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Original subtitles

Enfant, Goliarda Sapienza ne va pas � l'�cole.

Pendant la dictature, elle s'instruit � la maison

avec ses fr�res et ses parents, anarchistes et antifascistes.

Adolescente, elle d�m�nage � Rome,

o� elle devient notamment actrice,

tente de se suicider, subit sept �lectrochocs,

et cultive amours et col�res.

Puis, un jour, elle d�cide d'�crire...

Rome, 1980

Vous portez une perruque ?

Non, ce sont mes vrais cheveux.

Accroupie, jambes �cart�es !

J'ai lu que vous recherchiez

une femme de chambre.

Vous l'avez d�j� trouv�e.

Je vous laisse mon num�ro, au cas o�...

Je n'ai jamais travaill� dans un h�tel, mais...

Cinquante-cinq ans.

Tr�s bien, merci quand m�me.

D�sol�, vous n'avez pas d'exp�rience.

Sans exp�rience et compte tenu de votre �ge,

comment vous faire confiance ?

Je peux aussi travailler comme...

Comment dit-on ? Aide-cuisinier !

- Je sais tout faire. - On est au complet.

Vous voulez un caf� ?

Oui.

Romolo, un caf� pour la dame.

Arrestation de l'�crivaine Goliarda Sapienza

Elle vendait des bijoux vol�s

Oui ?

All� ?

Si vous cherchez maman...

elle n'est pas l�, elle a disparu.

Je ne cherche pas madame Brandi, mais Roberta.

C'est moi, Roberta !

T'es conne ou quoi ! Je t'ai reconnue tout de suite.

Tu veux quoi ?

Roberta, qu'est-ce que t'as ?

Roberta, t'es l� ?

Non, je suis sortie.

Je suis sortie.

Arr�te tes b�tises !

On se voit ?

Non, �coute,

j'ai pas le temps, j'ai plein de choses � faire.

T'as de la chance de tomber sur moi.

Goliarda, d�s que je peux, je t'appelle, OK ?

- D'accord. - OK ?

OK, d'accord, j'ai compris !

C'est bon, salut.

Goliarda ! Comment vas-tu ?

Pizzi !

�a fait longtemps que je t'ai pas vue.

L'autre jour, on �tait chez Lollo.

Je pensais que tu y serais.

Il y avait un d�ner ? Je ne savais pas.

Excuse-moi.

- All� ? - Salut, Goliarda.

T'�tais o� ? T'as disparu.

Mais je t'ai appel�e ce matin.

Tu fais quoi ?

J'�tais en train de dormir.

� part �a ?

Je cherche du travail toute la journ�e.

T'y crois encore ?

Je risque l'expulsion, je suis � sec. Je ne veux pas finir � la rue.

C'est inutile.

Je te l'ai d�j� dit.

T'es l�, tu m'�coutes ?

Oui, Roberta, je t'�coute.

T'as pas compris que je t'appelle pour un rencard ?

Franchement, non.

Si on se bouge pas, on va sombrer.

Bien s�r.

Tu dois absolument �tre demain � 11 h, au bar, � Rome Nord.

- C'est tout pr�s de chez toi, tu vois ? - Oui.

Au bar du m�tro et va pas t'installer en terrasse.

Comment tu sais que je m'assois en terrasse ?

Je sais tout de toi, andouille.

� 11 h, OK ?

OK.

Cette �glise est moche.

J'ai compris, t'as besoin d'un caf�.

Moi aussi, j'ai caval� toute la matin�e.

On fait vite. Je t'invite.

Deux caf�s.

Merci.

Tu fais souffler le vent !

Viens l�.

O� on va ?

Tu verras.

C'�tait qui, ce gar�on ?

Il te d�sire.

Tu m'�tonnes, trois ans d'abstinence !

Il est sorti de prison hier.

On ne le dirait pas.

Je sais.

On voit qu'il va bien, il est � l'aise dans la foule.

Tant mieux pour lui.

Mais il te pla�t ?

Il me pla�t.

Mais faut pas les prendre affam�s,

c'est trop facile.

En plus, si �a colle pas, tu les enfonces.

Mais...

si je ne t'avais pas t�l�phon�,

tu m'aurais quand m�me contact�e ?

Bien s�r !

Pourquoi ?

J'en sais rien, bordel !

- Pourquoi ? - Je te dis que j'en sais rien.

Sale petite fouineuse !

Je sais pas.

On descend l�.

Je suis n�e et j'ai grandi � Rome.

Un jour, j'�tais ici, toute seule

et c'est justement � cet endroit que je me suis rendu compte

que je vivais � Rome.

J'ai pleur� pour de vrai.

Je pleurais toute seule, comme �a.

Les gens passaient et me bousculaient.

On me demandait si j'avais besoin d'aide.

Tu la voyais pour la premi�re fois ?

