All language subtitles for La Fille du Puisatier.(Marcel Pagnol.1940).French.Nd2

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Original subtitles

Vous voulez traverser le ruisseau?

Apeur�e? C'est moi qui aurais d� avoir peur

car je p�che � la main et c'est d�fendu.

Venez, je ne suis pas un sauvage.

Moi non plus. Vous savez, vous ne m'effrayez pas.

J'ai juste demand� si vous vouliez traverser le ruisseau.

Il est � vous?

II traverse les champs de mon p�re.

Les pierres et le sable sont peut-�tre � vous.

Or un ruisseau, c'est de l'eau qui passe.

Et l'eau, � qui est-elle?

A moi quand elle passe chez moi.

Cette terre, ce n'est pas chez vous.

M�me si elle vous a co�t� cher.

Et pourquoi?

Car vous ne la cultivez pas.

Mon grand-p�re l'a cultiv�e,

mais mon p�re n'�tait pas paysan.

Alors il a interdit qu'on y travaille.

Il voulait s'en faire une chasse gard�e.

N'essayez pas de d�faire ce noeud. Il est trop serr�.

Mon p�re attend son repas. Je dois traverser.

Ce sera facile, si vous permettez.

Levez-vous.

Prenez votre panier.

Merci.

Maintenant, dites-moi qui vous �tes.

Bonjour, Patricia.

Ne vous approchez pas. Les mines vont partir.

Bonjour. Ne vous avancez pas, les mines vont sauter.

Y en a beaucoup?

Quatre. Y a pas grand danger.

Le puits a 12 m et les mines sont au fond.

Les pierres sauteront pas de c�t�.

Mais des fois, il y a 2 ou 3 folles qui montent � 50 m en l'air

et va savoir o� elles retombent.

Oh l� l�! Celle-l�, elle �tait bonne.

Elle a d� bien travailler.

Celle-l�, elle a foir�.

Oh l� l�!

Celle-l�, elle est bonne, elle est bonne!

Elle nous a fait au moins 6 brouettes.

C'est fini.

Pascal! Et la troisi�me mine?

Elle a cagu�.

C'est de ma faute.

C'est de ma faute.

J'ai fait un trou. S'il y avait eu de la pierre derri�re,

la poudre se serait appuy�e dessus et tout aurait saut�.

Mais il y avait du mou. Alors la mine a cagu�.

Oh, tu as mis la nappe!

H�! Et vous avez mis un couvert pour moi?

Oui, parce que c'est ma f�te, aujourd'hui.

- C'est vos 18 ans? - Tout juste.

Et j'ai fait une surprise au p�re.

Qu'est-ce que c'est?

La polenta! Oh, Sainte Vierge!

Pour descendre, �a ira. Mais pour remonter...

Avec le treuil et la poulie, on remonterait les morts.

V�! V�, la daube!

�a vaut la peine de se tailler des cure-dents.

Alors, fille, c'est ta f�te, aujourd'hui?

Eh oui, p�re, le 21 avril.

Je me rappelais plus.

�a, c'est pas gentil. Si j'avais su...

C'est des choses qu'on se rappelle pas, �a.

Les hommes ont d'autres soucis.

- Tu manges avec nous? - Pas le temps.

C'est votre f�te et vous faites les cadeaux?

Si mon p�re ne m'avait pas donn� la vie, ce serait pas ma f�te.

J'aurais d� apporter du vin bouch�.

Non. J'aime pas le vin vieux.

J'aime que celui-l�. C'est le meilleur.

C'est le meilleur, oui.

Il avance, votre puits?

Ben, tu sais, doucement. On a trouv� la pierre bleue.

Il y aura beaucoup d'eau?

C'est une source. Dans 2 m, on aura les pieds mouill�s.

L'eau arrive grosse comme mon doigt.

La montre me l'a dit. Elle se trompe jamais.

Moi, il me semble qu'on va passer � c�t�.

Il te semble quoi?

Que l'eau coule plus que ce que vous dites.

Mais on va passer � c�t� car elle est � 2 m sur la gauche.

Et qui te l'a dit?

- La baguette. - La baguette?

Tu m'as l'air baguette! La baguette, c'est une femme.

M�me dans la main d'un vieux, elle bouge, elle se tortille,

elle danse comme une pute.

Moi, j'en ai honte.

La montre, �a, c'est quelque chose.

Les capitaines de la mer pourraient rien faire sans elle.

La montre, c'est une personne.

La montre te donne l'heure.

Elle sait l'heure et o� il y a l'eau.

La montre, c'est bon et �a ne ment pas.

Oui, �a, c'est vrai.

- Adieu, ch�rie. - Au revoir.

Tu t'en vas, alors?

Oui. Les petites soeurs m'attendent.

T'as de bonnes choses pour la maison?

J'ai fait la polenta pour tout le monde.

Au revoir, F�lipe.

Au revoir, Patricia. Et merci. Merci encore.

- Et bonne f�te. - Merci.

- Adieu, ch�rie. - Au revoir.

Pascal, vous voulez que je vous le dise?

Votre fille est aussi brave que ce qu'elle est belle.

Ah, tu peux le dire, va.

Et personne lui a souhait� la f�te.

Moi, la date, je la savais pas. Mais vous, vous la saviez.

Oui, mais moi, j'ai oubli� qu'aujourd'hui, elle a 18 ans.

Moi, j'ai oubli� que le 21 avril, c'�tait un dimanche,

qu'� la pointe du jour, sa m�re m'a dit:

"Pascal, je crois que je vais faire le petit."

Je lui dis: "Va, ne t'�motionne pas et puis, fais-le.

"Plus vite ce sera fait, plus vite ce sera fini."

Et je me suis lev�

et je lui ai laiss� le lit pour elle toute seule.

Et puis nous avons fait une petite pri�re � la Sainte Vierge

et je suis all� r�veiller les voisines.

Puis je suis all� me promener dans le jardin

et j'entendais ma femme qui criait.

Alors, je suis all� voir les lapins.

Il y avait justement une m�re qui faisait ses petits

pendant que ma femme faisait le mien.

Et puis, on m'a appel� parce que l'enfant venait de na�tre.

Et tout � coup, le coq, il s'est mis � chanter.

Et voil� pourquoi j'ai oubli� qu'elle a 18 ans,

j'ai oubli� qu'aujourd'hui, c'est sa f�te.

C'�tait une finesse?

Eh oui, c'�tait une finesse.

Je le savais, j'avais pas oubli� le jour o� elle est n�e.

Mais il faut bien faire une surprise.

Vous lui avez achet� un cadeau?

Un tr�s beau cadeau.

J'ai donn� 40 F � sa soeur Amanda

pour qu'elle ach�te un chapeau � Paris-Chapeaux.

Mais pas un de ces chapeaux tout poussi�reux

command�s depuis 10 ans.

Non, un beau chapeau qui est dans la vitrine.

Para�t qu'il y a un oiseau.

C'est Amanda qui me l'a dit.

Moi, les chapeaux, je suis pas fort.

Surtout les chapeaux de femme.

On lui donnera ce soir. C'est la surprise.

C'est pour �a que j'ai jou� la com�die.

C'est un joli cadeau pour une jeune fille.

Surtout que demain, c'est dimanche et que...

Quand l'enfant est n�,

on m'a appel�.

Je suis arriv� en courant

et on m'a fait voir le b�b�.

Il �tait rouge

comme une �crevisse qu'on va manger.

Ah, j'�tais content... Et puis, malheur!

II avait pas de quiquette. Alors j'�tais pas content.

Pourtant, une fille, c'est joli aussi.

Oui, c'est joli,

mais on sait pas son nom tant qu'elle est pas mari�e.

Et la m�re m'a fait d'autres filles, et encore des filles.

Et un jour, elle m'a dit:

"Y a la dame qui vient de Paris pour se reposer

"qui voudrait emmener Patricia

"car elle a pas d'enfant et elle a des sous."

Alors, moi, j'ai pens�:

"J'ai tant de filles que si on m'en prend une, je le verrai pas."

Et je me disais:

"La petite a de la chance. Elle aura du chaud et du manger."

Alors, Patricia, elle est partie, elle avait 6 ans.

Et la m�re m'a fait encore d'autres filles.

Et puis elle est all�e retrouver le bon Dieu.

Et elle m'a laiss� seul, peuch�re, pauvre avec 5 filles

dont l'a�n�e �tait Amanda. Elle avait 14 ans.

Oh, malheureux! �a alors, c'est un d�sastre.

Puis un jour, Amanda m'a dit

que le facteur avait apport� une lettre de Patricia.

La dame de Paris �tait morte.

Alors, Patricia est arriv�e. Elle avait 15 ans.

Quand elle est venue, je l'ai pas reconnue.

Elle parlait que je comprenais pas.

Et puis elle m'a embrass�.

Elle a lav� la marmaille. Elle a remplac� sa m�re, voil�.

Pour �a, tout le monde en dit du bien dans le quartier.

C'est un tr�sor que le bon Dieu m'a donn�, l�.

Je l'aime autant qu'un gar�on.

C'est b�te, ce que je te dis, F�lipe,

je l'aime autant qu'un gar�on.

Elle vous manquera, pourtant, si elle se marie.

Je sais bien qu'un jour, il faudra que �a arrive.

J'aime mieux pas y penser.

Ou alors il faudrait qu'elle se marie

avec un homme de notre m�tier,

un homme qui habite pas loin de votre maison.

Comme �a, vous ne la perdriez pas...

Voil� une demoiselle

qui a encore besoin du transbordeur.

Je cherche la passerelle. Il y en avait une.

Elle est dans l'autre champ.

Merci.

Pas besoin de vous en aller, je suis l�.

- Qui �tes-vous? - Qu'est-ce que �a peut faire?

Pourquoi ne pas me le dire? Vous �tes de Salon?

Oui. D�p�chez-vous.

Je ne suis pas press�.

Si quelqu'un nous voyait...

Y a personne. D'o� tenez-vous cet accent parisien?

J'�tais � Paris, chez les soeurs.

Dr�les de souliers, chez les bonnes soeurs.

Je ne suis pas riche.

J'ai pas voulu vous f�cher.

D�posez-moi de l'autre c�t�.

Non, je tiens � savoir qui vous �tes.

- Je ne vous le dirai pas. - Bon.

Je vais rester 1 h comme �a. Ce n'est pas si d�sagr�able.

- Je vais vous tirer les cheveux. - Ils tiennent bon.

Vous y allez pas de main morte.

Je vous ai fait mal? Tant pis pour vous.

Vous devez en mettre, de la pommade!

Excusez-moi, je suis all� chez le coiffeur, ce matin.

S�rieusement, qui �tes-vous?

Une fille. Je suis la fille du puisatier.

Comme si c'�tait le seul au monde!

C'est pas le seul, mais le plus courageux.

Il travaille par ici?

II creuse un puits pr�s de Ch�teau-Virant.

- C'�tait �a, ces explosions? - Ce sont les mines.

C'est � vous, cette moto?

Oui, elle est � moi.

Vous devez avoir de beaux souliers, vous.

Il n'est pas honteux d'�tre pauvre.

Ce n'est pas honteux, mais fatigant.

J'ai de tr�s beaux souliers pour la ville.

Je mets ceux-l� pour marcher dans la pierraille.

Vous allez � Salon � pied?

Nous sommes trop pauvres pour habiter en ville.

- O� vivez-vous? - Quelle importance?

Si vous habitez pr�s de Salon, je peux vous ramener en moto.

Et que vont dire les gens?

On ne verra personne. Il est midi pass�.

Et raccompagner une jeune fille,

�a se fait tous les jours.

Vous en avez peut-�tre l'habitude,

mais moi, je ne l'ai jamais fait.

Vous n'�tes jamais mont�e sur une moto?

Non.

C'est une sensation d�licieuse, vous verrez.

- Oh, non. - Non?

- Non, non. - Et pourquoi?

Vous me laisserez au croisement de la route de Lan�on.

- Y a pas de maison. - Apr�s, j'irai � pied.

Bon. Ecoutez, attendez-moi une seconde.

Mes affaires sont l�.

N'en profitez pas pour partir.

Non. Qu'est-ce que �a pourrait vous faire?

�a m'ennuierait. �a me pla�t de vous rendre service.

Et une moto, c'est charmant quand on est deux.

Vous n'irez pas trop vite, au moins?

Au contraire. Je ferai durer le plaisir.

Vous �tes de Salon, vous aussi?

Oui. J'y suis n�,

mais j'ai fait mes �tudes � Lyon et � Paris.

- Vous vous appelez comment? - Jacques Mazel.

Vous �tes le fils du bazar?

Oui, comme vous dites, le fils du bazar.

Vous me connaissez?

Non. Je connais le bazar, je sais qu'il a un fils.

�a doit �tre amusant d'avoir un bazar.

On peut jouer avec tant de choses.

Quand j'�tais gosse, �a m'amusait beaucoup,

mais maintenant, j'ai plus le temps.

Moi non plus.

Vous travaillez?

Oui, je travaille � la maison.

J'ai appris le m�tier de couturi�re � Paris.

Je fais des robes pour Mme Brunot.

Vous avez peut-�tre fait celles de ma m�re.

Peut-�tre.

Je la connais peut-�tre sans savoir son nom.

Allez! Maintenant, en route.

Approchez-vous. Mettez-vous � cheval derri�re moi.

Vous allez peut-�tre me perdre en route.

Non, ne craignez rien.

Mais ne faites pas de mouvements brusques.

Tenez-vous bien.

Et � quoi?

Ben, � moi, parbleu!

Mettez vos deux bras autour de ma taille.

Vous n'avez pas peur?

Je vous ai tenue 2 fois dans mes bras.

Alors, tenez-moi une fois dans les v�tres.

Et si vous me serrez trop fort ou d'une mani�re pas convenable,

je pourrai vous tirer les cheveux.

Si vous voulez aller vite,

j'aurai pas peur.

Bon.

- Vous descendez ici? - Oui.

Vous avez eu peur?

Un peu, mais c'�tait amusant. Merci.

Vous ne venez pas danser � Salon, le samedi?

Non. Mon p�re ne voudrait pas et �a ne me plairait pas.

Si je vous invitais au cin�ma, vous viendriez?

Non.

J'y vais quelquefois, mais avec ma soeur.

Merci de m'avoir accompagn�e, mais vous perdez votre temps.

Merci. �a, au moins, c'est net. Au revoir, mademoiselle.

Au revoir.

Vous attendez quelque chose?

Je ne veux pas que vous voyiez par o� je vais.

Tant pis pour moi.

Je serais bien rest� ici une demi-heure pour vous taquiner,

mais il est 12h15. Tant pis. Au revoir, mademoiselle.

Au revoir, monsieur.

- Au revoir. - Au revoir, monsieur.

- Patron! - Quoi?

- La patronne a une crise de nerfs. - Normal.

- Elle a lu le journal? - Une dame l'a f�licit�e.

Elle a eu une bonne id�e, celle-l�.

Elle lui a dit: "Mme Mazel,

"quelle fiert� d'avoir un fils aviateur!"

Et la patronne: "Oh que oui. Vous ne le saviez pas?"

"Je savais qu'il �tait dans l'aviation,

"mais j'ignorais qu'il �tait acrobate."

Et elle lui a fait voir le journal qui annonce le "m�tingue".

Tant mieux. Comme �a, elle le sait.

Elle pleure ou elle crie?

Elle pleure d'une force terrible et fait des larmes qui sautent.

Comme �a, elle a fini de crier.

Surveille l'�talage.

Bien.

Qu'est-ce qu'il y a?

Tu le savais, toi, bandit?

Non. Moi, bandit, je ne sais pas de quoi il s'agit.

Demain...

Ah oui, il y a un meeting d'aviation.

Je le sais, Jacques nous en a parl�.

Il a dit qu'il n'en �tait pas.

Non, il a dit qu'il croyait ne pas en �tre.

Menteur, ergoteur! C'est bien ton fils, celui-l�.

J'esp�re que tu as d'autres raisons de le croire.

Qu'a-t-il fait?

- Ramasse ce journal. - Voil�.

Tu l'as lu, mais tu es hypocrite et tu feins de l'ignorer.

"Et pour cl�turer dignement cette manifestation,

"l'escadrille d'acrobatie de l'�cole de l'air

"donnera une d�monstration de sa virtuosit�.

