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Original subtitles

Alkenny ! C'est notre terre.

Nous ne faisons qu'un, nous nous battons ensemble !

Faites tomber le mur !

À la fin de l'hiver, on a trouvé une femme près du village.

Elle était enceinte de trois mois.

Elle était enceinte de trois mois.

Jerlamarel.

L'hérétique que vous cherchez.

Les Traqueurs de sorciers arrivent.

- On est piégés. - Vous faites erreur.

Il y a un autre moyen de fuir la montagne.

Jerlamarel

est non seulement en vie,

mais il a aussi engendré.

Trouvez ses enfants...

[clapotis d'une rivière]

[grincements de cordes]

[battements d'ailes]

[chant incantatoire]

[grognement]

[hululement au loin]

[grondement de tonnerre]

[cris d'oiseaux]

[gémissements de bébés]

[coup de tonnerre]

[craquements de brindilles]

[rugissement]

[cri]

[grognements]

Je vous en prie.

Soyez vivants. Pleurez.

[rugissement]

- [pleurs de bébés] - Hé !

Hé !

Non ! Par ici !

Hé !

Regarde-moi !

Regarde-moi. [cri]

[pleurs]

Hé ! Fais-moi face !

Là !

- [cri] - [rugissement]

[cri]

[pleurs de bébés]

Chut, chut.

[craquements de brindilles]

Qui est là ?

Répondez ! Qui est là ?

[voix d'homme] Je vois que mes enfants sont en de bonnes mains.

Jerlamarel ?

C'est toi ?

Oui.

Tu viens les emmener ?

Non.

Je suis un fugitif.

J'ai du travail ailleurs.

Ils grandiront plus en sécurité avec toi.

Je ne m'éloignerai pas

pour m'assurer que vous trouverez le sanctuaire.

Et pour tuer les ours de la vallée.

Je crois que c'était le dernier.

Ces enfants sont un cadeau.

Prends grand soin d'eux.

Donne ta main.

Mais qu'est-ce que...

Qu'est-ce que c'est ?

Au sanctuaire, derrière la cascade, il y a une grotte.

À l'intérieur, tu trouveras une malle.

Je te remets la clé pour que tu puisses l'ouvrir.

Parle à Paris.

Dis-lui que le contenu de la malle est pour mes enfants.

Ouvre-la quand ils auront douze ans.

Ils auront l'âge d'en comprendre le contenu.

Que contient-elle ?

La connaissance.

Qui commencera un monde nouveau.

Meilleur que celui de nos ancêtres.

Un jour,

nous serons réunis.

Appelle-les Haniwa et Kofun.

Que je les reconnaisse quand ils viendront à moi.

Et quand iront-ils à toi ?

Les réponses sont dans la malle.

Attends.

Jerlamarel !

Jerlamarel ?

[Baba Voss] Jerlamarel ?

Jerlamarel !

Je viens d'entendre Baba Voss

crier le nom du sorcier.

Ça ne t'embête pas ?

N'y a-t-il aucune loi, ici ?

Nous sommes très loin de la loi, ici.

C'est Baba Voss qui décide. On ne l'offense pas.

Baba Voss n'est pas la loi.

Dieu est la loi.

Peut-être sommes-nous aussi loin de Dieu ici.

C'est Baba Voss et Paris

qui ont condamné ma mère,

ta propre sœur, à être...

brûlée vive sur le bûcher.

Et pour quoi ?

Car elle ne trouvait pas sage de permettre à cet homme,

un étranger cachant son passé, de diriger notre village ?

Ils l'ont brûlée

parce qu'ils craignaient qu'elle dise la vérité.

Dieu...

ne perd pas de vue ces choses-là.

Et même si c'était le cas,

je ne l'oublierais jamais.

[Maghra] Où étais-tu ?

Baba Voss ?

Que s'est-il passé ?

Et pas de mensonge.

Assieds-toi, mon amour.

Pourquoi ?

Parce que Jerlamarel...

est venu.

[tintement métallique]

Ça dit qu'on la trouvera au bout du tronc gisant.

