West Point, 1915..."Bull".
Vos amis vous appellent "Bull" ?
Certains...
Il m'a donné un message pour vous.
Il s'agit du temps de votre service militaire.
Vous devez vous souvenir de cette histoire.
C'était à l'époque...
Parlons affaires.
Nous ne sommes pas contents de vous.
Pas contents du tout.
Qu'entendez-vous par "nous" ?
Moi et Ike.
Vos excuses ne nous intéressent pas.
Ce sont les résultats qui comptent.
Et ça veut dire : mettre les voiles !
Rompez.
Rompez !
Harry Frigg, t'es un vrai général.
Si c'est une gardienne, je passe à l'ennemi.
Hé, tu travailles ici ?
T'es une bonne ou quoi ?
Approche.
Tu parles anglais ?
Moi : Harry.
Toi ?
Je suis général de brigade.
Général de brigade ?
Et toi ?
Moi pas général de brigade.
D'où venez-vous ?
Mais tu parles anglais !
Tu parles angl...
D'où je viens ?
Moi, grand chef de guerre.
Tombé d'un grand oiseau du ciel.
Tu comprends ?
Tu te paies ma tête ?
- Comment ? - Oh, merci.
De rien.
Tu es jolie comme une image, mais...
bête à pleurer.
Viens ici.
Grand chef guerrier aime petit déjeuner au lit.
Au lit ?
Toi m'apporter petit déjeuner au lit ?
Demain ?
- Je t'en prie. - Merci.
- Merci ? - De rien.
Excusez-moi, mon général.
- Qui est là ? - Pennypacker.
Que puis-je pour vous ?
Puis-je parler franchement ?
Allez-y, je vous ferai fusiller après.
Nous sommes quelques-uns à penser
que vous avez l'impression
que nous nous plaisons ici.
Eh bien, ce n'est pas précisément le cachot de Calcutta.
Nos tentatives d'évasion ont échoué.
On n'est pas doués pour ça.
- Vous êtes bons à quoi ? - Je suis avocat.
Assez connu.
Cox-Roberts est ingénieur.
Mayhew, administrateur.
Rochambeau, inspecteur des finances.
Et Bull Armstrong, officier d'intendance.
Mais pour cette sorte de choses, nous ne valons rien.
Alors, si parfois nous paraissons maladroits et ridicules,
n'oubliez pas que nous essayons de faire face
à une situation qui nous dépasse.
Bon. Je ne l'oublierai pas, Pennypacker.
Roscoe.
Le colonel Ferrucci a l'honneur d'exprimer à Son Excellence
le plaisir qu'il ressentirait à le recevoir
au dîner de fête de son arrivée, à 21 h moins 30.
Qu'est-ce qu'il raconte ?
Ferrucci donne un dîner en votre honneur, ce soir à 20 h 30.
Merci. C'est possible.
Son discours...
Clair comme de l'eau de roche.
Roscoe, vous êtes ici depuis trop longtemps.
C'est possible.
Messieurs,
le colonel me charge de vous annoncer
que le dîner est servi.
Madame la comtesse vient d'arriver.
Je vous prie d'excuser son retard.
Madame... qui ?
La comtesse di Montefiore. C'est sa propriété.
On l'a invitée ce soir en votre honneur.
Je dois dire qu'elle est diablement charmante.
Et agréable à regarder.
Messieurs, ne la faisons pas attendre.
Permettez-moi de vous présenter à votre hôtesse.
J'ai déjà fait la connaissance du général.
Pas possible ?
Il s'est présenté cet après-midi de la façon la plus plaisante.
J'ignorais que les Américains pouvaient être aussi amusants.
Je suis restée sidérée. Vous ne m'en voulez pas, général ?
Je suis pardonnée ? J'en suis bien contente.
Bon, puisque nous sommes entre amis,
allons dîner.
Puis-je prendre votre bras ?
Je vous en prie.
Merci.
De rien.
Comment avez-vous pu trouver des asperges de la vallée du Rhône ?
Ça n'a pas été facile.
Vous ne parlez pas français ?
Un peu...
Non.
D'ailleurs, il n'y a pas de raison. Excusez-nous.
Vous ne m'en voulez pas ?
Quel noble met...
Savez-vous que c'est Caton l'Ancien, qui vivait
au IIème siècle avant J.C.,
qui nous a appris
à cultiver l'asperge ?
Intéressant. Et que vous a-t-il enseigné ?
Il préconisait les crottes de mouton contre les mauvaises herbes.
C'est un repas délicieux,
comme on n'en trouve plus qu'en prison.
Laissez-moi vous poser une question.
Si vous deviez passer le reste de votre vie
dans un seul restaurant,
lequel choisiriez-vous ?
Un seul ?
Oui. Et pour que ce soit plus amusant,
vous avez 5 secondes pour répondre.
