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Original subtitles

C'est pour le New York Times ?

Non. D�sol�, je...

J'�cris pour divers magazines, mais cette d�marche est personnelle.

Personnelle ?

Oui, d�sol�. C'est un probl�me ?

Absolument pas. De quoi s'agit-il exactement ?

�a concerne mon fils.

En quoi puis-je vous aider ?

Par moments,

je le regarde,

cet enfant que j'ai �lev�,

dont je croyais tout conna�tre,

et je me demande qui il est.

Il prend toutes sortes de drogues,

mais il est d�pendant � la crystal meth, qui est apparemment la pire de toutes.

Je dirais que je suis ici

parce que je veux apprendre

tout ce qui est possible sur...

le sujet.

"Connais ton ennemi", comme on dit.

J'ai deux grandes questions.

Qu'est-ce que �a lui fait et comment je peux l'aider ?

H�pital du comt�. Que puis-je pour vous ?

Mon fils a disparu

et je voulais savoir s'il n'avait pas �t� amen� chez vous

ou si on vous avait signal� un accident.

Nom et description, s'il vous pla�t.

Nicolas Sheff.

S-H-E-F-F.

Il est �g�

de 18 ans.

Il mesure

un peu plus d'1,80 m.

Environ 60 kilos,

peut-�tre moins, je ne sais pas.

Il a les cheveux bruns mi-longs

et les yeux verts.

Merci. Ne quittez pas.

M. Sheff ?

- Nous n'avons personne � ce nom. - Merci.

Les Heureux et les damn�s

Il a disparu depuis deux jours.

Disparu ? Qu'est-ce qui se passe ?

Je sais pas.

Deux jours ? Tu aurais pu me pr�venir avant.

Je ne voulais pas t'inqui�ter.

Je suis sa m�re, David. Tu n'as rien vu venir ?

Non.

Quoi ?

Non, je n'ai rien vu venir. Sinon, j'aurais anticip�.

Je demandais juste, c'est bon.

J'ai peu de nouvelles de lui.

Alors �vite de me donner des le�ons de parentalit�.

Bon Dieu, Vicki.

On peut �viter de se rejeter la faute ?

Qui rejette la faute sur qui ?

Il est cens� venir � L.A. pendant les vacances,

mais il trouve toujours une excuse.

Ce n'est pas de ma faute, si ?

Nic.

Voil� ton petit fr�re.

Soutiens sa t�te.

Salut, Jasper.

Salut, petit gars.

C'est incroyable.

Il tire la langue.

Tu es trop mignon.

Au revoir. Tu me manqueras, cet �t�.

- Toi aussi. - �cris-moi.

Toi aussi.

- Bosse ton fran�ais. - Oui, madame.

Passe un super �t�. Bonjour � maman.

Plus que tout.

Plus que tout.

Viens.

- Tu �tais o� ? - Je dois dormir.

- Tu faisais quoi ? - Fiche-moi la paix.

Les enfants, allez en bas.

J'arrive.

�coute, papa, je suis...

Je suis vraiment d�sol�.

J'ai franchement d�conn�, mais...

�a se reproduira plus, je veux pas retomber dans cette merde.

Entre avec moi.

On aura l'avis de sp�cialistes.

J'ai 18 ans, tu peux pas m'obliger !

C'est all� trop loin, non ?

Tu ne crois pas ?

Viens.

D'accord.

Mais c'est pour toi.

Il doit se soigner, et vite.

Il est encore tr�s intoxiqu�.

Et surtout, il est dans le d�ni.

Vous pouvez l'aider ?

Oui. Vous savez,

beaucoup de nos patients sont ici malgr� eux.

�a ne diminue pas leurs chances.

Nous avons un lit disponible.

Nous pouvons l'admettre pour une cure de 28 jours,

puis faire le point.

Quel est votre taux de r�ussite ?

Dans la fourchette haute, 80 %.

Dans la basse,

25 %.

Il sera suivi au quotidien par un psychiatre et un g�n�raliste.

Nous proposons des r�unions des NA et des AA.

Il sera surveill� de pr�s.

Merci.

La derni�re page.

Plus que tout.

Plus que tout.

Pourquoi tu restes enferm� ?

Tu ne sors jamais de ta chambre. On dirait un vampire.

Je lis.

Je dessine.

Tu sais quoi ? On devrait aller faire du surf.

�a te dit ?

Je suis pass� � d'autres trucs.

Aux �crivains misanthropes totalement d�pressifs ?

Exag�re pas.

- C'est des g�nies. - Je comprends.

�a te passera,

comme � tout le monde.

Quoi ?

Le sentiment d'�tre diff�rent

et seul.

Je me sens mieux, merci.

Pardon, c'�tait...

Je voulais pas dire �a.

C'�tait votre id�e.

Salut, papa.

Nous trouvons qu'il a fait d'�normes progr�s.

Pas vrai, Nic ?

C'est super.

C'est bien.

On devrait parler des semaines � venir.

Je pense que j'ai encore besoin d'aide.

Si vous �tes d'accord, j'aimerais

rester en post-cure ici.

La post-cure est un h�bergement th�rapeutique ouvert.

On le suivrait tous les soirs

et on l'aiderait � trouver un emploi.

Je veux pas entrer en fac.

Pas tout de suite.

Et tu feras quoi ?