"Les Salonnais seront fiers de voir que Jacques Mazel,

"le fils du commer�ant si estim� de la ville,

"a �t� admis dans l'escadrille et qu'il y fera ses d�buts demain."

"Au jeune pilote et � sa famille,

"toutes nos f�licitations."

Et voil�.

Je ne voulais te le dire qu'apr�s.

- J'ai faim. - Tu n'iras pas. Je te le d�fends.

Faudra dire �a � mon colonel.

- Tu es officier ou acrobate? - Mais les deux.

Tu as voulu qu'il soit aviateur, il l'est.

Comment oses-tu dire que je l'ai voulu?

Ce qui te plaisait, dans cette noble carri�re,

c'�tait surtout le costume.

Mais une fois qu'il a eu le costume, 2400 F sur mesure,

on lui a aussi donn� un avion.

Et un avion, �a vole.

Et �a ne vole pas seul.

On peut voler sans risquer sa vie inutilement

pour donner des cheveux blancs � sa m�re.

Mes cheveux ne craignent plus grand-chose.

Mais si tu veux mon avis,

je pense comme ta m�re.

Les acrobaties, je trouve �a idiot

parce que c'est inutile.

Pas pour un pilote de chasse.

C'est inqui�tant, quand on a �lev� un fils pendant 24 ans,

de le voir en l'air dans un gros jouet bourdonnant

faire le tire-bouchon et �crire des noeuds dans le ciel.

Tu le reconnais, maintenant?

Comment �a?

Je l'ai toujours reconnu.

Je lui ai toujours dit: "Ne sois pas aviateur.

"M�canicien de locomotive, oui. �a, c'est pos� par terre.

"Et il y a des rails, tu ne peux pas te perdre.

"Mais voler en l'air?

"Laisse donc �a aux papillons, aux go�lands de la Bretagne!"

Seulement monsieur est bien ton fils.

Pour le physique, c'est un Mazel du haut en bas.

Pour ce qui est de la folie, c'est un Cassignol.

Y a eu des fous chez les Cassignol?

II n'y a eu que �a.

Ton grand-p�re, le p�re de madame,

tirait parfois des coups de revolver dans la pendule

car sa femme le trompait.

Que ferais-tu, si je te trompais?

Je ne sais pas.

Mais je ne me vengerais pas sur l'horlogerie.

Si les cocus tuaient les pendules, on n'aurait plus l'heure.

Et les deux fr�res de madame, tes oncles...

L'a�n� est parti en Am�rique dans un cirque.

A 50 m en l'air...

Sur un fil, il poussait une brouette. Presque de l'aviation.

Oui, c'�tait une folie du m�me genre.

Et l'autre, le cadet,

il �tait champion de nage sous l'eau.

Il y restait 3 ou 4 minutes.

Il se prenait pour un sous-marin.

Un jour, il a battu le record du monde.

Il a plong� dans la calanque d'Envaux.

Il y a 30 ans de cela et il n'est pas encore ressorti.

Dans une famille comme celle-l�,

il manquait un aviateur acrobate.

Ne nous plaignons pas, nous l'avons.

Ce que tu m'as dit sur Patricia,

j'y ai pens� toute la journ�e en travaillant.

Moi aussi, j'y ai pens�.

Un jour, il faudra bien qu'elle se marie.

C'est la nature qui le veut.

Quand tu m'en as parl�,

tu avais peut-�tre une id�e derri�re la casquette.

Parce que tu m'as dit:

"Avec un homme de votre m�tier...

"qui habite pas loin de votre maison..."

Tu voulais parler de quelqu'un dans ton genre?

Oui, je voulais parler de quelqu'un dans mon genre.

Moi, �a me plairait que tu sois le mari de ma fille

parce que tu es de mon m�tier,

tu connais la poudre, tu connais la pierre,

tu sais comment il faut faire une mine.

Enfin, tu sais travailler avec la pioche, voil�.

Non, �a me d�plairait pas.

Alors, si tu devenais le mari de ma fille,

tu remplacerais

le gar�on que j'ai pas pu avoir.

Seulement, tu parles toujours de te marier,

il faudrait savoir si tu as des �conomies.

J'ai les �conomies et j'ai m�me autre chose.

J'ai fait l'h�ritage.

Un h�ritage? II est gros?

18000 francs.

Ma tante de Rognac est morte il y a 6 mois

et avant-hier, le notaire m'a donn� 18000 francs.

- J'en avais d�j� 13000... - �a fait 31000.

Ah non. �a fait 30.

Parce que j'ai achet� l'automobile.

Tu as achet� une automobile?

Sainte Vierge, il a une automobile.

Combien tu l'as pay�e?

800 F et 200 F de r�parations, �a fait 1000.

- 1000 F? - Oui.

Elle doit pas �tre grosse.

C'est pas un car. Mais elle a 2 places et elle marche.

Un peu bruyante, mais elle marche bien.

Et comme la maison est � moi et � ma soeur

et qu'elle est � c�t� de chez vous...

Ecoute, moi, F�lipe, je t'aime beaucoup.

Et je veux pas perdre ma fille.

Alors, si je peux t'aider, je le ferai.

Mais il faut savoir si �a lui pla�t � elle.

�a, il faudrait le savoir. Vous pourriez pas lui en parler?

Non, je peux pas parler de �a � ma fille. J'ai honte.

Moi aussi.

Dans ton carnier, tu as de quoi faire sauter toute la ville

- et tu as honte de lui parler? - Oui.

Enfin, j'essaierai.

- J'essaierai demain. - Tu viendras � la maison?

II y a une f�te d'aviation, � Salon.

J'ai un ami qui est � l'�cole de l'air.

Il m'a donn� 2 billets.

Alors, si vous voulez, j'irai la chercher avec l'automobile.

Tu sais conduire?

J'ai appris au service militaire. Je menais les gros camions.

Alors �a va tr�s bien.

C'est dimanche. Elle aura le chapeau

et toi, l'automobile.

Alors, tu la conduis l�-bas

et tu lui offres la bi�re, la limonade, et tu lui parles.

Il faut que je te dise...

Moi, avec sa m�re, c'�tait la m�me chose, j'avais honte.

- Ah bon? - Oui.

Il faut te dire que sa m�re, elle �tait belle.

Elle �tait aussi belle qu'elle?

Beaucoup plus belle.

- Ma fille, elle est jolie. - �a oui.

Mais sa m�re, c'�tait une femme, mon ami, que...

Oh, l� l�!

C'�tait une merveille.

- Entre, entre. - Bonsoir, la famille.

Bonsoir, F�lipe.

Patricia...

Comme c'est ta f�te, F�lipe veut t'offrir quelque chose.

Peut-�tre qu'elle voudra pas.

- Qu'est-ce que je ne voudrais pas? - J'ose pas le dire.

Il m'a dit de vous le dire. Moi, le toupet, j'en ai gu�re.

- Puisqu'il donne la permission... - Quelle permission?

Parle! Tu as l'air d'un santon.

C'est si grave que �a?

Mais non. Il a fait un h�ritage. Il a achet� une automobile.

C'est vrai, tu as l'automobile?

Oui... Et j'ai des billets pour la f�te de l'aviation.

- Quand? - Demain, � Salon.

Alors, je me suis pens�, avec la permission de votre p�re,

et surtout, si c'est votre plaisir,

de venir avec moi dans l'automobile, pour pas jeter les billets.

Tu sais avec F�lipe, j'ai confiance. Si tu veux y aller...

C'est gentil, mais demain, je ne peux pas.

- Pourquoi? - Il faudra couler la lessive.

Ah, l� l�! Je savais qu'il y aurait quelque chose.

Elle doit couler la lessive.

Tu la feras une autre fois.

J'ai du retard et ma robe n'est pas pr�te.

Y a presque plus rien � y faire.

Ma robe est pr�te. J'aimerais bien voir les aviateurs.

Toi? Les filles de 16 ans montent pas dans l'automobile.

Si tu y montes, je te casse un bras.

C'est pas vrai.

Oui. Essaie un peu et tu vas voir. Pan!

Alors? Toi, tu dis non?

J'aimerais, mais je ne peux pas.

Tant pis. Ce sera pour une autre fois.

Mais �a fait rien, demain, je vous ferai voir l'automobile...

Enfin... tant pis.

Tu ne restes pas � d�ner?

Non, pas ce soir. Ma soeur m'attend.

Quand il y en a pour 7, il y en a pour 8.

Non, non, pas ce soir.

Je suis pas ras�, j'ai pas le col avec la cravate

et j'ai pas le joli chapeau.

Pas ce soir.

Il est dr�le, celui-l�.

Il lui faut un chapeau pour manger.

Tu veux un chapeau melon?

Et c'est la f�te de Patricia.

Bien s�r, si...

Si elle me disait de rester, je resterais, bien s�r.

Seulement, elle ne me le dit pas.

Mais je vous le dis. On va mettre un couvert de plus.

Amanda, un couvert de plus.

Merci. Alors l�, j'accepte.

Si vous m'invitez, c'est de bon coeur, de tr�s bon coeur.

Je vais me laver les mains.

Et ta soeur?

Elle est chez l'oncle Rodrigue, � Rognac.

Quand j'ai dit qu'elle m'attendait, c'�tait faux.

C'�tait un mensonge de politesse.

Comme les docteurs.

Quand un vieux mourant a les mouches sur l'oeil,

ils lui disent comme �a:

"Grand-p�re, vous en avez encore au moins pour 20 ans."

C'est de la politesse, �a.

Parle un peu du chapeau.

Chapeau?

- Chapeau de Patricia. - Ben, quoi?

Dis, pourquoi tu voulais mettre un chapeau pour manger?

C'�tait pas pour manger.

- C'�tait pour entrer. - Entrer?

Quand c'est la f�te de quelqu'un, on met le chapeau.

C'est pour dire bonjour quand on entre.

�a fait bien.

On ne remarque pas les chapeaux des hommes.

Les chapeaux des hommes, non.

Mais les chapeaux des femmes, �a se remarque.

Surtout quand sur ces chapeaux, il y a des fleurs et des oiseaux.

Mais �a co�te cher.

- Tiens. - C'est pas trop cher si c'est beau.

Marie, va coucher Roberte.

Je vais sortir la soupe du feu.

Alors, je te disais, l'argile verte, elle est verte.

Elle est fragile. Si tu fais un trou dans l'argile verte,

elle �clate.

Et pof, elle te tombe sur la t�te.

Et elle te sert de chapeau.

- Qu'est-ce que c'est? - Quoi?

Qu'est-ce que c'est, �a?

C'est toi qui as apport� �a, F�lipe?

Ah, �a, c'est pas moi.

- Alors, c'est toi, Amanda? - Non, je ne sais rien du tout.

Qu'est-ce que c'est?

Merci, p�re.

C'est pas moi, tu sais.

Mais je suis content que tu m'embrasses.

- Tu l'as choisi? - Oui.

Il est joli, ce chapeau. Ah, s'il est joli!

L'oiseau, surtout. On dirait qu'il va chanter.

Essaie-le.

Non, je suis pas coiff�e et il faut la robe.

- J'irai � la messe avec. - C'est �a.

Vous auriez pu aller � l'aviation avec.

Oui, j'aurais pu. Mais je peux pas y aller.

C'est dommage, vous savez.

Des places qui co�tent 25 F chacune, dites.

Je les ai pas achet�es. On me les a donn�es.

Ces billets sont peut-�tre faux.

Non, mon ami lmbert me les a donn�s.

C'est le m�canicien de Mazel.

Jacques Mazel, le fils du bazar.

Qu'est-ce qu'il fait dans l'aviation?

II est pilote. Il est m�me officier.

Il a fait de grandes �coles.

Il va voler dans ce "m�tingue", demain.

Il va faire des acrobaties.

Oui, c'est sur le journal.

Et o� tu l'as connu?

A l'�cole. Quand j'�tais petit.

A l'�cole communale.

Ah, maintenant...

C'est un monsieur.

Pense, un officier!

Mais il est rest� gentil, quand m�me.

Demain, s'il me voit, il me dira bonjour.

Alors, vous comprenez, Patricia,

ce serait un honneur pour moi

s'il me voyait avec une fille belle comme vous.

- Surtout avec le chapeau. - Je comprends!

- Et la robe. - Et avec l'automobile.

C'est pas avec �a que je compte l'�pater.

C'est vous, surtout, que �a me ferait du bien dans son id�e...

Amanda peut pas faire la lessive avec El�onore?

�a te fait rien?

Au contraire. �a me fait plaisir

de penser que tu t'amuses, pour une fois.

Vous voyez.

Eh bien, j'irai.

Elle vient.

Merci, F�lipe.

Mais c'est moi qui vous dis merci.

Vous savez, je serai pas habill� comme �a.

Je dis pas que je vous ferai honneur.

Parce que dans la lumi�re que vous faites,

je sais qu'on me verra pas.

Je veux dire que...

Je serai convenable et propre.

Enfin...

Bien comme il faut.

Voil�.

Allez, mangez la soupe, �a va refroidir.

Je le savais, qu'elle irait, moi.

Si elle a chang� d'id�e, c'est � cause du chapeau.

Un chapeau comme �a, c'est pas pour faire la lessive.

Evidemment, c'est pas une voiture de course,

mais elle marche seule.

Elle marche � la mont�e?

Oui, � la mont�e.

Mais naturellement, les mont�es, elle pr�f�re les prendre d'en haut.

�a lui vient mieux.

Elle aime mieux la descente.

Tu peux pas arr�ter ce bruit?

Ah non. �a, c'est le moteur.

Ce sont les explosions.

Vous avez vu le moteur?

Non.

- Attendez. Il faut que je l'arr�te. - Oui.

Voil� Patricia.

- Bonjour, Patricia. - Bonjour, F�lipe.

On dirait une grande dame.

Toi aussi, tu es bien.

Moi, c'est le costume qui fait tout.

Le costume et l'automobile.

On dirait un grand monsieur riche

qui vient me commander pour faire un puits.

Alors, on part? II est presque 2h.

Tu veux que les aviateurs te voient.

Ils ne me verront pas. Je veux les voir voler.

Allez, montez, Patricia. Mettez-vous l�.

Je vais fermer la porti�re. Elle ferme pas bien.

A mon avis, vous devriez enlever le chapeau.

Ah non! Pourquoi?

A cause du vent de la vitesse.

- Je peux mettre mon foulard. - Oui, �a te va bien.

Surtout, ne va pas trop vite.

Moi, si je suis press�, j'appuie sur le champignon.

Ah non, pas de champignons.

Les champignons, il faut les conna�tre.

Parce qu'autrement, tu peux t'empoisonner.

Fais attention, ne mange pas de champignons.

Tenez-vous bien.

Et ne rentrez pas trop tard. Pas plus tard que 8h.

Je critique pas les vieilles choses,

mais cette automobile, elle est pas belle.

Elle marche, mais elle est pas belle.

Moi, je m'en contenterais.

Surtout que c'est F�lipe qui conduit.

Vous ne venez pas?

Non. Je ne d�sire pas voir mon fils faire des acrobaties

que le journal qualifie de p�rilleuses.

C'est pour attirer le public. Il n'y a aucun danger.

Pour vous.

Il y a autant de danger pour moi que pour votre fils.

Comment �a?

S'il tombe, il tombera bien quelque part.

Et je risque de le recevoir dessus.

Autant qu'il tombe sur vous que sur une vache.

Vous, vous n'avez pas de cornes.

�a, on n'en sait rien.

Vous n'avez pas si peur que �a puisque vous plaisantez.

Ce sont des plaisanteries d'agonisants.

Ne dis pas de tels mots, ou je craque.

- Vous ne venez pas? - Non.

Elle veut tuer le colonel.

�a me ferait de gros ennuis.

Bon, je m'en vais et je retournerai sit�t termin�.

- D�s qu'il aura le pied par terre. - Promis. Au revoir.

�a y est. Je le vois, il est l�.

Attendez, je vais l'appeler.

Il est avec du monde.

Pour moi, il viendra.

Mais pourquoi?

Je veux qu'il vous voie.

�a me fait honneur, vous comprenez?

Patricia, laissez-moi ce plaisir parce que... Je vais...

Jacques!

Salut. Qu'est-ce que tu fais l�?

