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Au milieu du 19e si�cle, en banlieue de Paris,
o� plusieurs familles d'Angleterre avaient �lu domicile...
Non, je ne sortirai pas. Je ne sortirai jamais !
Voyons, mon ch�ri.
Je ne veux pas sortir, m�re.
Dis-moi ce qui ne va pas encore.
Je ne veux pas y aller parce qu'elle est l�.
Gogo !
Pourquoi vous disputez-vous ?
- Je fais un chariot, m�re. - Et alors ?
Elle veut faire une maison de poup�e.
Pourquoi ne fais-tu pas ton chariot pendant qu'elle fait une maison de poup�e ?
Parce qu'elle a toutes les planches.
Elle ne veut pas les partager ?
�a ne sert � rien. Il me les faut. Il me faut toutes les planches.
Il faut plein de planches pour un chariot. Et pas trop pour une maison de poup�e.
Il ne faut rien pour une maison de poup�e.
Pourquoi ne faut-il rien ?
Parce que �a ne vaut rien.
Gogo, cesse d'ennuyer ta m�re.
Va jouer dehors, mon ch�ri. Je t'en prie.
Bon, d'accord,
mais je ne lui adresserai plus jamais la parole.
Et c'�taient toutes mes planches, m�re.
Elles �taient dans ma cour, et il est venu les prendre.
- Qu'as-tu fait ? - Je les ai reprises.
Ma ch�rie, tu devrais �tre g�n�reuse et partager tes planches.
C'est ce que j'ai fait, mais il les veut toutes !
Ma ch�rie, sois aimable avec Gogo. Tu sais que sa m�re est gravement malade.
Je te prie de sortir jouer et faire la paix avec lui.
Je sortirai, mais je ne ferai jamais la paix avec lui.
Je ne veux plus jamais le revoir, plus jamais.
Il est vilain. Il est �go�ste.
Il n'est qu'une vieille personne !
Gogo !
All�.
All�.
Je ne te donnerai qu'une seule autre planche.
Celle-ci. Elle est grande. La vois-tu ?
� quoi peut bien servir une planche ?
Mais elle est si grande. Tu peux la couper en deux.
De toute mani�re, tu peux faire un plus petit chariot.
Tu ne connais rien aux chariots.
Si tu n'�tais pas �go�ste, tu m'aiderais pour la maison !
Une maison de poup�e !
- C'est aussi bon qu'un chariot. - Pas du tout.
- � quoi �a sert, une fois construit ? - Et un chariot, � quoi �a sert ?
Un chariot...
Un chariot sert � plein de choses.
- �a sert � tirer. - Tirer quoi ?
Tu n'en sais rien, il y a peut-�tre quelqu'un qui voudra faire tirer quelque chose.
Tu n'es m�me pas capable de construire un chariot.
Comment faire, si tu gardes toutes les planches pour toi ?
Un chariot a besoin de roulettes, non ?
Bien s�r que oui.
Tu n'as pas de roulettes !
Tu n'en as point !
Ai-je dit en avoir ?
Je sais � quoi tu penses.
Si je tirais quelque chose, on pourrait acheter cent roulettes.
- Je ne veux pas cent roulettes ! - Je pourrais en acheter mille.
Je veux celles-ci !
Regarde ce que tu as fait ! Regarde son visage.
Elle m'a l'air pareille.
Je ne jouerai plus jamais avec toi ! Je pr�f�re jouer avec tout autre gar�on.
Et retourne dans ta propre cour !
Je pr�f�re jouer avec toute autre fille, et je retourne dans ma cour.
Je me fiche bien que tu ailles dans ta cour.
Et ne reviens plus jamais dans ma cour.
- Gogo. - Quoi ?
Fais �a encore.
Quoi ?
C'est si dr�le. Pourquoi le fais-tu avec ton pouce ?
Il faut le faire avec ce doigt-ci, mais tu le fais toujours...
Je le fais � ma fa�on !
- Fais-le encore. Je te donnerai une planche. - Je n'en veux pas !
- Je t'en donnerai deux. - Je n'en veux aucune.
Gogo, regarde.
Madame Dorian ! Vite.
Oui ?
Madame Dorian, je vous en prie ! Faites venir le m�decin.
Gogo ! Viens, mon ch�ri. Vite, je t'en prie.
Viens, mon ch�ri ! Fais vite ! Viens ici.
Allez chercher un pr�tre !
Notre P�re, qui es aux cieux, que Ton nom soit sanctifi�,
que Ton r�gne vienne, que Ta volont� soit faite, sur Terre comme au Ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses
comme nous pardonnons aussi � ceux qui nous ont offens�.
Ne nous soumets pas � la tentation, et d�livre-nous du mal.
Car c'est � Toi qu'appartiennent le r�gne, la puissance et la gloire...
Gogo, ne pleure pas.
Ils se tenaient devant sa tente, sur le champ de bataille.
Je m'en souviens tr�s pr�cis�ment.
En assembl�e devant sa tente.
Quand je me suis approch� du g�n�ral, du grand Napol�on lui-m�me...
- Vous �tes descendu du cheval. - Mis pied � terre.
J'ai mis pied � terre, j'ai fait le grand salut. En attendant mes ordres.
J'aurais tant aim� le garder ici avec nous, avec Mimsey.
Sa famille � Londres ne fera peut-�tre pas preuve de douceur et de compr�hension.
C'est un enfant si �trange, et si sensible.
Je suppose qu'on saura bient�t.
"Duquesnois", a dit le grand Napol�on, "major Duquesnois".
- Cric ! - Crac !
C'�tait une nuit de fin d'automne,
la terre couverte de givre,
mais aucun feu n'�tait allum�, pour �viter d'�tre aper�u par l'ennemi,
et ils �taient l� assis, Napol�on et ses g�n�raux.
Cric !
Madame Dorian, je vous prie.
- Qui dois-je annoncer ? - Colonel Forsythe, de Londres.