Bien s�r que non. Mais l�, je m'en suis...

rendu compte !

Tu peux nous apporter deux whiskies ?

- Bien s�r. - Et des gla�ons !

Tout de suite.

�a te va ?

Oui.

Et maintenant ?

Maintenant, on attend Albert.

- Vous avez rendez-vous ? - Oui.

Un rendez-vous approximatif, � trois heures pr�s.

Albert travaille, en plus de me servir de pilote.

- De chauffeur. - Non !

Chauffeur, ce serait humiliant.

Lui, c'est mon bolide de luxe,

chrom� et puissant.

- Tu es amoureuse de lui ? - D'Albert ?

T'es malade ou quoi ?

Non, il m'est utile.

Mais il le sait.

T'arr�tes avec tes questions ?

S'attacher � quelqu'un que t'utilises,

c'est pas une forme d'amour, pour toi ?

Bien s�r que si.

Bah, voil� !

Merci.

T'abuses !

On en prend un autre.

Tout va bien.

Que s'est-il pass� ?

Je me suis endormie.

J'ai fait un r�ve.

Tu n'aimes pas qu'on te voie nue, pas vrai ?

C'est quoi cette question, bordel !

Pourquoi tu poses toujours des questions aussi bizarres ?

Je les comprends pas.

Et je les compte � la pelle.

Toutes tes questions sont � c�t� de la plaque.

Je sors de prison. On se croise par hasard.

Rien sur comment ni pourquoi je suis sortie.

Rien sur ma vie dehors.

J'ai voulu que tu voies ce mec me passer un truc.

Et toi, z�ro question.

Tu l'as vu parce que je l'ai voulu. T'as compris ?

Oui, j'ai compris.

T'en veux un autre ?

Oui.

Gar�on, tu m'apportes deux autres whiskies ?

Avec des gla�ons, c'�tait super.

Bref, t'avais tout compris ?

Alors, pourquoi tu comprends pas que ton attitude

m'inspire aucune confiance ?

Avec tes airs d'intello d�sinvolte...

Ce personnage ne trompe plus personne.

Pourquoi tu me soup�onnes ?

Tu veux me faire gober que tu t'int�resses � moi ?

Et pas � mon milieu ?

T'es peut-�tre pas une infiltr�e.

Tu cherches peut-�tre � raconter mes activit�s politiques,

et celles de mes camarades, dans tes petits salons.

De quels salons tu parles ?

Je ne supporte plus ces salons.

Ou plut�t, ils ne me supportent plus.

Une vraie prison de petits juges.

Mieux vaut ta prison � toi.

Ton milieu m'int�resse parce que c'est toi.

C'est ton milieu et ce que tu es.

Tu sais que mon milieu et mes activit�s

sont dangereux pour toi et moi, si je t'en dis trop ?

- Tu piges ? - Oui.

J'ai pas l'impression.

J'ai quatre proc�s en cours, dont un en bande organis�e.

Tu me soup�onnes ?

Alors, boucle-la !

Ne prends pas de risque.

Va te faire foutre.

Et voil�, avec beaucoup de gla�ons.

Alby !

Je prends la chaise et je vous la rends.

On attend quelqu'un.

Une minute.

Je fais vite.

Quoi de neuf ?

Madame.

Une vraie beaut�, cette fille.

Et intelligente avec �a.

Vous qui �tes �crivaine...

pas vrai qu'elle est intelligente ?

- Pas vrai ? - Bien s�r.

Il �tait temps que t'arrives.

Que t'es beau avec tes bouclettes !

O� tu nous emm�nes ?

Moi, je m'en vais.

J'ai des choses � faire.

Pourquoi tu pars ?

La voiture est l� et elle s'en va. Quelle couillonne !

Madame, je suis sa Mercedes.

Arr�te avec tes "madame".

"Madame", �a me va tr�s bien.

Gar�on ?

Je voudrais r�gler.

C'est moi qui r�gle.

Je vais me vexer, madame Goliarda.

O� tu vas ? Tu tiens pas debout.

Salut.

Taxi !

Au diable, la mis�re.

Rue Denza.

C'est qui ?

L'ange bleu ?

Et cet Albert ?

Cocorico !

Va te faire foutre.

�a suffit, je ne veux plus jamais la voir.

C'est le collier de Madame.

S�curit� !

Promenade !

Promenade !

T'es la nouvelle ? �a te fait rire, bordel ?

Tu te fous de ma gueule ?

Viens dans la cour,

je vais te casser ta gueule de connasse.

Comme si �a suffisait pas d'�tre en taule !

Il faut en plus subir le martyre d'�tre vieille et moche.

Elle en pense quoi, la dame ?

Ils les coffrent expr�s pour nous torturer.

C'est ind�cent !

Je vais faire un rapport.

C'est �a,

vas-y !

