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- Doinel, apportez-moi ce que vous avez là.

Ah, c'est du joli. Au piquet.

Plus qu'une minute.

(les élèves): Ah... - Silence!

Nous allons ramasser dans 30 secondes.

(les élèves): Ah... - Silence! Silence!

Les chefs de rangées, peuvent se tenir prêts.

Je comptejusqu'à trois.

Un...

deux...

trois. Ramassez.

- Ramasse derrière.

-Allez, donne. - Une seconde, quoi.

- Qu'est-ce qui se passe? - ll veut pas donner sa feuille.

- Pas de favoritisme.

- Lécheux.

- Tout le monde a remis sa copie?

Vous pouvez sortir.

Non, pardon, pas vous.

La récréation n'est pas un dû, c'est une récompense.

- Monsieur le directeur,

j'ai voulu dire à la mère de ce petit etje lui ai dit:

''Madame, monsieur le directeur...''

- lci souffrit le pauvre Antoine Doinel, puni injustement

par Petite Feuille pour une pin up tombée du ciel.

Entre nous, ce sera ''dent pour dent, oeil pour oeil''.

-Alors, les champions, vous avez besoin d'un arbitre, peut-être.

Vous pourrez vous entraîner pendant trois jours.

Pas de récréation, le repos. Trois jours de repos,

ça vous fera du bien. Allez, allez, allez.

(voix entremêlées)

Allons, allons! Qu'est-ce qu'il y a de si intéressant là-bas?

À vos places!

Bravo!

Nous avons un nouveau Juvenal dans la classe.

Mais il est encore incapable

de distinguer un alexandrin d'un décasyllabe.

Primo, Doinel, vous allez me conjuguer, pour demain...

Allez à votre place noter la phrase.

À tous les temps de l'indicatif, du conditionnel et du subjonctif...

Les autres, prenez votre cahier de récitation.

Je dégrade les murs de la classe...

et je malmène la prosodie française.

Française.

Le lièvre.

Secundo, Doinel, vous allez descendre tout de suite

chez le concierge chercher de quoi effacer ces insanités.

Sinon, je vous les fais lécher, moi, mon ami.

Richier...

qui vous a permis de changer de place?

Au temps où les buissons...

les buissons...

flambent de fleurs...

vermeilles...

Quand déjà le bout noir...

Quand déjà...

le bout noir...

de mes longues oreilles...

se voyait...

par-dessus...

les seigles encore verts...

dont...

je broutais...

les brins...

en jouant au travers.

Unjour...

que, fatigué...

je dormais...

dans mon gîte,

la petite Margot me surprit.

(rires) Je m'agite...

Je ne suis pas le seul, n'est-ce pas, Simoneau?

-J'ai rien fait, monsieur. - Naturellement, c'est toujours l'autre.

Certes, elle m'aimait bien,

la gentille maîtresse...

(les élèves): Hou...

- Quelle bonté pour moi,

que de soins, de tendresse.

Comme elle me pressait sur ses petits genoux

et me baisait... (Un élève siffle.)

- Quel est l'imbécile qui a sifflé?

Ah, je vous préviens, je vais être injuste.

Si le coupable ne se dénonce pas, c'est le voisin qui prendra.

N'est-ce pas, Simoneau? - Je vous jure, monsieur...

C'est pas moi, monsieur. - Des lâches en plus.

Ah, quelle année, quelle classe!

Ah, j'en ai connu, des crétins. Mais au moins, ils étaient discrets.

lls se cachaient, ils restaient dans leur coin. Et vous?

Vous pensez avoir effacé? Non, vous avez sali, mon ami.

Allez à votre place copier la récitation.

Tant pis pour vous, vos parents paieront.

Ah, elle va être un peu belle, la France, dans 10 ans!

- Bien quoi? Tout le monde fauche de l'argent à ses parents.

- Oui, mais c'est difficile. - Même Morisset, je te parie.

- Hé! Morisset, viens voir. - On a un renseignement à te demander.

Où tu les as achetées, ces belles lunettes?

-Au bazar de l'Hôtel de ville.

- Le fric, tu l'avais piqué à ton père ou à ta mère?

- Hein, Morisset?

- Tu vas nous dire qu'avec ta gueule de faux jeton,

tu leurfais pas les poches de temps en temps.

- C'était toi, petit salaud, qui m'as fait poirer tout à l'heure.

Salaud, Morisset! Dégueulasse. - Tes jours sont comptés, Morisset.

- ll va t'arriver du mouron, Morisset!

Dis donc, j'arriverai jamais à finir ce soir.

Quel salaud, quand même, ce Petite Feuille!

- C'est son métier.

- N'empêche qu'avant d'aller au service militaire,

je lui bourrerai bien la gueule et on se marrera. Salut.

- Salut.

(pour lui-même): Que je dégradasse les murs de la classe.

(quelqu'un entre)

Bonsoir, maman. - Hum. Bonsoir, bonsoir.

Où est la farine? - Quelle farine?

- Mais qu'est-ce que c'est que ça?

Tu ne m'as pas acheté ce que j'avais marqué.

Où as-tu mis le mot que je t'avais laissé?

-Je l'ai perdu. - Pas étonnant après ça

que tu aies de si mauvaises notes. Allez, va me chercher mes mules.

Elles sont dans la chambre.

Sous le lit!

En attendant, j'ai besoin de farine. Allez, va m'en cherchertout de suite.

- Bien, maman.

- ll a fallu lui mettre les fers, il se présentait par les fesses.

Remarquez que ça tient un peu de famille.

Pour sa mère, c'était pareil. - Ça ne veut rien dire.

Regardez, moi, pour le premier, en 10 minutes, c'était fini.

Mais pour la petite, pardon.

Si on m'avait pas fait une césarienne,

je serais pas en train de vous parler en ce moment.

- Et ma soeur, un par an, vous vous rendez compte?

''Au prochain, je vous condamne'', lui avait dit le docteur.

À la fin, ils lui ont tout enlevé.

Du sang partout.

- Étais-tu en train de cavaler, fiston?

- Je viens de me faire engueuler pour une histoire de farine.

-J'espère que tu vas pas encore faire crier ta mère.

Tu sais bien qu'il faut la ménager.

- Qu'est-ce que c'est que ça?

- Un phare antibrouillard pour la teuf-teuf.

Je l'étrennerai dimanche au rallye.

Ha! Ha!

Regarde ton fils. Quel enfariné!

-Je t'assure queje n'ai pas envie de plaisanter.

- Moi qui croyais justement...

- Rends-moi la monnaie.

- ll me faut de l'argent pour la cantine.