Mme Dorian vous attendait.
- Entrez, monsieur, je vous prie. - Merci.
- Cric ! - Crac !
C'est mieux.
Si vous ne r�pondez pas quand je dis "cric", comment savoir si vous portez attention ?
Vous �tes descendu de votre cheval.
Mis pied � terre.
"Duquesnois", a dit le grand Napol�on...
Oui, ils sont l�.
- Sont ? - Ma fille.
Ah oui.
Ils ont � peu pr�s le m�me �ge et s'accordent � merveille.
J'ai peur qu'il s'agisse d'une autre perte.
Gogo !
Ton oncle est arriv� de Londres.
Enchant� de faire ta connaissance.
C'est votre fille ?
Enchant�, ma petite.
Enchant�e de faire votre connaissance.
Voyons voir.
Oui, tu as les yeux de ta m�re.
Et qu'avons-nous l� ?
Robuste. C'est important pour l'�quitation.
Bon poignet.
Bonne main. Beau galbe pour un cavalier.
Plusieurs dames te regarderont passer � cheval, mon gar�on.
Et maintenant, monsieur, nous allons � ta nouvelle demeure.
- Quelle nouvelle demeure ? - Tu verras.
- O� est-elle ? - C'est une surprise.
- Elle n'est pas ici, � Paris ? - Non !
Mais je ne veux pas quitter Paris.
Les gar�onnets n'ont pas le choix d'�lire leur demeure.
Mais je ne peux pas quitter Paris.
Pourquoi pas ?
Parce que je ne peux pas.
Quoi ?
Je ne peux pas.
L'amour d�sesp�r� qui unit les enfants.
Existe-t-il autre chose de si vite oubli� ?
Je crois plut�t, colonel, que c'est la derni�re chose qu'on oublie.
Bon, vas-y. Dis au revoir � ta petite camarade.
All�.
All�.
Vas-tu quelque part, toi aussi ?
Non.
Merci de vous �tre occup�e de lui.
O� est-il ?
- Gogo ! - Ne bouge pas de l� !
Lci.
Reviens ici !
Petite canaille.
Je ne veux pas partir. Mimsey !
Je reviendrai.
Non ! Je ne veux pas partir.
Gogo ? Qu'est-ce que c'est que ce nom ?
- C'est mon nom. - Ton nom ? Qui te l'a donn� ?
Elle.
Arr�te, mon gar�on.
- Quel est ton vrai nom ? - Pierre.
Pierre Pasquier. Non. �a n'ira pas du tout.
Ta m�re �tait anglaise. C'�tait une lbbetson.
Tu seras anglais, toi aussi.
Un gentilhomme anglais dont je serai fier.
J'ai trouv�. Peter !
Oui, ton nom sera Peter.
Oui. Peter.
Tu peux adopter mon nom de famille et t'appeler Peter Forsythe
ou prendre le nom de ta m�re.
Je prendrai celui de ma m�re.
D'accord. Ton nom sera d�sormais Peter lbbetson.
Ainsi prit fin le premier chapitre de la vie �trange et pr�destin�e
de Peter lbbetson.
THROCKMORTON ET SLADE ARCHITECTES
Vous partez t�t ?
Oui, mais je suis l'heure de Greenwich, et non celle de Slade.
Il est pr�sentement 17 h 55.
En avance le matin, puis en retard le soir.
� quoi peut bien servir de savoir l'heure ?
Comment ?
Rien.
Peter, pourquoi dites-vous toujours des choses de la sorte ?
Comme si vous racontiez une blague que personne ne saisit ?
Il n'y a aucune raison.
Je pense qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
Vous devriez peut-�tre vous joindre � nous plus souvent.
- O� ? - Nous avons tout Londres et toute la nuit.
Des gin bitters et des barmaids pour commencer, et un mal de t�te ensuite.
- O� est le mal ? - Je ne sais pas.
- Qu'y a-t-il � faire d'autre ? - Rien.
Je pr�f�re les barmaids et le gin au rien absolu.
Je pr�f�re ne rien faire. Mais j'admets que c'est mieux qu'un oncle
qui ne parle que de jarrets et d'�parvins !
- Le revoil� parti ! - Faites ce qui vous plaira.
- Restez travailler, nous sortons. - Au revoir.
Baissez les tentures et verrouillez la porte, Peter.
Quel imb�cile de...
Mon doux.
Mon doux Seigneur. Quel �tait ce bruit ?
D�sol�, monsieur. J'ai lanc� quelque chose.
Mon doux. Ce n'est rien, bien s�r.
Mais je ne comprends pas pourquoi vous �tes en col�re.
Cela para�t tr�s convenable. Tr�s convenable.
Vous avez trouv� une solution au probl�me, Peter.
Bonne nuit, Peter.
M. Slade.
Oui, Peter ?
Je vous quitte. Je d�missionne.
Mon doux, Peter.
J'en ai assez de Londres. Tout m'indispose ici.
Les plans, les �difices, les gens, le brouillard,
et tout le reste. Je pars pour l'Am�rique.
Peter, vous ne pouvez pas faire �a.
Vous �tes le jeune homme le plus prometteur � mon service.
Je tiens � ne pas vous perdre.
Vous deviendrez le plus important architecte de Londres, si vous vous y appliquez.
Je n'ai pas du tout envie de m'appliquer.
Peter, il vous faut un repos.
Vous travaillez sans cesse. Partez en vacances � Paris.
- Allez vous amuser � Paris. - Pourquoi ?
Ce n'est pas une bonne id�e, monsieur.
- Pourquoi pas ? Est-ce une jeune femme ? - Non.
- Quoi, alors ? - Je ne sais pas.
Peu importe de quoi il s'agit, �a ne sert � rien de s'enfuir.
Le bonheur n'est pas dans un lieu. Le bonheur est en soi.
Vous devriez avoir un peu honte, Peter, un si grand jeune homme comme vous.
