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...
Musique douce
...
-Le matin de notre rencontre,
Claire Andrieux avait fait une des choses les plus folles
de toute son existence : aller se faire faire une couleur.
Son 1er cheveu blanc lui était apparu à 30 ans
mais elle avait attendu d'en avoir 40 pour les teindre.
Elle voulait une couleur proche de la sienne,
et que ça ne soit pas trop brillant.
-T'es sûre que ce sera pas trop brillant ?
-T'inquiète pas.
Tu verras même pas la différence.
-J'espère un peu, quand même. Sinon je vois pas bien l'intérêt.
Je veux que ce soit joli, mais pas trop.
-Peut-être s'était-elle regardée dans la glace, ce matin-là,
et en avait eu marre de ses cheveux blancs.
...
Son premier rendez-vous de la journée était à 14h
sur le parking du port de Lézardrieux.
...
Téléphone
...
Klaxon
Téléphone Elle halète.
...
-Bruno Caradec ? -Je vous ai appelée, hein.
On avait pas dit 14h ? -Je suis en retard,
mais j'étais coincée derrière un tracteur
et la coiffeuse tardait avec ses mèches.
Parce que j'ai fait des mèches. -Des mèches ?
-Oui. Claire Andrieux.
On peut y aller, mais il faut éteindre votre cigarette.
On fume pas dans ma voiture.
Vous pouvez la finir. Je peux attendre. Je vous ai fait attendre,
vous pouvez me faire attendre. -Je vais l'éteindre.
-Comment ça s'appelle, votre boulot ?
-Régisseur.
Plutôt "repéreur". Je travaillais dans le théâtre,
mais maintenant, je bosse pour le cinéma et la télé.
Je cherche des décors pour des films.
-On fait le même métier, en fait.
-A la différence que je touche pas de com'.
-Je la mérite, ma com'. Qu'est-ce que vous croyez ?
La maison correspond pas exactement à ce que vous cherchez,
mais elle y ressemble.
Vous avez des demandes compliquées, dans le cinéma.
Alors, la cuisine... Entrée cuisine.
Ensuite...
Une salle à manger.
-OK. -On continue ?
Je vous montre là-haut ? -Ouais.
-Admirez-moi cette vue !
La maison est restée dans son jus.
-Hm.
Faut de l'imagination. Même avec un coup de peinture...
-Les propriétaires
seraient pas trop d'accord. En plus, ils sont en cure thermale,
ils sont pas très en forme. -J'imagine.
Très gros cafard, quand même.
-Je me souvenais pas que c'était aussi haut !
C'est juste là.
-On pourra jamais garer les camions, là.
-Vous êtes défaitiste ! On va trouver des solutions.
Vous allez voir, le panorama est spectaculaire.
Il est 16h23, Mme Jouanic.
Vous avez du retard. Je suis avec le monsieur du tournage.
Il semble intéressé.
C'est pas très courtois. Vous auriez pu prévenir.
Je fais quoi, moi, maintenant, avec le monsieur ? Hein ?
Vous avez besoin du décor
pour quand, déjà ? -Pour hier.
-Bon, écoutez, Mme Jouanic, on va oublier, voilà.
Et je ne vous salue pas !
Je suis désolée. -Oh ben...
-Bon, ben, allez, zou.
On dit quoi, pour demain ? Je passe vous prendre à votre hôtel à 10h ?
Ou 10h30. Vous pourrez faire la grasse mat'.
-J'ai pas fait la grasse mat' depuis juin 84, alors...
-Ah bon ?
-Non, c'est une blague. -Ah.
J'avais pas compris.
Musique douce
-Je m'étais dit, en voyant Claire Andrieux pour la 1re fois,
qu'elle ressemblait
à la secrétaire dans "Mad Men". Pas la rousse aux seins énormes,
l'autre, la discrète, qui a un enfant caché.
-Y a quelqu'un ?
...
Gwendal ?
...
Gwendal ?
...
-C'est déjà fini avec votre réalisateur ?
Vous avez fait chou blanc ? -C'est pas un réalisateur,
c'est un repéreur, et on continue les visites demain.
J'ai fait chou blanc avec Mme Jouanic
à qui vous deviez confirmer le rendez-vous.
-Quoi ? Elle était pas là ?
Je lui avais laissé un message, pourtant.
-Hm. Et elle vous a rappelé ?
-Ben, évidemment, sinon je vous aurais prévenue.
-Hm.
-Vous avez fait quelque chose à vos cheveux, non ?
-Oui. -Ah.
Votre visite s'est bien passée ? -Pas de souci.
Ils sont pas intéressés.
Ils trouvent ça petit et loin de la mer.
-Vu leur budget, c'est compliqué. -C'est ce que je leur ai dit.
-Avec des pincettes.
Toujours avec des pincettes.
Il y a eu des appels ?
-Non.
-Il fait chaud. Vous avez remis le chauffage ?
-Ben, non. Téléphone
-Allô ? *-C'est Mme Jouanic.
-Ah. Mme Jouanic. Bien heureuse de vous entendre.
*-J'ai bien eu votre message. -Hm hm.
*Propos inaudibles Ah bon ?
Musique douce
-Gwendal Lequéré travaille depuis 3 ans
dans l'agence immobilière que Claire Andrieux dirige.
Il aura 55 ans dans 2 mois. Il porte des pulls en laine
et des cravates à motifs, ne supporte pas la bière brune
et conduit un Multipla gris.
Tout ce que Gwendal Lequéré fait ou dit
insupporte Claire Andrieux.
...
Les 2 premières années de leur collaboration,
Claire n'entretint aucun contact physique
avec Gwendal Lequéré, sinon un serrage de main matinal,
effectué le plus rapidement possible.
Mais le soir du 24 décembre de l'année précédente,
chacun partant réveillonner,
Gwendal proposa à Claire de se faire la bise
pour Noël, laquelle n'eut d'autre choix que d'accepter.
Gwendal siffle.
-Vous vous êtes fait toute belle !
-Je suis très en retard. Vous fermerez, Gwendal.
-Pas de problème.
Soirée de folie, hein ? Gwendal rit.
Bon... Eclatez-vous bien.
-Depuis, Claire Andrieux et Gwendal Lequéré se font la bise.
*Musique légère
...
-Champagne ? -Oui.
...
-Et pour vous. -Merci.
...
Tintement
-S'il vous plaît,
s'il vous plaît, les amis.
Bon, voilà, on y est.
On a dit oui et...
et maintenant, avant de faire la fête,
avant d'être complètement torchon,
chiffon, carpette, je voulais vous remercier
d'être là avec nous pour partager ce moment
qui est peut-être unique dans la vie. Et surtout, je sais
que certains sont venus de loin dans ce petit coin de Bretagne
où j'ai grandi et que j'aime plus que tout,
et que Pablo a appris à découvrir,
lui, le Parisien invétéré.
Alors, à vous. A vous et à l'amour
qui nous guidera jusqu'au bout de la nuit, j'espère.
A l'amour !
-A L'AMOUR !
-Bravo ! -Bravo !
Applaudissements
...
-Vive les mariés !
...
-J'ai un succès fou, ce soir.
-Félicitations ! -Merci.
*Musique douce
T'as fait quoi à tes cheveux ?
-Des mèches. T'en dis quoi ? -C'est bien.
-Autant Claire trouva d'emblée Gwendal Lequéré antipathique,
autant Maëlle Prigent lui plu dès qu'elle la rencontra,
en allant commander un roman de Salinger,
l'écrivain préférée de Maëlle, dans sa librairie.
...
-Il est beau, mon fils.
-Oui. Et son mari, il est chou. -Oui.
-Je trouve tout le monde extrêmement beau, ce soir.
-Et t'as pas vu son frère !
