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- Mon amour, tu nous casses les oreilles.
- La mondialisation va abolir les frontires ?
- Non, au contraire, non ?
Faut manger. - Dveloppe.
- Plus les flux sont rapides...
Je te parle de personnes, de biens, de finances,
plus les Etats voudront se protger et se replier sur eux-mmes.
Bertille, faut que tu manges.
Faut que tu manges.
Assieds-toi.
- Tu parles des murs ?
Oh !
- Il est o, le cachet ?
Oh, l ! - Putain, Bertille !
(Putain...)
Oh !
- Pourquoi tu fais a ? T'es compltement folle !
- C'est rien.
- C'est con. - Elle est pas en sucre.
- Faut que je la change, maintenant.
Oh, mais non, c'est pas...
Oh !
Ca suffit, maintenant !
Oh, putain !
Oh !
Oh, la vache !
Bertille crie et Madeleine rit.
Mon amour, reste derrire moi.
Reste derrire... Oh, la vache !
- Non ! Bertille !
Non ! - Non, arrte, trop, c'est trop !
C'est trop ! Elle hurle.
- Bonsoir.
- Coucou. - Coucou.
- Qu'est-ce qui s'est pass ?
- Rien, pourquoi ?
- Non, comme a.
- Ca, a te fait pas rire ? Petit rire
- Non. - Ben si, tu ris.
- Putain.
Bertille !
(- Elle dort comme un bb.)
- C'est un bb.
Ca ressemble quoi, quand elle rve ?
Je viens d'imaginer deux secondes et il vaut mieux pas savoir.
- Alors a...
- Qu'est ce qui va se passer ?
- C'est--dire ?
- Tu sais trs bien.
- Quand elle va mourir ?
- On n'en parle jamais. - Pour quoi faire ?
- Pour Marion, je sais pas...
A 17 ans, elle doit vivre sa vie et elle s'interdit tout projet.
Ca te suffit pas, a ? Non ?
(- Bertille ?)
Il tait une fois,
un petit monstre
d'un autre univers,
sauv in extremis des griffes des villageois
par une petite fille cache dans la fort.
Elle le regarda et lui dit :
"Mais tu n'es pas un monstre !
Personne te connat.
Quand tu es ne,
t'tais rose.
Quand t'as grandi,
t'es devenue toute blanche.
Quand tu vas au soleil, t'es rouge.
Quand t'as peur, t'es verte.
Quand t'es malade, t'es jaune.
Tout comme moi."
Oh...
Quel bordel !
- C'est moi, j'ai oubli de fermer les cadenas, comme une conne.
- Bonjour, Bertillou !
Bonjour ! Elle rit.
Bien dormi ? - C'est pas drle, hein.
- Si, quand mme, un peu.
Bon, il faut que j'y aille, moi.
Je vais tre en retard. - Je m'en occupe.
- Sre ? - Oui.
- Papa rentre quand ? - On verra, tu viens la plage ?
- Tu fais quoi, l ?
- Marion, tu laisses a l...
- Mais comment a ? - Tu laisses a l.
- Non, mais l...
- Non, mange pas a.
- Donc votre soeur a mang les plantes
de l'exprience dont vous tiez charge ?
C'est ce que vous me dites ?
- Exactement, avant que je parte, ce matin.
- Votre soeur est donc vgtarienne ?
- Pas seulement, a va bien au-del, mais...
oui.
- Marion, vous vous foutez de moi ?
- Pas du tout.
- Ca m'tonne vraiment de vous. Vous sortez !
- On l'a fait plein de fois, de rentrer dans la mer !
Tout va bien.
Bertille, Bertille, doucement, doucement, doucement.
- VOILA.
- On est bien, l. - Ae !
Elle est chaude, encore. Madeleine rit.
Et donc ?
- Elle m'a vire. - Comment a ?
- Ouais, elle m'a vire.
- C'est une conne.
- Le CPE a d lui parler aprs, parce qu'elle s'est excuse midi.
- Ah, a m'nerve ! C'est drle, hein, mais...
Ah, doucement, mon amour ! Je vais tomber !
Sors-la, sors-la, sors-la !
- Ca va pas.
Haltements
- Faut la garder hors de l'eau. - Tiens sa tte.
Ca va ? - Je tiens, je tiens.
Voil.
- La tte, hors de l'eau.
- Ah, putain de merde !
Attends, il y a une vague !
Appelle les secours, vas-y, je tiens sa tte.
Oh !
- C'est bon, ils arrivent.
Dans cinq minutes.
- C'est fini, c'est fini.
- Racontez-moi.