Vous avez raison de me gronder, monsieur.
C'est quand m�me �trange.
J'ai tout pour �tre heureux et je ne le suis pas.
Et vous �tes le plus heureux des hommes,
tandis que vous avez plein de raisons pour �tre malheureux.
Ne me plaignez surtout pas. J'ai tout ce qu'il me faut.
J'entends et je sens, et je vois aussi. Je vois ce que je veux voir.
- Comment pouvez-vous voir ? - Bien s�r que je peux voir.
Je peux vous d�crire certaines choses tout aussi bien que vous.
Et je sais de quoi a l'air cette maquette.
Et j'ai vu l'oc�an d�ferler et se briser en �cume lorsqu'il roule sur lui-m�me.
Et les fleurs, et...
Mais, monsieur, vous ne pouvez pas voir toutes ces choses. Vous �tes n�...
Oui, Peter, je suis n� aveugle, mais j'ai tout de m�me vu ces choses.
Mais, comment ? Je veux dire...
On ne voit pas qu'avec les yeux.
C'est � l'int�rieur de soi, quelque part.
On m'a d�j� dit que c'est dans mes r�ves.
Mais je dis que c'est parce que je devais voir de cette fa�on.
Eh bien, monsieur,
c'est trop pour moi.
C'est que vous n'avez jamais eu � exaucer quoi que ce soit � l'int�rieur de vous-m�me.
Vous saurez ce qui ne va pas
et ce sera l�, Peter.
Monsieur,
j'aimerais bien que ce soit aussi simple.
Partez en vacances.
Je ne veux pas vraiment que vous nous quittiez.
J'irai � Paris et je reviendrai.
Vous me rendez tr�s content, Peter. Tr�s content, oui.
Bonne nuit.
"L'oc�an d�ferler et se briser en �cume lorsqu'il roule sur lui-m�me."
Voulez-vous me le dire en anglais ?
- Vous �tes anglaise ? - Plut�t !
Je savais que vous �tiez anglais, car je vous voyais assis l�-bas.
J'ai bient�t termin� mon quart de travail. Vous m'attendez ?
Pourquoi pas ?
Vraiment ?
�a serait chouette.
C'est dr�le. Qu'ont-ils de mal ?
Je ne sais pas. Rien, je suppose.
Ils ne sont pas comme...
Comme vous.
Oh, comme moi.
Personne n'a jamais �t� tout � fait comme moi.
N'essayez pas de me faire marcher.
D'accord, je m'en garde.
Je sais que vous ne le ferez pas. Vous ne savez pas si j'ai des jambes.
Pas de jambes ?
Vous �tes bien �trange. �a ne vous fait rien, que j'en aie ou non ?
Oh, oui.
Oh, non, �a ne vous fait rien.
N'est-ce pas ?
Oh, oui, �a me fait quelque chose.
Qui est-elle ?
- Qui �a ? - La dame.
Il n'y en a pas.
Arr�tez donc.
Un jeune homme ne serait pas comme �a, � moins d'avoir une femme dans sa vie.
Je n'en ai pas.
J'aimerais en avoir.
Et alors ?
Rien.
- Prenez-vous un peu de vin ? - Oui.
Pourquoi tout le monde me pose cette question ?
Arr�tez donc de maronner. J'ai juste demand�... Vraiment, je...
Je ne maronne pas. �a va. Laissez tomber, je vous prie.
D'accord.
Que voyez-vous ?
Cric !
Attendez une minute.
Cric !
Crac !
- Allez, buvez votre vin. - Pourquoi ?
On va un peu plus loin.
- Gar�on ! - O� �a ?
� mon ancienne maison.
- Allez, allons voir si elle est encore l�. - D'accord.
Vous �tes bien singulier. De tout Paris, vous m'emmenez en campagne.
Venez. C'est ici.
�tes-vous s�r ?
S�r ?
Vous avez v�cu ici ?
Oui, ici.
C'est un peu d�labr�, n'est-ce pas ?
- Et elle habitait l�-bas. - Qui donc ?
Oh, regardez.
L'enfant avec laquelle je jouais...
Peter, une balan�oire !
Allez, Peter, poussez-moi.
- Je n'ai pas fait de balan�oire depuis... - H�, regardez.
Il �tait juste ici.
Le chariot. J'aimerais pouvoir vous montrer ce chariot.
Vous pensez peut-�tre en avoir vu, des chariots, mais...
Je peux vous dire qu'il s'agissait du plus...
Peter, poussez-moi.
Si vous aviez vu ces planches. C'�taient de simples planches, je suppose...
et il �tait sur des roulettes.
Oui, il �tait certainement sur des roulettes.
Elles tournaient et il se d�pla�ait.
Peter, venez.
Le banc.
Nous nous glissions en dessous.
Oui, en effet.
All�.
Le voil�, monsieur !
Peter !
Comment allez-vous ?
D�sol� d'avoir interrompu votre cong�, mais je savais que vous ne me d�cevriez pas.
- Non. - J'esp�re que vous �tes repos�,
car vous devrez voyager de nouveau.
- Ah oui ? - Dans le Yorkshire.
Vous avez entendu parler du duc de Towers ?
Oui.
Chez lui, dans le Yorkshire,
il a d�cid� de d�molir les �curies pour les remplacer par des nouvelles.
- Vous devez prendre le train tout de suite. - D'accord, je ferai de mon mieux.
Je tiens � pr�ciser une chose, Peter.
Le duc, ou plut�t la duchesse, tenait absolument
� ce que la personne choisie soit un gentilhomme, autant que possible.
- Un gentilhomme ! - Oui.
Vous habiterez l�-bas longtemps, semble-t-il.
Cela veut dire que vous serez en contact direct avec la famille, et...
Et ils veulent un gentilhomme.
Vous lisez dans mes pens�es.
Le cong� fut un succ�s, j'esp�re ?