J'ai besoin d'�tre ind�pendant.

Fais-moi confiance, papa.

Ce sera bien pour moi.

Il va servir des caf�s toute sa vie ?

Frederick m'a parl� d'un ado � qui un mois n'a pas suffi

et qui fait une cure d'un an.

�vite d'en parler � tout le monde.

Qu'est-ce que �a peut faire ?

Pense � Nic. Quand il reprendra sa vie en main,

autant qu'il ne soit pas �tiquet�.

�a va �tre de ma faute ?

Nic a besoin de plus de temps.

C'est pas grave.

D'accord ?

David Sheff.

Bonjour, M. Sheff. Ici Annie Goldblum, du centre Ohlhoff.

Oui. Bonjour.

Pardon de vous d�ranger, mais c'est au sujet de Nic.

Il est sorti aujourd'hui aux heures autoris�es

et il n'est pas rentr�.

Je suis navr�e.

Mais ne vous inqui�tez pas trop, �a arrive.

Je croyais qu'il allait mieux.

Dites-vous que c'est une �tape normale.

Les rechutes font partie de la gu�rison.

On rechute pour gu�rir ?

�a fait partie de l'apprentissage de Nic.

Et se crasher fait partie de l'entra�nement des pilotes ?

Il rentrera sans doute bient�t.

Vous le cherchez ?

Nous ne sommes plus responsables une fois qu'il est sorti.

Mais s'il souhaite...

S'il vous pla�t.

Vous avez vu un ado tra�ner dans le coin ?

Non ?

Merci.

- � moi le sale boulot. - �a te dit ?

- Planque �a. - On va le partager.

- C'est de la folie. - Tu fumes.

- On partage ! - C'est occasionnel.

On se le fume ensemble.

Arr�te.

Ou je le fume seul.

T'as raison, je me le garde.

Arr�te.

Il m'arrive de tirer sur un joint en soir�e,

mais c'est pas arriv� depuis longtemps.

Vois �a comme le calumet des retrouvailles avec ton fils.

C'est n'importe quoi !

Franchement, tu me sid�res.

Tu postules pour six facs et tu es admis dans toutes ?

Arr�te de douter de toi.

Tu assures.

Donne-moi �a.

Quoi ?

C'�tait bien jou�.

Quoi ?

Merci, c'est sympa...

de ta part.

Tu t'es pas mal drogu�, non ?

Oui, suffisamment.

J'ai exp�riment� des drogues. C'est vrai.

Mais pas de drogue dure. J'ai connu un type...

C'est le moment du sermon ?

D�tends-toi, tout le monde se drogue.

Sois prudent.

C'est juste de la beuh, pour m'�clater. J'en fume seulement

de temps en temps.

Je m�rite de m'�clater un peu.

Tu le "m�rites" ?

�a me permet de m'�vader,

d'oublier la r�alit� d�bile du quotidien.

Qu'est-ce que la r�alit� a de d�bile ?

Tu sais...

tous ces trucs d�biles sans importance.

Ne dis pas des conneries pareilles ou tu finiras par y croire.

Sympt�mes de la crystal meth

Stimulant fortement addictif

Peut provoquer une brusque modification de l'humeur,

rendre agressif et violent.

Merci pour mes affaires, Karen.

Bienvenue chez moi.

Il y a 15 jours,

tu m'as dit n'avoir pris de la meth qu'une fois.

Ton histoire ne tient pas la route, pas vrai ?

�a va plus loin.

- David... - Il faut qu'on sache.

Il faut qu'on sache.

J'ai toujours aim� �a.

Quoi ?

Tout. La beuh, l'alcool,

l'ecstasy, la coca�ne,

le LSD...

Tu prends toutes ces substances

depuis quoi, des ann�es ?

Deux ou trois ans.

Et la meth ?

Juste deux ou trois mois.

Pourquoi ?

Je sais pas.

La premi�re fois, j'ai ressenti...

un bien-�tre que j'avais jamais �prouv�.

Alors j'ai continu�.

Je m'inqui�tais

que tu fumes trop d'herbe. Pendant ce temps-l�,

tu t'envoies toutes les drogues possibles.

Tu te caches

et tu mens.

Pourquoi ?

Je sais pas.

Pourquoi ? Dis-moi.

Je sais pas.

Je croyais qu'on avait une relation � part.

Je te d��ois sur tout. Tu es d��u pour la fac...

� qui la faute ?

Encore r�cemment,

tu lisais, tu �crivais, tu �tais

dans l'�quipe de water-polo.

Et regarde-nous !

On n'est pas ces gens-l�.

�a suffit, tous les deux.

Je suis d�sol� pour tout.

Je suis tellement...

Je suis d�sol�, papa.

Ce que tu as en toi,

tu vas le retrouver.

�a va revenir.

Nic !

Salut, papa.

Alors, New York ?

G�nial. J'ai fait une bonne interview.

- Cool. - Et toi ?

Je vais bien.

Tu es s�r ?

Quoi ?

Qu'est-ce qui se passe ?

On a eu une super s�ance de groupe.

Un des patients a dit qu'il aurait r�v� d'aller en fac.

On discutait apr�s

et il a dit : "Tu peux aller en fac ? Fonce, abruti."

C'est dingue, mais j'ai compris que ce serait b�te de rater �a.