Je suis venu t'admirer.

- T'�tais au meeting? - Parbleu!

- �a t'a plu? - �a m'a �pat�.

Tu as �t� extraordinaire.

Ces acrobaties, �a fait beaucoup d'effet,

mais c'est pas difficile.

Il faut du courage pour monter l�-haut la t�te en bas

et se promener dans les nuages.

Moi, �a me fait plus d'effet qu'� un autre:

Dans le puits, je suis plus loin du ciel que les autres.

Alors, quand je te vois l�-haut...

Dis...

�a te ferait rien que je te fasse voir une amie � moi?

La fille de mon patron.

Elle est jolie?

Oh, extra.

Regarde l�-bas. Zieute, zieute, zieute!

Viens.

C'est... C'est Jacques.

C'est Patricia, la fille de mon patron.

Bonjour, mademoiselle.

Bonjour.

L'aviation vous int�resse donc?

J'ai vu des acrobaties pour la 1 re fois.

J'ai eu tr�s peur.

C'est gentil d'avoir peur pour nous.

Elle a un coeur formidable.

Ce qu'elle fait pour sa famille, c'est incroyable.

Je devine qu'elle porte le d�jeuner � son p�re.

Qui te l'a dit?

Ton patron est puisatier et c'est sa fille.

Comment peut-elle rendre service � son p�re?

Elle lui porte son d�jeuner.

Je la vois qui part � travers champs avec un panier,

avec de gros souliers. Pas si jolis

que ceux-l�, bien s�r.

Et elle cueille une fleur qu'elle met dans ses cheveux.

C'est exactement �a.

C'est �a, le raisonnement.

Il vous raconte �a comme s'il l'avait vu.

Les aviateurs, nous sommes tous les m�mes.

A propos, tu sais qui pilotait l'avion des parachutistes?

- Non. - C'�tait R�my.

R�my Casse-Assiette?

II serait content de te voir. Il est l�.

Je le saluerais volontiers.

Qu'est-ce qui t'emp�che d'y aller? On t'attend ici.

Je te la confie. Mais, mais...

Je reviens tout de suite.

Tu peux prendre ton temps, va. Elle ne risque rien.

F�lipe, c'est votre fianc�?

Non. Il voudrait bien, mais je ne veux pas.

Vous n'�tes pas n�e pour vivre dans ce milieu,

ni m�me sous ce chapeau.

Vous m'avez d�j� reproch� mes souliers.

Aujourd'hui, mon chapeau vous d�pla�t?

S'il ne couvrait pas vos cheveux, il me plairait.

Il vient de chez Paris-Chapeaux.

�a se voit.

Vous allez passer l'apr�s-midi avec F�lipe?

Oui, jusqu'� 7h. Et apr�s, il faudra rentrer.

Et si vous alliez voir votre tante?

- Quelle tante? - Votre tante de Salon.

Je n'ai pas de tante � Salon. Seulement � Fuveau.

Dommage. Si vous en aviez eu une � Salon,

vous auriez dit � F�lipe que vous alliez la voir

et on se serait vus derri�re l'�glise Saint-Laurent.

Pour quoi faire?

Pour bavarder. Je vous aurais offert des p�tisseries

avec un verre de porto.

Vous, vous n'avez pas peur!

Les aviateurs n'ont jamais peur.

Et si vous vouliez me frapper, je crierais.

On me d�fendrait.

Vous dites des b�tises.

Si j'allais avec vous dans cette p�tisserie,

tout le monde le saurait.

Non. Sans votre chapeau, on ne vous reconna�tra pas.

Et � votre accent, on ne vous croira pas d'ici.

Je dirai que vous �tes parisienne.

C'est tr�s gentil.

Mais si je dis que je suis all�e voir ma tante,

demain, F�lipe le dira � mon p�re.

Car il ignore

que votre p�re et votre tante sont f�ch�s.

Mais si vous lui dites:

"Mon p�re est brouill� avec ma tante

"� cause d'un h�ritage.

"Mais j'aime beaucoup ma tante, la soeur de ma m�re.

"Et je tiens absolument � aller la voir quelques minutes,

"mettons 1 h.

"Mais mon p�re ne doit rien savoir."

Eh bien, je suis s�r que F�lipe ne dira rien.

Il n'y a rien de vrai l�-dedans.

Donc �a tient tr�s bien debout

et F�lipe avalera �a d'un coup.

Et je pourrai vous voir derri�re l'�glise � 4h20.

Asseyez-vous.

J'aimerais pouvoir y aller.

Mais il faut pas que j'y aille.

M�me si j'ai un secret � vous confier?

Quel secret?

Et pourquoi me le dire � moi?

Un secret n'a pas besoin de raisons.

Je tiens � vous le dire et je ne peux pas le faire ici.

Mais je pense pouvoir le faire � 4h20 derri�re l'�glise.

Non. Ah non, non, je n'irai pas.

Bon, eh bien, moi non plus, je n'irai pas.

Voil� F�lipe.

Dites, �a fait deux heures que je vous cherche.

On s'est promen�s. Tu as vu R�my?

Oui. Il a �t� tr�s gentil avec moi.

Gr�ce � lui, tous les officiers m'ont touch� la main.

M�me un capitaine m'a touch� la main.

Ils m'ont fait boire du champagne.

Et il y a un type, il a dit en plaisantant:

"Si tu laisses ta bonne amie avec Mazel, il partira avec."

Tu as r�pondu quoi?

J'ai dit: "Cette jeune fille est pas ma bonne amie."

Et R�my m'a dit: "Je resterais bien avec toi, ce soir,

"mais j'ai rendez-vous avec une fille ravissante."

II a un rendez-vous?

O� �a?

Devant l'�glise Saint-Laurent.

- Avec une fille. - Parbleu. Il avait l'air content.

- Je le croyais plus s�rieux. - Je trouve �a normal.

Vous trouvez naturel que cette fille y aille?

Tout ce qu'il y a de plus naturel. C'est la jeunesse.

Ils risquent de se casser la figure, ils sont beaux,

alors c'est naturel qu'ils attirent les filles.

Celle qui va au rendez-vous, elle le conna�t peut-�tre bien.

Et si elle le conna�t pas,

ils feront connaissance.

Je suis �tonn� que le p�re de cette jeune fille

te l'ait confi�e.

�a, �a ne risque rien. Celle-l� n'est pas comme les autres.

Et si c'�tait une jeune fille sans morale et un peu fadade,

je la rendrais comme je l'ai prise. Ce qu'on me confie est sacr�.

- Tu peux rire. - Ah, tu dis �a...

Mais c'est un coureur de 1er ordre.

Je connais deux demoiselles � qui il a d�j� donn� rendez-vous.

Donc m�fiez-vous du bon ap�tre.

Je vais aller me changer, j'ai rendez-vous.

- Mais pas devant l'�glise, si? - Oh, non.

Pas devant l'�glise.

Je vais voir mon colonel.

Il a une plume sur le chapeau. A 4h20.

Au revoir, mademoiselle.

Au revoir, F�lipe. Je te verrai ce soir.

Adieu, Jacques.

Il est charmant, hein?

II a tout pour lui.

Les histoires d'h�ritage mettent la dispute dans les familles.

Pour mon petit h�ritage de la semaine derni�re,

je me suis f�ch� avec mes cousins de Venelles.

Pour deux petites cuillers en argent.

Alors je comprends que votre p�re se soit f�ch� avec votre tante.

C'est ce qu'il y a de plus naturel.

Il faut que j'aille la voir?

Mais oui, vous devez y aller! C'est la soeur de votre m�re.

J'aurais pr�f�r� que vous restiez avec moi.

C'�tait une belle apr�s-midi et j'avais l'intention...

L'intention de...

Enfin, la famille avant tout.

Et une tante, c'est encore un h�ritage.

Si un jour vous prenez un mari et que vous ayez des enfants,

quand la tante mourra et si elle laisse des biens aux enfants,

nous serons bien contents.

Allez-y tout de suite.

Il faudrait pas que mon p�re le sache.

Comment le saurait-il?

A moins que votre tante le lui dise.

Mais ils sont f�ch�s.

- Pour �a, y a pas de danger. - Alors, �a va.

Moi, je dirai que je vous ai pas quitt�e une minute.

Alors, j'y vais.

- Et votre chapeau? - J'aime mieux pas.

Oui, quand on va voir de la famille,

il vaut mieux avoir l'air pauvre.

Ne craignez rien, je vous le garde.

Merci. A tout � l'heure.

Au revoir.

Et dire que j'ai pas os� lui parler!

Gar�on!

Nous allons manger tout �a?

Et pourquoi pas?

- Mais o� allons-nous? - Chez moi.

Que vont dire vos parents?

Lls ne diront rien.

- Ils n'y sont pas? - Non.

Et s'ils reviennent?

Non, ils ne reviendront pas.

Je vous invite chez moi, pas chez eux.

Dans mon bureau. L� o� je travaille quand je veux �tre tranquille.

C'est plein de cahiers, de livres. Venez, venez.

Je dois �tre folle.

Oui, vous �tes folle d'h�siter,

de vous faire une montagne d'une chose naturelle.

Inviter une jeune fille � prendre un verre, o� est le mal?

Les habitudes de la ville sont plus innocentes

que les moeurs de la campagne.

Ne me prenez pas pour un ogre, Patricia.

Entrez. Faites ici comme chez vous.

Asseyez-vous.

Ouvrez ce paquet de g�teaux.

- Dites-moi combien je vous dois. - 16 francs.

Il faut vous dire que...

Il faut vous dire que je me fous de vos histoires.

Vous m'avez mis la t�te comme une coucourde.

Je ne sais pas ce qui me retient

de vous foutre deux calottes.

Monsieur est un peu nerveux

parce que sa fianc�e l'a laiss� tomber.

Mais ce n'est pas de ma faute.

On n'a que les femmes qu'on m�rite.

Je vous ai parl� pour vous distraire

car j'ai compris tout le drame rien qu'en voyant ce chapeau.

Et qu'est-ce qu'il a?

Est-ce que c'est un chapeau d'honn�te femme?

Je vous demande un peu de quoi �a a l'air.

Au secours!

Arr�tez. Vous n'avez pas honte?

Si, j'ai honte. Pardonnez-moi.

- Si vous essayez de recommencer... - Non.

N'ayez pas peur, va.

Recoiffez-vous.

Vous avez une glace dans le tiroir.

Asseyez-vous.

Je me suis conduit comme une brute. J'en suis pas une.

Vous �tes si belle, Patricia, et puis...

Les femmes d'aujourd'hui sont moins vertueuses.

A la campagne, � 18 ans, en g�n�ral...

Je vous l'avais dit.

Elles le disent presque toutes.

Vous, j'aurais d� vous croire.

Et moi, j'aurais d� refuser de venir ici.

Vous �tes une fille tr�s chic.

Je d�sire que vous me pardonniez ma sottise et ma vanit�.

Ne me quittez pas sur un sentiment de crainte ou de d�go�t.

Je d�sire rester votre camarade

et je vous offre mon amiti�.

Je vous en remercie.

A quoi vous servira l'amiti� d'une fille comme moi?

L'amiti� d'un �tre jeune, propre

et qui est une ravissante jeune fille.

Et qui est la fille du puisatier.

C'�tait vrai, ce que vous me disiez?

Que vous m'aimeriez toute la vie?

Non, c'�tait tr�s exag�r�.

L'amour v�ritable ne vient pas si vite.

Vous en avez connu, des amours v�ritables?

Non... Non, franchement, non.

Pourquoi en parlez-vous?

Eh bien, j'en parle d'apr�s mes imaginations.

Je le rencontrerai peut-�tre un jour.

Je d�sire que vous me conserviez votre estime.

Il faut pas juger un gar�on de mon �ge sur un moment de folie.

Les bonnes soeurs vous ont bien �lev�e

puisque vous griffez les aviateurs.

Excusez-moi, M. Mazel.

Je sais que vous �tes un honn�te gar�on.

Et beaucoup de femmes ne seraient pas aussi b�tes que moi.

Parce que vous �tes beau.

Mais moi, voyez-vous, �a, je ne peux pas.

Je ne peux pas.

Je vous demande pardon.

Si elle revient pas...

Et moi, maintenant, je m'attends � tout.

J'ai pas de lumi�re.

Alors, qu'est-ce que je fais? J'essaie une lanterne.

Et ce grand imb�cile qui rigole, l�-bas...

Qu'est-ce que tu ferais � ma place?

A ta place,

j'irais me coucher.

Et qu'est-ce que je veux faire?

Je veux rentrer chez moi et me coucher.

Bravo, bravo!

Si Patricia, elle �tait pas all�e voir sa tante...

je serais d�j� rentr� et je serais pas so�l.

Il y en a qui croient que je m'en rends pas compte,

mais moi, je m'en rends compte.

Et c'est ce qui m'inqui�te le plus.

Si c'est toi qui conduis, tu n'iras pas loin.

Moi, j'irai pas loin?

Paie-moi l'essence, couillon, et je vais...

en Australie.

Il reste plus que l'oiseau.

C'est pire que l'op�ra.

Qu'est-ce qu'il y a?

Pardon, Patricia.

Pardon, Patricia, pardon.

Mais pourquoi?

Le chapeau.

J'ai br�l� le chapeau.

C'�tait de la poudre. Pardon.

Vous avez bu.

Oui, j'ai bu...

et je suis so�l.

Et... vous avez vu votre tante?

Oui. Elle va tr�s bien. Merci.

Nous partons?

Ne partez pas avec lui, il va vous tuer.

Moi? Moi, la tuer?

II dit que je veux la tuer

quand moi, pour lui faire plaisir, je mangerais de la cheddite.

�a vous a fait plaisir de voir votre tante?

II est sept heures. Pouvez-vous me ramener � la maison?

Non. Non, parce que la voiture, elle m'ob�ira pas.

J'en suis s�r, c'est pas la peine d'essayer.

C'est malheureux, �a, quand m�me.

Il me reste que l'oiseau.

Qu'est-ce que tu as?

Jacques! Te voil�!

Tu veux me sauver la vie?

Dis, tu veux?

On va faire mieux que �a.

Pour ramener la demoiselle, j'ai la moto.

Il a la moto.

Il a toujours tout pour rendre service.

�a, c'est formidable.

Patricia, vous voulez aller avec lui?

Si je ne peux pas faire autrement...

Ce n'est pas tr�s gentil, �a, mademoiselle.

- Vous n'avez pas confiance? - Si, elle a confiance.

Pas vrai?

Seulement voil�, c'est la moto qui l'effraie.

Elle a l'habitude de l'automobile.

Patricia,

vous devez y aller.

Je serais si content de vous raccompagner.

Je vous remercie.

C'est � cause de mon p�re. Il doit s'inqui�ter.

Tu parles, s'il doit s'inqui�ter!

Si elle est pas l� avant 8h,

il tombe malade.

Venez, venez.

Dis, tu la ram�nes, mais tu me laisses...

D�brouille-toi, mon vieux. Venez.

L'oiseau.

- Et l'oiseau? - On te le donne, mon vieux.

Ne parlez pas du machin pour le joli...

C'est vous qui m'avez demand� de m'arr�ter.

Je sais.

Votre foulard s'est envol�, ce n'est pas de ma faute.

Je sais.

Et quand on a retrouv� le foulard, l�-bas,

vous m'avez dit: "Ll faut que je vous parle."

- Est-ce vrai? - C'est vrai.

Mais il y a autre chose que vous ignorez.

Ce n'est pas le vent qui a d�nou� mon foulard.

C'est moi.

Je l'ai fait expr�s.

Pourquoi?

Sur cette moto qui marchait si vite,

je m'accrochais � votre taille, je sentais votre chaleur.

L'odeur du vent m'a fait tourner la t�te.

Alors j'ai fait expr�s de perdre mon foulard

car je n'avais plus de force et j'avais peur de tomber.

C'est presque une d�claration d'amour.

Ou de faiblesse.

Laissez-moi.

En tout cas, c'est une esp�ce de folie.

Pourtant, je ne suis pas folle.

Mais j'ai toujours �t� �lev�e avec des femmes.

Au couvent, puis � la maison, avec mes soeurs.

Je ne m'�tais jamais approch�e d'un gar�on.

Et maintenant, voil�.

Et voil� quoi?