-Adresse-toi à ton père. Allez.

- Bien oui. Tiens, maman.

- Les hirondelles volent bas, dis donc.

- ll me faudrait un peu d'argent. - Qu'est-ce que tu dis?

- ll me fautjuste 1 000 francs.

- Si tu me demandes 1 000 francs, c'est que tu en espères 500.

Donc t'as besoin de 300. Tiens, voilà 100 balles.

Tiens, voilà 500, va. - Merci, papa.

- En principe, c'est ta mère qui paie ça.

- Où sont passés les ciseaux? Où sont passés les ciseaux

- lntelligent, ça, encore. ll y a pas de quoi rire.

C'est pas le moment de faire tes devoirs.

On va se mettre à table. - Elle a raison.

Chaque chose en son temps, chacun à sa place

et les vaches, elles sont bien gardées.

Qu'est-ce que c'est que ce stylo?

-Je l'ai échangé.

- Tu fais beaucoup d'échanges en ce moment.

Qu'est-ce qui se passe? Tu sens?

- C'est le poisson.

- Ça promet.

Dis, va demander à ta mère si le torchon brûle.

- Pourquoi?

- Pour rigoler.

- S'il te plaît, mon petit, tu peux commencer à débarrasser.

- Ton cousin m'a téléphoné. - Tiens.

- Sa femme attend encore un môme. - Le quatrième en trois ans?

C'est du lapinisme. Je trouve ça répugnant.

-À propos, qu'est-ce qu'on fait du gosse pendant les vacances?

- Les colonies de vacances, c'est pas fait pour les caniches.

-À cet âge, ils s'amusent entre eux. - On a le temps d'y penser.

- Les vacances, on n'y pense jamais trop tôt.

Là. Ne tire pas trop.

Elle est chouette, hein?

- Club des Lions. (ll siffle.)

- Qu'est-ce que c'est que ce déménagement?

- Oui, bien, va doucement.

J'aimerais savoir si dimanche, tu préfères la Vallée de Chevreuse

ou les bords de l'Oise puisque c'est moi qui ai le choix du parcours.

- Dimanche, je me repose. - Où?

-Je vais passer lajournée chez mon amie Huguette.

-J'aurai l'air fin, moi, en tant qu'organisateur.

- Moi, je n'en peux plus, tu comprends? Le ménage toute la matinée

et l'après-midi-- - L'après-midi, les touches.

- Quoi? - Enfin, celles-là ou les autres.

-Antoine, qu'est-ce que tu attends pour aller te coucher?

- Bonsoir, papa, maman.

- Ce que tu peux être stupide, toi, alors.

- Le jour où tu comprendras la plaisanterie, toi...

- Parfaitement. Tu perds ton temps...

Antoine, n'oublie pas les ordures

et éteins la lumière dès que tu seras couché.

- Les rallyes, ça crée des relations.

Tu verras quand je serai élu vice-président du premier secteur.

(radio): Nos émissions sont terminées. Bonsoir, mesdames, mesdemoiselles.

Bonsoir, messieurs.

(Un bébé pleure.)

-Allons, dépêche-toi, il est tard. On a pas entendu le réveil.

(voix masculine): Queje dégradasse les murs de la classe.

- ll n'y a presque plus de chaussette autour de ma paire de trous.

- Elles sont fichues, celles-là. Achètes-en des neuves.

Les autres sont au sale.

-Je t'ai bien donné l'argent pour les draps de lit du gosse? Tu te souviens?

- Oui. Tu sais, il aime autant dormir dans son sac de couchage.

N'est-ce pas, petit?

- Je suis au chaud là-dedans. C'est au petit poil.

- Comment, t'es encore là, toi?

-Au revoir, papa, maman.

- Hé, Antoine! - Tiens, salut.

- ll faut pas courir comme ça. - Mais on va être en retard.

La petite porte sera fermée, il faudra encore passer chez le dirlo

pour la dérouille, il suffit.

- ll faut pas se presser. - Pourquoi?

- Petite Feuille a dit qu'il laisserait pas rentrer.

- Tu crois qu'il le ferait? - Sûr, il peut pas te piffer.

Have you money? -Yes, for the cantine.

- Fais-moi confiance. Par ici, la sortie.

- Qu'est-ce qu'on va foutre maintenant?

(musique)

- Tiens, suis-moi.

Fous ton cartable à côté du mien.

- On nous le piquera pas? - C'est toujours ici que je le mets.

(cris)

- Mon Dieu, Antoine! ll m'a sûrement vue.

- Ton fils, c'est lequel des deux? - Le châtain.

Je ne comprends pas, il devrait être à l'école.

- Qu'est-ce que tu vas prendre ce soir.

- Penses-tu? Elle osera jamais le dire à mon père.

- Comment est le type? -Je l'ai jamais vu.

- Comme ça, t'es sauvé.

- Je suis bien décidé à rentrer demain.

Seulement, il me faudra un mot d'excuse.

Comment tu vas faire, toi?

-J'en ai un vieux qui a jamais servi.

Je couperai la date.

Je te le prêtejusqu'à demain. T'as qu'à le recopier.

- Pour l'écriture? - lmite celle de ta mère.

- Ça sera difficile, tu sais. Elle écrit drôlement pointu.

- T'en fais pas, ça ira.

-J'espère bien. Salut.

- Salut.

- Monsieur...

Je vous prie...

d'excuser...

mon fils René...

(grincement de porte)

qui a été malade...

Mon fils René!?

Bonsoir, papa. - Salut.

Ça sent encore le brûlé là-dedans.

- Oh, ça vient d'en dessous.

- Tu mettras le couvert pour deux seulement.

- Pourquoi? Maman est partie?

- Non, mais elle m'a téléphoné qu'elle rentrerait plus tard ce soir.

Son patron la retient pour les bilans de fin d'année.

On va se faire la cuisine tous les deux puis on va manger entre hommes.

Elle m'a dit qu'il y avait des oeufs quelque part.

- Oui, je sais où ils sont.

- Tu as bien travaillé aujourd'hui? - Oui.

- Qu'est-ce que vous avez fait? - Le lièvre.

-Ah oui? Le lièvre et la tortue.

- Mais non, Le lièvre... Tout seul. On l'a expliqué.

- T'as bien répondu? - On m'a pas interrogé.

- ll faut demander, mon vieux, il faut aller de l'avant.

Sinon tu seras jamais dans la course.

Dans la vie, il faut savoir prendre des initiatives.

À propos, t'as pensé à l'anniversaire de ta mère?

C'est le 17, tu sais.

J'espère que tu vas lui offrir quelque chose.

Antoine, tu m'entends?

