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Eliza Scarlet, encore vous !
Vous croyez être quelqu'un d'important ?
Pour qui les règles ne s'appliquent pas ?
Vous vous trompez.
Vous n'êtes pas importante.
Loin de là.
Eliza Scarlet, vous m'écoutez ?
Très bien.
Pour vous le faire entrer dans le crâne,
vous allez écrire cent fois...
"Peu importe qui je suis."
Allez, au travail !
"Peu importe qui je suis."
Quoi que vous croyiez que je sache, vous vous trompez.
Vous avez fouiné partout.
Posé des questions.
Et vous voilà chez moi !
Je vous expliquerai tout, mais pas ici.
A Scotland Yard.
Car c'est là que vous allez, M. Skinner.
Maintenant.
Bonsoir, Miss Scarlet.
Brigadier Fitzroy, messieurs... Toujours aussi ponctuels !
Comme promis, je vous livre
M. Silas Skinner,
incendiaire, braqueur et maître chanteur.
Embarquez-le.
Qui êtes-vous ?
Peu importe qui je suis.
Vous voilà, brigadier Fitzroy.
J'ai dû relire votre message trois fois, inspecteur.
Je n'y croyais pas !
Le grand Abraham Barratt, mort !
Vous êtes donc un admirateur ?
En effet, inspecteur.
Il n'y a pas meilleurs
que Barratt et Kapoor, à part Gilbert et Sullivan.
Je me suis souvent demandé...
Pardon. Ce n'est pas le moment.
Continuez.
Brièvement.
Je me suis souvent demandé
quel rôle je préférerais tenir dans un tel duo.
Celui du compositeur, comme ce malheureux M. Barratt,
ou du librettiste, comme M. Kapoor.
Et votre conclusion ?
Je préférerais écrire.
Mais composer, c'est très bien aussi.
Notre homme est mort, il ne sera pas offensé.
M. Kapoor est le dernier à l'avoir vu vivant.
Un machiniste les a vus se disputer après la représentation.
Vingt minutes avant le coup de feu.
La presse a toujours parlé de tensions entre eux.
Quoi qu'il en soit,
j'adore leurs opérettes.
Ce soir même, j'espérais pouvoir assister à la dernière
de "La Reine des Ombres", mais c'était complet.
Pourriez-vous imaginer plus décevant ?
Oui.
Plusieurs choses.
Nous avons donc une balle tirée en plein coeur.
D'après la brûlure de la chemise, c'était à bout portant.
Mais pas l'arme du crime.
Nous avons malgré tout ce gant taché de sang.
Comme le défunt porte les siens, il doit appartenir au tireur.
Un coffre-fort déguisé en miroir ?
Ingénieux !
Un coffre-fort vide.
Serait-ce un vol ?
Possible. Ou une mise en scène.
Commençons par M. Kapoor.
Faites fouiller son domicile.
Puis amenez-le au poste.
Brigadier Fitzroy.
Inspecteur ?
C'est un suspect. Pas d'autographe.
Bien sûr.
Brigadier Phelps.
- Vous n'êtes pas en congé ? - Si.
Mais je viens aider sur l'affaire Barratt.
Inutile.
- Reposez-vous. - Inspecteur.
Pour une telle affaire, il vous faut quelqu'un
qui a de l'expérience.
Je vous l'ai dit, je n'ai pas besoin d'aide.
Alors, pourquoi elle est là ?
Bonjour, inspecteur Blake.
Miss Scarlet, nous avons un problème de communication.
Je vous ai demandé plusieurs fois de ne pas entrer
sans mon accord.
J'ai entendu parler du meurtre d'Abraham Barratt,
le célèbre compositeur.
Vous croyez que changer de sujet me fera oublier votre intrusion ?
- J'ai raison ? - Non.
De quoi s'agit-il ? J'ai du travail.
Mon collègue, M. Clarence Pettigrew,
est à Liverpool pour affaires financières.
Il m'a laissé recouvrer une liste d'honoraires impayés.
Dont ceux de l'affaire Hawkins. Cela fait un mois.
Cela relève de la comptabilité, pas de moi.
Vous travaillez sur l'affaire Barratt ?
La comptabilité est en bas. Troisième porte à droite.
Miss Scarlet, ravi de vous voir !
De même, brigadier Fitzroy.
Comment va M. Skinner ?
Il est en route pour Wormwood Scrubs.