-Oh que si, je l'ai vu ! Et j'ai vu sa fiancée, aussi. Ouais.
Entre Hervé, avec qui j'ai aucune chance, et Morgan,
maqué avec miss Côtes-d'Armor, moi qui voulais devenir ta belle-fille !
-Maëlle et Claire se voient le dimanche après la chorale.
Claire apporte une bouteille de vin
et se charge du dessert, généralement des macarons
chocolat, crème de marron et framboise,
qu'elle achète le matin
au Bon beurre, seule pâtisserie de Tréguier ouverte le dimanche.
*Musique enjouée
...
*-Et pourquoi je l'ignore
Mes larmes s'évaporent
Et le silence Le silence est d'or
Quand la ville dort
Je laisse aller le sort
Je n'ai aucun, je n'ai aucun Je n'ai aucun remords
-MAIS SI LE CIEL NE ME TOMBE PAS SUR LA TETE
SI LA LUNE A COMME UN AIR DE FETE
SI LA NEIGE NE FOND PAS AU PRINTEMPS
ALORS J'AURAI PEUT-ETRE LE TEMPS
SI LE CIEL NE ME TOMBE PAS SUR LA TETE
-Si vous cherchez quelque chose de bien à Paris,
je peux me renseigner, j'ai de très bons contacts, là-bas.
Mais 45 m2 pour 2, c'est pas top.
Vous êtes plus des étudiants. Vous risquez de vous marcher dessus
et de vous détester au bout de 6 mois.
-Franchement, Claire, ça va aller. -Je vais enquêter.
Et je vais vous trouver quelque chose de bien.
Vous inquiétez pas. En plus,
si vous voulez adopter... Il rit.
Ben, quoi, c'est vrai, hein. Ben, c'est vrai.
Ils rient.
...
Non, mais 70 m2, Pariggi,
comme si c'était fait.
...
C'est vrai. -Ouais.
-Allez, les mariés !
-Allez !
Ambiance de fête
...
-Un souffle long et continu.
Elle souffle.
Voilà.
C'est ça, merci.
Ah oui. 0,9 gramme, quand même.
-C'est grave ?
-Grave, oui et non. Vous êtes toujours en vie.
Vous n'avez pas eu d'accident. Mais à partir de maintenant,
vous ne serez plus autorisée à conduire
un véhicule motorisé. -Ca signifie quoi, au juste ?
-6 points de retrait, la suspension de votre permis,
qui sera décidée par le tribunal,
et puis la saisie immédiate de votre véhicule.
-Tout ça pour 0,9 gramme ? C'est même pas 1 gramme.
M. l'agent, franchement... C'est rien du tout.
-Veuillez descendre de votre véhicule.
-Je fais comment pour rentrer et aller travailler, demain ?
-Il fallait y penser avant de vous mettre à boire.
Allez.
Prenez vos affaires. On va enlever le véhicule.
Klaxon
(-Pardon.)
-Vous n'avez personne à appeler, qui pourrait venir vous chercher ?
Musique douce
...
Soupir
...
-Oh là là, la tête !
-Mais je te remercie.
-Qu'est-ce qui t'a pris ?
-C'est pas très malin, surtout vu ton activité.
-Ca vous arrive jamais de boire un peu trop ?
Ca va, vos leçons de morale ! Je suis suffisamment embêtée.
-T'énerve pas, bichette. Personne t'agresse.
-Je me sens
agressée. -Personne t'agresse, on discute.
-Ouais. Bon, on y va.
Ah !
C'est marrant !
-Stabilise-toi. Trouve ton équilibre.
-Je fais ce que je peux.
-Ca va, ça se passe bien ?
Dépêche-toi. Tu vas être en retard.
-Faut un casque, non ? -Je vais te filer le mien.
Elle rit. -Te moque pas.
...
Musique douce
...
J'y vais, Gwendal.
...
Allez, hop. Zou.
Allez. Hop. Zou.
-Ah oui, quand même.
-Celle-là, je savais pas trop. C'est particulier. Limite atypique.
Le propriétaire est un peu zinzin. Mais regardez-moi ça.
-Non, mais...
La façade en forme de bunker...
ça passera jamais avec les Allemands.
-J'avais pas pensé à ça du tout. -Ben...
Il en reste combien à visiter ? -5.
Ca va aller vite, vous inquiétez pas.
-Je veux pas vous affoler, mais vous me mettez dans la merde.
J'ai un réalisateur qui arrive dans...
6 jours et j'ai presque rien à lui montrer.
-Pourquoi vous avez regardé votre montre ?
-Pardon ? -C'est très étrange.
-Quoi donc ?
-Vous regardez votre montre. Je m'attendais à "dans 6 heures",
pas "dans 6 jours". -Ah non.
Elle donne la date aussi, c'est pour ça.
-Ah bon ? Je crois pas
que j'aie ça sur la mienne.
Ben, non.
Je suis désolée de l'embarras dans lequel je vous mets.
Mais on va trouver une solution, vous inquiétez pas.
Pourquoi vous resteriez pas un peu plus ?
Vous êtes obligé de rentrer ce soir ?
On vous attend, c'est ça ? -Non, je peux pas, Claire.
Vous allez rester sans permis combien de temps, au final ?
-J'attends le jugement.
6 mois, je dirais.
-Et ce mariage, il valait le coup, au moins ?
-Oh...
Vous prendriez pas un peu de cidre ?
-Non. Mais allez-y, vous. Vous conduisez pas. Ca tombe bien.
-Un verre, vous pouvez. Ce qui faut pas,
c'est en prendre 25. Ca, j'ai bien compris.
-Non, mais même un. Je bois pas, en fait.
Plus. -Du tout ?
-Du tout.
-Ca doit être chiant.
-C'est quand je buvais
que c'était chiant.
-Ah, mince.
Je comprends mieux, du coup.
Mince.
-C'est bon ? -Vous aviez un...
-Ca va ? -Voilà.
-Ah, OK.
OK, I think it will be easier for us to find the right location this way.
*-Okay. -Cool.
*-Thank you, Bruno.
-Thank you, Constantin. Talk to you soon, bye.
...
-Ah, vous êtes là ?
-Fallait pas ? -Si, si.
-C'est habité ?
-De temps en temps. C'est des Anglais qui l'ont achetée.
Des artistes, comme vous. Ils sont très sympas.
Enfin, voilà.
Comme ils sont pas là souvent et qu'ils me font confiance,
je viens de temps en temps. J'ai mon chargeur. On peut y aller.
Quelle tête de linotte !
-Pourquoi vous me l'avez pas montrée ? Elle a l'air très bien.
Il est à eux, le petit bois, au fond ?
-Vous vouliez une maison au bord de la mer,
ou au moins avec vue sur la mer.
-J'ai eu le réalisateur. Vu l'urgence,
une maison dans les terres conviendra.
-Ca change tout, ça. D'accord. -Vous me la faites visiter ?
-Euh... Oui. Alors, je préfère vous mettre en garde,
les propriétaires sont très pointilleux.
Pas sûr qu'ils soient d'accord.
Allez, zou.
C'est cosy, hein ?
-Cosy, ouais. C'est le mot.
Le parquet grince un peu. -C'est ennuyeux ?
-On trouvera une solution.
On va voir là-haut ? -Oui.
Là, les toilettes. Ensuite, une douche.
La première chambre est là.
-Ici ? -Oui.
-Claire dit beaucoup "zou".
-C'est la plus petite chambre de la maison.
-OK. -Elle est lumineuse.
-C'est un mot qu'elle aime bien.
Oui, c'est bien.
Faire visiter une maison, passer à table, prendre la voiture :
chacune de ses actions est ponctuée d'un "zou",
petit bouton magique pour déclencher la vie.