Un jeu de société ? Parfait.
Rochambeau, vous commencez ?
Je dirai chez Point, à Vienne.
Le London Chop House.
À Detroit.
Le Savoy à Londres.
Locke-Ober à Boston.
Mirabelle, de Curzon Street.
Cinq secondes, pas plus !
Même un restaurant local. Où habitez-vous ?
Dans le New Jersey.
Quel est le meilleur restaurant là-bas ?
Un petit bistrot, pas loin de Patterson.
Vraiment ?
Quelle est leur spécialité ?
Côtelette de veau.
Et votre sauce préférée ?
Je me contente de ketchup.
Général, vous êtes le dernier arrivé.
Voulez-vous porter un toast ?
Pas moi. Je passe.
Un toast du New Jersey ?
À la bonne vôtre !
Quelle femme charmante !
Et avez-vous vu ses yeux ? Absolument...
Charmants.
Fâcheux que personne ne puisse la raccompagner.
Harry, la comtesse vous cherchait.
Où étiez-vous, Harry ?
Harry ?
Et si vous disiez "général" ?
Et pendant que nous y sommes,
mettez-vous au garde-à-vous !
Voyons, Harry...
Ce n'est pas un toast, c'est un ordre. Garde à vous !
Vous voyez ce que vous êtes en train de devenir !
Vous avez beau vous y connaître en asperges,
c'est tout de même moi qui vais vous tirer de là !
Mais vous n'allez pas vous les rouler
pendant que je me creuse le ciboulot.
Vous aussi vous pourriez en fiche une secousse !
Une secousse ?
Vous êtes très forts aux jeux de société.
Cinq secondes... Combien de sentinelles ici ?
Eh bien, il y a Frederico, Bernardo...
J'ai demandé combien, pas qui !
Comment est la campagne par ici ?
Très belle en cette saison.
Je veux un rapport sur ces questions.
Et faites-moi des suggestions.
On s'y mettra dès demain matin.
Je le veux pour ce soir !
Je ne tiens pas à moisir dans ce trou !
Mais il est déjà tard.
Ce soir, vous m'entendez !
Parfaitement, mon général.
Je vais monter me reposer un peu. Qu'on ne me dérange pas.
Dîner avec des altesses, ça me vide.
Quelle mouche l'a piqué ?
Aucune idée !
Il y a bien une vieille expression française...
Elle n'est pas assez forte pour lui.
Vous ne devez pas être à votre aise. Entrez donc.
Je peux vraiment ?
Vous n'allez pas me violer ?
Je ne pense pas.
Vous allez vous évader ?
Passionnant ! Puis-je regarder ?
Regarder ? M'évader ?
C'est déjà fait.
Cette maison est hors de l'enceinte.
Pas possible...
La porte est en bas, à droite.
Vous ne m'en empêchez pas ?
Général, je suis comme la Suisse et la Suède :
Neutre.
Quand mon mari est mort, j'ai conclu une paix séparée.
Je ne suis plus en guerre.
Personne ne semble l'être ici.
Les autres savent-ils que vous n'êtes pas général ?
Non, ils ont tout gobé.
J'ai connu pas mal de généraux.
Ils se conduisent différemment.
Mais je suis général !
En quoi se conduisent-ils différemment ?
Qui ?
Les vrais... Les autres généraux.
Ces généraux si versés en gastronomie...
Moi, j'ai eu un trou de mémoire, c'est tout.
Il fallait le dire.
Vous m'avez rendu nerveux.
Vous n'avez pas l'air de quelqu'un que les femmes énervent facilement.
Je n'ai pas connu beaucoup de comtesses.
Une ou deux, mais rien de sérieux.
Vous étiez plus à l'aise
quand vous m'avez prise pour une bonne.
"Grand chef guerrier tombé du ciel..."
Ça vous fait plaisir ?
Quoi donc ?
De me traiter en minable.
Je ne vous traite pas en minable.
Alors pourquoi je me sens minable ?
Quel piètre général...
Vous ne devriez pas dire ça.
Je sais. Je le regrette.
Vraiment, ce n'était pas gentil.
J'ai dit que je le regrettais.
Moi non plus, je ne suis pas un vrai général.
Que voulez-vous dire ?
Je n'ai fait qu'épouser un comte.
Ma promotion est donc récente.
C'est pourquoi j'ai vu clair.
Moi non.
Vous êtes encore dans la peau d'un 2ème classe.
Moi non.
Et pourquoi ?
Cela ne s'apprend pas.
Il faut le sentir,
c'est une question... d'assurance.
Donnez-moi un exemple.
Un vrai général
verrait en moi la femme, non la comtesse.
Vous, vous ne me traitez pas en femme.
C'est facile.
J'ai dit assurance, pas insolence.
Ce n'est pas bien ?