J'ai seulement entendu des histoires.

J'ignorais qu'une Ombre vivait parmi nous au village.

Ce sont des Ombres car on ne peut les reconnaître.

Mais les Alkenny ont toujours eu une Ombre.

Je lui ai laissé un mot sur l'autel. Il n'y était plus à mon retour.

Elle va venir.

Comment sauras-tu qu'elle est arrivée ?

Je l'ignore. C'est la première fois que je le fais.

Je suppose qu'elle nous signalera sa présence.

Pourquoi tu dis "elle" ?

Les Ombres sont toujours des femmes. Les hommes sont trop maladroits.

Tu penses que c'est qui ?

Sûrement quelqu'un à qui l'on parle chaque jour.

Une personne capable de cacher son corps.

Personne ne peut être et ne pas être à la fois.

Elle bouge quand les autres bougent. Même les Ayuras ne l'entendent pas.

Elle s'est purgée de toute pensée. Les présages ne peuvent la sentir.

Elle est ailleurs, indétectable.

Même les chiens la prennent pour une statue.

[claquement de langue]

Elle est là.

Ombre ?

Je te salue.

Ombre ?

J'aimerais que tu suives quelqu'un du village

et que tu rapportes tout ce que tu entendras.

Elle ne répondra pas tant que tu ne te soumettras pas.

Arrête de bouger !

Alors, Ombre ?

Feras-tu ce que je te demande ?

[claquements de langue]

C'est un oui ?

Oui.

Deux pour oui, un pour non,

c'est ça ?

[claquements de langue]

Ombre,

la personne est Paris.

On voudrait la preuve que c'est une sorcière.

Peux-tu suivre une sorcière ?

- Ombre, peux-tu suivre une sorcière ? - [claquement de langue]

[claquement de langue]

Comment devrons-nous te payer ?

Es-tu encore là ?

Un "nouveau monde", il a dit ?

Ce nouveau monde fera peut-être disparaître l'ancien.

Ce n'est qu'une malle, mon amour.

C'est quoi, ça ?

C'est pour les enfants.

Un jouet, peut-être ?

Non. C'est sans doute un message.

Tout ce qu'il fait a une signification.

J'y comprendrai jamais rien.

Je suis bon pour protéger les autres, pas pour comprendre.

Je choisirai toujours un homme qui prend soin de moi

plutôt qu'un homme qui me comprend.

- [quelqu'un entre] - Paris.

Oui.

Ton époux m'a invitée.

Jerlamarel a demandé à ce qu'on la consulte.

Approche. Viens.

Qu'y a-t-il d'autre là-dedans ?

Le message dit qu'on doit laisser

ce qui est au-dessus dans la malle bien en place

et ce qui est dessous doit rester à la même place.

Il veut faire un nouveau monde avec de l'écorce ?

Ce parfum ne me donne aucune vision.

Il y en a plein d'autres comme ça.

Paris ?

[exclamation de surprise]

Quoi ? Tu sais ce que c'est ?

Oui.

Ce sont...

Ce sont des livres.

C'est quoi ?

Ma grand-mère m'a raconté des histoires

que la grand-mère de sa grand-mère lui avait racontées.

J'en ai tellement rêvé avec elle.

Les livres

sont dans une forme sainte.

Ils sont silencieux et pourtant,

ils parlent directement à l'imagination.

On peut les brûler, mais leurs mots demeurent plus puissants que le feu.

Toute la connaissance des anciens se trouve à l'intérieur.

Tous les secrets

de l'ère de la vision.

La grand-mère de ma grand-mère

possédait des livres,

mais les Traqueurs les ont brûlés.

Je pensais que...

tous les livres avaient été brûlés.

Jerlamarel a dit d'attendre douze étés avant de les donner aux enfants.

Il doit penser

qu'ils sont capables d'entendre le silence.

Qu'il le pense n'en fait pas une vérité. Mes bébés ne sont peut-être pas maudits.

Maudits ?

Nous vivons seuls et pour toujours dans un village où règne la superstition.

