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Original subtitles

PAPA LONGUES JAMBES

Pendleton House, galerie d'art Ouverte au public sur invitation

Voici maintenant une œuvre de Renoir.

Ce portrait de la fille du marquis de Malineaux a été réalisé en 1894.

Renoir est réputé pour ses portraits d'enfants,

mais celui-ci est un des plus beaux.

Passons maintenant au Corot.

Toute la virtuosité de l'artiste est contenue dans ce feuillage.

Notez la richesse des marrons et des jaunes.

Cette œuvre est emblématique du talent de Corot.

Je vous propose de terminer

par les portraits de la famille Pendleton.

Voici un portrait de Jervis Pendleton Ier

par James Abbott McNeill Whistler.

Jervis Pendleton II, quant à lui, a posé pour John Singer Sargent,

dont les œuvres figurent dans les musées les plus prestigieux.

Madame, puis-je vous prier de bien vouloir rester avec nous ?

Naturellement.

Mais pouvez-vous me dire ce qui se cache dans cette pièce ?

Cette pièce est occupée par Jervis Pendleton III

qui, comme vous pouvez le voir,

a quelque peu rompu avec la tradition familiale.

Griggs, j'écoute ?

Ballman Brothers, 99.

Dexter Chemicals, 35. Un instant.

- Bien. Achetez. - De chaque ?

M. Pendleton accepte vos deux offres.

Griggs, j'écoute ?

L'enfant du pays, 600 mètres en 34 secondes et 4 dixièmes.

Un instant.

Votre cheval.

M. Pendleton mise deux dollars et joue 1er, 2e, 3e.

Griggs, j'écoute ?

Je m'en occupe immédiatement. Je vous rappelle.

Avez-vous pris une décision concernant...

Oh non...

Griggs, vous n'avez pas le droit.

Le département d’État veut...

Le département d’État veut vous parler.

Je m'en fiche. Vous avez tout gâché.

Partez-vous en France dans le cadre de la mission économique ?

J'avais rarement été aussi inspiré.

Comment un homme qui est à la tête de 34 compagnies

peut-il passer ses journées seul à taper sur des tam-tams ?

Seul ? J'ai l'une des meilleures discothèques du pays.

Je joue avec les plus grands orchestres.

Quand mon père se levait à 6 h

pour dresser des pigeons voyageurs qui ne revenaient pas,

vous rameniez moins votre fraise.

C'était sa passion !

Oui, la seule chose qui le bottait. Retournez la galette.

Pardon ?

Le disque. Retournez-le.

Il faut que vous donniez une réponse.

La mission part demain soir...

Je suis conscient du marasme économique qui touche la France.

La production stagne,

les mines tournent au ralenti, la consommation d'électricité baisse

et l'agriculture est à la traîne alors que c'est la 1re d'Europe.

Soyez gentil de changer de face.

Autre chose ?

Asseyez-vous et ouvrez vos oreilles.

Griggs, mon affection pour vous N'a d'égale que mon estime

Aussi ai-je décidé de vous enseigner

Ce que les jazzmen appellent le swing

Une anthologie complète Des tam-tams aux claquettes

Alors ?

Que dois-je répondre au département d’État ?

Que nous partons, naturellement.

- Vous avez dit "nous" ? - En effet.

Tout le monde sait que vous prenez toutes les décisions à ma place.

Tout le monde sauf moi.

Mettez encore un peu de gravier.

Glissez la perche sous la roue. Passez-moi quelques branches.

- Puis-je faire une suggestion ? - M. Pendleton !

M. Bronson est notre expert ès tracteurs et machines agricoles.

Si quelqu'un peut nous tirer de là, c'est lui.

Merci de votre confiance. Nous sommes prêts.

Tout le monde derrière la voiture et on pousse !

Plus fort !

Il semble que nous ayons enfin touché la terre ferme.

A mon avis, il y a du pétrole pas loin. Je vous laisse ma part.

Ça vous ennuie si je pars

à la recherche d'un endroit d'où je puisse téléphoner ?

J'en étais sûr.

Ouvrez notre dernière bouteille de cognac. Ça leur fera du bien.

Pas vrai, Mme Carrington ?

Comment le président a-t-il pu

proposer à cet hurluberlu de faire partie de la commission ?

Aujourd'hui, on parle seulement anglais.

En échange, vous avez le droit de manger ce que vous voulez.

- Marie. - Du soda à la crème glacée.

Et un soda à la crème glacée, un !

- Paul. - Un hamburjer.

"Burger".

Un hamburger avec de la sauce au chocolat.

S'il te plaît, Julie.

Un hamburger avec de la sauce au chocolat et trois oignons.

Du chewing-gum.

Un Américain ? Enchantée, M. Pendleton.

Je suis Mme Savanne.

Ouf, sauvé : vous parlez anglais. Avez-vous un téléphone ?

Un téléphone ? Non, monsieur. Pourquoi cette question ?

Je voyage avec un groupe de gens. Notre auto est tombée dans un fossé.

Il n'y a pas de blessés, mais l'auto est immobilisée.

Y a-t-il un garage dans les environs ?

Pour qui ?

La seule auto à des kilomètres à la ronde est celle du jardinier.

Votre jardinier est motorisé ? Fabuleux !

Son automobile date de la guerre.

Une Jeep ?

Non, pas cette guerre-là. Celle d'avant.

Ce serait toujours mieux que rien. Je le dédommagerais.

Je vais demander au jardinier de la pousser jusqu'au perron.

- De la pousser ? - Pour la démarrer.

Après, elle marche tant bien que mal.

Je l'ai observée tout à l'heure.

Elle a le chic pour s'occuper des enfants.

Parce qu'elle est des leurs.

C'est moi qui l'ai trouvée et qui lui ai donné un prénom.

Cela fait 18 ans qu'elle vit ici.

Mais ce n'est pas ça qui sortira votre auto du fossé.

Je vais chercher le jardinier.

"Chat" s'écrit c-h-a-t

"Rat" s'écrit r-a-t

Si le chat peut attraper le rat

Le rat ne peut pas attraper le chat

"Elle" s'écrit e-l-l-e

"Poil" s'écrit p-o-i-l

Caressez son poil et écoutez

Ses r-o-n-r-o-n-s

Voyez-vous la vache ?

Elle rumine de l'herbe

Elle rumine de l'herbe pour fabriquer...

J'ai parlé au jardinier.

Oui.

Certaines personnes ont la faculté

de rendre la vie merveilleusement douce.

Dommage. Ne vous méprenez pas. Je trouve cet endroit fabuleux...

Ne vous excusez pas.

Je connais bien mon métier, Julie encore mieux que moi.

- Julie qui ? - Julie André.

Mais rester toute sa vie enfermée ici...

Jolie comme elle est, on doit la courtiser.

Et comment ! On a déjà un fermier veuf sur les rangs.

Celui à qui on achète nos œufs.

La dernière fois, il nous a fait don d'une douzaine.

Je suis très partagée.

D'un côté, nous avons besoin d’œufs, mais de l'autre...

Il vous a aussi donné des mouchoirs ?

Vous parlez du tissu vichy ?