J'adore �crire et je crois

que je suis dou�. J'�cris beaucoup, mais...

c'est clair que j'ai encore

beaucoup � apprendre.

Bref...

J'aimerais tenter ma chance

si vous �tes d'accord.

Je vais en discuter avec Karen et ta m�re.

Tu as vu ton coloc ?

Il a l'air sympa, il est dehors.

Tu vas souffrir.

Je vais faire son �ducation.

Il va vite se mettre � John Zorn.

Je vais y aller.

Plus que tout.

Plus que tout.

C'est un po�me de Charles Bukowski.

Cet homme m'a souvent sauv� la vie.

"J'encha�nais les jobs et les villes.

Je ha�ssais les vacances,

les b�b�s, l'histoire,

les journaux, les mus�es, les grands-m�res,

le mariage,

les films, les araign�es,

les �boueurs,

les accents anglais,

l'Espagne, la France,

l'Italie,

les noix et la couleur orange.

L'alg�bre me rendait fou.

L'op�ra me faisait vomir.

Charlie Chaplin �tait un fumiste et les fleurs, bonnes pour les p�d�s."

Merci.

Viens l�.

Je peux utiliser les toilettes ?

Tu montes, et c'est � gauche.

- Salut, papa. - Salut, Nic.

Comment �a se passe ?

Hyper bien. Tu pourrais me virer de l'argent ?

Injection sans risque

Tu te goinfres toujours de fondue.

Patrick et Phil vont marcher demain.

On est les bienvenus.

Et Jasper et Daisy ?

Ils ne sont pas l�.

- Ils voulaient pas me voir ? - Non.

�a fait mal.

Je vais m'asseoir et accuser le coup.

�a, alors !

C'est Daisy !

Et Jasper !

C'est fou ce que vous avez grandi !

Danemark, 1632.

Nous...

... allons nous pencher sur l'histoire du hula hoop.

Une invention qui a compt�

dans la culture de la paix et de la sagesse.

- Le d�nomm� George... - Hoopulu...

... a eu une id�e.

"Je vais d�velopper cette discipline..."

Je peux prendre la voiture pour aller � une r�union ?

Ce soir ?

Pas de probl�me.

- Tu vas bien ? - C'est juste...

Ils sont d�cha�n�s.

C'est la joie de te voir.

� demain matin.

O� il est ?

Je l'ai pas pris !

O� il est ?

Je l'ai pas pris !

Les enfants !

O� il est ?

Les enfants, arr�tez !

Qu'est-ce qui se passe ?

Elle a pris mon argent.

C'est pas vrai.

Allez en bas

voir maman.

- Tu l'as pris ! - Arr�tez.

Je l'ai pas pris, papa.

Je sais.

On va prendre le petit-d�jeuner.

Qu'est-ce qui se passe ?

Il a disparu.

- Tu es s�r qu'il �tait l� ? - Il y �tait hier.

Les �conomies de Jasper ont disparu.

C'est bizarre.

Tu as pris ses 8 dollars ?

- Quoi ? - Tu m'as entendu.

Pourquoi je ferais �a ?

Ils n'ont pas disparu tout seuls.

Donc c'est moi.

C'est carr�ment ridicule.

Tu as repris la drogue ?

Si j'ai repris la drogue ? Non.

Tu es d�fonc� en ce moment ?

J'hallucine. Non. Va te faire foutre.

Ne me parle pas comme �a. Tu es d�fonc� ?

Non.

Tu ne prends pas de drogue ? Tu en prends ?

Non, je suis pas d�fonc�, putain.

C'�tait risqu� de t'envoyer � la fac. On a tous soutenu ton choix.

Je ne regrette pas.

Les rechutes font partie de...

de la gu�rison.

- Nous allons... - Je m'en vais.

O� vas-tu aller ? Ne pars pas comme �a, c'est ridicule.

On peut en parler ? C'est tout ce qu'on demande.

On voudrait essayer de comprendre.

- Laisse-nous t'aider. - Je veux pas de votre aide.

Vous pigez rien. Vous �tes bouch�s ?

Vous voyez pas que vous m'�touffez ?

Vous m'�touffez !

C'est de notre faute, c'est �a ?

C'est toi, le responsable, toi qui te drogues !

Et tu es le seul � pouvoir te sortir de l� !

Spectre-squelette avec coupe cool

Grosse biture

Je g�re.

Quel mal peut faire un comprim� de Percocet ?

Avec le temps, on ne sait plus pourquoi on avait arr�t�.

Avec la drogue, mon monde est pass� en technicolor.

Je ne veux pas perdre �a. Je dis aux gens ce qui les arrange.

Tout s'effondre de plus en plus vite.

Plus je me drogue, plus je me fais honte,

et plus je dois me droguer pour oublier ma honte.

Je suis d�j� trop loin pour regagner la rive.

Pas de meth ici. J'ai d� acheter de l'h�ro.

Je ne peux que continuer sans regarder en arri�re.

C'est pour le New York Times ?

Non.

J'�cris pour divers magazines, mais cette d�marche est personnelle.

Personnelle ?

Oui, d�sol�. C'est un probl�me ?

Absolument pas. De quoi s'agit-il exactement ?

�a concerne mon fils.

Il prend toutes sortes de drogues,

mais il est d�pendant � la crystal meth, qui est apparemment la pire de toutes.