- On se baignait ensemble,
elle a gliss, on l'a sortie de l'eau tout de suite.
Elle a le bras cass.
- Juste au-dessus du poignet. On l'a pltre, elle dort.
Elle fait beaucoup de crises d'pilepsie ?
- Pas tant que a, deux, trois fois par an,
mais elle a des crises de douleur terribles,
je peux rien faire et...
je sais pas, rien ne marche.
- Il vaut mieux pas qu'on la garde. On devrait l'attacher.
- Non, surtout pas.
A son rveil, je la ramnerai. Rentre.
- Je peux la voir, quand mme ? - Bien sr, elle est en face.
Ca va ?
- Mmh-mmh.
J'ai...
J'ai eu peur de la perdre, l.
- Je comprends.
Et le syndrome de Rett, il a t diagnostiqu quand ?
- Il y a 5 ans.
- Et avant ?
- Petite, soudainement, elle a arrt de babiller,
aprs, elle a arrt de se servir de ses mains,
puis de parler.
On a t voir tous les services,
tous les mdecins,
tous les psychologues.
Pour en arriver ce diagnostic
qui n'apporte absolument aucune rponse.
Personne ne sait.
C'est juste une tiquette qu'on lui a colle sur le front.
Elle peut mourir d'une seconde l'autre et...
on se dbrouille avec a.
- Elle dort ?
- Oui.
- On mange ?
Tu sais,
parfois, je rve d'elle.
Elle me parle.
Elle me sourit.
On est toujours dans des paysages...
Des paysages incroyables, des endroits...
On fait des trucs.
- Quel genre de trucs ?
- Je sais pas, on s'amuse, on va dans des bars,
on boit des verres, on danse.
Et puis...
quand je la regarde en vrai...
Notre vie, c'est juste s'occuper d'elle.
La faire manger, la torcher, la laver, l'essuyer.
Je lui parle, elle me rpond jamais.
Voil.
Je la prends dans mes bras, elle ressent rien.
Je me dis que...
Je me dis que mme la mort, a lui fera pas mal.
(- Je comprends.)
Tu sais,
tous les matins, j'ai mon ventre qui se tord
en me demandant si elle est morte dans la nuit.
Sa vie tient rien, chaque jour, c'est un miracle.
Mais quand on la lave, quand elle mange, elle est l.
Quand on lui parle aussi. Dans son monde, mais elle est l.
Et pour tenir,
tu sais ce que je fais ?
Je me dis que son monde est merveilleux
et qu'on en fait partie.
- Ouais.
- On en fait partie.
C'est comme a que je tiens.
- C'est le "paradise", l !
- Le "paradise" ? - Ouais.
- T'es folle.
- Elle est trop bonne !
- T'as faim ?
- Ouais.
Ouais.
Un petit peu.
- Je reviens.
Tiens.
- C'est ton resto ?
- Ouais.
Tu connais ? - Non.
- Tu viens ?
- O ?
- Chez ma grand-mre.
- Tu rigoles ?
- Oh, putain, mais je vois rien, l, aussi.
Soupir
Je suis trop bourr. Marion rit.
- En fait, a marche jamais.
- T'es en terminale ?
- Comment tu sais ?
Ca me saoule, je m'emmerde.
- C'est normal.
C'est banal, mais c'est normal.
T'as l'air de bien te dbrouiller.
- Pourquoi tu dis a ?
- Je sais pas.
- Si, vas-y, dis.
- Non, rien.
Tu suis souvent des gens, en pleine nuit ?
Je pourrais tre un serial killer.
Pervers...
et impitoyable.
- "Impitoyable". - Oui.
- T'en as pas l'air.
- Ah bon ?
T'as de la chance, alors.
- Arrte de grincer, mon amour.
T'tais o, toi ?
- Elle a plus de fivre ? - Presque.
- Elle est rouge.
(- C'est rien, c'est rien.)
- Tu fais quoi ?
- Ecoute :
"Les maladies gntiques sont peu frquentes,
mais en Europe, elles touchent 35 millions de personnes.
50% de ces maladies
ne sont pas diagnostiques,
et lorsqu'elles le sont, c'est aprs des mois."
- Et alors ? - Alors...
"L'institut Imagine a prouv ses capacits uniques
pour acclrer l'innovation dans le diagnostic et le soin."
- Ca va changer quoi ?
- Je vais pas la regarder mourir. Voil ce que a va changer.
Tu comprends ?
- Et papa ? - Il rentre demain.
- Il dit quoi ?
- Il dit que tous les enfants se cassent un bras ou une jambe.
- Sauf que Bertille, c'est la 5e fois
qu'elle se casse le bras.
- Oh, demain...
