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1870 La guerre franco-prussienne.
Comme aujourd'hui, il y avait une zone occup�e et une zone libre.
En France occup�e... Cleresville
Je le r�p�te, lieutenant von Eyrick, je ne sonnerai pas la cloche.
Pourquoi ?
Je vous l'ai dit.
Redites-le-moi.
C'est le seul geste de protestation qu'un pr�tre
puisse faire contre les Prussiens.
Et moi, cur�, je veux que cette cloche sonne.
Sonnons-la, Fifi.
Non, attends. Je veux qu'il le fasse.
Il faut qu'il le fasse.
Vous �tes le berger du troupeau.
On conna�t votre bont� envers les villageois.
Vous pensez que j'aurai sur la conscience
le ch�timent que vous infligerez aux Cleresvillois
� cause de mon refus ?
Exactement.
J'y ai pens�.
J'ai pri� pour �tre aid�.
Par Dieu ?
Vos pri�res ont �t� exauc�es ?
En quelque sorte.
La d�cision ne m'appartient plus.
Je suis trop �g� pour remplir mon minist�re.
L'�v�que envoie un jeune pr�tre pour me remplacer.
Il arrivera bient�t de Rouen.
Alors, nos ennuis seront termin�s.
Je ne connais pas cet homme,
mais Dieu fasse qu'il aime la France autant que je l'aime.
Troisi�me poste de guet, tout est calme.
Quatri�me poste de guet, tout est calme.
Cinqui�me poste de guet, tout est calme.
Bonjour.
Belle journ�e pour voyager.
Un peu sombre, peut-�tre.
Les routes sont tr�s enneig�es.
Cela nous mettra en app�tit pour le d�jeuner � T�tes.
Montons. Au moins, nous serons au chaud.
Je vous donne des chaufferettes pour ces dames.
C'est plus douillet qu'un mari !
Attendez !
Je vais � Cleresville. J'ai la permission des Allemands.
Comment l'avez-vous eue ?
Peu importe, je l'ai.
Ils ne sont pas regardants. Allons, pressons !
Y a-t-il des connaissances ?
J'aime bien savoir avec qui je voyage.
C'est la guerre, il y a des espions, des tra�tres, et m�me des voleurs.
Voulez-vous vous pr�senter ?
A vous l'honneur, monsieur.
Qui �tes-vous ?
Des gens respectables. Le comte et la comtesse de Br�ville.
Revenus : 500000 francs annuels.
Il est respectable.
Je peux vous pr�senter les autres. Voici monsieur Carr�-Lamadon,
fabricant de coton, propri�taire de trois filatures.
Au conseil g�n�ral, il s'oppose aux r�formes favorisant le peuple.
Je le connais.
Etes-vous un homme politique ?
J'ai combattu pour la France. Pouvez-vous en dire autant ?
Messieurs, c'est un long trajet,
point de querelles politiques entre Fran�ais.
Il y a toutes sortes de Fran�ais.
Je connais votre esp�ce, M. Loiseau.
Je sais qui vous �tes.
Vous vendez de la piquette au prix fort.
Vous allez au Havre pour que l'Etat fran�ais finance le vin
que vous vendez aux Allemands.
Je vends du bon vin.
A un prix raisonnable.
Qui �tes-vous ?
Pardon, mon p�re.
C'est vous, fripouille !
J'aurais d� m'en douter. Cornudet, le r�volutionnaire.
Le beau parleur des caf�s.
Il a dress� les barricades � Rouen et a d�tal� devant les Allemands.
Fripouille !
Au moins, la situation est claire, nous fuyons tous les Prussiens.
Moi, je ne fuis pas.
Je vais dans mon village de Cleresville.
On laisse voyager n'importe qui, de nos jours.
Avez-vous vu la mar�chale, r�cemment ?
J'�tais � sa r�ception.
Quelle belle soir�e !
Il y avait des fleurs sur la table.
Des roses blanches !
Rendez-vous compte !
Avez-vous lu les nouvelles ?
On dit que le gouvernement va d�valuer le franc.
Il n'agira pas sans l'accord du peuple.
Nous parlons d'argent,
la politique semble �tre votre seul m�tier.
J'ai d�j� envoy� 600000 francs en Angleterre.
Chez les riches, il n'y a ni blanchisseuses ni progressistes.
Londres devient la capitale de l'aristocratie fran�aise.
On devrait �tre � table depuis longtemps !
Mon estomac crie famine.
Pour un peu de jambon, je donnerais mille francs.
Loiseau !
Ne t'en fais pas, ma colombe. Personne n'en a � vendre.
J'aurais d� penser � prendre des provisions.
J'ai une id�e !
Faisons comme dans la chanson des naufrag�s.