Il y a quelque temps, on nous a annoncé l'envoi de 1800 m de tissu.

Nous étions folles de joie.

Jusqu'à ce qu'on reçoive la marchandise.

1800 m de tissu vichy bleu et blanc.

Si seulement les œuvres de bienfaisance

étaient moins anonymes, moins...

- Bleues et blanches. - Exactement.

- L'automobile est là. - Je l'avais presque oubliée !

Méfiez-vous, cette auto n'en fait qu'à sa tête.

Mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de monter à bord.

AMBASSADE AMERICAINE ÉTATS-UNIS D'AMERIQUE

Bonjour, Alec.

Cessez de jouer les ambassadeurs. Répondez à ma question.

Comment adopter une petite Française ?

Vous avez atterri dans un orphelinat, épuisé,

après être resté coincé 15 jours avec les mêmes personnes.

En voyant ces visages radieux,

vous vous êtes emballé.

De là à emboutir ma Cadillac avec ce vieux tacot...

Il fallait bien que je m'arrête. Les freins avaient lâché.

Mais revenons à mon affaire. Comment dois-je procéder ?

On n'a pas le droit d'aller de pays en pays pour adopter des enfants.

En l'espèce, il s'agit d'un seul pays et d'une seule enfant.

Cessez vos atermoiements, au boulot.

Nous pouvons toujours essayer.

Essayer ?

Ne me dites pas que l'ambassadeur des Etats-Unis ne peut pas...

Quel est le nom de l'orphelinat ?

Jeanne d'Arc. Il est situé près de Soissons.

- Et comment s'appelle l'enfant ? - Julie André.

- Vous connaissez son âge ? - Oui. 18 ans.

Vous reprendrez bien un martini ?

Nous n'arriverons à rien si vous vous comportez de la sorte.

Elle n'a pas une amie ?

Cette fille est pleine de vie.

Je veux la ramener en Amérique et faire son éducation.

Vous ne songez tout de même pas à adopter une fille de 18 ans...

Ce que vous me demandez de faire a un nom.

Votre attitude aussi : l'étroitesse d'esprit.

Il suffit de très peu de choses pour être renvoyé du département d’État.

Mes raisons sont aussi pures que...

Si la presse l'apprend, il est à craindre

que ces messieurs y verront des raisons

fort éloignées de la pureté qui guide les vôtres.

Merci, Griggs.

Vous n'avez pas tort.

Agissons anonymement,

comme les fonds qui financent les bourses d'études.

Il n'y aura aucun contact entre cette fille et moi.

La fondation Pendleton accorde des bourses aux jeunes Américains.

Pourquoi ne pas en faire profiter cette fille ? Hein ?

- Je n'y vois aucun inconvénient. - Alors ?

Dans ce cas, il s'agit plus d'un parrainage que d'une adoption.

Soit.

Mais vous ne pouvez l'envoyer à l'université

sans savoir si elle est qualifiée.

De quelle université pour jeunes filles

suis-je administrateur ?

Walston, dans le Massachusetts.

Et si son dossier n'était pas accepté ?

A combien se monte notre contribution ?

Une somme rondelette.

La voici donc inscrite en 1re année

à l'université Walston du Massachusetts.

Tenez, écrivez. Où en étions-nous ?

18 ans.

Ce n'est pas une plaisanterie. C'est véridique.

Voici un courrier de l'ambassadeur des Etats-Unis.

Ton nom est marqué dessus.

Tu vas partir faire des études en Amérique.

- Mais... comment ? - En avion.

Tout a été arrangé et payé d'avance.

Le voyage, les cours, les vêtements...

- Et les repas ? - Oui ! Tout ce que tu voudras.

J'aurai même droit à des hamburgers ?

- Des crèmes glacées ? - Trois fois par jour.

J'en enverrai aux enfants.

Avec des photos montrant des cow-boys et des Indiens.

Là où tu vas, je doute qu'il y ait des cow-boys.

Des Indiens, à la rigueur.

Ce n'est pas possible !

J'ai l'impression d'être dans un rêve.

Qui est mon bienfaiteur ? Où est-il ?

Il souhaite rester anonyme.

Mais pourquoi ? Je veux le remercier, moi !

Il n'attend aucun remerciement de ta part.

Son seul souhait est

que tu lui écrives une fois par mois comme on écrit à son père,

pour lui raconter les progrès que tu fais à l'école. Voici l'adresse.

"M. John Smith,

boîte postale 3642, New York."

C'est écrit là.

Bien entendu, M. John Smith n'est pas son vrai nom.

Alors, ce n'est pas une blague ?

Ça arrive pour de vrai ?

Ce courrier est on ne peut plus sérieux.

Monte te coucher, Julie.

N'oublie pas d'adresser une jolie prière de remerciement au bon Dieu.

- Qu'est-ce qu'elle est belle ! - C'est une américaine.

Non, une italienne.

C'est une Cadillac. J'en ai vu une au cinéma.

Qu'est-ce que vous fabriquez ?

Regardez, une américaine. Le monsieur a parlé à Emile.

Où ça ?

- Vous avez vu son visage ? - Oui.

Quelle tête avait-il ?

- Etait-il vieux ? - Très vieux.

- Vieux comment ? - Plus vieux que lui.

- Comment étaient ses cheveux ? - Il n'en avait pas.

- Il était chauve ? - Il portait un chapeau.

On a juste vu une ombre.

Il était très mince et très grand. Avec de très longues jambes.

Un papa faucheux, quoi.

- Un papa faucheux ! - Oui, un papa faucheux.

Allez, tout le monde au lit, vite. Ne réveillez pas vos camarades.

Papa faucheux !

UNIVERSITE WALSTON

RESIDENCE UNIVERSITAIRE BEECHER

Ça fait un dollar et 50 cents.

Gardez la monnaie.

Merci.

Salut !

L'entrée est sous le porche, petite.

A un de ces quatre.

- Tu es une bizute ? - Pardon ?

Tu es en première année ?

Oui. En première année.

Alors, tu dois être la Française, Julie André.

On vous a parlé de moi ?

J'ai le nom de toutes les nouvelles sur ma liste. Pat Withers, licence.

Bienvenue à Walston.

Merci.

Tu occupes la chambre 205, avec Linda Pendleton et Sally McBride.

Premier étage, à gauche au bout du couloir.

Merci, Mlle Licence.

Une bleue !

Une bleue ! Musique, Martha.

Bienvenue, la bleue Efface-moi ce sourire

Et ne parle que quand on t'y autorise

Tu es une bleue

Et comme toutes les bleues

Tu en verras de toutes les couleurs

Sèche tes larmes, mouche ton nez Lève-toi et salue tes aînées

Remue-toi, banane Cache là-dessous tes oreilles d'âne

Rentre le ventre, bombe la poitrine Pourquoi cette moue chagrine ?

Ici toutes les filles, vois-tu Sont les bienvenues

Bienvenue, la bleue

Tu es une bleue et les bleues

En voient de toutes les couleurs

Je suis Sally McBride. Voici Linda Pendleton.

Je m'appelle Julie André.

On t'attendait. On espère récolter des A en français grâce à toi.