Oui, je sais ce que tu penses.

Elle a été un peu dure avec toi ces temps-ci,

mais forcément, elle est très nerveuse.

ll faut se mettre à sa place.

Elle a beaucoup à faire.

Tenir un intérieur quand on travaille l'après-midi...

Surtout qu'ici, c'est beaucoup trop petit.

Remarque, on va déménager, je suis sur une piste.

Au bureau, tu comprends, c'est toujours pareil.

Les femmes, on les exploite. Elles savent pas se défendre.

Elle t'aime, tu sais, elle t'aime.

Oh, merde.

(Antoine ricane.)

Antoine! - Oui, papa?

- Où as-tu mis mon guide Michelin? -J'y ai pas touché.

-Antoine, tu sais très bien que je ne peux pas supporter le mensonge.

- C'est la vérité, papa.

- Je suis sûr de l'avoir remis en place hier.

-Je tejure que c'est pas moi. - C'est incompréhensible.

Les choses se volatilisent dans cette baraque.

- C'est pas moi.

- Bon, bon, je demanderai à ta mère.

ll est temps de te coucher maintenant.

N'oublie pas les ordures.

(Une voiture démarre.)

- C'est mon patron qui m'a raccompagnée.

(criant): Patron, patron? - Oui, parfaitement.

Je ne peux tout de même pas refuser qu'il me ramène à la maison!

- Un tarif de nuit, ça compte double. - Tu seras content à la fin du mois.

- Ce genre d'heures supplémentaires, ça se paie comptant.

-Ah, ça suffit, ça suffit!

- Je comprends que le dimanche, madame ait besoin de repos.

À propos, où as-tu mis le guide Michelin?

- Est-ce queje sais? ll fallait le demander au gosse.

- ll dit qu'il n'y a pas touché. - ll ment comme il respire.

- ll a de qui tenir. - Si tu l'élevais mieux.

- Merde, alors! Je lui ai donné un nom, je le nourris.

-Ah, j'en ai assez, assez, assez!

Si tu ne peux pas le supporter, dis-le.

On va le mettre chez les Jésuites ou chez les enfants de troupes!

Que j'aie enfin droit à un peu de calme!

- Oh-oh, René! Oh-oh!

- ll n'y a qu'à aller manger au restaurant jusqu'à la fin du mois.

- ll me faudrait une chemise propre!

Si t'as pas le temps pour la chemise, lave au moins le col.

- Si t'avais pas acheté ce phare antibrouillard pour épater la galerie.

-Je l'ai acheté d'occasion.

(ding! dong!)

- Eh bien, va ouvrir.

- Et si c'était le gaz?

- Ça se saurait, ils préviennent d'avance.

- Bonjour, monsieur. Je suis le camarade de classe d'Antoine.

Je viens voir s'il va mieux.

- Mieux? Pourquoi?

- Parce qu'il a manqué hier, toute la journée.

- Tu entends ça?

Merci, petit.

-Au revoir, monsieur.

- Ça n'a pas l'air de t'étonner.

- Pourquoi veux-tu que ça m'étonne? Je m'attends à tout de sa part.

-Je me demande ce que je vais trouver comme excuse.

- Faut trouver quelque chose d'énorme. Plus c'est gros, plus ça passe.

Quand ma mère s'est cassé la guibolle, je suis rentré à l'école.

J'ai tout raconté, il y a pas eu besoin de mot.

- Je peux pas raconter un truc pareil, mon vieux, écoute.

- ll faut pas qu'on rentre ensemble à l'école.

- De toute façon, tu pars le premier.

(sifflet)

-Ah, te voilà, toi.

ll suffit d'un devoir supplémentaire pour te rendre malade, hein?

Et les parents tombent dans le panneau.

Je serais curieux de savoir ce que tu leur as soutiré comme excuse.

Fais voir ton mot. -J'en ai pas, monsieur.

-Ah, t'en as pas? Tu crois que ça va se passer comme ça?

Ce serait trop facile, mon ami.

- Monsieur, c'était... c'était ma mère, monsieur.

- Ta mère, qu'est-ce qu'elle a encore? - Elle est morte.

-Ah, fiston.

Excuse-moi, mon petit, je pouvais pas savoir.

Elle était malade?

- Bien oui, monsieur.

- ll fallait m'en parler.

ll faut toujours se confier à ses maîtres.

Allez, rejoins tes camarades.

(sifflet)

- Qu'est-ce que t'as trouvé comme excuse?

- Laisse-moi tranquille.

- Mieux vaut l'épine au bois... l'épine au bois...

- L'épine où je pense.

- Si vous vous laviez les oreilles, du Verger,

vous entendriez ce qu'on vous souffle par derrière.

- L'épine au cul.

- ll me souffle pas, monsieur, il cherche à me faire tromper.

- Ça suffit, continuez.

-Je ne sais plus où j'en suis, monsieur.

- Que les fleurs dans la crèche...

- Que les fleurs dans la crèche, mieux vaut l'indépendance.

- Et l'incessant péril...

- Que l'esclavage...

-Avec un éternel avril.

Vous êtes un éternel cossard, du Verger. Asseyez-vous.

- Je le savais à la maison.

- Doinel. - Oui, monsieur?

- Excusez-moi, mon petit. Simoneau.

- Le lièvre.

- Monsieur le directeur.

De Jean Richepin.

-Asseyez-vous, mes enfants, asseyez-vous.

- Monsieur le directeur, j'estime que la sanction doit être à la mesure--

- Mais la mesure est dépassée, mon cher.

Nous sommes dépassés par l'anomalie d'une telle faute.

Seuls les parents ont pouvoir de sévir.

- On s'expliquera tous les deux ce soir, à la maison.

- Qu'est-ce que tu vas faire?

- De toute façon, après ce coup-là, je ne peux plus vivre avec mes parents.

ll faut queje disparaisse, tu comprends?

- Les miens, ils en ont vu d'autres.

- Oui, mais il y en a marre. ll faut queje vive ma vie.

Je leur écrirai une lettre pour leur expliquer.

- Tout de suite? - Oui, ça vaut mieux.

- Où est-ce que tu vas coucher ce soir?

- J'en sais rien. Ça m'est égal.

- J'ai peut-être une idée.

Rendez-vous dans une heure devant le jet d'eau de la Place Pigalle.

- Oui, d'accord.

- Salut. - Salut.

- C'est une vieille imprimerie qui appartient à mon oncle.

Le plancher s'est écroulé à cause du poids des machines.

- Tu crois pas que ça pourrait encore s'écrouler?

- Pas de danger, ça peut pas tomber plus bas.