Vous la connaissez ?
Ils mangent la personne la plus pauvre.
Encore ?
Mes chevaux ont besoin de repos.
Venez vous a�rer, mesdames. Les chevaux font une nouvelle halte.
Ma ch�re...
C'�tait la vill�giature de mon ami le baron Dumont.
Quelle piti� !
C'est un gros d�faut de la guerre.
Les arm�es ne respectent pas la propri�t�.
Plus d'un homme est mort au combat ici.
On ne trouvera rien � manger. Je n'ai pas vu un marchand de vin.
La guerre tue le commerce.
Les paysans n'ont plus de pain � vendre.
Ils sont ran�onn�s par les Prussiens.
Encore un essai, messieurs ?
Pr�ts, messieurs ?
C'est la faim qui fait b�iller.
Il y a des gens pr�voyants.
Si vous en voulez, servez-vous.
C'est si dur d'avoir faim.
�a ne se refuse pas.
Je n'en peux plus.
Dans ces moments-l�,
c'est bon de rencontrer des gens serviables.
Mon p�re, vous en voulez ?
Oui, s'il vous pla�t.
Je vous remercie.
Si le commerce et l'Eglise mangent,
la politique doit-elle mourir de faim ?
Vous en voulez ?
Sers-toi, elle en a plein.
Vas-y, la faim affaiblit.
Cela vous ennuie, jolie demoiselle, si j'en offre � mon �pouse ?
Permettez.
Je n'ai qu'un verre.
Ne vous tracassez pas. Nous le tournerons.
Quel bonheur !
Elle s'est �vanouie.
Ma ch�re !
Donnez-lui un peu de vin.
�a va aller, ma ch�re ?
Je me sens mieux.
C'est la faim, rien d'autre.
Si j'osais, je proposerais � ces messieurs dames...
Bien s�r !
Dans l'adversit�, nous sommes tous �gaux.
Acceptez, mesdames.
Nous acceptons avec gratitude.
Les Fran�ais savent manger.
Avez-vous vu les Allemands manger ?
Le g�n�ral von Kium a compar� les cr�pes Suzette au strudel.
Chez moi, ils n'avaient que le mot choucroute � la bouche.
Et vous ?
Avez-vous vu ce qu'ils mangent ?
Je ne mange pas avec les Allemands.
Vous �tes une patriote.
Nous le sommes tous.
Je n'ai jamais eu � d�ner avec les Allemands.
On n'a pas toujours le choix.
Si vous n'avez jamais eu affaire aux Allemands,
comment avez-vous pu quitter Rouen ?
Ils �taient soulag�s de me voir partir.
Vous ont-ils forc�e ?
Pourquoi ?
Je refusais de manger � leur table,
je refusais de laver leur linge.
Je ne faisais rien pour eux.
Quand je les voyais par la fen�tre,
ces porcs coiff�s de leurs casques � pointe,
je r�vais d'�tre un homme pour les combattre.
Ce n'�tait pas suffisant pour qu'ils souhaitent votre d�part.
J'ai aussi jet� des objets par la fen�tre.
Elle a raison.
Trop de gens les accueillent en amis.
A la blanchisserie, on dit
que les riches ont du mal � �tre patriotes.
Prenez ma chaufferette.
Merci, j'accepte volontiers.
Cette petite est plus qu'une patriote.
Elle est la providence.
C'est la liste des passagers.
Vous allez � Cleresville ?
On aura le temps de faire connaissance.
Bonsoir.
La derni�re �tait la blanchisseuse ?
Celle qui hait les Prussiens ?
Je ne sais pas.
Alors, vous aussi, vous �tes patriote ?
Fi, fi donc.
J'ai cru mourir de froid.
On reconna�t un bon cuisinier � l'odeur.
On va se r�galer.
On se r�gale toujours ici, monsieur. Et nous en sommes fiers.
Mlle Rousset est ici ?
C'est moi.
Le lieutenant von Eyrick souhaite vous parler.
A moi ?
Si vous �tes Mlle Rousset.
De quel droit ? Elle a un sauf-conduit.
Je refuse.
Vous avez tort.
Votre refus pourrait nous mettre tous dans l'embarras.
Ce ne sera rien. Une simple formalit�.
Vous devriez y aller.
Tr�s bien.
Si vous �tes tous d'accord, j'irai.
Pourquoi a-t-il choisi cette fille ? Elle n'a aucun tact.
C'est une vraie patriote.
Elle a d�j� eu des ennuis avec les Prussiens.
Messieurs, je vous en prie. Ce ne sera rien.
Un probl�me de passeport.
Dommage que cet uhlan ne soit pas fran�ais.
Il ferait un beau hussard, les femmes se l'arracheraient.