J'ai su qu'on l'avait arrêté.
Silas Skinner nous a trop longtemps échappé.
Bravo, brigadier.
Je n'y suis pour rien. C'est grâce à Miss Scarlet.
Elle nous l'a livré sur un plateau.
Alors, bravo, Miss Scarlet.
Merci, inspecteur Blake.
J'imagine que vous avez quelque chose à me dire, brigadier ?
Oui. M. Kapoor est en salle d'interrogatoire No 2.
M. Kapoor ?
Amil Kapoor ? L'associé de la victime ?
- Oui. - Non.
Merci, brigadier Fitzroy.
J'arrive.
Bien, inspecteur.
Il paraît que vous avez fouillé chez M. Kapoor.
Bonne journée.
Je suis entre deux enquêtes, au cas où...
Ca ira.
Bonne journée.
Mon ami est mort, et on me jette
en cellule pour la nuit, comme un vulgaire meurtrier !
On ne vous a jeté nulle part, M. Kapoor.
Vous ne m'avez donné aucune explication plausible.
Je n'ai pas tué Abraham. Voilà tout.
Juste avant sa mort, un témoin vous a vus
vous disputer.
Je vous l'ai expliqué, inspecteur.
Abraham et moi avons eu des mots.
Rien d'extraordinaire.
A quel sujet ?
Mon épouse fait partie de la troupe.
Il critiquait son jeu, comme toujours.
On a trouvé chez vous un gant blanc
correspondant à celui retrouvé près du corps.
Ainsi qu'un revolver ayant récemment servi.
Les mêmes balles ont tué M. Barratt.
J'ignore pourquoi mon gant était dans le bureau d'Abraham.
Et je n'ai pas utilisé mon revolver.
Mais je vous l'ai répété de nombreuses fois...
Je suis rentré chez moi et n'en ai plus bougé de la soirée.
Personne ne peut le confirmer.
Ma femme était sortie avec la troupe
pour fêter la dernière.
Combien de fois dois-je l'expliquer ?
Vous savez ce qui a pu être volé dans le coffre ?
Non.
Toujours pas.
Et j'ai du mal à penser à autre chose qu'au fait
que mon plus vieil ami est mort,
et que je suis accusé de l'avoir tué.
Je ne peux que vous inculper du meurtre d'Abraham Barratt.
Vous serez incarcéré à la prison de Newgate
durant le temps de l'enquête.
Puis-je vous aider ?
Je cherche Miss Scarlet.
Vous l'avez trouvée.
Je suis Matilda Barratt,
veuve d'Abraham Barratt.
Je devrais pleurer Abraham à mon domicile,
mais quelqu'un m'a supplié d'engager un détective.
Qui donc ?
L'homme qu'on accuse d'avoir tué mon mari.
Son associé ?
M. Kapoor ?
Amil Kapoor n'est pas que l'associé de mon mari,
c'est aussi mon amant depuis un an.
Amil clame son innocence,
mais il a été incarcéré à Newgate.
C'est pourquoi il m'a lancé cet appel.
Je devais m'adresser aux deux plus grandes agences,
Gill et fils et Culpeppers.
J'y suis allée ce matin, mais...
toutes deux ont refusé.
Si M. Kapoor est à Newgate,
les éléments à charge doivent être solides.
Il sera très difficile de prouver qu'il est innocent.
Vous pensez qu'il l'est ?
Je ne sais plus quoi penser.
Je sais que je l'aime et qu'il risque la pendaison.
Amil est marié, et mon mari, pas encore enterré.
Veuillez garder mon implication strictement confidentielle.
Il me faudra tous les faits.
La version de M. Kapoor et tous les éléments contre lui.
A Newgate, il n'aura pas droit à des visites.
Quand bien même, les femmes ne peuvent y entrer.
Mais je trouverai un moyen.
M. Fulton ?
Pardon de vous déranger.
Vous connaissez mon collègue, M. Patrick Nash.
C'est grâce à vous que je lui rendais visite ici.
J'espérais un arrangement similaire pour un autre détenu.
Je connais pas de Nash.
Arrogant ? Irlandais ?
Il vous doit de l'argent.
Très bien.
J'informerai le directeur de votre petite activité secondaire.
Cela vous rafraîchirait la mémoire ?
J'ai besoin de précisions sur votre affaire, M. Kapoor.
