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Musique dynamique
...
Musique sérieuse
Musique légère
...
Musique solennelle
...
Musique calme
...
Musique douce
Musique intrigante
...
Musique intrigante
...
- Ce film est tiré d'un roman,
lui-même inspiré par les souvenirs de son auteur,
Christophe Boltanski.
...
Il y raconte la vie de sa famille
à travers la description des pièces
de leur appartement de la rue de Grenelle, Ă Paris.
Musique mystérieuse
Je suis passé devant leur porte, mais je n'ai jamais osé entrer,
préférant garder en moi les images du livre.
...
Claquement
Musique intrigante
Miaulement
...
Miaulement
...
Miaulement
Grognements d'effort
...
- Tu fais quoi ?
(-Chut.)
Y a un chat caché là -dessous. Rire
- Comment veux-tu
qu'un chat vive sous le plancher ?
Comment se serait-il faufilé là ?
On n'y passe pas un doigt.
Coups
- Je mens pas, il est lĂ .
- Je ne dis pas que tu mens.
Tu crois qu'il y a un chat,
mais il n'y en a pas.
Croire et mentir, c'est pas la mĂŞme chose, tu comprends ?
- Hm-hm.
- Bon, allez. Tu vas attraper la mort par les pieds.
- Hein ? - C'est une expression !
Il souffle.
Si tu crois au chat,
c'est qu'il y en a un... d'une certaine façon.
(Allez, viens.)
- Faisons un pacte, vous et moi.
Si vous croyez en cette histoire, et seulement si vous y croyez,
alors je jure de dire toute la vérité sur cette famille.
Enfin, la seule vérité qui compte...
la leur.
Musique enjouée
...
Crissement
Coups de sifflet
...
Crissement
...
- Bonjour.
...
Coup de klaxon
Protestations
...
Il souffle.
- Votre bilan sanguin est bon.
On pourrait faire mieux pour le fer, mais rien d'alarmant.
Je vais vous prescrire un complément alimentaire.
- C'est surtout quand je bois du thé.
Les vertiges viennent Ă la suite.
- Vous versez du schnaps ? - Non, docteur.
Mais le thé, vous ne croyez pas ?
- Je ne vois pas pour quelle raison.
Quelqu'un marche dans le couloir.
(-Il paraît)
(que les Chinois mettent du fer dans le lapsang souchong.)
(Pour ensuite nous utiliser comme radars quand ils nous envahiront.)
- Eh bien, prenez de l'English Breakfast.
- Je sais comment les contrer.
- Ah, et comment ?
- En s'introduisant une cuillère dans l'anus.
Ça redirige les ondes en direction des instruments électroniques.
C'est comme ça que les bidules se sont brouillés à la Salpêtrière.
- Ils n'ont pas remarqué que vous aviez une cuillère dans le rectum,
quand ils vous ont fait un lavement, Mme Jacob ?
- Ah, non. Parce que lĂ , je l'avais mis devant.
- J'ai un confrère, une pointure,
spécialiste des ondes, à l'hôpital Sainte-Anne.
Il faut que vous le rencontriez. En plus, il parle chinois.
- Auscultez-moi, docteur.
Je n'ai confiance qu'en vous.
Il inspire.
- VoilĂ ce qu'on va faire : je vais sortir un instant de...
mon cabinet,
le temps de vous permettre de vous libérer de votre cuillère,
et ensuite, nous parlerons autour d'une tisane d'églantier.
- Le café, c'est plus sûr.
Les Cubains n'ont pas encore toute cette technologie.
- C'est exact.
Brouhaha
Coup de klaxon
Brouhaha
...
- Pardon. Pardon.
Poussez-vous !
- Oh !
- Ma voiture est en zinc ?
- Pardon ? - Vous la preniez pour un bar.
- Excuse-moi.
Coup de klaxon
- C'est pas vrai !
- C'est vrai, ça vous a plu ?
- Bravo, hein ! - Merci.
- Félicitations. - Merci.
- C'est plein, c'est bien. - Hm, plein de pas grand-chose.
- Jacquemet-Richard est lĂ ? - Hm.
- Et Andrieu ? - Ouais.
- Et Berthier ?
- Il trouve ça petit-bourgeois. - C'est bon signe.
Les lecteurs de L'Huma viendront avec des frissons d'excitation.
- Et Bettany ? - Il a rien dit.
- Va me le chercher.
Il souffle.
Brouhaha
- Elle était pas pleine, cette coupe ? - Non.
- Beaucoup d'assertions emphatiques, voire grandiloquentes.
Typique du vernissage parisien.
J'ai noté un labourage du champ lexical autour des primeurs.
- Hm. - Et lĂ , je cite : "c'est frais",
"vitaminé",
"coloré", "juteux".
- Donc ils aiment ?
- Doivent-ils aimer ?
Ils attendent que quelqu'un réponde à leur place.
- Mais pousse-toi !
On frappe.
- Le voilà . - Chère amie.
Bravo, c'est magnifique.
Salut.
- Merci, mais j'attends un peu plus. - Ce n'est pas novateur.
Pourquoi faudrait-il que "novateur"
soit synonyme d'intéressant ?
- Prenons leur histoire par ce bout-lĂ , celui du 3 mai 1968.
Pourquoi ce jour-là ? Vous n'allez pas tarder à le découvrir.
- Et pourtant...
- Observez nos personnages s'agiter
pour mettre l'un d'eux dans la lumière et rester dans l'ombre.
- Personne ne dit ça.
- Certes, mais la grande Histoire va débarquer dans notre film,
en ce mois de mai 1968,
et mettre la France à découvert.
- La vie improbable.
- Merci qui ?
- Et peut-être même nos héros, allez savoir.
Trois, deux, un...
- Maman ! - Salut, mon grand !
- Ça va ? - Ça va.
(-Salut !) T'étais pas à Nanterre, aujourd'hui ?
- Y a eu des échauffourées.
Les étudiants se sont mis en grève et les CRS ont débarqué.
- C'est sérieux ? - Oui, y aurait des blessés
ils ont bloqué les amphis. - On devrait bloqué la Sorbonne.
Par solidarité. - Ce serait mieux par conviction ?
- Oui, oui, bien sûr. C'est ce que je voulais dire.
Vous le gardez encore une nuit ?
- Bah c'est Ă lui qu'il faut demander.
- Alors, ça te dit de rester rue de Grenelle encore une nuit ?
Musique légère
...
La porte grince.
- Bonjour.
- Bonjour.
...
- Que des factures !
- Merci.
...
Coup de klaxon
Elle râle.
Elle souffle.
...
Elle râle.
La porte grince.
La porte claque.
- Plaire me déplairait pas.
- Laissez-moi vous les présenter.
Y a le garçon que vous connaissez déjà .
- "Plaire n'est pas déplaisant."
- Elle, c'est Mère-Grand.
- Si on en vend qu'un, qu'est-ce que ça peut faire ?