En tout cas, tu auras pas froid.

(grondement des machines)

Ça, c'est un vrai matelas. Ça, c'est pour faire un oreiller.

Ah, la vache, c'est drôlement lourd.

Jusqu'à minuit, t'as qu'à aller te promener.

- Garde mon cartable. Tu me le rendras demain.

- Entendu.

- ''Mes chers parents. Je comprends - sans s -

la gravité de mon mensonge.'' - Oh, tu parles.

Pourquoi est-ce moi qu'il a fait mourir plutôt que toi?

- Question de préférence, c'est clair.

''Après cela, la vie entre nous n'est plus possible.

''Aussi, je vais tenter ma chance, tout seul, dans la capitale ou ailleurs.

''Je veux prouver queje peux devenir un homme,

''alors je vous reverrai et nous nous expliquerons surtout.

Je vous quitte etje vous embrasse. Antoine.''

- Tu trouves normal qu'il me déteste? - Tu es de plus en plus dure avec lui.

-Je suis surmenée, alors il me tape sur les nerfs.

- Bonjour, Ernest. C'est frisquet dehors.

- C'est pas chaud.

(voix au loin)

- Oh! Vous pouvez m'aider à l'attraper?

- Oui, bien sûr, madame.

- Petit, c'est ta soeur? - Non, je l'ai jamais vue.

Elle m'a demandé de courir après son chien.

- ll est perdu ou il est à elle? -J'en sais rien.

(ll siffle.)

- On peut vous aider? - Mais bien sûr.

Plus on sera nombreux, plus on aura de chance de l'attraper.

- Comment s'appelle-t-il? - J'en sais rien, moi.

(ll siffle.)

- Laisse tomber, petit.

- C'est moi qui l'ai vu le premier. Moi, je cours après lui.

- T'as compris, oui? -Ah...

(ll siffle.)

- Dites donc, Doinel. - Oui, monsieur?

- Ça a dû barder chez vous, hier soir, hein?

- Non, monsieur, pas du tout. Ça s'est très bien passé.

-Allez, allez.

Les parents...

(sifflet)

Dites donc, Chabrol, vous voulez que je vous aide?

- Dernière question,

encore plus simple.

- Where is the father?

- The "faser".

- Non, the father.

- "Faser".

- Non,father.

La pointe de la langue entre les dents.

Father. Comme si vous zozotiez.

Father.

- "Faser". - Non!

-Je peux pas, monsieur.

Tout le monde peut pas mettre la langue comme vous dites.

- Taisez-vous! (ll bafouille.) Avessez-you... Assevez-you...

Allez vous asseoir.

Et vous êtes un insolent.

Abbou! Abbou!

Abbou, répondez.

Where is the girl?

- The girl is at the "bich".

- No, beach. - Beach.

(toc-toc!) - The beach.

The beach.

Beach, beach.

- L'élève Doinel doit venir chez le directeur.

- Doinel? - Doinel.

Debout, Abbou. Assis.

Franchaud, je vous nomme responsable jusqu'à mon retour.

- Nous ne savons plus comment nous y prendre. Mon mari--

- Ma chère petite madame, vous méritiez mieux qu'un gaillard pareil.

- Mon pauvre chéri.

ll ne t'est rien arrivé au moins?

Où as-tu passé la nuit? - Dans une imprimerie.

- Dans une imprimerie.

Qu'il soit dernier en tout me serait égal

pourvu qu'il ait une bonne conduite.

- Eh bien, c'est parfait.

- C'est...

C'est peut-être une question de glandes.

- ll ne faut pas que tu prennes froid.

Là. Et maintenant, au lit.

-J'ai pas sommeil, maman.

- Non, non, non. Dans le nôtre, tu seras mieux.

Tu sais, j'ai eu ton âge moi aussi.

Vous oubliez toujours ça, les gosses.

Moi aussi, j'étais butée. Je ne voulais rien confier à mes parents.

Je préférais tout écrire dans unjournal.

Personne ne l'ajamais lu. Un jour, je te le montrerai.

Justement, à ton âge, j'étais en vacances.

Je suis partie avec un jeune berger.

C'était une amourette, on nous a vite rattrapés.

Ma mère m'a fait promettre de ne plus jamais le revoir.

Elle n'a rien dit à mon père.

Alors, j'ai beaucoup pleuré. Mais j'ai obéi.

Parce qu'il faut toujours obéir à sa mère.

On peut avoir des petits secrets tous les deux, hein?

Qu'est-ce que tu as voulu dire dans ta lettre

quand tu as écrit: ''on s'expliquera surtout''?

- Bien, à cause de ma mauvaise conduite.

E puis pourquoi je travaille mal en classe.

- Eh bien, dis-le-moi.

- Parce quej'arrive pas à écouter.

Je voudrais quitter l'école pour gagner ma vie tout seul.

- C'est de la folie, tu ne te rends pas compte.

Si tu savais comme je regrette de ne pas avoir été au-delà du bachot.

Et ton père qui n'a que son brevet. Hein?

Ça le gêne dans sa carrière.

Je sais très bien qu'à l'école, on apprend des tas de choses inutiles:

l'algèbre, la science.

Ça sert à peu de gens dans la vie. Mais le français, hein?

Le français? On a toujours des lettres à écrire.

On va avoir un autre secret tous les deux. Tu veux?

Voilà.

Si, à la prochaine composition française, tu es dans les...

dans les cinq premiers, je te donne 1 000 francs.

Mille francs, hein?

Mais tu ne diras rien à ton père.

(sifflet)

- ''Tout à coup, le moribond se dressa sur ses deux poings,

''jeta sur ses enfants effrayés un regard qui les atteignit tous comme un éclair.

''Les cheveux qui lui garnissaient la nuque remuèrent,

''ses rides tressaillirent, son visage s'anima d'un esprit de feu.

''Un souffle passa sur cette face et la rendit sublime.

''ll leva une main crispée par la rage

''et cria d'une voix éclatante le fameux mot d'Archimède:

Eurêka! J'ai trouvé.''

- Décrivez un événement grave dont vous avez été le témoin

et qui vous a personnellement concerné.

(pour lui-même): Eurêka! J'ai trouvé.

''La mort...

de mon grand-père''.

- Ça y est, Lesage s'envoie la nouvelle dactylo.

Elle a de la défense, la petite.

Elle en a profité pour se faire bombarder secrétaire de direction.

Elle a pour ça toutes les aptitudes requises.

Maintenant, il va falloir se méfier d'elle.

Because confidences sur l'oreiller.

Quand elle faisait la province, je lui avais expliqué

comment ratiboiser sur les notes de frais.