C'était grossier, irrespectueux
et surtout inutile.
Ni vous ni moi n'avons éprouvé de plaisir.
Parlez pour vous.
C'est impossible que vous en éprouviez seul.
Un bon point pour vous.
Combien de temps me faudrait-il pour devenir comme vous dites ?
Ce n'est pas une question de temps.
Supposons que si.
Pour vous apprendre les finesses,
vous familiariser avec elles,
développer votre assurance ?
Mais vous avez trouvé une sortie. Vous n'allez plus rester longtemps.
Bonne nuit.
Bonne nuit, général.
Appelez-moi donc Harry.
Première leçon :
Un général qui, tard dans la nuit, quitte la chambre d'une comtesse
lui baise la main.
Bon, je m'y exercerai.
Avec qui ? Le général Pennypacker ?
Pas très réussi, hein ?
De l'assurance, Harry, cela viendra.
Bonne nuit, mon chou.
Bonjour, les amis !
Ne vous dérangez pas. Ne faisons pas de manières.
J'ai dormi comme un loir. Quel lit... Quelle belle matinée...
En effet, général.
Général ? Appelez-moi donc Harry. C'était entendu, non ?
Eh bien... Harry, le rapport est prêt.
On n'a pas fermé l'œil de la nuit.
Prenez du lait chaud avec une larme de gin.
Voici la position et l'horaire des gardes.
À vous de donner le feu vert.
Parfait, Bull, parfait.
Savez-vous déjà comment on va s'y prendre ?
S'y prendre ?
Pour l'évasion, que diable !
Une évasion ne se prépare pas en un tour de main.
Ça demande du temps.
Mais ce ne sera plus long, n'est-ce pas ?
Vous êtes comme moi, vous ne tenez plus en place.
Mais vous n'êtes pas encore prêts.
Comment ça ?
Cette bedaine que vous promenez partout...
Je m'en accommode fort bien.
Vos amis sont un peu ramollis.
Ramollis ?
Rentrez le ventre !
Les épaules en arrière ! Tenez-vous droit !
Les asperges... comme vous les avez demandées.
La table est mise selon vos indications.
Ah, très bien.
Vous attendez des invités, Excellence ?
Non, mais j'aime les tables bien mises.
Si vous avez besoin de quoi que ce soit...
cigarettes, flocons d'avoine...
J'y penserai.
Kleenex, lames de rasoir, confitures...
- Je vous le ferai savoir. - "Ficelles".
Dans le New Jersey, nous avons un fameux bistrot
où l'on mange des asperges.
Pas aussi savoureuses que les vôtres.
Merci, mon général.
Regardez ce que j'ai trouvé à la cave.
La dernière bouteille de Château Latour 1932.
Je vous en verse ?
Non, merci.
Du Château Latour 1932 !
- Et alors ? - Mais, mon général...
Ce bouquet...
Cette fragrance...
Il faut goûter ça.
C'est votre dernière bouteille.
Quand le vin est tiré, il faut le boire.
Si vous ne l'aimez pas, il ne sera pas perdu.
En effet, quel bouquet, quelle... fragrance...
Château Latour 1932...
Pas mal du tout.
Va pour John Donne : "Le Lever du jour".
"Oui, le jour pointe.
"Tu veux me quitter ?
"Nous séparer Parce qu'il fait jour ?
"Nous nous sommes couchés à la nuit tombée."
Mon petit Harry !
Ne vous dérangez pas.
Salut. Que se passe-t-il ?
Ça y est. Nos amis tiennent la forme.
Francis va jusqu'à 30 flexions des genoux.
- Formidable ! - Pas à la suite.
On risque d'être surentraînés.
Deux rudes semaines.
Deux semaines ? Trois jours.
Non, deux horribles semaines...
Nous sommes fin prêts.
- Pour l'évasion ? - Si vous avez trouvé un moyen.
L'avez-vous trouvé, Harry ?
Ce n'est pas un poulailler ici, mais une forteresse.
J'ai pensé, Harry... S'il y avait...
un passage secret ?
La noblesse italienne en était férue.
C'était parfait pour la bagatelle.
Pas bête comme idée. Je... J'y penserai.
Pensons-y tous et ça ira vite.
Non, non, c'est mon boulot. On m'a envoyé pour ça.
Pour vous aussi, il y a du pain sur la planche.
Plus d'exercices, j'espère... ou je deviendrai M. Muscles !
Pour être prêts, on l'est !
Dites-moi un peu...
Dans quel pays sommes-nous ?
En Italie, non ?
Et quelle langue parle-t-on en Italie ?
Des leçons d'italien ?
À partir de demain.
Je vous remercie du fond du cœur
pour vos leçons d'anglais.
Tout le plaisir est pour nous, Carlo.
Allez-y, un autre mot...
Garde frontières...
Passons au mot suivant.