- Enfin, ici, à l'intérieur.
A l'extérieur, il faut l'appeler "ma tante".
Il y a donc Père-Grand.
- Merci.
- Ceux qui achètent sont pas... - Ceux qui achètent pas.
- Lui, c'est Grand Oncle, l'aîné.
- Faut pas essayer de vendre aux autres l'amour qu'on se prĂŞte pas.
- VoilĂ Petit Oncle, car le cadet.
Les parents du garçon s'appellent. les parents du garçon.
Ils sont punis d'avoir fondé un foyer hors de la rue de Grenelle.
"Comme une tumeur", a écrit Mère-Grand.
Elle siffle. - Museau, hein.
- J'aimerais qu'on me dise "c'est beau" avec sincérité.
- C'EST BEAU !
- Quelqu'un du dehors.
- Le dehors, c'est tout ce qui se trouve pas dans l'appartement,
oĂą ils vivent ensemble, comme un seul grand corps.
- J'aurai une page avec photo. - Oh non, pas avec une photo !
*Musique inquiétante
*...
- Claque pas les portes, tu m'as fait peur.
- Voilà la mère de Père-Grand. On l'appelle l'Arrière-Pays.
- Non ! - Vous allez comprendre pourquoi.
- Laisse Prokofiev, c'est beau.
*...
Elle siffle. Il arrĂŞte la musique.
Sergueï a toujours été un excité.
A l'amicale de natation d'Odessa,
je m'occupais des enfants pendant les vacances
pour me faire des sous.
Il était dans le groupe des dauphins.
Lorsqu'on faisait de la brasse... Merci, tu veux fumer ?
- Non ? Peux pas fumer. Lorsqu'on faisait
de la brasse, lui faisait du crawl, et lorsqu'on s'étirait
pour sortir de l'eau,
lui était encore en train de faire du crawl.
- C'est quoi ?
- Tu sais nager ? - Non.
- Ah...
(En yiddish)
...
Alors...
quelle excuse as-tu trouvée pour venir dormir ici ?
- Papa et maman ont demandé.
Elle siffle.
Non, j'ai pas faim.
- Moi aussi, quand j'avais ton âge, je fuguais tout le temps.
- J'ai pas fugué, c'est... - Ça le rendait fou
qui m'enfermait dans ma chambre.
Ça m'empêchait pas de sortir par la fenêtre.
Du 5e étage, tu réalises ?
- Pourquoi il t'enfermait ?
- Il y avait tant de choses Ă voir dans les rues d'Odessa.
que je pouvais pas imaginer rester dans ma chambre.
Et mon père le savait.
- Plus de choses qu'Ă Paris ?
- J'aime pas dire du mal de Paris,
mais ça n'a rien à voir. - Comment ça ?
- Tu vois le port de la Tournelle ?
Tu crois que c'est un port ?
Non.
Youjne.
Ça, c'est un port.
Et les bateaux qui vont avec.
Et les navires militaires.
Avec des canons.
Et des marins au garde-Ă -vous.
Remets le disque au début.
*Musique inquiétante
Un jour,
je t'emmènerai à Odessa.
*...
Parce que sinon, tu n'auras rien vu de la vie.
*Clairon
*-Du Boursin ! Du Boursin, du Boursin, du Boursin !
- La vérité, c'est chiant et ça se peint mal.
Qu'il s'intéresse à la photo s'il aime tant le réel.
- Je ne vois pas en quoi la photo
est plus réaliste.
- Je l'ai croisée la semaine dernière.
Elle avait l'air d'aller bien, mais... on avait rien Ă se dire.
- Vous avez jamais rien eu Ă vous dire.
C'était pas une fille pour toi.
- S'il veut du vrai, il prend un catalogue 3 Suisses,
et il l'imprime en couleur.
- Mange du camembert, c'est bon pour la santé.
*-De Gaulle est arrivé hier à Bucarest.
*Le général a été accueilli par Nicolae Ceausescu
*et par une population chaleureuse et enthousiaste.
- Dans un monde propre, il faut ĂŞtre sale.
Ça protège des bactéries.
Tiens, fais ça.
Ça fortifie les cheveux.
- VoilĂ . - Bravo.
*-A la suite de l'agitation les cours ont été suspendus.
*A 17 h, la police a été appelée à la Sorbonne...
- On va voir papa et maman ? - Peut-ĂŞtre.
*-M. Pompidou a pris la parole dans l'après-midi.
*-Etudiants,
*ne suivez pas les provocateurs
*qui déclarent eux-mêmes se désintéresser des trois quarts
*d'entre vous.
*Ecoutez la voix de la raison.
- Il a des pattes de mygale sur les yeux.
- Des pattes de quoi ? - De mygale !
Des grosses pattes d'araignée.
- T'as raison, une grosse araignée qui monte, qui monte...
- ArrĂŞte ! - ... qui monte, qui monte !
Rire - ArrĂŞte.
- Je peux écouter, là ?
- Aujourd'hui, produits, ce qu'on tire n'avait pas l'imagination.
*Musique légère
C'est bon, ça.
*...
*Pub pour du beurre
*Meuglement
*-Ce passant, vous l'avez reconnu...
- C'est La Caméra invisible. - Ouais !
*-Sous son manteau, du matériel portatif
*utilisé pour l'émission Caméra invisible.
- Vroum !
Vroum !
Vroum !
*-Problèmes universitaires : après la fermeture de la fac de Nanterre,
*les cours sont suspendus Ă la Sorbonne
*d'étudiants extrémistes.
*Le campus...
- La cuisine, c'est le cœur du réacteur familial.
Il est alimenté par l'Arrière-Pays.
Musique douce
- Hop, hop, hop, on se dépêche.
- Chaque matin, elle les relie Ă leurs origines par le ventre,
tel un oiseau qui imprègne ses petits de son odeur,
afin qu'ils retrouvent leur nid.
MĂŞme si les petits ne le sont plus.
Musique douce
*-Jean-Claude, vous avez suivi tout ça. Où en est-on maintenant ?
*-Eh bien, on peut dire qu'ici, place de la Sorbonne,
*l'énervement se joint à la tension, qui n'a cessé de croître.
*Depuis plus de 3 heures, le boulevard...
Musique douce
- Bois ton chocolat, toi !
- Pour mettre les chances de son côté avec ses peintures,
Petit Oncle a décidé de respecter la cacherout,
dans la mesure de sa gourmandise de goy.
*-Ces violences se sont succédé. Écoutez deux...
(en yiddish)
...
*-Ecoutons le ministre de l'Education, M. Alain Peyrefitte
*-Les forces de l'ordre ne sont entrées que parce que les...
(en russe) - Merci.
Elle râle.
*-Nombre des blessés : une vingtaine côté service d'ordre,
*une trentaine côté manifestants,
*et actuellement, des bagarres continuent toujours...
Grognements d'effort
- Hm, écoutez ça.