Si, demain. Elles rient.
Wilmarc et sa nouvelle copine viennent djeuner.
T'es l ?
- Non.
Pas du tout.
- S'il te plat. - J'ai cours.
- "J'ai cours".
Marion...
(en italien) - Vol 1970 destination de Nice,
dernier appel pour Gilles Roussier.
Vol 1970 destination de Nice,
dernier appel pour Gilles Roussier.
- Ouais ? - Hey.
J'ai... J'ai loup mon avion,
mais le prochain vol est dans 2h.
- Wilmarc vient djeuner.
- Oui, oui, je sais.
Tu fais quoi, l ?
- Je fais quoi ?
Je vais faire les courses, comme t'es en retard.
- Dsol. - Ouais.
- Je devrais tre l vers...
- Arrte de manger du savon !
Oh, l.
Doucement.
Arrte !
Oh...
- Ca va ?
- Elle m'nerve.
T'tais o ?
- Ton pre a loup son avion, je me suis tap les courses.
- Je suis en retard, l. - Je suis dsole.
- C'est bon.
- C'est joli, ce petit haut.
- On sort, ce soir ?
- De ouf.
- Moi, je rvise. - Genre.
- Quoi ?
- Vu tes notes, t'as mention bien.
- Fais comme moi, bosse, ma vieille.
- Non, merci.
- Et il y a mon pre, l.
- On sortira une prochaine fois. - Nul.
- Ilinka. - Oui ?
- Viens par l. - Oh, putain, c'est toujours moi.
OK, en mode Simone Biles ! - C'est a.
- OK.
Dmonstration de la grce.
- Antoine, fais gaffe, hein.
- Je me demande toujours comment font tes parents avec ta soeur.
- Comment a ?
- Je sais pas.
Entre eux, ils ont plus de vie, non ?
- Et moi, tu te demandes pas ?
- Si.
C'est qui ?
C'est qui ? - Mais c'est personne.
- Personne ?
Tu souris personne ? - Quoi ?
- Montre, dis-moi !
- Mais non ! - C'est qui ?
- C'est bien. Vous tes bien.
Hein, chrie, c'est super ? - Ouais.
Vous tes l depuis quand ?
- Deux ans, deux ans et demi.
- Oh.
- Ca lui fait quel ge ?
- Euh... Ca lui fait 15.
- Ah, dj !
- Viens avec moi. Regarde, regarde, viens, viens.
- Tu l'as connue petite, non ? - Oui.
Minus, minus.
- Hello!
- Oh, le voil, lui !
Enfin !
- Content de vous voir. Ca va ?
- Oui, et toi ? - Ouais.
T'es dj dans l'eau ?
- Ouais, je t'attends.
- Fais voir la technique. - Regarde.
- Ca va ? - Oui, et toi ?
- Ouais, ouais.
Ca va, Bertillou ?
Ca va ?
Hein ?
Tu me fais la tte parce que j'ai loup mon avion ?
Hein ? Et maintenant, tu rigoles.
Hein, tu rigoles ?
Tu me pardonnes ?
Tu me pardonnes, allez, oui.
Oh, si, tu me pardonnes.
Oh, a va, a va. C'est bon, c'est bon, c'est bon.
C'est bon.
Eh, eh, eh, eh, eh !
Qu'est-ce qu'il y a ?
Oh, oh, oh, oh, oh !
Oh, oh, oh.
Vous restez dner ?
- Ah, c'est gentil, mais on...
On prend la route tt, demain.
On va rentrer. - Une prochaine fois.
- Bertille, viens, sors de l'eau.
- Pourquoi ? - Tu vois bien qu'elle a froid.
Viens. - Ca va.
- Si, elle a la chair de poule, vas-y.
Viens, mon bb.
OK, voil.
Viens. Pas toi.
Reste l, vraiment, ne fais rien, reste comme si tout allait bien.
Je prends une serviette. - Tiens.
Prends la mienne. - Laisse, non.
Ca va, j'ai compris, l.
C'est pas la peine de me regarder comme a non plus.
Elle vous plat pas ? - Madeleine.
- Quoi, Madeleine ?
Je vois bien, depuis tout l'heure.
Les regards, la honte, la gne, ils ont envie de rentrer chez eux.
"Comment a va, Bertille ? Ca fait longtemps."
"Elle a 15 ans", "Vous tes bien", non.
- Madeleine. - Arrte, stop, c'est trop facile.
Pas touche. Vous approchez plus du monstre.
Viens, mon amour.
Viens.
- Madeleine ?
- C'est bon, tu les as virs ?
- Madeleine, arrte.
Arrte.