Comme t'es moche, ils le liront peut-�tre.

Je vais pas te mentir, madame,

on m'avait dit que t'�tais une moucharde.

� Rebibbia, on a un t�l�phone sp�cial,

sans fil.

Plus efficace que ceux du dehors.

Maintenant, tout le monde sait que t'es pas une moucharde.

Ah oui ?

Et pourquoi ?

Pourquoi ?

Parce que quand tu t'es assise � c�t� de moi,

je me suis pas lev�e

et je t'ai m�me caus�.

R�veille-toi !

En un clin d'�il, j'aurais pu me lever et m'en aller.

Tu crois quoi ?

Toi, t'es un peu bizarre,

comme si t'avais une fixette,

mais t'es pas une balance.

- Vas-y, fume. - Je peux ?

Fume.

Elle a d� arriver hier soir.

Le futal a encore un pli et ses mains sont propres.

Le futal est en soie.

La soie, �a se froisse pas.

Son nom, c'est Speranza ?

Non, Sapienza.

- C'�tait pas Goliardo ? - Non.

C'est Goliarda, son pr�nom.

�a promet.

Te voil�.

Ram�ne-toi.

T'aimes bien rire ?

Mince, alors !

C'est bien, cogne-la comme �a.

�a lui apprendra � chercher des noises.

Tiens.

Merci.

C'�tait long.

Pas facile en une semaine.

C'est un grand texte. J'ai appr�ci�.

Il avait pr�vu toutes les erreurs du syndicat.

De son vivant, vous ne l'auriez jamais publi�.

- C'est pas vrai. - Si !

Seuls les morts ont le droit de contredire les Italiens.

J'ai plus qu'� crever moi aussi.

Pourquoi tu critiques tout ?

Je ne critique pas.

Je suis r�aliste. Ce qui est pire.

Je n'ai m�me plus envie d'�crire.

T'as d'autres corrections ?

Pas pour le moment. Demain, on ferme.

En septembre.

Moi, c'est Marr�.

D�linquante r�cidiviste.

Marr�, c'est mon nom.

Marr� Teresa.

Et toi, comment tu t'appelles ?

Goliarda Sapienza.

Putain !

Ton nom, c'est Goliarda ?

Non, Sapienza.

Tu dis ton pr�nom avant. T'es une politique ?

Non, j'ai vol�.

Je t'ai pas demand� ce que t'as fait.

Je voulais juste savoir si t'�tais une politique.

Pourquoi ?

Elles cassent les couilles.

Quand tu leur demandes du vin, elles t'en filent pas

mais elles te bourrent le cr�ne.

Des fanatiques.

C'est vrai qu'avec du sucre dans le vin,

on est plus vite bourr� ?

Je crois que oui.

Et toi, t'en bois du vin ?

Non.

Tu vois que t'es une politique.

� Marr�, tu dois dire la v�rit�.

J'ai dit la v�rit�. T'es sourde ?

Ah ouais ?

Pourquoi tu sucres pas ton lait ?

C'est gratos le sucre, ici.

Je n'aime pas le lait avec du sucre.

Mamma Roma !

Viens avec nous.

Pousse-toi, madame.

C'est une grande m�dium.

Elle va lire en toi.

Vous ressemblez � Marilyn Monroe.

On vous l'a d�j� dit ?

Vraiment, vous...

Si Marilyn �tait encore vivante,

elle serait comme vous.

Je communique avec les �mes en peine.

Marilyn �tait une enfant que les autres ont rendue malade.

Vous savez qu'ils ont ce pouvoir-l� ?

Oui.

Ne me r�pondez pas.

C'est vos mains qui doivent me r�pondre.

Tu parles !

Ferme-la, je suis en communication avec Marilyn

� travers la dame !

Vous ne souffrez pas d'�tre ici, madame.

Vous �tes obs�d�e par l'id�e du suicide.

C'est pour �a que vous avez vu Marilyn en moi.

Vous sentez mes mains glac�es ?

Marilyn me dit

que vous devez r�sister et vivre,

car il y a quelqu'un, un �tre vivant,

qui a besoin de vous.

Vos mains sont tr�s chaudes maintenant.

Et me voici � quatre ou cinq ans,

je tra�ne un immense morceau de bois dans un terrain boueux.

Il n'y a ni arbres ni maisons autour.

Ne restent que la sueur due � l'effort de tra�ner ce corps dur

et la br�lure vive de mes paumes bless�es par le bois.

J'ai de la boue jusqu'aux chevilles, mais je dois tirer.

Je le fais sans savoir pourquoi.

Mais laissons ce premier souvenir tel qu'il est.

Je n'ai pas envie de supposer ni d'inventer.

Je veux vous dire ce qui s'est pass�, sans rien modifier.

"Impubliable."

L'ART DE LA JOIE

"Trop long. Trop traditionnel".