"Mme Charles-Antoine Le Normand-Pichard,
"ses fils Jean-Baptiste et Samuel, ses cousins, amis, bla-bla-bla...
"ont la douloureuse tâche d'annoncer le décès
"du professeur Le Normand, cardiologue,
"interne des hôpitaux de Paris, membre de l'Académie de médecine."
- C'est formidable.
- Ce cher Charles-Antoine. Toujours en nœud papillon.
- C'est ta place assurée à l'Académie.
- Comme celle d'une dizaine de mes collègues.
- Moins brillants que toi. C'est notre tour.
- Va te faire voir à l'Académie.
- J'ai des rendez-vous.
- Je leur expliquerai.
- Et s'il y a une urgence ? - Y en a pas depuis 1963.
- Je sais pas.
- Je vais chercher ton costume.
- Moi, tes chaussures noires. - Tu bâilles !
Allez, on décolle dans cinq minutes.
- Hop, hop, hop !
Musique enjouée
*-A 22 h 30, la Caravelle du général de Gaulle se pose à Orly.
*Le chef de l'Etat rentre de Roumanie avec 12 heures d'avance.
*Avec le Premier ministre, venu l'accueillir,
*il gagne le salon d'honneur oĂą la plupart des ministres l'attendent.
*Chacun garde à la mémoire l'allocution de M. Pompidou
*qui avait déclaré l'avant-veille :
*"Etudiants, ne suivez pas les provocateurs,
*"écoutez la voix de la raison."
*"Si le gouvernement doit défendre la République,
*"il la défendra."
- Merci et bonne journée.
...
Coup de klaxon
...
- Il faut que tu parles à Chabert. C'est lui qui décide, à l'Académie.
Tu lui dis :
"Hier encore, je pensais Ă vous." - Pourquoi je pensais Ă lui ?
- C'est quoi, sa spécialité ?
- Il a une passion pour les amputations.
- Troisième. - Tu lui dis :
"Mon cher Chabert,
"j'avais juste en face de moi une patiente
"amputée des deux bras." - C'est un mensonge.
- Oui, mais le mensonge réside dans les phrases.
Des phrases qui... - Quatrième.
- ... qui se déterminent mutuellement.
Les phrases n'obéissent qu'aux lois de la syntaxe.
- A n'y rien comprendre ? - NON.
- Le mensonge, en linguistique, n'existe pas.
- Allez. Il siffle.
- Ça va aller, hein.
- La Citroën Ami 6 de Mère-Grand
Ils s'y sentent en sécurité.
Klaxon, crissement - Depuis quand c'est une priorité ?
- Ça peut paraître paradoxal,
mais je vous l'ai dit : ce film raconte leur histoire.
Sonnerie de l'école
- La mort d'un médecin est une tragédie.
Chaque praticien consacre sa vie Ă soulager la souffrance...
Une porte claque.
- Cher ami, euh...
hier encore, je pensais Ă vous,
en parlant avec une amputée des deux bras...
Cher Chabert,
comment allez-vous ?
Bien ? Tant mieux, tant mieux.
Mieux en tout cas que mon amputée des deux bras.
Cher Eugène,
bravo pour votre discours et...
permettez-moi de vous serrer la main, tant qu'il m'en reste une.
Il inspire.
Quelqu'un approche.
Une porte s'ouvre.
(-Vas-y. Qu'est-ce que t'attends ? Vas-y !)
Une porte claque.
- Ah non, non, non.
Applaudissements
...
Brouhaha
...
- Alors ?
- C'est dans la poche. On rentre ?
- Le dimanche ?
Je fais ma petite journée, Disputes d'enfants
euh... du raccommodage...
Les filles hurlent.
Oh ! Là maintenant, ça suffit !
Alors, chacune son Spirou.
Tenez. On avait dit quoi ?
Temps calme.
Elle souffle. Euh...
- Euh, qu'est-ce qu'on disait ? - Vous parliez de raccommodage.
- Et la télé !
Donc euh, ouais, je regarde la télé. Voilà , ça me distrait.
J'aime bien les émissions médicales de Barrère sur la chirurgie.
La médecine, oui, je rate jamais.
- Maman, regarde.
- Ça cultive. - Bon, mon mari rouspète.
- Hm-hm. - "C'est trop tard le soir,
"si tu veux t'instruire, achète-toi des livres de médecine."
C'est pas la mĂŞme chose.
Vous voyez pas l'image. Alors que lĂ , vous voyez l'image.
Et moi, j'ai pas le temps d'aller au cinéma,
alors ça me fait une sortie.
Je suis tout le temps chez moi, Ă la maison.
- Hm. - Mon mari Ă l'usine...
C'est pas une vie.
Alors on n'est jamais ensemble, seuls.
- Ça vous manque ?
- Ça me manque, oui. Évidemment que ça me manque.
Elle inspire.
- Mère-Grand écrit des livres sur les laissés-pour-compte,
donnant la parole Ă ceux qui ont pas voix au chapitre.
Tout dans sa vie est fait pour trahir son milieu social,
celui d'une famille française monarchiste, étroite et jugeante.
- Quatre baguettes bien cuites. - D'accord !
- Et une tartelette aux fraises ! - Non, sûrement pas !
- Quatre baguettes bien cuites. - Bien sûr.
- Merci.
Il gémit. Non, non, non.
- Tu ne m'auras pas avec cette tête. - S'il te plaît...
Coups de klaxon
- Bon, si tu gagnes, tartelette aux fraises.
- Je relève le défi.
Grognements d'effort
...
Il souffle.
- Gagné.
- Tartelette aux fraises !
Musique sérieuse
...
- Jean-Louis Barrault est monté sur scène et ne dirige plus l'Odéon.
Il avait pas le choix. Et le théâtre va devenir
un forum de discussion. - C'est injuste. C'est un bon type.
A l'époque de Contre-attaque, il nous a accueillis.
- Qui c'est Breton et Bataille ? - Non.
- Et moi, tu sais qui je suis ? - Non.
- Dommage. - Les slogans sont formidables.
Écoutez ça. "Chacun est libre d'être libre."
"La barricade
"ferme la rue mais ouvre la voie."
- "L'émotion tue l'émotion."
- "Il est interdire d'interdire."
- Non, ça, c'est Jean Yanne à la radio.
- Ah bon ? Vous êtes sûrs ?
- Oui.
- C'est qui, Jean Yanne ? - Un humoriste de la radio.
- "On achète ton bonheur, vole-le." - "L'imagination prend le pouvoir."
- "Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi."
Magnifique exemple de fonction respective
de recrutement, de ralliement et de reconnaissance.
- Tu es trop jeune pour boire.
J'ai bien connu Jaurès.
Rire
Il dansait très mal.
- Quel rapport avec Jean-Louis Barrault ?
- Les gens sont pas toujours à la hauteur de leur réputation.
Voyez, Pétain.
- Quoi, Pétain ?