Je dirais que je suis ici

parce que je veux apprendre

tout ce qui est possible sur le sujet.

La crystal meth provoque un sentiment d'euphorie

au moment de la prise.

Pendant la descente, la dopamine chute de 60 %,

et le consommateur

doit augmenter la dose, la doubler, la tripler

pour ressentir quelque chose.

Les d�g�ts sur le syst�me nerveux

provoquent un besoin accru de consommer.

Un cycle infernal.

�a va ?

Je fais des recherches.

Bonjour.

Vous avez faim ?

Je vous offre quelque chose ?

D'habitude, les mecs me demandent une pipe.

Je veux juste vous payer un repas et discuter, si vous voulez bien.

La meth modifie physiquement le cerveau.

Voici les neuror�cepteurs d�t�rior�s d'un consommateur.

Maintenant, regardez �a.

Vous voyez ces deux gros points rouges ?

C'est un signe d'hyperactivit� de l'amygdale, dans le cerveau,

qui est le si�ge de l'angoisse et de la peur.

Cette amygdale hurle.

Cela montre qu'il y a une cause biologique

qui rend les consommateurs de meth incapables, en d�pit de leur volont�,

de suivre les cures de sevrage classiques.

J'ai �t� en d�sintox.

Trois fois. Je me suis barr�e � chaque fois.

Pourquoi ?

C'�tait l'enfer.

Je voulais mourir.

Pourquoi l'enfer ?

Tout leur blabla catho.

Et la meth, quand c'est bon, c'est vraiment bon.

C'est dur � expliquer.

C'est comme la coke,

mais multipli� par mille.

Ou un million.

Qu'est-ce qui va arriver � Nic ?

�coutez, M. Sheff.

Je ne sais pas ce qu'on vous a fait miroiter,

mais le taux de r�ussite est de moins de 10 %.

Et vos parents ?

Quoi ?

Ils doivent s'inqui�ter pour vous.

Vous devriez...

les pr�venir que...

Ils s'en foutent.

Vous vous trompez.

Vous sortez �a d'o� ?

Je dois y aller.

Merci.

Bon Dieu !

Je vais te le dire en klingon. Pr�t ?

- J'ai dit quoi ? - Coca-Cola.

Bravo !

C'est �a.

C'est exactement �a.

Je peux avoir un Coca-Cola ?

Demande-moi

en klingon, et on verra.

�a a pas chang�.

Ce restau...

Comment tu vas ?

�a va super. Je fais...

ce qu'il faut.

�a veut dire quoi ?

Je me prends en main.

J'ai arr�t� tout seul.

�a fait 5 jours.

Pour �tre vraiment tranquille, il me faudrait un peu d'argent.

Je ne peux pas.

Juste 200 $, pour m'organiser et partir � New York.

New York ?

� San Francisco,

il y a trop...

trop de mauvaises ondes dans tous les sens.

Il me faut juste 200 $.

Si on discutait en d�jeunant ? On peut faire �a, non ?

Comment vont Karen et les petits ?

Bien.

Ils te r�clament.

Ils ont leur f�te de fin d'ann�e. Ils aimeraient que tu y sois.

Tu veux me culpabiliser ? Je me sens assez merdique.

Ils auraient aim� que tu sois l�, c'est tout.

D�sol�, papa.

J'ai vraiment besoin de thune.

- Aide-moi, s'il te pla�t. - Et ensuite ?

Je suis sur la bonne voie, j'ai arr�t� depuis 5 jours.

Ce n'est pas flagrant.

Tu proposes quoi ? Une cure ?

Rentre � la maison.

On va te sortir de l�. S'il te pla�t.

S'il te pla�t.

Je me suis document�.

Dis-moi que c'est une blague !

Tu crois ma�triser ta consommation.

Je comprends ta peur.

Je comprends ce qui me pousse

et �a change rien. La folie m'attire.

Je te fais honte parce que je suis plus ton petit ph�nom�ne.

Tu m'aimes pas tel que je suis.

Qui es-tu ?

Je suis moi, tel que tu me vois.

Tu aimes ce que tu vois ?

Un truc me semble clair.

Maman aurait d� avoir la garde.

Parce que tu peux pas t'emp�cher de tout contr�ler.

Tu as le droit de m'en vouloir.

J'ai fait des erreurs et je les regrette.

Mais ce que tu dis est absurde.

Tu recommences !

Tu veux me contr�ler !

- C'est la drogue qui parle. - �a veut dire quoi ?

La terreur psychologique est li�e � l'addiction.

Et ce que tu fais l�, t'appelles �a comment ?

Putain.

Je voulais pas qu'on se dispute.

Je dois y aller.

Laisse-moi te prendre une chambre

pour deux ou trois nuits.

Et si on allait manger quelque chose ?

- Tu pars comme �a ? - Au revoir.

O� est-ce qu'il dort ?

Ne t'inqui�te pas, il va bien.

Il dort peut-�tre chez un ami.

Dauphin.

Peut-�tre.

E. �l�phant.

Je peux l'appeler ?

Son t�l�phone est �teint.

Je peux lui envoyer un message pour si jamais il se sent seul ?

Bonne id�e.

On va faire �a.

Dave !

Ferme les yeux.

Ouvre.