Ils l'ont tous refus�. Alors, imagine maintenant !

J'ai fait l'impossible, j'ai demand� de l'aide � tout le monde.

J'y arrive pas.

J'arrive pas � le faire aimer.

Laissez un message apr�s le bip sonore, merci.

Tu me r�ponds plus.

J'ai r�ussi � te faire flipper.

�a te fera pas de mal.

Tu me manques un peu.

Tant pis.

Je te d�rangerai plus.

L'amour de ma vie m'attend dehors et je reste enferm�e ici,

� moisir.

Je deviens folle. Je veux sortir.

Sortez-moi de l�.

Alors comme �a, tu as �t� � P�kin ?

Oui.

Alors que moi, jamais.

Je voudrais tant.

Et Cinzia et Marina ?

Les amoureuses ins�parables.

Et l'amour de Maril� pour Oliva ?

Un amour digne de la cellule 33 !

Lib�r�e deux fois, elle fait tout pour revenir.

Moi, j'ai du mal avec l'amour entre femmes.

T'es jamais rest�e longtemps ici.

Moi, je comprends.

C'est la premi�re fois que je vois

Marr� et Annunciazione s'attacher � quelqu'un.

Comment tu as fait ?

Je n'ai rien fait.

C'est tr�s chinois ce que tu viens de dire.

Suzie Wong ne tombe jamais amoureuse.

Suzie Wong est une exception.

Pas vrai, Suzie ?

Moi ? Pauvre Suzie Wong, jamais !

Je fais du th� depuis trois ans,

tous les dimanches.

�a me permet de ne pas devenir folle.

Tu es l� pour des raisons politiques ?

Non, j'ai vol�.

Moi, trafic de drogue international.

Ils sont tr�s s�v�res avec les Chinois.

Toi, t'as juste vol�. C'est rien du tout aujourd'hui.

Barbara, prends une assiette.

J'ai pas faim.

C'est pr�t.

Quand tu veux.

- Pour toi. - Merci, Suzie.

Si t'�tais pas l�,

on oublierait le go�t de la nourriture.

Faudrait cramer cette putain de cuisine !

Elle est violente mais elle mord pas.

Elle est d�cha�n�e de nature, mais vise sa gueule d'ange.

Roberta.

Goliarda.

Barbara s'est taill� les veines !

Elle doit aller � l'h�pital. Dehors !

H�pital !

Dehors ! Dehors !

- All� ? - On se voit ?

- T'as peur du noir ? - Oui.

Regarde.

T'as vu comme c'est beau.

LE PR�SENT EST D�J� UN MYTHE

- Tu aimes ? - Oui.

Moi aussi.

Qui l'a �crit ?

C'�tait d�j� l�, avant mon arrestation, y a presque deux ans.

� ma sortie, j'ai couru pour voir si c'�tait toujours l�.

Regarde, un taxi !

T'inqui�te, c'est moi qui paie.

Cours, Goliarda !

251 rue de l'Acqua Bullicante.

J'ai d�valis� une des s�urs de ma m�re.

- T'as vol� chez elle ? - Non !

Il suffit de les terroriser.

La premi�re qui me tombe sous la main,

je lui gueule dessus et, de peur, elle casque.

Je me venge.

De quoi ?

De ma m�re.

Toute sa vie, elle a couvert mon p�re.

Lui, c'est mon portrait crach�. Un d�linquant, un vrai de vrai.

Moi, elle m'a jamais couverte.

Mon p�re, mon fr�re, tous les mecs. Moi, rien.

Alors, je me venge.

Comme �a, sans plaisir.

Vengeance d'amour.

Et il insistait, en plus !

J'ai d� le mettre � la porte.

Je lui ai dit :

"Ne reviens jamais.

"Pas la peine.

"J'en ai assez, tu comprends ?"

Et j'ai claqu� la porte.

- Suis-moi. - O� ?

O�, Iuzza ?

Mon Dieu ! On est o� ?

Dis-lui de s'arr�ter, je dois descendre.

Arr�tez-vous ici.

Tu te sens pas bien ?

Paie, l'argent est dans le sac.

Fais gaffe !

�a va mieux.

Excuse-moi, Goliarda.

Tu te marres ?

Y a vraiment pas de quoi, putain.

Bonsoir. Police !

Tu m'as fichu la frousse.

Contente de te revoir !

Merci d'�tre venue.

Barbara ch�rie.

T'as bonne mine.

Elle vous pla�t, ma parfumerie ?

C'�tait un taudis, fallait voir.

- T'as tout fait toi-m�me ? - Oui.

Regarde ce velours.

On dirait de l'alcantara.

Tr�s beau !

�a m'a co�t� une blinde, mais �a valait le coup.

Et le bambou ?

� couper le souffle.

Je voulais que ma boutique soit la plus belle de Rome.