- C'est un bon danseur.
Rire
Il a sauvé la France en 18,
il peut la sauver en 68.
- Personne lui a dit ?
- Peyrefitte a décidé de communiquer
que sur les blocages, pas sur les causes.
- Vous vous attendiez Ă quoi ? - Il a raison.
- Ça m'étonne pas de toi.
- J'ai dit qu'il a raison, pas que je suis d'accord.
Ce qui n'est pas mentionné n'existe pas.
Des choses ne sont des vérités que pour ceux qui les vivent.
Ce qui fait histoire, c'est ce qui est partagé.
- Tu veux ?
- Il prétend que nos luttes ne sont que du ressenti
et pas une vérité sociétale. - En se taisant, il vous devance.
- Il nous fait passer pour des cons. - Un petit peu.
- Tu fais quoi ?
- C'est pour mon chat. - Ah bon ? Vous avez un chat ?
- Non. - Si, sous le plancher.
- Tu me le montres ?
- L'idée, c'est de produire une cascade.
Pour que ça marche, faut qu'une colère se déverse sur une autre,
et puis sur une autre, comme une chute d'eau.
- Maman, Pétain est mort.
- Ah, bah mince alors.
Discussion indistincte au loin
...
- Regarde pas, sinon il va pas sortir.
...
- Ce n'est pas parce que tu le vois qu'il existe.
Si le chat
sous le plancher est celui de M. Schrodinger,
il peut ĂŞtre et ne pas ĂŞtre.
- C'est qui, M. Schodinger ?
- M. Schrodinger.
M. Schrodinger a mis son chat dans une boîte,
y avait un mécanisme qui permettait de tuer le chat
ou de le laisser en vie de manière aléatoire...
- Sans ouvrir la boîte, on ignorait s'il était mort, vivant ou les deux.
- Mort et vivant.
Musique mystérieuse
C'est un peu comme si on était tous ici et tous absents.
- Oh !
Musique inquiétante
...
Il sursaute. Explosion
Explosions
Explosion
Cris
Explosion
- Que se passe-t-il ?
- Y a eu des coups de feu ?
- Non, c'est une bombe.
- Ça...
c'est les Boches.
Explosions, cris
- Pardon.
...
- Vous avez bien fermé la porte ?
...
Sirène de police
...
- Autrefois, lors de l'une de ses journées terribles,
il lui avait demandé comment il vivrait sans elle.
Elle lui avait dit que la question ne se posait pas.
Alors la question ne se posa plus.
Musique triste
(-Allez, va le coucher.) (-Viens, viens.)
...
- Ils sont plus très efficaces contre les gaz lacrymogènes mais...
mettez-les quand mĂŞme pour vos yeux.
C'est ce qu'ils visent en premier, avant les jambes.
- Ça va ? - Oui.
Il pleure. (-Hé, hé.)
HĂ©, bandit.
Ce qu'il se passe, c'est important.
C'est important pour ton futur.
Et le monde dans lequel tu vas vivre sera différent.
Il pleure toujours.
...
- Bon courage.
- Je t'appelle !
La porte se referme.
(-Pleure pas.)
(La tristesse n'a pas sa place parmi nous.)
(Elle reste dehors.)
Il pleure toujours.
Musique légère
...
*-Le dialogue est rompu avec les syndicats et les étudiants.
*Le mot d'ordre semble être la démission du président,
*Charles de Gaulle.
- ADIEU DE GAULLE, ADIEU !
*Musique dynamique
*-Jésus-Christ dit aux apôtres Suivez-moi, marchez sur l'eau
*Sans se mouiller les uns les autres
*Les voilĂ qui suivent aussitĂ´t
*Jésus-Christ a donc, c'est comique Inventé le ski nautique
Alléluia, alléluia !
- ALLÉLUIA !
ALLÉLUIA !
ALLÉLUIA !
- HĂ© oh, les gars !
*-Jésus-Christ dit qu'on m'apporte Quelques pains, quelques poissons
*Je les multiplie par millions
*Et les Hébreux se réconfortent
*Jésus Christ a donc, quelle malice Inventé le self-service
*Alléluia, alléluia !
On siffle. *-ALLÉLUIA !
Elle siffle. *ALLELUIA ! ALLÉLUIA !
*...
*-Jésus-Christ dans le silence Du Jardin des oliviers
*Dit je voudrais m'accuser De ma désobéissance
*Jésus-Christ a donc, c'est unique Inventé l'autocritique
*Alléluia, alléluia !
*-ALLELUIA ! ALLELUIA !
*ALLELUIA ! - C'est pas bientĂ´t fini ?
- Pardon, pardon !
La musique s'arrĂŞte. Rires
- Oh !
- Le travail commence Ă quelle heure ?
- Ça dépend, mais normalement 7 h.
- Vous devez ĂŞtre lĂ Ă 7 h. - Ouais.
C'est pour quoi, votre truc, lĂ ? Les questions que vous posez ?
- C'est pour moi, je tape tout Ă la machine par la suite.
Vous pouvez parler librement, votre nom ne sera pas cité.
- La vérité,
c'est que je dors ici.
Je suis pas le seul, on est plusieurs.
Je dors dans le bloc C car ils sont presque terminés.
Finis, je veux dire.
- On dit "finis" ? - "Finis" ou "terminés".
- Et il a le toit...
Et on est plusieurs lĂ -bas.
Pour les toilettes, y a le Bilboquet, c'est le bar lĂ -bas.
Le patron, il est compréhensif.
Enfin, si on consomme. Et y en a qui consomment, hein !
- Je prends que le café, moi. - Hm-hm.
- J'y mets du sel.
- Vous le salez ? - Oui, je mets du sel parce que...
Ouais, ça coupe la faim pour un moment.
- HĂ©, Laszlo ? T'as fini ?
- J'y vais.
- Bien sûr. Merci beaucoup.
- Vous faites un tarif pour les groupes ?
- Pardon ?
- Nous aussi, on veut être auscultés.
Rires gras
- Tiens, voilĂ autre chose.
- J'ai pas le droit à une bière ? La journée a été longue, hein.
Merci.
Petit rire
Vous êtes pas en grève comme aux chantiers d'Antony ?
- On doit manger, madame. - Qu'est-ce que cela
va changer de faire grève ? Rien. - On est libres, personne peut
nous empĂŞcher de travailler, c'est un droit.
- C'est notre droit.
- Sauf que pour travailler, faut avoir de quoi.
- On aura toujours besoin de logements.
Pour ranger tous ces étudiants quand l'hiver sera venu.
- Hm-hm.
Mais comme les pénichiers sont en grève,
le sable va pas remonter la Seine tout seul, hein ?
Et mĂŞme s'il le faisait, il trouverait personne Ă quai.
Ah, bah oui...
Les transporteurs routiers se sont mis en grève, eux aussi.
TĂ´t ou tard, vous perdrez votre travail.