Claire aime les expressions désuètes et les boucles d'oreille colorées.
Chacune de ses pensées se lit sur son visage.
-Vous voulez que je me pousse ? -Non... Non.
Musique douce
En un claquement de doigts,
ses yeux peuvent se teinter d'émerveillement ou de désespoir.
Microseconde de vide, absence soudaine,
puis ça repart, zou.
Comme s'il fallait se rappeler, souvent,
qu'il faut continuer à vivre.
A bientôt, alors ?
C'est en découvrant cette absence, ce petit moment de vide,
que cette femme a commencé à me plaire.
...
Elle chantonne.
...
-Boulette ?
Miaulement
...
Mon petit chat, elles sont bonnes, tes boulettes ?
*-Cécile vient d'arriver à l'instant.
Il l'a envoyé à l'autre adresse.
*-Tu l'as traduit toi-même ? *-Oui.
J'ai l'original dans la serviette.
*-On en parlera tout à l'heure dans l'avion.
*-Tu es contrarié ? *-Non, pas du tout.
*-M. le professeur, j'aimerais avoir quelques précisions...
*-M. le professeur, dites-nous...
Tintement
...
Miaulement rauque
Tintement
...
Ronronnement
...
-MARTIN, MARTIN TOUT CELA N'EST PAS BIEN
HELAS, MONSIEUR, IL ME BAT COMME UN CHIEN
PENDARD, CONNARD
VOYEZ, J'EN AI LE DOS EN VINGT MORCEAUX
AH, C'EST UN CAS PENDABLE
COQUIN, FAQUIN JE TE VOUE AU DIABLE
DIABLE
FLAMBES-Y BIEN
COURONS VITE CHEZ LA VOISINE
C'EST UN FRIPON C'EST UN CAPON
MAIS MALGRE TOUT, ATTENTION
-Yes, it is for a film. For a movie.
Enfin, pas exactement.
For a "série". German TV.
Série. *-Did they like the house?
-Ah ben, oui, oui.
They like Ker Salloux very much.
*-How long will they stay?
-One month. *-Are they serious, Claire?
-Ah oui, oui.
They look very serious, yes.
*-Well.
-Vous seriez OK ?
Excusez-moi, c'était mes clients anglais. Je les adore.
On signe ce compromis de vente,
et on boit un coup pour fêter ça ?
...
Vous êtes très consciencieux. C'est bien, il faut.
Musique enjouée
...
-Vas-y, aide-moi. Aide-moi à me relever.
Oh...
Merci.
-T'as quoi ? -J'ai juste mis un coup de boule.
-N'importe quoi ! -Ben, si. C'est vrai.
-J'ai mis un gros coup de boule à un méchant petit garçon.
-Les enfants ! Vous allez tout vous saloper, là.
Claire, arrête de les énerver.
-On a repeint en bleu calvados y a 2 ans.
Caroline.
-Bonsoir. -Bonsoir.
Ghislain. -Enchantée.
-Le jardin.
Et... Je te présente ma belle-soeur, donc.
-Bonjour !
Vous êtes écrabouillés. -Alors,
je vous préviens, il est fait maison.
-C'est la reine du tiramisu. -Encore ? Tu peux pas changer ?
-Mais t'adores ça, le tiramisu.
-Pas toutes les semaines.
-Vos assiettes. -Un peu. Je suis pas très sucre.
-Les enfants, au lit, maintenant.
-Je pense qu'il faut coucher les enfants très tôt.
Tous les médecins le disent.
-Là, c'est le week-end. -Le week-end aussi.
Les médecins le disent.
-Vous avez des enfants ? -Non. Mais je suis
abonné au "Nouvel Obs".
-Ah. -Et j'ai lu un article fabuleux.
Ils classaient les enfants en 3 types de dormeurs :
les gros dormeurs, les petits dormeurs...
-Et les moyens dormeurs.
-Exactement.
Et les siestes. Très important,
les siestes.
-Non, mais oui, bien sûr. Les siestes, euh...
Parfois, nous, on se force
à les reposer, hein, chérie ? -Oui, faut pas exagérer non plus.
On les force pas. -Ben, non.
-Vous avez lu le rapport Blanquer ?
-Non. -Tu l'as pas lu ?
-Non.
-Hm. Non plus.
-Figurez-vous qu'il y a de très bonnes choses dedans.
Et puis cette idée de classe d'excellence,
c'est formidable, non ?
24 élèves par classe.
-Très bien, ça.
-Formidable. -Classe d'excellence, tu m'étonnes.
Des gosses de riches regroupés entre eux.
On voit à qui ça s'adresse, ces rapports.
-Dis donc, Thierry, tu m'avais pas dit
que ta belle-soeur était une vraie passionaria.
C'est Mélenchon en jupon.
-Pardon ?
-Je plaisante, Claire, évidemment.
Ca va, Claire,
c'est bon. Je suis de gauche, moi aussi.
-Vous pensiez que ce mec allait me plaire ?
-Claire ! -Quoi, "Claire" ?
-Ghislain a raison.
-Caroline, par pitié, laisse-la développer, ça m'intéresse.
Ca veut dire que si on n'est pas d'extrême gauche,
on n'est pas de gauche ?
-Je suis pas d'extrême gauche. D'où il s'autorise, là ?
-Claire, s'il te plaît.
-Il est très bon, finalement, ce tiramisu.
Je vais peut-être en reprendre une petite lichette.
Les enfants crient.
-Maman ! Théo m'embête !
-Ah.
-Pardon.
Cyril, Théo, allez vous brosser les dents et au lit, maintenant !
-Alors ?
-Je crois que ça lui plaît.
-Tant mieux.
-Ca va ?
-J'ai un peu fait l'idiote, hier soir.
-Vous avez fait la fête ? -Hm, pas trop.
Mais je crois que je devrais faire comme vous.
-Personnellement, je conseille pas trop, mais...
Peut-être que vous devriez juste lever le pied.
-Lever le pied... Oui, ce serait bien, ça.
-Une technique.
Propos en allemand.
...
-He wants to know how we get to the little wood.
-Il veut savoir comment... -Je sais. "Little wood."
Follow me. It is that way. It is easy.
-Okay.
-It's a little wood very, very, very beautiful.
-Bon. Voilà une affaire rondement menée.
Vous avez préparé le contrat ?
-Ah non, il faut que je rédige tout ça. Mais vous pouvez repasser ?
-Oui. Quand ? -Demain ?
-Demain. Très bien, oui.
-Bien. Bon. Allez, zou !
-Attendez...
Vous voulez pas qu'on dîne ensemble ?
-Ce soir ?
-Oui, ce soir.
Histoire de lever le pied.
-Je vous trouve très séduisant, mais je suis pas ce genre de fille.
-Quel genre de fille ? -Vous voyez ce que je veux dire.
-Ah, oui, non, non. Non, pas du tout. Non.
Je vous proposais de vous emmener à dîner parce que je vous trouve...
Je sais pas, le mot vient pas, là, mais...
Si, il me vient, mais j'ose pas le dire.
Disons que je vous trouve assez déconcertante, des fois,
et que ça me ferait plaisir de dîner avec vous.
-Je suis pas le genre de fille qui dîne, voilà.
Vous m'avez proposé gentiment,
je vous réponds gentiment. C'est clair, là, non ?
-Oui, c'est clair.
-Pour les papiers, inutile de repasser,
je vous les enverrai par la poste, d'accord ?
-D'accord.
-Alors, voilà. Merci. Passez une bonne soirée.
-Au revoir.
Musique douce
*-Tu te souviens quand on a pilé l'ail,
l'autre jour ? Tu veux le faire ? *-Oui.
*-C'est bien. Continue comme ça.
...
Très bien, regarde ce que tu fais. Tu vois comment l'ail change ?