Les enfants n'y resteront peut-être pas

pour toujours.

Ça veut dire quoi ?

Explique-toi, Paris.

Puisqu'on n'est pas sûrs qu'ils aient cette capacité,

on ne doit pas se disputer.

Enfouissons-les

précieusement, comme des graines.

Parce que c'est un cadeau de Jerlamarel.

C'est forcément bon, puisque ça vient de lui, hein ?

Tu peux dire le contraire, Maghra ?

Baba Voss,

va enfouir les livres.

Et pendant douze étés,

nous ne dirons rien de cette histoire.

Nous ne sommes pas seuls.

[Gether] Ombre ?

[tonnerre]

Ombre ?

J'ai eu ton message.

Je suis là.

[il soupire]

Tu es là ?

Ombre ?

[Gether] Elle n'aurait pas parlé.

Elle a noué ce qu'elle a entendu.

Il y avait trois personnes.

Baba Voss,

Paris et Maghra.

Ils parlaient des bébés.

Et la sorcière ?

Les bébés.

Ils gémissent, tètent, gazouillent, et rien d'autre.

Voilà ce qu'elle a dit.

L'Ombre ne nous dit pas la vérité.

Oui, possible qu'elle mente.

Elle refuse de répondre à mes questions.

Mais je vais prévenir que nous avons une sorcière.

Les Traqueurs viendront...

Comment enverras-tu la nouvelle ?

Un message.

Il descendra le cours d'eau qui passe dans une douzaine de vallées.

Qui sait qui le trouvera ?

Sûrement un castor.

Tous les jours, je recommencerai. Deux fois, trois fois.

Et un jour, tu verras,

nos prières seront entendues.

Il y a tant de vallées et de rivières. Ça prendra des années.

Possible.

Mais au moins, nous aurons de l'espoir.

[voix d'homme] Tirez !

[Baba Voss] Mon ami.

Je te trouve là, tout seul, à l'écart des autres.

[craquement de plastique]

Comment ça se passe pour toi ?

Tout va bien.

Tant mieux.

Et toi ?

Ça va pour toi aussi ?

Tu veux vraiment le savoir ?

Oui, bien sûr.

En réalité,

ça ne va pas trop.

J'ai du mal à dormir.

Ça me désole de l'apprendre.

La journée, j'entends des choses qui m'empêchent de fermer l'œil.

Quel genre de choses ?

Je sens une grande méfiance autour de moi.

Je crains qu'une personne mal intentionnée essaie

de m'espionner,

moi et mes proches, dans ma propre maison.

Ça serait très étonnant.

Ta tante et toi nourrissez une rancune contre moi et ma famille.

Alors, je pensais

que si une personne mal avisée voulait me provoquer,

tu serais le premier à le savoir.

Mais tu n'as...

rien entendu ?

Non.

Rien du tout.

Bon.

Tant mieux.

N'oublie pas.

Je suis la loi, ici.

N'importe qui peut venir me parler franchement.

S'ils se tiennent devant moi quand ils parlent,

je serai un homme juste,

un homme loyal.

L'homme que je suis aujourd'hui.

Mais si j'apprenais qu'on faisait des messes basses

derrière mon dos et si je découvrais moi-même le traître,

alors il...

ou elle,

aura affaire à l'homme que j'étais.

Un homme ayant le goût...

du sang

et de la terreur.

Si quelqu'un a quelque chose à me dire, je t'en prie,

dis-lui de venir me trouver et discuter,

avant que je ne le trouve tout seul.

[il grogne]

Écoutez-moi !

Vous avez refusé de me donner l'information

que je vous demandais.

Et vous avez perdu vos maisons.

Maintenant, parlez

et peut-être que vous ne perdrez pas vos vies.

Dites-moi

ce que vous savez sur ce démon hérétique nommé Jerlamarel.

Dites-moi

ce que vous savez de ses enfants.

On n'a rien entendu.

Par pitié, laissez-nous la vie sauve.

Si tu n'as rien entendu,

c'est que tes oreilles ne te servent à rien.