Ce Prussien !
Il est inhumain.
Ses amis lui ont donn� un surnom de femme.
"Mademoiselle Fifi" car il dit toujours "fi, fi donc".
Ce n'est pas un tendre, son plaisir est de se faire ob�ir.
Si on allait l'aider ?
Aider cette fille ? Elle sait se d�fendre.
Asseyez-vous, braves gens.
La soupe va refroidir.
Un litre de bordeaux.
Bien, monsieur.
R�flexion faite, je prendrai une bol�e de cidre.
Au d�tail, le vin est trop cher.
Mon p�re, voulez-vous dire le b�n�dicit� ?
Alors ?
Cela ne regarde que moi.
Ce n'est rien.
Alors, n'avais-je pas raison ?
Une simple irr�gularit�. Les Prussiens v�n�rent l'ordre.
Apr�s un bon d�ner et une bonne nuit, nous partirons � 8h demain.
Pr�venez le cocher.
O� sont les chevaux ?
Vous deviez atteler � 8h !
- Il y a eu contrordre. - Comment cela ?
L'officier prussien m'a dit de ne pas atteler.
Pourquoi ?
Aucune id�e. Demandez � Follenvie.
Moi, je ne fais qu'ob�ir aux ordres.
A lambiner ainsi, ce soir tu n'auras pas d�barrass� !
Qu'y a-t-il ?
Un instant, ma ch�re, je dois voir l'aubergiste.
Mme Follenvie, o� est votre mari ? Nous voulons le voir.
Je l'entends qui descend.
- Que se passe-t-il ? - C'est honteux !
Le lieutenant m'a ordonn� de ne pas laisser le cocher atteler.
Rien de plus.
- Pourquoi ? - Aucune id�e.
Il n'a pas le droit.
C'est lui qui commande ici. Je dois lui ob�ir.
Pr�sentez mes respects au comte.
Nous aimerions le voir.
- Quel genre d'homme est-il ? - C'est un Allemand.
Se peut-il qu'il veuille nous ran�onner ?
- Je n'ai pas lu dans ses pens�es. - Vous c�toyez assez d'hommes !
A-t-il l'air honorable ?
Je n'ai pas lu �a non plus.
On n'est jamais trop prudent.
Suivez-moi, messieurs.
Que voulez-vous ?
Poursuivre notre route.
Non.
Nous ignorons pourquoi vous nous retenez ici.
Pourquoi nous emp�chez-vous de voyager ?
C'est ainsi.
Votre g�n�ral nous a donn� la permission d'aller � Dieppe.
Moi, non.
C'est tout.
Sortez.
Alors, qu'a-t-il dit ?
Il refuse de nous laisser partir.
Mais pourquoi ?
Aucune id�e, sauf s'il veut nous ran�onner.
Il a peut-�tre des ordres de Rouen.
S'il veut de l'argent, j'ai une forte somme sur moi.
Qu'est-ce que j'avais dit ? J'ai bien fait de cacher mes bagues.
Billeves�e, c'est un officier, un homme d'honneur.
L'honneur appartient au pass�.
Tout le monde peut �tre officier.
Qu'allons-nous faire ? On ne peut s'�terniser ici.
Doit-on le payer ?
L'officier prussien demande si Mlle Rousset
a chang� d'avis.
Je vais le lui dire.
Lui avez-vous manqu� de respect ?
Ces filles ! Que lui avez-vous fait ?
Qu'entend-il par "changer d'avis" ?
Rien.
Comment �a, rien ?
Ce n'est rien d'�tre retenus dans une vilaine auberge,
et de subir tous ces d�sagr�ments et ce retard ?
Il veut d�ner avec moi.
Pourquoi refusez-vous ?
C'est un Prussien. Un ennemi.
Je ne d�ne pas avec l'ennemi.
Bravo.
Pourquoi veut-il d�ner avec vous ?
C'est tr�s logique.
Il sait que vous avez tous mang� � la table des Prussiens.
Sauf Mlle Rousset.
Il veut la rabaisser.
Ma ch�re, vous devez d�cliner l'invitation.
Je suis d'accord.
C'est impensable.
M. De Br�ville a raison.
Il insulte les femmes de France.
Il se comporte comme un barbare.
Mais combien de temps peut-il nous retenir ?
Il entendra bient�t raison.
A notre petite passag�re !
A cette cadence, vous ne serez jamais cardinal.
Vous n'aurez jamais le chapeau.
- Je veux �tre pr�tre. - Quel ennui !
La vie de pr�tre dans un village n'est jamais ennuyeuse.
On respecte le pr�tre.
Les enfants l'aiment et apprennent avec lui.
C'�tait ainsi dans mon village, nous aimions tous le p�re Moran.