Ça veut dire ?
Vous savez, ces types qui regardent votre passeport
et fouillent vos bagages. En italien, c'est...
Comment ?
Cramponnez-vous ! Vous ferez des progrès.
L'expression suivante :
Pour aller en Suisse ?
Mais ça fait 4 semaines, capitaine.
4 semaines qu'il est parti !
Et pas un mot. Pas le moindre signe de lui.
Faites quelque chose !
Ici, pour s'évader, il lui faut 20 minutes !
Mais là-bas... Prenez note.
Qu'on fasse une enquête approfondie !
Qu'on introduise chez nous les méthodes italiennes !
Mon général, je vous avais dit...
Assez de "Je vous avais dit".
C'est agaçant au possible.
Ce n'est probablement pas sa faute.
Ça ne m'étonnerait pas que ces galonnés
le retiennent là-bas.
"J'ai commencé mon règne vaillamment.
"J'ai commencé mon règne vaillamment.
"J'espère le mener à bonne fin.
"Mon faucon au regard perçant
"n'a pas encore fondu sur sa proie...
"J'ai un autre moyen...
"J'ai un autre moyen de dompter mon bel oiseau sauvage.
"Je lui apprendrai à reconnaître la voix de son maître.
"Et il lui faudra bien l'écouter...
"Elle n'a pas dormi.
"Je trouverai quelque défaut à la manière dont le lit est fait..."
- On voudrait vous parler, Harry. - De quoi s'agit-il ?
Ça fait 5 semaines...
5 horribles semaines !
Pourquoi toujours ces calculs ? Je sais compter.
Nous aussi, Harry, même en italien.
Il faut s'évader, sinon on s'enlise.
Quand le commandant en chef m'a confié
cette mission...
Plus de boniments, Harry.
On y va ou on n'y va pas ?
On y va.
Alors dites-nous quand.
Vous avez trouvé un moyen ou non ?
Je voulais vous en faire la surprise.
Mais vous avez tout gâché.
Sensationnel, Harry !
Pourquoi pas ce soir ?
Encore faudrait-il connaître la meilleure direction.
Les nôtres ont débarqué dans le Sud. Allons par là.
Traverser tout le front allemand ? Très peu pour moi.
Allons vers la côte.
Et ensuite ? À la nage ?
- Alors il ne reste que la Suisse. - Oui, direction nord.
Pas à pied, j'espère ?
Il y a un train pour Côme ou Stresa. Avec un peu de chance...
Bon, par le train. Qui est pour ?
Contre ?
Adopté.
Alors c'est d'accord. Départ ce soir.
D'accord, Harry ?
- C'est pour ce soir ? - Je crains que non.
Nom de Dieu, Harry ! On est fin prêts !
Ah oui ? Eh bien...
Où se trouve la gare ?
Ce train, est-ce qu'il part tous les jours ?
Je suppose.
- Et à quelle heure ? - Probablement à...
Est-il direct ou faut-il changer ?
Comment le saurais-je ?
À quoi bon toutes ces questions. On n'a pas les horaires.
Je vois où vous voulez en venir.
Excusez-moi.
Si vous frappiez la prochaine fois ?
Si vous préférez, je peux attendre dans la cheminée.
Bon, ça va.
Avez-vous un indicateur ?
Pour votre évasion ?
Non, pour lire de l'italien.
Vous savez que je suis neutre.
Je ne vous aiderai pas.
Vous voulez que je reste ?
Il y a une gare au village.
Et si un costume de mon mari vous va...
Si vous pouviez me dire sans violer votre neutralité,
comment on dit indicateur en italien ?
Pas si vite.
J'ai compris.
Eh bien, qu'attendez-vous ?
Un indicateur, s'il vous plaît.
Vous ne vouliez pas m'aider.
C'est ce que je croyais.
Ne rentrons pas tout de suite. C'est joli ici.
Si on se promenait un peu ?
Ce n'est pas trop risqué ?
Tant que je suis avec vous...
On dirait que la guerre aspire les jeunes gens.
Vous êtes bizarre. Qu'avez-vous ?
Rien.
Vous avez quelque chose sur le cœur.
Qu'allez-vous faire, Harry ?
Quand vais-je m'évader ? Je l'ignore. Bientôt, je pense.
Je croyais que nous nous ressemblions.
Tous les deux, nous vivons au-dessus de notre condition.
Mais il y a tout de même une différence.
Ah oui, laquelle ?
Ne pas assumer les responsabilités de son grade,
ça ne se fait pas.
Comment ? Je me défends comme général.
Vous aimez cette vie.
Mais vous ne serez jamais général
sans en accepter les responsabilités.
Vous déciderez-vous un jour, Harry ?
Septembre et octobre pour tout mettre au point
et novembre pour faire bonne mesure.
Pourquoi pas demain ?