Et vous aurez gagné la haine de vos collègues syndiqués,
en grève,
en hommes libres,
parce que c'est un droit.
Messieurs.
Musique comique
- C'est des conneries.
...
- Mère-Grand a pas la nostalgie du passé et se méfie des souvenirs.
La famille ne fĂŞte aucun anniversaire
et ne commémore aucune date importante.
...
Il soupire.
...
Le temps semble bloqué dans un présent infini.
Le passé ne mérite pas un coup d'œil en arrière.
...
- J'ai pris le boulevard Haussmann, complètement bouché
- Ah oui ? - La sortie...
- Le ris de veau et ses tagliatelles. - Pour moi. Merci, Robert.
- Cervelle au beurre noir, tripes Ă la savoyarde.
- Et une entrecĂ´te bien cuite. - Merci.
- Très bon appétit. - Allez, bon appétit !
- Ils ont rebaptisé l'auditorium "Che Guevara".
Rire Ridicule.
Pourquoi pas "Mao Tsé-toung" ?
- Trop compliqué à orthographier pour eux.
- Tu dis rien, qu'en penses-tu ? - Euh...
Je pense que j'aurais préféré avoir 20 ans en 68 plutôt qu'en 17.
- Ça n'a rien à voir. Ils ont tout,
on avait rien. - On avait des couilles !
Grosses comme... - L'Alsace et la Lorraine !
Rires
- Tout va bien ? - Remets-nous un peu de rouge.
- Savez-vous qui va remplacer
- Charles-Antoine à l'Académie ? - Qui veut de ce genre de place ?
- Restera-t-il encore
une Académie quand les trotskistes auront pris le pouvoir ?
- Tu les aimes pas, eux. - On dit Languelet sur les rangs.
- Un pédiatre ? N'importe quoi ! - Pourquoi pas un anesthésiste,
pendant qu'on y est ? - Ou un généraliste.
Rires
- Police !
ArrĂŞte-toi !
Cris de panique
...
- Lâchez... Lâchez-moi !
- De Gaulle démission !
- De Gaulle démission ! - Fascistes !
La porte claque.
- Bah voilĂ .
Musique triste Souffle court
... ...
- Bon, euh...
Au revoir.
- Salut.
- Salut.
Le brouhaha reprend doucement.
...
Porte
...
Musique douce
...
Téléphone
...
- Oui, allô ? *-Ça t'embête pas de rester ici ?
- Euh, non. Pourquoi, qu'est-ce qu'il y a ?
*-On change l'avenir. - OK.
*-Prises d'assaut par les CRS, les barricades brûlent.
- Depuis quand on se soucie des SS ? - Ils parlent des CRS.
- Ah...
Intéressant.
*-Les grenades lacrymogènes, dont on parlera longtemps, explosent.
- Alors ? - Y a des blessés.
Trois du côté des CRS.
- D'un côté, y a les blessés, nombre indéfini, non humanisés,
et de l'autre, trois CRS. Bonjour l'objectivité.
- Pourquoi seraient-ils objectifs ? Nous ne le sommes pas.
- Je vais rien vendre. VoilĂ .
C'est officiel, je vais rien vendre !
Elle siffle.
Baiser
Sifflement
- Le petit dessine mieux que toi ! - T'as qu'Ă l'exposer !
- Il va falloir te trouver des vĂŞtements,
car tu commences Ă sentir le temps qui passe.
J'ai gardé les habits de ton père et de tes oncles.
On me disait de m'en débarrasser,
mais je savais qu'un jour, ils seraient utiles.
Et ce jour,
c'est aujourd'hui.
Alors...
- Non.
- T'en penses quoi ?
- J'aime pas.
- Ça, c'est chic.
- Non.
- Et ça ? - Non.
- Tu es difficile.
- Ça ! - Ça quoi ?
- C'est ça que je veux !
- Ah !
Ah bon ?
- Que vont dire les profs ?
- Ça les a pas toujours gênés.
- C'est mon étoile de shérif. - Il suffirait d'enlever...
- Il veut pas l'enlever.
Et il a raison.
La porte grince.
- Bonjour. - BONJOUR.
- Tu as un bien joli petit costume. - Merci.
Vrombissement de moteur
- Toujours Ă se faire remarquer...
- Ce sont des snobs.
Coup de klaxon
Musique sérieuse
...
Coup de klaxon
...
Sirène de police
... ...
...
- MĂŞme Monory vend plus que moi. La honte.
- Accrochons la fille aux bottes face Ă la rue pour la voir de dehors.
- Non, ce qui vaut la peine d'ĂŞtre vu se trouve aux yeux de tous.
Plus personne d'honnĂŞte gagnera sa vie dans l'art.
C'est mieux comme ça.
- Alors nous avons fait ça pour rien ?
Si c'est une question d'argent, nous en avons assez.
- Pourquoi tu dis "nous" ?
Je fais de la peinture
et je vais pas vivre Ă votre crochet toute ma vie.
- Le "crochet", c'est ta famille ?
- Tu m'as très bien compris. - Non !
- Je veux prendre mon destin en main. - Ton père et moi t'avons menotté ?
Vous confondez le lien avec les liens.
C'est votre liberté
que vous cherchez ! - Attention, purée !
Oh non, pas lui...
- C'est qui ? - C'est la troisième fois.
Il fait un tour et il s'en va sans dire un mot.
- C'est agaçant. - Cache-toi, je m'en occupe.
- On n'est pas au théâtre. - Tu veux vendre tes tableaux ?
Klaxon - Maman !
- Bonjour, madame. - Je peux vous renseigner ?
- La galerie est pas ouverte ? - Le propriétaire fait grève
dans sa maison par solidarité avec les ouvriers et les étudiants.
Entre nous, je suis pas certaine que ça fasse tomber le gouvernement.
Vous êtes intéressé par un tableau ?
- Plusieurs, en vérité.
- Voulez-vous un thé ?
Sirène de police au loin
...
- Merci.
Vous avez vendu la... les bottes pourpres ?
- Ah... oui, ce matin mĂŞme.
L'acquéreur s'est montré très intéressé par d'autres toiles.
C'est un artiste qui débute, mais on sent déjà une maturité, non ?
Il a la conviction de sa génération mais il en fait une forme...
Regardez celui-ci.
C'est une série que j'adore.
Y a l'idée de la répétition, mais rien n'est semblable.
Même fabriqués à la chaîne,
ces pantalons ne prennent forme qu'une fois portés.
Musique calme
Ce sont les corps cachés dans la peinture qu'il faut voir.
Ce sont des jeans, mais il s'agit plutĂ´t d'un destin.
Un avenir.
Des pantalons
faits pour bouger, qu'on soit homme ou femme.
Petit rire
L'auteur est comme un ami que je ne connais pas encore.
- Un ami ou un amant, peut-ĂŞtre ?
- Un bon peintre ne parle que de celui qui contemple son travail.