Le p�re Moran ? C'est lui que je vais remplacer.
A Cleresville ?
Alors, vous serez mon pr�tre. Nous sommes d�j� amis.
Tout de m�me, le p�re Moran me manquera.
�a s'est su jusqu'� Rouen qu'il ne sonnait pas la cloche.
- La cloche ? - Celle de l'�glise.
Depuis l'arriv�e des Prussiens, elle n'a pas sonn�.
Elle ne sonne ni aux obs�ques, ni aux mariages, ni aux v�pres.
Notre cloche s'est tue.
Ils ne peuvent pas le forcer.
Je n'ai pas chang� d'avis.
Je ne changerai pas d'avis.
Qui est-ce ?
Jean Cornudet.
Attendez.
Je veux vous parler.
Pourquoi ?
On s'est vus toute la journ�e.
Cet apr�s-midi quand vous parliez avec l'abb� Chantavoine,
je me suis senti proche de la France et de son peuple.
C'est normal, nous sommes fran�ais.
Si nous pouvions tous l'�tre autant que vous !
C'est facile, il suffit d'�tre n� ici.
Non, cela ne suffit pas.
Il faut �tre comme vous, honn�te et douce.
On dirait mon p�re qui parle des pommes de Normandie.
Ne vous moquez pas de moi.
Je ne me moque pas de vous.
Je vous aime bien.
Petite sotte, o� est le mal ?
Il y a des moments o� ces choses sont d�plac�es.
Ici, ce serait une honte.
Pourquoi ?
Pourquoi ? Vous ne le voyez donc pas ?
Les Prussiens dorment sous ce toit.
Peut-�tre dans la pi�ce voisine.
Loiseau !
Que fais-tu donc ?
Rien, ma ch�re, je prends une bouff�e d'air frais.
A ton �ge ? Viens te coucher imm�diatement.
Oui, ma colombe.
Mes chers concitoyens, je vous en conjure,
si vous votez pour moi, vous aurez chaque jour des truffes,
du champagne � tous les repas,
et je chasserai les Prussiens d'un revers de la main.
Je ne parle pas comme �a.
Je vous ai entendu. Mais vous �tiez moins explicite.
Si �a continue, mes projets vont �chouer.
Je vous demande encore une fois
si vous avez chang� d'avis.
Qu'est-ce que �a lui co�te de d�ner avec lui ?
Cette attente me ruine.
C'est une question d'id�al patriotique.
Il faut faire quelque chose. C'est tr�s f�cheux.
Ne peut-on s'arranger avec l'officier ?
Nous pourrions partir en lui laissant Mlle Rousset.
On ne peut pas lui faire �a.
Nous devons partir.
Il y a certainement un moyen. Vous en conviendrez.
Je d�sire partir autant que vous.
Vous �tes encore vert...
Mon �pouse fait allusion aux myst�res du corridor.
De quoi diable voulez-vous parler ?
M. Follenvie ronflait.
Mon mari ne pouvait dormir, il a voulu prendre le frais.
C'est l� que je vous ai vu.
La jeune femme vous pla�t aussi.
"L'officier prussien est dans la pi�ce voisine."
Ne me dites pas que vous �tes jaloux.
Personnellement, je me fiche qu'elle d�ne avec l'officier...
Alors, pourquoi refuser ?
Discutons de cette affaire pos�ment.
Je suis pr�t � consid�rer l'int�r�t g�n�ral.
Il faut qu'elle comprenne
que nous devons partir d'ici.
Pr�sentons les choses ainsi.
Ce qu'il a cri� en recevant l'eau b�nite !
Il �tait rose comme un petit cochon.
Vous auriez d� venir, l'abb� m'a emmen� � un bapt�me.
Les parents �taient si gais.
Mlle Rousset, ma ch�re enfant.
Nous avons discut�
et sommes arriv�s � ces conclusions.
Nous allons vous en faire part.
Comprenez que parfois, la fin justifie les moyens.
Nous devons nous rendre � Dieppe aussi t�t que possible.
C'est capital.
Vous voulez que je change d'avis et que je d�ne avec le Prussien.
Ne changez pas d'avis, non.
Nous voulons que vous restiez fid�le � vos convictions et � vos id�aux.
On ne vous demande pas d'�tre sinc�re.
Mais vous voulez que je c�de.
En quelque sorte.
Nous sommes otages de votre id�e de l'honneur.
Ce sera tr�s divertissant pour vous de d�ner avec un officier,
un comte.
Hier encore, vous �tiez d'accord.
Vous disiez : "L'honneur de ce pays d�pend de votre refus".
Je ne veux pas.
Cet officier se vantera de ce d�ner � son retour chez lui.
