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Studios Armenfilm
NAHAPET
D'après un récit de Hrachia KOTCHAR
Scénario et réalisation : Henrik MALIAN
Chef opérateur : Sergueï ISRAELIAN
Chef décorateur : Raphaël BABAIAN
1er Assistant réalisateur : R. MARTIROSSIAN
Compositeur : A. HAROUTIOUNIAN
Montage : H. MELKONIAN
Directeur de production : Vartkès GHOTCHIKIAN
Avec :
NAHAPET : Sos SARKISSIAN
NOUBAR : Sofik SARKISSIAN
APRO : Frounzik MKRTCHIAN
ANTHARAM : Galia NOVENTZ
MOVSES : Vrouir PANOIAN
KHOUKAS : Gouj MANOUKIAN
NHO : Artachès GODAKIAN
NAHAPET
Il ne s'est pas présenté aux autorités.
Comment se fera le partage des terres ?
Le chef du village doit laisser la cabane à l'ermite.
Deux mètres lui suffiront bientôt.
Ne parle pas de malheur, imbécile !
- Il chante tout le temps ça ! - Tais-toi !
Il chante : "J'allais à la source".
Il regardait Varoujean...
S'il plantait au moins son tabac...
Pourquoi il le planterait ? Il en a un sac plein...
- Ta mère t'appelle ! - Non, j'irai pas.
- Vas-y vite, toi aussi ! - J'irai pas !
- Allez, viens ! - Non, je ne veux pas !
Tu vois cette pierre ?
- Bonjour. - Bonjour.
La maison de Nahapet, c'est laquelle ?
- Nahapet ? - Oui.
Allons-y !
C'est celle-là...
Je suis le mari de la sœur de Nahapet.
Je m'appelle Apro.
Nahapet était un sage, il n'en reste plus rien.
Vous n'avez pas connu le vrai Nahapet.
Nahapet méritait bien son nom, Nahapet était un patriarche...
le chef d'une grande famille...
un notable reconnu et honoré...
Maintenant, il est tout seul...
il s'est desséché loin de la région de Mouch.
Dans notre pays, il y a eu la guerre...
et il lui est arrivé ce que vous voyez là...
Les chiens ont dévoré ce qu'il avait de meilleur.
Il est seul.
Sa grande famille a été massacrée...
anéantie...
Frère Apro,
pourquoi Nahapet reste-t-il toujours si loin de nous ?
Son cœur est mort.
Il n'a plus de cœur.
Il se lève, il va, il vient... mais lui n'est plus là.
Le monde n'est pour lui qu'une tombe froide.
Il ne faut pas lui en vouloir, la foudre l'a frappé...
et il n'en reste que de la cendre.
De toute sa famille, seule ma femme a été sauvée.
Sa famille et sa descendance
ont été anéanties...
C'est Haïro qui nous a dit
que Nahapet vivait au pied du mont Aragatz.
Je n'y ai pas cru.
Mais je suis venu, Dieu soit loué !
Maintenant, je voudrais aller tout raconter à sa sœur...
lui parler de son frère...
Nahapet !
Mon cher frère !
Qu'ils pleurent...
Qu'ils pleurent, ça les soulage...
Bonjour, Apro !
Bonjour à toi, oncle Movsès !
La sœur retrouve le frère... elle pleure de joie.
C'est comme ça...
On pleure de tristesse... on pleure de joie...
Sans les pleurs, le cœur romprait...
Noraïr !
Nahapet, voici mon fils...
Viens, Noraïr !
Viens, que ton oncle te bénisse !
Baise la main de ton oncle !
Il tient de notre famille.
Les yeux, les sourcils, le front... c'est Sérop.
La taille, les mains, les pieds... c'est toi.
Que je meure pour toi, Nahapet !
Que je meure pour la terre qui recouvre Sérop, Haïro...
Hraïr, Guévork, Andranik...
Jiraïr, Maral...
Sossé, Djeyran...
Quelle cruauté, mon frère !
Le pouvoir soviétique est venu pour toi et moi.
Il nous dit : "Ca suffit de vivre pauvre et abandonné !
"Votre chance est entre vos mains !
"On vous donne la terre, pour toujours...
"Semez, récoltez, irriguez, et vivez à l'abri du besoin !"
Le camarade Lénine a écrit aux peuples du Caucase.
Le camarade Haroutioun va vous lire cette lettre.
Le camarade Lénine n'a pas envoyé la lettre par la poste.
Mais il l'a confiée à un ami, Alexandre Miasnikian :
"Aliocha, prends-la et emporte-la..."