*-Il est en train de pourrir. *-Non, il est pilé, pas pourri.
On l'écrase pour faire ressortir tout son arôme. Tu comprends ?
*-Non, maman, il a vraiment l'air pourri.
-Le mec avec une voiture sans permis !
J'étais énervée.
J'avais pris 5 minutes de marge. Mais là, j'étais verte, quoi.
J'étais hyper stressée en me disant : "Oh, le pauvre,
"il va avoir un accident et tout." Puis je passe devant le garage,
la voiture sans permis, avec, harnaché derrière...
je sais pas, il avait...
tout le carrelage pour refaire sa maison. Le bardage.
Rires
C'était noir, des 2 côtés. Tu sais, ça remuait comme ça.
-Et pour klaxonner...
-Au début, j'ai pas vu. Je voyais juste la fenêtre.
Je croyais que c'était un chien, donc après...
*-L'échec historique des fascismes a laissé en héritage à l'Europe
le problème du peuple en tant que sujet politique,
surtout dans les pays qui ont connu la résistance.
L'appel du peuple, l'appel au pouvoir légitime du peuple,
comme légitimation contre les dérives
d'une classe politique qui s'était emparée des outils de l'Etat,
était un trait commun aux résistances française
et italienne. Comme quoi, le terme "populisme"
peut donner lieu à des interprétations
extrêmement diverses et contradictoires.
Et une question se pose. (-Louise, viens.)
*-Est-ce que
le terme "populisme",
le terme même, souvent utilisé, est satisfaisant pour comprendre
l'ensemble des phénomènes auxquels on l'associe ?
Alors, au-delà
de la définition de populisme,
l'enjeu est la question démocratique.
-Salut, Claire.
-Ca va ? -Et toi ?
-Salut, Louise, tu me reconnais ? -Oui.
-Oui. Je peux te faire un bisou ? -Oui.
T'es belle comme tout. T'es grande. -T'as vu ça ?
Il a bientôt fini ?
-Ca sentait la conclusion. Enfin, je crois.
-Tu t'es enfuie ? -Mais pas du tout !
J'avais hâte de vous voir et puis... Et puis je connais la fin.
-Non. Non. Tu l'as acheté ? -Oui, madame.
-Et tu l'as lu ? -Oui.
-En entier ? -Hm.
Rire
Il faut que tu lui dises, il va être hyper flatté.
-T'es belle !
Applaudissements -Ah ! Ca y est.
Ca sent la fin. On applaudit papa.
A un moment, peut-être, j'ai un peu décroché.
-T'as décroché à cause de Louise. -Mais non. Je trouve
que ça manque de concret. Tu développes tes idées,
mais tu les nourris pas assez.
Ca manque d'exemples précis. Tu captives pas assez ton auditoire.
-Ca a pas moufté dans la salle.
-Ca devait dormir.
-Moi, j'ai trouvé ça très bien.
T'étais très à l'aise et très beau. -Merci, Claire.
Ca m'aurait étonné aussi. -Quoi ?
-Que tu trouves ça bien. -J'ai trouvé ça bien,
mais ça peut être mieux. -Tu veux quoi ?
Que je me foute à poil ? -C'est pas une mauvaise idée.
-Tu sais quoi ? Tu me saoules. Tu me saoules !
Je te dis rien quand je trouve que tes photos
sont mal composées, mal cadrées ou... moches.
-Ca a rien à voir. Pourquoi tu t'énerves comme ça ?
-Vous pouvez la mettre en sourdine ?
...
-Allez, viens.
-Waouh ! C'est joli, ici. -C'est beau, hein ?
Ca te plaît ? -Oui.
-Y a un grand jardin, derrière.
-Ah ouais.
Ca fait bizarre, quand même. -Qu'est-ce qu'il y a, maman ?
-C'est rien, ma chérie. -C'était la maison de ton papy,
ici, tu sais. Il habitait là, et puis quand...
quand il est tombé malade
et qu'il est parti au ciel, eh bien, maman a été obligée
de vendre la maison et c'est Claire qui s'en est occupée.
-C'est comme ça que j'ai rencontré ton papa et ta maman.
-Par contre, les murs mauves, là... Je suis pas sûre-sûre.
-Tu comptes racheter la maison ?
-Non, mais là... -C'est très anglais.
Les meubles sont bien, non ?
Moi, j'adore !
Et ton papy Gilles,
c'était le petit ami de ma copine Maëlle.
-C'est pas le moment. -Faut rien cacher
aux enfants, non ? -Il a vécu 30 ans avec ma mère.
Inutile de trop compliquer.
-Bon, allez, viens, on va chercher ton sac.
-C'est quoi, "petite amie" ?
-Je t'expliquerai. -Comment elle va, Maëlle ?
T'as des nouvelles ? -Oui, oui, ça va.
J'aurais pas dû parler de tout ça à la petite.
Je suis conne, des fois. Je me filerais des beignes.
Musique douce
Rires
Vas-y, montre-moi une roue. Parce que moi, j'étais une championne.
OK.
-Fais gaffe, quand même, Claire.
-T'inquiète. OK, allez, on change de jeu.
On va à la mer.
Nous, on propose d'aller à la mer. -Ouais.
...
-Ne bougez plus.
Ouais.
-La maison est toujours aussi belle. A part les murs violets.
Mais j'en prends soin, tu sais.
Comme les Anglais me font confiance
et qu'ils sont là que 2 mois par an, j'essaie de la faire vivre.
J'y passe souvent, j'y dors de temps en temps.
Et puis, attention, roulement de tambour, va y avoir un tournage.
-Non ! -Un tournage ?
-Oui, un réalisateur allemand. Les Allemands adorent la Bretagne.
Une série. Je connais pas le sujet, mais les Anglais sont d'accord.
-C'est plutôt chouette, non ?
-Ils vont mettre la maison à sac. -Oh !
-Ils payent bien, au moins ? -Oui. Très.
Mais ils font pas ça pour l'argent, ils sont riches.
Ils doivent faire ça pour le fun.
-Où est le problème ?
Ca va faire un peu d'animation dans le coin. Et puis, je suis sûr
que ça aurait amusé ton père, non ?
Tu voudrais quoi ? Que tout reste intact ?
Qu'on repeigne pas les murs en violet,
qu'on y tourne pas des séries allemandes à la con ?
C'est qu'une maison. On s'en fout, des maisons.
-T'as raison.
-C'est important, les maisons, quand même, non ?
-C'est pas ce que j'ai voulu dire, Claire.
-Oui, mais quand même, c'est important.
-Mais évidemment que c'est important.
-C'est pas ce qu'il a voulu dire, Claire. Oh ?
-Claire, je disais ça comme ça.
-Hé, oh ! Mais tu vas pas chialer, ma Clairette.
-Claire, je disais ça comme ça. D'accord ?
-Ils sont cons, tes parents, Louise.
-Fais câlin. Câlin, câlin, câlin. Fais câlin.
-Je sais juste que son nom est sorti sur Twitter
avec le témoignage d'une ancienne étudiante,
puis d'une 2e... Au début, il a rien dit.
Ca se savait, mais il disait rien,
puis il y a eu une 3e, une 4e,
et là, tout le monde s'est affolé. -Vous parlez de qui ?
-Marcillac. -Le vieux, là.
-C'était intenable.
Le problème, c'est qu'il disait rien, il se défendait pas.
A un moment, quelqu'un lui a proposé de rédiger un démenti,
de se défendre si c'était faux, et il a refusé.
Il a dit que si on lui faisait pas confiance, il démissionnerait.
-Mais il était accusé de quoi ?
-De peloter les élèves, en gros.
-C'est tout ?
-Je sais qu'il y a pire, mais...