Vraiment, demain ?
Oui, vraiment.
J'avais mis un peu d'argent de côté pour faire des études.
Quand je suis allé le chercher,
à la place de la banque, il y avait un garage.
Cela arrive aussi ici.
Puis j'ai travaillé dans un bowling,
fait du porte à porte et fréquenté les cours du soir.
À la fin, je travaillais pour une chaîne de radio.
Et quand tout allait bien, on m'a refait le coup.
- Quel coup ? - Le contingent.
Le tirage au sort.
Je n'ai jamais eu de chance.
Une fois de plus, j'étais bon comme la romaine.
La guerre ne durera pas toujours.
Quand je serai de retour, les tire-au-flanc,
les embusqués auront fait leur beurre.
Quand ils vous ont repéré, on n'y coupe pas.
Que voulez-vous dire par "ils" ?
Les types qui retirent l'échelle quand ils sont arrivés.
Pourquoi êtes-vous en rogne ? Vous êtes fort, sain, vivant.
C'est rare de nos jours.
Vous avez plus de chance
que la plupart des gens que je connais.
Demain ?
Vraiment demain ?
Vous auriez pu nous le dire, Harry.
C'est fait.
Vous préférez peut-être un jour de la semaine prochaine ?
Demain, c'est parfait.
J'ai tout prévu.
Enfin...
Notre train part juste après minuit.
Et il arrive à 3 h 16 à Crémone.
Là, nous prenons le train de 3 h 24 pour Stresa.
Oui, Stresa, sur le... euh...
Lac Majeur.
Le soir, nous traversons le lac et nous serons en Suisse.
Des questions ?
Alors, rendez-vous chez moi, à 10 h.
À 22 h, Harry.
10 h, c'est suffisant.
Messieurs, j'ai une nouvelle merveilleuse !
Quoi ? La guerre est finie ?
Non, ce n'est pas ça.
Je suis promu... général !
Formidable !
Et cela grâce à vous tous.
Nous tous ?
Nous avons moins d'évasions que partout ailleurs.
Tant mieux si on a pu se rendre utiles.
Ma promotion sera effective après-demain à partir de minuit.
Pour la célébrer, je vais donner une petite fête.
Malheureusement, nous devons nous absenter.
Toujours le mot pour rire. Je suis sérieux.
Je vous promets une soirée à tout casser.
Et à minuit.
C'est un moment spectaculaire de fierté
et je me permets, vu votre personnalité...
Merci, Rossano.
Et imaginez, la guerre finie...
Imaginez...
on continuera à m'appeler général.
Ma mère, la sainte femme.
Elle sera fière de moi.
Excusez-moi, je vais tout préparer pour la soirée.
Mes chers amis...
Après-demain, il y a un train direct pour Stresa.
Le jour même de notre départ, il ne sera plus général.
Au moins il l'aura été une fois dans sa vie.
Et laissez-moi vous dire que ce n'est déjà pas mal.
Alors, départ après-demain. Qui est pour ?
Adopté...
Que faites-vous ici ?
Je pars demain.
Il vaut mieux que je ne sois pas là
puisque vous allez vous servir de ma chambre.
Écoutez...
Oui, je sais, vous restez encore.
Un seul jour. On ne pouvait pas faire ça à Ferrucci.
Et jouer une fois de plus au général lors d'une petite fête.
Je serai formidable. Château Latour 1932...
Dommage que vous ne soyez pas là.
C'est pourquoi je suis venue vous dire au revoir.
Vous ne m'aviez pas dit...
que le passage aboutissait ici.
Vous l'avez constaté ? Comme ça on ne perd pas de temps.
Je vois.
Je vous fais une démonstration ?
Étonnant...
Incroyable, non ?
Comment l'avez-vous découvert ?
Je suis expert...
Je vois...
Comment dire au revoir ?
Vous ne l'avez jamais dit ?
Jamais à une comtesse.
Il doit y avoir
une manière particulièrement élégante et raffinée.
En effet.
Et croyez-moi, Harry...
c'est la manière la plus élégante
et la plus raffinée.
Mes félicitations, Enrico.
Jamais je n'ai mangé perdreau aussi savoureux.
J'ai l'impression de m'être surpassé.
Seulement, le vin que vous avez choisi,
un pommard.
Je me demande si un bordeaux
n'eût pas mieux convenu.
Vous avez peut-être raison.
Jusqu'à minuit, je suis encore colonel.
Excusez mon intrusion.
J'ai vu des lumières
et entendu de la musique.
Commandant von Steignitz.
Le lieutenant Gruber, mon adjudant.
Puis-je me permettre
de faire remarquer que consécutivement à notre présentation
il s'avère nécessaire...
Je vois que vous avez des hôtes distingués.
Mes prisonniers, tous généraux.
Enchanté.
Voulez-vous être des nôtres ?