Je t'aiderais volontiers, mais en anglais, je suis zéro.

Une vraie bille.

- Une bille ? - C'est une image.

J'ai un frère à Harvard qui est bath.

Tu as tout intérêt à m'aider.

Et Linda aussi. Sa famille, c'est la crème de la crème.

Dès qu'on a besoin d'un nouvel amphi, on appelle son oncle.

Quelle pipelette ! As-tu réussi à comprendre quelque chose ?

J'ai compris la plupart des mots, mais pour ce qui est du sens...

- C'est bien ce que je pensais. - Tu t'y feras.

Cela t'ennuierait d'être toute seule dans une chambre ?

Si ça m'ennuierait d'être toute seule ?

Non, pas du tout.

Bien. C'est réglé. Où est ta malle ?

- Je ne sais pas. - Tu n'as pas de bagages ?

Si. Toutes mes affaires sont là-dedans.

Mademoiselle aime voyager léger.

Ne me dis pas que tu n'as que ça à te mettre sur le dos !

Je ne sais pas.

Entrez.

- Mlle Julie André ? - C'est moi.

J'ai deux malles pour vous.

Je n'avais jamais vu une malle de cette taille !

- Mlle André ? - Oui ?

Vous pouvez me signer le reçu ?

Je croyais que tu n'avais pas de malles.

Et que tu aimais voyager léger.

- Deux malles, tu te rends compte ? - Merci.

Tu ne les ouvres pas ?

Si.

Dépêche-toi.

- Elles sont fermées. - Évidemment ! Où sont les clés ?

J'en ai assez de dire que je ne sais pas, mais je ne sais pas.

Utilisons ma lime à ongles.

Elle a bien ouvert le journal intime de ma sœur.

Julie ? On m'a remis ceci pour toi. Courrier exprès.

Ne compte pas sur moi pour monter à chaque fois.

Les clés ! Ce sont sûrement les clés.

- Les voilà ! - Vite.

Je sens que je vais devenir la fille la plus élégante du campus.

Mon Dieu ! Regarde-moi ça !

Vous devriez jeter un œil aux étiquettes.

- Cela vient de mon tuteur. - Ton tuteur, tu es sûre ?

C'est une des rares choses que je sais.

Cela n'en finit plus.

- Montre. - Magnifique !

Moi, je veux celle-là.

- Je reviens. - Qu'en penses-tu ? Ravissant, non ?

Il suffirait que je perde 2 kilos...

- Celle-ci est faite pour moi. - Magnifique.

Comment a-t-il su que j'avais les yeux bleus ?

Je t'organise un rendez-vous avec mon frère

si tu me prêtes cette robe.

Tu es chou ! Marché conclu.

Il y en a d'autres.

Je n'en avais jamais vu autant d'un coup.

Sally, tu y crois, toi, à cette histoire de tuteur ?

Je me fiche de ses intentions. Ce type a un goût exquis.

J'arrive !

Vous avez devant vous l'étudiante américaine type !

"Cher papa faucheux, ou peut-être devrais-je dire :

'Cher bienfaiteur qui envoie des orphelines à l'université.'

"Hier matin,

j'étais en France,

et ce soir,

je m'apprête à dormir dans le...

Mass-a-ch...

à Walston."

"Ça fait drôle d'écrire à quelqu'un qu'on ne connaît pas.

Surtout quand on n'a jamais écrit de lettre de sa vie.

Je n'avais jamais eu personne à qui écrire.

Mais aujourd'hui j'appar..."

"Aujourd'hui j'appartiens à quelqu'un,

et c'est une sensation très agréable.

Je tâcherai de vous rendre fier de moi.

Bien à vous,

Julie."

Dois-je remettre ceci à M. Pendleton ?

Non, Mlle Prichard.

Ouvrez un nouveau dossier au nom de Julie André.

Bien, M. Griggs.

Cher papa faucheux

RENSEIGNEMENTS

Urgent - M. John Smith B.P. 3642, New York

"Cher papa faucheux,

je doute que cela vous intéresse, mais j'ai gagné deux places.

Je suis désormais 12e de ma classe.

J'ai B+ de moyenne."

Griggs, j'écoute ? Oui.

Vraiment ?

Un instant.

Oui, Griggs.

- J'ai votre belle-sœur en ligne. - Dites que je suis parti en Alaska.

C'est la 5e fois qu'elle appelle.

C'est au sujet de votre maison de Murray Bay.

Elle va y passer l'été avec Linda

et aimerait que vous la redécoriez dans le style provençal.

Elle me demande de redécorer ma maison

afin que Madame y passe ses vacances ?

Pour Gertrude, cela tombe sous le sens.

Dites à ma chère belle-sœur qu'elle peut aller...

Dites à Mme Pendleton que M. Pendleton

lui prête sa maison avec grand plaisir.

Il est d'avis que le style provençal serait on ne peut plus adapté.

Il se demande même pourquoi il n'y a pas pensé plus tôt.

Où en étais-je ?

"J'ai B+ de moyenne."

- Pardon ? - La lettre de Julie André.

- Rangez-la dans le dossier. - Vous ne l'avez même pas terminée !

"Je me demande bien pourquoi je m'obstine à écrire à une chose.

Vous ne répondez pas à mes lettres. Ce que je fais vous indiffère.

Jamais un éloge, jamais un reproche.

Vous n'êtes pas un père, mais une machine.

Je me plais bien ici. Je vous dois tout.

Mais écrivez-moi au moins une fois.

Pas bien à vous,

Julie."

Rangez-la.

Cette pauvre enfant va donc devoir attendre toute sa vie ?

Bon, bon...

"Chère Mlle André,

nous avons bien reçu votre lettre. Nous ferons part de vos progrès

à M. Smith qui en sera ravi. Salutations distinguées."

Je suis certaine que ce ton chaleureux lui ira droit au cœur.

Comme si j'écrivais souvent à des gamines !

Déchirez ma lettre et rangez la sienne.

Bien, M. Griggs.

Un être humain n'est pas une société.

Un être humain est fait de chair et de sang.

Un être humain ressent des choses !

Diapositive 3 : je n'aime pas le mot "charter".

Air Pendleton vaut mieux que ça.

Il faut trouver autre chose.

Un être humain n'est pas une société.

Ah oui ? Sinon, j'avais pensé à "avion de ligne". Vous aimez ?

Un être humain ressent des choses. Il faut en tenir compte.

Joli programme.

Vous l'avez traitée d'une manière indigne.

C'est un monstre.

A croire que mon frère est mort pour lui échapper.

Je ne parle pas de votre belle-sœur, mais de Julie André.

J'en étais sûr !

- Oui, monsieur ? - Apportez-moi le dossier.

Quel dossier ?

Celui qui a baigné dans vos larmes.

"Le dossier baigné de larmes".

Ça pourrait faire un tube. Que se passe-t-il, enfin ?

Justement, rien ! Et c'est de votre faute.

Il y a deux ans, vous avez décidé sur un coup de tête,

contre l'avis de l'ambassadeur et de votre humble serviteur,

de sortir une jeune fille d'un orphelinat français

et de l'expédier à l'université.