Et �a, c'est quoi ?

- Pourquoi tu regardes la moisissure ? - En effet.

- �a sent ! - Demain, on m'arrange �a.

C'est pas grand-chose.

T'as des clientes ?

Au d�but, non.

Personne n'avait jamais vu une boutique aussi chic dans le quartier.

Mais un ami orf�vre...

Bon, d'accord !

Un receleur honn�te m'a dit :

"Casse tout et adapte-la au quartier". Mais je suis t�tue.

J'ai fr�quent� des palaces avec mon mec,

et je finirais dans un trou � rat ?

Autant rester � Rebibbia.

Et maintenant, �a marche ?

Elles d�barquent en masse. Faut voir comme elles sont sap�es.

Plus elles sont sap�es, plus elles raquent.

Tu t'en fous de cette boutique.

- Tu crois que j'en fais trop ? - Oui.

Tu te forces � aimer ce qui pla�t aux autres,

mais t'en as rien � foutre.

Te fais pas coffrer � nouveau.

Essaie de rester un peu avec nous.

On va fermer.

C'est Goliarda, tu te rappelles ?

Non.

Elle est l�, maintenant.

Pourquoi tu dis rien, toi ?

Explique-lui que l'amour de ma vie est en prison

et que je me bats pour le faire sortir.

Je veux pas retourner en taule.

J'ai failli y laisser ma peau.

Tu sais ce que cette teigne m'a fait ?

Pour un mois de sortie ? Et � quel prix ?

Tu me proposes des trucs devant une �trang�re.

Te vexe pas.

Je veux pas les r�p�ter.

Tu t'es amus�e � me faire prendre l'air.

Et tu t'amuses � me faire replonger.

Replonger ?

Tu tiendrais pas le coup.

T'as tir� un an et t'as p�t� un c�ble,

comme les gars au service militaire.

Tu fais quoi, ici ?

Tu construis ce nid pour Tano.

Il a grandi en taule.

Tu le vois revenir et faire la compta ? Aider et respecter les horaires ?

Quelle chance d'�tre en taule ! Moi, je replonge pas.

Tano est content que je sois l�.

Comme je le comprends !

Comme �a, il t'occupe honn�tement.

M�me en taule, il sait o� t'es.

Il te retrouvera l� o� il t'a laiss�e.

�a te fait rire ?

T'as raison.

Faut voir les lettres qu'il m'�crit !

- Il est hyper jaloux. Il d�bloque. - Tu m'�tonnes.

Il souffre.

T'as raison, je suis jeune.

Et si je commen�ais � sortir avec certains hommes ?

- Tu vois ce que je veux dire ? - T'es un g�nie !

T'es amoureuse.

Raide dingue.

Montre-moi ces fameuses cicatrices.

- Arr�te ! - Fais voir.

Regarde �a. Je vais devoir faire de la chirurgie.

� la premi�re entaille, t'as m�me pas eu peur.

Tu disais : "Continue !"

Regarde �a. Je vais devoir faire de la chirurgie.

� la premi�re entaille, t'as m�me pas eu peur.

Tu disais : "Continue !"

Si la douleur t'avait fait craquer,

on t'aurait demand� :

"T'as fait comment ? Qui t'a aid�e ?"

Si je m'�tais tromp�e sur ton compte, avec tes airs de d�esse,

j'aurais plong� pour tentative d'homicide.

- La totale ! - Ma pauvre !

Personne ne prendrait autant de risques pour toi.

Et tu oses refuser un petit service � ta copine ?

D'accord, je le ferai.

Arr�te, j'ai rien dit.

T'es sympa.

Je dois me piquer, mais j'ai pas de came.

Tu connais quelqu'un qui...

Compte pas sur moi.

Je dois f�ter l'occasion !

Je suis contre l'h�ro�ne, par principe.

Fais pas ta donneuse de le�ons !

T'es belle maintenant, sans drogue.

Comment �a, "maintenant" ? Esp�ce de d�esse � la con !

Je me pique depuis le soir o� je suis sortie.

�a t'en bouche un coin.

Tu gobes tout, comme tout le monde.

Les jeunes cr�vent sur la route, pas d'h�ro�ne.

Mais jamais y aura de loi pour �a.

Y a mani�re et mani�re de se droguer. Regarde les politiciens...

- Je t'aiderai pas. - Salut et merci bien !

Tu pourrais bien me trouver un bon dealer.

Trouve-le toute seule.

Bon sang !

Elle me fait la morale.

La voil� !

Pourquoi vous riez ?

On savait pas o� t'�tais pass�e !

On a eu peur. On est entr�es sans frapper. D�sol�e.

Pourquoi vous auriez frapp� ?

C'est vrai, t'aimes pas qu'on te voie nue.

- Et c'est reparti ! - Oui.

�a veut dire quoi ?