Mais je t'en fous, elle ne descendait que dans les hôtels à trois étoiles.

À propos, ça me fait penser que j'ai pas retrouvé mon guide Michelin.

Forcément, il y en a un de vous qui a mis la main dessus.

- Tu commences à nous courir avec ton Michelin.

-J'aime pas les mystères, moi.

T'as encore laissé quelque chose sur le feu.

- Moi? Ah non, j'en suis sûre.

- Qu'est-ce qui lui prend?

Ah, c'est le bouquet!

- Mais éteins-le au lieu de crier! -Ah!

Au lieu de crier, va chercher de l'eau.

-Ah, bougre d'âne! Ça suffit comme ça!

Qu'est-ce qui t'a pris, bon sang? Qu'est-ce qui t'a pris?

L'idée d'allumer une bougie là-dedans? - C'était pour Balzac, papa.

- Balzac? Balzac?

Tu m'as pas regardé? Tu m'as pas regardé?

- C'était pour la compo de français.

- Laisse-le, il m'a promis quelque chose.

- Quoi? De toucher la prime d'incendie pourtoute la baraque?

Avec une bougie, tu n'y arriveras jamais, mon bonhomme.

Tu veux mon briquet? - Ne sois pas ridicule!

-Aussi longtemps que tu seras nourri et logé ici, tu feras ce qu'on te dira.

Sinon, je ne vois qu'une solution: le Prytanée.

Tu sais pas ce que c'est, mon bonhomme, hein? T'apprendras sur place.

Et tu marcheras au pas. Vu?

-Vous ne savez pas ce qu'on va faire pour changer d'atmosphère?

On va passer la soirée au Gaumont Palace tous les trois.

- Très bien, parfait. Excellente méthode d'éducation.

- Tu es content de ta composition française?

- Oui, elle est pas mal.

-Julien! Julien!

Écoute, Julien, je te demande de nous faire confiance.

ll nous prépare une bonne surprise, c'est promis.

- Oh! que j'aime pas ça. - Tu nous emmènes au Gaumont Palace?

- Qu'est-ce qu'on y joue? - Paris nous appartient.

- Ah, si c'est un complot. - À moins que tu n'y tiennes pas.

- Moi? Pourquoi? Mais j'ai bien travaillé, moi. Je l'ai mérité.

Seulement les incendiaires, au Gaumont, c'est plutôt mal vu.

- lls étaient bons, les esquimos. J'en avais jamais mangé à la fraise.

- C'est parce que c'était pas la saison.

(Antoine rit.)

- C'est une belle gosse, tout de même. (Antoine rit.)

Comment dirais-je? Elle a un de ces...

- C'est tout ce que tu as remarqué, évidemment.

- Un de ces panaches!

(Antoine rit.)

Ça rigole derrière, hein?

- Le film m'a bien plu. - Mais il était pas marrant.

-Ah, si. - Comment il était pas...?

Mais il avait du fond. - Quoi?

- ll avait du fond. -Ah oui.

- Le film. - Oui, oui.

Allez, à la maison.

-Au lit. - On va faire son gros dodo.

- Le général du diable et son état-major!

- Tu vas réveiller tout l'immeuble.

- Regarde si elle a de belles jambes, ta mère.

-Voyons, Julien, sois raisonnable.

(éclats de rire)

Et nous retrouvons la douceur du foyer.

Un peu fumant, hein? - Mon chéri, les ordures.

Tu seras gentil. - Oui, maman.

- Tu vois, je l'ai amadoué.

J'espère que je n'aurai pas lieu de le regretter.

-Vu le soin ménager dont travaillé je suis,

vu l'importun souci qui, sans fin, me tourmente,

et vu tant de regrets desquels je me lamente,

tu t'ébahis souvent...

Je ne chante, Magny, je pleure mes ennuis.

Ou, pour le dire mieux, en pleurantje les chante.

Si bien qu'en les chantant, souvent je les enchante.

Voilà pourquoi, Magny, je pleurejours et nuits.

Chante ainsi l'ouvrier faisant son ouvrage.

Ainsi le laboureur faisant son labourage.

Ainsi l'aventurier songeant à sa dame.

Ainsi le marinier en tirant à la rame.

Ainsi le pèlerin regrettant sa maison.

Ainsi le prisonnier maudissant sa prison.

- Doinel, si votre copie se présente la première,

c'est quej'ai décidé, aujourd'hui,

de donner les résultats dans l'ordre inverse du mérite.

La recherche de l'absolu vous a conduit droit au zéro, mon ami.

Pour les autres moins familiers de Balzac,

je dirais qu'il s'agit d'une ténébreuse affaire.

Que votre ami Doinel ait cru devoir choisir pour sujet

la mort de son aïeul, c'était son droit.

Bien que nous sachions qu'il n'hésite pas à sacrifier ses proches

quand ça peut lui être utile.

- C'est pas vrai, monsieur, j'ai pas copié.

- Qu'on en juge.

''Soudain, le moribond se dressa sur son lit

''etjeta sur ses enfants pleins de terreur un regard foudroyant.

''Les cheveux qui lui garnissaient le crâne se dressèrent,

''ses sourcils se relevèrent.

''Son visage s'anima comme si le feu s'y était mis, ce qui le rendit sublime.

''ll leva un poing crispé par la rage et cria d'une voix de tonnerre

le fameux mot d'Archimède: Eurêka! J'ai trouvé.''

Moi aussi, j'ai trouvé, Doinel.

Vous êtes un abominable plagiaire. - C'est pas vrai, monsieur.

-Allez immédiatement porter votre copie à monsieur le directeur.

Tenez, accompagnez-le.

Et dites-lui que je ne veux plus vous revoir d'ici la fin du trimestre.

(bousculade)

- Mais qu'est-ce qui te prend?

- ll n'a pas copié. J'étais assis à côté de lui, je l'aurais vu.

-Vous voulez être exclu, vous aussi?

- Ça me déplairait pas.

- Encore une insolence!

Sortez!

-Je veux bien être puni, mais pas sortir. Oh là là.

- Foutez-moi le camp. - Ça c'est pas légal.

- C'est pas... Je vais vous montrer qui fait la loi ici!

C'est pas légal, hein?

C'est pas légal!

Alors, vous l'avez emmené chez monsieur le directeur?

- Non, il s'est sauvé. - ll s'est sauvé?

-Je lui ai foutu un coup de poing dans la gueule etje me suis tiré.

Je voulais pas aller chez le directeur, il m'aurait foutu une talée.

Et toi, qu'est-ce qui s'est passé avec Petite Feuille?

- ll était vachement furax. ll m'a renvoyé jusqu'à après Noël.