J'avais une voisine qui �tait mon amie.

Un jour, j'ai vu qu'elle sortait en cachette

avec un gar�on, au clair de lune.

Je lui ai dit que je l'avais vue.

- Elle m'a fait des confidences. - Je devine lesquelles.

Moi, je n'avais pas devin�.

Je suis devenue toute rouge et j'ai eu envie de pleurer.

Depuis ce jour-l�, je n'ai plus voulu lui parler.

Je la voyais toute vieille, toute grise, toute sale.

Et maintenant, voil�...

je suis comme elle.

Je n'ai plus le droit d'embrasser mon p�re ni mes soeurs.

Vous savez,

les histoires de gar�ons et de filles,

c'est toujours un peu la m�me chose.

Si celles qui ont eu un amoureux

n'embrassaient plus leur p�re ni leurs soeurs,

on s'embrasserait peu dans les familles.

Vous prenez cette aventure un peu trop au tragique.

Ce n'est pas bien malin, ce que j'ai fait,

mais si c'�tait � refaire...

Ne croyez pas que vous me devez quelque chose.

Vous �tes un gar�on. C'est aux filles � se d�fendre.

Mon malheur, je l'ai m�rit�.

Et m�me, je l'ai recherch�.

Hier matin d�j�,

je suis revenue au ruisseau expr�s.

- Pour me revoir? - Oui.

Quand F�lipe est venu pour m'inviter,

d'abord, j'ai dit non

parce que j'ignorais que vous seriez au meeting.

J'ai dit non et je languissais qu'il parte.

Je voulais vite me coucher pour �tre seule,

pour penser � vous.

Et quand il m'a parl� de vous, j'ai dit oui.

Il a cru que c'�tait pour son automobile.

Mais moi, pour vous voir,

je serais revenue � pied.

Il me semble que j'�tais d�j� perdue.

Vous �tes un tr�s chic type, Patricia.

Si l'un de nous deux a mal agi, c'est moi.

Je suis un homme, je suis riche,

mais vous n'�tes qu'une enfant pauvre

et vous m'avez donn� une grande preuve d'amour.

Oui.

Une preuve qui prouve que je ne m�rite pas d'�tre aim�e.

N'y pensez plus et ramenez-moi vite.

Vous ne voulez plus me revoir?

A quoi bon? Vous �tes riche, vous l'avez dit.

Rentrons vite.

Il faut absolument que je vous parle demain.

O� puis-je vous voir?

Je ne sais pas.

Vous ne pouvez pas venir � Salon?

Et comment? II faudrait prendre le car...

Je ne peux pas aller vers chez vous avec la moto?

II n'y a pas un bosquet, une ferme abandonn�e?

II y a la chapelle Saint-Julien

et � c�t�, il y a un grand cypr�s.

Eh bien, pr�s du cypr�s, demain matin � 11 h.

Si vous voulez. �a va servir � quoi?

Vous ne voulez absolument pas me revoir?

Si, j'ai envie.

Et puis je ne sais pas, je ne suis plus moi, maintenant.

Et vous, je vous aime.

Par malheur, vous �tes le mal et le p�ch�.

C'est un peu raide!

En Afrique? Mais pour quoi faire?

Des essais.

Des essais de quoi?

Je ne peux vous le dire.

- Et c'est dangereux? - Non, pas sp�cialement.

�a va durer longtemps?

Pour nous, 2 ou 3 mois. En principe, jusqu'� fin septembre.

Pourquoi faut-il qu'il parte tout de suite?

Nous avons les ordres depuis 8 jours d�j�.

C'�tait Charbonnier qui devait partir.

Il s'est cass� la jambe, alors on a d�sign� Mazel.

Le voil�.

Il a juste le temps de d�ner et de faire sa valise.

Ecoute, ce que je vais te demander est un peu g�nant...

Tu as encore jou� au poker?

Non, �a non. Tu sais,

j'ai jou� qu'une fois et �a m'a pas r�ussi.

Non, j'ai fait une b�tise sans grande importance

avec une jeune fille.

- Une poule? - Non, une jeune fille pauvre.

Je l'ai vue en tout et pour tout une fois

et je l'ai revue au meeting.

On s'est un peu attard�s sur la route.

Elle s'appelle Patricia. C'est la fille d'un puisatier.

Qu'est-ce que tu veux que �a me fasse?

J'avais rendez-vous avec elle demain matin

au bord de la route de Salon, � c�t� de la petite �glise.

En plein champ.

Tu n'y seras pas, voil� tout.

Je sais. Mais elle y sera.

C'est une jeune fille simple, courageuse,

une jeune fille qui a beaucoup de m�rite.

Ah, oui, oui, bien entendu.

J'aimerais que tu ailles � ce rendez-vous pour moi

et que tu lui expliques que je suis parti ce soir

car j'ai �t� rappel� par ordre.

Je ne veux pas qu'elle croie que cette apr�s-midi,

je savais d�j� que j'allais partir ce soir.

Tu lui remettras cette lettre.

C'est une lettre tr�s simple, tr�s amicale.

Pardon, mademoiselle, c'est la chapelle Saint-Julien?

Oui, madame.

Ah bon.

Merci, mademoiselle.

En raison de la situation internationale,

le gouvernement va compl�ter les mesures militaires d�j� prises

en rappelant un contingent suppl�mentaire des r�serves,

II concerne les hommes

dont le fascicule de mobilisation porte en surcharge

dans le coin sup�rieur gauche, les chiffres 3 ou 4,

Mon fils...

est d�j� au front depuis une semaine.

C'est pay�, �a?

Oui, oui, c'est pay�.

Je dis �a parce qu'il y a pas de papier

et dans l'�motion...

L'�motion fait pas les voleurs.

Excuse-moi, Pascal, qu'est-ce que tu veux...

je suis troubl�, �a me fait d�parler.

Ces outils sont bons, mais je m'en servirai peu

car dans mon livret, j'ai le fascicule 7.

Je rejoins imm�diatement et sans d�lai.

Tu prends le train de 8h, comme moi.

A 8h juste. Et on sera pas seuls.

- Tu es dans l'infanterie? - Dans le g�nie. Sapeur pionnier.

Je suis sergent.

Tu as des galons?

Pardi! J'ai un galon... dor�.

- Comme un officier? - Oui, mais il est un peu pench�.

Tu dois �tre beau, tout habill�, avec le k�pi.

�a me va pas mal.

Je le mettrai pour partir.

En mars, je pensais �tre appel�,

alors j'ai fait arranger ma tenue.

On me la rembourse en arrivant � la caserne.

Tu te fais faire la tenue que tu veux et on te la rembourse?

Non, pas comme je veux.

C'est pas une redingote.

C'est une tenue r�glementaire de sergent, voyons.

Garcin!

Ton num�ro?

Comme toi. Le 7.

- Et quelle classe tu es? - Classe 17.

Je suis de la classe 30 et il part avec moi.

�a veut dire quoi? J'y comprends rien.

Y a rien � comprendre. Une seule chose est claire:

On a besoin de vous. Allez-y, faites ce qu'on vous dira.

C'est tr�s bien parl�, �a, M. Mazel.

- Tu as fait la derni�re guerre? - Oui.

Moi aussi.

Mais celle-l�...

qui sait ce que ce sera.

Oui...

Qui sait...

- Au revoir, M. Mazel. - Au revoir.

Quelqu'un va t'emmener � la gare?

Non. Ma soeur est plac�e � Marseille.

Alors, je t'accompagnerai avec Patricia.

�a, �a me ferait plaisir.

Avec le costume, tu auras peut-�tre le courage de lui parler.

Un beau costume, �a donne du courage.

Surtout un costume avec le galon.

Mais... pench�.

F�lipe... Ecoute-moi.

Nous allons aller au buffet.

Je te laisserai avec Patricia et tu lui parleras.

Cette fois, je lui parlerai.

Bon.

Vous allez entrer au buffet

et avec Amanda, je vais chercher quelque chose que j'ai oubli�.

Quoi donc?

Tu le verras quand je l'apporterai.

- Allez, venez. - Va, va, va.

Allez, viens, Amanda.

Il vous ach�tera peut-�tre des cigarettes.

�a ne m'�tonnerait pas, il m'aime beaucoup.

Et il a peut-�tre voulu nous laisser seuls un moment.

Parce qu'il faut que je vous parle.

Asseyez-vous.

Ce que je vais vous dire,

je voulais le dire le jour du "m�tingue".

Puis il est arriv� cette histoire d'ivrognerie

dont j'ai tellement honte

que j'en pleurerais.

Et puis l'oiseau...

�a m'a emp�ch� de dire ce que je voulais,

mais ce que je voulais dire, je vais le dire.

Donc...

- Ecoutez... - Ne me coupez pas.

Si vous me coupez, je ne peux plus rien dire.

Patricia, �a fait 3 ans que je vous connais.

Et j'ai remarqu� que quand je vous vois, je suis content.

Et quand je vous vois pas, je suis pas content.

J'ai remarqu� que quand vous apportez...

le d�ner � votre p�re,

moi, pendant qu'il est dans le puits,

je change mon pain contre le sien

parce que son pain,

vous l'avez touch�.

Alors je le mange volontiers,

et m�me,

je ramasse les miettes.

Et j'ai remarqu� que quand vous �tes l�,

les autres filles,

je les vois pas.

Et j'ai remarqu� que...

quand je creuse au fond du puits,

d�s qu'on a pass� les 8 m�tres,

qu'il commence � faire nuit,

je rencontre votre jolie figure...

et vous souriez sur mon travail.

Et j'ai remarqu� qu'il y a la mobilisation.

Vous commencez � comprendre?

II y a longtemps que j'ai compris, F�lipe,

et je sais que vous seriez un bon mari pour moi.

Mais je peux pas vous dire oui.

�a veut dire non?

�a veut dire non.

Mais ma soeur Amanda vous aime et sera une bonne femme pour vous.

C'est pas votre soeur que j'aime, c'est vous.

Moi, je ne peux pas.

Je vous aime bien, F�lipe.

Je connais votre gentillesse et votre bont�.

Seulement, vous ne m'aimez pas.

C'est emb�tant.

J'ai toujours entendu dire que dans les m�nages,

il y en a un qui aime plus que l'autre.

Eh bien...

ce sera moi.

On essaie?

Non, je ne peux pas.

J'ai fait une b�tise.

Une b�tise tr�s grave avec un gar�on.

Vous savez, les b�tises, tout le monde en fait,

surtout les filles.

Les filles n'ont pas de bon sens.

�a m�rite pas qu'on le mette dans le journal.

Vous avez bien fait de me le dire.

�a me prouve votre amiti�.

Dans quelques mois, j'aurai un enfant.

Un enfant?

�a alors, c'est quelque chose.

�a, c'est pas une b�tise.

C'est un malheur.

Pour moi, c'est pire que la guerre, �a.

Pour les autres, non, mais pour moi...

Et pour moi.

Et pour vous aussi.

Qui c'est, le p�re de cet enfant?

Un monsieur... Un monsieur tr�s riche.

Qu'est-ce qu'il en dit?

II ne le sait pas, je ne l'ai jamais revu.

Il faudrait le lui dire.

Il est d�j� parti pour la guerre.

Alors...

qui sait s'il reviendra?

Et votre p�re, il le sait?

Que sans vous en douter,

sans bien comprendre la gravit� de la chose...

Est-ce qu'il sait que sauf pour moi,

vous n'�tes plus...

une princesse?

Non, il ne le sait pas.

Il aura tant de peine par ma faute.

Si vous m'acceptez comme mari,

on pourrait dire que la b�tise, c'est moi.

Puisque personne ne le sait, �a irait tout seul.

D'autant plus que moi,

�a m'aurait beaucoup plu

d'�tre la b�tise.

Vous savez, moi...

Je peux vous le dire puisque je vais � la guerre...

Des histoires d'amour avec des filles,

j'en ai eu, et plus d'une.

M�me qu'un jour, un ami � moi vous l'a dit devant moi.

Quand?

Au "m�tingue", vous savez...

Rappelez-vous, l'aviateur, mon ami d'enfance,

Jacques Mazel, celui du bazar.

Vous vous rappelez?

Oui, je me souviens.

Il est parti � la guerre lui aussi.

Faudrait pas qu'on me le tue.

Ce serait un grand malheur.

Pour votre p�re...

Je lui dis tout de suite que la b�tise,

c'est moi?

Merci, F�lipe, non...

Je pr�f�re lui dire moi-m�me.

Vous avez peut-�tre encore un espoir du c�t� de l'autre...

Aucun espoir.

Vous l'aimez, lui? Vous l'aimez d'amour?

Si pour les femmes, c'est comme pour les hommes,

�a vous passera jamais.

Enfin, Patricia...

Si vous avez besoin de moi...

Merci, F�lipe.

Non...

Personne ne peut rien pour moi.

C'est bien malheureux, �a.

Voil� Amanda. Elle apporte des cigarettes.

F�lipe, �a, c'est pour toi.

Des cigarettes. Patricia avait devin�.

A la caserne, personne ne te fera des cadeaux.

Il faut bien que tes amis y pensent.

- O� est ton p�re? - Sur le quai.

- Il attend le train. - Ah oui?

Allons-y.

Oh, mes cigarettes.

Et tu sais, il aura des permissions.

Oui.

Dommage que ton p�re soit mort l'an dernier.

Il aurait attendu, t'aurais une permission de plus.

Il aurait voulu attendre, mais il a pas pu.

Mais oui.

Et s'il se marie, il a encore une permission.

Pas longue, mais enfin il a une permission s'il se marie.

T'as pas fini de renifler?

Allez, va, ou je te fiche une gifle. Passe devant...

Alors, on mange ou on ne mange pas?

Toi, tu ne perds jamais l'app�tit.

Je ne vois pas pourquoi, apr�s 5 h au magasin,

je refuserais de satisfaire mon app�tit.

�a servirait � quoi?

Si la gr�ve de la faim pouvait arr�ter la guerre,

je n'h�siterais pas une seconde.

Mais je sais qu'un je�ne prolong� ne servirait � rien,

qu'� faire tomber la peau de mon ventre sur mes genoux.

Comme j'aime mon fils autant que toi,

je vais manger comme d'habitude pour lui garder un p�re.

Qu'est-ce que c'est?

Le puisatier veut parler � Monsieur et � Madame.

A propos de quoi?

II dit que c'est tr�s s�rieux.

Il est avec ses 6 filles.

Mais il est devenu fou!

II a l'air bien calme et bien poli.

Il vient s�rement demander la charit�.

La charit�, non, madame.

J'ai jamais demand� la charit�, je vais pas commencer.

Ne te f�che pas. Je sais que tu es un bon travailleur.

Il ach�te une pioche 2 fois par an.

On n'en use pas autant quand on vit de la charit�.

Merci, M. Mazel. Je vous remercie bien.

Entrez. C'est ma famille. Entrez, entrez.

Pourquoi m'am�nes-tu ces belles petites filles?

Pour vous faire voir qu'elles sont belles, justement.

Tenez, voil� la derni�re.

La petite Roberte.

Elle a quatre ans.

Regardez si c'est ferme. Un vrai poulet de grain.

Et bien �lev�e. Dis bonjour � M. Mazel.

Bonjour, M. Mazel.

Envoie un baiser � la dame.

Voil�.

Elle a bien retenu sa le�on.

Oui, elle est tr�s intelligente.

Et voil� la petite El�onore. Viens.

Regardez-moi �a, regardez-moi ces joues.

C'est du bon sang, M. Mazel.

Et toutes mes filles, elles ont le blanc de l'oeil bleu,

comme l'eau du puits.

Voil� ma famille, monsieur, madame.

Et vous venez me dire quoi?

Je vous le dirai quand elles seront sorties.

Amanda, emm�ne-les et reste avec elles.

Pourquoi venez-vous donner des ordres ici?

Des ordres? Moi, je ne commande que mes filles et ma pioche.

C'est tout.

C'est Patricia, ma fille a�n�e.

J'ai bien l'impression qu'il s'agit d'un chantage.

Marie, ne te h�te pas de juger.

Elle est trop jolie et fait des yeux de sainte nitouche.

Si elle tient les yeux baiss�s,

c'est qu'elle a une raison.

Qu'elle soit trop jolie, je ne comprends pas.