La balle qui a tué M. Barratt venait de votre revolver.
Comment l'expliquez-vous ?
Je ne l'explique pas.
Ni la présence de mon gant sur les lieux du crime.
Mais je n'ai pas tué mon associé, je vous le jure.
Je suppose que la police ignore tout de votre liaison avec sa femme ?
Je leur ai caché autre chose.
Après la dernière représentation, hier soir,
Abraham m'a appris que son coffre-fort contenait
le manuscrit d'une nouvelle opérette.
Mais la police m'a dit
que lorsqu'ils ont trouvé le corps d'Abraham,
le coffre était ouvert
et vide.
Quelqu'un a volé le manuscrit ?
Pourquoi l'avoir caché ?
Parce que ça devait être la première production d'Abraham en solo.
C'était la véritable raison de notre dispute.
Il mettait fin à notre collaboration.
Il pensait que ce serait son plus grand succès,
une histoire magique sur un miroir enchanté.
En fait,
Abraham était le véritable génie dans notre duo.
Au début, nous étions à égalité.
J'écrivais les livrets, les histoires et les dialogues,
et il composait la musique.
On a monté une compagnie avec des acteurs et des musiciens.
Nous nous sommes produits dans de nombreux théâtres,
mais il s'est mis progressivement à tout faire.
Le livret
et la musique.
Et...
plus son talent grandissait, plus le mien diminuait.
Le départ d'Abraham signifiait la fin de ma carrière.
Oui.
Vous voyez pourquoi je n'ai rien dit à la police.
C'est un sacré mobile, n'est-ce pas ?
Vous pensez que le voleur est aussi le tueur ?
En effet.
Et qu'il fait son possible pour me faire porter le chapeau.
Qui pourrait faire ça ?
Je vous ai engagée pour le découvrir.
Merci d'avoir patienté.
Miss Scarlet.
Brigadier Phelps.
Une dame n'a rien à faire ici.
Quel vent vous amène ?
Une étude.
Une étude ?
Vous m'intéressez.
J'ai interrogé plusieurs détenus pour mieux cerner l'esprit criminel.
C'est bon, ça. Très bon.
Toujours le mot pour rire, Miss Scarlet.
Trêve de plaisanterie. Répondez-moi.
Je vous ai répondu.
Bonne journée.
En tant que brigadier-chef,
je mène l'enquête sur le meurtre de Barratt.
Je vous soupçonne d'avoir parlé à notre principal suspect.
Je vous demande...
Non.
Je vous ordonne
de me communiquer toute information concernant cette affaire.
La confidentialité, ça vous parle ?
L'accusé est donc votre client.
Bien.
Puisque vous m'avez fait une confidence,
voulez-vous que je vous en fasse une ?
Pas vraiment.
J'ai voulu interroger Mme Barratt sur le meurtre de son mari.
Comme elle était absente,
j'ai parlé à son cocher.
Il m'a raconté
qu'elle avait rendu visite ce matin même
à la "dame détective privée".
Ca m'a fait cogiter.
Vous avez dû parler à la veuve
avant d'aller voir l'homme accusé d'avoir tué son mari.
Vous ne trouvez pas ça intrigant ?
Etes-vous ivre ?
J'attends votre réponse.
Et moi, la vôtre.
Je devrais plutôt demander à l'inspecteur Blake.
Très bien.
J'éclaircirai ça tout seul.
Julius !
As-tu la moindre idée de la détresse dans laquelle je me trouve ?
Mon mari est en prison.
C'est exactement sa place.
Comment oses-tu me parler de cette façon ?
Je te parle de la façon qui me chante.
Ton mari est un meurtrier, Violet.
Tu ne pourras jamais me convaincre du contraire.
Reviens immédiatement t'excuser !
Julius !
C'est typique d'Amil.
Engager une détective privée plutôt que de contacter sa femme.
Quel égoïste !
Il se fiche de savoir si tout cela m'affecte.
Je suis terriblement seule.
Je suis ici, Mme Kapoor,
parce que votre mari clame son innocence.
Si j'arrive à la prouver, il pourra rentrer.
Le soir du meurtre, vous étiez sortie
quand il est rentré ?
Nous fêtons toujours la dernière.
J'ai donc dîné avec le reste de la troupe.
Amil devait venir, mais on ne l'a pas vu.
A mon retour,
la police fouillait la maison et l'arrêtait.
Vous imaginez mon humiliation ?