Voici ce qu'il écrit :
"Tous les peuples du Caucase,
"et en premier lieu notre peuple arménien,
"ne doivent plus craindre les pays étrangers.
"Les Arméniens peuvent, en toute sécurité,
"reconstruire leur pays et leur économie."
Camarades !
Le gouvernement d'Arménie veut construire le canal de Chirak.
Notre village doit participer à la construction !
Camarades !
Que ceux qui veulent participer lèvent la main !
Alors ?
- Inscris mon nom ! - Inscris le mien aussi !
- Le mien aussi ! - Le mien aussi !
La terre est distribuée par tête.
Que faire pour Nahapet qui est arrivé tard au village ?
Si on lui donne une parcelle, c'est trop peu, ça ne va pas.
Si on lui en donne deux, ce sera injuste !
Alors, comment faire ?
Ghoukas, si tu veux, je peux signer que Nahapet...
avant le printemps, l'été ou l'automne, sera deux !
Fais un papier et je signe !
Moi aussi !
Moi aussi !
Attendez, camarades !
Vous signez, moi aussi... mais lui ne dit rien.
Qu'en pense-t-il ?
Pourquoi il ne vient pas au bureau ?
Qu'on sache ce qu'il veut, de quoi il a besoin...
Que t'es malin, mon bon président !
Pourquoi tu vas pas voir Nahapet toi-même ?
Lénine, Lénine... Il dit quoi pour Nahapet, Lénine ?
C'est la distribution des terres, oncle Nahapet !
Ils se disputent, ils m'insultent...
Chacun veut la meilleure terre.
Pourquoi tu viens pas demander ?
Bonjour...
Ils donnent une parcelle par âme.
Si on te donne une parcelle, c'est peu...
Comment faire ?
J'attends ta réponse, oncle...
On te compte deux parts ?
J'ai droit à une part et ça me suffit !
Bien.
Si tu te maries, on te donnera une autre part.
Le souhait des autorités soviétiques,
c'est d'aider les gens comme toi, d'être solidaire.
Je veux que tu aies beaucoup de terres,
tu n'en veux pas, c'est ta volonté...
Merci, monsieur Ghoukas, que Dieu te garde !
Je ne suis pas un monsieur !
Qui que tu sois, que Dieu te garde !
Monsieur... monsieur...
- Bonjour, monsieur l'Exilé ! - Salut, Ghoukas !
Tu as marié ton fils, encore gamin,
pour une poignée de terre en plus !
Ca suffit ! Au travail !
Tu t'es approprié des collines et des rivières,
mais ça t'a pas coupé le sifflet !
Elles ont perdu leur pays,
leur bonne terre et leur eau,
et elles se battent pour cette terre rocailleuse.
L'eau a emporté le moulin
et elles pleurent la meule.
Tu n'es pas trop fâché, Nahapet ?
Tu m'en veux, tu te demandes pourquoi Apro t'a menti,
t'a dit qu'Antharam était malade,
alors qu'elle est en bonne santé !
A vrai dire, Nahapet, si on t'a menti...
la première fautive, c'est Antharam,
ensuite, c'est moi...
Mais nous avions une bonne raison...
Ta sœur et ton jeune frère, Apro,
veulent ton bien.
Ecoute-moi, Nahapet, comprends mes raisons...
La famille de Nahapet ne doit pas s'éteindre.
Antharam et moi-même avons pris une décision ferme.
Tu dois te marier... et nous t'avons choisi une fiancée.
Si tu n'as pas pitié de toi, aie pitié de ta sœur.
Il faut que tu vives.
Ne prive pas le monde de ta descendance.
Me comprends-tu, Nahapet ?
C'est ma volonté, celle d'Apro,
c'est la volonté de tous que tu aies une compagne...
Je dis la vérité.
C'est ton droit et ton devoir de ne pas vivre seul.
Ecoute-moi, Nahapet...
Au village, il y a une femme, Noubar.
Elle est seule, comme toi.
Elle a perdu son mari. Elle est seule comme toi.
Noubar est du village.
Elle est en bonne santé, vertueuse, bonne ménagère...
Vous n'êtes pas jeunes pour vous amouracher...
Apro et moi, on veut que Noubar devienne ta femme.
Qu'en dis-tu ?
Pouvons-nous aller lui demander ?
Et puis nous te dirons son avis ?
Que frère Nahapet fume son tabac...
nous en faisons notre affaire.
Nous ne sommes pas des étrangers pour Nahapet.
Notre décision, c'est aussi celle de Nahapet.
Noraïr est fatigué, qu'il dorme...
Nous avons choisi Noubar, Nahapet.
Elle est d'Ardament.
Restée seule, comme toi... Grande, et belle...