Une fille n'est jamais trop jolie. Et vous, � son �ge,

vous auriez aim� �tre si jolie.

Dieu merci, je n'ai jamais eu cet air-l�.

�a, je sais bien.

Je ne doute pas que vous �tiez pas mal.

Mais vous me dites qu'elle est trop jolie.

Elle a 18 ans et 4 mois. C'est le bel �ge pour les filles.

Mais �a vous surprend qu'elle soit la fille du puisatier.

A la maison, nous disons tout le temps:

"On dirait une princesse."

C'est entendu.

Nous vous f�licitons d'�tre son p�re. Ensuite?

Eh bien, voil�: Ma fille est une princesse

et vous, votre fils,

� ce qu'il para�t,

c'est un prince.

Il est au front, en ce moment?

Ce qu'il fait ne vous regarde pas.

Non, ce qu'il fait ne me regarde pas.

Mais ce qu'il a fait � ma fille, �a me regarde.

Eh bien, brave homme, �coutez-moi.

Si je recevais toutes celles qui ont eu des bont�s pour mon fils,

la maison serait trop petite.

Donc... n'en parlons plus.

Et retirez-vous.

Oui. Cette conversation est un peu ridicule.

Ce qu'ont pu faire ces jeunes gens, je n'en sais rien

et je ne veux pas le savoir.

Ce n'est certainement pas criminel.

Et si c'est ce que l'on pense, ils ne l'ont pas invent�.

Ce qui ne serait pas joli,

ce qui m�me serait tr�s laid,

ce serait d'essayer d'en tirer profit.

D'ailleurs, je ne t'en crois pas capable.

Ce que tu as de mieux � faire, c'est de t'en aller avec tes filles

et de les surveiller pour ne pas qu'elles se laissent

- conter fleurette. - Viens, allons-nous-en.

Non, mais �coute, ils n'ont pas bien compris.

M. Mazel,

fleurette, c'est le printemps.

C'est joli, mais �a n'a pas d'importance.

Mais apr�s, il y a l'�t�.

Et puis l'automne.

Et sous les feuilles, il pousse des fruits.

Vous comprenez?

Fort bien.

Voil� le chantage.

Fais-les sortir, ou j'appelle les gendarmes.

Les gendarmes?

Parce que votre fils a fait un enfant � ma fille?

Vous croyez que les gendarmes la feront accoucher tout de suite?

Calme-toi, Marie.

Nous ne risquons rien.

Il est certainement de bonne foi.

Vous avez connu mon fils quand?

Un matin, dans la campagne. Il p�chait.

La veille de la f�te de l'aviation.

Et vous ne l'aviez jamais vu, avant?

Non, jamais.

Et vous l'avez revu quand?

Le lendemain, � la f�te.

Il m'a invit�e chez lui.

Chez lui? O� �a?

Dans une petite rue, au rez-de-chauss�e.

Il a une gar�onni�re? Elle ment!

Elle ne ment pas. Bien s�r qu'il a une gar�onni�re.

A 26 ans, ce n'est plus un enfant de Marie.

Il a une gar�onni�re?

Tu l'as peut-�tre aid� � l'installer!

Pour qu'il puisse amener chez lui des Marie-couche-toi-l�!

Tu vois, tu peux �tre content, maintenant.

Voil� le r�sultat: Le chantage.

Mais qui est-ce qui chante, ici?

Mais personne ne chante.

On parle, on s'explique.

Alors, �a s'est pass� chez lui, comme vous dites?

Non, madame.

Le soir, la voiture de F�lipe ne marchait pas bien.

Votre fils m'a ramen�e sur sa moto

et on s'est arr�t�s en route.

Eh bien, voil�. Au clair de lune.

Vous voyez, au clair de lune.

Vous ne l'avez jamais revu?

II est parti le soir m�me pour l'Afrique.

C'est ce qu'on m'a dit.

Mais qu'est-ce qui nous prouve que cet enfant est de mon fils?

C'est qu'il ne peut pas �tre d'un autre.

C'est ce qui reste � d�montrer.

Quoi?

Si la liaison �tait ancienne,

si mon fils m'en avait parl� depuis quelques mois,

s'il y avait entre vous des liens solides,

des rendez-vous, des lettres, par exemple...

Avez-vous des lettres?

Non, je n'ai rien.

Je n'ai que l'enfant.

Un enfant, ce n'est pas sign� comme une lettre.

Si j'�tais s�r que cet enfant f�t de mon fils,

je vous aiderais volontiers.

Je vous donnerais de l'argent.

Si tu leur donnes 100 F, la chanson va durer 100 ans.

Ah, mais non!

Qui est-ce qui demande de l'argent?

Personne n'en demande.

Et d'ailleurs, je ne donnerai pas un sou.

Votre histoire me para�t suspecte.

Votre aventure, ma petite fille, me para�t un peu rapide.

Votre vertu n'�tait pas s�v�rement gard�e

et je pense que quand �a vous prend si vite,

c'est que �a vous prend souvent.

Vous ne croyez pas ce qu'elle dit, ma fille?

Et vous, brave homme, vous la croyez?

Ah oui.

Parce que ma fille, elle m'a jamais menti.

- Jamais? - Jamais.

Alors en rentrant de la f�te d'aviation,

elle vous a dit gentiment:

"Papa, j'ai pass� mon apr�s-midi dans une gar�onni�re

"et au clair de lune,

"je me suis roul�e dans l'herbe avec un aviateur."

Non.

Non, parce qu'il y a des choses que les filles n'osent pas dire.

Elle avait honte.

Donc, elle vous a menti?

Cette fois, peut-�tre.

Si vous la connaissiez...

Je la connais, maintenant. Et aussi bien que vous.

Une charmante sainte nitouche

qui voit un gar�on 2 fois et ne lui refuse rien.

Voil� ce que j'en sais, et �a me suffit.

Elle a plus de 18 ans et a d� rencontrer d'autres gar�ons.

Et le jour o� elle a un ennui, le plus riche en est l'auteur.

Eh bien, non, non, non et non!

Mon fils ne paiera pas pour les autres.

Et vous?

Que dites-vous?

Je dis, Pascal, que tu connais mieux les pioches que les filles.

Les filles, Pascal,

les hommes, et surtout les p�res, n'y comprennent jamais rien.

Cependant, comme tu es un brave homme,

je vais �crire � mon fils.

Ne va pas l'ennuyer avec ces histoires.

On ne va pas lui mettre martel en t�te

� cause de la fille du puisatier.

Si mon fils vous a tenue dans ses bras 5 min,

il vous a fait un grand honneur.

Eh bien...

nous nous en contentons.

Nous partons, p�re?

Oui... nous partons.

Mais... avant de partir,

je veux m'expliquer un peu avec M. Mazel.

Votre dame semble croire que je suis venu voler le tiroir de la caisse.

Elle se trompe beaucoup.

Je suis venu pour m'expliquer sur ce qui se passe.

Un soir, dans le malheur de ma fille, j'ai trouv� un enfant.

C'est comme trouver un porte-monnaie.

Quand on est honn�te, on dit: "A qui il est?"

J'ai dit � ma fille: "A qui il est?"

Elle m'a r�pondu: "A Jacques Mazel."

J'ai pens�: "Je vais aller trouver le p�re et lui dire la v�rit�."

Et j'esp�rais que vous me diriez:

"Puisque c'est ainsi, mon fils demandera une permission

"et ils vont se marier."

Et j'aurais donn� la permission � Patricia.

L'enfant serait n� et on aurait tir� un feu d'artifice.

Voil� ce que je croyais. Mais je vous connaissais pas.

Maintenant, je sais qu'il faut se m�fier des gens

qui vendent des outils et ne s'en servent jamais.

Vous avez refus�

la fille et l'enfant. Vous n'avez pas raison.

Et vous m'avez expliqu� des mauvaises id�es

qui me travailleront la t�te jusqu'au fond des puits.

Oui. Cet enfant, je sais plus de qui il est.

�a sera un enfant sans nom.

Et ma fille, c'est une fille perdue.

Elle est perdue pour moi.

Autre forme de chantage.

Celle-l�, elle parle tout le temps de chanter.

Moi, j'en ai pas envie.

Ils vont raconter cette histoire partout.

Non, madame, c'est pas des choses � dire.

Je ne raconterai rien. Mais n'en parlez pas non plus.

L'histoire est bien triste pour nous.

Mais pour vous... elle est bien vilaine.

Bon app�tit, messieurs et dames.

Amanda...

Passe devant avec tes soeurs. Allez, les enfants.

Patricia...

J'ai � te parler.

C'est maintenant qu'il faut que je te perde.

Je le savais, p�re.

Le car passe � 2h au bout de cette route.

Tu le prendras et tu iras � Fuveau

chez ma soeur Nathalie.

Elle est blanchisseuse.

Tu lui diras ce qui se passe. Elle te comprendra

parce qu'elle aussi a fait des b�tises graves.

Elle s'occupera de toi.

C'est pas que je t'aime pas.

Je t'aime � un point que j'ai jamais voulu te faire voir.

Seulement voil�,

ils t'ont pas voulue. J'ai fait ce que j'ai pu, simplement.

Tu l'as vu, ils te veulent pas.

Alors il faut que tu t'en ailles.

D'abord, � cause des petites.

Dans quelque temps, elles poseront des questions.

Et il y a les voisines.

Il faut que tu refasses ta vie.

Pas ici. Ailleurs.

Ici, tu es une fille perdue.

N'importe o� que j'aille,

ma vie est perdue.

Ici, surtout.

Tu pourrais pas te marier.

Si tu �pousais un gar�on de Salon,

m�me si tu lui disais la v�rit�,

le dimanche, il oserait pas sortir avec toi pour te promener.

Parce que si vous rencontriez Jacques Mazel,

toi, tu deviendrais toute rouge

et lui deviendrait tout p�le.

Et il baisserait les yeux.

Et une femme a pas le droit de faire baisser le regard de son mari.

Il faut que tu partes. Le plus vite, c'est le mieux.

J'y ai pens� toute la nuit

et je suis pr�te.

Je te porterai tes affaires au car.

Je les mettrai dans une caisse et je les d�poserai au car.

Je voudrais qu'on me mette dans une bo�te

et qu'on me porte au cimeti�re.

Mais non, mais non.

�a n'effacerait rien.

Va chez Nathalie, va.

Va...

A cause des petites,

il faut que je t'embrasse.

Approche-toi.

C'est � cause des petites.

Adieu.

Adieu, p�re.

- Tu as bien dormi dans le train? - Les soldats, �a dort partout.

- Combien tu as de permission? - Un mois.

Une permission de convalescence.

- Tu as �t� bless�? - On m'a coup� le bras.

En long. Depuis l'�paule jusqu'au poignet.

Mon Dieu, que c'est beau!

Et ton p�re?

Toujours pareil, comme je te l'ai �crit...

- Et elle? - Il en parle pas.

Il a re�u une lettre de la tante, avant-hier.

Il l'a jet�e dans le fourneau.

- Sans la lire? - Sans la lire.

Surtout, ne lui en parle pas.

Il devient blanc comme le papier et prend une col�re terrible.

- Je m'en fous. - Je sais pas si tu feras bien.

Je m'en fous si je fais pas bien.

Si tu veux, cette apr�s-midi, on va voir ta soeur � Fuveau.

Et si mon p�re le sait?

On dira qu'on est all�s se promener.

Tu m'emm�neras dans l'automobile?

Oui, je t'emm�nerai.

- �a te fera plaisir si j'y vais? - Oui.

Je pr�f�re ne pas aller voir Patricia seul.

Sais-tu si M. Mazel a �crit � son fils pour l'avertir?

Je ne sais pas.

Et s'ils lui ont �crit, �a revient au m�me.

On dit qu'il est mort � la guerre.

Jacques? Mort?

Qui t'a dit �a?

Le commis du bazar.

Un officier de l'aviation est venu pr�venir son p�re

que Jacques Mazel est disparu.

Mais s'il �tait mort, M. Mazel,

on vous l'aurait dit officiellement.

On m'a dit officiellement que son appareil �tait tomb�

derri�re les lignes allemandes.

En flammes.

Ils ont donn� le num�ro du moteur.

On n'a pas retrouv� le corps?

En flammes.

On essaie d'avoir des pr�cisions.

Et � l'�tat-major,

ils les ont peut-�tre, les pr�cisions.

Mais ils ne veulent rien dire.

Petit � petit, n'est-ce pas...

on nous fait comprendre

que l'espoir diminue chaque jour.

Mais moi, je suis fix�, va.

Je sais qu'il ne reviendra plus.

Combien c'est, la pendule en bronze?

275.

A 250, je la laisse partir?

- 275, dernier carat. - Bon.

Tu as entendu ce que j'ai dit?

Moi, non.

Je parle, je parle comme �a...

Enfin, j'ai l'air de parler.

J'ai l'air de continuer � vivre.

Mais au fond, ce n'est pas moi qui parle.

Je suis comme une esp�ce de phonographe

qui parle tout seul.

- Bonjour, Pascal. - Oh, F�lipe!

Comment �a va?

Cette guerre, tu l'as pas encore gagn�e?

Non. Je me suis pas encore mis en col�re, mais �a viendra.

Des gens disent qu'elle a pas encore commenc�.

Il y en a quelques-uns qui savent qu'elle a mal commenc� pour eux.

J'ai vu M. Mazel. Il m'a fait de la peine.

Celui-l�, qu'il ait de la peine ou pas,

�a ne me regarde pas.

Ne dites pas �a, Pascal.

�a vous regarde peut-�tre pas,

mais �a vous int�resse.

Son fils...

Il avait un fils?

Mais vous le savez bien.

Son fils est port� disparu depuis 3 semaines.

On l'a vu tomber en flammes.

Patricia le sait?

Va-t'en, toi.

Patricia?

Qui c'est, �a, Patricia?

Tu as connu une fille qui s'appelait Patricia?

Moi pas.

Je ne parle pas d'une fille qui ne m'int�resse pas.

On est seuls. Laissez-vous aller, �a vous fera du bien.

Tu es venu me faire des mis�res?

Non, vous savez que je vous parle d'amiti�.

Alors ne parle pas de choses que je veux pas entendre.

Voil� Amanda.

Bonjour.

Regarde...

Elle s'est fait belle en 6 mois.

�a, �a ferait une brave femme pour un travailleur.

Et honn�te.

Celle-l�, en tout cas, je crois qu'elle l'est.

Tu restes � d�jeuner avec nous?

- �a vous fait rien? - Mais �a me fait plaisir.

Tu as toujours ton automobile?

Parbleu! J'irai la voir tout � l'heure.

Je l'avais laiss�e chez le m�canicien.

Pourquoi vous me demandez �a?

Vous en avez besoin?

Non, j'ai pas de courses � faire.

Et moi, je reste chez moi. Je suis bien, ici.

Pour l'automobile, si vous le permettez,

je ferai un tour cette apr�s-midi avec Amanda.

- Si vous le permettez. - Mais oui.

Et elle sera fi�re, en automobile, avec un grad�.

- Tu le dis pas pour rire? - Pas du tout.

Si �a vous fait plaisir, allez-y.

Seulement, fais attention. Toi...

tu es un honn�te gar�on.

Mais tous les hommes ne sont pas honn�tes.

Alors, fais attention.

Si tu rencontres un beau gar�on avec une motocyclette

qui te dise: "Je vais la ramener chez elle",

r�ponds non.

Parce que tu sais,

les motocyclettes, il faut se m�fier.

�a emporte le bonheur d'une famille.

Et m�me si �a faisait pas de bruit,

�a emp�che les gens de dormir.

- Bonsoir. - Bonsoir.

Alors, cette fois-ci, elle est pas rest�e en panne, l'automobile?

Cette fois, elle a bien march�.

Bon. Tant mieux. Si le bon Dieu l'avait voulu,

elle aurait toujours march� comme �a.

O� elle est, Patricia? Tu as vu Patricia?

Allez, ma ch�rie, mange.

Il reste plus beaucoup de soupe.

Allez, mange, mange, va. Tiens.

Alors, vous vous �tes bien amus�s?

Oui. Il m'a pay� des nougats, � la foire.

J'ai tir� sur 5 pipes et j'en ai cass� 4.

Et la 5e, alors? C'est pas la peine d'avoir des galons.