-Ah, la vache, pauvre vieux, va.

Tu parles, après un coup pareil, je peux pas retourner à la maison.

Mon père, il a dit qu'il me mettrait au Prytanée.

- Prytanée? Je connais pas. - Ça doit être un truc militaire.

- T'auras un uniforme. Puis dans l'armée, il y a de l'avenir.

- Oui, bien sûr. Très peu pour moi.

Si ça pouvait être dans la marine.

Je voudrais bien voir la mer, j'y suis jamais allé.

-Je connais la Manche, je connais l'Atlantique,

la Méditerranée. Je connais pas la Mer du Nord.

Allez, viens. Tu vas habiter chez moi, on se débrouillera.

Chut!

-Ah, la vache. Un cheval!

- ll est à mon père, c'est un souvenir.

-Ah, c'est méchamment grand chez toi.

-Aide-moi à débarrasser le divan. Tu dormiras là, incognito.

- Et tes parents? - lls ne viennentjamais ici.

Ma mère picole et mon père passe son temps aux courses.

On entre ici comme dans un moulin.

Pour avoir du fric, il faudrait monter une affaire.

Oui, c'est ça, il faudrait du fric.

- C'est une question de fric au départ.

- Oui, c'est une question de fric au départ.

En attendant, suis-moi, je vais prendre une petite avance sur mon héritage.

Ne fais pas de bruit. Ma mère doit être quelque part par là.

(miaulement)

- ll y a quelqu'un?

(chasse d'eau)

(Le chat miaule longuement.)

- Bonjour, madame!

- Petit malheureux, va!

- Est-ce que tu as vu ta mère ces temps-ci?

-Aujourd'hui, quand je suis rentré de l'école.

- Hum... Elle s'est arrangée pour que ses horaires

ne coïncident pas avec les miens.

Elle doit préparer un mauvais coup.

Où sont les fruits?

(miaulement)

- Tiens, prends ça.

- Tiens.

(L'horloge sonne.)

- Oh, diable! 9 h 30, je vais être en retard au cercle.

- Magne-toi un peu, on va rater les actualités.

- Je sais, inspecteur. J'ai violé tous les articles de votre code

et vous allez me boucler pour le restant de mes jours.

Aller quand même, ce soir, faire un tour, vers 8 h, chez le vieux Élie.

Vous risquez d'y rencontrer votre petit copain aux dards empoisonnés.

(sonnerie du réveil)

- Oh, la vache, j'ai soif.

Ah, le con, elle est déjà vide.

- Grouille-toi de jouer.

- Qu'est-ce que t'as joué, toi? Douze!

(ll siffle.)

Deux, quatre, six, huit, dix, douze.

Dix.

-Voilà le vieux!

Aide-moi à secouer les couvertures à cause de la fumée.

Ça va, ça suffit.

- Mais qu'est-ce qu'il y a? Mais c'est une vraie tabagie là-dedans.

On se croirait dans un tripot, ma parole.

Bon, bon, je te retiendrai trois cigares surton argent de poche.

Qu'est-ce que c'est que ça? Bucéphale n'est pas un dépotoir.

Ça vaut au moins près d'un million, ce truc-là.

C'est une oeuvre d'art.

Du reste, je ne m'en séparerai qu'en toute dernière extrémité.

Bon, maintenant, tu vas me faire le plaisir de tout éteindre

et de t'endormir.

- Bonsoir, papa. - Bonne nuit.

- Hé, pas mal. - Oh! Bien, vieux!

Oh, terrible.

- Passe-moi ton guide Michelin.

- Un million, ça fait vachement l'affaire.

- C'est le cheval de mon père. Après ça, il serait capable de nous tuer.

-Avec un million, on se tire à la plage,

on monte une affaire de bateaux sans que personne s'occupe de nous.

- Promenons-nous dans les bois...

(Les enfants crient.)

Non! Tu vas voir ça, vilain loup.

- ll s'agit de savoir ce qu'on veut. - ll y en a quelques-unes

dans le bureau de mon père. - ll faut pas se dégonfler.

- On pourra jamais les revendre, elles sont numérotées.

- Pas les revendre, les mettre au Mont-de-Piété.

Ma mère a foutu toute la baraque au Mont-de-Piété.

(Chaperon rouge): Veux-tu me lâcher? Ah!

(Loup): Ha! Ha! Ça y est.

(Les enfants crient.)

-Au loup!

-Ah, te voilà, toi!

Vilain loup, prends ça.

(Le loup grogne.)

- Ça y est! Ha! Ha!

- Bravo! Bravo, Guignol.

- Dans mes bras, Petit Chaperon rouge.

(Guignol embrasse Petit Chaperon rouge.)

Mais dis donc, et mère-grand?

- ll faut queje te quitte, voilà tes clients. Salut.

- Combien? - 10% .

- D'accord. - Mille tout de suite.

-Ah non, quand vous reviendrez.

- Oh là là, la confiance règne.

- Hé, monsieur! Rendez-nous notre machine!

Dites donc, il faut pas vous tirer comme ça.

-J'aurais juré que vous étiez par là. - Oui, bien sûr.

- Ça a pas marché. ll faut pouvoir montrer la facture.

- Rendez-nous notre machine. - D'accord, mais y a le dérangement.

Disons 500 balles. - On les a pas.

-Vous avez bien un petit quelque chose.

Tiens, 300 et on n'en parle plus. -Ah non.

- On a pas un rond, donnez-nous notre machine.

-Je travaille pas pour rien. Tant pis pour vous, je la garde en dépôt.

- Elle est à nous, la machine.

- Rendez-nous notre machine ou bien je vous fais--

- Bas les pattes, là. Elle est pas plus à vous qu'à moi, compris?

-Voilà un agent. On pourrait peut-être lui demander.

- C'est bon. Gardez-le, votre engin.

Petits merdeux.

-J'en ai marre de la porter! - Chacun son tour.

- Mon père va se douter que c'est moi qui l'ai piquée.

- Tu en as eu l'idée. - C'est toi, salaud.

- Ça alors! - Je m'en fous, je la laisse tomber.

- T'es pas tombé sur la tête, non? - De toute façon,

il faut que je retourne au bureau du vieux la reporter.

Je vais mettre un chapeau.

Si le concierge me voit, il dira qu'il a vu passer un homme.

Sois pas vache, rapporte-la à ma place.

- Non, vieux, pas question. C'est pas moi qui en ai eu l'idée.

- D'accord, mais t'es quand même un beau salaud.

Prends-la pendant que je vais mettre mon chapeau.

Tu m'attendras devant la boutique.

