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Alija ! Alija !

Alija !

Alija ! Alija !

Je t'attends. Ta Mirsada.

LE MINEUR

Alija Bašić ? -Oui. - On t'appelle a la direction.

Tu dois aller en haut, non ?

La semaine derniere, 17 de plus étaient renvoyés.

Sans prime, rien.

Mais avec ton ancienneté tu ne crains rien.

Bon courage. - Bon courage.

En été 1995, le plus grand génocide en Europe apres la Seconde Guerre

a eu lieu a Srebrenica.

Les soldats serbes tuaient 8 000 Bosniaques,

principalement des hommes.

Heureusement qu'ici cela ne peut pas arriver.

On était le meme pays il n'y a pas longtemps.

Pour toi, mais je ne m'en souviens pas.

Il n'y a pas de preuves que c'est arrivé. -Pas de preuves ?

La moitié de nous vient de la-bas. Tu n'as pas honte ?

Alija, tu regarderas la cérémonie ? - Je vais a la direction.

Bon courage. - Bon courage.

Entrez.

Alija Bašić.

Alija Bašić, oui. Assieds-toi.

Ce tunnel est fermé depuis 1945, la fin de la Seconde Guerre.

Il faut l'ouvrir, l'inspecter et écrire un rapport.

Un rapport ? -Sur l'état du tunnel et ce qui est dedans.

Du charbon ? -Non. On voudrait s'assurer que le tunnel est vide.

Au plus vite possible. -D'accord. J'ai besoin de trois mineurs,

un générateur, des lampes... - Pourquoi ?

Je ne peux pas entrer seul. - Pourquoi ? On t'a recommandé.

Pour la sécurité. Il peut y avoir de l'affaissement, des gaz.

Tu finiras plus vite et écriras ton rapport.

Quoi ? -C'est ici la direction ? - On travaille. Attends dehors.

Je pars en congé dans deux semaines.

Nous sommes en train de vendre la mine.

Sois heureux qu'on ait besoin de toi.

J'ai besoin d'au moins un mineur. - Et j'ai besoin d'une assistante.

Bon courage. - Bon courage.

Je suis venu pour le stage dans la mine.

Qui paye ? Ton école ?

...14 ans apres le génocide de Srebrenica,

534 victimes ont été enterrées, y compris 36 garçons.

Le plus jeune n'avait que huit ans.

C'est Džeko ? -Messi. - Quel Messi ? Montre-moi.

Messi. - Džeko.

Alija, enleve tes chaussures. - Maman ? -Oui, mon fils ?

Puis-je prendre le ballon de basket ? -A l'école ? -Au spa.

Je suis allé a la direction. - Je peux ? -Demande a ton papa.

Je dois ouvrir un vieux tunnel. - Et le spa ? -Ça ira.

On prend le ballon de basket ? - Prends le ballon de foot.

Papa a dit... -Enleve tes affaires. - C'est ma tasse. -Laisse-moi finir.

C'est ma tasse. Elma m'a piqué la tasse.

Elle n'a pas de bonnes manieres. - Enleve tes affaires.

Papa.

Papa. Papa.

Quoi ? -A l'école on a appris sur Srebrenica.

Tu y vivais pendant quelques années, non ?

Qu'est-ce que vous avez appris ? - Sur le génocile. -Le génocide.

C'est vrai. 8 000 musulmans ont été tués.

Les femmes ont été expulsées. Avez-vous appris ça ? -Elma. -Quoi ?

Ce n'est pas un sujet de dîner ?

Je n'ai plus faim.

Prépare-toi pour dormir. - Je veux regarder la télé.

Demain c'est l'école. - Je ne peux jamais regarder la télé.

Tu dois te lever tôt. Tu la regarderas demain.

Tu t'es brossé les dents ? - Il y a de l'argent la-bas ?

Avant il y avait des mines d'argent.

Papa est mineur. Pourquoi on n'y va pas ?

Viens. Un jour, nous irons.

Dors maintenant.

Ton papa est né dans un village dans les collines.

Sa maison est au bord du village, entourée des prairies vertes,

bois parfumés, champs dorés. L'air sent des fleurs et fruits.

Il y a plein de pommes, framboises, prunes et poires.

En bas de la colline coule la plus belle riviere au monde.

La-bas, c'est Srebrenica.

Il s'est enfin endormi. Il n'a encore pas fait ses devoirs.

Il ne pense qu'au foot et basket.

C'est normal a son âge.

Elma fait la tete dans sa chambre.