-Ca commence toujours comme ça.
-Hm. C'est vrai.
Je vais chercher les glaces, non ?
(-Pourquoi elle dit ça ?) (-Je sais pas.)
Elle halète.
...
-Pourquoi t'as dit ça, Claire ? Ca t'est déjà arrivé ?
-Je crois que j'ai rencontré quelqu'un.
-Oh, mais c'est super !
-C'est formidable ! C'est qui ?
-Un régisseur. Bruno.
C'est un ancien alcoolique, mais il est gentil.
-Mais c'est super !
Et... Il s'est passé quelque chose ?
-Euh, mon oncle m'a violée quand j'avais 11 ans.
Enfin, pas violée,
sodomisée.
Il mettait sa queue dans ma bouche aussi, pendant 2 ans.
Au début, il me touchait, comme ton professeur,
et puis ça a dégénéré.
Je sais pas si ça se dit. Ca a dégénéré, ou dérapé.
-T'en as parlé à quelqu'un ? T'as porté plainte ?
-Non. J'en avais jamais parlé.
Non, c'est la 2e fois.
Oui. La 2e fois que j'en parle.
-Et...?
-Et rien. Un jour, j'ai eu mes règles. Il a arrêté.
Je l'ai plus revu, puis il est mort.
-Mais... Attends. T'en as pas parlé à tes parents ?
-Non. Mais je crois que mon père savait.
-Et... Et ta mère ?
-Je sais pas. On se parlait pas beaucoup.
C'était pas le grand amour.
-Qu'est-ce qui s'est passé, ensuite ?
-Ensuite, mon oncle est mort.
Et mon père aussi, le pauvre, il y a 10 ans.
On en a jamais parlé.
Mangez, ça va fondre !
-Mais pourquoi tu m'en as jamais parlé ?
-Arrête !
-Tout va bien, Claire, c'est nous. -Pardon.
Désolée. En plus, j'ai crié, y a la petite qui dort,
je suis vraiment désolée.
-C'est pas grave. -Arrête de me toucher.
-Tu veux un verre d'eau ? Je vais te chercher un verre d'eau.
-Pardon.
Claire expire bruyamment.
C'est pas la peine que vous rentriez à l'hôtel.
C'est idiot. Hein ? En plus, vous avez bu,
et les gendarmes, ici, c'est des sauvages.
Et y a Louise qui dort. Pourquoi vous restez pas dormir là ?
Pourquoi on dormirait pas là tous les 3 ?
-Y a Claire qui propose qu'on dorme ici.
-Oui. Ouais, super idée ! Super !
-Vous voulez du calva ?
Musique douce
...
-Tu veux aller à la mer ? -Oui.
-On va prendre des coquillages. Y aura peut-être des crabes.
-Oui.
-Tu vas chercher tes bottes ?
-Tu devrais en parler à quelqu'un, non ? Aller voir psy.
-Pour quoi faire ?
-Ben... Tu sais bien, ça aide.
-Mais ça va. Je vais bien.
-Je sais bien que tu vas bien, mais c'est très lourd,
ce que tu nous as raconté hier.
C'est un poids très lourd que tu portes.
-Non, c'est pas lourd. C'est... comme un accident
que j'aurais eu il y a 30 ans, mais je m'en suis remise, ça va.
-C'est toi qui sais.
Si tu veux qu'on en parle, tu sais que je suis là
et tu peux m'appeler...
-Pourquoi voudrais-tu qu'on en parle ?
-Je sais pas. Comme tu veux.
-Y a pas à s'inquiéter. Je voulais pas vous inquiéter.
-Non, mais hier, tu nous as dit
que c'était la 2e fois que tu racontais ça.
La 1re fois, c'était avec qui ? Ta soeur ?
-Non. Un garçon, y a longtemps.
-Et ?
-Rien. Ca lui a fait peur. A l'époque, on parlait pas de ça.
-C'était ton amoureux ?
-Non. Un garçon que j'aimais bien au collège.
Il est parti étudier à Paris. Je l'ai jamais revu.
-Et... ton oncle...
il a aussi, enfin... avec ta soeur ?
-Non. En plus, elle était trop petite. Il aurait pas pu.
Non. Il a pas pu.
Non, moi, d'accord, mais... ma soeur ?
-T'en as jamais parlé avec elle ? Vous avez jamais parlé de ça ?
-Vous devez être à quelle heure à Paris ?
-Euh... Je sais pas, cet après-midi.
-J'aimerais qu'on parle plus jamais de ça si c'est possible.
-Ca va ?
*Musique dynamique
-Quatre, trois, deux, un. Les genoux.
Et un, deux, trois, quatre. Jumping.
Ca repart pied gauche.
Quatre, allez, encore, encore. Attention, tournez. Et à droite.
Encore, attention, genou droit. Un, deux, c'est bien !
On continue. On lâche rien, pied gauche. Pause, stop.
Allez, encore ! Un, deux, trois, quatre.
Jumping dégagé. Jambe droite. On est à quatre.
Allez, trois. On donne tout. Deux. Encore, encore.
Quatre, trois, deux, un.
...
-Salut, Claire. -Salut.
-Ca va bien ? -Hm.
-Il est pas là, Gwendal ?
-Il est juste là. Pourquoi ? C'est quoi, le problème ?
-On avait rendez-vous à 15h pour le shooting d'une maison.
Son portable répondait pas, du coup...
-Il a encore oublié. Je vais le tuer !
-De quoi ? -Je vais le tuer.
-Claire ! -Gwendal ?
-Faut arrêter de me prendre pour une quiche. Vous me faites chier !
Vous savez pas à quel point !
-Claire, calmos. -Excuse-moi.
J'ai été gentille, patiente, mais ça peut plus durer.
J'ai jamais vu quelqu'un bosser aussi mal. Vous êtes nul.
Vous plantez tout ! Vous savez combien de maisons
vous avez vendues en un an ? 3 !
Et parce que j'étais là ! En plus, je vous supporte plus !
J'ai pris sur moi, si vous saviez.
Vous savez même pas me tenir compagnie correctement !
Vous avez une conversation de merde !
Et vous picolez pendant le travail ! On ne fait pas ça !
Si vous croyez que j'ai que ça à faire, d'être sur votre dos !
Je veux plus vous voir ! Jamais !
Vous prenez vos cliques et vos claques
et vous sortez de ma vie !
Je ne veux plus jamais vous voir !
-Ca va pas, Claire ? Non, enfin... Vous avez craqué un boulon ou quoi ?
Pourquoi vous l'avez pas dit avant ? On peut parler.
J'aurais changé. Suffisait d'en parler.
Vous pouvez pas me virer comme ça. Je vais appeler le siège.
-Le siège ! Mais ils sont au courant depuis belle lurette, le siège !
Qu'est-ce que vous croyez ?
Et c'est moi qui vais les appeler !
J'y vais tout de suite !
J'étais comme une furie.
Je lui ai tout mis dans la figure.
Et je me suis affichée devant tout le monde, tu te rends compte ?
J'ai été odieuse, injuste.
Pauvre garçon.
Je m'en veux, si tu savais. Ca me ressemble tellement pas.
On aurait dit un patron de droite. Tout le Medef
m'aurait applaudie. Y avait plus crème de marron, j'ai pris
poire amandine.
-Mais sinon, en ce moment, ça va ?
-Ben, oui.
-Il s'est rien passé de spécial ?
-Ben, non. -Non, mais qu'est-ce qu'il y a ?
T'es déprimée ? Tu prends des trucs ?
-Ben, non. Ben, oui, juste pour dormir...
Je dors pas très bien, en ce moment.
-Y a des raisons ? -Non. Pourquoi tu me demandes ça ?
Ca arrive de pas bien dormir de temps en temps.