Devant tous les voisins !
Cet homme a détruit ma vie.
Il n'a eu de cesse de me décevoir.
J'aurais fait une magnifique Reine des Ombres.
Comme d'habitude, Amil n'a pas tenu ses promesses.
On me cantonne aux rôles de dames de compagnie.
Toujours la demoiselle d'honneur, jamais la mariée.
L'homme qui s'emportait contre vous semble croire votre mari coupable.
Au diable Julius !
C'est un écervelé sans talent qui a la folie des grandeurs.
Il va être insupportable aux funérailles de son frère.
Il va tout rapporter à lui et à son chagrin.
C'est le frère d'Abraham Barratt ?
Ca ne lui a pas servi.
Il a toujours cherché à imposer ses textes
qui n'étaient jamais assez bons.
Il ne doit sa place de violoniste qu'à la pitié de son frère.
C'est un musicien exécrable.
Je viens ici pour ranger ma loge
et je dois supporter les invectives de ce grossier personnage.
Ce n'est pas un gentleman. Pas du tout.
J'ai entendu dire, Mme Kapoor...
C'est faux.
J'ai toujours été fidèle à Amil.
J'ai entendu dire que M. Barratt
avait écrit une nouvelle opérette. En solo.
En solo ? Quelle absurdité !
Mon époux ne l'aurait jamais toléré.
Ils collaboraient.
Toujours.
Vous ne savez rien d'une nouvelle production
sur un miroir magique ?
Un miroir magique ?
Avec un rôle féminin de premier plan ?
Il paraît que vous enquêtez pour le compte d'Amil ?
Les nouvelles vont vite.
Eh bien...
J'aurais deux ou trois choses à vous dire sur lui.
Et son épouse abjecte.
Amil est arrogant et snob.
Beaucoup le détestent.
Y compris sa femme.
Vous la croyez capable de meurtre ?
Violet ne déteste pas que son mari.
Elle haïssait aussi mon frère.
Et c'était réciproque.
Abraham disait d'elle
que le seul rôle qu'elle ait joué convenablement
a été celui de la femme amoureuse pour pouvoir épouser Amil.
Je vais vous dire le genre de femme qu'est Violet Kapoor.
Pendant que son mari croupit en prison,
elle continue de jouer
dans n'importe quel cabaret qui veuille d'elle.
Elle ne pense qu'à devenir célèbre.
A rien d'autre.
Certainement pas à son mari.
"Alice fixait le Lapin Blanc se débattant avec sa liste,
"très curieuse de voir le prochain témoin.
"Imaginez sa surprise
"quand elle entendit le Lapin Blanc appeler de sa petite voix aiguë :
"Alice ?"
Il est l'heure de dormir, il y a école demain.
Je déteste cette école, papa.
Ca va s'arranger. Je te le promets.
Eliza Scarlet aimait l'école ?
Eliza Scarlet ?
Qui est-elle ?
Elle est venue il n'y a pas longtemps.
Tu étais en retard pour l'école.
C'est une policière ?
Ca n'existe pas, ma chérie. Elle est...
détective privée.
C'est permis ?
Fini, les questions.
Alice va se coucher, et toi aussi.
Comment tu sais ça ?
Parce que...
quand je referme le livre, Alice s'endort.
Et demain soir,
pour le prochain chapitre,
elle se réveillera, par magie.
Tu dis des bêtises, papa.
Je sais.
- Bonjour, inspecteur Blake. - Miss Scarlet.
Vous avez une seconde ?
Pour parler de l'affaire Barratt ?
Puisque, paraît-il, M. Kapoor est votre client.
Le brigadier Phelps vous a dit...
Phelps est en congé.
Pardon ?
Un de mes hommes vous a vue à la prison de Newgate.
J'ignore comment vous vous y êtes faufilée
et je ne veux pas le savoir.
Je travaille pour M. Kapoor,
mais nous pourrions partager quelques informations.
Très bien. Qu'avez-vous ?
Pour l'instant, je sais juste qu'il y a des éléments contre lui.
Ils sont accablants.
Mais ce genre d'affaire est rarement limpide.
Ne devrions-nous pas changer de perspective ?
Il n'y a pas de "nous".
Et si chacun posait une question de son choix ?
Très bien. Votre question ?
Les éléments contre M. Kapoor,
le gant, le revolver... Puis-je y avoir accès ?