Qu'est-ce qu'on va faire ? Elle veut partir en ville.

Elle dit qu'ici il n'y a pas de travail.

A son âge, nous partions travailler a l'étranger. -Justement.

Je ne veux pas que notre famille se sépare.

As-tu regardé la cérémonie ?

Non. Il fallait que j'aille a la direction.

Ils n'arreteront pas tant qu'ils ne les trouvent pas tous.

Peut-etre l'année prochaine. - Peut-etre.

Regarde ça.

Tu pourrais le recoudre.

Tu porteras un maillot de bain recousu ?

Je dois acheter un nouveau ? - Samir veut des palmes.

Achete-les. - Pour le spa ?

Achete-toi quelque chose de joli.

Et le tunnel ?

J'aurai fini avant qu'on ne parte au spa.

Qui etes-vous ? - Je passais par ici...

Vous m'avez fait peur, vous savez.

Je vous ai pris pour un fantôme. - Ai-je l'air d'un fantôme ?

Vous n'etes pas d'ici ? - J'ai été envoyé par la mine.

Vous n'etes pas du coin ? - Non, je viens de la Bosnie.

Cela fait 30 ans que je vis en Slovénie.

Moi aussi je vivais a l'étranger pendant longtemps.

Je viens de rentrer.

Rouvrez-vous le tunnel ? - C'est de la maintenance.

Vous savez, avant la guerre, il y avait du charbon ici.

Il n'en a plus. Plus de charbon, non ? -Non.

C'est comme ça. Un jour il y en a et le lendemain il y en a plus.

Je n'imaginais pas que le tunnel serait rouvert.

La peur est trop forte, non ? Mais vous n'avez pas peur.

Peur de quoi ?

Voulez-vous venir boire un café chez moi apres le boulot ?

La derniere maison du village. Vous etes le bienvenu.

Salut.

Le directeur m'a envoyé.

Je suis Tom, le stagiaire. - Alija.

Allo ? Bašić a l'appareil.

J'ai besoin de quelqu'un. Un mineur, pas un enfant.

D'accord, je comprends.

Tu as quel âge ? - 16 ans. -16 ans.

N'enleve pas ton casque et ne pars pas seul dans la mine.

C'est clair ? Porte cela jusqu'a la premiere jonction.

As-tu peur du noir ? - On m'a dit qu'il y a des morts ici.

Ne trébuche pas.

Viens. Fais attention ou tu marches.

Fais attention a la perceuse, ce n'est pas un jouet.

Ce mur doit sauter. Comment on va faire ?

Tu t'appelles comment ?

Tom, en fait Tommy. Comme je suis grand, on m'appelle Tom.

Tommy, personne n'est jamais laissé dans la mine, ni mort ni vivant.

La pire chose qui peut nous arriver c'est les gaz.

Donc, qu'est-ce qu'on fera avec le mur ?

On l'explose ? -Réfléchis un peu. Qu'y a-t-il de l'autre côté ?

Il n'y a pas de morts, mais il peut y avoir des gaz.

Regarde le plafond. Une roche vive, un tunnel non entretenu.

Tout peut s'écrouler. On percera un trou.

S'il n'y a pas de gaz, on démolira le mur.

Et s'il y a des gaz ? - Alors on a fini.

Il y a quelqu'un. - C'est l'écho. Tu t'habitueras.

Peut-on démolir le mur ?

Oui. - Es-tu sur ?

Appelle la direction. Il te faut une autre tenue.

Il n'y a pas de réseau. - Bien sur que non. Va dehors.

Alija.

Y a-t-il des gaz ? - Le tunnel s'est effondré.

Nous avons fini pour aujourd'hui.

Le tunnel doit s'aérer.

Alija !

Alija, cela fait longtemps. Sanja, deux bieres.

Alija. Bon courage. - Bon courage.

On licencie dans la mine. As-tu toujours ton travail ?

A ta santé. - Et a la tienne.

Je travaille sur la colline. Je dois ouvrir un vieux tunnel.

Rien de spécial. Il est au bord, ou le chemin va dans les bois.

Tu creuses dans cette mine ? Tu ne sais pas ? -Non.

C'est pour cela qu'ils t'ont envoyé. Quelqu'un du coin n'y irait pas.

Dans les purges apres la Guerre, certains gens auraient fini la-bas.

Dans la mine ? -Je ne sais pas. Peut-etre ce n'est que des rumeurs.

Et ta petite ? Elle me manque ici. - Elle va bien.

Elle travaille dur, comme son pere.