- Regarde comme elle danse bien, ta fille.
- Tu peux pas leur en vouloir.
- Madeleine.
Arrte.
- On est comme a, toi et moi, normalement.
- On est comme a.
On est comme a, on est comme a.
- OK.
Arrte.
- Si on n'est plus comme a...
Si on n'est plus comme a...
- Tu lis, c'est bien.
Monte.
- Je vais payer. - Non, je connais le patron.
- On va o ?
Sirne au loin
- Un polpo di mezza estate,
e...
un : "Ma che tonno!"
- Perfetto. - Per favore.
- Va bene.
- E il tipico.
- Ah, avevate fame.
- E un baccal italiana.
Per favore.
Servici tutti allo stesso tempo, per favore.
- Certo.
- Pardon.
On mange quoi ?
- Tout.
Tu gotes et tu me dis.
- OK.
Ouais.
- Je vais ouvrir un resto dans le vieux Nice.
Je vais leur piquer leur chef.
- Le gars. - Que t'as vu tout l'heure.
Le gars est un gnie.
Il est cher mais a ira.
T'es pas oblige de finir.
Hai capito ?
- Capito.
- T'as tout compris. - Non, c'est toi.
- Ouais. Rire
Andiamo.
- Allez, table.
- A tavolo.
Deux hommes se disputent en italien.
- Raconte. - Non.
On se casse.
- J'ai vu un pdiatre
en cachette.
Parce que j'avais honte et...
il dit qu'il faut que j'arrte de comparer Bertille avec sa soeur.
Chaque enfant est diffrent.
- C'est vrai.
- On nous a donn le syndrome neurologique aprs des annes
et je me souviens de...
Je suis sortie de l'hpital avec Bertille et...
Et je voyais...
Les voitures qui passaient, les gens, je voyais le monde
qui continuait de tourner et je sentais qu'on m'avait dpose
l'entre de l'enfer.
- C'est normal.
Les trois quarts des parents ragissent comme a.
Enfin, c'est pas simple, quand mme.
Et mme,
il ne faut voir aucune indiffrence ni cruaut si des parents craquent
ou abandonnent, mme.
Ils manquent d'aide, de ressources
et ce moment-l, c'est notre responsabilit tous.
Ben en fait,
qui peut aller tout droit une telle vrit ?
Personne.
Personne.
Vous avez t super,
avec Bertille.
Vous vous en rendez compte ?
- Je sais pas. - Mais si.
Je vous explique ? - Oui, pardon.
- On va essayer
de poser un diagnostic
pour pouvoir donner un nom la maladie de Bertille.
Trouver le gne responsable, savoir si des chercheurs
travaillent dessus. - Pardon, j'ai une question.
Je pense qu'elle est prmature, mais a me hante.
Ma fille Marion a 17 ans et je voulais savoir...
Enfin, si elle veut avoir des enfants...
- A votre place, je me poserais la mme question.
Mais dans un 1er temps, on doit dtecter la maladie de Bertille
et on va avancer pas pas,
sans relle finalit.
Il faut pas attendre de rponses immdiates.
Sachez que c'est un peu comme une mdecine imparfaite :
on voit
et on avance.
- Ca s'est bien pass ?
- Je suis un peu dboussole.
- Je comprends.
Mon frre est atteint d'une maladie rare.
Je fais de la recherche pour a.
Bonne journe. A bientt, Bertille.
- Oui, mais ils vont tudier son cas en profondeur,
avec des techniques de pointe.
C'est compltement diffrent.
Tu m'coutes ?
Il y a de l'espoir. Qu'est-ce que t'as ?
- Leur espoir, c'est une guerre, en fait.
C'est une guerre qu'on dclare, on ne sait pas contre qui, c'est...
des infos qui nous tombent dessus
auxquelles on comprend absolument rien, c'est...
de nouveaux mots, une autre faon de penser, de se comporter,
"pour son bien", mais la fin,
il y a rien qui bouge, tu le sais.
On l'a assez vcu. Je suis dsol, je peux plus.
- Bon, tu proposes quoi, alors ? On passe notre vie la distraire ?
- Et pourquoi pas ?
Bertille a une maladie incurable.
C'est comme a.
Aprs, le pourquoi, le comment de...
Est-ce que c'est notre faute ?
Est-ce que c'est la mienne ? Est-ce que...
Quelque chose s'est mal pass. C'est comme a, c'est tout.
- Non mais l, j'ai besoin de toi.
- OK.
Il s'claircit la gorge.
- On a d faire trois htels avant d'tre acceptes.
- Ouais.
Classique.
- C'est quoi, son 4e restaurant sur la cte ?