Les beaut�s sont rares dans son pays.
Nous ne voulons pas p�tir de votre ent�tement.
Le comte et moi-m�me sommes des gens influents.
Ce n'est pas un voyage d'agr�ment.
En acceptant de faire ce petit sacrifice,
vous nous aiderez � faire un grand sacrifice pour la France.
Nous ne pouvons en dire plus.
Nous sommes vos amis.
Nous vous demandons juste
de renoncer � vos scrupules le temps d'un d�ner,
afin que nous puissions reprendre nos activit�s, qui sont vitales.
Ont-ils raison ?
Attendez.
Tout se passe bien.
Vous savez ce que font les oiseaux au printemps.
D'abord, ils gazouillent puis ils font leur petit nid.
Tout va bien.
Nous pourrons partir demain.
Magnifique !
Apportez du champagne, c'est ma tourn�e !
Loiseau !
Ne t'inqui�te pas, ma colombe. Il faut marquer le coup.
Allons, continue !
J'aime mieux �a.
Chante. Sois joyeuse.
Montre-moi l'esprit fran�ais.
Loiseau, il y a quatre bouteilles !
C'est parfait !
Laissez-moi les ouvrir.
J'ai le coup de main.
Ils boivent du champagne, l�-haut ?
Pas le m�me, mais il est bien assez bon.
Trop bon pour un Prussien.
Taisez-vous.
Elle a cess� de chanter. Vous voyez que je m'y connais.
Il a �t� jeune, jadis.
Tu n'es pas une oie blanche jamais sortie de son village.
Tu connais le moment fatidique o� le gar�on nous laisse seuls.
Approche.
C'est une caresse prussienne.
Je d�teste tout ce qui est prussien.
Ce n'est pas tout.
Viens.
Tes compagnons seraient d��us de ne pas avoir de chevaux demain.
Viens l�.
Et maintenant ?
Tu t'es pr�par�e au pire.
N'est-ce pas ?
Tu es r�solue � te sacrifier.
Je ne veux pas de toi.
Je veux juste te montrer que tu es oblig�e de nous ob�ir,
de faire ce qu'on te dit de faire.
Et que nous te m�prisons, toi et ton patriotisme.
Vous pouvez me m�priser d'�tre l�, mais pas d'�tre fran�aise.
Ce que je pense de toi importe peu.
Ce que tu dois penser de toi-m�me,
c'est �a qui compte.
Va-t'en.
Pense � ta conduite.
Au patriotisme qui t'a fait monter dans ma chambre.
Pr�te � tous les sacrifices.
Par amour pour ton pays. Pour la France.
Mes amis pourront partir ?
Et toi avec eux.
A la bonne heure ! A notre d�livrance !
Vous �tes d'humeur chagrine, citoyen.
Il est vert de rage !
Elle n'est pas �m�ch�e.
C'est juste le prix du champagne qui lui est mont� � la t�te.
Cette petite nous aurait retenus ici �ternellement
avec ses grands airs. Et maintenant...
Loiseau !
Prenez des provisions, la route est longue.
Non, je ne veux pas faire attendre les autres.
Bonjour.
Ma ch�re.
Il y a du vent, ce matin.
Bonjour.
Le lieutenant nous accompagne.
Il s'arr�te aux environs de Cleresville.
Vraiment ?
Bonjour, Elisabeth.
Venez vous asseoir.
Les routes sont d�gag�es apr�s Cleresville.
Vous voyagerez sans encombre.
On a pris assez de retard.
Vous connaissez mon amie, Mme Lutrelle ?
C'est une amie tr�s ch�re.
Une femme charmante !
Nous allons faire des profits colossaux.
Un rhume ?
Trop d'air frais.
J'ai faim.
Nous devrions manger aussi.
Certainement.
Faisons un pique-nique !
Ex cellente id�e. Permettez, madame.
Avez-vous faim ?
Je suis affam�.
Vous allez vous r�galer.
Servez-vous.
Tenez, messieurs.
Un peu de vin ?
Volontiers.
Mangez, c'est un long voyage.
Je n'ai pas faim.
Abb� Chantavoine.
Je vais descendre, je me rends au ch�teau d'Uville.
Avant, j'ai une chose � vous dire.
Savez-vous que la cloche ne sonne plus ?
Mlle Rousset me l'a dit.
Le silence rappelle trop la guerre.
Il faut y mettre bon ordre. Je veux qu'elle sonne.
Je ne suis pas encore cur� de Cleresville.
Je vous ferai part de ma d�cision.
Elisabeth !
Tante Marie !
Je suis si contente !
Mon p�re, voici ma tante.
Enchant�e, mon p�re.
Vous nous accompagnez ?
On ne regrettera pas cette mijaur�e !