- Dis donc, t'es bien le fils Doinel, toi. J'ai pas la berlue.

Pose ça là. C'est monsieur papa qui va être content, hein.

Moi qui me fais engueuler parce que je surveille pas les entrées.

Tu vas me payer ça.

Je te préviens, n'essaie pas de mejouer la fille de l'air

parce que je connais la musique

etj'aime pas les petits malins de ton espèce.

Allo? Oui, monsieur Doinel?

Excusez-moi de vous déranger pendant votre conférence...

Oui... Ah non, il faudrait que ça soit vous qui montiez...

Oui...

Mettons que c'est une surprise, mais pas agréable.

Touche pas le chapeau. Voilà.

- Tu penses bien queje t'emmène pas à une partie de plaisir, non?

Fini, la rigolade. Ta mère et moi, on va pouvoir dormirtranquilles.

Tu peux le regarder ton copain puis tâche de t'en souvenir.

Parce que vous êtes pas près de vous revoir.

Ça te mettra peut-être du plomb dans la tête.

De toute façon, ça ne pouvait plus durer.

Si j'avais fait ça à ton âge, mon père m'aurait assommé!

Je peux voir le commissaire?

On a tout essayé, monsieur le commissaire,

la douceur, la persuasion, les sanctions.

Remarquez, on l'a jamais battu. Ça, on peut pas dire.

- ll y a des cas où les bonnes vieilles méthodes...

- Oui, bien sûr. Seulement, c'est pas notre genre à sa mère et à moi.

On le laissait plutôt libre. - Trop, peut-être.

- Non. Ça, on peut pas dire non plus.

Enfin, dans la mesure où on travaille tous les deux. Vous savez ce que c'est.

- Oui, je suis père de famille moi aussi.

ll faut reconnaître que parfois, on ne s'y retrouve pas très bien.

- Si seulement il avait voulu se confier à nous.

Mais pensez-vous, on lui parle, il est ailleurs.

Tenez, vous croyez qu'il écoute?

Regardez comment je l'ai trouvé, avec la machine.

Allez savoir ce qui lui passe par la tête.

- Cabanel?

Voulez-vous me consigner la déposition de ce garçon?

Vagabondage et vol.

- D'accord, patron. Allez, viens.

- Bon. Qu'est-ce que vous décidez?

- Dans l'immédiat, on peut pas le reprendre à la maison, il repartirait.

Je sais pas, si vous pouviez le faire surveiller quelque part,

à la campagne, par exemple. Puis le faire travailler.

Parce qu'à l'école, il ne veut plus rien fiche.

- On peut essayer le Centre d'observation.

C'est bien organisé. ll y a des ateliers où on travaille le bois et le fer.

- Oui, c'est ça, ça lui ferait du bien.

-À condition qu'il y ait de la place, bien entendu.

Et pour ça, il faudra faire

une demande en correction paternelle

pour que l'éducation surveillée le prenne en charge.

Demain matin, on le présentera devant le juge du tribunal pour enfants.

Vous n'aurez qu'à vous y trouver.

Vous ou votre femme. - Entendu.

- Personne ne t'a vu entrer dans l'immeuble?

- Non. - Ce mêmejour,

déclare avoir pénétré

subrepticement...

...une machine à écrire.

Bon.

Tiens, signe ici.

Oh, Charles! - Chef?

-Vas-y, il est à toi maintenant.

-Allez, viens.

Par là.

Je te le passe parce que je rentre.

- D'accord.

- Viens là.

- Qu'est-ce que tu as fait?

-Je me suis tiré de chez moi.

Et vous?

- Oh, moi...

(Un camion arrive.)

- Tiens, voilà les chéries.

Allez, allez, allez.

-J'ai vu un commissariat dans un film où c'était drôlement plus propre.

- Moi, j'en ai vu un plus sale. - Moi, des plus gais.

-Avance.

(Un camion arrive.)

-Votre carrosse est avancé.

- Enfile ton blouson.

- Ceinture, lacets, vide tes poches.

Tu signeras là.

Signe ici.

(toc-toc!)

- À la rigueur, on pourrait essayer de le reprendre.

Pour ça, il faudrait qu'il s'engage à changer du tout au tout.

Si seulement vous arriviez à lui faire peur,

monsieur lejuge. - Ce n'est pas mon rôle.

- Nous n'avons aucun pouvoir sur lui.

- Ou peut-être l'exercez-vous de façon trop intermittente.

Dites-moi, est-il vrai que l'enfant soit parfois resté tout un week-end,

seul à la maison?

- Mon mari s'occupe d'un club automobile.

ll a pu nous arriver de laisser le petit, seul à la maison.

D'ailleurs, il déteste le sport. ll préfère s'enfermer des heures

au cinéma à s'esquinter les yeux.

-Votre mari, que pense-t-il de tout ça? C'est son fils, après tout.

- Bien...

Non, justement. ll m'a épousée quand le petit était en bas âge.

- C'est tout à son honneur.

- Je n'aurais pas dû vous dire ça.

- Mais si, au contraire.

Et réflexion faite, je crois qu'il vaut mieux

que nous mettions l'enfant en observation dans un centre.

- Si ça pouvait être au bord de la mer, monsieur lejuge.

- Madame, nous ne sommes pas une colonie de vacances.

Je ferai de mon mieux, selon les places disponibles.

L'enfant y restera deux ou trois mois, le temps queje poursuive mon enquête.

Ensuite, nous prendrons une décision.

Croyez-moi, ce déconditionnement ne peut lui faire que du bien.

-Au revoir, monsieur le juge. -Au revoir, madame.

- Halte!

-À droite, droite!

Rompez!

Rompez!

(cris dejoie)

- Pourquoi t'es tombé, toi?

- Bof... Et toi? - Moi, j'ai glissé.

- J'ai piqué une machine à écrire. - Une machine à écrire?

C'est pas intelligent, mon vieux. T'étais sûr de te faire coincer.

Elles sont numérotées, les machines à écrire.

Tu vois le grand, là-bas?

Lui, il piquait des pneus de voitures.

-À chaque fois que je chialais à la maison,

mon père prenait son violon et jouait un air en imitant mes pleurs.

Tout ça pour m'emmerder. Un jour, j'en ai eu marre.

J'ai attrapé une crise de nerfs puis pan! je lui ai envoyé dans les plumes.

- T'as bien fait. J'aurais crevé mon vieux s'il m'avait fait ça.

-Ah... regarde. - Qui c'est, ce mec-là?

- ll s'est fait piquer. ll s'était tiré il y a même pas une semaine.

-Je le connais, ce gars-là. - Qu'est-ce qu'on va lui faire?