Elle est partie sur la route, Patricia.

Elle est malade, peuch�re.

Allez, mange, ma ch�rie. Mange, va.

Il y avait du monde?

Un monde fou.

Et surtout des vieux et des femmes, naturellement.

Moi, j'ai demand� au facteur. Et il m'a embrass�e.

Tiens, Amanda. Allez, va.

Emm�ne-la se coucher, va.

Va te coucher.

Viens, ma ch�rie, viens.

- Envoie un baiser � papa. - Je veux pas.

Pourquoi?

Tu es m�chant.

O� elle �tait, cette foire?

A lstres.

A lstres?

C'�tait beau?

Oh, l� l�! Je comprends que c'�tait beau.

Comme toutes les foires, quoi.

Oui.

Et vous �tes rest�s toute l'apr�s-midi � la foire?

Oui, toute l'apr�s-midi.

Sauf le temps qu'on a pass� sur la route,

dans l'automobile.

Dans l'automobile?

Ne me dis pas que tu mens.

Ne me dis pas que tu as vu quelqu'un.

- Je t'�trangle, moi, dis. - Je vous le dis pas.

Pas si b�te!

Mais tu fais une figure de menteur. Je vois que tu mens.

Si je fais cette figure, c'est malgr� moi.

Je me retiens tant que je peux.

Si vous croyez que c'est facile, vous, de faire...

Je devrais te fiche une gifle

qui te vire la t�te de place.

Alors?

Elle se porte bien?

Oui, elle se porte bien.

Elle est un peu p�le, mais elle va bien.

Tant pis.

Elle le m�ritait pas. Elle se porte bien. Tant pis.

L'enfant est n�.

C'est un gar�on. Il est superbe.

Un gar�on?

- C'est malheureux. - Pourquoi?

Parce que si �'avait �t� une fille,

un jour, elle aurait eu le nom de son mari.

Tandis qu'un gar�on, il aura toujours un petit nom,

comme un boeuf ou un cheval.

- Comment elles l'ont appel�? - Andr�.

- Pourquoi? - Parce que c'est le nom de...

Le nom de...

C'est un joli nom.

C'est le nom de qui?

C'est le nom du p�re Mazel.

Il lui manquait plus que �a, � ce malheureux.

Qu'on lui donne le pr�nom d'un gagneur de sous.

Elle a oubli� qu'il nous a fait voir la porte?

II s'appelle aussi...

Pascal.

Pascal? Quoi?

Comment, Pascal?

On a os� donner � ce petit b�tard

mon nom de bapt�me?

II est baptis�.

- C'est pas un chien. - Dis donc.

Tu as pas honte de parler comme �a � ton p�re?

�a te fait plaisir d'�tre la soeur d'une garce? Au lit!

Non, �a lui fait pas plaisir, je vous assure.

C'est ma soeur, je l'aime. C'est ma soeur.

Va te coucher, je te dis.

J'ai trop de filles.

Si elles donnent raison � l'autre,

j'ai plus qu'� mettre une lanterne rouge � ma porte...

Ce petit, il a 2 pr�noms, mais il aura jamais un vrai nom.

Il en a un, de vrai nom. Un nom de famille.

Ah oui, un nom de famille? Lequel?

II porte le nom de sa m�re.

Il s'appelle comme vous. Il s'appelle Andr� Pascal Amoretti.

F�lipe, tu es fou. Non, tu es fou.

Alors, ce petit, il s'appelle comme moi, comme mon p�re?

C'est pas de ma faute, c'est la loi.

Un enfant qui n'a pas de p�re,

il porte le nom de sa m�re.

C'est valable, �a, le nom d'une femme?

Bien s�r que c'est valable. C'est la loi.

C'est �crit sur le livre � la mairie?

Naturellement. C'est �crit sur le grand livre

et sur son acte de naissance.

Comment? II a un acte de naissance?

Naturellement, puisqu'il est n�.

Alors, ce petit, il m'aura tout pris.

Ma fille et mon nom.

Mais qui fait des lois pareilles?

Et comment je me d�fends contre cet individu?

Dans les mairies, on vous prend votre nom sans pr�venir?

Ceux qui font les lois sont plus forts que nous.

Ils doivent savoir, eux.

Puisque �a vous d�range,

il y a un moyen de le changer, ce nom de ce gar�on.

Lequel?

Si elle se mariait,

l'enfant prendrait le nom du mari.

Elle peut pas le marier, il est mort.

Ah oui, lui, il est mort, oui.

- Et elle le sait? - Oui, elle le sait.

- Qui le lui a dit? - Des aviateurs.

Chaque fois qu'il en passait un, la tante demandait des nouvelles.

Alors un beau jour, ils lui ont tout dit.

Alors, l�, elle s'est mise en noir.

Si la tante Nathalie parle aux aviateurs,

je la connais, moi, elle fera des a�roplanes.

Elles savent qu'il est mort et qu'il peut pas l'�pouser?

Ah oui. �a, elles le savent, �a.

Mais si lui est mort, y en a d'autres qui sont pas morts.

Moi, par exemple.

Si elle voulait m'�pouser, moi,

le petit s'appellerait plus Amoretti.

Il s'appellerait comme moi. Il s'appellerait Rambert.

Oui, mais le nom d'Amoretti serait toujours sur le registre.

Jamais de la vie.

Le jour du mariage, ils effacent tout.

Ils ont une grosse gomme et ils effacent.

Et le petit s'appellerait Rambert. Comme moi.

Et tu accepterais �a, toi?

Du moment que �a vous ferait plaisir.

Et moi, �a me d�plairait pas.

Parce que j'ai remarqu�

que votre fille, elle me pla�t toujours.

Alors, tu prendrais

la fille perdue

et le b�tard?

Et je parie... Je parie que ce petit voleur de nom, l�,

c'est un pauvre minable

qui a une t�te de ferblanterie.

Non, non, alors! Ne dites pas �a, Pascal.

Si vous le voyiez... Il est beau comme un astre.

Et il crie, il crie avec une force terrible,

preuve qu'il a de bons poumons.

Si elle veut, je prends tout le paquet. Et bien content.

Oui, eh bien, �coute, F�lipe...

tu n'as pas beaucoup d'honneur, �a, je te le dis.

Peut-�tre. Mais bien s�r, j'ai beaucoup d'amour.

Et peut-�tre que �a remplace.

Eh bien, si tu as de l'amour, parbleu,

trouve une jeune fille neuve, comme Amanda. Hein?

Si la petite princesse me refuse encore,

j'essaierai de me consoler avec Amanda,

puisque c'est sa soeur.

Mais elle ne m'a pas encore refus�.

Mais... tu lui en as parl�?

Non, mais...

J'ai eu une fa�on de la regarder qu'elle a d� comprendre.

- Ah oui... - Oui.

Alors, F�lipe, si tu l'�pousais,

le petit changerait de nom?

Tout de suite.

Vous savez pas ce que vous devriez faire?

Vous devriez aller lui parler pour moi.

Parce que vous,

elle vous �couterait.

Oui...

Dis, petit...

Petit...

Tu as pas vu deux femmes qui lavent du linge?

Elles doivent pas �tre loin. Y a du linge sur le pr�.

- L�-bas? - Oui.

Y a un lavoir, l�-bas, sous les arbres.

L�-bas... Bon, merci. Merci.

C'est comme le commis du percepteur.

Il met des chemises de femme.

Il en met d'homme aussi, naturellement,

quand il va au bureau.

Quand j'allais chercher le linge, je le croyais mari�.

Puis un jour, quelqu'un me dit...

- Voil� Pascal. - Quoi?

- Ton p�re. N'aie pas peur. - J'ai pas peur.

Il vient nous prendre le petit.

- Maintenant que le souci est pass�. - Tu crois?

Mais s'il le veut, il devra le demander, ce vieux sournois.

S'il veut nous reprendre � la maison...

S'il veut vous reprendre, qu'il le demande.

Aide-moi un peu.

Et dis toujours comme moi. Ne crains rien.

- Te voil�, toi. - Oui, me voil�. Bonjour, ma soeur.

Et alors?

Et alors, me voil�. J'ai � te parler.

A toi et � celle-l� qui fait semblant de pas me conna�tre.

Je ne sais pas que te dire.

Tu sais pas quoi dire?

Eh bien, moi...

- Moi, je sais quoi dire. - On le dirait pas.

Moi, quand je parle, c'est pour dire quelque chose.

Alors...

Il para�t que ton enfant est n�.

Oui, p�re, il est n�.

�a, �a devait arriver.

Ces choses-l�, �a se termine toujours pareil.

Elle n'a rien invent�.

Si tu n'as rien � dire, ne parle pas.

C'est un gar�on...

Et on m'a dit qu'il s'appelle... Amoretti.

- Comme moi. - Non.

Comme moi. Amoretti, c'est moi.

Ce nom, je lui ai lanc� par-dessus toi,

parce que ce nom, c'est moi qui l'ai.

Il s'appelait comment, notre p�re? Et le p�re de notre p�re?

Toi, notre nom, n'en parle pas.

Tu lui as gu�re fait de bien.

Ce gar�on porte mon nom.

Et il le porte comme le premier-n� apr�s moi.

Une fille, �a s'appelle Amanda, ou No�mie, ou lsabelle.

Un cadet ou un 3e gar�on, �a s'appelle Henri, Pierre ou Paul.

Mais un premier-n� de Provence,

on lui dit jamais son petit nom.

On l'appelle par son nom de famille.

Et cet enfant,

que je connais pas,

il s'appelle Amoretti.

Et que �a me plaise ou non,

je suis responsable pour lui.

Responsable en quoi?

En tout.

Par exemple, s'il volait les prunes de M. Le cur�

ou s'il �crasait quelqu'un en conduisant

ou s'il frappait les gendarmes.

Arr�te, ou je te frappe comme un drap de lit.

C'est qu'il le ferait, ce bestiari.

- On parle s�rieusement. Tais-toi. - Si je veux!

Cet enfant est n� dans mon lit.

Je parlerai tant que je veux.

Depuis 5 min, tu dis des choses qu'on sait d�j�. Et alors?

- Comment, alors? - �a veut dire quoi?

�a veut dire ce que je dis.

Que veux-tu que je fasse? Je t'ob�irai.

Oui, dis un peu pourquoi tu es venu.

Je suis venu pour vous dire que c'est grave.

D'accord, c'est grave.

Comme tu n'es venu que pour dire �a, l�, on le sait.

Maintenant, laisse-nous travailler.

Bien le bonjour � toute la famille.

Il y a des choses plus graves que �a.

Cet enfant, il faut le nourrir et l'habiller.

Reste l�, Patricia.

J'ai autre chose � te dire.

Quelque chose d'encore plus grave.

A propos de mon fils?

Oui et non.

Voil�.

F�lipe, il a une id�e.

Il voudrait t'�pouser.

Il dit que comme �a, l'enfant, il changerait de nom

et il serait plus b�tard.

Et il veut te marier.

Il t'en parlera.

Eh bien, il faut que tu lui dises non.

- Bien, p�re. - Pourquoi tu dis: "Bien"?

F�lipe fera un bon mari.

Pourquoi tu lui dis de dire non?

Ce serait malhonn�te.

L'enfant serait pas b�tard, mais F�lipe serait un p�re b�tard.

Et il aurait plus d'honneur.

Qui saura que ce petit n'est pas � lui?

Moi, je le sais. M. Mazel le sait.

C'est une chose qu'on sait. Il faut qu'elle dise non.

Je lui ai d�j� dit non.

Et je n'ai que de l'amiti� pour lui.

Et elle a pas besoin de �a.

Ici, il y a de gentils aviateurs.

Il me semble que ces messieurs des a�roplanes,

dans la famille, on devrait s'en m�fier.

Mais c'est eux qui nous courent derri�re.

Si elle veut se marier, elle a pas besoin de F�lipe.

Et si le petit a besoin de changer de nom,

il aura un joli nom.

Un nom de la ville.

C'est donc �a que vous manigancez!

Un seul crime, c'est pas suffisant?

Tu en pr�pares un second, hein?

Je m'en doutais.

Puisque c'est �a, tu vas rentrer tout de suite � la maison.

Avec mon fils?

Ben, alors, �a...

Emm�ne-le si tu veux, mais moi, je veux pas le savoir.

Alors il vaut mieux que tu l'emm�nes pas.

Et cet enfant, c'est la grosse honte de la famille.

C'est l'enfant du p�ch�.

La 2e honte apr�s toi.

Les hontes, c'est fait pour vivre ensemble, alors je le garde.

Tu entends pas? Tu es devenu sourd?

Oui, eh bien, �videmment, comme �a,

�a sera tr�s bien.

Seulement, elle, elle voudra pas.

Pourquoi pas? Apr�s tout, tu sais...

Si tu es d'accord,

moi, je suis d'accord.

On le laissera ici. Voil�.

Comme �a, c'est simple.

Oui, c'est simple.

Seulement...

je suis s�r, dans le fond, qu'elle veut pas.

Elle vient de te dire oui.

Elle a dit oui, mais �a veut dire non.

Moi, je la connais.

C'est l'enfant du malheur, mais elle veut pas le laisser.

Avec tante Nathalie, il sera pas abandonn�.

�a, c'est ce que je dis, et c'est la v�rit�.

Parce que moi, d'emmener cet enfant � la maison,

�a me fait mal au coeur. Oui.

Parce que contre lui, j'ai la grosse col�re.

J'ai la rancune des mis�res qu'il m'a faites.

Seulement, toi, voil�, toi...

c'est toi qui...

Toi, je te connais. Si tu l'emm�nes pas,

tu vas d�p�rir, tu vas languir,

tu mangeras plus, tu vas maigrir,

et puis tu voudras venir le chercher.

Non, elle voudra pas.

Qu'est-ce que tu en sais? Tu as eu des enfants? Non.

Heureusement! Tu en aurais 50!

Alors, qui te parle?

Et toi, pourquoi tu mens?

Tu cr�ves d'envie de l'emporter!

C'est pas mieux de dire la v�rit�?

Pourquoi es-tu hypocrite?

Moi, les hypocrites, je les aime pas.

Si on veut faire quelque chose, on le dit.

Et si on le dit pas, on le fait.

- O� vas-tu? - Je vais le noyer, de tout s�r.

N'aie pas peur, imb�cile.

Il est au soleil depuis 1 h. C'est pas la peine de l'assassiner.

P�re,

tu nous voudrais tous les deux � la maison?

Toi, oui. Mais lui, je sais pas encore.

Je le connais pas. On me l'a pas pr�sent�.

Il y a 1 h que je suis l�, on m'a pas encore soulev� le torchon.

Comme il est petit!

De tout s�r, il a pas assez mang�.

Si le lait de sa m�re lui suffit pas,

on pourrait lui donner des pois chiches

avec des petits oignons frais.

Il a des petits doigts avec des ongles.

Tu en as jamais vu?

Si, mais je les avais pas regard�s.

Qu'est-ce que vous faites l�, � le regarder?

Vous l'avez pas encore assez vu?

Vous vous �tes pas assez amus�es ou fait tirer l'oreille?

Allez faire les paquets, on s'en va tout de suite.

Amoretti,

fais risette.

Amoretti le Jeune,

fais vite ton plus beau sourire.

C'est pour Amoretti le Vieux.

Alors...

- Qu'est-ce qu'il fait, Amoretti? - Il dort.

Fais attention aux mouches.

Il a bu?

Oui, il a bu.

Il a fait son petit rot?

Oui, il l'a fait.

Il faut tout le temps qu'il fasse le petit rot

parce qu'autrement,

ils avalent de l'air, tu sais,

et puis ils gonflent.

Et un jour, il a un ventre comme M. Le maire.

Je vais pr�parer les cartouches.

Je vais l�-bas.

C'est jamais arriv�, mais enfin, on sait jamais,

�a peut arriver.

C'est �a. C'est bien �a.

Pascal doit �tre au fond du puits

et je vois sa fille assise au pied d'un arbre.

S�rement, l'enfant est � c�t� d'elle.

Apr�s tout, on a le droit de se promener.

Surtout que ce champ est � F�licien.

Il m'avait permis d'y chasser, avant la guerre.

Est-ce qu'on lui parlera?

Pourquoi pas?

S'il �tait venu au magasin, je lui aurais parl�.