[hurlement]

Messager !

Un rapport pour la reine.

[voix d'homme] "On parcourt les montagnes de la Tombe du Soleil depuis des mois.

"Nous prions Dieu de nous guider, mais nous n'avons eu aucun mot,

"aucune trace, aucune piste, aucun espoir.

"Les villages de la Tombe du Soleil sont éparpillés.

"Il y a beaucoup de montagnes et de plateaux perdus.

"Les gens craignent les ours et les lions

"et se retranchent derrière leurs défenses.

"C'est donc

"à regret et le cœur lourd que j'attends vos instructions.

"Ma mission est-elle finie ?

"Je pense que c'est sans espoir maintenant.

"Je demande humblement à pouvoir rentrer à Payan.

"Je demeure votre dévoué serviteur, Tamacti Jun."

Puis-je lire le message moi-même ?

- Je l'ai lu entièrement... - Donne-le-moi.

Mes doigts sont très sensibles. Tu as pu rater quelque chose.

[grelots]

Les premiers mots sont de Tamacti Jun.

La suite ne l'est pas.

Tamacti Jun n'est pas humble, il n'a rien d'un serviteur.

Nous avons un accord, il noue un cœur tous les 10 mots

pour éviter les contrefaçons, et ceci, mon cher Lord Sak,

est une contrefaçon.

Ceux qui ont écrit cela vous envoient. À genoux.

- Majesté... - À genoux, j'ai dit !

Tamacti Jun est le receveur des taxes royales

et le Traqueur-général.

Il doit servir durant vingt étés et il servira jusqu'au bout.

Aussi il consacrera chaque jour de son service

à traquer Jerlamarel.

La haine et la vengeance

sont les deux chevaux sauvages de son attelage.

Qui t'envoie pour me mentir ?

D'autres, qui s'inquiètent.

Quels autres ?

D'autres qui aimeraient vous faire entendre raison.

Jerlamarel l'hérétique est perdu. On a des problèmes, ici.

Notre pouvoir sacré s'amenuise.

L'eau s'infiltre par les fissures du Mur Éternel

et le niveau monte.

Les dieux ne chantent plus qu'à deux voix.

Le peuple s'interroge sur votre pouvoir.

Nous avons grand besoin de notre armée ici, Majesté.

Qui a noué les faux nœuds ?

Lord Carne.

Lady Zee.

Et d'autres, peut-être ?

Non.

Étouffe-toi avec tes mensonges.

[clochette]

Je souhaite prier.

[elle gémit]

Jerlamarel...

mon seul et unique amour.

Une fois, j'ai prié comme ça avec toi.

Et nous nous sommes parlés sans mots l'un à l'autre.

Mais tu ne me parles plus jamais.

Alors, je m'adresse à toi dans cette prière.

Jerlamarel,

reviens-moi en paix.

Et vaincs tes poursuivants pour me rejoindre.

Je te pardonnerai tes péchés.

Reviens et donne-moi des enfants qui ont le pouvoir, ton pouvoir.

Aussi la vision ne sera plus une hérésie.

Je renoncerai aux dieux...

[elle gémit]

...pour que nos enfants soient les dieux.

Et moi, je deviendrai la déesse que tu as reniée.

[elle crie]

Pour les siècles des siècles.

[la reine] Voici,

Lord Carne

et Lady Zee,

que je pensais fidèles.

Pitié, Votre Majesté.

Ils sont coupables de trahison et de contrefaçon.

Nous n'avons fait que dire la vérité !

La vérité que vous connaissez tous.

Elle ne pense qu'à Jerlamarel alors qu'ici, chez nous,

les moteurs lâchent et l'eau monte.

Elle n'est pas une dée...

[grelots]

C'est vrai.

La bataille que je mène pour sauver vos vies

et pour sauver le royaume Payan est des plus rudes.

Mais je la mène

parce que tel est le lot de ma lignée.

Tant que Dieu me commande,

je suis une déesse puisqu'Il l'autorise.