C'est parce qu'il nous respecte que le lieutenant l'a choisie.
Nous serions encore � T�tes si elle ne n'avait pas c�d�.
Nous sommes arriv�s � nos fins.
Arr�tez-vous, cocher.
Qu'y a-t-il, Cornudet ? Vous descendez ici ?
Pourquoi ? Que ferez-vous donc � Cleresville ?
Ce que je ferai ?
J'irai voir Elisabeth pour implorer son pardon.
Son pardon ?
Nous avons bafou� son patriotisme pour notre int�r�t personnel.
Nous l'avons trahie.
Quant � vous...
Vous...
La France ne vous regrettera pas !
Les voil� !
Elles sourient aux Prussiens, elles leur font signe.
O� ont-elles la t�te ?
On s'ennuie dans ce village et la jeunesse n'est pas �ternelle.
Elle sont tr�s jeunes,
et n'oublie pas que certains soldats sont ici depuis six mois.
C'est tout naturel.
Je croyais que c'�tait diff�rent ici.
On m'a parl� de la cloche.
La cloche ! C'est une autre affaire.
Nous en sommes tous tr�s fiers.
Elisabeth.
Je ne vais plus � Dieppe.
J'ai dit aux autres que j'allais vous demander pardon.
A pr�sent, je ne sais plus quoi dire.
Il n'y a rien � dire.
Je sais le genre d'homme que vous �tes.
Je ne suis plus comme �a.
Vous ne changerez jamais.
Je vous ai �cout�, je vous ai cru.
Je vous ai pris pour un brave homme, un patriote, un combattant.
Mais vous n'�tes qu'un beau parleur.
En vous voyant pleurer,
je me suis ha� d'�tre l�che, tra�tre et �go�ste.
Je suis ici pour changer.
Pourquoi �tre venu ici ?
Pour vous. Pour la cloche.
La cloche n'a aucune importance.
Les gens mangent et boivent avec les Prussiens.
Et avec ce jeune pr�tre, la cloche sonnera � nouveau.
Alors, ils ont besoin de vous.
Le pr�tre a besoin de vous. Moi aussi.
M'avez-vous aid�e quand je me suis tourn�e vers vous ?
Moi aussi, je vais vous aider.
Allez-vous-en d'ici.
Fuyez avec les autres � Dieppe, au Havre, en Angleterre.
C'est ma mani�re de vous aider.
Veillez � ce que vos papiers soient renouvel�s chaque mois.
Vous pouvez y aller.
- Nom ? - Le lieutenant me conna�t.
Jetez un �il � ses papiers.
Que venez-vous faire ?
Je suis un ap�tre du silence.
C'est-�-dire ?
Il parle de la cloche.
Vous aiderez le jeune pr�tre ?
Il valait mieux aller � Dieppe.
Les cloches.
Un nouvel adversaire pour Fifi.
On ne gagne jamais � ce jeu-l� !
Sonnons-la, qu'on en finisse !
On gagne quand l'adversaire sonne la cloche.
On ne se bat pas contre une �glise.
Allez-vous-en.
Le capitaine t'a dit de partir.
A la prochaine patrouille, j'irai sonner la cloche moi-m�me.
Le p�re Moran m'a confi� la cloche, je ne le d�cevrai pas.
La cloche sonnera quand d�butera la lib�ration de la France.
L'un des officiers menace de recourir � la force.
Le p�re Moran m'a pr�venu,
un jeune homme avec un regard de fou.
S'il emploie la force, je n'aurai pas failli � ma parole.
Mais comment les paysans sauront-ils qu'on vous a forc� ?
Vous croiront-ils ? Vous �tes nouveau.
Je suis pr�tre. Je ne peux pas les combattre.
Prenez garde ou ils vous tueront.
Ils sont trop nombreux.
Ils me tueront mais la cloche restera muette.
Et le lendemain, un autre prendra ma place.
Et un autre apr�s lui, jusqu'� ce que l'ennemi s'en aille.
C'est �a, la r�sistance. C'est ce que le p�re Moran voulait.
Je prends le premier quart.
Dans un sens, je suis v�t�ran.
J'ai d�tal� � l'arriv�e des Allemands � Rouen.
Cette fois, je vais me surprendre en combattant.
Inspectons notre artillerie.
Le p�re Moran s'en servait pour tirer sur les li�vres.
Peut-on tuer un homme avec �a ?
Nous verrons.
Quand il ne neige pas, il pleut, dans ce satan� pays.
Et quand il ne pleut pas, l'eau remonte par le sol.
Que font les lieutenants ?
Comme d'habitude, Mlle Fifi construit une bombe.
Assez, tu vas faire sauter la baraque !