- Imagine, il a chop le spot de Magnan.
- C'est une belle affaire, mais l-bas, a marchera jamais.
- Avec les charges, c'est salaire fois deux !
T'as ton quipe ?
- Ouais. Et a me cote bonbon.
Vous avez du feu ?
- Marion.
Tu cherches pas un job pour cet t Villefranche ?
- Non.
- Dommage.
Tu fais quoi, aprs le bac ?
- Rien.
- Bien jou. - Ah.
- Bien jou. - Bien jou.
- Ca va mieux ?
- J'ai dormi.
- Tu sais jouer ?
- Ouais.
- Et tu aimes ?
- Plus maintenant.
- Pourquoi ?
- J'ai connu des joueurs.
- C'est une bonne raison.
Bon, je te ramne.
Tu fais quoi, l ?
- Quoi ?
- Tu cherches quoi ?
(- Rien.)
- Tu crois que t'es sublime ?
Que t'es irrsistible ?
- Pourquoi tu me dis a ?
- T'as vu ton attitude ce soir ?
Je t'invite chez des gens, tu t'endors compltement sole.
Je suis pas un de tes potes de lyce.
Tu comprends ?
Tu peux sortir ?
Tu peux sortir, s'il te plat ?
(- Hey.)
- Tu dors pas ?
- Ca va ?
- Ouais.
Elle dort, maman ?
- Tu veux que je te fasse un th ?
T'as rflchi ce que tu vas faire l'anne prochaine ?
(Eh.)
Tu me files une cigarette ?
- Tu fumes ?
- Ouais, parfois, en douce.
Il faut que tu prennes l'air, Marion.
On vit en vase clos.
Enferms.
On se dbat comme on peut, avec ta soeur et sa vie bizarre.
Tu dois penser toi,
sinon, un jour, tu vas en avoir marre.
Marre de nous, marre de toi, tu vas...
Tu vas touffer, tu comprends ?
T'interdis rien cause de nous ou de Bertille.
T'as pas t'inquiter de a.
"Le bonheur suprme de la vie,
c'est la conviction qu'on est aim.
Aim pour soi-mme. Marion rit.
Aim malgr soi-mme."
- Victor Hugo.
- Waouh.
Pas mal.
T'es encore un peu sole, toi, non ?
- Il s'est pass autre chose ? - T'es hyper insistant !
- C'est pas vrai.
- Arrte de parler d'Alya comme a, je suis l.
- C'est lui. - T'es pas honnte.
Tu parles depuis tout l'heure. Tu parles trop.
- Je l'ai mis sur le coup. Je sais que t'es con.
Je le sais.
Mais t'es con ou quoi ?
- Je me suis bless. - "J'ai d arrter".
- Attention, prochaine collection
t-hiver !
Regardez-moi a, eh,
sexy ou pas ?
- Frache. - Au lieu de pisser dans l'eau.
- Ouais, tu kifferais ! - T'es srieuse ?
- C'est pas drle. - Mais si.
- Vas-y, vire a. - Donnes-en une Lo.
Mets une aquatique. - Vire a !
- Marion, je dconnais. - Quoi, "a va" ?
- Lo, ta gueule ! - Tout le monde est mort de rire ?
Vas-y, mais cassez-vous de chez moi.
Enlve a, t'as pas compris ? - OK, pardon.
- Cassez-vous de chez moi !
- Tu veux que je reste ?
Ca va ?
- Ca prendra un peu de temps d'avoir les rsultats.
Et c'est pas certain qu'on va trouver,
mais on cherchera
de quelle mutation gntique elle souffre.
Si c'est une mutation spontane,
une mutation hrditaire,
une mutation sur le gnome, une dltion...
- Une dltion ?
- C'est quand il manque une partie du gnome, comme s'il avait fondu.
C'est comme si on avait accs une encyclopdie
et on va chercher s'il manque une page.
- Salut.
(- Salut.
(Il y a mes parents qui vont rentrer.)
- OK.
Bon, ben...
plus.
- Ouais.
- Tu pleures, l ?
- Pas du tout. - Tu pleures, l.
C'est de l'amour, a.
T'es folle de moi, en fait.
- Fanny... - Eh, t'as laiss...
- Mais arrte avec a ! - Mais quoi ?
Bertille chantonne et Gilles l'imite.
- Oh !
On a fait 7 km !
- 7 km ?
Ca me parat norme, 7 km. - Ouais, ouais.
- OK.
- Bon. - On se met l ?
- Ouais.
- Laisse, je vais faire. - D'accord.
Oh, oh, oh, oh !
- Maman ! - Bertille.
- Quoi ? Rien de grave.