Il me semble que c'est chose faite.
Vous vous plaisez en Italie ?
Oui, et vous ?
Bien sûr. C'est un pays fait pour les étrangers.
C'est même dommage de le laisser aux Italiens.
C'est ce que les Allemands pensent de pas mal de pays, non ?
Mais je ne suis pas un fervent de leur musique.
Vivaldi, d'accord. Mais Bach...
c'est tellement mieux !
Vos musiciens jouent du Bach ?
C'est que...
Si vous préférez...
Un instant...
Le colonel aime Vivaldi
et après tout, nous sommes tous deux ses invités.
Peut-être un jour me ferez-vous l'honneur d'être mon invité.
Ce serait m'obliger à faire une chose que je regretterais.
C'est-à-dire ?
Écouter Bach.
Elle est bien bonne !
Minuit !
L'heure de gloire est arrivée !
Rossano, faites les honneurs !
Félicitations !
Félicitations, Enrico.
Je vous remercie.
Très réussi, Enrico !
Ma promotion prend effet !
C'est un général qui vous parle !
C'est cette promotion que nous célébrons.
Je vous félicite !
Il nous faut du champagne.
Le général Ferrucci n'était pas le seul à attendre minuit.
"Le mercredi 8 septembre 1943 à minuit,
"les forces militaires italiennes se sont rendues sans condition
"aux ennemis de l'axe."
Mais... je viens d'être promu général !
"C'est pourquoi notre führer vient de décréter que tous les territoires
"dépendant du gouvernement italien passeront
"sous la juridiction du IIIème Reich."
Vous êtes mes prisonniers.
Préparez-vous à partir.
Général Ferrucci,
vous remettrez vos armes et resterez avec les autres.
Général Frigg,
il semble que vous entendrez Bach plus tôt que prévu.
Je m'excuse de ce voyage peu confortable.
Vous aurez la journée et la nuit pour récupérer
disons... votre bonne humeur.
Ensuite, les affaires sérieuses.
Quelles affaires ?
Vous ne serez pas détenus dans ce camp.
C'est un centre de triage allemand
pour officiers à partir du grade de capitaine.
Combien de temps resterons-nous ici ?
Le temps nécessaire.
Le dernier groupe s'est montré très coopératif
et a pu partir très vite.
Le temps vous semblera peut-être long,
mais cela ne dépend que de vous.
Écoutez...
- Commandant Steignitz... - Von Steignitz.
Permettez-moi de vous rappeler la Convention de Genève
signée par votre pays le 27 juillet 1929.
La Convention de Genève ?
Article 5, paragraphe 2.
"Aucun renseignement ne devra être obtenu en usant de contrainte."
Vous semblez être versé dans cette matière.
- Permettez ? - Certainement.
Je me demande ce qu'on a pu vous raconter sur nous.
Probablement que nous sommes tous nazis.
Laissez-moi vous dire que c'est faux.
Il n'y a que peu de nazis.
Ils font simplement leur devoir,
comme vous, messieurs.
Ceci étant dit,
sachez que moi,
précisément, je suis un nazi.
Je l'ai toujours été et je le serai toujours.
Alors, votre Convention de Genève...
Notre Convention régissant les camps de prisonniers.
Art. I :
"Tout contrevenant à un ordre
"sera fusillé immédiatement."
Article Il...
Il n'y en a pas.
L'article l suffit à tout.
Et pas question d'évasion.
Si vous voulez me suivre.
C'est un ordre, messieurs. N'oubliez pas l'article I.
Les gardes que vous voyez ont été choisis soigneusement.
S'il l'avait raté, c'eût été la Russie.
Le jour, vous serez surveillés de près
et la nuit, inspectés tous les quarts d'heure.
De plus, les mitrailleuses et les projecteurs des miradors
balaient tout l'intérieur de l'enceinte.
Le grillage est en barbelés,
précaution d'ailleurs superflue.
Le courant passe 24 heures sur 24, sous mon seul contrôle.
Si vous essayiez de creuser un tunnel,
sachez que des mines ont été posées
sous le grillage à différentes profondeurs.
Vous pourriez creuser avec vos ongles,
mais si les interrogatoires traînent,
vous n'en aurez peut-être plus.
J'en ai ma claque ! Je reprends mes billes !
Ce n'est pas du jeu ! Ma place n'est pas ici !
Comment ça, général ?
Voyons, de la tenue !
De la tenue ?
Vous en avez de bonnes ! Demain ils vont s'y mettre.
Et en avant les rasoirs et les fouets !
Et les brûlures de cigarettes !
Vous, si vous flanchez, vous crachez le morceau.
Mais moi, je n'ai rien à leur dire.
Je ne suis pas général !
Je ne suis qu'un minable 2ème classe !
Expliquez-vous, général.