Non.
Petite, vous aimiez l'école ?
Pardon ?
C'est ma question.
Une question sur l'affaire !
C'est la question de mon choix.
J'étais au pensionnat.
Les religieuses et mes camarades étaient cruelles.
Je détestais ça.
Merci, Miss Scarlet. Bonne journée.
Excusez
mon retard.
J'ai bien reçu votre message, mais j'étais occupée
par l'affaire de M. Kapoor.
- Vous avez réussi à voir Amil ? - Oui.
Il m'a appris quelque chose.
Votre mari aurait écrit une nouvelle opérette,
en solo.
Vous étiez au courant ?
En solo, sans Amil ?
Non. Je l'ignorais.
M. Kapoor pense que le manuscrit a été volé
le soir du meurtre.
Si Amil le dit, ça doit être vrai.
Mais sachez
que sa relation avec Abraham était de plus en plus tendue.
Mon mari a pu mentir pour le contrarier.
Comment va Amil ?
Vu les circonstances, très bien.
Pouvez-vous l'aider ?
J'y travaille.
Merci.
J'ai besoin d'espoir.
Toute la journée, je vois défiler des pleureuses
vêtues de noir.
Je n'ai jamais compris cette lubie de couvrir les miroirs.
L'idée qu'ils piègeraient l'esprit du défunt
est étrange. Vous ne trouvez pas ?
On observe beaucoup de coutumes étranges
sans se poser de questions.
Vous aviez
quelque chose à me dire ?
Un homme prenait des photographies devant la maison, ce matin.
Je lui ai envoyé ma domestique, mais il a filé sans dire un mot.
Peut-être était-ce un journaliste qui a su pour Amil et moi ?
Si ça se sait, ça fera un scandale.
Décrivez-le-moi.
Cheveux roux, barbe rousse.
Il titubait comme s'il avait bu.
Comment vous m'avez trouvé ?
Je suis détective privée.
Puis-je entrer ?
Non.
L'inspecteur Blake m'a dit que vous étiez en congé.
Pourquoi m'avez-vous menti ?
Quelqu'un qui vous ressemble
a pris des photographies devant la maison de Mme Barratt.
Dites-moi tout
ou j'informe l'inspecteur Blake que vous enquêtez sans son accord.
Phelps ?
Charlie !
Ma femme est partie il y a quelques mois.
Elle a emmené les enfants chez sa soeur.
J'ai commencé à boire un peu.
Enfin, beaucoup.
Le propriétaire m'a mis à la porte
et je me suis retrouvé ici.
Tout ça, à cause de lui. De Blake !
Votre femme vous a quitté à cause de l'inspecteur Blake ?
Après vingt ans dans la police,
être promu inspecteur a été le plus beau jour
de ma vie.
C'était temporaire, mais j'étais sûr qu'au final,
ce serait permanent.
Puis il a débarqué, ce Blake.
On m'a laissé tomber comme une vieille chaussette.
J'ai commencé à boire.
Et ma bourgeoise m'a quitté.
Je ne saisis toujours pas pourquoi vous enquêtez sur l'affaire Barratt.
Je sais comment mes supérieurs me voient.
Un bon à rien qui devrait être à la retraite depuis des années.
Je voulais leur montrer de quoi j'étais capable.
Et trouver un indice qui leur aurait échappé.
Il y a...
un poste d'inspecteur à pourvoir, à Bow Street.
Résoudre une telle affaire pourrait m'aider à l'obtenir.
J'ai pris un appareil à Scotland Yard
pour photographier le monde de Barratt.
Sa maison, le théâtre...
Mais j'avais trop bu pour ça.
J'ai à peine pu photographier quelques comédiens.
Son frère...
Julian...
Julius ?
Quelle perte de temps.
Ils ont peut-être raison.
Je suis un bon à rien.
Vous allez tout raconter à Blake.
Il aura une excuse pour me virer.
Je ne le dirai à personne.
Je sais, en tout cas, que vos collègues vous respectent.
Fitzroy, peut-être, mais il aime tout le monde.
Pas seulement Oliver.
Beaucoup chantent vos louanges.
Ils n'apprécient pas toujours vos manières,
mais aucun ne remet en question vos compétences.
Puis-je vous prodiguer un conseil ?
Arrêtez de vous apitoyer sur vous, buvez moins de whisky, et...
- Rangez un peu. - C'est pas ma faute.