- En effet. - C'est bien. C'est tr�s bien.
Il n'y a rien de mieux qu'un cong�. Paris, et les dames !
Y avait-il des dames, Peter ?
Oui, il y avait une dame.
Une dame. Oh l� l�, cela semble s�rieux.
�tait-elle jolie ?
Elle �tait tr�s jolie.
Elle avait huit ans, portait une petite robe blanche et je ne l'oublierai jamais.
Mon doux ! Huit ans.
Mon doux Seigneur.
En campagne, nous n'avons pas de brouillard comme � Londres,
mais je crois que Londres est agr�able aussi.
Tr�s.
- Ce sont les �curies, l�. - Oui, monsieur.
- Leur heure de gloire est pass�e. - Oui, monsieur.
Et l'heure fut longue.
- Je descends jeter un coup d'�il. - Oui, monsieur.
- M. Ibbetson ? - Oui.
Je suis la duchesse de Towers.
Enchant�.
Enchant�e.
Je vous attendais ce matin.
J'ai manqu� mon train.
Je vais vous dire ce qu'on veut faire.
Il nous faut plus de place dans les �curies,
alors nous voulons construire une extension sur ce c�t�-l�.
Une aile qui correspondrait exactement � ce que vous voyez.
Vous ne voulez pas reconstruire � neuf ?
Certainement pas.
Excusez-moi. J'avais une bonne id�e, je crois.
J'allais faire des �curies comme, une nouvelle construction en quelque sorte,
en me servant de la partie existante, mais avec un toit neuf, assorti � la maison,
comme si �a avait �t� construit en m�me temps. Voyez-vous ?
Oui, je vois.
Mais nous ne voulons absolument pas d�molir les �curies, M. Ibbetson.
Ce sont vos �curies. Vous voulez que cette aile...
corresponde exactement � l'autre.
Ceci n'est qu'une esquisse.
Une id�e pour que le tout ait l'air nouveau.
Je ne veux pas que �a ait l'air nouveau.
Pas nouveau tel que vous l'entendez. Les �curies para�tront tout aussi vieilles,
mais la seule fa�on de leur donner une certaine beaut�
et de les assortir � votre maison serait de...
Quelque chose comme �a.
�a ne sert � rien de discuter, M. Ibbetson. Je vous ai dit ce que nous voulons.
Tout ce que vous devez faire, c'est de vous y mettre.
- Une aile qui corresponde � �a ? - Oui.
Je ne peux pas le faire.
- Pourquoi pas ? - Parce que cela ne me pla�t pas.
Qu'est-ce que �a peut bien changer ?
Je ne peux pas faire quelque chose qui me d�plaise.
Je vois.
Cela nuit � votre temp�rament artistique.
Cela nuit � quelque chose. Si j'�tais un cheval, je ne voudrais pas y vivre.
J'envoie Jenkins faire votre valise, M. Ibbetson.
Merci, madame la duchesse. Mon s�jour ici m'a enchant�.
Vous �tes impertinent.
Moi qui avais l'intention de me conduire en gentilhomme.
Entrez.
J'apporte votre repas, monsieur.
Vraiment ?
Quelle heure est-il, Jenkins ?
20 h 15, monsieur.
- Et mon train part � quelle heure ? - 21 h 15. Dans une heure, monsieur.
C'est la duchesse qui chante ?
Oh non, monsieur. C'est une dame nomm�e Ginghi, de l'op�ra.
- Vous devez en avoir entendu parler. - En effet.
On dirait bien une f�te.
Non, monsieur. Juste quelques amis.
- Je vous apporte autre chose, monsieur ? - Non, merci.
- Juste une chose. - Oui, monsieur.
Donnez ceci � madame la duchesse,
en guise de remerciement pour ce d�licieux repas.
Bien s�r, monsieur. Merci.
Pardon, madame la duchesse.
Le jeune homme � l'�tage m'a demand� de vous remettre ceci
en guise de remerciement pour le d�licieux repas, a-t-il dit.
- Jenkins. - Madame la duchesse.
M. Ibbetson est-il parti � la gare ?
Non, madame la duchesse.
Je crois que vous devriez dire � M. Ibbetson que le train de nuit est inad�quat
et qu'il devrait attendre de prendre celui du matin.
Et demandez � M. Ibbetson s'il aimerait descendre �couter la musique.
Tr�s bien, madame la duchesse.
Ma ch�re, que se passe-t-il donc ?
Regardez.
Le jeune architecte avec qui je me suis disput�e
a fait un croquis des �curies qu'il aimerait construire.
Il para�t que les chevaux partagent son avis.
C'est plut�t impertinent.
Oui.
Un jeune homme tr�s impertinent.
All�.
All�.
J'aimerais tant y aller.
- Nous pourrions y aller ensemble. - En effet.
Voil� longtemps que vous n'y �tes pas all�e.
Vous souriez, M. Ibbetson.
Vous avez peut-�tre vu quelque chose d'amusant dans le jardin.
Je croyais bien, oui. J'ai cru voir les nouvelles �curies.
Construites � ma fa�on et elles �taient tr�s belles.
Faites-vous toujours tout � votre fa�on ?
Depuis que je suis grand comme �a.
Et moi, depuis que je suis grande comme �a.
Vous ne pouvez pas vous en souvenir.
Je le peux.
Qui �tes-vous, M. Ibbetson ?
Un architecte.
Oui, et un artiste aussi, en quelque sorte.
Ma ch�re, j'ai de bonnes nouvelles � vous annoncer.
- Vraiment ? - J'ai �chang� un cheval avec Willets.
J'ai �chang� le vieux Major contre son poulain. C'est une beaut�.
Indompt� et des plus fougueux. Ce sera tout un d�fi de le dompter.
Je suis contente si vous l'�tes, mon cher.
Vous avez peut-�tre compris, M. Ibbetson, que mon mari aime beaucoup les chevaux.