- Dsol, hein.
- Bonne journe. - Bonne journe.
- Fais gaffe, elle va se blesser.
- Bertille !
Bertille, allez, allez.
- C'est hyper dangereux, c'est hyper dangereux.
- Non, il y a pas le... - Il y a pas le quoi ?
"Il y a pas le" quoi ? - J'ai rien dit.
- J'ai pas tout sorti, et a rle. C'est fou !
- Je rle pas. - Si, tu rles.
- Ca va ?
- Ouais, je te regarde.
Il frissone et rit.
- Elle est glace.
- T'es fou.
T'attends quoi, des rsultats gntiques ?
- J'attends rien.
Surtout pas un miracle.
- Tu crois que moi, je m'attends un miracle ?
- Non, j'ai pas dit a.
Je te l'ai dj dit, j'attends rien de ce ct-l.
J'espre rien, c'est tout.
- Tu crois que Bertille non plus ?
Tu te souviens, quand t'as loup ton avion ?
T'tais Rome.
J'tais avec Bertille, Wilmarc et sa copine, tu vois ?
- Oui, je crois.
- Tu crois ?
- Ouais. - Ce matin-l...
j'ai essay de te joindre trois heures avant ton vol.
Impossible.
Je voulais que tu me ramnes du caf.
J'ai appel l'htel, on m'a pass ton chef de cabinet,
il m'a dit que tu venais de partir.
- Pourquoi tu me dis a l ?
- Je sais pas, j'y repense en te regardant.
- Ecoute...
j'avais pas dormi de la nuit, j'tais puis.
- OK.
Moi aussi.
Moi aussi, souvent, je suis puise.
- Allez, Bertille.
Non.
Non, oh !
Bertille ! Bertille, s'il te plat !
Allez, viens ! Elle rit.
Allez !
Allez, viens !
Drle de sens de l'humour.
Allez, viens ! Papa !
(- Attends, attends.)
Allez, allez, Bertille !
Allez, viens !
- Alors, tu veux la porter comment ?
- Comme a.
- OK.
- Comme d'hab, quoi.
- Plus que 6 km.
(Attention, attention.)
- Toutes ces tudes chiffres ainsi que l'ensemble
des lments de synthse vous seront transmis.
Bien, pour conclure, la commission a inform les ministres
de l'tat d'avancement...
- Ca s'est plutt bien pass, non ?
Enfin,
except les Allemands.
Je comprends pas, trois runions et toujours pas d'accord officiel.
C'est pnible.
- Franois.
J'ai une deuxime petite fille.
Il y a Marion, que tu connais,
et puis...
on a eu une deuxime petite fille.
Bertille.
- Bertille ?
- Ouais.
Je t'en ai jamais parl.
Ni personne au ministre.
J'ai une fille,
de 15 ans,
handicape.
Elle parle pas
et elle a un norme retard de dveloppement.
- D'accord.
Mais pourquoi tu m'as jamais rien dit ?
- Parce que...
Parce que c'est pas facile, parce que j'avais peur.
- Mais t'avais peur de quoi ?
- Quand cette chose arrive dans ta vie, c'est une...
C'est une incomprhension totale.
Il y a un truc qui te ronge.
Face ton enfant, tu penses que c'est de ta faute
et que tout le monde
le pense aussi.
- Mais enfin, comment t'as pu imaginer une seconde
qu'on serait pas derrire toi ?
- Ca aurait gn ma carrire.
C'est pour a,
je vais avoir besoin de temps pour...
Pour m'occuper d'elle.
- Comment a s'est pass ? - Bien.
- C'est--dire ? - C'est--dire...
que a s'est bien pass.
Bertille a bien parl.
- Parl ?
- Oui.
- Avec des mots ?
- Avec des mots, oui, les siens.
Et vous ?
Vous allez bien ?
- Moi ? - Oui.
(- Oui, a va trs bien.)
- Vous retournez quand Paris ?
- Dans deux semaines, le 11.
- Ca se passe bien, l-bas ? - Oui, trs bien.
- Bon.
Je vous ai crit un petit mot pour l'quipe soignante.
(Voil.)
Voici.
- Merci.
- Bertille.
A bientt.
- Bonjour, ici Gilles Roussier, laissez-moi un message.
(- Oh, putain.)
- All ?
- Je te rveille ?
- J'ai dormi chez Fanny.
Il est quelle heure, l ? - Il est 10h.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je sors de chez le psy avec Bertille.
- Maman, je dois partir en cours.
Je peux te rappeler aprs ?
- Bien sr, bonne journe.
- Bisous, tout l'heure.
Thomas ?