Vous vouliez frapper

car j'ai l'�ge de vos m�res et de vos tantes.

Vous connaissez mon �ge. C'est pas loyal.

Carr�ment d�loyal !

Et pourquoi �a ?

T'es agressive, t'es obs�d�e par l'�ge, putain.

Je peux �tre nue sans probl�me.

Aucun probl�me !

Vous savez quoi ?

Je vais prendre une douche.

Prends-la froide, �a te rendra peut-�tre plus sympa.

Prenons-la ensemble !

Allez ! Toutes les trois.

Barbara, viens. T'as d�j� tout bien am�nag�.

Si seulement on avait eu cette salle de bain, � Rebibbia.

Allez ! Goliarda est d�j� nue.

Viens, Barbara !

Je suis presque s�che.

- Faisons semblant d'�tre encore l�-bas. - J'ai faim.

Venez, on va r�ver ensemble.

Une douche vite fait et on mange.

Allez !

Cette petite quand elle veut un truc, bon sang !

Regarde comme elle est sexy.

Qu'est-ce que tu dis ?

Que t'es un vrai danger public !

Arr�te tes conneries !

Je comprends pas pourquoi tu me plais autant.

J'ai jamais �t� attir�e par les femmes.

Avec tout ce temps pass� ensemble, en cellule,

on aurait d� essayer.

Elle te pla�t aussi, Goliarda ?

Arr�tez !

Je veux pas savoir si on se pla�t toutes les deux.

Tout ce discours pour ne pas aller trop loin,

c'est typique d'une femme mari�e.

Je voulais juste conna�tre son avis.

�a suffit ! Arr�te de te comporter comme un mec.

La femme mari�e, puis le mec... Tu perds la boule ?

J'en ai marre de ces comportements de machos et de bonne femme.

C'est du pareil au m�me.

D'abord, les regrets. Puis, les soup�ons.

Et maintenant, l'enqu�te. �a arrive si �a doit arriver.

D'accord ?

Le sujet est clos. J'ai faim.

Elle est toute tremp�e !

Qui va me la s�cher ?

Ta femme !

Imb�cile !

Sois pas triste, Goliarda.

Je ne te soup�onne plus.

�a te fait mal ?

Non.

Elles ont le go�t de la mer.

Ne pleure pas.

Ne pleure pas.

Les filles, on mange.

Je vais mettre mes chaussures.

Quelle belle table !

T'as surpass� Suzie Wong ! Bravo !

Barbara, on se voit demain soir ?

Je compte sur toi. Il me faut cet argent.

Les camarades me savent dehors et attendent mon aide.

Faut que je paie l'avocat du Chilien.

Je t'ai dit oui. Je t'ai d�j� refus� un truc ?

Jamais.

Du coup, au Hilton,

je te pr�senterai le pianiste.

Mais que ce soit clair,

c'est juste pour bavarder avec les rupins.

- Sinon... - T'inqui�te pas.

- T'es s�re ? - Oui.

Vraiment ?

C'est pareil pour moi.

Tu crois quoi ?

D'accord.

Ils sont bons. Ils sortent de la r�tisserie d'� c�t�.

- La voil� ! - Ils sont tr�s bons.

Et je le mange comment, le jambon ?

Avec de la pizza.

Viens.

Je m'attendais � des spaghettis.

J'ai pas de r�chaud � gaz.

T'as qu'� en installer un. Le m�me qu'on avait � Rebibbia.

Pourquoi pas.

Et un beau lit superpos�.

Et une belle grille ?

Ferm�e � cl�.

Passe-moi la mortadelle.

Quel bonheur d'�tre � nouveau ensemble !

Vous non plus, vous avez rien oubli�.

Nous serons toujours ensemble.

Et quand il n'y aura plus de vivres,

d'eau et de lumi�re,

on mourra toutes les trois.

Et dans plusieurs si�cles,

quand ils p�n�treront dans ce temple de l'amiti�,

il faudra des arch�ologues

pour savoir qui �taient ces trois petites momies

retrouv�es intactes,

dans une boutique d'avant-guerre nucl�aire,

au 251 rue de l'Acqua Bullicante.

Je suis l�.

Salut, les filles !

Salut, Barbara.

Et maintenant ?

Maintenant, je te raccompagne.

Qui sait s'ils dorment vraiment.

Tous reclus dans leur chambre.

Quand je ne dors pas et que je ne peux pas �crire,

j'observe le sommeil de la ville.

Pourquoi tu �cris ?

Pour m'estourbir.

Comme toi, avec l'h�ro�ne.

"M'estourbir". J'avais jamais entendu ce mot.

T'aimes quel genre de voiture ?

Je m'y connais pas trop en voitures.

Alors, c'est moi qui d�cide.

Monte !

Cette voiture est magnifique.

Y en a pas deux comme toi.

Tu dis rien ?