Mais il envoie un voisin pour acheter ses outils.

Marie...

Si cet enfant �tait le fils de notre petit...

N'aie pas peur, je te le dirai au 1er coup d'oeil.

Bonjour, mademoiselle.

Bonjour, M. Mazel.

Votre p�re est par l�?

II est l�-bas, derri�re. Il pr�pare des cartouches.

Nous nous promenions, ma femme et moi,

et de loin, j'ai vu la ch�vre sur le puits.

�a m'a fait penser qu'il faudrait que je fasse curer le mien.

Oui...

Mon puits de la vigne de Castelas.

Et comme votre p�re ne vient plus au magasin...

Il a bien tort. Il pourrait revenir, maintenant.

Vous �tes en deuil aussi?

Oui, madame, moi aussi.

Vous avez perdu quelqu'un?

Oui, madame. J'ai perdu quelqu'un.

Bonjour, Pascal.

Je parlais � ta fille de mon puits.

Celui de la vigne de Castelas. Tu le connais?

Oui, je le connais. C'est moi qui l'ai cur�.

Du temps de votre p�re. On l'appelait Mazel le Vieux.

Il faudrait le curer encore. L'eau commence � sentir mauvais.

C'est les herbes et les graines qui pourrissent.

Depuis 20 ans, il doit y avoir au moins 2 m de mite.

C'est de la boue fine qui se d�pose au fond de l'eau.

Ah oui. Et tu pourrais venir quand?

Quand j'aurai fini celui-l�. Dans 15 jours.

Oui...

J'avais peur que tu refuses

� cause de cette histoire de l'an dernier.

Surtout que tu n'es plus venu au magasin.

Mais bon...

Non...

Moi, j'ai pas le droit de refuser le travail.

Je suis pas assez riche.

Et j'ai des enfants � nourrir.

Tu es bien heureux, Pascal.

Tu es bien heureux.

- Tu as su notre malheur? - Oui.

Je croyais qu'il vous restait de l'espoir...

On nous a pr�venus officiellement hier matin.

C'est fini.

Ah, c'est terrible, �a.

Des fois, on ne comprend pas le bon Dieu.

Vous n'avez pas �t� juste avec nous,

mais de vous voir, j'ai de la peine.

Au moins, tu ne vas pas dire

que c'est pour �a que je suis puni.

Qui peut le savoir?

Qui oserait dire oui ou non?

Pas moi.

Moi, je ne dis rien.

Mais je comprends votre malheur.

J'y ai pass�, moi aussi.

Vous n'avez pas perdu un fils, vous.

Ma fille...

Patricia.

Pendant 7 mois, elle a �t� morte pour moi.

Je lui avais d�fendu la maison.

Je sais ce que c'est de voir celle qui manque � table,

qui ne fait plus le caf�, le matin,

qui ne chante plus dans sa chambre.

Et son tablier, qui �tait rest� accroch� au mur de la cuisine,

jamais personne n'y a touch�.

Et moi, j'osais pas le regarder.

Mais toi,

tu avais encore 5 filles.

En la perdant, elle, j'ai tout perdu.

Des fois,

le soir, avant de me coucher,

je descendais en cachette de mes petites,

j'ouvrais la porte.

Je me disais:

"C'est peut-�tre cette nuit qu'elle reviendra."

Des fois,

je m'asseyais au fond du puits

et je me disais: "J'aimerais rester l�.

"J'aimerais qu'une argile glisse.

"J'aimerais qu'un troupeau de blocs d�gringole

"et m'acclape et m'enterre,

"et que �a finisse comme �a."

Voil� pourquoi je comprends votre mal.

Elle �tait vivante, vous pouviez aller la chercher.

Je pouvais pas.

Je me l'�tais d�fendu.

Parlons un peu de votre puits.

Je le connais. Il est profond, vous savez, 25 m.

�a vous co�tera 300 francs.

S'il y a des pierres � changer, vous paierez la fa�on,

le mat�riel...

Et vous donnerez 100 F

pour moi et le petit manoeuvre qui est en bas.

D'accord, Pascal, d'accord.

- J'esp�re te revoir au magasin. - Peut-�tre bien.

Au revoir, M. Mazel.

Adieu, madame.

Alors, au revoir, mademoiselle.

Au revoir, monsieur.

- Cet enfant est � vous? - Oui, madame.

Vous �tes mari�e?

Non, madame.

- Quel �ge a-t-il? - 6 mois.

Il est n� le 21 janvier, � 7h du matin.

Est-ce qu'on peut le voir?

Sans le r�veiller, bien entendu.

Juste le voir.

Bien s�r qu'on peut le voir. On n'en a pas honte.

Patricia,

apporte-moi Amoretti.

Vous l'appelez comment?

Je l'appelle Amoretti.

C'est le seul gar�on de la famille. Je l'appelle par son nom.

Ah oui, c'est la vieille coutume latine.

Ma grand-m�re ne m'appelait pas Andr�.

Elle m'appelait Mazel.

Celui-l�, il s'appelle pas Mazel.

Il s'appelle Amoretti.

Le voil�.

Fais risette au monsieur.

Ne le touchez pas. Fais risette.

Et vous savez, c'est un vrai gar�on.

Il a le mauvais caract�re.

Et quand il sera grand, il tirera les cheveux � ses 5 tantes.

Non, �a va.

Il l'a assez vu. Mets-le � l'ombre.

Il est d�j� lourd, vous savez.

Tenez, soupesez-le.

Il fallait pas le lui donner. �a lui a fait de la peine.

Ce n'est pas de la mauvaise peine.

Laissons-la pleurer.

Assieds-toi, Marie, assieds-toi.

Oui, asseyez-vous sur le truc, sur la caisse.

�a risque rien, c'est de la dynamite.

Pour que �a saute, il faut un d�tonateur.

Tu es s�r?

Je laisserais pas le petit...

Viens.

Viens, que je te parle.

Si c'est pour parler de l'enfant, il faut en parler devant ma fille.

C'est celui qu'elle portait quand tu es venu me voir avec elle?

Elle aurait pas pu en faire 2 du m�me �ge.

Ou alors des jumeaux.

Alors, d'apr�s toi,

cet enfant, ce serait le fils de mon pauvre petit?

D'apr�s moi, c'est le fils de ma fille.

Mais son p�re, tu sais bien que c'�tait mon fils.

Je sais bien... Je sais rien du tout, moi.

Moi, je sais que cet enfant a un p�re.

C'est pas le bon J�sus. Donc, il a un p�re.

Mais alors, �a, allez chercher!

Patricia te l'a dit: C'�tait mon fils.

Patricia! Oh, l� l�! Vous la croyez, vous, Patricia?

C'est une fille. Les filles, elles mentent comme elles respirent.

D'ailleurs, c'est vous qui me l'avez appris.

Mais je ne connaissais pas ta fille.

Maintenant, je me suis renseign� sur elle, je la connais.

Une fille, m�me son p�re la conna�t pas.

Elle m'a racont� qu'elle avait vu votre fils 2 fois

et qu'il lui a donn� un enfant.

Alors, quand on la voit 2 fois, �a suffit.

Et une fille de 18 ans,

beaucoup d'hommes l'ont rencontr�e 2 fois.

Alors, allez chercher.

D'ailleurs,

c'est Mme Mazel qui m'a dit �a, un soir,

dans votre maison.

Je ne l'ai pas dit comme �a. Je ne savais pas.

Il vaut mieux gu�re parler quand on sait pas.

Alors, tu l'envoies, toi, ce couffin!

II y a quelqu'un d'autre qui nous a refus�s.

C'est votre fils.

Oh, lui, je ne lui en veux pas.

Sa mort a presque rachet� ma faute.

Et je savais peut-�tre qu'il allait mourir.

C'est �a qui m'a attir�e si violemment vers lui.

Mais il n'est pas venu au rendez-vous.

Jacques? A quel rendez-vous?

II m'avait donn� rendez-vous pr�s de la chapelle Saint-Julien

et il n'est pas venu.

Il savait qu'il ne viendrait pas

puisqu'il partait pour l'Afrique.

Non, il ne le savait pas.

Son capitaine est venu le chercher � 7h du soir.

Il est parti 1 h apr�s, d'urgence,

en remplacement

d'un camarade qui s'�tait bless�.

Il ne le savait pas?

Je te le jure sur sa m�moire.

Alors, il serait peut-�tre venu.

Pourquoi il a envoy� personne pour la pr�venir?

II aurait pu envoyer quelqu'un.

Il a envoy� quelqu'un avec une lettre.

- Une lettre pour moi? - Oui.

Comment le sais-tu?

C'est moi qui devais aller au rendez-vous.

J'y suis all�e, je vous ai vue.

Et la lettre, je l'ai br�l�e.

Toi? Tu as fait �a?

Tant de filles voulaient me le prendre.

Il m'avait �crit.

C'est une belle salet� d'avoir br�l� cette lettre.

C'est une belle saloperie.

Mais quand je vous ai parl� de l'enfant,

vous l'avez pr�venu?

Non.

Encore une belle saloperie de boutiquiers.

Tais-toi, p�re.

Je suis heureuse.

S'il avait su, il ne m'aurait pas abandonn�e.

J'ai bien fait de me mettre en deuil. Il le m�ritait.

Les boutiquiers, qu'est-ce qu'ils m�ritent?

S'il y avait pas l'enfant, je les ferais sauter

comme un feu d'artifice.

Tu nous ferais peut-�tre plaisir.

Alors, je le fais pas.

Ils sont assez pein�s, tu trouves pas?

Je trouve qu'une chose:

Que ce gar�on s'appelle Amoretti et c'est mon petit-fils.

Bien s�r que c'est ton petit-fils.

Mais nous, pour lui, qu'est-ce que nous sommes?

- Des passants. - Si tu veux.

Mais ce serait une mauvaise chose

si on s'occupait de lui?

Vous occuper?

Comment, vous en occuper?

On a de l'argent.

On en a bien trop, maintenant.

On pourrait lui acheter des petites choses, des costumes...

Une fois, chez vous,

vous avez eu peur que je vous demande la charit�.

J'ai dit: "Je ne vis pas d'aum�ne."

Ce qu'on donne � un b�b� n'est pas une aum�ne.

Au contraire.

Si tu nous permettais de lui donner quelque chose,

c'est une charit� que tu nous ferais � nous.

Mais moi, je suis pas charitable.

C'est peut-�tre � force de vivre au milieu des pierres.

Celui qui a invent� la charit�, il a eu tort.

C'est le contraire de la justice.

Moi, je suis pas charitable.

Tu as bien laiss� ta fille 10 ans chez les soeurs.

Une fille, �a peut recevoir des cadeaux.

Mais lui, c'est un gar�on, c'est Amoretti.

On lui ach�terait le meilleur lait,

le bon lait de Suisse.

Il a le lait de sa m�re, �a lui suffit.

Elle n'en a pas de reste.

�a, c'est comme les ch�vres, la 1 re fois, il y en a pas beaucoup.

Mais il est bon.

Non, gardez votre lait de riches.

Le meilleur lait est celui des pauvres

car ils ne peuvent pas acheter le v�tre.

C'est le vrai. Voil� les enfants que �a fait.

Moi aussi, je l'avais nourri au sein.

Il �tait d�j� beau, petit?

Oui, il �tait beau.

Il �tait beau.

On pourrait lui acheter des robes, des couvertures, des jouets.

On pourrait le mener chaque semaine chez le docteur.

Chez le docteur? Pour le tuer? Non, non.

S'il �tait malade, je ne dis pas.

Mais c'est moi qui le m�nerais chez le docteur.

J'ai besoin de personne

parce qu'Amoretti, je veux qu'il me doive tout.

Je veux gagner le pain qu'il mange.

Je veux lui acheter sa couverture.

Je veux qu'il me doive sa soupe.

Et quand il aura seulement 3 ans,

je serai capable de lui acheter sa petite c�telette d'agneau.

M. Mazel, je vous ai dit que votre puits avait 25 m.

Il en a au moins 30.

Pour un jeune, c'est dur de descendre au bout de la corde.

Moi, j'ai 55 ans et j'y descendrai pour gagner les sous du petit.

Je vous ai fait 300 F, �a vaut au moins 500 F.

Seulement, moi, je veux rien vous devoir.

Je veux que vous me deviez car vous m'avez fait une injustice.

Tu parles de justice, mais toi-m�me, tu n'es pas juste.

Votre fils serait vivant, vous seriez pas l�.

Peut-�tre, Pascal, peut-�tre.

Est-ce que tu en es s�r?

Tu pourrais jurer sur ce berceau que tu en es s�r?

Je ne jure rien du tout.

Alors, ne te f�che pas.

Et ne dis pas des paroles blessantes.

L'heure est grave, Pascal. Et pour tout le monde.

Veux-tu venir au magasin pour �couter le message du mar�chal?

- J'ai du travail. - J'ai la voiture au bout du chemin.

- Je t'emm�ne et te ram�ne. - Je vais salir l'automobile.

Aujourd'hui, peu importe. Il faut que tu viennes,

que tu �coutes ce qu'il va nous dire.

Et s'il annonce la grande catastrophe?

Raison de plus.

Ce qu'il dira,

m�me et surtout si c'est terrible,

il faut que chaque Fran�ais l'�coute, en silence,

et apprenne en m�me temps que les autres

les malheurs de la patrie.

Allez, viens, Pascal.

Viens.

Radiodiffusion nationale de l'Etat fran�ais,

Mesdames, messieurs, M, le Mar�chal P�tain,

pr�sident du Conseil des ministres, vous parle,

Fran�ais,

� l'appel de M, le pr�sident de la R�publique,

j'assure � partir d'aujourd'hui

la direction du gouvernement de la France,

S�r de l'affection de notre admirable arm�e,

qui lutte avec un h�ro�sme

digne de ses longues traditions militaires

contre un ennemi sup�rieur en nombre et en armes,

s�r que par sa magnifique r�sistance,

elle a rempli le devoir vis-�-vis de nos alli�s,

s�r de l'appui des anciens combattants

que j'ai eu la fiert� de commander,

s�r de la confiance du peuple tout entier,

je fais � la France le don de ma personne

pour att�nuer son malheur,

En ces heures douloureuses, je pense aux r�fugi�s

qui dans un d�nuement extr�me

sillonnent nos routes,

Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude,

C'est le coeur serr� que je vous dis aujourd'hui

qu'il faut cesser le combat,

Je me suis adress� cette nuit � l'adversaire

pour lui demander s'il est pr�t � rechercher avec moi,

entre soldats, apr�s la lutte et dans l'honneur,

des moyens de mettre un terme aux hostilit�s,

Que tous les Fran�ais se groupent

autour du gouvernement que je pr�side

pendant ces dures �preuves

et fassent taire leur angoisse

pour n'ob�ir qu'� leur foi en le destin de la patrie,

Alors, M. Mazel...

Nous avons perdu la guerre.

Je ne sais pas, Pascal.

Je ne comprends pas.

Je ne comprends pas.

Moi, je comprends que notre fils est mort pour rien.

Non, madame, non.

Non, ce n'est pas vrai.

La France s'est battue.

Mais si ces hommes revenaient demain, tous sans exception,

s'ils revenaient vaincus, joyeux et bien portants en chantant,

il n'y aurait plus de France.

Et on pourrait dire qu'elle n'�tait pas une patrie.

Ils n'ont pas sauv� la France,

mais ils l'ont prouv�e:

Les morts des batailles perdues

sont la raison de vivre des vaincus.

Parce que la France a perdu la guerre et M. Mazel, son fils,

je dois perdre mon petit-fils?

Mais non, tu ne le perdras pas, tu le sais.

En 10 jours, tu es all�e 5 fois chez eux.

Ils t'ont envoy� des brayettes en soie,

des coussins en plume,

ils t'ont envoy� des choses, l�, des bonnets en dentelle,

des choses trop belles pour un enfant de pauvres.

C'est comme cette voiture d'enfant.

On dirait une automobile.

�a doit �tre plus cher que mon loyer.

Elle fait honte � mon costume du dimanche.

Aujourd'hui, je croyais rester ici, � jouer avec lui.

H� non. Il faut que je mette le faux col, la cravate,

et que j'aille chez les Mazel.

J'ai promis, p�re.

Et pourquoi tu as promis?