Julie Ford, h�pital Bellevue � New York. Nic Sheff est votre fils ?

M. Sheff. D�sol�, nous nous sommes rat�s.

Nic est toujours en d�tresse respiratoire,

mais il y a un mieux.

Nous allons d�coller.

Puis-je lui parler ?

Non, c'est impossible.

�teignez votre t�l�phone.

Rappelez dans quelques heures.

Dites-lui...

Monsieur.

Dites-lui que je suis en route.

Il est parti.

- Contre avis m�dical. - Il a fait une overdose !

Il a arrach� sa perf et il est parti.

- Il y a longtemps ? - 10 ou 15 minutes.

Je suis navr�e.

J'ai bien r�fl�chi.

J'arr�te la drogue.

Fini.

Crois-moi, papa.

J'arr�te.

Comment tu vois les choses,

apr�s ce qui vient de se passer ?

Si vous �tes dans la r�gion, les consignes d'�vacuation

et les lieux d'h�bergement sont indiqu�s...

� 15 h, on a un rendez-vous t�l�phonique avec le centre du Mississippi,

� 15 h 30 avec celui du Nouveau-Mexique et � 16 h avec celui de l'Oregon.

J'ai regard� celui du Nouveau-Mexique.

C'est 40 000 $ par mois.

Les avis sont mauvais, en plus. On va l'exclure.

S'ils ouvrent effectivement un centre � L.A.,

ce serait la meilleure solution.

J'en saurai plus dans une heure.

L�ve le pied, David. Laisse-moi prendre le relais.

Papa ?

Oui ?

Tu peux venir me voir tous les quarts d'heure ?

Oui.

Endors-toi

N'aie pas peur

Le monstre est parti voir ailleurs

Et ton papa est l�

Tu es mon beau, mon tout beau

Mon beau gar�on

Tu es mon beau, mon tout beau

Mon beau gar�on

Tu prends tes dinos ?

Avant de traverser

Un livre ?

Prends ma main

La vie passe comme un rien Pendant qu'on pense � demain

Tu me fais un c�lin ?

Pourquoi ? Tu es f�ch� contre moi ?

Parce que tu dois partir ?

Mais tu es content de voir maman ?

�coute-moi bien.

Quand tu reviendras, je serai l�.

Je t'attendrai.

On s'appellera si on se manque.

Tu sais combien je t'aime ?

Aucun mot dans aucune langue

ne peut d�crire mon amour pour toi.

Si tu mettais tous ces mots ensemble,

ce serait encore trop faible.

Ce que je ressens pour toi est tout.

Je t'aime plus que tout.

Plus que tout ?

Oui, plus que tout.

C'est ma m�re.

Je suis contente que tu sois venu � L.A.

Tu le sais, non ?

Tu n'imagines pas...

Pas �a, maman.

Pardon.

Je ne pensais qu'� toi.

C'est peut-�tre insignifiant, mais je suis d�sol�.

Je suis d�sol�.

Tu es un amour.

Tu le sais ?

- Allez, l'anc�tre ! - Tu es insolent !

- Pas du tout ! - Oh si !

- Gare � toi ! - Putain !

Tu vas sucer ma roue, gamin.

Petit ingrat.

Comment tu te sens ?

Comme un humain � part enti�re.

Un jour, j'ai essay� la m�thamph�tamine.

�a fait du bien.

J'ai eu l'impression

d'avoir combl� un manque,

trouv� la pl�nitude.

Quelle bonne journ�e !

Je cherche � retrouver cette euphorie, depuis.

Quelle que soit...

la quantit� de meth

ou de n'importe quoi que je m'injecte dans le corps,

ce n'est jamais suffisant.

J'ai fait des cures de d�sintox, je me suis sevr�.

C'est une maladie, c'est s�r.

Mais...

j'ai pas eu le d�clic.

Jusqu'au jour o� je me suis r�veill� � l'h�pital,

et quelqu'un m'a demand� :

"De quoi tu souffres ?"

J'ai r�pondu : "Je suis alcoolique et drogu�."

Il a dit :

"�a, c'est ta fa�on de g�rer ta souffrance."

C'est vrai.

J'ai compris que je devais trouver un moyen

de remplir cet...

immense

trou noir � l'int�rieur de moi.

Quoi qu'il en soit...

Je suis clean depuis 14 mois.

Je bosse dans un centre.

C'est gratifiant d'aider les autres � arr�ter.

J'ai un parrain, Spencer.

Il me montre que la vie est magnifique, sans drogue.

J'ai encore ma famille.

Ma m�re a �t� incroyable.

Mon p�re aussi.

Je veux qu'ils soient fiers de moi.

�a va ?

Qu'est-ce qui se passe ? Tu es nerveux ?

Oui.

Merci de m'�pouser.

Merci d'�tre un compagnon parfait dans un monde imparfait.

Merci de partager ton incroyable fils.

Je serai toujours l� pour toi.

Karen, merci...

de m'aimer.

Et de l'aimer.

Et l�, il me balance : "Superman."

C'est bon de te voir. Salut, Daisy.

Salut, toi.

Salut, Jazzy Jeff.

�a va, mon pote ?

Tu m'as manqu� comme la lune manque au soleil.

Salut, Karen.

Merci pour ton invitation, sinc�rement.

Vas-y, Daisy !