Tu m'as fait peur. Samir dort ? - Oui.

As-tu mangé ? - J'ai seulement bu. -C'est vrai ?

J'étais dans le bar. - Tu y es resté longtemps.

La mine n'est pas vide.

Y a-t-il des gaz ?

Alija, y a-t-il des gaz ? - Des gens.

Quels gens ?

Personne ne sait. Il y a aucune preuve.

Mange, sinon tu auras mal au crâne.

Dans dix jours, nous allons au spa.

Fuada...

Mon soleil.

Papa. -Qu'est-ce que tu as ? - Maman me les a achetées.

Les palmes. -Elles sont super. Tu as un masque, non ?

Super. C'est quoi ça ?

C'est pour toi. - Pour moi ? -Avec un requin.

Un requin ? -Samir l'a choisi. - C'est toi qui as choisi ?

Tu veux que je porte cette carpe ?

Essaie-le. - D'accord.

Quel poisson ! C'est un joli maillot.

Allô ? Papa, c'est pour toi.

Alija Bašić a l'appareil. - Le mineur, nous savons qui tu es.

Qui etes-vous ?

Nous savons ou tu habites. - Qui etes-vous ? -Laisse la mine.

C'était qui ? - Mauvais numéro.

Pour enlever la terre, nous devons consolider les parois.

Nous allons tout enlever ?

Ou la mettrons-nous ? - Dans le tunnel principal.

Nous dégagerons les voies.

Quoi ? Tu as mal aux muscles ?

Cela sera pire demain.

Allez.

As-tu fini ? - Oui. -Bien.

Qu'est-ce que tu veux ? -Le petit n'en peut plus, il a mal partout.

J'ai besoin d'un vrai mineur. - Tu es censé écrire un rapport.

Ou est-il ? - Je dois finir d'abord. -Quoi ?

Es-tu entré dans le tunnel ? -Oui. J'ai besoin de plus de temps.

Il y aurait des gens. - Quels gens ?

Dans la mine. - C'est moi qui suis fou ?

Qu'est-ce qu'il y avait derriere le mur ?

Rien, mais... - Rien. Rends le rapport pour lundi.

Le tunnel est dangereux et vide. Nous allons le refermer.

Ce mur est étrange...

Tu te crois Sherlock Holmes ? Rends le rapport pour lundi.

C'est clair ? -Oui. - Bon courage. -Bon courage.

Toi, attends.

J'avais peur qu'il nous renvoie.

Il ne peut pas avec mon ancienneté. - On ne sait jamais.

Qu'est-ce que tu feras ?

Je creuserai. - Et s'il est vide ?

Si tu trouves un truc ou non, tu seras renvoyé.

Ne sois pas bete, tu as deux gosses. Le tunnel n'en vaut pas.

Faruk, bon courage. - Bon courage.

Tu veux arreter de travailler dans le tunnel ?

Alors ?

Oui. -Mais pour ton stage tu as besoin d'une bonne note ?

Je te donnerai une bonne note.

Quand tu sortiras ne dépend que de toi.

Elma a trouvé un travail dans la ville. On va a la gare.

Je l'emmenerai.

Appelle-moi quand tu arrives. - Ça marche.

Que feras-tu dans la ville ? - Je serai serveuse.

C'est mieux payé qu'ici. - Serveuse ?

Tu pourrais te trouver un travail décent ou faire des études.

Quel travail décent ? Ton travail est-il décent ?

Tu sais ce que tu fais, et pour qui.

Appelle si tu as besoin de quelque chose.

Prends soin de toi.

Le train en direction Sevnica, Krško, Dobova part de la voie N° 2.

Tu es en retard. -J'étais chez le directeur. -Encore ?

Nettoie les voies. Je vais prendre le chariot.

Sors !

Sors !

Sortons. Sortons !

Il est censé y avoir plus de gens. - Il n'y a pas de preuves.

Et le sang sur les murs ? - Probablement un accident.

Allô ?

Non, c'est apres le carrefour, a gauche, pres de la foret.

J'attendrai.

Es-tu fou ? Pourquoi as-tu appelé la police ?

Et lui ? - Il est fatigué. Il dort.

C'est ça le tunnel ? Je l'imaginais plus grand.

Apparemment il y a plus de gens a l'intérieur.

La mine est vide. Tu entends ? Vide.

Déplace-le dans ma voiture, je l'emmenerai a la maison.

Les murs portent les marques des chocs.

Il a essayé de sortir.