Tu protestes pas ?

T'es une d�linquante !

Comme moi.

Merde ! Accroche-toi.

Heureusement, ils en ont arr�t� une autre.

On aurait fini la soir�e en beaut� !

Descends.

J'habite l�-dedans.

Tu m'y emm�neras un jour ?

Jamais.

En route, beaut� !

Je vais chercher deux bi�res.

Passe-moi mon sac � main, sans �a...

Dis-moi...

Si, un jour, je supporte plus ce monde et que je veux partir,

est-ce que tu m'aideras ?

Tu m'injecterais la dose mortelle ?

Bien s�r.

Si c'est ton souhait, bien s�r que je le ferais.

Pour toi, ce sera une dose de cheval.

J'en ai bien peur.

Comment tu t'es fait choper ?

Je sais pas comment

ils ont atterri dans une vente de bijoux.

Ici, � Rome.

C'est sa femme de chambre,

qui, contre toute attente, �tait l�. Elle les a reconnus.

Non !

Me dis pas �a. Quelle poisse !

Mais quelle idiote, aussi !

La prochaine fois, t'iras voir mon contact.

C'est le genre d'histoire qui m'�clate.

Elle pouvait m'emmener

dans des restaurants hupp�s, en vacances,

et me refuser cent mille lires

pour faire une copie de mon livre

que j'aurais fait circuler pour qu'il soit lu.

Ce livre-l�, c'est moi.

Ce sont des ann�es de travail.

C'est tout ce que j'ai fait.

- Je l'ai pris pour toi. - Merci.

Une vraie connasse, ta copine.

Oui.

Je crois que j'�tais amoureuse.

Oui.

Quand elle a vu que j'avais plus un rond,

elle a commenc� � me maltraiter.

Comme une esclave.

C'est toujours l'amour pour les femmes qui me perd.

Avec les hommes,

c'est plus simple.

Je lui ai vol� ses bijoux

pour la tester.

Et ils t'ont chop�e.

Je suis d�sol�e, je dois rentrer.

Je dois me piquer.

J'ai toujours envie de finir une belle soir�e

avec cette putain de came.

Elle te tient et te prive de la beaut� de la vie.

Sans elle, on aurait pu rester ensemble

et faire les 24 heures de l'amiti�.

Oui.

Et la voiture ?

Je vais la laisser pas loin de chez moi.

Ils la retrouveront.

Avant, je laissais un mot de remerciement.

Mais maintenant que je suis r�cidiviste,

je fais gaffe.

Bisou, � bient�t.

Bisou.

Iuzza !

Angelo !

- Je t'ai fait peur ? - Je pensais pas te voir ici.

Moi non plus.

J'aurais d� te pr�venir.

Mais non...

Je m'y attendais pas, c'est tout.

Que s'est-il pass� ?

On a d� interrompre le tournage,

tout �a � cause de moi.

Imagine un champ en plein soleil,

une production am�ricaine, de l'argent � gogo,

des d�cors et des costumes de dingue.

Arrive ma r�plique avec la star qui doit dire :

"Where is Don Jaime ?"

Et moi, en courant : "Coming, my Lord !"

- Tu jouais le serviteur ? - Oui.

Un r�le, riche en nuances, comme toujours.

Et l�, il s'arr�te. Il regarde le cheval,

puis moi et � nouveau le cheval,

et il s'effondre de toute son armure, terrass� par la chaleur.

T'imagines ?

Si tout va bien, on reprend dans deux jours.

Et me voil�.

Mon mari et les Borgia.

Ton mari les a mis � terre, les Borgia.

Je fais du caf� et on le prend au lit ?

Oui.

Tu dors ?

Comment tu vas ?

Bien.

Je vois �a.

C'est gr�ce � tes d�linquantes ?

Oui.

T'�tais avec elles ?

Oui.

Quand je suis avec elles,

je me sens encore dedans.

T'as un grain !

Je t'assure...

Avec ces femmes � Rebibbia, c'�tait...

d'une libert� folle,

indescriptible.

Elles sont dedans m�me quand elles sont dehors.

Elles n'en sortent pas, tu comprends ?

Alors,

quand on est ensemble,

moi aussi, je me sens dedans, libre.

Tu fais quoi ?

Je te propose une nouvelle coupe.

Laissons tomber.

On s'est acharn�s dessus, je n'en peux plus.

Il ne sera jamais publi�.

Je devrais le br�ler.

Qu'est-ce que tu racontes ?

Plut�t me br�ler.

Quand t'as un chef-d'�uvre entre les mains,

t'as un chef-d'�uvre entre les mains.

Moi, je ne comprends pas cette hostilit�, cette...

Tout �a pour des divergences politiques et philosophiques ?

Non, quand c'est un chef-d'�uvre, c'est un chef-d'�uvre.

Viens l�.

On danse ?