Je suis Ses mains sur terre, qui empêchent la destruction,

réchauffent l'hiver, rafraîchissent l'été,

mettent de la magie dans vos clôtures contre les animaux,

sans laquelle vos enfants seraient dévorés.

Et même le ventre plein.

Mais la plus grande bataille que je mène

est celle contre la lumière.

Un pouvoir

qui place l'homme au-dessus de Dieu.

Qui entraverait encore de ses brides et de ses chaînes

un monde ancien.

Nos armées sont sur le terrain

et s'efforcent de vaincre les démons de lumière.

Nous devons les honorer.

Et non pas les trahir par des manigances.

Vouloir parler contre moi,

c'est...

c'est réclamer le retour de la lumière et de la destruction.

C'est impardonnable.

Je le regrette,

mes vieux amis...

Adieu.

[courant électrique]

[cris]

♪ Nous sommes Payan ♪

♪ Nous sommes sacrés ♪

♪ Nous sommes élus ♪

♪ Nous sommes... ♪

♪ [en chœur] Nous sommes ♪

♪ Nous sommes ♪

♪ Nous sommes Payan ♪

♪ Nous sommes sacrés ♪

♪ Nous sommes élus ♪

♪ [en chœur] Nous sommes ♪

{an8}3 ans plus tard

J'apporte des cynorrhodons

pour les bébés.

Maghra ?

- Cet air que je sens... - Oui.

Tu as raison.

Tu sens du chagrin,

et de la joie aussi, mais...

beaucoup de chagrin.

Tiens.

Le jouet qu'ils adorent.

Pose-le où tu veux.

N'importe où.

Sans bruit.

Haniwa, Kofun...

où est votre jouet ?

Allez le chercher.

Vous l'avez ?

Excellent.

Donne-le à tatie Paris.

Va jouer.

Et si je couvre leurs yeux,

ils n'en sont plus capables.

[soupir d'étonnement]

Il y a longtemps que je le savais, mais...

je faisais comme si j'avais rien remarqué.

Il n'y a plus de doute.

Ils sont...

- [Haniwa] Baba. - [Baba Voss] Mes amours.

Allez jouer dehors.

Je vous rejoins.

[il soupire]

Je l'ai su le jour où Haniwa a regardé le ciel

et m'a dit :"Le soleil a une sœur qui vient la nuit pour jouer."

Oui, je sais.

Alors, ce que Jerlamarel t'a raconté

était vrai, Baba Voss.

Ces jumeaux sont le commencement d'un nouveau monde.

Il faut dire la vérité aux autres.

Ce sont mes enfants.

Déjà, Souter Bax et Gether Bax parlent de nous comme des sorcières.

D'autres le pensent de plus en plus.

Il faut leur cacher. Ça doit rester entre nous.

Jerlamarel a dit "douze étés".

D'ici là, on gardera le silence.

Et jusque-là, ils devront vivre les yeux clos.

Il était une fois

quatre joyeux frères et sœurs

qui habitaient ensemble dans un village

exactement comme le nôtre.

Chaque jour, ils travaillaient ensemble.

Le premier fabriquait

le plus envoûtant des parfums.

Le second cuisinait les plus délicieux des gâteaux.

Une autre jouait la plus exquise des musiques.

Et la quatrième tissait de la soie

pour faire des draps et des robes aussi doux

que de la neige chaude.

Ils travaillaient ensemble

dans la gaieté

et ils ne se disputaient jamais.

Mais un jour,

un garçon arriva, se présentant comme leur frère aîné disparu.

Quand ses frères et sœurs

lui demandèrent ce qu'il faisait,

il leur répondit

qu'il disait la vérité aux gens.

"Quelle vérité ?" lui demandèrent-ils.

"Eh bien," répondit-il,

"je pourrais vous dire que l'un de vous est

"très élégant.

"L'une est fort belle,

"l'autre n'est pas gracieuse.

"et l'un de vous est vraiment laid."

La famille fut terriblement déroutée par ses paroles,

parce que, si vous ne l'aviez pas deviné,

le nom de ces frères et sœurs était

Odorat,

Goût,

Ouïe

et Toucher.