Non, vas-y. Faisons une belle explosion.
Je tiens � montrer mon amour pour l'art fran�ais.
Je veux juste d�truire les meubles pour faire de la place.
Fi, fi, donc.
�a ne peut plus continuer. Il faut trouver une occupation.
Oui, divertissons-nous. Si le major nous le permet.
A quoi pensez-vous ?
- Donnons une f�te, un souper. - Parfait.
Comme quand nous �tions � Berlin. Ce sera une soir�e gaie.
Vous perdez l'esprit.
Laissez faire le capitaine.
Un souper. O� trouvera-t-il des femmes ?
J'enverrai Le Devoir � Cleresville. Il est dou� pour les trouver.
Ce sont des paysannes !
Elles seront femmes du monde pour un soir.
Comment ?
A l'�tage, il y a une malle de robes du soir de la baronne.
Elle est partie un peu vite.
Confions-les � Le Devoir. Les filles s'habilleront.
On meurt d'ennui !
Tr�s bien, va pour le souper.
Merci. Descends les robes.
J'appelle Le Devoir.
Mais n'oubliez pas, de l'ordre et de la biens�ance.
C'est contraire au r�glement.
Bien s�r, major.
L'honneur du r�giment est en jeu.
Le Devoir, tu portes bien ton nom. Tu sais ce qu'est le devoir ?
Oui, capitaine.
Cette fois, il s'agit de trouver quatre jolies filles.
Voici les robes.
Dis-leur de mettre ces jolis atours.
Puis am�ne-les ici,
au souper le plus fin qu'ait donn� le 5e r�giment des uhlans.
Je m'acquitterai de mon devoir.
Ram�ne-les avant le d�ner. Quatre beaut�s.
Quatre ?
Vous serez en patrouille.
Trouves-en cinq, Le Devoir. Je rentrerai t�t.
Allez d�jeuner et ensuite au travail,
avant les r�jouissances de ce soir.
Buvons d'abord un verre.
Tenez.
A notre souper !
A notre souper !
Il ne manque qu'une chose pour que Cleresville soit un paradis.
Quoi donc ?
La cloche !
Un peu de patience !
Je suis las d'attendre.
Ce sera un souper fabuleux !
Du vin, des chansons et des femmes.
Nous allons bien nous amuser.
Mais toi,
tu ne verras pas �a !
Voil� pour toi. Sais-tu ce que disent mes chefs ?
De moi ? Mais ils ne me connaissent pas !
Ils t'ont remarqu�e !
H�l�ne.
Ne te trompe pas.
Le major est veuf. Et il se sent seul. Tr�s seul.
Amanda,
montre-nous tes jolies �paules et tes bras � croquer.
Y aura-t-il un bon souper ?
D�licieux !
Des truffes, du faisan. Et du champagne � flot.
Et en dessert ?
Des cr�pes Suzette.
Au travail ! Ce n'est pas l'heure du souper.
De quoi te m�les-tu ? Il ne t'a pas invit�e.
Mais je veux que tu viennes.
Pas elle, caporal, elle d�teste les Allemands.
On va souper au ch�teau avec les officiers.
Il faut que les jeunes s'amusent.
Et toi, tu vas y aller ?
Certainement pas.
A qui est cette chemise ?
Elle est au capitaine.
Et celle-ci ?
Au major.
Avant notre arriv�e, les ch�telains �taient vos meilleurs clients.
Madame ne confiait sa dentelle � personne d'autre.
Et si je portais notre linge � T�tes ?
Allez-y, on a d'autres clients.
Le pr�tre, le maire, l'avocat.
�a ferait du travail pour vous et votre tante,
mais qu'en serait-il des demoiselles ?
Elles partiraient.
Pour un souper, tu me ferais perdre ma place ?
Personne n'a dit �a, voyons !
Ma m�re ne peut plus travailler, j'ai une famille � nourrir.
Si je ne viens pas, vous enverrez le linge � T�tes ?
S'il te pla�t.
J'aurais d� m'en douter de la part d'un Prussien.
Tu acceptes ?
Attendez.
Le lieutenant von Eyrick est-il au ch�teau ?
Vous connaissez Mlle Fifi !
Ne vous faites aucun souci.
Il a quitt� le ch�teau.
Patrouille, halte.
La patrouille de l'apr�s-midi ne passe pas � l'�glise.
Aujourd'hui, si.
Emparez-vous de lui !
Ce que c'est beau !
Comme elles sont jolies ! Bienvenue, mesdames, entrez.
Je prends celle-l�.
Pas si vite, c'est moi qui r�gle ces probl�mes.
De l'ordre et de la courtoisie. Entrez, mesdemoiselles.
Entrez, ne soyez pas timides. Vous aussi.