On m'a cambriolé !
Cambriolé ?
Faut dire que la porte ferme mal.
Foutu taudis !
J'ai pas grand-chose.
Mais ils ont pris l'appareil photo et les plaques.
Et maintenant, je vais devoir rembourser Scotland Yard.
Dieu sait comment, je suis fauché !
Je vous fais un autre café ?
Non. Il était infect.
Alors ?
Plusieurs coups de couteau.
La plupart par-derrière. Un dans le cou.
D'après la propriétaire, il s'agit de Julius Barratt,
le frère d'Abraham Barratt.
Qu'a-t-on trouvé sur lui ?
Une montre et un portefeuille.
Avec ceci à l'intérieur.
J'ai donné ma carte à Julius au cas où un détail lui reviendrait.
Quel choc d'apprendre sa mort.
Il est possible que le meurtre de Julius Barratt
n'ait aucun lien avec celui de son frère,
mais je miserais sur un seul et même assassin.
C'est la piste que nous devrions suivre.
Encore ce "nous" !
N'oublions pas que c'est moi qui vous ai prévenu
que ce ne serait pas limpide.
Vous trouvez convenable de conclure par un "je vous l'avais bien dit" ?
C'est buvable ?
Tout juste.
Pourquoi m'avoir demandé si j'avais aimé l'école ?
Ah, ça.
Ma fille a du mal avec ses professeurs.
Et avec ses camarades.
Elle a toujours eu du mal à se faire des amis.
Je sais que sa mère lui manque.
Je fais mon possible pour combler ce vide.
Mais...
A l'école, on me faisait constamment sentir...
sans importance.
Sans valeur.
Mais j'ai eu de la chance.
Mon père me faisait sentir exceptionnelle.
Sophia vous a.
D'après ce que j'ai vu, vous êtes un très bon père.
Il y a longtemps que votre femme est décédée ?
Trois ans.
Presque jour pour jour.
J'espérais que cette année serait plus facile.
Heureusement, mon travail me tient occupé.
Le travail aide en effet à oublier ses peines de coeur.
A propos du travail...
Après ce second meurtre, je dois vous dire une chose.
Mon client, M. Kapoor,
pense que quelque chose a été volé dans le coffre d'Abraham Barratt.
Un manuscrit.
Une opérette que M. Barratt avait écrite tout seul.
Il mettait fin à leur collaboration.
Je comprends pourquoi Kapoor nous l'a caché.
C'est un sérieux mobile.
Julius Barratt croyait Violet Kapoor capable de tuer Abraham
et de faire accuser son mari.
Et si, démasquée par Julius, elle s'était débarrassée de lui ?
Si Violet Kapoor était la coupable,
que tirerait-elle du manuscrit ?
C'est une actrice qui rêve d'un rôle principal.
Elle tuerait sa propre mère pour ça.
Donc, elle vole le manuscrit,
tue Barratt, sème des indices contre son mari,
pour produire ce spectacle sous son propre nom ?
C'est tiré par les cheveux.
Ce sont des gens de théâtre,
pas des gens ordinaires.
Viens dans le jardin, Maud
Je suis là, seule, à la porte
Où étiez-vous ce soir, vers 20 h ?
J'étais ici. Je répétais.
La dernière fois que vous avez vu Julius ?
L'autre jour. J'avais rendez-vous avec un producteur.
Pour rien, bien sûr. Plus personne ne veut m'engager.
On ne s'intéresse plus qu'au fait que mon mari est un meurtrier.
Le rapport avec Julius Barratt ?
En sortant de mon rendez-vous,
je l'ai vu qui attendait de voir le même producteur.
Il essayait de sortir de l'ombre de son frère
en vendant sa propre musique.
Non qu'elle ait jamais intéressé personne.
C'est la dernière fois que je l'ai vu.
Comment s'appelle ce producteur ?
Avez-vous songé
à faire du théâtre, ma chère ? Vous avez un visage d'ange.
N'ai-je pas raison, inspecteur ?
M. Cinelli, ne nous égarons pas.
Vous parliez de M. Barratt.
Oui.
Le pauvre Julius se croyait aussi talentueux que son frère.
Il avait une haute opinion de sa personne.
Il a même fait graver ses initiales sur l'étui de son violon.
JB en lettres d'or.
Comme si quelqu'un voudrait le lui voler !
Pardon.