- Et vous connaissez bien l'auteur, me semble-t-il.
- Connaît-on vraiment les gens qu'on aime ?
- Car vous l'aimez ?
- On peut dire ça, oui.
...
- Il a bien de la chance.
Et du talent. Petit rire
- Au revoir, madame. - Au revoir.
Je disais quoi ?
- Tu me traitais d'égoïste. - Ah oui.
Si tu veux quitter le domicile familial, te gĂŞne pas,
mais sache qu'il y a pas une seule chambre de libre en ville.
Musique sérieuse
Oh !
...
Signal d'annonce
*-Nous informons notre aimable clientèle
*que les conducteurs des lignes 3, 5, 7,
*9, 10, 12 sont en grève.
*Nous vous prions de vous reporter sur les lignes 5, 3,
*7, 6,
*en prenant la 1, 5, 3, 2.
...
- Ne vous approchez pas. Mon mari est médecin.
- Mais il est pas lĂ .
Je peux pas vous laisser comme ça.
- Ça saigne beaucoup, - Ça allait trop vite ?
- Elle a voulu me doubler et elle est tombée.
- Je ne porterai pas plainte contre vous.
- Je vois pas pour quoi. C'est écrit déconseillé aux handicapés.
- Je suis pas handicapée.
- Madame.
- Bonjour.
Tout va bien ?
- Elle a pas souhaité que je l'ausculte. Mais rien de cassé.
Je vous la confie ?
- Oui, merci, docteur. - Je vous en prie.
- Au revoir. - Au revoir.
Il s'est passé quoi ?
- Je me suis fait bousculer. - Allez.
Elle gémit.
Tu as mal ?
- Horriblement.
*Musique intense
Quelqu'un aurait la gentillesse
de me passer... cette satanée carotte ?
S'il vous plaît...
Merci.
*-Les émeutes déferlent sur Nantes et Lyon, Bordeaux et Strasbourg.
*A Paris, c'est une nuit de fureur.
*Des éléments incontrôlables se mêlent aux étudiants.
*Le Quartier latin a été secoué de violences inédites.
*Plus de 400 blessés...
- Tu peux faire tourner le thon ?
- Il reste du maquereau.
- T'aurais pu penser aux autres. - Ça va, calme-toi.
- ArrĂŞtez de vous battre.
La journée de votre mère a été rude.
- Tu faisais quoi hors de ta voiture ? - J'ai le droit à ma vie privée.
- C'est nouveau, ça.
*-Le président réunira un Conseil des ministres demain matin.
- Mort au pathos.
*Musique grandiose
*...
- Ah, où t'étais passé, toi ?
- Avec les autres.
- Il faut balancer ton bras droit vers l'avant,
attendre qu'il repasse sous le buste avant de lancer le gauche.
Du rythme, du rythme.
- Ecoute NikolaĂŻ. - C'est qui, NikolaĂŻ ?
- Celui qui a fait la musique.
Meilleur compositeur qu'amant, tu peux me croire.
Le crawl, ce n'est que du rythme et de la respiration.
Respire.
La tĂŞte hors de l'eau !
Il gémit.
Oh, quelle misère.
On dirait un barzoï tombé de la digue du phare Vorontsov.
- On peut arrĂŞter ? - Nage jusqu'Ă la barque de Sinbad !
- C'est loin ? - A tribord !
- C'est oĂą ?
- LĂ !
Elle parle yiddish.
Si je n'avais pas été là sur mon bateau, tu te serais noyé.
Et t'aurais reçu des coups de knout.
- Je peux pas si je me suis noyé.
- On t'aurait ranimé et t'aurais reçu des coups de knout.
C'est comme cela
que mon père m'a appris à nager.
- Il était méchant ?
- C'est l'époque qui était méchante.
Fallait ĂŞtre plus dur qu'elle pour la battre sur son terrain.
La vie est pleine d'idées lorsqu'il est question de méchanceté.
(En yiddish)
...
Elle râle.
*Musique légère en yiddish
*...
Claquement
*...
Miaulement
*...
...
Il ronfle.
Quelqu'un approche.
AĂŻe !
- Attendez, attendez, pas si vite.
Je ne raconte que la vérité, mais là , vous aurez du mal à me croire.
Laissez-moi vous expliquer.
D'abord, les faits historiques.
En ce matin du 29 mai 1968,
de Gaulle n'a pas tenu son Conseil des ministres.
Non, non, il a pris place à bord de sa Citroën DS,
à destination de sa résidence de Colombey-les-Deux-Églises.
Il n'est jamais arrivé.
A l'heure qu'il est, personne ne sait oĂą il se trouve.
MĂŞme ses gardes du corps ont perdu sa trace.
L'inquiétude est d'autant plus grande qu'on le disait préoccupé,
déprimé,
abattu par la situation.
Comme le dit un vieux proverbe yiddish :
L'intelligent parle de ce qu'il a vu le sot de ce qu'il a entendu.
Alors regardons ce qu'il s'est vraiment passé
ce matin du 29 mai 1968.
Enfin, ce qu'il s'est probablement passé.
Porte
La porte grince.
Attention. Trois, deux...
- AĂŻe ! - ... un.
- Vous pouvez m'aider, jeune homme ?
Il sursaute, puis halète.
...
- Mère-Grand, y a Léon Zitrone dans la cuisine.
- Quoi ? - Je te jure, viens voir.
- Mais qu'est-ce qu'il raconte ?
Vous, mon général.
- Est-il possible de me cacher quelque temps ?
(-Réveille-toi. Réveille-toi.) Il grogne.
(-Réveille-toi. Regarde. Regarde, regarde.)
- Hm ?
Musique intrigante
...
- Mon général ?
On frappe.
- Y a quelqu'un ?
Il chuchote.
On frappe. Madame ? Monsieur ?
- Venez, suivez-moi. Par ici.
- Bah viens, toi !
Il souffle.
- La manie de cette famille d'accueillir la misère du monde.
*Propos indistincts émis par un talkie-walkie
*...
- Je peux vous aider ?
- Peut-ĂŞtre.
Avez-vous fait récemment une rencontre particulière ?
- Quel type de rencontre ?
- Une rencontre...
inhabituelle.
- Ah !
C'est La Caméra invisible ?
OĂą est Jacques Legras ?
Musique intrigante
- Vous trouverez rien ici.
- Sûre ?
- Vous pouvez fouiller l'appartement.
...
*Propos indistincts émis par un talkie-walkie
- C'est La Caméra invisible.
*...
Musique stressante
...
- On a un problème de chaudière,
alors on utilise que cette pièce pour garder la chaleur.
- Vous regardez pas sous la table ?
Vos collègues, il y a 25 ans, ils étaient...
Comment dire ?
... plus méthodiques.
Y a quelqu'un ? Y a peut-ĂŞtre quelqu'un.
Fracas
Personne.
Oh lĂ lĂ , non !
Attendez, attendez.