Cette Julie André-là !

Elle s'est fait virer ? Comment avez-vous pu laisser faire ça ?

Elle n'a pas été virée. Elle est 12e de sa classe.

C'est une fille adorable, sensible, le genre d'enfant dont on est fier.

Or personne ne se préoccupe d'elle le moins du monde.

Merci.

J'ai cru qu'il y avait un bébé à l'intérieur. A quoi joue-t-elle ?

Ça fait deux ans que cette pauvre petite s'épanche dans des lettres

auxquelles vous n'avez jamais daigné répondre.

Vous ne les avez même pas lues !

C'était convenu ainsi. Je devais rester anonyme. Alec a bien insisté.

Vous auriez pu demander de ses nouvelles,

faire preuve d'humanité.

J'ai compris... Vous êtes amoureux d'elle, c'est ça ?

Non, c'est bien pire que cela.

- Elle est amoureuse de vous. - Quoi ?

Sachez que vous avez été un tuteur très attentionné.

Grâce à vous, elle a passé l'été en Nouvelle-Écosse.

Bien qu'elle croie que c'est grâce à Linda.

Votre nièce. La fille de Gertrude.

Celle que vous n'avez pas vue depuis sa naissance.

Ah oui. Cet horrible bébé.

Elle a changé et partage la chambre de Julie.

Qui les a mises ensemble ?

Vous.

C'était le seul moyen d'organiser les vacances de Mlle André

sans faire jaser.

A Noël, vous lui avez fait un beau cadeau.

Quel genre de cadeau ?

Trois pyjamas en soie.

C'est Mlle Prichard qui les a choisis.

Mlle André vous est très reconnaissante.

Elle vous est totalement dévouée.

Elle vous appelle son "cher papa faucheux".

Son cher papa quoi ?

Ça a un rapport avec votre ombre,

une histoire de faucheux ou je ne sais quoi.

- Vous devriez lire ses lettres. - Je suis de votre avis.

"Cher papa faucheux."

Elle est du genre prolifique.

Dites à Mlle Prichard de ne me transmettre aucun appel

jusqu'à nouvel ordre.

Cher papa faucheux,

vous n'avez pas répondu à mes questions.

Or Dieu sait si elles étaient importantes.

Êtes-vous complètement chauve ?

Ou juste un petit peu ?

Êtes-vous très vieux ? Ou juste un petit peu ?

Oh et puis non, ne répondez pas. Comme si vous en aviez l'intention !

J'aime autant ne rien savoir de vous, c'est plus rigolo.

Comme ça, je peux imaginer ce que je veux.

Au fond, vous pourriez être n'importe quoi.

Parfois, je vous imagine sous les traits d'un millionnaire texan.

Exactement.

Même que vous êtes si riche

qu'au Trésor, il y a un service spécial

créé juste pour vous.

UN MILLION DE DOLLARS PAYABLE AU PORTEUR

Au Texas, les étoiles brillent

Au Texas, les gens sont gentils

Tout le monde chante cet air fameux

Papa, papa tu as des jambes de faucheux

Non, ça ne va pas.

Vous devez plutôt être

une sorte de play-boy de renommée internationale.

Non !

Je ne vous aime pas en play-boy.

Je préfère imaginer que vous êtes mon ange gardien.

Je me sens un peu perdue dans tout ça.

J'aimerais connaître votre véritable identité,

qu'un jour vous m'écriviez pour me la révéler.

Bien à vous, Julie la solitaire.

- Appelez ma belle-sœur. - Qui ?

Ma belle-sœur, Gertrude Pendleton.

Bonjour, Gertrude. Comment va Linda ?

Qui est à l'appareil ?

C'est impossible. Vous avez bu.

Je n'ai pas bu une goutte.

Je voulais des nouvelles de ma nièce.

Elle se plaît à l'université ?

Votre attitude me laisse pantoise.

Linda a 20 ans.

Cela fait 19 ans et demi que vous ne l'avez pas vue.

Vous avez raison. Je suis le pire des oncles. Désolé.

Si nous allions lui rendre visite ?

C'est ridicule. Il suffisait d'écrire à Julie.

Voulez-vous vous taire ? Non, pas vous Gertrude.

On m'a collé un appareil qui produit de drôles de bruits.

Le bal du printemps ? Samedi ?

Avec plaisir.

Parfait. Nous ferons le trajet ensemble.

Merveilleux. A samedi. Au revoir.

Vous ne pouvez pas aller là-bas et révéler votre identité.

Vous aviez promis à Alec !

Comme vous y allez.

Je ne compte pas révéler mon identité.

Je vais rendre visite à ma nièce

et en profiter pour voir ma protégée.

Mme Gertrude Pendleton vous demande.

Passez-la-moi.

Oui, Gertie ?

C'est bien à moi que vous avez parlé.

Linda n'a qu'un seul oncle Jervis.

BIENVENUE AU BAL DU PRINTEMPS

Je vous en prie, Jervis, pas d’œillades.

Je regarde, c'est tout.

N'oubliez pas qu'elles sont très jeunes.

Le temps n'a aucune prise sur vous, votre charme est resté intact.

J'ignore ce que vous avez derrière la tête, mais...

Voici Linda.

Pardonneras-tu un jour ton vieil oncle ?

- Cette jeune femme n'est pas Linda. - Navré.

Vous n'avez rien à faire ici.

Ma chérie, tu as probablement oublié ton oncle Jervis,

mais rassure-toi, lui aussi.

Bonjour, oncle Jervis.

Quel idiot j'ai été de ne pas venir plus souvent. Tu es ravissante.

Merci.

Je crois que j'ai eu raison.

De te faire faire un carnet de bal.

Bonne idée.

Va te placer sous tes initiales,

on t'appellera comme une vulgaire valise.

Une valise usée aux entournures.

Aurai-je le plaisir de danser avec ta mère ?

- Ça ne m'est pas venu à l'esprit. - Quel dommage.

Bien, en piste.

Allez, McBride, sois sympa !

J'ai déjà renoncé à une danse au profit d'un type, ça suffit.

- Excusez-moi, professeur. - Ce n'est pas grave.

En revanche, je ne suis pas... professeur.

- M. McBride ? - Oui, Mlle André ?

C'est à nous.

- Vous permettez, professeur ? - Je ne suis pas prof...

Oncle Jervis ? Sally McBride, la camarade de chambre de Linda.

Je croyais que c'était...

La vision de rêve qui danse avec mon frère ?

C'est Julie André, la 3e camarade de chambre.

Je vois.

On se lance ?

Si c'est trop jazzy pour vous, attendons la suivante.

- Je ferai de mon mieux. - Parfait.

Je sais faire le pas de deux.

Vous vous en sortez très bien.

Ces cours de danse m'auront au moins servi à quelque chose.

J'ai même dansé sur des rythmes espagnols.

M. McBride a l'air très épris de Mlle André.

Épris ? Il est totalement subjugué, vous voulez dire !

Ressent-elle la même chose pour lui ?

Le contraire serait surprenant.

- Qui mène la danse ? - C'est 50-50.

Désolée. C'est à force de fréquenter les écoles de jeunes filles.