-Pourquoi t'es à cran ?
-Mais je suis pas à cran, ça va !
Pardon.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Rien. Je sais pas. Je suis fatiguée, je crois.
-Tu devrais peut-être voir un médecin ou un psy, non ?
T'es pas à l'abri de tout.
Moi aussi, ça m'est arrivé après la mort de Gilles.
Ca m'a fait beaucoup de bien.
Quand ça te tombe dessus,
c'est violent.
J'ai l'impression que tu décris des symptômes.
Et il faut les traiter.
Ne laisse pas ça s'installer. Il faut que tu t'en occupes.
D'accord ? -Hm.
Bon, et Hervé, alors ? Ca va ? Il te manque pas trop ?
Avec Pablo, ils ont trouvé leur appartement ?
Musique douce
...
Bonjour.
-Bonjour.
Propos en allemand au loin
...
-Cut!
Cut!
Propos en allemand au loin
...
-Excusez-moi, vous savez si Bruno Caradec est là ?
-Ich spreche französisch.
Excusez-moi !
...
-Claire Andrieux. Vous vous souvenez de moi ?
On s'était vus avec Bruno.
-Wer ist Bruno?
-Bruno Caradec.
-Constantin ? -Entschuldigung.
-Madame ? -Ja ?
-Bruno doit être à Rennes.
Il a fait les repérages,
mais il est reparti. -OK.
-Vous avez son portable ? -Oui. C'était moi, la maison.
-Ah, c'est vous, Claire Andrieux ! -C'est moi.
Ou j'aurai des comptes à rendre. -A part 2-3 cloisons pétées,
puis le 1er étage repeint en rouge.
Non, mais je déconne, Claire, je déconne.
-Ah. *-On tourne dans 5 min.
Faudrait que le voisin
arrête de tondre. -OK, j'y vais.
Propos en allemand
-Action!
Elle crie.
-Cut! Cut.
Charlotte ?
Propos en allemand
En richtig Schrei.
Il crie.
Soupir. La tondeuse!
Il jure.
Téléphone
...
*-Claire ! -Oui, Caro ?
*-Théo a eu un accident.
Il s'est brûlé avec une casserole d'eau chaude.
-Je t'entends pas bien. Je capte pas.
*-Il courait dans la cuisine et la casserole s'est renversée.
-C'est arrivé quand ? *-J'arrive pas à joindre Thierry.
Faut que tu viennes, Claire.
-Mais il est où, là ?
La moto ne démarre pas.
Putain...
...
Putain !
...
Putain, merde !
-Ils l'ont emmené où ?
-A l'hôpital de Paimpol. -OK.
C'est arrivé comment ?
-Je sais pas. Le petit lui courait après dans la cuisine.
Puis il s'est pris de l'eau bouillante.
-Faut pas que tu flanches, Claire.
Pleurs
-Alors ?
Soupir -On a pas de nouvelles.
Ca fait 2 heures qu'il est en soins.
-Ca va ? -C'est ma faute.
C'est à cause de moi
si Théo a mal.
-Hé, regarde-moi. Ne pense pas à ça.
Hein ? C'était un accident.
C'est juste un accident. T'y es pour rien, vous jouiez.
Tu m'entends ?
Musique douce
...
-Alors ? -Toujours rien.
-Ca va, mon grand ?
...
-Claire Andrieux fait partie de ces gens
qui se sont bâti une carapace solide...
...
...ces gens qui refusent de s'écrouler,
même en cas de tempête,
ces gens sur qui l'on peut compter.
Mais même les carapaces les plus solides peuvent se fissurer.
...
Je ne m'attendais pas à revoir Claire Andrieux,
même si j'ai appris qu'elle m'avait cherché sur le tournage.
J'ai été très surpris qu'elle m'appelle.
...
-Merci.
...
C'est drôle, c'est la 1re fois que je viens,
pourtant je suis passée devant des centaines de fois.
Mais ça a l'air bien. -Hm.
-Dites un truc. Je commence à me sentir con-con.
-Je suis content que vous m'ayez appelé. Je suis content
de dîner avec vous.
-OK.
On pourrait se dire "tu", non ?
-Hm.
-Vas-y, dis un truc ou je vais finir la bouteille.
-Tout va bien ! Tout va bien, et tout va bien aller.
Les brûlures, je connais. C'est impressionnant,
mais ça guérit vite, surtout à son âge.
Il aura pas de séquelles. Il aura peut-être même pas de cicatrice.
Il faut pas que tu t'inquiètes autant.
-Comment tu sais ça ?
-J'ai eu une période dans ma vie où j'ai fait pas mal de conneries,
genre m'écraser des clopes sur le bras, des trucs comme ça.
Mais c'était y a longtemps. J'étais un peu con-con.
-C'était quand t'étais boboche ?
-C'est plutôt quand je prenais de l'héroïne.
-Ah mince.
-Mais c'était il y a longtemps.
-Et...
T'as une femme, des enfants ?
-J'ai eu une femme.
Et à un moment, elle a fini par en avoir marre et elle est partie.
-C'est triste comme histoire.
-C'est triste, oui.
-Vous avez choisi ?
-Le poisson du jour.
-C'est quoi, comme poisson ? Y a des arêtes ?
-Non, monsieur, c'est du filet de sole à la paimpolaise.
-2 filets de sole, alors.
-Merci. -Merci.
-Merci.
-Notre dernier concert,
c'était pendant une fête de la pomme, dans l'Eure.
On est restés 6 heures sur scène. A la fin, j'avais les doigts
qui saignaient. Je pouvais plus jouer.
Et pendant près de 6 heures, personne
nous a écoutés. Mais vraiment personne.
Les gens venaient dans la salle pour la buvette.
Ils prenaient à boire, nous jetaient un regard et se cassaient.
A la fin, le type nous a même pas remerciés.
-Et vous jouiez quoi ?
-Des standards, du rock, du blues,
3-4 tubes pour faire danser, mais les gens
dansaient jamais vraiment. Ou alors bourrés.
C'est pas très beau à voir.
J'ai appris qu'une place de régisseur
se libérait au TNB.
J'ai postulé, on m'a pris, et j'ai arrêté la musique.
-Complètement ?
-Oui. J'ai jamais retouché une guitare depuis,
ou alors pour la placer dans un décor.
-Et tu regrettes pas ?
-Non, je regrette pas parce que...
Je n'ai jamais su exactement ce que Claire m'avait trouvé,
pourquoi elle m'avait choisi moi.
Je la regardais, tandis que je lui racontais ma vie,
mais je sentais qu'elle ne m'écoutait qu'à moitié,
qu'elle pensait à autre chose. A son neveu, à cette inquiétude
qui n'allait pas la lâcher durant quelques jours,
jusqu'à ce que les nouvelles deviennent meilleures,
que les médecins soient rassurants, mais pas que.
Claire Andrieux pensait à quelque chose de plus douloureux,
que j'allais apprendre plus tard,
très vite, dans 5 secondes exactement.
Un... deux... trois...
quatre...
-Il faut que je te dise quelque chose.
Avec les garçons, je fais rien, je fais pas.
-Tu préfères les filles ?
-Les filles ? Ah non. Non, je préfère pas les filles.
Je fais rien avec les filles non plus.
Tu trouves que j'ai l'air d'aimer les filles ?
-Ben, non.
-Je trouvais ça plus réglo de te le dire.
-C'est plus réglo, effectivement.
-Pourquoi tu rigoles ?
-Je rigole pas.
-Tu te moques ?
-Mais non, pas du tout.
-Je peux embrasser, je peux te branler si tu veux.
Mais moi, c'est tout ce que je fais, je préviens.
-OK.
-Et moi, on me fait rien, on me touche pas.
-OK. -OK.