Vous aviez bien rendez-vous mardi avec M. Barratt ?
Ces pommettes !
Ces pommettes enflammeraient les coeurs les plus froids.
Et ces yeux ! Je ferais de vous une vedette.
C'est très gentil, M. Cinelli,
mais je n'ai ni l'envie ni le talent pour le théâtre.
Quand une femme est aussi belle que vous l'êtes, ma chère,
nul besoin de talent.
Pour l'amour du ciel ! Oubliez la reconversion
de Miss Scarlet. Elle vous a posé une question.
Veuillez m'excuser, inspecteur.
J'ai touché un point sensible.
Oui, on avait rendez-vous mardi.
Il m'a dit qu'il avait écrit une nouvelle opérette.
Il l'enfermait dans son étui à violon,
comme un grand secret.
Pendant qu'il se préparait à jouer,
je m'attendais au pire, comme toujours.
- Mais ce ne fut pas le cas ? - Non.
Pas du tout. C'était absolument prodigieux.
Son chef-oeuvre.
Pouvez-vous nous en parler ?
Le titre devait être retravaillé,
mais la musique était exquise.
C'était une histoire d'alchimie,
de sorcellerie et de magie.
"Le Miroir enchanté".
Il vous fait la cour ?
Vous lui plaisez.
Quel idiot.
Je suis d'accord.
- Alors, l'affaire ? - Oui, l'affaire.
Si Julius a volé le manuscrit, c'est peut-être lui, l'assassin.
Mais qui l'a tué, lui ?
Allons au domicile de Julius, et voyons ce qu'on y trouve.
J'aurais dû l'arrêter, il ne ferait plus le malin.
- Qui ? - Cinelli.
L'imprésario.
Un bel imbécile, oui.
Cinelli a dit que le manuscrit était enfermé dans un étui à violon.
Qui n'est pas ici.
Il a dû souffrir d'avoir un frère aussi brillant.
J'ai assisté à une conférence sur la rivalité entre frères.
Au Royal Institute.
Rechercher l'attention de nos parents
assure notre survie.
On lutte pour être reconnu
afin d'émerger de la tribu.
Nous sommes sept enfants.
Vous vous entendez bien ?
Oui.
Quand on ne se voit pas.
Vous...
Vous devez être fille unique.
Comment avez-vous deviné ?
Indépendante.
Ambitieuse.
Déterminée.
Qui manque parfois d'assurance.
Vous avez réponse à tout.
J'ai l'avantage d'avoir la même à la maison.
J'aimerais que votre père soit là pour me conseiller.
Il dirait que vous avez du pain sur la planche.
Inspecteur Blake.
Je doute fort que ceci appartenait à Julius Barratt.
En fait...
Il les a volées.
Et je sais à qui.
L'appareil a été volé chez vous ?
Oui, inspecteur.
Les plaques également.
Quel rapport avec vous ?
Vous ne travaillez pas sur l'affaire Barratt.
Le brigadier est une vieille connaissance.
Il a parfois la gentillesse de m'aider dans mes enquêtes.
Gracieusement, pendant ses congés.
Le brigadier Phelps vous aide, gracieusement ?
Oui.
Je lui ai demandé de prendre des photographies
pour mieux cerner les suspects du meurtre de Barratt.
C'était plus discret de faire appel à lui.
Puisqu'il ne travaille pas sur l'affaire.
C'est la vérité ?
Reste à savoir
pourquoi Julius a volé les plaques.
Il a dû suivre Phelps et s'introduire chez lui.
Pourquoi prendre ce risque ? Qu'ont-elles de si important ?
Entrez.
Les photographies développées, inspecteur.
Parfait.
Voyons ça.
Intéressant.
Très intéressant.
- Elles sont très bonnes. - En effet.
Grâce à vous, brigadier, nous tenons le coupable.
Julius et moi discutions de la musique pour l'enterrement.
Quelle importance ?
Nous avons aussi cette photo de vous, Mme Barratt.
Il y a des initiales dorées sur cet étui à violon.
JB comme Julius Barratt.
Qu'insinuez-vous ?
Que vous avez volé son étui
car vous saviez qu'il contenait le manuscrit.
Dont vous prétendiez ignorer l'existence.
C'était le sujet de votre discussion.
Il voulait récupérer son manuscrit.
J'ignore tout de ce manuscrit.
Fouillez la maison. Vous ne trouverez rien ici.