Ça se passait pas comme ça. J'étais petit, mais je me souviens bien.
VoilĂ , ils se gĂŞnaient pas. Ils fouillaient vraiment.
Faut pas se gĂŞner,
faut pas ĂŞtre timide.
Hein ? Venez, venez avec moi.
Si vous voulez fouiller, fouillez vraiment.
Vous avez regardé s'il y avait un double fond ?
Ils faisaient comme ça.
MĂŞme si y avait pas la place pour quelqu'un,
ils fouillaient quand mĂŞme.
- Monsieur, c'est bon, arrĂŞtez !
Monsieur !
Souffle court
...
Une porte claque.
Souffle court
...
Musique triste
...
Pas cadencé
... ...
Musique sombre
...
Voix au loin
Elle chuchote.
- Je supporte plus tes réprimandes !
Tu m'asphyxies, toi et la famille !
- Tu nous accuses de tes échecs ?
- Vous m'oppressez ! Tu vas me frapper ?
- C'est de ta faute ! Va-t'en !
- Je m'en vais, loin de toi !
- J'en peux plus ! - C'est ça, pars !
Va à Perpignan, à Sète, en Chine, en Amérique !
- Mais tais-toi !
- Je veux plus jamais te voir !
La porte claque.
Elle pleure bruyamment.
...
Musique pesante
...
Une porte s'ouvre.
...
- Il lui a dit :
"Sommes-nous vivants ?
"Sommes-nous morts ?"
Elle lui a répondu : "Nous sommes ensemble."
...
- Vous pouvez sortir !
- Mes gardes du corps sont partis ? - Oui, oui, vous inquiétez pas.
- Je préfère attendre.
(-C'est pas possible de le laisser lĂ . Mais va lui parler.)
(VoilĂ .)
(Voilà , ça y est. Voilà , c'est bon.)
Grognement d'effort
- Quand je me suis glissé dans cette cache,
c'était en décembre 1942.
Je ne pensais y passer que quelques semaines,
voire quelques mois.
J'avais entendu votre appel du 18 juin.
Votre voix si proche et si lointaine...
C'était celle de mon pays.
Quand je marchais dans Paris, l'humiliation,
la peur, la faim...
je me disais que c'était temporaire.
J'ai tenu tout ce temps car je savais que vous étiez pas loin.
En fait,
vous étiez ici, avec moi, au fond de cette cache.
Regardez sur votre droite, mon général.
Musique douce
Soupir La France m'a jamais quitté.
Elle était avec moi,
en sécurité, ici.
...
Aujourd'hui, cette France-lĂ ,
elle est dans la rue.
Elle n'est plus cachée.
La voilĂ comme on l'a toujours voulue : libre, excessive,
injuste, râleuse.
Elle-mĂŞme.
Il inspire.
Vous allez bien ?
- J'ai une crampe.
- Je vous aide ? (-Non.)
(Je vais sortir.)
Il gémit. - Vous êtes sûr ?
Grognements d'effort
...
Grognements d'effort
...
Souffle court
...
- Le garçon ne le sait pas encore, mais un jour,
dans des années-lumière,
il racontera cette histoire dans un livre.
De ce livre, moi, je ferai un film.
Le film dans lequel nous sommes.
Et ce jour,
c'est aujourd'hui.
- Très bien, je vous attends. Rentrez la voiture dans la cour.
Je vais voir Massu à Baden-Baden, il a toujours été de bon conseil.
Je ne sais comment vous remercier de votre aide
pendant ces heures sombres pour la France.
- On avait pas voté pour vous. - Puis-je faire quelque chose ?
- Je vous remercie, mais j'ai tout ce qu'il faut.
- Au sujet de l'Académie de médecine...
- Je n'ai besoin de rien, je suis formel, mon général.
- Vous vous intéressez
Ă la politique, jeune homme ?
- Je m'intéresse aux mots, pas à ceux qui les prononcent.
- Que valait alors le discours de M. Pompidou ?
- La réponse est dans la rue, non ? - Bigre...
Qu'aurait-il fallu dire, alors ?
"Enragés", c'est on ne peut plus visuel, non ?
- Pas du tout, c'est un ensemble mal défini, insaisissable.
Il n'y a rien de tangible, de concret.
Ce qui est visuel, c'est les barricades, les vitres brisées...
Et par qui, par des enragés ? Vraiment ?
Tss-tss, non.
Il faudra parler de groupes organisés.
Pilotés par un organisme identifié des politiciens,
potentiellement définis comme égoïstes.
Contre un ennemi organisé, il faut une riposte organisée.
- Nous aussi, on comprend pas tout.
- Pas du tout, c'est très clair.
Si je prends la parole maintenant, je désavoue Pompidou,
ce que je ne ferai pas.
Pas tout de suite.
- Il faut dire "je ne changerai pas le 1er ministre", mais en jouant
sur la possible intransivité du verbe "changer".
LĂ oĂą "je ne changerai pas" a valeur de
"je suis inflexible".
- Je ne le changerai pas - Mieux, mieux.
Vous faites une césure. Vous êtes de Gaulle, donnez le tempo.
Je ne changerai pas...
le Premier ministre.
(-Merci, jeune homme.)
- J'ai peut-ĂŞtre fait une connerie.
*-Etat de la situation ?
- Rue de Grenelle, tout est OK.
- Vous avez vu le personnage dans la voiture ?
- On dirait... - Il se prend pour de Gaulle.
- Eh ben... drĂ´lement atteint.
- J'ai faim. - Où est ton arrière-grand-mère ?
- Elle dort toujours.
- Comment ça ? - Bah elle dort toujours.
Pleurs discrets
...
(-Tu veux que je reste ? Ça va aller ?) (-Ouais.)
(-C'est vrai ?) (-Oui.)
Elle pleure.
...
Coup de klaxon
- PrĂŞt pour la revanche ?
- Ça fait 15 francs, madame. - Merci.
- Mère-Grand, c'est quoi un youpin ?
(-M'appelle pas Mère-Grand en public, tu te souviens ?)
- Euh, ma tante...
il est youpin, mon grand-père ?
- Il est...
Il est juif parce qu'Arrière-Pays était juive.
- Gardez la monnaie. - Merci, madame !
Et voilĂ pour le petit chanteur Ă la croix de bois.
- Merci, madame. Merci, ma tante.
- Il est né juif, mais il est devenu catholique.
- Il aimait pas ĂŞtre juif ?
- Mais pas du tout.
Il n'a pas abandonné sa religion.
Il en a adopté une autre, tu comprends ?
- Il a jamais eu honte... - Moi aussi, je veux ĂŞtre juif.
- C'est une religion qui se transmet par les femmes.
Ni ta mère ni ta grand-mère sont juives, ça va être dur.
- Pourquoi toutes ces questions ? - C'est le voisin, c'est son père.
Il lui a interdit de jouer avec des gens comme nous.