Je ne suis qu'un 2ème classe. On m'a envoyé ici
pour aider ces types à se sortir de là.
Parce que je sais jouer la fille de l'air.
Plus de général. Je me présente...
2ème classe Frigg.
Reprenez-vous, mon vieux.
Si cela est vrai,
vous serez transféré dans un stalag.
Diable, bien sûr que c'est vrai. Demandez à Ike.
Il vous le dira.
Désolé, les gars, mais ce n'était pas prévu au programme.
Plus d'autres confessions ?
On va vous montrer vos quartiers.
Et savourez votre petit déjeuner.
Il n'y aura ni déjeuner ni dîner.
Messieurs, veuillez me suivre.
Ce fils de chien m'a volé ma montre !
Vous avez chronométré ?
9'40" depuis le dernier contrôle.
Tous les quarts d'heure ? Ils viennent quand ça leur chante.
Dans toutes les armées, c'est pareil, mon vieux.
Il faut tâcher de trouver un moyen pour s'évader au plus vite.
Qu'aurait fait Harry ?
Harry ? N'y pensez plus.
Il n'était pas officier.
Vous le saviez, vous ?
Non, mais ils se trahissent toujours.
Il avait quelque chose de pas ordinaire.
Il nous a fait drôlement marcher.
Ses étoiles y étaient bien pour quelque chose.
La mienne ne m'a pas servi autant.
Dépêchons-nous.
Vos propositions ?
Pas de tunnel. Je suis allergique aux mines.
Reste le grillage.
S'il n'était pas électrifié...
Mais il l'est. À moins qu'on ne puisse le court-circuiter.
Il s'agit de trouver le transfo.
Il ne peut être loin.
Il faut faire diversion ici.
Quand le courant sera coupé, ceux qui sont encore valides
se précipiteront vers le grillage, ici.
À combien estimez-vous nos pertes ?
25% environ.
Au moins.
Que dites-vous ? 25% d'entre nous ?
Ça ne fait qu'un général et demi.
Personne ne vous oblige à y aller.
Si c'est la fraction qui vous gêne, restez.
C'est à cause de votre promotion que nous sommes dans le pétrin.
Ah non, c'est trop facile ! Si vous vous étiez évadés plus tôt
je n'aurais pas été promu général et je ne serais pas ici !
Ceux qui sont pour le grillage ?
Vous pouvez voter.
Le plan est adopté.
Où allez-vous ?
Il faut bien localiser le transfo.
J'y vais.
- Je suis volontaire ! - Non, moi. À moins que...
Bon, soyez prudent.
Attendez que la lumière soit passée.
C'est du suicide !
Devrions-nous attendre la fin de la guerre ?
Ou que nous tombions aux mains des Japonais ?
Quelqu'un vient. Couchez-vous !
Le lit d'Armstrong !
Ça passera peut-être inaperçu.
Chaud les marrons !
Qui joue à cache-cache ici ?
Salut, les gars !
Comment avez-vous ?
Pas facile de sortir,
mais pour rentrer, c'est un jeu d'enfant.
Surtout quand on est nippé en conséquence. Ça vous plaît ?
C'est bien coupé, hein ?
Eh bien, qu'y a-t-il ?
Vous ne m'attendiez pas ?
- Où est Bull ? - Il cherche le transfo.
Il ferait mieux de ramener sa fraise,
sinon, il va bousiller notre plan.
Quelque chose de concret ?
Oui, si vous acceptez les ordres d'un 2ème classe.
Même d'un civil s'il le faut.
Et vous autres ?
On marchera, Harry.
On vient !
Ce n'est que moi.
- Alors, ce transfo ? - Il est tout contre les feuillés.
Évidemment...
Ça, alors ! Comment avez-vous fait ?
Plus tard. Le temps presse.
Que faites-vous ?
Aidez-moi et mettez ça sous votre matelas.
Puisque vous revenez, pourquoi êtes-vous parti ?
Ici, ils avaient 7 types à surveiller.
Sans moi, ça ne faisait plus que 6. Je suis donc disponible.
Que faut-il faire ?
Rien. Tant qu'ils ont leurs 6 bonshommes
je suis libre de mes mouvements.
Et c'est une bonne chose.
Ne partez pas !
Drôle d'animal.
- Qui a de l'embonpoint ? - Moi, hélas.
Mais où trouvez-vous tout ça ?
Vous allez en chiper pour nous tous ?
Pour moi, un col assez large. Je transpire.
Je m'en doutais.
- Les gardes ! - Encore une inspection !
Il y en a un de trop !
Six...
Tout va bien.
Tout est en ordre ?
Oui, mon commandant.
Gardez-le. Nous sommes pourvus.
Je m'embrouille là-dedans. Je suis fourbu.
- Et ensuite, Harry ? - Le transfo.
Il est gardé.
Combien d'hommes ?