- Et voilà. - Merci beaucoup.

Demain, on joue contre les filles de Vassar. Vous viendrez ?

Vous feriez une bouchée des gars de Yale.

Merci !

M. Pendleton ? Je suis Julie André.

Enchanté. C'est à nous ?

Oui. Mais si vous êtes fatigué, nous pouvons discuter.

Avec plaisir. Y a-t-il un endroit un peu plus au calme ?

Le jardin, peut-être ? A moins que cela ne nuise à votre réputation.

C'est un risque.

Venez. Allons nuire à ma réputation.

Cela sent le printemps, vous ne trouvez pas ?

Tout à fait.

Où souhaitez-vous vous installer pour flirter ?

En général, ça se passe là-bas.

On ne s'est pas déjà vus quelque part ?

Non.

Je sais, ça fait cliché. Et pourtant...

Je vous assure que non. Je m'en serais souvenu.

C'est très étrange...

- Suis-je bête ! Suivez-moi. - Où ça ?

Vous verrez.

Désolé. Toutes mes excuses.

- Mlle André, où allons-nous ? - Vous verrez.

Et voilà.

Grand-père !

Quelle belle façon de finir ses jours : dans une école de filles.

Monsieur avait un petit faible pour les femmes ?

Un faible très puissant.

Vous avez hérité de ce trait de caractère ?

Cette question me paraît bien directe.

Elle l'est sans doute.

Mais je n'avais encore jamais parlé à un oncle. Comment fait-on ?

On lui parle avec respect.

Contentez-vous de répondre aux questions. Asseyez-vous.

Bien, monsieur.

N'abusez pas du respect, quand même.

- Bien, oncle Jervis. - Je préfère ça.

Ainsi, vous n'avez pas d'oncle ?

Ni oncle, ni tante, ni cousin, ni frère, ni sœur, rien !

- Vous n'avez personne ? - C'est une bien triste histoire.

Je suis la fille du duc et de la duchesse de Monchartres.

Ils sont morts avant ma naissance.

- Tous les deux ? - Oui.

Au cours d'un typhon.

Notre yacht a chaviré dans la mer des Sargasses.

Je suis la seule survivante.

Si vous ne croyez pas à mon histoire,

j'en ai plein d'autres plus intéressantes.

Je n'en doute pas.

Je raconte des histoires parce que personne ne croit la vérité.

Si nous dansions ?

Oui, pourquoi pas ?

Si vous me racontiez la vraie histoire ?

D'accord. J'ai un tuteur.

Je vois. Quel genre d'homme est votre tuteur ?

Il est grand, très mince.

Il ne marche jamais sans sa canne et il est chauve sur le dessus.

Mais il a de très jolis cheveux blancs tout autour.

Tout autour ?

Ce doit être ravissant.

Ne vous moquez pas de lui.

Je l'aime beaucoup.

Après mon diplôme, je partirai vivre avec lui.

- Vraiment ? - Oui.

Mais il n'est pas encore au courant. J'ai tout préparé.

Je lui ferai la lecture, je tapoterai ses oreillers,

je réchaufferai ses pantoufles

et je vérifierai qu'il a enfilé ses caoutchoucs avant de sortir.

Vu votre description,

il ne doit pas sortir bien souvent.

Certes, il n'est plus tout jeune.

Vous avez sans doute raison.

Vous rend-il souvent visite ?

- Non. - Pourquoi cela ?

A vrai dire, il ne s'intéresse guère à moi.

Je suis sûr que si.

Non, mais je fais semblant.

Vivre sans aimer serait trop triste,

alors je m'imagine qu'il s'intéresse à moi.

- C'est peut-être le cas. - Tu parles !

Quand je me sens seule, je lui écris.

Il ne lit même pas mes lettres !

- Qu'en savez-vous ? - Il les jette à la poubelle.

Pas du tout ! Enfin... Cela m'étonnerait fort.

Alors pourquoi ne m'a-t-il jamais répondu ?

L'arthrose. Il doit être incapable de tenir un stylo.

Hé, vous !

C'est vous, professeur ? Vous l'avez échappé belle. On a loupé une danse.

Navrée, Jimmy. M. Pendleton n'est pas professeur.

- M. Pendleton, Jimmy McBride. - Enchanté.

- Je ne pouvais pas savoir. - Naturellement.

- Vite, on va jouer "Sluefoot". - Vous permettez, oncle Jervis ?

Merci d'avoir tenu le petit chaperon rouge

à l'écart du grand méchant loup.

Bonjour, monsieur.

Belle journée, n'est-ce pas ?

Oui. Le marché a ouvert à la hausse.

- Vous m'apportez le courrier ? - Ai-je déjà oublié ?

Non.

Qu'est-ce qui vous met dans une humeur aussi noire ?

Les premiers jours du printemps me font toujours ça.

Soyez gentil de faire parvenir ce disque à Mlle André.

- Puis-je savoir qui l'envoie ? - Moi, voyons !

J'ai bien compris. Mais lequel de vos deux moi ?

Dr JekyIl ou Mr Hyde ? Oncle Jervis ou papa faucheux ?

Jervis Pendleton. Et vous pouvez laisser tomber "oncle".

Ce que vous cherchez se trouve dans le dossier personnel.

"Cher papa faucheux,

j'ai rencontré l'oncle de Linda, Jervis.

Il m'a paru très gentil."

Il m'a paru très gentil.

"Il est arrivé une chose terrible à Jimmy McBride.

Il a eu une grosse déception.

Il pensait partir en Afrique du Sud comme ingénieur des mines,

mais le projet a capoté.

A un mois de la remise des diplômes !

Depuis, il se considère comme un raté.

J'ai beau lui conseiller d'intégrer

la fabrique de salopettes de son père,

cette perspective lui donne des boutons.

Si vous saviez comme je suis triste pour lui."

Vous pouvez venir, s'il vous plaît ?

J'arrive.

"Il devait partir en Afrique du Sud comme ingénieur des mines,

mais le projet a capoté."

J'aimerais que vous rendiez service

à un jeune garçon de ma connaissance.

Un brillant ingénieur des mines. A-t-on un poste pour lui ?

Il y a bien notre laboratoire du New Jersey...

Non, ça n'irait pas.

C'est un aventurier.

Il rêve de partir loin d'ici, à la découverte du monde.

- Loin d'ici ? - Il serait prêt à partir un an.

C'est un brave garçon. Il nous est chaudement recommandé.

- Par qui ? - Eh bien, par... moi.

Je l'ai rencontré au bal de l'université. C'est un ami de Linda.

J'ai été très impressionné.

Croyez-moi, ce garçon va aller très loin. Je le sens.

"Très loin"... Si nous l'envoyions en Bolivie, dans nos mines d'étain ?

- Est-ce assez loin pour vous ? - Je fais ça pour lui, pas pour moi.

Bien entendu ! Quel idiot je suis.

- Cela me semble l'endroit rêvé. - Ça l'est.

On y accède au bout de deux jours de marche.

Après être descendu de l'âne.

Parfait. Dites à Mlle Prichard de venir dans mon bureau.

J'ai une lettre à lui dicter.