Thomas ?
- Bonjour, vous tes sur le rpondeur de Thomas,
laissez un message.
- Tu m'as enferme, je suis bloque.
Rappelle-moi.
Putain !
- Bonjour, vous tes...
- Il est quelle heure ?
- 15h.
- Putain...
J'avais cours !
- C'est pas la mort, si ?
- Tu comprends pas ?
Je dis quoi mes parents ? - Oh, l, l !
Je sors du boulot et toi, tu me fais un plan de gamine
de merde !
T'as regard sur le bureau ?
- Non.
C'est quoi ?
- A ton avis ?
Ben passe-la.
- Ben non.
- T'inquite pas, c'est pas une demande.
Juste un petit cadeau.
Tu l'as bien mrit, non ?
- Elle a dj pris trois glules, je peux pas lui donner plus.
- Maman, faut que a s'arrte, je me lve 6h,
demain, j'ai bac de philo. - Je sais, Marion, je sais.
Marion crie de douleur. - Arrte, arrte, je te dis !
(- Bertille, Bertille, Bertille.)
Bertille se remet respirer.
C'est bon.
Arrte, arrte, arrte !
Arrte !
Arrte !
- All ? - T'es prte ?
- Vous tes o ? - On arrive, on t'attend devant.
- OK.
Vous avez fait quoi ? - On a roul.
- Toute la nuit ?
- On voulait te laisser dormir.
- T'es folle.
- C'est de famille.
Bon, a y est, on y est.
- Ouais.
- T'as le trac ?
- Je sais pas.
On verra.
(- Mon amour.)
- Vous pouvez ouvrir les sujets.
- Oh, putain...
(- Ca, on a dj vu, a ?
(On a jamais vu.)
- Oui ? - L'institut a appel.
- Une place pour "A nos amours". - Ca a commenc.
- C'est pas grave. - On a les rsultats.
- Merci. Alors ?
- Syndrome de Phelan-Mac Dermid,
une microdltion du chromosome 22.
C'est un gne, je t'expliquerai.
Ils disent que c'est des enfants pleins de vie,
qui ont des envies et comprennent plein de choses.
Tu m'entends ?
- Ouais.
- Et puis, ils ont les rsultats pour toi aussi.
Et le gne, t'es pas porteuse.
Plus tard, si tu veux des enfants, tu risques rien.
Et puis en fait,
son esprance de vie,
elle est la mme que n'importe qui.
Tu comprends ce que a veut dire ?
Elle va vivre.
Elle va grandir avec nous. Cri
Mon amour, faut que je te laisse. Je te rappelle, bisous.
- Et ils rentrent quand ? - Demain.
- Oh, c'est fou, quand mme.
- J'ai rv d'elle, cette nuit.
On tait toutes les deux, elle me parlait.
- Bertille ? - Ouais.
- Elle te disait quoi ?
- Je sais pas, je me souviens plus.
Mais je me rappelle sa voix.
C'est ouf, non ?
J'tais enceinte.
- Quoi, t'tais enceinte ?
- Dans mon rve, j'tais enceinte.
Elle arrtait pas de toucher mon ventre, elle me parlait.
- C'est toi, la folle !
Il va se passer quoi, maintenant ?
- Rien.
Pourquoi tu veux que a change ?
- Je sais pas, mais...
quand tes parents, ils seront plus l...
- Moi, je serai l.
Je la laisserai jamais.
- Moi non plus, je te laisserai jamais.
- "L'Etat doit-il choisir ce qui est juste ?"
- Waouh. - Oh !
- Eh oui, j'ai pas un pre qui bosse au ministre pour rien.
- Rponse ?
- Pas maintenant.
- Pourquoi pas ? - Tu liras mon brouillon.
- Oh... D'accord, d'accord.
- Je peux en avoir plus ? - De ?
- Un peu plus. - Il y en a dj, finis ton verre.
- Allez. - Mais enfin !
- Allez. - Ca va, j'ai 17 ans.
- Mais c'est beaucoup de...
- De profiter de mon bac !
- Tes amies l'ont eu ? - Oui.
- Fanny aussi ? - Mention bien.
- Mention bien ?
- Ils l'ont fil, cette anne.
- Pas drle.
- Elle est o, la fte, ce soir ? - Chez Ilinka.
- C'est qui ?
- Non... - Srieux ?
- Non, mais enfin, Gilles !
- C'est mon amie depuis 10 ans.
- T'es sre ?
- Non, l... - Si, je vois.
- Ah. - Cheveux mi-longs.
Mi-longs. - Cheveux quelle couleur ?
- Si, si, elle est...
...moyen grande.
- Oh, non...