Comme notre Antharam, comme une sœur...
Viens, Noubar, viens...
Ne sois pas timide.
Ce n'est pas un étranger, c'est notre frère...
Viens...
Allez bavarder un peu, nous devons pétrir la pâte.
Noubar est venue m'aider.4
Bon, dans ce cas, allons-nous-en...
Fils de chiens !
Vous mentez, Nahapet est mort.
Nahapet était mon filleul.
Qui prononce mon nom ? Pourquoi m'appelle-t-il ?
C'est ton parrain Hakop, Dieu l'a puni...
Nahapet, mon filleul...
Nahapet, mon filleul...
Je suis venu te marier.
Ne t'abaisse pas...
Tu es mon âme...
Nahapet, ne te tourmente pas...
C'est toute ma richesse,
je te lègue ma richesse.
Prends-la...
Des pommes d'Ardament...
Tu es mon dernier espoir, fils...
Sauve ces graines...
Raccompagne Nahapet et Noubar, ils s'en vont...
Ca me fait de la peine, j'en ai le cœur serré.
Prends la charette.
Je viendrai la chercher dans deux jours...
Au revoir !
Que votre union soit solide...
Il fait froid, tu vas prendre mal.
Je n'ai pas froid. C'est toi qui vas prendre mal.
Avançons, Nahapet.
Les boeufs se sont arrêtés.
Descends, Noubar...
Mange.
Prends, Noubar.
Allons-y, Noubar...
La route est longue.
Tu es pure comme l'enfant qui vient de naître.
Nahapet est un homme bon... Son âme a beaucoup souffert...
Consolez-vous l'un l'autre.
Même les oiseaux ne vivent pas seuls.
Même les fauves ne vivent pas seuls,
ne marchent pas seuls.
Je suis votre proche, nous sommes voisins.
Ma belle-fille, mon cœur est heureux
que Nahapet ne soit pas seul.
Dieu t'a envoyé vers Nahapet.
C'est vrai.
Je vous souhaite santé et longue vie.
Je m'appelle aussi Nahapet, mais on me surnomme Nho.*
Frère Nahapet, sœur Noubar,
je bois à votre santé, vivez longtemps...
Que vos souhaits se réalisent !
Quand tu as fait de cette cabane un vrai foyer,
j'ai dit : "Nahapet vivra, ne mourra pas."
Si Dieu n'accède pas aux désirs
d'un homme comme toi, je ne Le reconnaîtrai pas.
Nho déraille encore !
Je dis vrai.
Si Dieu ne veille pas sur un juste comme Nahapet,
il est notre ennemi.
Tu déraisonnes !
Dieu a béni le sabre ennemi et a maudit notre charrue.
Je ne prie pas ce Dieu-là ! Je suis Nho-le-païen !
J'ai une question à te poser, curé.
Nous sommes si pieux et si chrétiens...
pourquoi Dieu n'aime-t-il pas le peuple arménien?
Dieu préfère les Arméniens aux autres peuples.
S'il les aime, pourquoi les laisse-t-il massacrer ?
Dieu induit ceux qu'il aime en tentation
pour éprouver leur foi.
Il les massacre parce qu'il les aime.
On Lui est reconnaissant de cet amour !
Ca suffit, on en a assez de cet amour !
Qu'il aille aimer notre ennemi !
Pitié, je m'en vais !
C'est Nho-le-païen, sois indulgent, rassieds-toi.
J'aime mieux donner un buffle que demander pardon.
Bonsoir !
Bonsoir, mon bon Ghoukas, viens t'asseoir !
Oncle Nahapet,
je t'ai proposé 2 parcelles, pourquoi as-tu refusé ?
Si je n'augmentais pas ta part, ça te plairait ?
Fais ce que tu veux,
c'est ton droit.
Je ne suis pas propriétaire, pour t'en priver.
Je te bénis d'abord...
Que votre union soit solide ! Longue vie à tous les deux !
Vive Ghoukas !
- A votre santé ! - A votre santé Ghoukas !
Nous avons décidé de te donner la terre jouxtant la tienne.
Le pouvoir soviétique est venu te tendre la main,
le pouvoir soviétique est venu juste à temps.
Je dis vrai, Nho ?
Ce que tu dis est bien vrai.
C'est comme ça...
On est venu féliciter Nahapet, c'est fait... on y va.
On y va !
Demain matin, oncle Nahapet,
on mesurera tes deux parcelles et on te les donnera.
On comptera largement !
On y va !
Ca doit faire cinq sommars.
Ils nous ont donné plus que notre part.
Où est notre pelle ?
Apporte-la donc, Noubar.