M. Ibbetson ne s'y int�resse peut-�tre pas tant que �a.
Excusez-moi.
- Vous allez construire nos �curies ? - En effet, oui.
Et il a d�cid� de les faire � ma fa�on. N'est-ce pas ?
Je per�ois une diff�rence d'opinions. Vous soutenez vos convictions, j'esp�re.
�tes-vous amateur de chevaux ?
Suite � la fa�on dont j'ai �t� �lev�, je ne leur voue pas un culte particulier.
Chaque homme a droit � ses opinions.
Si vous n'�tes pas int�ress�, je vous conseille de vite changer de sujet,
car mon mari aime autant parler d'�quitation qu'il aime en faire.
- Et c'est un excellent cavalier. - Je n'en doute pas.
�a ira comme �a ?
Ce petit poulain est mon favori, et il n'aime pas du tout la pluie !
Lui non plus.
Il ne lui manque plus qu'une pipe, des pantoufles et une chope.
Le travail tire � sa fin, n'est-ce pas ?
Il ne reste que de menus d�tails.
C'est tr�s beau. Merci, monsieur.
Vous �crirez � M. Slade que j'ai �t� un gentilhomme.
Vous avez fait preuve de patience envers moi et ma b�tise.
Je me suis plu �norm�ment � le faire.
Je veux dire...
- Prends un mors plus large. - Donne-moi l'autre partie.
Voici.
Amenez-le � la clairi�re, derri�re l'enclos.
- Bien. - Je le monterai l�.
J'aimerais que Richards soit premier.
On va s'entendre � merveille. On se comprend. Sinon, �a viendra.
�a s'en vient. Il est intelligent et apprend vite.
Ce fut une belle d�monstration.
Il monte � cheval presque aussi bien qu'il en discute.
N'est-ce pas ce que vous avez dit ?
Chacun est capable de quelque chose.
Vous m�ritez aussi qu'on vous f�licite, M. Ibbetson.
Les �curies avancent bien, en effet.
Merci beaucoup.
Elles ont �t� construites � votre fa�on, en fin de compte.
Oui.
Je me rends d�sormais compte que j'avais tort � leur sujet.
Je monte me changer.
Il est dou� pour l'�quitation.
�tes-vous un peu envieux ?
Peut-�tre.
Chacun est capable de quelque chose.
De quoi suis-je capable ?
De sourire.
Et bien suffisamment.
Que de galanterie.
Je devrais me remettre � ce dont je suis capable.
Je crois qu'il va tout de m�me pleuvoir.
Vous devriez remettre votre petite maison et vos papiers � l'abri.
C'est tout un orage qui s'annonce.
J'ai r�v� d'un orage hier soir. C'�tait un peu comme �a.
Il faisait soleil ici et l�-bas il faisait si noir.
Nous �tions en carrosse � quatre chevaux.
Je n'ai jamais rien vu d'aussi noir, vous aviez tr�s peur.
Mais vous souriiez.
C'est vrai, j'avais terriblement peur.
Quand l'orage a �clat� et que les chevaux couraient...
J'avais tout aussi peur, mais je faisais semblant du contraire.
Oui, je sais.
Vous rappelez-vous ce que j'ai dit ?
Oui, que les chevaux s'arr�teraient � la rivi�re.
Et quand nous sommes arriv�s � la rivi�re ?
Je ne me souviens plus.
De quoi parlons-nous ?
Comment sait-on tous deux ce qui s'est pass� ?
O� �a ?
- Dans le r�ve, vous voulez dire ? - Oui, le r�ve.
Comment avons-nous fait pour �tre l�, tous deux, et savoir ce qui s'est pass� ?
Je ne sais pas,
mais �a ne peut �tre tr�s important, M. Ibbetson.
- Il doit s'agir d'une co�ncidence. - Attendez.
Ne laissons pas tout simplement tomber.
Mais ce n'est rien. Rien.
Nous parlions probablement de chevaux hier soir
et je me souviens d'avoir parl� de l'orage dans l'air.
Et effectivement, le voil�.
Oui, mais pourquoi est-ce arriv� � nous ?
M. Ibbetson,
nous ne sommes pas des mystiques.
Je crois que nous devrions oublier ceci.
Je vous trouve bien pensifs, ce soir.
Aucun probl�me avec les �curies, j'esp�re, M. Ibbetson ?
Oh, non.
Et vous �tes satisfaite ?
Tout � fait.
Dans combien de temps, M. Ibbetson, les �curies seront-elles termin�es ?
Dans deux ou trois jours.
Si vite que �a ?
- � peu pr�s. - C'est du travail vite fait.
Et depuis combien de temps �tes-vous ici, M. Ibbetson ?
Cela fera deux mois, demain.
Tout juste.
Et depuis combien de temps �tes-vous amoureux de ma femme, M. Ibbetson ?
Non, merci.
Nos haricots verts. Ils arrivent bien t�t cette ann�e, Jenkins.
- Il s'agit bien des haricots de notre jardin ? - Oui, monsieur le duc.
Et comment va notre jardin cette saison, Jenkins ?
Moyennement ?
Mieux que cela, monsieur le duc.
En fait, je ne l'ai jamais vu en meilleur �tat.
Ce sera tout, Jenkins.
Expliquez-vous.
Je ne suis pas n� d'hier, ma ch�re,
et vous ne me convaincrez pas du contraire.
Je sais que vous �tes amoureuse.
C'est �vident, mais il ne s'agit pas de cela.
Il s'agit, M. Ibbetson,
de savoir si je vous dois encore mes f�licitations.
- C'est-�-dire ? - C'est-�-dire,
o� en sommes-nous, au juste ?
Avez-vous d�pass� le stade du baiser ?
Pourquoi ne lui r�pondez-vous pas ?
Pour quoi ?
Oui, pour quoi ?
- Nous sommes-nous m�me d�j� effleur�s ? - Non.
Y avons-nous m�me d�j� pens� ?