Alignez-vous par ordre de taille. La plus grande ici.
Puis la suivante.
Vous.
Puis vous. Allons, n'ayez pas peur.
Et pour finir, la plus petite de toutes.
Quel est votre nom ?
Pam�la.
La num�ro un, nomm�e Pam�la, est adjug�e au major.
Elle est charmante !
Et vous �tes mienne.
Et vous �tes � moi.
Quant � vous, votre taille vous dessert.
Vous vous contenterez d'un sous-lieutenant.
Inutile de nous pr�senter.
Cette dame et moi avons d�j� d�n� ensemble.
Tant mieux, rien de tel que de se retrouver entre amis.
Et vous, soyez patiente.
Vous �tes la plus petite et votre officier est en patrouille.
- Pouvons-nous souper ? - Bien s�r.
Un instant.
Musique !
Ce souper �tait vraiment une ex cellente id�e.
Merci, major.
Effor�ons-nous de recr�er la magie de notre premier d�ner.
Qui est l� ?
Cornudet.
Qui �a ?
Un ami d'Elisabeth.
Je veux la voir.
Elle n'est pas l�.
Vous �tes le fuyard !
Oui.
Ne restez pas ici. Les uhlans vous cherchent partout.
O� est Elisabeth ?
Au ch�teau.
Au ch�teau ? Puis-je la voir l�-bas ?
Non, elle d�ne avec les officiers.
Avec les Allemands ? Elle ne ferait pas �a.
Que voulez-vous donc qu'elle fasse ?
Qu'elle se batte seule contre eux ?
Je venais lui dire qu'elle n'�tait plus seule.
Je veux qu'elle le sache. O� est le ch�teau ?
Il y a des patrouilles partout.
Indiquez-moi le chemin.
O� est mon officier ?
Rien ne m'y oblige.
Cette fois, personne n'attend en bas pour partir � Dieppe.
Alors, tu n'as pas oubli�...
Regardez !
Les amoureux !
A la sant� de nos dames !
A nos victoires sur les c�urs !
A nos victoires sur la France.
Vous n'oseriez pas le dire devant certains Fran�ais.
Parle-moi de tes h�ros. �a m'int�resse.
Qui sont-ils ?
Les gens de la diligence ? Le vaillant Cornudet ?
Ou peut-�tre l'h�ro�que arm�e fran�aise ?
R�fl�chis.
Serions-nous l� si l'arm�e avait �t� vaillante ?
La France et les Fran�ais.
Leurs for�ts, leurs champs, leurs maisons sont � nous.
Vive la Prusse !
Et les femmes sont � nous.
C'est un mensonge.
Alors, que fais-tu ici ?
Et que font-elles ici ?
Si j'�tais une vraie Fran�aise, je ne serais pas l�.
Je suis tout juste bonne pour les Prussiens.
Comment va-t-il ?
Il est mort, je crois.
Messieurs !
Lieutenant von Grossling, ordonnez qu'on pende cette fille.
A vos ordres.
Patrouille, halte.
La porte est ferm�e.
Vous aviez raison. Je ne suis qu'un beau parleur.
Je vous ai encore d��ue.
Vous ne m'avez pas d��ue.
Je n'ai pas peur.
Et m�me...
Je suis heureuse.
C'est peut-�tre le moment le plus beau de ma vie.
Oui, c'est �a.
J'en suis certaine.
Quand le cort�ge fun�bre passera devant l'�glise,
je veux que vous sonniez le glas, comme le veut l'usage.
Entendu, je sonnerai le glas.
A pr�sent, puis-je partir ?
Ce jeune pr�tre ne fera aucune difficult�.
Le vieux pr�tre savait tenir t�te aux vainqueurs.
Sommes-nous les vainqueurs ?
Fifi �tait-il un fier conqu�rant dans ce pays de femmelettes,
o� affubl� d'un surnom de femme, il fut tu� par une femme ?
Que vaut une telle victoire ? Que peut-on en tirer ?
Au moins,
ils vont sonner la cloche.
Oui, je vais la sonner.
Pourquoi ?
La lib�ration de la France a �t� commenc�e par une Fran�aise.
Le cort�ge fun�bre va passer, il faut vous cacher.
Ensuite, ils ne viendront plus au beffroi.
Vous y serez en s�curit�.
Tous les deux.
Pas moi, mon p�re.
Je ne veux plus me cacher.
D�s que possible, je partirai d'ici.
J'irai rejoindre les combattants dans les environs de T�tes.
Quand nous aurons repouss� les Allemands hors de nos fronti�res,
je reviendrai.
Veillez sur elle, mon p�re.
Traduction : Isabelle Audinot
Sous-titrage vid�o : C. M.C.
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