Noubar, Noubar !
Qu'y a-t-il, Nahapet ?
Noubar, les graines ont germé.
Il n'est pas d'homme au monde aussi juste que Nahapet.
S'il touche une pierre, elle verdit et puis fleurit.
Il est juste, et sa femme aussi.
C'est Dieu qui le veut, Nahapet n'y est pour rien.
Tu es païen, égaré, tu ne comprendras jamais...
Je suis païen, égaré, et toi, tu es un saint...
Demande donc à Dieu
que le peuple arménien ne soit plus massacré.
Dieu a mis fin aux massacres, ô païen.
Attends, attends...
S'il n'y a plus de massacres, c'est grâce à Lénine.
- Bien dit, Nho-le-païen ! - Bravo !
Nahapet... debout !
Les plants vont geler !
Les plants...
Apporte des branchages !
Où est notre pelle ?
Fais vite !
Apportes-en encore !
Vite !
Apporte des couvertures, Noubar !
Attention, c'est une greffe !
Nahapet !
Nahapet !
Qu'y-a-t-il, Noubar ?
Je vais te dire un secret.
Dis-le, Noubar.
On dirait... que je suis enceinte.
Le cœur des femmes enceintes
aime les grenades...
Prends, Noubar !
Merci, Nahapet.
Noubar !
Noubar !
Qu'y a-t-il ?
J'ai soif, Noubar, apporte moi une tasse de tan.
Combien de temps reste-t-il avant qu'il naisse ?
Aujourd'hui, il a encore bougé sous mon cœur.
On dirait un garçon turbulent et vif.
Comment le sais-tu ? C'est peut-être une fille...
C'est un garçon.
Si c'est un garçon,
on lui donnera le prénom de ton aîné, Jiraïr.
Si c'est une fille,
on lui donnera le prénom de mon aînée, Tzovinar.
Garçon ou fille, c'est la volonté de Dieu.
Je l'accepte volontiers...
Il a l'air bien triste...
Il porte le poids du monde et tu veux qu'il soit gai ?
Il paraît qu'il est tout petit...
Lénine est malade.
Dès qu'il sera remis sur pied, il ira de pays en pays,
il verra comment vit le peuple,
il saura que la redistribution des terres a été équitable,
il donnera du pain à qui en manque,
il punira les injustes.
Il paraît qu'il viendra même ici, vers l'Aragatz.
Les Angliches et les autres pays
ont voulu faire disparaître les lois créées par Lénine.
Mais leur force n'a pas suffi.
Pour l'instant, ils rient car Lénine est malade.
Mais les travailleurs de chez eux sont avec Lénine.
Ils écrivent des lettres
pour qu'il guérisse vite et puisse gouverner le monde.
Ce bon vieux Lénine...
Si seulement Lénine était né 40 ans plus tôt,
le peuple arménien aurait moins souffert...
et il y aurait 5 fois plus d'Arméniens.
Et 5 fois moins de tristesse dans les maisons arméniennes.
Mais le peuple arménien est endurant, Noubar.
Il est solide comme le roc, infini comme la mer...
Pourquoi, Noubar ?
Parce que le peuple arménien est juste.
Son cœur est pur...
Il aime le travail... la vie...
Et c'est pour ça qu'il meurt, et ressucite...
- Ca s'allume ! - Ca, c'est de la lumière !
C'est un miracle !
Nahapet ! Nahapet !
Nahapet !
Qu'y a-t-il ?
Mets l'eau, allume le feu !
Fais-la chauffer !
Voilà, Noubar.
Mets ta fourrure, ne prends pas froid !
Bien, Noubar, bien...
Nahapet !
Nahapet !
- J'ai apporté l'eau. - Donne un drap !
Tout de suite...
Mets-le sous mes pieds !
Ne reste pas là, Nahapet !
- Va, appelle Mariam ! - Bien, Noubar.
C'est un bon jour, frère Nahapet...
La source qui a donné de l'eau ne tarit pas.
Ta vie est comme cette source.
Ta source coule à nouveau.
Cette source, ce n'est pas moi mais le peuple arménien.
Le peuple arménien, c'est moi, toi, lui, nous...
N'y a-t-il pas une femme qui puisse aller voir ?
Je ne suis pas tranquille.
C'est une femme, elle souffre, elle enfante...
De quoi as-tu peur ?
A compter de ce jour, je fais serment et vœu
de planter un pommier
devant chaque maison où naîtra un enfant...
C'est une vieille tradition de notre pays
que nous ne devons pas oublier.
Traduction HAMEL / PETROSSIAN Sous-titrage VIDEO ADAPT
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