Il n'y avait pas de "laid"

ni de "belle" dans leur monde.

"Mais, lequel d'entre nous est quoi ?" demandèrent-ils

à leur frère.

"Puisque vous ne pouvez pas le savoir,

vous ne devriez pas vous en soucier," répondit-il.

Et sur ces mots,

il s'en alla.

"Attends !

"Quel est ton nom ?"

lui demandèrent-ils ?

"Mon nom est Vue,"

répondit-il.

Puis, il partit sur son cheval,

les laissant seuls avec leurs interrogations.

Bientôt,

la famille se disputa

pour savoir lequel était beau

et lequel était laid.

Chacun d'eux passait tant de temps à réfléchir aux propos de Vue

que le parfum perdit son odeur,

les gâteaux perdirent leur goût,

la musique

perdit toute son harmonie

et la soie devint rêche

et cassante.

Puis un jour, enfin, ils se retrouvèrent

unis comme avant

et ils décidèrent d'oublier ce que Vue avait dit.

Parce qu'avant sa venue,

ils étaient tous parfaitement heureux.

Et très vite,

ils furent heureux à nouveau.

Parce que...

ils décidèrent

que rester tous les quatre,

ça leur suffisait.

Ainsi, ils vécurent heureux ensemble pour toujours.

[Maghra chantonne]

[Paris] Ho hé.

Ouh ouh.

J'ai apporté

un cadeau pour tes enfants.

C'est demain, leur anniversaire.

Depuis le dégel de la rivière, tu n'en as pas parlé.

De quoi ?

Nous avons attendu ce jour

pendant 12 ans, Maghra.

Bien sûr, tu es évidemment libre de ton choix.

C'est gentil de ta part.

Si tu penses qu'ils sont encore trop jeunes...

Combien de temps vas-tu attendre ?

Baba Voss et moi avons pris une décision.

Ce qui est enterré restera enterré.

Pour toujours.

C'est ça, ton choix ?

C'est notre choix.

Rien ne nous séparera, même pas toi.

Pour qu'ils continuent

à grandir les yeux clos.

Et vivre toute leur existence ici et rien qu'ici ?

Oui, pour vivre. C'est tout ce qui compte, non ?

C'est ce que je veux, qu'ils vivent.

Si leur secret était révélé, si le contenu de la malle les éloignait,

si quoi que ce soit arrivait, et encore mille autres "si",

ils seront brûlés.

Si les livres leur ordonnent de quitter le village,

les prédateurs en feront un festin

et ils mourront.

Quand on meurt, nos yeux sont clos pour toujours.

Un jour, quelqu'un nous trouvera, les trouvera.

- Il faut les préparer. - Ça suffit !

Non, ça ne suffit pas.

Cette vie n'est pas suffisante.

Ton excuse ne suffit pas non plus.

Je n'ai pas d'excuse à te donner.

Et Jerlamarel ?

Jerlamarel

ne les a pas élevés.

Il ne les a pas soignés, il ne les a pas bercés,

parce qu'il est parti, il nous a laissés.

Ta voix...

Tu le détestes.

Pourquoi ?

Maghra ?

Et pourquoi tu reportes ta haine sur eux ?

[Haniwa] Maman !

Va-t'en, Paris.

Laisse-moi avec mes enfants.

[Paris soupire]

- Paris ! - Hé.

Entrez, venez vous asseoir.

Mes bébés !

Ou plutôt... mes grands.

Bon anniversaire, mes chéris.

Vous avez douze ans, aujourd'hui.

Quand je pense

que pendant douze ans,

vous avez si bien gardé le secret.

Vous l'avez tellement bien gardé

que je me demande si vous pourriez en garder un autre.

Qu'est-ce que c'est ?

[Paris] C'est un secret pour vous,

et pour personne d'autre.

C'est le plus beau cadeau d'anniversaire

de tous les temps.

Qu'est-ce que c'est ?

Nous pensons que ce sont des livres.

Tenez. Voici les instructions

pour vous aider à entendre ce qu'ils disent.