J'ai cru un instant que vous vouliez lui apprendre le sluefoot.

Mlle Julie André Université Walston

Vous attends Linda et vous vendredi par l'avion de 14 h.

New York est à vous le temps d'un week-end. Jervis Pendleton

Bonjour, Jervis.

- Larry ! Comment vas-tu ? - Très bien.

- Bien. - Tu attends quelqu'un ?

Ma nièce Linda et une camarade d'université.

Ah oui ? Dommage que je ne l'aie pas su plus tôt.

- Jervis, comment allez-vous ? - Le vol s'est bien passé ?

- Très bien. - Bien, je vais...

Excusez-moi. M. Hamilton, Mlle André.

Enchantée.

- Où est Linda ? - Elle n'a pas pu venir.

Bien, il faut que je file.

Je vous laisse en tête à tête.

J'étais ravi de vous rencontrer.

- Qu'est-il arrivé à Linda ? - Elle était enrhumée.

Et comme ses rhumes ont tendance à empirer avant d'aller mieux,

je suis venue seule.

- Je n'aurais peut-être pas dû ? - Bien au contraire.

Vous auriez eu tort de ne pas le faire.

C'est le reçu de vos bagages ?

Allez chercher les bagages de Mlle André.

Par ici, M. Pendleton.

C'est magnifique !

Comptez 4 gratte-ciel au nord et 9 à droite.

Au sous-sol du 10e

se trouve un endroit charmant où j'aimerais vous emmener dîner.

Pourquoi ne pas dîner ici pour profiter des lumières de la ville ?

On ne vous apprend rien dans votre école ? Les gens vont jaser.

Tant pis. A quelle heure voulez-vous dîner ?

- N'importe. - Je viendrai à 19 h.

- Tenue de soirée de rigueur ? - Et comment !

Vous savez, Jervis, j'ai entièrement reconstitué votre passé.

Cela ne m'étonne pas de vous.

Il y a eu quelqu'un dans votre vie.

Une femme grande, élancée, blonde,

très belle. Vous étiez fou d'elle.

Mais elle en a épousé un autre.

C'était stupide de sa part.

Merci.

Et vous n'êtes plus jamais tombé amoureux.

Est-ce que j'ai vu juste ?

Non. Il n'y a jamais eu de blonde élancée dans ma vie.

Il y a eu une petite rousse.

Ensuite, une brune très imposante.

Puis, il y a eu cette femme que j'ai rencontrée en Suisse.

Et juste après...

Vous les avez toutes aimées ?

Comme un fou.

Pourquoi n'en avoir épousé aucune ?

Parce que je n'étais pas assez fou.

Ce n'est pas pour vous.

Quoi, le mariage ?

Qui sait ?

Il y a une vieille théorie qui dit que...

Quand une force irrésistible

Telle que vous

Croise un vieil objet inamovible

Tel que moi

On peut être sûr

Allez... j'ose

Qu'il va se passer quelque chose

Quand un sourire aussi irrépressible

Que le vôtre

Réchauffe un cœur aussi implacable

Que le mien

Ne me dites pas le contraire

Car je suis sûr de mon fait

Quelque part, quelqu'un Va recevoir un baiser

Alors en garde

Qui sait ce que nous réserve le destin

Depuis ses cieux mystérieux

Je ferai de mon mieux

Pour ignorer ces lèvres que j'adore

Combien de temps pourrai-je tenir encore ?

Lutte, lutte, lutte, lutte

Lutte de toutes tes forces

Avec un peu de chance Par une belle nuit étoilée

Nous découvrirons

Pour mon bonheur comme pour le vôtre

Que nous sommes faits l'un pour l'autre

Quand une force irrésistible

Telle que vous

Croise un objet inamovible

Tel que vous

L'édition de la matinée.

Il s'est passé quelque chose de spécial hier ?

- Un homme s'est fait détrousser. - Le malheureux.

Une jeune fille s'est mariée.

Enfin une bonne nouvelle. Avec qui ?

Un homme.

Cela faisait longtemps qu'ils s'aimaient.

Il ne s'est rien passé d'autre ?

Si. Mais ce n'est pas dans le journal.

Bonne nuit, Julie.

Permettez, M. l'ambassadeur.

Par ici, M. l'ambassadeur.

Cette suite devrait vous satisfaire. Elle est très calme.

- Vous disiez, Griggs ? - Je m'enquérais du prix.

En avez-vous une plus simple avec un gros diamant ?

Oui, M. Pendleton. Nous devrions avoir ce qu'il vous faut.

Ce modèle est ravissant, ne trouvez-vous pas ?

Exquis.

Dans ce cas, affaire conclue.

Vous m'excuserez, on m'attend pour le petit-déjeuner.

Il nous reste à obtenir l'accord de l'intéressée.

Naturellement.

Mais sachez

que jamais un diamant de cette qualité ne nous est revenu.

Jamais.

- Un peu de café, Jervis ? - S'il vous plaît.

La nuit dernière a été la plus belle de toute mon existence.

A notre nuit.

Et à la journée qui commence. Quel temps magnifique.

Je l'ai commandé tout spécialement pour vous.

A un Pendleton, rien d'impossible. Pas vrai, Jervis ?

Pas tout à fait. Il arrive que les dieux aient leur mot à dire.

Hier, en me voyant arriver, vous aviez l'air de désapprouver

ma décision de venir seule.

Maintenant, je peux vous le dire :

j'avais très peur d'avoir commis une erreur.

J'avais tort. J'ai passé une excellente journée.

Je n'étais pas retournée dans cet aéroport

depuis que j'ai quitté la France.

C'était il y a seulement trois ans, mais cela me paraît une éternité.

Buvons à la France qui vous a envoyée ici.

Et à l'Amérique qui m'a accueillie.

Passez-moi la suite 3203, je vous prie.

Je souhaiterais parler à M. Pendleton.

Un instant.

Jervis, c'est pour vous.

Vous êtes l'être le plus méprisable

et le plus vil qu'il m'ait été donné de rencontrer.

Qui est à l'appareil ? Qui ?

Oui, Alec.

Entendu. J'arrive de ce pas.

- Je reviens dans quelques minutes. - Où allez-vous ?

Un ami demande à me voir.

Terminez votre petit-déjeuner. Ce ne sera pas long.

J'attends. Dites quelque chose.

Vous devriez être en France.

Je suis attendu par le secrétaire d’État.

- Vous devriez être à Washington. - J'y serai ce soir.

Maintenant, répondez à mes questions.

Que faites-vous dans la suite contiguë ?

Vous insinuez...

Vous m'avez dit la même chose

lorsque vous avez voulu ramener cette fille pour "l'éduquer".

Peu importe ce que la presse en dira

ni la façon dont vous avez manipulé le gouvernement

et moi par la même occasion.

Pensez à elle. Elle n'a qu'un visa d'étudiante.

Son comportement est surveillé de près. Elle risque l'expulsion.

Une petite minute, Alec. Ce n'est pas ce que vous pensez.

J'étais dehors. Je n'ai pas l'oreille indiscrète,

mais il aurait fallu être sourd pour ne pas entendre ce que vous disiez.