- lci, c'est pas interdit de s'évader. C'est interdit de se faire prendre.

- J'aimerais pas être à sa place.

- Sales flics. -Ah, putain.

- Mais il aurait pas dû s'échapper.

- Qu'est-ce que vous foutez là? Allez, deux par deux et que ça saute!

Qu'est-ce que tu fous, toi, là-bas? Allez, en avant!

Marche. Un, deux.

Un, deux. Un...

- Gauche! Gauche!

Gauche! Gauche!

- Un, deux. Un, deux.

Un, deux. Un, deux.

(sifflet)

Montrez-moi le pain.

Ça va.

Dis donc, tu l'as entamé, toi.

Prends ton assiette et ton pain, viens ici.

(sifflet) Pose ça là.

La droite ou la gauche?

- La gauche, monsieur.

(murmures des garçons)

Et on se tait.

- Tiens, je t'ai apporté ça.

-J'avais parié que tu te ferais repiquer.

Tu vois, j'ai gagné mon pari.

- Je m'en fous. Je me suis tellement marré pendant cinq jours

queje suis prêt à recommencer à la première occase.

- Qu'est-ce que vous foutez là?

- Kanayan, chez la psychologue.

- Si elle laisse tomber son crayon, ramasse-le,

mais regarde pas ses jambes. Sinon, c'est marqué surton dossier.

- Dossier? Mais quel dossier?

- C'est ce qu'on sait sur toi, c'est ce que pense le docteur,

ce que pense lejuge, même ce que pensent les voisins de tes parents.

Mon dossier, je le connais par coeur. Je sais qu'il y a marqué

que je suis un instable psychomoteur à tendances perverses.

- Si je dis des conneries, exprès, comme ça, pour déconner?

- Là, t'es bon pour Sainte-Anne.

À Sainte-Anne, on te fait passer le 38e parallèle.

- Le 38e parallèle? - Doinel.

- Pourquoi as-tu rapporté la machine?

- Parce que commeje pouvais pas la revendre,

comme je pouvais rien en faire, j'ai eu peur.

Je sais pas, je l'ai rapportée.

Je sais pas pourquoi, comme ça.

- Dis-moi, il paraît que tu as volé 10 000 francs à ta grand-mère.

- Elle m'avait invité. C'était le jour de son anniversaire.

Comme elle est vieille, elle mange pas beaucoup puis elle garde tout son argent.

Elle n'en aurait pas eu besoin; elle allait bientôt mourir.

Comme je connaissais sa planque,

j'ai été lui faucher... des ronds.

Je savais bien qu'elle s'en apercevrait pas.

La preuve, c'est qu'elle s'en est pas aperçue.

Elle m'avait offert un beau bouquin ce jour-là.

Alors, ma mère...

elle avait l'habitude de fouiller dans mes poches.

Le soir, j'avais mis mon pantalon sur mon lit.

Elle est sans doute venue puis elle a fauché les ronds.

Le lendemain, je ne les ai plus trouvés. Elle m'en a parlé.

J'ai été bien forcé d'avouer que je les avais pris à ma grand-mère.

À ce moment-là, elle m'a confisqué le beau livre

que ma grand-mère m'avait donné.

Un jour, je lui ai demandé parce que je voulais le lire.

Je me suis aperçu qu'elle l'avait revendu.

- Tes parents disent que tu mens tout le temps.

- Bien... je mens de temps en temps, quoi.

Des fois, je leur dirais des choses qui seraient la vérité,

ils me croiraient pas, alors je préfère dire des mensonges.

- Pourquoi n'aimes-tu pas ta mère?

- Parce que d'abord, j'ai été en nourrice.

Quand ils n'ont plus eu d'argent, ils m'ont mis chez ma grand-mère.

Ma grand-mère, elle vieillit, elle ne pouvait plus me garder.

Je suis venu chez mes parents à ce moment-là. J'avais déjà huit ans.

Je me suis aperçu que ma mère ne m'aimait pas tellement.

Elle me disputait toujours pour rien, des petites affaires insignifiantes.

Aussi, quand il y avait des scènes à la maison,

j'ai entendu que...

que ma mère...

elle m'avait eu quand elle était...

elle m'avait eu fille-mère.

Avec ma grand-mère aussi, elle s'est disputée une fois.

Là, j'ai su qu'elle avait voulu me faire avorter.

Sije suis né, c'était grâce à ma grand-mère.

-As-tu déjà couché avec une fille?

- Non, jamais. Mais je connais des copains qui y sont allés.

lls m'avaient dit: ''Si t'as vachement envie,

t'as qu'à aller rue Saint-Denis. Là, il y a des filles.''

J'y suis allé puis j'ai demandé à des filles.

Je me suis fait vachement engueuler,

alors j'ai eu la trouille puis je suis parti.

Je suis revenu encore, plusieurs fois.

Commej'attendais dans la rue, il y a un type qui m'a remarqué.

ll a dit: ''Qu'est-ce que tu fous là?'' C'était un Nord-Africain.

Je lui ai expliqué. ll connaissait sans doute les filles parce qu'il m'a dit:

''J'en connais une qui va...

unejeune qui va avec les jeunes gens.''

ll m'a emmené à l'hôtel où elle était.

Justement, ce jour-là, elle n'y était pas.

On a attendu une heure, deux heures.

Comme elle venait pas, je me suis tiré.

René!

René!

- Bonjour.

Ne cherche pas ton père, je suis venue seule. C'est par là?

- Par ici. -Ah bon.

Ta lettre personnelle a fait beaucoup de peine à ton père.

Tu as été très naïf de croire qu'il ne me la montrerait pas.

Contrairement à certaines apparences, nous formons un couple très uni.

Si j'ai connu une période assez douloureuse dans ma vie,

c'était pas très malin de la lui rappeler.

C'est tout de même grâce à lui que tu as un nom. Hein?

Nous étions prêts...

à tenter une expérience en te reprenant à la maison,

mais ce n'est plus possible à cause des ragots des voisins.

Tu as dû te plaindre dans tout le quartier.

- C'est pas vrai, maman, j'ai rien dit.

- Remarque bien, j'ai l'habitude.

Toute ma vie, j'ai eu des imbéciles contre moi.

Voilà, c'est tout ce quej'avais à te dire.

lnutile d'apitoyer ton père en jouant les martyrs.

ll m'a chargée de te faire savoir

qu'il se désintéresse complètement de ton sort désormais.

Tu es bon pour les enfants de troupes ou le centre d'apprentissage.

Tu voulais gagner ta vie,

tu vas voir si c'est amusant de travailler le bois et le fer.

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