Il a été enterré vivant.

Qu'est-ce qu'ils vont faire avec lui ?

Ils disent que c'est une ancienne affaire, un accident.

Demain je dois rendre un rapport disant que la mine est vide.

Le tunnel sera refermé alors ?

Tout sera fermé. Avec la crise...

Ce n'était pas un accident.

Qui est enterré la-bas ? - Des traîtres. -Des soldats ?

Ce n'étaient pas des soldats, mais des réfugiés.

Les Anglais les renvoyaient de l'Autriche.

On leur disait qu'ils seraient emmenés a Trieste, sur les bateaux.

Mais nous les avons emmenés dans la mine.

Cela nous a pris un jour et une nuit de les faire tous entrer.

Personne n'est sorti.

Combien ? - Je ne sais pas. 10, 20 camions.

Je n'en pouvais plus, j'ai fui. J'étais enfant.

Je suis du coin. -Pourquoi tu ne vas pas a la police ?

La police sait tout.

Je ne te crois pas. - Attends. Attends.

L'un d'eux m'a donné ça.

Il m'a dit de leur dire qu'il ne reviendra pas, de ne pas l'attendre.

Je ne les ai jamais trouvés.

Les gens avaient peur. Ils cachaient ce genre d'affaires.

Si on posait trop de questions, on disparaissait aussi.

Les gens ont toujours peur et ils se taisent.

Tu n'es pas du coin, tu ne comprends pas.

Puis-je prendre la photo ? - Non.

Alija !

Alija ! Alija !

Alija !

Alija !

Alija... - Il est quelle heure ?

Il fait encore nuit.

On a trouvé quelque chose dans la mine. -Quoi ?

Un homme enterré vivant. Je sens qu'il y en a plus.

S'il te plaît, arrete. - Je pourrais déterrer ces gens.

Quels gens, Alija ? On n'est pas en Bosnie.

La-bas ils chercheront jusqu'a ce qu'ils ne trouvent tout le monde.

C'est moi qui t'ai dit de ne pas aller.

Tu l'aurais trouvée morte. - Mais je l'aurais trouvée !

Maman.

Maman.

Maman, maman.

Pourquoi tu ne dors pas, Samir ? - J'ai peur. -De quoi ?

Des méchants et des monstres. - Les monstres n'existent pas.

Tu les fixes du regard et ils disparaissent. -Et les méchants ?

Les méchants sont loin. -Et s'ils viennent ? -Ils ne viendront pas.

Ou est le rapport, Bašić ?

Tu penses que je ne peux pas te renvoyer.

Tu as tort. J'ai des preuves de ta négligence.

Le gosse a pris des photos.

Si demain je n'ai pas de rapport, j'enverrai ton avis de licenciement.

On y va.

Donne-moi ton truc.

Tu appuies, il voit dans le noir.

On le ferme ? -Si un homme a pu passer, un deuxieme peut.

Mais il n'a pas survécu.

Avec ton aide j'aurai plus de chances de survie.

Et s'il y a des gaz ?

Tu vas me retirer.

Crois-tu en Dieu ? - Je crois en la corde.

Alija !

Ça va ?

Appelle la police.

Ne me touche pas.

Qu'est-ce qui s'est passé ? - Un accident dans la mine.

Le gosse n'est pas blessé.

Alija. - Je ne veux pas de café.

Quand rentreras-tu ? - Plus tard.

Des preuves des crimes de guerre ont été retrouvées dans une mine.

Nos journalistes y partent maintenant...

Les experts estiment que la mine contient plus de 4 000 victimes.

La scene d'horreur dans le gouffre est tres perturbante.

Maman, papa est a la télé. - ...dans le gouffre de 70 metres.

Les victimes n'étaient pas toutes fusillées.

Certaines étaient enterrées vivantes.

Donne. -Laisse-moi. - Samir, donne !

Les méchants sont venus.

Arrete. -Ils vont tous nous tuer. - Demain nous allons au spa.

Toi et papa mentent ! Seule Elma ne ment pas.

Samir, arrete ! - Laisse-moi tranquille !

Décroche, Alija.

Décroche.

Elma, ou es-tu ?

As-tu vu le journal ?

Avez-vous une permission ? - J'habite ici.

Avez-vous une piece d'identité ? - Non. -Vous ne pouvez pas entrer.

Depuis quand ? - Depuis aujourd'hui.

Et eux ? - Ce sont des journalistes.

Est-il la, le mineur ? Alija, le mineur ?

Mme Bašić ? - Oui ?