Je n'ai pens� qu'� cela.
Et vous ?
Une querelle d'amoureux.
Avez-vous peur de lui ?
- Faites attention. - Je ne ferai attention � rien.
Je vous dirai tout, plut�t.
Je vous dirai ce que vous avez fait. Savez-vous ce que vous avez fait pour moi ?
Vous avez rendu la vie tol�rable.
Vous m'avez d�barrass� d'un mal de c�ur que j'ai port� toute ma vie.
C'�tait une petite fille,
et je l'ai port�e dans mon c�ur et dans mon �me.
Une petite fille dans un petit jardin.
On nous a s�par�s.
Toutes les femmes s'effa�aient devant son visage,
jusqu'� ce que j'aie vu le v�tre,
et j'ai pu alors m'en d�faire.
Je vous regarde et je ne la vois pas.
C'est vous que je vois.
Cric.
Crac.
Laissez, Katherine. �a ira pour ce soir.
- Autre chose, madame la duchesse ? - Non, merci.
- Bonne nuit, madame la duchesse. - Bonne nuit.
Les bagages sont faits, monsieur. Si vous voulez...
Mettez-les dans le carrosse.
- J'esp�re ne pas avoir... - Mettez-les dans le carrosse.
J'aimerais simplement savoir o� en sont les choses.
Quelles choses ?
Le jeune homme part-il toujours demain matin ?
Il part.
Et vous le regretterez, sans doute.
Cela n'a rien � voir.
Ma ch�re, je ne suis peut-�tre pas votre grand amoureux,
mais j'en ai tout de m�me la fiert�.
Et ?
Je dois �tre tout � fait certain que la duchesse de Towers
se comporte bien en duchesse de Towers.
- Je ne travaille pas dans une taverne. - Je l'admets.
Il ne me sera donc pas n�cessaire de vous d�fendre
de le revoir.
- Je n'en ai pas l'intention. - Tr�s bien.
Nous pouvons donc oublier cette histoire, n'est-ce pas ?
Tout � fait.
Approchez.
Ce soir. Maintenant. Nous partons d'ici.
Vous ne pouviez pas partir, c'est �a ?
- Pas sans vous. - Peter, nous ne pouvons pas.
�coutez, Mary.
Je vous ai aim�e voil� des ann�es, et je vous ai perdue.
Et je n'ai jamais eu l'esprit tranquille depuis ce jour, jusqu'� maintenant.
Je suis retourn� � ce jardin il n'y a pas si longtemps, et vous y �tiez encore...
dans votre petite robe blanche gaie,
et j'ai su que je n'ai jamais aim� et n'aimerai quiconque d'autre.
Et voil� que je vous revois ici.
Je ne savais pas que c'�tait vous,
mais je suis retomb� amoureux de vous,
et je ne vous perdrai pas encore. Plus jamais.
Je ne veux plus de la vie, Mary, sans vous.
O� �tiez-vous, Peter, toutes ces ann�es ?
- Vous n'�tes pas venu me trouver. - On se reprendra.
- Nous avions l'intention de nous retrouver. - Le train part bient�t.
Nous lui dirons pour commencer, puis nous attendrons le train � la gare.
Nous ne pouvons pas.
Vous voulez dire que vous n'y tenez pas assez.
- Peter. - De quoi peut-il s'agir d'autre ?
Vous vous �tes mari�e. Pas moi.
Vous avez oubli� notre jardin.
Oui, c'est cela.
J'ai oubli�, n'est-ce pas ?
Savez-vous � quel point j'ai oubli� ?
Oui, j'ai oubli� le jardin et la petite robe blanche.
C'est pour �a que je l'ai gard�e, je suppose.
Et ensuite je me suis mari�e, n'est-ce pas ?
Et cela n'avait rien � voir avec le fait que
la vie �tait si vide que plus rien n'avait d'importance.
Mimsey.
On l'a d�chir�e en mille morceaux
en m'obligeant � descendre d'un arbre.
Habillez-vous.
J'ai peur.
- Pourquoi ? - Je ne sais pas.
Mais il a �t� aimable.
- Cela le peinera. - Nous n'y pouvons rien.
Cela n'est pas une raison pour rester s�par�s.
Vous rappelez-vous cet apr�s-midi, aux �curies ?
Nous partagions m�me nos r�ves.
- Qu'est-ce que c'�tait, Peter ? - Je ne sais pas.
Mais je sais que
nous savions ce qui �tait arriv�.
Et je sais ceci.
Deux �tres ne peuvent �tre aussi proches, nous sommes faits l'un pour l'autre.
Il est impossible de le nier. Vous le savez bien, Mary.
Oui.
Bien s�r que je le sais.
Mimsey, c'est vous.
Que c'est beau.
J'aurais d� attendre votre permission, M. Ibbetson.
Avant de p�n�trer la chambre de ma femme.
Je suis d�sol�.
- D�s que vous me croyiez parti... - Ce n'est pas vrai.
Peter.
Ma femme prot�ge son amant.
Je vois enfin la femme qui est en elle.
Une femme amoureuse, enfin.
Oui, nous nous aimons.
Nous nous sommes aim�s toutes nos vies.
Et personne n'y peut rien.
Il n'est pas mon amant.
Nous serions partis, mais nous ne ferions rien sans que vous ne le sachiez.
�a suffit.
Mais vous avez raison, vous ne ferez pas l'amour sans que je le sache.
Je vous accorde une seule chance.
Il ne fut jamais un duc de Towers qui e�t fait autrement.
Embrassez votre amant.
Ainsi la Mort mit-elle fin au deuxi�me chapitre.
Et alors, dans une prison sur les tristes landes d'Angleterre...
Vous essayez toujours de vous laisser mourir de faim ?
Monsieur n'aime pas la cuisine.
Silence. Silence, vous.
Voici ce qu'en dit le gouverneur.
Il dit que vous avez une sentence � purger et que vous la purgerez.