Coucou, ma puce.

Vas-y, Daisy !

Super.

"L'absence

"de cette prot�ine chez le drogu�

"indique une perte de neurotransmetteurs

"et des dommages irr�versibles au cerveau.

"Toutefois, son niveau de VMAT2 est normal."

C'est positif ?

"Normal", c'est positif, oui.

- Vraiment. - Je voulais �tre s�re.

C'est bon.

En gros,

les terminaisons nerveuses ab�m�es de Nic

peuvent se r�g�n�rer.

�a peut prendre deux ans...

Deux ans ?

C'est quand m�me super.

Tu rentres tard.

La r�union �tait g�niale.

Apr�s, on est all�s chez le mod�rateur regarder une vid�o.

Certains de mes potes accompagnants �taient l�.

Pas un coup de fil ?

Ma batterie �tait morte.

Tu veux bien faire un d�pistage ?

Oui, pas de souci.

Tu comprends pourquoi ?

Oui. J'aurais d� appeler pour te pr�venir.

Je te fais confiance, il me faut des preuves.

Plus paradoxal, tu meurs.

Je sais.

Je vais faire le test.

J'ai rien � cacher.

Tu assures.

Vraiment.

485 jours d'abstinence.

C'est...

Je te le laisse dans la salle de bain.

Bonne nuit, papa.

- Je t'aime. - Je t'aime aussi.

Pr�t, Jasper ?

On y va.

Attendez !

Jasper, tu ne vas pas � l'eau.

On n'ira pas loin, jur� !

C'est trop dangereux.

J'ai l'habitude des grosses vagues.

Peut-�tre, mais...

Je resterai tout pr�s.

Nic restera tout pr�s.

Promis, je resterai tout pr�s.

Nic peut y aller.

Toi, non. Pas de discussion.

Tu m'emp�cheras pas.

D'accord. C'est bon.

C'est bon.

On fait un jeu, � la place ?

Tu es une planche ?

Un v�lo de biking ?

Tu es comestible ?

Pas vraiment.

Pas vraiment ?

Plus ou moins.

Tu es une maison ?

Comment tu as devin� ?

Tu sais.

Je lis dans ta t�te.

Tu es un super nageur.

Je viendrai t'encourager � ta prochaine comp�te, OK ?

C'est bizarre de me revoir apr�s tout ce temps ?

Au d�but, oui.

Je croyais que tu aurais chang�,

mais tu es toujours ce bon vieux Nic.

J'ai pass� un week-end g�nial.

Chaque jour est un combat. C'est �a, le monde r�el.

J'en peux plus de vivre dans le monde r�el.

C'est ta maladie qui parle. Elle veut t'isoler pour te tuer.

Je vois pas �a comme une maladie, Spencer.

Tu devrais.

C'est pas un cancer, putain. J'ai fait le choix de tomber dedans.

Oui, tu es tomb� dedans. Je peux en placer une ?

Tu es un �crivain, alors �cris. Tu es dou�. Fais un vrai choix.

Si tu te cames, tu perdras tout. Tu choisiras rien.

Choisis de rester sur la bonne voie.

Voil�. Choisis la bonne voie.

Je te rappelle plus tard. Je me sens d�j� mieux.

Tu m'envoies chier ou quoi ? Je suis l� pour toi, mon pote.

Je fais des steaks ce soir. Viens d�ner.

Entendu.

G�nial, on fait comme �a. � ce soir.

Nic ?

Nic Sheff !

Lauren. Qu'est-ce que tu fais l� ?

�a fait longtemps. Toi, tu fais quoi ici ?

Je voulais...

Quoi ?

Marre de l'abstinence. J'ai envie de m'�clater.

Ecsta pour mon pote.

Je te l'avais dit.

Tu peux apporter de l'eau

et une cuill�re ?

Tiens.

Merci.

Coton et cuill�re.

Putain.

L�, c'est fini.

La vache.

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C'est encore papa.

Je t'ai trouv� tristounet quand tu es parti.

Si tu veux parler, je suis l�.

Tu ne sais pas du tout o� il est ?

Spencer l'a eu en ligne.

Il traversait une phase difficile, mais il tenait le coup.

S'il n'est nulle part et qu'il ne r�pond pas...

Bon sang, Vicki.

Il est parti il y a deux jours et tu ne l'as pas appel� ?

Tu es cens�e veiller sur lui.

Tu es gonfl�. Qui veille sur lui depuis un an ?

Tu aurais pu l'appeler. C'est si compliqu� ?

Tu crois que je n'ai rien � faire ?

Et on ne peut pas le surveiller en permanence.

Tu dois aller voir la police et d�clarer sa disparition.

Arr�te de m'engueuler !

Je t'engueule parce que tu es vraiment...

Tu attends quoi ?

Je ne m�rite pas �a !

�coute-moi.

Fait chier !

Dave ?

Tu peux appeler mon portable ?

Qu'est-ce qu'il y a ?

Il a disparu.

Qui te dit qu'il est � L.A. ?

Il pourrait �tre � San Francisco ou... au Mexique,

si �a se trouve.

Je dois y aller.

J'ai besoin que tu restes.

- Vicki est d�pass�e. - Je m'en fous.

C'est pas le probl�me.

Essaie de te calmer et d'�tre raisonnable.

Parle pour toi.