J'ai cru bien faire.

Mme Mazel a dit qu'elle ferait un go�ter pour les petites.

J'ai refus�, mais elle a insist�.

Quand elle veut quelque chose, c'est dur de dire non.

Pas pour moi. Moi, je peux tr�s facilement dire non.

Non, je dis non.

D'ailleurs, je le dirai tout � l'heure.

Je sais pourquoi ils nous font des mamours.

Ils ont un but?

Si!

Avant-hier, j'�tais au puits...

Tu �tais pas avec moi, tu �tais chez eux.

Alors, il est venu un de leurs amis. Tu sais,

le teinturier des all�es de Craponne.

Il dit: "J'ai vu votre petit-fils. Qu'il est beau!"

Alors je dis: "�a, oui."

Je lui ai racont� comment il �coute le son des cloches,

comment il semble compter ses doigts...

�a me faisait plaisir, tu comprends.

Alors, il m'a dit: "C'est dommage qu'il s'appelle pas Mazel."

Moi, j'ai rien dit. J'ai m�me pas fait la grimace.

Je croyais que c'�tait pas possible,

alors j'ai fait l'hypocrite.

J'ai dit: "Oui, c'est bien dommage."

II m'a dit: "Vous le regrettez?"

J'ai dit: "Oui, je le regrette.

"Mais maintenant, c'est impossible."

II m'a dit: "Si, c'est possible."

"Comment?"

II m'a dit: "En signant des papiers chez le notaire,

"les Mazel se l'adoptent et il s'appelle comme eux."

Tu vois, ils sont forts et ils sont malins.

Ils connaissent les lois, les notaires,

et soudain, ils se l'adoptent et l'am�nent chez eux.

Et nous, on n'est plus rien.

Mais non, c'est plus difficile que �a.

Et il faudrait mon consentement.

Ah, il faut ton consentement?

Bon. Alors, je suis plus tranquille. �a m'inqui�tait.

Tu t'en vas toute seule?

Oui, j'ai promis d'y �tre � 2h.

Ah bon.

Mais fais attention.

S'ils veulent te faire signer un papier, m�fie-toi.

Ne signe rien. Pas de papier.

Il dort bien.

Mais en dormant, il t�te son pouce.

C'est une mauvaise habitude qu'il faudra surveiller de pr�s.

Tu as le courage de regarder ces belles images.

Moi, je ne peux pas.

Je les lui montrais. Elle ne l'a pas connu � cet �ge-l�.

J'en ai d'autres dans mon bureau.

Celles de son s�jour en Angleterre. Elles sont dans une enveloppe.

Si tu veux, je te les pr�terai.

Bonjour, la compagnie. Bonjour, tout le monde.

Bonjour, M. Mazel.

�a va bien?

Autant que possible, mon pauvre F�lipe. Et toi?

- �a peut pas aller mieux. - Tant mieux pour vous.

Je me promenais sur le cours,

assez tristement, bien entendu,

quand soudain, j'ai vu votre porte ouverte.

Alors, je me suis dit: "Je vais leur dire bonjour,

"leur dire des nouvelles.

"Un peu parler, quoi."

Vous avez peut-�tre de bonnes raisons de rire, pas nous.

Qui sait? Dans la vie, Mme Mazel, on ne sait pas tout.

Des fois, on se croit malheureux et on ne l'est pas tant que �a.

Vous regardez des photographies?

�a tombe bien, j'ai mon pendule.

Figurez-vous qu'au r�giment, j'�tais avec un autre puisatier.

On est devenus amis tout de suite. Pour le pendule, il �tait fort.

Il m'en a appris, des choses.

Si on met le pendule au-dessus d'une photographie,

on sait tout de suite si la personne est morte ou vivante.

Si la personne est morte, le pendule,

il se balance.

Et si elle est vivante, il tourne en rond.

Mais il faut pas bouger la main.

Donnez-moi une photographie.

F�lipe, il ne faut pas jouer avec ces choses.

Ce n'est pas un jeu, M. Mazel.

Mais nous avons �t� pr�venus officiellement hier.

Peut-�tre qu'on ne le reverra plus,

mais personne ne l'a vu mort.

S'il tourne, le pendule nous dira s'il est vivant.

Il tourne.

Oui, oui, il tourne.

Moi, j'y crois.

Et cette fois-ci, �a m'�tonnerait que je me trompe.

Non, moi, vous savez, � votre place...

A votre place...

Dans le doute...

Dans le doute... Pardon.

Qu'est-ce que tu as?

II est ivre?

Non, madame, non.

Seulement, j'ai rencontr� des aviateurs.

Ils m'ont parl�.

Ils m'ont dit que Jacques pouvait tr�s bien �tre vivant.

Qu'avec son parachute, il aurait pu

tomber en Suisse.

C'est pas absolument s�r, remarquez bien,

mais enfin, je peux pas vous le dire tout de suite,

�a vous ferait une trop grande joie...

Certains croient que vous recevrez une lettre.

Quand?

Ou un t�l�gramme. Ou m�me que peut-�tre...

Il va peut-�tre venir � Salon ces jours-ci.

Il est vivant?

Bless�, mais vivant. C'est son colonel qui m'envoie.

Bonjour, Patricia.

Comme vous �tes belle.

Vous �tes l� et vous souriez.

F�lipe a su raconter l'histoire?

II n'a pas su, mais j'ai devin�.

Il m'a aussi racont� quelque chose. Est-ce vrai?

Quel �ge a-t-elle?

II a presque 6 mois.

Vous auriez pr�f�r� une fille?

Je ne sais pas. Un gar�on, c'est plus grave.

J'apporte une grande nouvelle, j'en apprends une plus grande.

Montez, votre m�re vous attend. Je vous dirai tout plus tard.

Allez, viens.

Viens.

Allez, venez.

Tu nous attendais?

Jacques est revenu.

Jacques qui? Jacques Mazel?

II est l�-haut avec sa m�re.

Il est bless�?

II l'a �t�, mais il est gu�ri.

Tu l'as vu, toi?

Oui, je l'ai vu.

- Et Amoretti, o� il est? - Il est l�-haut.

Tu l'as laiss� tout seul au milieu de tous ces Mazel?

Lls s'embrassent tous. C'est beau � voir.

Ils sont si contents qu'ils pleurent.

Mme Mazel, c'est une fontaine.

- Et l'enfant? - Il dort dans la chambre.

Ils ont m�me pas eu le temps d'y penser.

Tiens-moi le parapluie.

- O� il va? - Il va le chercher.

Pour quoi faire?

Allez, partons.

- Pourquoi? - Toi, reste, si tu veux.

Nous, on part. Parce qu'un jour comme celui-l�,

ici, nous sommes de trop.

Ils viennent de retrouver leur fils, laissons-les entre eux.

Et on aurait l'air de vouloir le forcer � �pouser Patricia.

Ce gar�on vient de ressusciter,

on peut pas l'emmener � l'�glise en courant. Partons.

- Tu veux le porter? - Oui, je suis assez fort.

Et s'ils veulent nous parler,

ils savent o� on habite et ils ont l'automobile.

Ne restons pas ici, c'est pas poli.

Donne-moi le parapluie.

Allez, viens, allons-nous-en.

Venez.

Patricia, prends-moi le parapluie.

Regarde si tu ne vois pas l'automobile.

Non. Je vois F�lipe.

Il me fait signe qu'il ne voit rien.

Il avait dit qu'ils viendraient � 11 h.

Ils ont dit "vers 11 h". Il est 11 h05.

Ne t'�nerve pas. Ils viendront, j'en suis s�r.

Quelque chose ici les attire pire qu'un aimant.

Dis, si je mettais le chapeau, hein?

Non, p�re, non. Tu es chez toi.

Oui, c'est vrai.

Mais c'est pas un jour ordinaire. Ils viennent pour te demander.

Tu te fais des illusions.

Ils ont retrouv� leur fils, ils redeviendront orgueilleux.

Je suis s�r qu'ils vont te demander.

Qu'en penses-tu, Amanda?

Tout �a, �a me donne envie de pleurer.

Quand je pose une question, je choisis la plus b�te.

Je suis s�r que les Mazel vont demander Patricia.

M. Mazel aura les gants blancs. Chez les riches, c'est ainsi.

De mon temps, c'�tait comme �a.

Dis, le chapeau, je le prends � la main?

- Pour quoi faire? - �a fait plus naturel.

J'ai l'air de sortir, comme �a. Non?

C'est joli, �a!

Un jour o� les gens de la ville viennent demander ta soeur,

tu mets tes doigts dans ton nez.

- Je me suis gratt� le bout du nez. - Menteuse, je t'ai vue.

Encore un peu et elle se faisait �clater le cerveau!

Les voil�.

M. Mazel, il a les gants blancs?

J'ai vu que l'automobile. Jacques conduit.

Jacques?

A la vitesse qu'ils sont arriv�s, il a l'air press�.

- Il est plus press� que toi. - Qu'en sais-tu?

Elle en sait rien, elle sait pas ce qu'elle dit. Tais-toi.

Attention, ils montent les escaliers.

Bougez pas. Faites semblant de travailler.

La 1 re qui bouge ou qui parle,

je la perds la nuit dans la for�t, comme le petit Poucet.

Qu'est-ce que tu fais? Tu plaisantes?

Tiens, tiens.

- Je le mets? - Non.

Je le mets pas, le chapeau? Retire le chapeau.

Attention. Allez, dis: "Entrez". Tu l'as pas dit.

Entrez.

Bonjour, Pascal.

Bonjour, mes petites.

Bonjour, M. Mazel. Bonjour, Mme Mazel. Bonjour.

Vous me surprenez un peu.

Je faisais faire les devoirs � la petite, l�.

Oui, je leur apprends l'orthographe.

Bonjour, monsieur.

Bonjour, monsieur.

Vous ne connaissiez pas notre fils?

Non.

Mais c'est un beau gar�on.

Il est comme je pensais.

C'est un prince.

Merci. On n'a pas de prince dans la famille.

Du moins, pas � ma connaissance.

Pascal, tu dois deviner

pourquoi on est ici tous les 3.

J'ose pas le deviner.

Vous voulez que je fasse sortir les petites?

Non, Pascal.

Pas cette fois. Ce que j'ai � dire, elles peuvent l'entendre.

Tant mieux parce que les plus belles choses de la vie

sont celles qu'on peut dire devant les petites filles.

Pascal...

Dieu nous a rendu notre fils.

J'ai parl� longuement avec Jacques.

Je n'ai pas dormi jusqu'au jour

et j'ai beaucoup r�fl�chi.

Je tiens � te dire que je regrette profond�ment

le mal que je t'ai fait sans le vouloir.

Et je remercie le bon Dieu

de m'avoir laiss� le temps de r�parer notre mauvaise action.

Je viens te demander

si tu consens � donner � mon fils Jacques

ta fille Patricia.

M. Mazel,

depuis que vous avez parl�, le soleil est entr� ici.

Avec 4 paroles d'honn�te homme,

vous avez fait briller m�me les meubles.

Je consens, M. Mazel.

Vous nous aviez pris notre honneur, vous nous le rendez.

Merci, M. Mazel.

Maintenant, nous pourrons nous promener dans Salon en riant.

Vous �tes un brave homme.

Peut-�tre pas si brave que �a, mais honn�te, madame.

Et ce mariage, nous le faisons quand?

Mais le plus t�t possible, bien entendu.

Je propose qu'on aille demain � la mairie.

On demandera les papiers des enfants...

Patricia n'a encore rien dit.

Elle est trop �mue.

C'est vrai, je suis tr�s �mue.

Mais j'aimerais dire un mot.

Et ce mot, c'est "oui".

Je veux dire � M. Et Mme Mazel

qu'ils me font un grand honneur.

M. Mazel a parl� d'effacer une mauvaise action.

Il a dit qu'il regrettait.

Au fond, si je comprends bien, vous me demandez

car votre conscience vous fait un proc�s.

Si ce n'est que pour �a,

c'est inutile de d�ranger le maire et le cur�.

Jacques, un mariage,

ce n'est pas une famille qui adopte un enfant.

C'est un homme qui veut une femme.

Vous venez me demander avec vos parents.

Est-ce du remords...

ou de l'amour?

On reviendra. L�, on va prendre l'air.

Venez.

Mais...

O� vont-ils?

Vous savez, apr�s ce qu'ils nous ont fait,

ils peuvent pas nous faire pire.

Dis...

Emm�ne les petites, toi.

Maintenant qu'on est d'accord,

je sens qu'on va se disputer.

A propos de quoi?

Ne commen�ons pas devant eux.

Mais...

Tu veux me parler de quoi?

Mais vous le savez bien. De l'enfant.

La meilleure preuve,

c'est qu'il a une lentille noire sur l'�paule gauche.

Mon p�re avait la m�me.

Je me demandais d'o� �a lui venait

car dans la famille, on n'en a pas.

Il faut bien qu'il ait quelque chose de vous.

Il n'a pas que �a: Il a les yeux et le nez de mon p�re.

De Mazel le Vieux?

C'est frappant. C'est exactement le nez de mon pauvre p�re.

Il avait un nez comme une aubergine,

plein de petits trous.

Car tu l'as connu tr�s vieux.

Votre p�re, vous l'avez connu au berceau?

Essayez d'avoir un peu de bon sens.

Ne dites pas qu'il a l'aubergine de Mazel le Vieux,

sinon il va pleurer.

Ne le touchez pas, laissez-le dormir.

J'ai bien le droit de regarder mon petit-fils.

En tout cas, son grand-p�re, c'est moi.

Patricia, viens ici et dis-moi la v�rit�.

Ils pr�tendent qu'il ressemble � tous les Mazel

et � nous, rien, absolument rien.

Je ne veux pas qu'on le d�figure, m�me en paroles.

D�figurer, c'est pas tr�s aimable.

J'accepte qu'il perde mon nom et je dois �tre aimable?

Plus t�t, vous avez dit:

"On fera ceci et cela.

"On le mettra � l'�cole de l'�lectricit�."

Et patati, et patata. Vous d�cidez tout.

Et moi, j'ai rien � dire, j'ai pas de droits?

C'est toi qui contestes les n�tres.

Je ne conteste rien du tout.

Avant le mariage, mettons-nous d'accord

et disons clairement � qui cet enfant appartient.

Que veux-tu dire?

Apr�s, il est � moi ou � lui?

Mais il est � nous.

�a, on le sait, naturellement. Mais pour ce qui est de l'autorit�?

II a son p�re et sa m�re.

On est assez grands pour penser � lui.

Vous avez des droits, c'est vrai.

Vous avez le droit de l'aimer, de le soigner...

Mais il n'est pas � vous.

C'est vous qui �tes � lui.

Il a raison.

Voil� les seuls droits que les vieux ont sur les jeunes.

C'est nous tous qui l'avons fait na�tre.

Et il pourra peut-�tre nous reprocher un jour

d'avoir mal choisi le moment.

Il sourit.

Oui, il sourit.

�a veut dire qu'il faut semer le bl�,

planter les vignes,

trouver les sources.

Nous en avons d�j� trouv� beaucoup,

mais les plus belles sont encore cach�es

parce que ce sont les plus profondes.

Avec des pioches, des bras et de l'amour,

peut-�tre un jour, elles sauteront au soleil.

Amoretti...

N'importe comment que tu t'appelles,

tu es de mon sang.

Viens.

Viens... Adieu.

Adieu, Amoretti.

Bonjour, bonjour, petit Mazel.

Je d�range?

Qu'est-ce que tu veux?

Je veux demander quelque chose � Jacques.

- Et quoi? - Ton avis.

�a t'emb�terait peut-�tre d'avoir un beau-fr�re

aussi couillon que moi?

Tu sais, on ne vous d�rangera pas.

Et si vous ne nous invitez pas, on n'ira jamais vous voir.

Et si �a te d�pla�t que je me marie Amanda,

eh bien... j'attendrai.

Tu me demandes la main d'Amanda?

- Je te l'accorde. - Merci.

Et moi, qu'est-ce que je suis?

Vous, Pascal, vous �tes mon ma�tre.

Je ne peux pas vous parler de votre fille ici.

Je vous la demanderai demain,

avec des gants d'argile rouge,

au fond du puits.

Sous-titrage: DUBBING BROTHERS

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