Demain, on vous obligera � manger.
- Avec les amiti�s de la duchesse. - Silence, j'ai dit.
Voici votre eau.
Resterez-vous longtemps parmi nous, M. Towers ?
Comment fera-t-il ?
Il a rendez-vous avec la duchesse, ce soir.
Je croyais qu'il �tait condamn� � vie.
Il va la rencontrer par la suite.
Bien s�r, apr�s la mort.
Prison � perp�tuit�, pour un jupon.
Elle en valait la peine.
Je suis l� depuis seize ans et je le sais.
Je suis l� depuis dix ans.
Mais moi c'est elle que j'ai tu�e, pas lui.
Je suis s�r qu'elle en valait la peine, pas vrai, M. Towers ?
Parlez-nous d'elle. Allez.
Allez, racontez-nous tout, M. Towers.
Racontez.
Silence ! Revenez ici !
Arr�tez.
Vous devez vous plaire au donjon.
Dix jours ne vous ont pas suffi ?
40 coups de fouet le materont.
N� pour semer le trouble.
- Refuse de manger, parler, d'entendre. - Il entendra le fouet.
Ils l'entendront tous,
si quiconque fait quelque bruit que ce soit, ce soir.
Allumez.
Dans combien de temps les �curies seront-elles termin�es ?
Avez-vous d�pass� le stade du baiser ?
Les enfants sont grands.
Ma femme prot�ge son amant.
On a viol� l'honneur de ma demeure.
Embrassez votre amant.
Je me contenterai de vous imposer
la sentence prescrite par la loi, c'est-�-dire la prison � perp�tuit�.
Silence.
C'est arriv� ainsi.
Mon mari a tir� en premier.
Coupable !
En pronon�ant cette condamnation, la Cour regrette
que l'unique punition imposable � la femme,
dont l'amour impie a entra�n� cette trag�die,
soit le reproche de sa conscience.
Ils ne peuvent nous s�parer.
Nous trouverons un moyen.
Je n'irai pas.
Je n'irai pas. Non, je n'irai pas, je vous le dis.
Je vous dis que je n'irai pas !
L�chez-moi !
�a suffit.
J'ai dit, �a suffit.
La colonne.
- C'est pire que je ne croyais. - On n'y peut rien.
�a ne vaut pas la peine de le d�placer.
Il n'en a plus pour longtemps. C'est sans espoir.
Peter.
Peter, mon ch�ri.
- Peter. - Mary.
�coutez, mon ch�ri. �coutez.
Vous �tes libre, Peter.
- Vous �tes libre. - Libre ?
Tenez ma main.
- Nous allons nous �vader. - Comment ?
Tenez ma main.
C'est un r�ve.
Venez, Peter.
C'est un r�ve.
�coutez-moi.
Ne comprenez-vous pas ?
Nous r�vons ensemble,
tout comme nous l'avions fait une fois.
Mais ceci n'est pas r�el.
Qui est en mesure de juger ce qui est r�el et ce qui ne l'est pas.
Nous r�vons v�ridiquement.
Un r�ve qui est plus qu'un r�ve. Vous devez me croire.
Croire ? Ce sont des mensonges.
Tout ceci est un mensonge dont je r�ve.
Je r�ve de vous.
Je r�ve de moi-m�me.
Je ne suis pas en train de vous parler, ici. Je dors l�-bas, la colonne cass�e.
Ce sera un long sommeil, car j'ai d�cid� de mourir ce soir.
Je sais. Et vous mourrez, sauf si...
Je vous parle...
comme si vous �tiez vraiment l�.
Je suis l�.
Vous devez le croire, Peter, c'est notre seul espoir.
Ne vous demandez pas pourquoi, croyez, tout simplement.
C'est peut-�tre parce que notre amour est si profond.
Peter, ne voyez-vous pas ce qui nous attend ?
Nous pouvons �tre ensemble, maintenant et pour toujours.
Voil� ce qui se produit.
Cela a d�j� �t� le cas,
et nous pouvons le vivre de nouveau.
Non.
Dans un moment vous dispara�trez,
et cette r�alit� m'est trop dure � supporter.
Laissez-moi tranquille.
Non. Je ne vous laisserai pas mourir.
Je vous aime.
Ils veulent m'�loigner de vous.
Je dois trouver une solution.
Peter, regardez.
�coutez-moi. Voyez-vous cette bague ?
Est-elle r�elle ? Souvenez-vous d'elle.
Si je vous promets de vous l'envoyer demain,
essaierez-vous de vivre jusque-l� ?
Quand vous recevrez cette bague, demain, ici,
y croirez-vous � ce moment-l� ?
Regardez-la.
Si je n'�tais pas r�ellement ici en ce moment,
je ne saurais pas que je dois vous l'envoyer.
Regardez-la. La voyez-vous ?
- Oui. - Souvenez-vous-en.
Vous recevrez cette bague demain.
Mary. Demain.
�a ne vaut pas la peine de le d�placer.
Il n'en a plus pour longtemps.
Mary. Demain.
- Que faites-vous ? - Je sors ce cadavre d'ici.
- Je vous ai dit de faire �a hier soir. - On nous a affect�s � une autre t�che.
Il est vivant.
Il est quoi ?
Il est vivant.
C'est arriv� ?
Quoi ?
Peter lbbetson.
Je ne vois pas d'inconv�nient.
Il y en a pourtant un.
L'homme est mort, hier soir.
�tes-vous s�r, docteur ?
Je suis certaine qu'il est encore en vie.
Je l'ai examin� moi-m�me.
Je le saurais s'il �tait mort. Je ressens...
Pouvez-vous lui apporter cette bague, tout de suite ?
- Mais, madame. - Je vous en prie.
Ce n'est pas arriv�.
Vous parlez de �a ?
Elle est r�elle.
Bien s�r qu'elle est r�elle.
Vraiment ?
C'est une bague.