-Je peux fumer ? -Non.
Le chat aime pas ça.
-Le chat ?
-Oui. Boulette.
-OK.
Mais pourquoi tu m'as demandé de venir, en fait ?
-Parce que je t'aime bien.
-Tu m'aimes bien,
mais pas assez pour faire l'amour avec moi ?
-Je fais l'amour avec personne. -Jamais ?
-Non, jamais. J'ai jamais fait l'amour. Enfin...
comme les gens font, ou disent qu'ils font,
ou comme sur Internet. Je fais pas ça.
Mais tu peux rester. Je dis pas ça pour ça.
Je peux te branler si tu veux. -Non.
-Mais ça me dérange pas. -Non. Ca ira.
-OK.
Tu penses que je suis une tarée ?
-Ah non. Pas du tout.
Comme je t'aime bien, je me disais que je préférais être honnête.
-C'est sûr, t'as bien fait, oui.
-Tu m'en veux pas ?
-Non, non.
-Je te déçois pas, alors ?
-Non.
-Attends, excuse-moi, je...
Je vais y aller.
Musique douce
...
Bruno démarre sa moto.
...
SI JE SUIS PRES DE TOI
QUAND TES YEUX JE REGARDE
JE ME PERDS DEDANS, MOI
CAR TES PERFECTIONS
CHANGENT MES ACTIONS
CAR TES PERFECTIONS
CHANGENT MES ACTIONS
APPROCHE DONC, MA BELLE
APPROCHE-TOI, MON BIEN
NE ME SOIS PLUS REBELLE
PUISQUE MON COEUR EST TIEN
POUR MON MAL APAISER
DONNE-MOI UN BAISER
POUR MON MAL APAISER
DONNE-MOI UN BAISER
BELLE QUI TIENT MA VIE
-Claire ?
-CAPTIVE DANS SES YEUX
-Claire ?
-QUI M'A L'AME RAVIE
D'UN SOURIRE GRACIEUX
VIENS TOT ME SECOURIR
OU ME FAUDRA MOURIR
VIENS TOT ME SECOURIR
OU ME FAUDRA MOURIR
-Mme Andrieux ?
Bonjour.
Vous pouvez vous asseoir ici.
-Je me suis fait violer par mon oncle de 11 à 13 ans.
Vous avez entendu ?
-Oui. Très bien.
-Et ?
-Qu'attendez-vous de moi ?
-Je sais pas. C'est vous, le psy.
-J'ai aucun commentaire à faire. Je vous écoute.
-On m'a dit
que ça pourrait m'aider de voir un psy.
-Très bien. Et vous, vous en pensez quoi ?
-Rien.
-Ca pourrait vous aider ?
-Non.
-Alors, pourquoi vous êtes là ?
-C'est pas hyper gentil votre question.
Vous pourriez avoir... un peu de... de compassion.
C'est violent, ce que j'ai vécu, quand même.
-J'imagine bien.
-Mais je sais pas quoi dire.
-C'est la 1re fois
que vous consultez pour ça ? -Oui.
-Ca a dû vous coûter beaucoup.
-Ca me coûte, oui. Vous êtes pas donné.
C'était une blague. Il rit.
-J'avais compris.
-Vous voulez quoi ? Que je m'effondre en larmes ?
-Non. Pas spécialement.
-C'est ridicule. Tout ça est absolument ridicule.
-Vous êtes là pour des raisons. -Des raisons de merde, oui.
Je vous dois combien ?
-60 euros.
-Tenez. -Merci.
-Désolé pour le dérangement. -Vous m'avez pas dérangé.
-Ca va, hein ! Me prenez pas pour une conne non plus. Ca va !
-Non, la sortie s'effectue en face.
Musique douce
...
-J'ignore pourquoi j'ai été bouleversé par cette femme.
Je ne sais pas si, à un moment,
on choisit les histoires qui nous arrivent.
Je sais juste qu'a un moment de ma vie,
j'ai rencontré Claire Andrieux.
Et je n'ai pas su quoi faire. J'ai été lâche.
Elle m'avait laissé 2 messages auxquels je n'avais pas répondu.
Et même si cette femme me touchait, profondément,
même si j'étais tombé amoureux d'elle,
je n'étais pas prêt à entrer dans une telle relation.
2 personnes compliquées ensemble, je crois que ça ne s'annule pas.
J'aimais vraiment beaucoup cette femme,
mais j'ai compris qu'elle était dingue.
-Salut, Claire. -Ca va ?
-Désolé pour le retard. -Pas de souci.
Tiens. Tu feras attention, y a un gâteau que ta mère t'a préparé.
-Sérieux ? Allons bon.
-Quoi ? T'aimes pas ses gâteaux ? -Ah ben, si, si.
Mais j'ai plus 12 ans.
-Ben, oui. Moi, à 12 ans,
j'aurais adoré que ma mère me prépare des gâteaux.
Et même aujourd'hui, j'adorerais. C'est important, ces attentions.
-Oui, bien sûr. Mais si je saute pas de joie
quand ma mère me prépare son sempiternel far breton,
c'est pas que je l'aime pas...
On n'en est plus là. -Ben, oui.
-Tout va bien, Claire ? -Oui, pourquoi tu me demandes ça ?
-Maman m'a dit que t'allais pas fort.
-Si, ça va très bien, pourquoi elle te raconte ça ?
Tu peux me montrer comment on va à Faidherbe-Chaligny ?
C'est un ami à toi, lui ?
-Oui.
-Il est mignon.
La pastille rouge, ça veut dire que la photo est vendue ?
-Exactement. -T'en as vendu beaucoup ?
-Pas mal, je crois. Il est content.
-Bonjour ! -Bonjour.
(-Super.)
-Tiens. Viens voir.
-Oh là là, j'ai l'air triste
sur cette photo. -Mais non.
-Tu la vends aussi ?
-Ben... Oui. A moins que ça t'embête.
-Ah non, ça m'embête pas du tout.
Enfin, qui aurait envie d'avoir ce truc atroce dans son salon ?
Je parle pas de la photo, la photo est très belle.
-Mais ça va pas ! Comment tu peux dire un truc pareil ?
T'es pas du tout atroce
ni sur cette photo, ni nulle part, enfin. T'es super jolie.
-Arrête. -Ben...
Cris d'enfants
...
-Viens là que je te voie, toi. Ca me fait plaisir de te voir.
-JOYEUX ANNIVERSAIRE
JOYEUX ANNIVERSAIRE
-Oh, oh ! -Allez !
Oui ! Allez !
Allez, encore !
Applaudissements
...
-Qui veut du gâteau ?
-MOI ! -Il est pour moi, il est pour moi !
-Tu veux de la grenadine ? Non ?
-Moi, je veux bien ça. -Tiens.
-Bon, alors, l'expo, ça t'a plu ? -Oui.
Oui. C'est magnifique.
Ces grands tirages, là, c'est très grand. Ca en jette !
-Oui. -Elle est fortiche, ta femme.
-Léo m'a dit que t'aimais pas ta photo.
-J'ai jamais dit ça. -Tu crois qu'elle aurait exposé
une photo de toi où t'es moche ?
-Ben, non. -Moi, si tu veux savoir,
c'est une de mes préférées.
Sérieusement, je dis pas ça pour être gentil.
Je te trouve absolument magnifique sur cette photo.
T'es belle, Claire, tu sais. T'es très chiante,
mais t'es belle.
Très, très chiante. Oh, ben, si, quand même.
Il rit.
-Qui veut attraper les bulles ? -Moi !