Comme par exemple ?

"La nuit dernière a été la plus belle de toute mon existence."

Même sans penser à mal, comment ne pas être choqué ?

Je passe sur les cocktails servis le matin.

Vous perdez la tête !

J'ai entendu le tintement des verres.

Nous buvions du jus d'orange.

Ici, personne ne trinque en buvant du jus d'orange.

Vous vous trompez. J'aime cette fille.

C'est réciproque ?

J'allais le lui demander quand vous avez appelé.

C'était moins une. A part oui, que pouvait-elle répondre ?

Non.

Ridicule. Vous lui avez fait perdre la tête.

Vous êtes un homme mûr, séduisant

et riche, ce qui ajoute à votre charme.

En transformant sa vie, vous en avez fait votre obligée.

Elle n'est au courant de rien.

Il ne lui est pas venu à l'idée que je puisse être son...

Son quoi ? Son papa gâteux ?

Ça suffit !

Pour elle, je suis Jervis Pendleton, l'oncle de sa camarade de chambre.

"L'oncle de sa camarade de chambre." Cela devrait vous faire réfléchir.

Elle connaît d'autres hommes que moi.

Elle a des vues sur un diplômé de Harvard.

Ce garçon a-t-il les moyens de l'emmener à New York ?

Non. Il doit sans doute rechercher un emploi.

Il travaille en Bolivie dans une mine d'étain.

Maintenant, si vous permettez...

Il ne s'agirait pas par hasard de la mine Pendleton ?

Il était sans emploi et...

Quel mal y a-t-il à aider les jeunes ?

Visiblement, c'est une activité que vous pratiquez avec ferveur.

Le projet qu'il nourrissait a capoté,

alors je lui ai proposé un poste en Bolivie.

- Comme le roi David. - Qu'est-ce que vous racontez ?

David a envoyé Urie à la guerre parce qu'il convoitait Bethsabée.

Je rêve !

J'en ai assez entendu.

Mes intentions n'avaient rien de malhonnête.

Certes, je l'ai envoyé en Bolivie...

Mais il voulait partir. Je lui ai juste donné les moyens de le faire.

Certes, cette jeune fille est bien plus jeune que moi.

Ça non plus, je ne le nie pas.

Comme je ne nie pas le fait que je suis riche.

Enfin, il est vrai que j'ai tout fait pour la conquérir.

Mais quand on est amour...

Vous avez tout à fait raison.

Cela n'a pas de sens.

Qu'est-ce qui m'a pris ?

Je l'ignore.

Vous avez une cigarette ?

- Elle doit être vraiment charmante. - Elle l'est.

Je vais faire revenir ce garçon de Bolivie.

Avez-vous une idée du nombre d'hôtels que compte cette ville ?

Pas la moindre.

Elle en compte des centaines, des milliers.

Je vous assure que je descends toujours ici.

Suite 3203, je vous prie.

Où êtes-vous ? Qu'est-ce que vous fabriquez ?

Je suis en bas, à l'accueil.

Je viens d'apprendre une nouvelle très importante.

Je ne vais pas pouvoir vous tenir compagnie.

Non, tout va bien.

Juste une affaire urgente en rapport avec le département d’État.

C'est assez difficile à expliquer.

Je ne suis pas en mesure de vous en parler librement. Vous comprenez ?

Évidemment que je comprends. Quand vous reverrai-je ?

Pas tout de suite. Je vais devoir quitter le pays quelque temps.

Je vois.

Non, je ne vous en veux pas.

Je suis juste déçue.

Je vous enverrai une voiture et un chauffeur

pour que vous visitiez New York.

Merci beaucoup.

Vous disiez ?

Merci.

Prenez soin de vous.

Au revoir.

Répétition de la remise des diplômes de licence à 14 h

Apportez votre coiffe

- Linda, attrape. - Tu es sûre que c'est à moi ?

Absolument.

Cela ne va jamais rentrer dans ma valise !

Comment peut-on accumuler autant de bazar en quatre ans ?

- C'est à toi, ça ? - Non.

Je me demande à qui ça appartient. Quelqu'un reconnaît ce chemisier ?

- Dernier appel pour ce chemisier ! - Il est à moi.

Je ne t'ai jamais vue avec.

Je sais, mais il est à moi.

Tu ne fais pas tes bagages ?

Nous avons tout notre temps.

La remise des diplômes a lieu dans 8 jours.

Tu ne comptes pas expédier tes malles avant ton départ ?

Si, tu as raison.

Tu sais quoi ? Je crois qu'elle n'a pas d'endroit où les expédier.

S'il n'y avait que ça ! Mon oncle Jervis la fait tourner en bourrique.

Le roi de l'illusion ! Au beau milieu d'un séjour de rêve,

il s'est excusé et n'est plus jamais revenu. Depuis, il voyage.

La dernière fois, il était à Madrid.

Pas à Calcutta ?

C'était il y a trois villes, avant Hong-Kong.

- Quel chameau. - Quand il veut, il est adorable.

Regarde ce qu'il a fait pour Jimmy :

il l'a muté à New York et a doublé son salaire.

Et tout ça pour quoi ?

Sa dernière expérience a failli faire sauter le laboratoire.

Je suis au courant. Mon oncle Jervis est un homme très étrange.

Très.

Rio. Jervis Pendleton de passage à Rio.

Nommé personnalité de la semaine en Inde.

Pendleton à Lisbonne.

En Espagne.

A l'Opéra de Paris.

Cher papa faucheux,

puis-je venir vous voir ?

J'ai désespérément besoin d'un conseil

et je n'ai personne à qui m'adresser,

en dehors de vous.

Il va se passer quelque chose

Je vais à la poste. Veux-tu que je dépose ton courrier ?

Oui, avec plaisir. Juste une minute.

Je t'en prie. Prends ton temps.

Courrier urgent M. John Smith

- Vous êtes très malade. - Quoi ?

- Il n'y a plus d'espoir. - Vraiment ?

- Nous devons rappeler M. Pendleton. - Cette fille a encore écrit ?

Oui. Qu'allons-nous faire ?

On ne reprend pas le bonheur qu'on a donné.

J'ai commencé à rédiger une lettre à son intention.

- Elle va se marier ? - On ne peut rien vous cacher.

Dans le cas contraire,

une pension conséquente lui sera versée chaque mois.

Elle sera à l'abri du besoin jusqu'à la fin de ses jours.

La sécurité n'est pas tout ! J'en sais quelque chose.

Vous aussi. Votre vie est ennuyeuse à mourir.

Vous pourriez bien perdre cette sécurité que vous méprisez.

Impossible, mes droits à la retraite sont ouverts depuis un mois.

Je n'ai rien à perdre.

Si vous refusez de m'aider, j'enverrai le câble moi-même.

La future retraitée désire-t-elle un verre ?

Un bourbon avec de la glace.

Que comptez-vous dire dans ce câble ?

Griggs gravement malade.

Impératif que vous rentriez. Pas d'espoir de rémission.

C'est agréable. Je vous remercie.

Si je vous avais offert un verre il y a 25 ans, vous m'auriez giflé.