Cela ressemble � une bague,
mais �a ne l'est pas.
Ce sont les murs d'un monde,
puis � l'int�rieur
se trouve la magie de tout d�sir.
� l'int�rieur se trouve
la place o� elle vit,
et l�-dedans, tout m�ne � elle.
Chaque rue,
chaque chemin,
et le c�leste s�jour.
C'est un monde.
C'est notre monde.
Peter.
Mary.
Il n'y a personne ici sauf vous et moi.
Regardez.
Je ne te donnerai qu'une seule autre planche.
Je ne savais pas si c'�tait r�el. J'avais peur...
N'ayez pas peur, Peter.
Les choses les plus �tranges sont r�elles
et les choses les plus r�elles sont �tranges.
Que faites-vous ?
Je vais construire le chariot que je n'ai jamais fini.
Regardez. Voil� nos traces.
Dans la boue, hier, vous souvenez-vous ?
Pour pouvoir marcher dedans, une fois s�ches.
Il fait si clair.
- Comme du sommet du monde. - Mais nous y sommes.
Bien s�r.
Nous sommes venus de tout en bas.
Sur la pointe des pieds au sommet du monde.
- �coutez. - L'entendez-vous ?
- Est-ce de la musique ? - De la musique,
que j'ai apport�e pour que vous l'entendiez. Je savais qu'elle vous plairait.
J'ai aussi un cadeau. Voil� pourquoi nous sommes l�.
Auriez-vous la gentillesse de regarder ?
Peter, que c'est joli.
Comment avez-vous fait ?
J'ai fait �a pour vous,
avec les nuages, les cieux et les �toiles.
- C'est tr�s simple. - C'est tr�s joli.
Allons dedans.
Qu'y a-t-il ?
C'est impossible. Un souffle suffirait � l'emporter.
Ne pensez pas � ce genre de chose. Ou cela se r�alisera.
Nous sommes libres, pour le restant de nos jours.
Pour le restant de nos jours ?
Pour le restant de nos jours.
�coutez.
Qu'est-ce que c'est ?
La musique de l'orgue, rien de plus.
�coutez.
Ne l'entendez-vous pas ?
C'est le tonnerre du monde.
Nous nous �tions perdus,
cela pourrait se reproduire, pour de bon.
Nous avons caus� l'orage et la terreur.
- Oui. - Nous n'y avons pas cru. On s'est enfuis.
Je vous ai apeur�e.
Voyez-vous, je n'arrive pas � me d�barrasser des cha�nes qui me lient.
Nul besoin de parler.
Nul besoin d'avoir peur.
Cela nous s�pare.
Nous sommes peut-�tre trop li�s � nos corps pour �tre tout � fait libres,
mais nous pouvons toujours venir ici.
Nous partagerons chaque moment possible.
Chaque moment.
Pour le restant de nos jours,
des ann�es, des ann�es et des ann�es.
Tr�s faible.
C'est une merveille qu'il batte encore.
C'est le cas le plus �trange que j'aie trait�.
Jeune homme, vous survivrez.
Vivre ?
Oui. Des ann�es.
Des ann�es, des ann�es et des ann�es.
... et ainsi pass�rent plusieurs ann�es.
Madame la duchesse, vous �tes fatigu�e.
Madame la duchesse, vous �tes blanche comme un linge.
Je vais tr�s bien, Katherine.
Allez-y, je vous en prie.
Mais vous n'allez pas bien, vous faites m�me de la fi�vre.
Je vais chercher le m�decin tout de suite.
Je ne veux pas de m�decin.
- Mais, madame... - Je vous en prie.
Allez-y, Katherine.
Tr�s bien.
Mary, qu'y a-t-il ?
�a ira.
J'ai peur, c'est tout, un peu.
- De quoi avez-vous peur ? - �a ira, vraiment.
Peter, tenez mes mains.
- Peter. - Oui, ma ch�re.
Mon ch�ri.
Nous devons faire face � quelque chose.
C'est quelque chose...
Nous ne pouvons nous voir ici pour toujours.
Je n'y avais pas song�.
Nous sommes pass�s si pr�s du paradis.
Combien de temps ?
Beaucoup plus longtemps. Regardez.
Regardez. Nous sommes tous deux si jeunes.
Beaucoup plus longtemps.
Peter, tenez mes mains.
Il fait froid.
Tenez mes mains, Peter.
Plus fort.
Je ferai tout le n�cessaire.
Ne vous chagrinez pas ainsi.
Tout le monde finit par mourir.
Je suis l�, � vos c�t�s.
J'entends votre voix, mais je ne vous vois pas.
Alors �coutez-moi, mon ch�ri. Il me reste si peu de temps.
Je me sens comme si j'�tais accroch�e � un rebord de fen�tre,
mais il me fallait vous rejoindre.
Je me suis battue pour revenir vous accorder tranquillit� d'esprit.
Chacune de vos pens�es, de vos peurs,
je les connais d�j�.
C'est pour cela qu'il fallait que je revienne.
- Peter, m'entendez-vous ? - Oui, Mary.
Tant de choses � dire, en si peu de temps.
Je vous attends.
Il y a bel et bien quelque chose, Mary, apr�s la mort ?
Peter, je savais comment vous l'exprimer avant mon d�part,
mais ici,
aucun mot ne permettrait d'exprimer une telle all�gresse.
Une all�gresse plus sublime que tout ce que nous avons connu.
J'entends les fleurs pousser,
les cloches sonner pour la vie et pour la mort.
Votre vie ne fera que commencer, Peter.
- Mary, je... - Je sais.
Il ne reste plus rien � dire.
Au revoir, mon bien-aim�.
Plus de peur.
Plus de douleur.
Reposez-vous bien pour quelque temps,
et nous serons ensemble, � tout jamais.
Mary, vous avez oubli� vos gants.
Vous ne devez pas les perdre.
Je viens vous les porter.
Fin
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