Des instructions de qui ?

De votre père.

Qu'est-ce que papa y connaît ?

Non.

Je parle de votre vrai père.

Quoi ?

Je le sais de la bouche de votre mère. J'espérais qu'elle vous le dise.

On a déjà un père.

Bien sûr. Et il vous aime

du plus profond de son cœur, Kofun.

Haniwa...

Il y a aussi un homme très bien

qui a secouru votre mère dans le blizzard.

C'est l'histoire qu'elle m'a contée.

Elle était perdue.

Et il l'a sauvée.

Il est resté auprès d'elle.

Quand elle est arrivée dans votre village, vous deux,

les jumeaux, étiez déjà au fond de son ventre.

- Son nom est Jerlamarel. - Non.

- Attends. - Kofun...

Il ne faut le dire à personne.

Tiens. Prends le message et lis-le.

Tu es brave. Allez, sauve-toi.

Peut-être qu'on est des sorciers

et que les histoires sur la vue sont vraies.

Non.

J'ai la vérité dans les mains.

Bientôt, je la connaîtrai et toi non.

Bon, vas-y.

"Il y a bien longtemps,

"la plupart des humains possédait le même pouvoir que vous.

"Les hommes utilisèrent ce pouvoir

"et le pouvoir de leur esprit, pour conquérir le monde.

[Haniwa] "Ils construisirent des machines pouvant voler

"et parcourir des milliers de kilomètres.

"Ils purent même quitter la Terre dans des vaisseaux géants.

"Mais leur pouvoir était tel

"que la population de la Terre prit trop d'ampleur

"et finit par la détruire.

"Certains disent que la vue leur fut retirée par Dieu

"pour sauver la planète de la destruction.

"Après de nombreuses années,

"le don de lumière réapparut,

"uniquement chez certaines personnes élues

"qui avaient pour mission de reconstruire le monde.

"Je suis votre père.

"Et je vous ai transmis ce don.

"Il est de votre devoir de l'utiliser à bon escient.

"Instruisez-vous grâce aux livres.

"Je les ai choisis avec soin.

"J'ai aussi laissé les instructions pour votre voyage

"quand vous vous sentirez assez forts pour quitter le village.

"Quand vous viendrez,

"je vous attendrai.

"Ensemble, nous commencerons un monde nouveau.

"Avec toute mon affection,

"votre père qui vous aime,

"Jerlamarel."

T'en penses quoi ?

Tu as ouvert la malle.

[Paris] Oui.

Sans ma permission.

Jerlamarel leur a sauvé la vie et la tienne aussi

quand vous avez été attaqués par un ours.

Il a construit un pont.

Il a guidé notre clan en sécurité jusqu'ici.

Il t'a fait qu'une seule requête.

Laisse-les s'instruire.

Laisse-les découvrir la vérité

et laisse-les choisir.

Maghra veut brûler les livres.

- Alors ne lui dis rien. - Et mentir ?

Tu as dit aux jumeaux

pendant des années que tu étais leur père.

Cela par bonté.

Aujourd'hui, tu dois être bon pour Maghra.

Se taire n'est pas mentir.

Je les ai entendus parler de partir.

Un jour, ils devront partir.

- Et quand ils quitteront... - Non.

Quand ils quitteront le village,

ils trouveront la connaissance par les livres.

Baba Voss, tu es quelqu'un de bien.

- Mais tu ne l'as pas toujours été. - Ça suffit.

On se cache,

mais le monde autour n'a pas changé.

Mais tes enfants, tes jumeaux,

vont peut-être le changer.

Ils sont l'espoir, Baba.

Pense à ce que tu as vécu,

aux actions que tu as commises.

Paie ta dette envers le monde.

Se taire n'est pas mentir.

[léger fracas]

Baba ?

Ne gâche pas une bûche.

Je vais te réchauffer.

Est-ce que ça va ?

Oui.

Tout va bien.

Hum...

Viens contre moi.

[rires]

Qu'est-ce que t'as ?

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Et toi ?

1984

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