Qu'en savez-vous ? Vous n'avez jamais essayé.

Entrez.

- Félicitations, mon enfant. - Merci.

Quelle émotion.

Dire que la dernière fois, c'était moi qui recevais ce diplôme !

Je ne voudrais pas paraître impolie, mais est-ce que je vous connais ?

Non. Je m'appelle Alicia Prichard.

Je suis venue pour vous présenter à John Smith.

Papa faucheux.

- Il veut me voir ? - Disons plutôt qu'il va vous voir.

- Qui est-ce ? - Il vous le dira lui-même.

Filez vous changer. Nous partons pour New York.

- Vous voulez dire, aujourd'hui ? - Oui.

- Elles arrivent aujourd'hui ? - D'une minute à l'autre.

Ce câble disait vrai. Vous êtes malade. Malade de la tête.

Vous ignorez donc qu'elle va se marier ?

Ils sont faits l'un pour l'autre. Qu'ils se marient et vivent heureux.

Mais si Julie découvre le pot aux roses,

elle va m'en être reconnaissante.

Elle va vouloir se jeter dans mes bras. Ce n'est pas souhaitable.

C'est justement ce que je voulais éviter.

Jervis, reprenez-vous. Mlle André ne va pas tarder.

Et en entrant, elle vous trouvera assis derrière ce bureau.

- Moi ? - Après tout, c'est de votre faute.

Vous serez papa faucheux. Assis !

Elle ne vous a jamais vu.

Vous correspondez mieux que moi à sa description.

C'est ridicule. Que vais-je lui dire ?

Débrouillez-vous. Demandez-la en mariage.

Mettez ça sur vos jambes. Vous êtes censé être grabataire.

Baissez la tête. Ne levez pas le menton.

N'oubliez pas que vous êtes très malade.

Parfait.

Le Père de Whistler !

Je vous présente ma démission qui prend effet dans la minute !

Trop tard. Pas un geste.

Faites-la entrer.

- Ne soyez pas ridicule. - Je suis expert en la matière.

C'est pour ça que, cette fois, je suis déterminé à ne pas l'être.

Entrez, ma chère.

Asseyez-vous.

Le moment est venu de vous le dire : je suis John Smith.

Grand bien vous fasse.

Je suis Linda Pendleton et je veux voir mon oncle Jervis.

- Qui t'a informée de mon retour ? - L'espionne qui travaille pour toi.

Cela ne me surprend guère. Je suis entouré d'espions.

J'ai un problème dont j'aimerais te parler.

Vas-y. Je n'ai rien à cacher à Griggs.

- Moi, si. - Merci infiniment, Mlle Pendleton.

Je suis ravi de rester en dehors de cela.

Ne vous éloignez pas.

Assieds-toi. Qu'est-ce qui te préoccupe ?

Je suis amoureuse d'un garçon. Je veux l'épouser.

Où est le problème ? C'est un désir bien naturel.

Maman n'approuve pas mon choix.

Dans ce cas, l'élu de ton cœur doit être un excellent choix.

Et s'il t'enlevait ? C'est démodé ?

Non, mais j'ai envie d'un grand mariage.

Je ne compte me marier qu'une seule fois.

- Ça, par contre, c'est démodé. - Ne te moque pas.

Si tu disais à maman qu'il fait des merveilles au laboratoire

et qu'il ira très loin,

peut-être oubliera-t-elle que son père fabrique des salopettes.

Elle doit craindre que ma belle-famille

n'assiste à la cérémonie en pareille tenue.

Tu veux dire que ton fiancé n'est autre que Jimmy McBride ?

- Le seul et l'unique. - Jimmy McBride et toi...

Mais c'est merveilleux ! Sensationnel !

Dis-moi tout. Quand ? Comment ?

Je ne suis que son second choix, mais je l'ai eu, c'est le principal.

Félicitations. Ta mère t'offrira le plus beau mariage

que cette ville ait jamais connu.

- Tu crois ? - J'en suis sûr.

C'est moi qui vais payer.

- Merci. - Je te souhaite d'être heureuse.

Prépare-moi une liste de mariage.

Ne mégote pas. Il n'y en aura pas deux.

Tu es un amour.

- Bien, excuse-moi... - Je t'en prie.

Au fait, ma chérie... Comment va Julie ?

Elle traverse une passe très difficile.

Elle est très malheureuse.

Vraiment ?

J'étais sûre que tu serais ravi d'entendre cela.

- Vous ai-je offensé ? - Et comment !

Pardonnez-moi. Vous êtes un homme charmant.

Un petit bonhomme dodu

avec des ailes, un arc et des flèches. Je vous aime.

Vous êtes épatant !

Nous sommes arrivées. C'est ici qu'il vit.

Qui dois-je demander ?

Ne vous inquiétez pas. On vous attend.

Merci, Mlle Prichard. Merci pour tout.

Puis-je prendre votre manteau ?

- Un instant, je vous prie. - En admirant cette collection,

comment ne pas être reconnaissant à celui qui en a fait don ?

Passons maintenant aux impressionnistes,

qui ont de tout temps été très controversés.

Leur rejet des traditions fut conspué par les peintres académiques

qui dominaient jusque-là la peinture française.

Ce tableau de Renoir représentant la fille du marquis de Malineaux

a été peint en 1894.

Veuillez rejoindre le groupe, mademoiselle.

Moi ?

Les visiteurs ne sont pas censés vagabonder dans le musée.

Renoir est réputé pour ses portraits d'enfants,

mais celui-ci est un des plus beaux.

Passons maintenant au Corot.

Toute la virtuosité de l'artiste est contenue dans ce feuillage.

Notez la richesse des marrons et des jaunes.

Cette œuvre est emblématique du talent de Corot.

La campagne était pour lui une source d'inspiration constante.

Le peintre donne vie à cette scène rustique

avec une sensibilité sans égale.

- Qu'est-ce que vous faites là ? - Silence.

- Vous connaissez mon tuteur ? - Oui. Très bien.

- Vous me l'aviez caché. - A sa demande.

Mais en apprenant votre venue, j'ai fait le déplacement

afin de lui demander quelque chose qui me tient très à cœur.

Nous terminerons...

Je suis si heureuse de vous revoir.

..par la galerie de portraits de la famille Pendleton.

Voici un portrait de Jervis Pendleton Ier

par James Abbott McNeill Whistler.

Jervis Pendleton II, quant à lui, a posé pour John Singer Sargent,

dont les œuvres figurent

dans les musées les plus prestigieux du monde.

Et voici Jervis Pendleton III qui, comme vous pouvez le voir,

a quelque peu rompu avec la tradition familiale.

C'est ainsi que se conclut notre visite. Merci infiniment.

Mademoiselle, la visite est ter...

Pardon, monsieur.

Bien, monsieur. Bonsoir, monsieur.

Lors de votre entretien avec John Smith,

que lui avez-vous demandé ?

M. Smith étant votre tuteur,

je lui ai demandé la permission de vous demander en mariage.

Et qu'a-t-il répondu ?

D'attendre mon tour.

Il veut lui aussi vous demander en mariage.

N'attendez plus.

Sous-titrage : Vdm

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