- J'en recommande une.
(- Merci.)
- Ben alors !
- Mais c'est dgueulasse.
- Bravo,
Bertille !
- Tu l'encourages ?
- Bravo.
Bien jou.
Bon apptit. - Bon apptit.
(- Bon, euh...
(Va me chercher un peu de...
(De tiramisu, ct.
Vous avez des commandes ?
- Mange, toi.
- Oh. - Oh, non !
- Tu manges pas.
- Quelqu'un mange son plat ? - Quelqu'un mange normalement ?
Un repas normal.
- Juste un repas normal.
- OK, que toutes les mentions "bien" et "trs bien" hurlent !
- OUAIS !
- Que les recals baissent la tte. - BOUH !
- Champagne pour tout le monde !
Champagne !
- "..Le protocole suivre,
une thrapie familiale serait bienvenue", d'accord.
"Un pre souvent absent,
une mre trs prsente (trop ?)"
Ben ouais.
"..serait source de stagnation
pour elle.
Enorme culpabilit parentale due une grossesse complique", oui.
"Alcool, stupfiants."
- Les deux, les deux.
- En mme temps. Gilles rit.
"Le placement en internat serait-il envisageable ?"
- Ca te fait rire ?
- Ben oui.
Et tu m'as rien dit ?
- Je t'ai appel, tu m'as pas rpondu.
- Ah ouais ?
C'tait quand ?
- T'es nul, mon amour.
- Merci. - C'tait un connard,
ce mec.
Un connard, et je suis contente
qu'on le voie plus.
On confie nos mmes ce genre de mecs.
Il voulait la faire interner.
Si je pouvais, je lui aurais mis ma main dans la gueule.
- Ca fait du bien.
Hop !
Hop !
Hop !
- Arrte.
- Quoi ?
- Faut que t'arrtes.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est comme a.
C'est pas comme si...
il y avait un truc entre nous.
- Un peu, quand mme, non ?
- Antoine, c'est bon.
On fte le bac, l.
Te la joue pas genre mal dans ma peau.
- Ca va ? - Ouais, et toi ?
- Je viens avec toi.
- On va faire quoi, maintenant ? - On se bourre la gueule.
Et on prend des stupfiants.
- Non, mais pour Bertille.
On l'a pour la vie, maintenant.
- Pardon ?
- Mais non, je dconne !
- T'es trs con, ce soir.
- Eh ouais.
(Quoi ?)
- Quand tu dis : "on va faire quoi ?",
tu veux dire quoi ?
Quand t'as dit a,
tu parlais de nous ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- T'as raison.
Il y a que Bertille.
Quand on sort, quand on mange, quand on voyage, Bertille.
Dans les moindres petites choses, c'est Bertille.
Et il y a plus de nous.
C'est impossible.
Il y a plus de nous et...
Et tu vas partir.
- Je comprends pas.
- Tu comprends pas ou...
tu comprends et tu veux pas le dire ?
- Qu'est-ce que tu fais l ?
- Tu me rappelles plus.
Oh ! - Laisse-moi tranquille !
Je peux pas vivre, un peu, l ?
- Viens, on va dehors.
- Lche-moi, tu me fais mal !
J'en ai rien foutre, moi.
Les poker, les restos, les ptasses dcolores...
- On s'en va. - Ae !
- Elle veut pas. - T'as quoi, toi ?
- C'est bon, c'est rien, c'est pas grave, a va.
Viens.
- Monte.
- Non. - Putain, commence pas.
- Je prfre rentrer pied.
- Oh, tu fais quoi avec moi, l ?
Pardon.
Pardon, je suis dsol.
Je suis dsol.
Je...
Pardon, pardon, pardon.
(- Eh, Bertille.)
T'es brlante.
(Quoi ?)
(- Ma-rion.)
- Srieux, la soire tait dingue, je tombe et je me ramasse...
- La Regina ? - C'est pour moi, merci.
Tristan fait des grands signes. - Merci.
- J'ai une caprese et une carbo pour la 4, s'il te plat.
All ?
- Ta soeur a disparu.
- Quoi ? - Je vais chercher ton pre.
On va la chercher en voiture, l. - OK, j'arrive.
Bertille !
C'est ma soeur ! Viens, Bertille, c'est moi !
C'est moi, c'est moi, c'est moi.
(Bertille, c'est moi, c'est moi.
(C'est moi.)
- Marion.
Oui ? - Je l'ai trouve.
- Ouf ! - Vous tes o ?
- Tout au bout de la promenade, vers l'aroport.
- OK, bougez pas, on arrive.
Sous-titrage : Edith Ramos Sparrow
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