-J'aimerais embrasser ce garçon Mais je ne sais pas comment lui dire
-APPRENDS-MOI, APPRENDS-MOI APPRENDS-MOI, APPRENDS-MOI
-J'aimerais draguer ce garçon La dernière fois, je l'ai fait fuir
-MONTRE-MOI, MONTRE-MOI MONTRE-MOI, MONTRE-MOI
COMMENCE PAR LUI FAIRE LES YEUX DOUX
QU'IL EST CHOU
ET FAIS DES RONDS AVEC TON BASSIN
DES RONDS AVEC TON BASSIN DES RONDS AVEC TON BASSIN
DES RONDS AVEC TON BASSIN
-J'aimerais danser avec lui
Comme si j'étais sa cavalière -APPRENDS-MOI
APPRENDS-MOI APPRENDS-MOI, APPRENDS-MOI
-J'aimerais faire galoper son coeur Quand il me voit de derrière
-MONTRE-MOI, MONTRE-MOI, MONTRE-MOI
-Commence par lui faire Les yeux doux
Commence par lui dire qu'il est chou
Et fais des ronds avec ton bassin Fais des ronds avec ton bassin
-Laisse-moi terminer. Regarde ce qui se passe en Italie.
Salvini les a tous baisés.
En s'alliant à Di Maio, il lui a imposé ses conditions.
Et aujourd'hui, Di Maio est inexistant.
-Tu crois qu'ils sont pas de mèche ?
-Vois ce qui se passe dans le monde. Peu importe la configuration,
les populistes se font berner par les fascistes.
Le populisme, c'est le fascisme 2.0. -N'importe quoi. "Fascisme 2.0."
Tu te vois quand tu dis ça ? -C'est pas être de droite
que de dire ça, c'est une constatation historique !
-Tu connais quoi à l'histoire ? -Je suis historien !
C'est mon métier. -Et alors ?
-Ce que tu es obtus ! Tu le fais exprès ?
Tu le fais exprès ! -Je vais coucher Louise.
Evitez de vous entretuer dans l'intervalle.
-T'as entendu ce qu'elle a dit ? -C'est ma faute ?
-Mais oui, c'est...
-Tu veux pas plutôt nous parler de ton Bruno. Raconte, un peu.
-Je vais plutôt aller raconter une histoire à Louise.
-C'est ça. C'est toi, l'historienne. -J'y vais.
Viens avec moi, toi.
"Quelques années plus tard,
"les enfants devinrent adultes. Une magnifique maison fut construite
"dans la ville. Cette maison était pleine d'objets somptueux
"que tout le monde venait voir.
"Devinez à quel enfant de notre histoire appartenait cette maison ?
"Elle appartenait au pauvre garçon parce qu'il était tout de même
"devenu quelqu'un, bien que son nom fut très ordinaire."
Quelqu'un entre.
-Ah. Ca va ?
-Hm.
-T'as dormi, un peu ? -Hm.
Samuel, c'est l'homme de ta vie ?
-Hein ?
Ben... Je sais pas, je...
Oui, je crois.
Enfin, non, je suis sûre.
Elle est bizarre, ta question, à 5h du matin.
-Et comment tu peux en être aussi sûre ?
-Ben... Déjà, ça fait longtemps.
On a eu des hauts et des bas.
Et puis on s'en est toujours sortis parce que...
je pense que c'est l'homme de ma vie, oui,
comme j'espère être la femme de sa vie.
Mais pourquoi tu me demandes ça ? -Je sais pas.
-C'est dur à expliquer. C'est quelque chose de magique
quand la personne te touche,
quand elle est près de toi.
Il faut vivre des choses ensemble pour s'en rendre compte,
pour en être sûr.
Même des choses difficiles.
Il faut pas avoir peur de vivre, ma Claire.
Il faut pas avoir peur de se tromper.
Il ne faut pas avoir peur d'avoir mal.
Musique douce
...
-T'es là depuis longtemps ? -Je viens d'arriver.
-C'était bien, Paris ? -Oui.
(-Coucou.)
-Je voudrais te parler, on sort ? -Maintenant ?
-Hm. -Oui.
Musique douce
...
-Au revoir.
...
J'aurais besoin de votre voiture.
Gwendal. Votre bagnole. Vous pouvez me prêter votre bagnole ?
-Vous êtes pas croyable. Je vous rappelle que vous m'avez viré.
-Je vous vire plus. On pourra discuter
de tout ce que vous voulez demain, mais là,
j'ai juste besoin de votre voiture. -Attendez, attendez, oh là...
Vous me reprenez, c'est sûr ? Vous me faites pas
un genre de coup fourré ?
-Je vous reprends, c'est sûr. Et même, je m'excuse.
Voilà. Ca vous va ? -Faut pas vous énerver.
-Ah non, mais je m'énerve pas. Et même...
vous ferez la fermeture.
-En même temps... Déjà, c'est pas ouvert,
donc faire la "fermeture"...
Et puis il est 18h30, je doute que des clients arrivent
à cette heure-là...
Vous avez raison. On sait jamais. Vous pouvez compter sur moi.
Je m'en occupe. -Gwendal ?
-Oui, Claire.
-Vos clés.
-Ah oui ! Elle est garée... -Merci !
-...devant l'agence.
Hé, mais... Vous avez plus le permis !
Claire ! On vous a retiré le permis. Claire ?
Musique douce
...
-Bonsoir. C'est Claire.
T'es chez toi ? Je suis en bas.
-Claire ?
Pour une surprise...
Tu veux boire quelque chose ?
-Elle est où, ta chambre ?
-Là-bas.
-Tu viens ?
...
Enlève-le.
...
Musique douce
...
-Contrairement à Claire,
ce n'était pas la 1re fois que je faisais l'amour.
Même si personne ne sait exactement ce que veut dire "faire l'amour".
Faire l'amour, ce n'est pas baiser.
Faire l'amour, c'est compliqué.
C'est construire quelque chose, un sentiment passionné
d'une personne pour une autre, c'est écrit dans le dictionnaire.
Vous savez comment ça se construit, les sentiments, vous ?
...
Musique enjouée
...
Je me souviens que le lendemain matin,
je me suis dit qu'en fait,
pour moi aussi, c'était une 1re fois.
Quand on tombe amoureux, c'est toujours une 1re fois.
Quelques jours après,
Claire me racontera ce qui lui est arrivé quand elle était petite.
Elle me balancera ça en voiture,
alors qu'on allait dîner chez sa soeur.
Je n'ai pas su quoi répondre.
Je trouvais ça ignoble, et c'est elle qui m'a consolé.
J'avais les larmes aux yeux, elle m'a dit : "Tu vas pas chialer.
"C'est déjà chiant à raconter, si en plus tu chiales..."
Je me suis fait engueuler, en fait.
Je crois que Claire Andrieux va bien.
Tout du moins, elle va mieux.
...
Et elle me touche infiniment.
...
C'est une Bretonne.
C'est un menhir.
Ne vous inquiétez pas pour elle.
Musique douce
...
-Jadis la mineure Perdait son honneur
Au moindre faux pas
Ces moeurs n'ont plus cours De nos jours, c'est la gourde
Qui ne le fait pas
Toute ton école Petite rigole
Qu'encore à 16 ans
Tu sois vierge et sage
Fidèle à l'usage
Caduc à présent
Malgré les exemples De gosses plus amples
Informés que toi
Et qu'on dépucelle Avec leur crécelle
Au bout de leurs doigts
Chacun te brocarde De ce que tu gardes
Ta fleur d'oranger
Pour la bonne cause Et chacune glose
Sur tes préjugés
Et tu sers de cible
Mais reste insensible
Aux propos moqueurs
Aux traits à la gomme Comporte-toi comme
Te le dit ton coeur
Quoi que l'on raconte Y a pas plus de honte
A se refuser
Ni plus de mérite D'ailleurs ma petite
Qu'à se faire baiser
Sous-titrage : VECTRACOM
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