- Je suis raisonnable. - Tu trouves ?

Non, absolument pas !

Comment je pourrais ? Mon fils a disparu

et je ne sais pas ce qu'il fait ni comment l'aider !

Tu ne peux pas !

J'arrive pas � dormir.

- Tu n'y arrives pas ? - Non.

Bonne nuit, papa.

Bonne nuit.

Vas-y !

L'avion s'envole !

Avion !

Envole-toi !

Avion en vol !

Reste l�.

Attends, ch�rie.

Bon chien.

- Tu boudes ? - Nic avait promis d'�tre l�.

Il a eu un emp�chement.

Je peux l'appeler ?

Non, �a ne va pas �tre possible.

- Pourquoi ? - C'est comme �a.

Il a recommenc� � se droguer ?

On ne sait pas, ch�ri.

Mes pires peurs de p�re sont devenues r�alit�...

Avez-vous vu mon fils ?

Avez-vous vu mon beau gar�on ?

Il me manque.

Allez, Jasper !

Merde.

Lauren.

Am�ne-toi. On doit se tirer.

Qu'est-ce qui se passe ?

On doit se tirer.

J'ai vu Nic.

Quoi ?

J'ai vu Nic et une fille. Ils s'enfuyaient.

Nic !

Restez � l'int�rieur.

Restez � l'int�rieur ! Je ne plaisante pas.

Restez l�.

Plus jamais �a. Tu m'entends ?

On fait quoi ?

�a va aller.

C'�tait trop atroce.

Fait chier !

Allez !

Je suis d�sol�.

911. Je vous �coute.

Bonsoir. Une amie fait une overdose. Il nous faut une ambulance.

- Vous avez pratiqu� une RCP ? - J'essaie.

Vous envoyez une ambulance ?

O� �tes-vous ?

Je sais pas. Localisez l'appel.

Vous �tes toujours l� ?

Levez les yeux.

Vous pouvez lever les yeux ?

Regardez par ici.

On doit vous emmener aux urgences.

Je veux pas.

Il le faut.

Elle veut pas.

- Elle ne va pas bien. - Elle a dit non.

Elle doit y aller. �a vous pose probl�me ?

Je peux appeler la police.

J'y crois pas !

Tu me rejoins l�-bas, hein ?

- Oui. - Promis ?

Je t'aime.

Je t'aime aussi.

Tu viendras ?

Oui, je te dis ! L�che-moi, putain !

Bordel de merde.

David Sheff.

C'est moi, papa.

Nic ?

Par piti�, ne me d�teste pas.

Je sais que j'ai merd�.

Je veux arr�ter, mais je t'en supplie, pas de d�sintox.

Laisse-moi rentrer. Tu sais...

Je me rends compte que...

J'ai besoin de vous, vous me donnerez la force d'arr�ter.

D'accord ?

Je regrette.

J'aimerais pouvoir t'aider,

mais je ne peux pas.

Je ne peux pas.

Aide-moi, je t'en supplie.

Juste encore un peu.

Laisse-moi rentrer !

Tu sais d�j� tout ce que je pourrais te dire.

Tu m'�coutes pas, putain.

Appelle ton parrain.

Je veux te parler � toi.

Fais-toi aider.

Je t'aime

et j'esp�re que tu vas t'en sortir.

Je t'aime aussi.

Je t'aime.

Nicolas a appel�. Il va tr�s mal.

Il va mourir si on ne l'aide pas.

Il mourra, m�me si on l'aide.

On n'a aucune prise sur lui.

J'ai �chou�.

Tu as honte, je sais.

Moi aussi.

Mais tu as �t� formidable.

Karen aussi, alors merci.

Vous avez fait plus que votre part et je n'abandonnerai pas.

Jamais.

Mais je n'y arriverai pas seule.

Tu dois m'aider.

On ne peut pas sauver les gens.

On peut les soutenir, quand m�me.

J'en ai assez.

D'accord ?

D'accord.

JE NE SUIS NI LE RESPONSABLE NI LA SOLUTION

Approchez tous ! La r�union va commencer.

Bonjour.

Ma semaine a �t� dure.

Certains parmi vous le savent, d'autres pas.

J'ai perdu ma Frances. Elle est morte d'une overdose dimanche.

Je suppose que je suis en deuil.

Mais j'ai r�alis� une chose.

En fait, je suis en deuil depuis des ann�es.

M�me quand elle �tait vivante, elle n'�tait pas l�.

Devoir faire le deuil des vivants,

c'est terrible � vivre.

Donc...

c'est peut-�tre...

mieux comme �a.

C'�tait un amour,

une merveilleuse jeune femme.

Je me disais toujours

que je devais rester forte,

au cas o� quelque chose arriverait

et que j'aie besoin de toutes mes forces.

Mais plus rien n'arrivera.

J'esp�re qu'elle ne souffre plus.

Au revoir, Frances.

Bonjour.

Comment va-t-il ?

Le m�decin est avec lui.

C'est un miracle qu'il ait surv�cu avec la drogue qu'il a dans le corps.

Laisse la paix et le bonheur

ouvrir ton �me.

Dans ma jeunesse,

je trouvais ces choses stupides et triviales.

J'avais le sang vici�, l'esprit tordu, une �ducation rudimentaire.