Un seul. Mais la porte est fermée à clé.
Attendons qu'il soit endormi.
- Qui ? - Steignitz. Il a la clé.
Comment vous y prendrez-vous ?
C'est à n'y pas croire ! Il dort...
Il a éteint.
Harry, il a éteint !
J'en ai écrasé, hein !
Vous savez ce que vous avez à faire ?
Après le prochain contrôle,
vous mettez les uniformes et vous attendez.
Quand il n'y aura plus de jus, ils vont se remuer le train.
Bien entendu, ils s'amèneront d'abord ici.
Tenez, les pinces coupantes.
Où les avez-vous eues ?
Au "PX". On trouve de tout. Lames de rasoir, amuse-gueule,
escalopes viennoises. Où en étais-je ?
- Au grillage. - Ah oui.
Quand la lumière s'éteindra,
vous foncerez vers l'endroit choisi. Et la suite, comme convenu.
Entendu, général.
Vous avez dit "général" ?
Oui... Et merci, général !
Eh oui, ça vous colle à la peau.
Bonjour !
Vous étiez couché sur le vibreur, idiot !
Si je vous dis que vous étiez couché dessus,
vous l'étiez, compris ?
Un de ces jours, je vais tuer ce c... c...
ce crétin !
Tu n'y arrives pas ?
Je vais t'aider.
Que se passe-t-il ?
Le grillage est troué !
Ils ne peuvent pas être loin.
Une patrouille vers le bois, une autre vers le fleuve.
Les autres, aux voitures. Et que ça saute !
Allons, grouillez-vous !
Taisez-vous !
Belle tentative ! Mais vouée à l'échec.
Et vos camarades n'iront pas loin.
Qu'est-ce que vous pariez ?
- Épatant, ça a marché ! - Comme sur des roulettes.
Harry, vous êtes un génie !
Alors, quoi, vous êtes général ou 2ème classe ?
Les deux à la fois.
- Qu'allons-nous faire de lui ? - Gardons-le comme otage.
Débarrassons-nous-en tout de suite.
Votre avis ?
L'un ou l'autre, peu importe.
Et vous, Harry ?
Un nazi mort, c'est tentant.
Adopté à l'unanimité.
Qui parle de nazis ?
Je ne suis pas nazi.
Je suis... suisse.
J'ai toujours été suisse et je le resterai.
SIX MOIS PLUS TARD
Vous ne me demandez rien ?
Vous demander quoi ?
Pourquoi je vous ai gardé sous ma houlette.
Encore un de ces coups en vache.
Alors je ne suis pas pressé de savoir.
Je ne peux même pas vous donner un ordre.
C'est encore pire.
Nous allons installer des chaînes de radio des Forces Armées
dans toute l'Europe.
J'ai vu dans votre dossier que vous avez fait ce genre de travail.
Vous pourriez vous en charger pour l'Italie du Nord.
- Vous plaisantez ! - Non.
Nous cherchons l'endroit où l'installer.
- Il y a anguille sous roche. - Je vous assure que non.
Ce n'est pas un sergent qui pourrait s'en charger.
Que diriez-vous d'un... sous-lieutenant ?
Alors, Harry, vous acceptez votre affectation ?
Nom de Dieu, Homer... Les amis, c'est fait pour quoi ?
Ça y est, les gars... On y est.
Ai-je le temps de monter un instant ?
Oui, nous disposons de quelques minutes.
Bonjour, comtesse.
Bonjour, général.
Pas tout à fait. Sous-lieutenant...
d'ici deux semaines.
Que faites-vous là ?
Que signifie tout ce désordre ?
Les temps sont difficiles.
Merci d'avoir donné signe de vie.
Et les autres ? Vous les voyez ?
Ils sont toujours généraux.
Bien sûr.
J'ai eu tellement peur...
Moi aussi.
Je me disais, si je ne suis pas général...
Pouvez-vous rester ?
Un instant seulement. Nous cherchons un endroit
pour installer un poste émetteur.
J'ai trouvé l'endroit !
Je descends !
Parfait, Harry !
Il croit avoir trouvé l'endroit.
Nous organiserons ça en un rien de temps.
Nous les ferons casquer.
Vous irez dans la maison du gardien.
Avec tous les types qui vont traîner par ici...
Dans la maison du gardien on sera très bien.
Ah, j'y pense, je vais faire condamner la cheminée.
Oui, finies les surprises !
Épouser un sous-lieutenant, c'est une mésalliance, mais...
Je vais me voiler la face.
J'aurai vite fait de récupérer mes étoiles.
Il faut remettre ce Tintoret à sa place.
J'en suis resté baba.
Mon général, je vous présente
la comtesse Francesca Maria Eugenia Donatello di Montefiore... Frigg.
FIN
Sous-titrage TVS - TITRA FILM
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