Inutile de fouiller, Mme Barratt.
Nous savons où il se trouve.
Ce miroir n'était pas là lors de ma dernière visite.
Inspecteur, ai-je raison de penser
que la police a transféré les effets de M. Barratt
de son bureau à son domicile ?
Tout à fait, Miss Scarlet.
Et ce miroir était dans son bureau ?
En effet.
Que faites-vous ?
Je suis en deuil !
"Le Miroir enchanté" d'Abraham Barratt.
J'ai menti pour le manuscrit.
Mais ce n'est pas un crime
de reprendre le bien de son défunt mari.
Non.
Mais c'en est un d'assassiner la personne qui le lui a volé.
Je n'ai assassiné personne !
Pourquoi vous aurais-je engagée ?
Oui, vous m'avez engagée,
après m'avoir dit que les deux plus grandes agences,
Gill et fils et Culpeppers, avaient refusé votre offre.
Nous leur avons rendu visite avant de venir ici,
mais personne là-bas ne se souvient de vous, Mme Barratt.
M. Kapoor le voulait,
mais vous n'avez contacté aucune de ces agences.
De peur qu'elles prouvent son innocence.
Vous leur avez préféré Miss Scarlet,
une détective travaillant seule,
incompétente à vos yeux.
Vous l'avez sous-estimée.
Pourquoi vous débarrasser de votre amant ?
Parce qu'à l'instar de mon mari, il m'était infidèle.
Tous deux me fatiguaient.
Les fameux "Barratt et Kapoor".
Le plus grand duo d'imbéciles égocentriques et prétentieux !
Votre plan était de vous débarrasser d'eux.
Mais après ?
Plus tard, j'aurais feint de découvrir l'opérette
derrière le miroir.
J'aurais produit le spectacle en mémoire de mon mari
et bénéficié de son aura.
J'aurais eu l'attention du monde entier.
A défaut d'avoir eu la sienne.
La leur.
Je me croyais seule à connaître ce manuscrit.
Je me trompais.
Julius le connaissait aussi.
Après avoir tué Abraham, j'ai entendu des pas.
Je me suis cachée derrière un rideau et j'ai vu Julius entrer.
Il était choqué, mais il n'a pas appelé les secours.
Il est allé tout droit au coffre.
Il savait où était la clef. Il a pris le manuscrit.
Dire que mon mari ne se fiait qu'à son frère Julius et à moi.
Vous l'avez tué aussi.
J'aimais vraiment Matilda.
Mais j'avoue avoir surtout séduit par le fait
qu'elle était mariée à Abraham.
Mon grand ami devenu mon plus grand rival.
C'était ma façon de me venger.
J'en ai payé le prix fort !
Abraham aussi.
Qu'allez-vous faire ?
J'ai besoin d'un remontant.
J'ai ce qu'il vous faut.
Vos talents sont infinis, Miss Scarlet.
"'Présente ! ' s'écria Alice,
"oubliant, dans la fièvre du moment,
"qu'elle avait considérablement grandi.
"Elle se dressa si brusquement..."
Mes camarades m'ont encore embêtée.
Pour quelle raison ?
Elles disent que Miss Scarlet n'existe pas.
On se fiche de ce qu'elles disent.
Ce sont des idiotes.
Un gros mot, papa !
"Idiote" n'est pas un gros mot. Pas plus que "nigaude".
Qui leur va très bien.
Eliza Scarlet
existe vraiment. Hein, papa ?
Elle existe, mon coeur.
Bel et bien.
Vous vouliez me voir ?
J'ai relancé la comptabilité.
Voici votre dû pour l'affaire Hawkins.
Merci.
Autre chose. Seriez-vous disponible plus tard ?
Par plus tard, vous pensez à...
Cet après-midi.
Cet après-midi ?
- A quoi pensiez-vous ? - A rien. Je serai à mon bureau.
Parfait. J'ai un service à vous demander.
Sophia,
tu te rappelles Miss Scarlet ?
Bonjour, Sophia.
Bonjour.
Ceci est son bureau.
Tu vois ?
Miss Scarlet est détective privée.
Elle existe.
Quel soulagement de l'apprendre.
Je vais te faire visiter.
Tu pourras raconter ça à tes camarades.
Je ne te promets pas qu'il soit bien rangé.
Adaptation : Eric Bigot
Sous-titrage : IMAGINE
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