Votre cas a attiré notre attention quand on numérisait les archives.

Vous étiez sans nationalité pendant sept ans ? -Oui.

Bašić Alija, Bašić Fuada, Bašić Elma.

Et Samir, notre fils.

Oui, Bašić Samir. Mais il est Slovene depuis la naissance.

Il nous manque l'extrait de casier judiciaire de votre mari.

Oui, mais nous expliquions qu'il n'a pas pu l'avoir.

Les archives en Bosnie ont brulé pendant la guerre.

Vous connaissiez bien votre mari avant la guerre ? -Bien sur.

On s'est rencontrés en Slovénie. Il avait 17 ans, et moi 13.

Vous ne le connaissiez pas avant ? - Non.

Ma famille vient de Tuzla. Alija...

Il vivait au village... -Etes-vous en contact avec quelqu'un la-bas ?

Il n'y a plus personne.

Seul Alija a survécu car il était déja ici.

Ne vous inquiétez pas.

Votre mari est un citoyen exemplaire.

Et vous et votre fille aussi.

Les travailleurs de Bosnie font partie de la culture slovene.

En quelque sorte. Pour certains l'histoire s'est mal terminée.

Ils sont restés sans nationalité, ils étaient effacés.

Ou travaillez-vous ? - Je reste a la maison.

J'ai quitté mon travail quand Samir est né.

Dites a votre mari que le papier manquant est ennuyeux. -Oui.

Bon courage.

Fuada ? Je rentre dans 30 minutes.

As-tu dormi ?

Donne-moi la clé, je vais conduire.

Il s'agit des soldats allemands restés derriere... -Alija ?

Et un groupe de la Garde nationale croate.

Il n'y a pas de preuves que des civils soient parmi les victimes.

Mensonges. - La mine sera marquée et refermée...

Alija !

Alija !

Prends soin de ta mere.

On se revoit dans quelques jours.

Cela est mon frere Tone, cela c'est moi.

Notre mere est morte sur le bateau. On est arrivés a Sydney seuls.

Apres la fin de la guerre, ils ont saisi notre pere sur ce champ.

Nous trois fuyions en Autriche.

Par chance nous n'étions pas renvoyés.

Avant de mourir, mon frere m'a demandé de retourner,

trouver notre pere et l'enterrer.

Sans preuve qu'il y ait des civils, la mine sera refermée.

La vérité ne sortira jamais.

Tu ne sais pas. Tu ne sais pas comment c'est...

Si on ne peut pas enterrer un proche.

C'est...

C'est comme une grosse tache noire sur ta conscience.

Rien ne peut l'enlever.

Tu n'es pas allé au spa ? - Je n'ai pas fini dans la mine.

Tu as fini de la nettoyer, non ? - Je dois y ramener de l'air.

Pour qui ? -Il faut sortir les gens et les enterrer.

Ce ne sont pas nos gens.

Quelqu'un cherche les nôtres aussi.

Il était dans le journal. Pas besoin de s'inquiéter pour son travail.

On s'en fiche de ces os. C'est probablement un chien.

Pourquoi tu rigoles ? Ce sont tes gens la-bas.

Mes gens ? Pas les miens.

Attends. Laissons ça ici. C'est une tresse de cheveux.

Je vais tenir et tu tires.

Tire plus fort.

Voila.

Et les cheveux, pour l'identification ?

On a besoin d'air.

Si vous voulez aider, fixer la ventilation ici.

C'est votre premiere mine du genre ? Meme pour nous c'est horrible.

Quand les sortirez-vous ? - Ou ? -De la mine.

On doit recenser les 600 en haut et le reste on ne s'en occupe pas.

Peut-etre que quelqu'un les cherche. - Un boche ou un traître ?

Et ce n'est pas notre probleme.

Il y a des civils, des femmes. Ce n'est pas notre probleme ?

Occupez-vous de vos affaires.

Je le savais.

Ce n'est pas une preuve. Si tu en ramenes cent...

Je peux descendre dans le gouffre. - Non, Alija. Non.

Il est inutile. - Et ton pere ?

Je l'ai trouvé. Je sais qu'il est la-bas. -Tu ne sais pas.

Je sais. -Tu ne sais pas. - Je sais. -Tu ne sais pas !

Je sais. Je rentre chez moi.

Bašić. Nous avons enfin des plans pour en finir.

Tu répareras le mur en cément.

Le mur ? - Ça pue meme dehors.

Comment sortiront-ils les gens ? - Ils ne le feront pas.