J'�tais dur comme le granit. Je d�daignais le soleil.

Je me m�fiais de tout le monde, surtout des femmes.

J'�touffais dans les pi�ces exigu�s, je fracassais des objets,

je marchais sur le verre, je jurais.

Je cherchais la bagarre, j'�tais sans arr�t mis au ban,

hors de combat et hors de moi.

Les femmes n'�taient bonnes qu'� baiser. Je n'avais pas d'ami homme.

J'encha�nais les jobs et les villes.

Je ha�ssais les vacances, les b�b�s, l'histoire, les journaux, les mus�es,

les grands-m�res, le mariage, les films, les araign�es, les �boueurs,

les accents anglais, l'Espagne, la France, l'Italie,

les noix et la couleur orange.

L'alg�bre me rendait fou. L'op�ra me faisait vomir.

Charlie Chaplin �tait un fumiste et les fleurs, bonnes pour les p�d�s.

La paix et le bonheur �taient des signes d'inf�riorit�,

bons pour les faibles et les simplets.

Tout en poursuivant mes combats de rue,

mes ann�es suicidaires, mes passages de femme en femme,

j'ai peu � peu r�alis�

que je n'�tais pas diff�rent des autres.

Ils �taient tous remplis de haine, p�tris de rancunes mesquines.

Mes adversaires avaient des c�urs de pierre.

Tout le monde tirait, poussait, trichait pour un profit insignifiant.

Le mensonge �tait l'arme d'une intrigue vide.

L'obscurit� faisait la loi.

Prudemment, je me suis autoris� des moments de bonheur.

J'ai �prouv� de la paix dans des taudis en regardant le bois d'une commode

ou en �coutant la pluie dans le noir.

Moins j'avais de besoins, mieux je me sentais.

J'�tais las de ma vie d'avant.

Je n'avais plus de plaisir � avoir le dessus dans une discussion

ou � monter une pauvre ivrognesse

dont l'existence n'�tait que chagrin.

Je ne serai jamais dupe de la vie, je ne goberai pas tous ses poisons,

mais des instants fugaces et magiques m'ont fait m'interroger.

J'ai revu ma copie. J'ignore quand, mais le changement a eu lieu.

Quelque chose en moi s'est d�tendu, adouci.

Je n'avais plus � prouver ma virilit� ni quoi que ce soit.

Je voyais tout � coup les tasses align�es derri�re un comptoir,

un chien marchant sur un trottoir,

la fa�on dont la souris sur ma commode se figeait compl�tement,

son corps, ses oreilles, son museau.

Elle restait l�, tel un �clair de vie.

Ses yeux me fixaient

et ils �taient beaux.

Puis elle disparaissait.

J'ai commenc� � me sentir bien, m�me dans les pires situations.

Elles �taient nombreuses.

Prenez le patron derri�re son bureau.

Il va devoir me virer. J'ai �t� absent trop de jours.

Costume, cravate, lunettes.

Il dit : "Je vais devoir vous renvoyer."

"D'accord," je dis.

Il fait son travail. Il a une femme, une maison,

des enfants, des traites, sans doute une petite amie.

Je le plains. Il est coinc�.

Je sors dans le soleil aveuglant. La journ�e m'appartient, pour un temps.

Le monde est � feu et � sang.

Partout la col�re, le sentiment d'�tre l�s�.

Partout le d�couragement, la d�sillusion.

J'accueille chaque bribe de paix et de bonheur.

Je m'en repais comme d'une p�p�e affriolante :

talons, nichons, bouche goulue � souhait.

Entendons-nous. Il existe un optimisme b�at

qui ferme les yeux devant les probl�mes.

C'est un leurre et une maladie.

La lame a encore fr�l� mon cou, ma main a encore cherch� le gaz.

Mais quand les bons moments sont revenus, je n'ai pas bataill�.

Je les ai accueillis.

Je me suis livr� � eux en b�nissant leur retour.

Une fois, m�me, en regardant mon visage que je croyais laid,

j'ai aim� mon reflet.

Il �tait presque beau.

Un peu ab�m�, certes,

avec son lot de cicatrices et de bosses, mais dans l'ensemble, pas trop mal.

Presque beau.

Mieux que celui des vedettes de cin�, lisse comme un cul de b�b�.

Enfin, j'ai appris � aimer les autres sans m'y attendre.

Par exemple, ce matin,

au moment de partir, j'ai vu ma femme au lit.

Sa t�te �mergeait des couvertures. Rien que la forme de sa t�te, l�.

Je n'oublie ni les si�cles, ni les morts, ni les pyramides,

ni la musique de Mozart qui r�sonne encore.

L'herbe pousse, la terre tourne, la trieuse � courrier m'attend.

En voyant le visage de ma femme tellement immobile,

j'ai senti une morsure au c�ur en pensant � sa vie.

J'ai embrass� son front, quitt� la maison,

pris ma merveilleuse voiture, mis ma ceinture, recul� dans l'all�e.

Une chaleur m'a envahi, des doigts jusqu'� mon pied sur la p�dale.

� nouveau, je rejoignais le monde.

J'ai roul�, pass� les maisons pleines et vides de gens.

J'ai vu le postier, j'ai klaxonn�.

Il m'a rendu mon salut.

Adaptation : Emmanuelle Boillot

Sous-titrage : HIVENTY

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