Elle coupe le moteur.
- Tu me promets quelque chose ?
Ne laisse jamais les cons te dire ce que tu es.
Promets-le-moi.
- Je promets de jamais laisser les cons dire ce que tu es.
- Si tu veux ĂŞtre juif, tu peux ĂŞtre juif.
Viens que je t'embrasse.
Elle rallume le moteur.
- Moi, je préfère encore être un youpin qu'un juif.
Tic-tac d'une horloge
...
Il inspire.
Il parle en yiddish.
...
...
...
...
...
- Je suis désolé.
(Je sais plus.)
(Je ne sais plus.)
Je m'en rappelle pas.
Il chante en yiddish.
...
Ils chantent en chœur.
...
Une fenĂŞtre s'ouvre.
- Vous ĂŞtes dingues ?
- Vous voulez mettre le feu ? - Faut appeler les pompiers.
appelez les pompiers.
- Avec les barricades, vous pouvez toujours attendre.
- On vous dénoncera. - On compte sur vous !
La délation est une tradition familiale. De père en fils.
- Que sous-entendez-vous ?
- On n'a rien Ă faire avec vous. - HĂ© !
Rires
Musique douce
...
- Les événements de mai 68 produisirent une révolution.
Pour la première fois, ce grand corps se disloqua,
chaque membres prit son autonomie, l'affaire de quelques jours.
...
Le moteur vrombit.
...
- Cale-le bien derrière. - Oui.
Alors...
y a des œufs sous les pommes, des œufs durs,
y a du... pâté en croûte,
y a du pain d'épices,
euh... y a du chocolat, y a du lait concentré pour le petit.
Vous devriez manquer de rien.
- Si, toi, tu manques.
- J'ai des choses Ă faire.
Qui tiendrait compagnie à la maison maintenant que ta mère est partie ?
- On n'a jamais été séparés plus de 36 heures.
- C'est vrai.
Ça finira bien par arriver.
Voyons ça comme une répétition générale.
- Ceinture. - Non !
- Alors pas ceinture.
- Attends, je t'ouvre. Tu te tiens sage !
La porte grince.
...
Musique calme
...
Coups de klaxon
Musique légère
Tout le monde prétendait qu'après rien ne serait comme avant.
Force est de constater que tout redevint comme avant.
Ou presque.
Lorsque Petit Oncle comprit que l'homme mystérieux
qui avait visité l'exposition pour acheter l'ensemble
était un émissaire du couple Pompidou,
il préféra passer à une autre période artistique,
une autre période d'installation, comme disait Mère-Grand.
...
*-Françaises, Français, dans les circonstances présentes,
*je ne me retirerai pas.
*J'ai un mandat du peuple,
*je le remplirai.
*Je ne changerai pas...
*le Premier ministre.
- Quelle enflure ! - De Gaulle démission !
Protestations indistinctes
- Attendez, attendez,
c'est la démonstration de la rhétorique de de Gaulle.
Cette césure après "je ne changerai pas",
c'est une reprise en main.
Il s'approprie la non-parole.
Il dit : "Je suis la voix de la France mais aussi son silence."
Comme en 40. Le choix de la radio est pas anodin.
Il dit : "Je suis la présence de la France mais aussi son absence."
Et bah... voilà . Rien n'échappe à la parole gaullienne.
- La linguistique devint une discipline majeure
faisant de ceux qui la maîtrisaient des idoles.
Avant que la langue soit remplacée par la communication.
- Ça, c'est dégueulasse.
- C'est quoi, "dégueulasse" ?
...
- Plus vite, plus vite !
...
- Ça sent la chair fraîche.
- C'est ça, "dégueulasse".
- Eh non, c'est pas ça, la démocratie.
Toi, tu peux pas choisir ce que tu veux manger Ă midi
et ton heure de réveil le dimanche matin.
- Le dimanche, Ă 7 h, je dois me lever pour aller Ă la messe.
- C'est ton père qui veut ça ? - Non, c'est Dieu.
- Je prends le relais. Je vous fais un café.
- Merci, c'est gentil.
- Eh bah voilĂ ,
c'est ça, la démocratie.
C'est d'avoir ni Dieu, ni maître. Choisir pour soi-même.
- Vous venez ? - PlutĂ´t demain, j'ai un article
Ă terminer.
- Dis-le-lui :
"Papa, papa, je suis un garçon libre.
"J'ai ni Dieu, ni maître."
...
Brouhaha
... ...
Protestations
...
Grincement
...
...
...
...
Claquement
Il souffle.
- Réfléchissons, si la batterie, c'est le cœur,
que les cylindres sont les intestins,
et que l'échappement, c'est le rectum,
comme elle a toussé avant de s'arrêter,
on peut penser que... - En tout cas, ça sent pas la rose.
- On peut penser que...
Qu'on est dans la merde.
Un véhicule approche.
Portière
Coffre
Allez...
Chants d'oiseaux
...
- Tu veux pas que je porte ? - Je l'accompagne Ă Odessa.
- Non, ne cours pas, tu vas tomber.
Musique sombre
...
Ça a dû beaucoup changer depuis qu'elle y a vécu.
Ça fait presque 100 ans.
Ce qu'elle te racontait, c'est pas forcément...
- Elle avait beaucoup d'imagination. - Oui.
Mais c'est très bien d'avoir de l'imagination.
Ça permet d'en donner un peu à la vie, qui parfois en manque un peu.
- C'est déjà arrivé ? - Oui.
C'est arrivé déjà .
Je me demande si y aller ne comporte pas un risque.
Le risque de savoir si l'Arrière-pays avait raison ou tort.
Tu comprends ?
- On est venus pour rien, alors.
- Tu veux que je te donne un conseil ?
Comme les grands-parents normaux font avec leurs petits-enfants.
L'important dans la vie, c'est d'avoir un but.
Et de tout faire pour l'atteindre.
Mais en même temps et avec la même volonté,
il faut tout faire pour ne pas y arriver, tu sais pourquoi ?
Pour ne pas avoir l'arrogance des vainqueurs
et du mépris pour les perdants.
Tu connais l'arrogance ?
- C'est quand on a pas d'imagination.
Petit rire
On fait quoi avec elle ?
- On pourrait la mettre lĂ -haut.
Sur la petite colline, lĂ .
C'est beau, non ?
Et si elle regarde vers l'est, elle pourra voir Odessa,
et si elle regarde vers l'ouest,
en fronçant les yeux, elle apercevra Paris.
- Cette famille a un nom, bien sûr.
Quand on leur demande d'où il vient, ils répondent "Odessa".
C'est leur vérité.
Il siffle.
Et c'est aussi la mienne.
Pas besoin d'en rajouter, non ?
...
Ils sifflent ensemble.
...
- Hop, hop ! HĂ© !
Ne cours pas.
Trois, quatre...
Ils se remettent Ă siffler.
...
Musique douce
... ...
...
Musique légère
...
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