C'est une tombe militaire. - C'est une mine.

Il y a des femmes et enfants. - Il n'y a pas de civils.

Les experts le disent. - J'ai vu des cheveux tressés.

Il n'y a pas de preuves. Notre travail est fini.

Je ne le ferai pas. - Un autre le fera.

Ton département a été suspendu.

Il n'y a plus de place pour toi. - Tu ne peux pas.

Tu recevras l'avis de licenciement. -Tu ne peux pas.

Dehors.

Dehors.

Alija !

Alija ! Arrete, arrete ! - Toute ma vie ! Toute ma vie !

Toute ma vie j'obéissais ! - Calme-toi !

Toute ma vie j'obéissais.

Toute ma vie.

Je vais a la maison. Fuada rentre demain.

Salutations du spa. Je t'attends. Samir.

Je t'attends. Ta Mirsada.

La police ! Ne bouge pas ! - Baisse la tete !

Fouille ses affaires. Ne bouge pas.

Vous avez dit qu'il était armé. - Il aurait pu l'etre. -Leve-toi !

Brule ça. - Baisse ta tete.

Appelle encore.

Il n'est pas joignable.

Bonjour. - Bonjour.

Une lettre recommandée pour votre mari. Pouvez-vous signer ?

Merci.

Maman. Ou est papa ?

Maman ?

Je ne sais pas. Il a perdu son travail.

Peut-etre qu'il nous cherche au spa.

Peut-etre qu'il est au bar. Va voir.

Papa ? Papa ?

Es-tu le fils d'Alija ? Appelle ta sour.

Tout va s'arranger.

Pourquoi tu lui mens ? Rien ne va s'arranger.

Maman ne doit pas te voir comme ça.

Ma coloc est rentrée chez elle. Tu peux rester.

Demain il y a la greve. Il n'y aura pas de trains.

Je vais aux manifestations.

Je veux te lire quelque chose.

Mon papa.

Mon papa est mineur. C'est le métier le plus dur au monde.

Mon papa est tres courageux. Il rentre le soir tres sale.

Parfois il est triste.

Quand je grandirai, moi aussi, je serai mineur.

Nous ne sommes pas des robots ! 30, 40, 50 ans de travail

et on nous licencie ! On exige plus de droits !

Comme dans la mine. -Mais ce n'est pas que la faute des politiciens.

Obéissance aveugle des gens est encore pire.

On exige plus de droits !

Partons.

Arrete ! Laisse-la !

Laisse-moi !

Calme-toi !

Calme-toi !

Calme-toi ! Lâche le bois !

Attrapons-le !

Tu es comme ta tante.

Depuis ton enfance.

Tante Mirsada, ma sour.

Elle était spéciale.

Une tres bonne éleve, elle devait aller a l'université.

Quand notre pere est décédé, elle est restée au village.

Moi, on m'a envoyé en Slovénie. Je pensais revenir bientôt...

Mais j'ai trouvé un travail, rencontré ta mere.

Et je suis resté ici.

Mirsada, par contre...

Elle est devenue enseignante dans le village.

Quand ses collegues sont partis, elle a pris en charge toute l'école.

Quand la guerre a commencé, je l'ai invitée ici,

mais elle ne voulait pas partir.

Elle voulait rester pour ses éleves.

Les bourreaux sont venus prendre des garçons de 12, 13 ans.

On m'a dit qu'elle leur a bloqué la porte.

Alors, ils l'ont prise aussi. On ne les a jamais retrouvés.

Ni Mirsada ni les garçons.

Tu étais petite. Avec ta maman nous perdions nos papiers.

Nous sommes restés sans nationalité, sans passeport.

Je suis le seul survivant de mon village.

La guerre...

J'avais peur pour vous. Peur que la guerre ne vous rattrape.

La peur...

Mais la guerre est finie.

Oui, elle est finie.

Tu as reçu l'avis de licenciement.

J'ai peur.

Toi ?

J'ai peur des monstres.

Tu dis toujours : On les fixe du regard et ils disparaissent.

Mes monstres ne disparaissent pas.

Vous, le mineur.

Je peux reprendre mon travail a la maternelle.

A temps partiel.

Qui cherchez-vous ?

Il n'y a personne ici. Ils sont partis en Australie.

Etes-vous Alija le mineur ? - Oui.

Venez.

Il a dit que cela vous appartient.

D'apres une histoire vraie

Scénario et réalisation

Avec

Par ordre d'apparence

Traduction : Živa Fajfar

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