Allez, on danse.

Je ne sais pas danser.

La joie, c'est toi.

Seulement pour toi.

�a me va tr�s bien.

Tu me reconnais pas ? T'es sortie !

Merci.

Ma belle !

C'est la limousine de James Dean.

Regarde-moi ce bolide.

Les filles, c'�tait pas pour nous.

Doucement !

Grouillez-vous !

Mon amour

Mon amour

Dans tes bras, j'oublie chaque douleur

Laisse-moi rester avec toi

Sinon je meurs

Laisse-moi rester avec toi

Sinon je meurs

Ne pleure pas, mon amour, ne pleure pas

Mon amour

Ne pleure pas, tais-toi

Contre mon c�ur

Mais si tu souffres

Dis-le-moi

Ce que tu dois me dire

Dis-le-moi

- Viens par ici. - J'arrive.

All� ?

Je dois te parler. Demain, � 6 h pr�cises,

� la consigne de la gare Termini.

D'accord.

Que se passe-t-il, Roberta ?

Rien. C'est une surprise. Salut.

TERRORISTES Des tirs dans une usine Alfa Romeo

Salut.

T'es pile � l'heure !

Quoi ?

Il fait chaud.

T'�tais mieux dans tes beaux quartiers.

Non !

Si t'as le temps, allons prendre un bon caf�,

�a ira mieux apr�s.

J'ai le temps. Ton amie te conna�t, elle est prudente.

Allons au bar, on discutera un peu.

Viens.

Rocco !

Deux doubles expressos et de l'eau.

Tout de suite !

Quoi ? Je le connais depuis toujours.

Pas la peine de faire tes petits yeux de voleuse !

Voleuse notoire !

Pas de bijoux,

mais d'histoires, de vies.

Voleuse d'histoires, je le suis.

Je dois te dire un truc.

Dis-moi.

Quand j'ai dormi chez toi, je devais partir t�t le matin.

Je me suis r�veill�e

et j'ai �t� attir�e par ton coffre plein de papiers.

Je l'ai ouvert.

C'�tait plus fort que moi !

T'as �crit tout �a ?

T'as jamais rien publi� ?

Un truc ou deux.

Il y a longtemps.

Si tu veux, je te ferai lire.

Et il y avait aussi des lettres de ta m�re.

Elle t'a aim�e toute sa vie.

Elle t'a choisie et a prot�g� ta libert�.

C'est beau, non ?

Et c'est moi, la voleuse ?

Oui, c'est vrai.

Moi, ma m�re, je la hais.

Cette conne pr�f�re mon fr�re. Je la hais.

� tes c�t�s, j'ai compris que c'�tait de l'amour,

de la d�pendance absolue.

Je veux plus aimer de cette fa�on.

Arr�te avec ta famille !

J'ai perdu ma famille � 13 ans.

Voil� les caf�s.

T'as raison,

�a suffit.

Laisse-moi faire quelque chose !

- D�gage ! - � votre service !

J'ai aussi perdu ma deuxi�me famille.

Hier, je leur ai dit en face que je me d�solidarisais.

Ils vont vouloir se venger. Ils le feront en prison.

Mais comment mentir ?

Tout va mal. On foire tout.

Certains ont fil� incognito au Nicaragua.

Et moi, je fais quoi ?

Je dois dispara�tre. Je dois m'en aller.

Je dois...

Je dis �a, mais je sais que je le ferai pas.

Que se passe-t-il ?

On va se prendre deux whiskies on the rocks.

Rocco, tu m'apportes deux whiskies ?

Bien s�r.

Double pour moi.

- Deux doubles et des gla�ons. - D'accord.

J'arrive.

Je t'aime bien.

Beaucoup.

Moi aussi.

J'ai r�v� de toi, tu sais ?

La nuit o� j'ai dormi chez toi.

En fait...

J'ai honte de te parler de trucs �rotiques.

Et pourtant...

Si on savait � Rebibbia, je perdrais toute mon autorit�.

J'ai r�v� de toi et j'ai compris...

qu'il n'y a rien de plus exaltant

que ce rapport amoureux qu'on appelle l'inceste.

Putain, je veux pas !

Tu veux pas, car l'inceste n'est possible

qu'avec ta m�re biologique.

Je ne t'ai pas mise au monde,

n'oublie pas �a.

Qu'attends-tu de moi ?

La paix.

D'accord. Tu vas l'avoir, la paix.

Arr�te, on se donne en spectacle.

Je m'en fous.

La paix.

Tu pars ? C'est pour �a que tu t'accroches au cou de la dame ?

M�le-toi de tes oignons !

T'as raison.

Mais j'adore observer l'amour d'une fille pour sa m�re.

De nos jours...

Il y a assez de gla�ons ?

Ou alors, ce n'est pas ta m�re...

Non, elle ne part pas.

On vient de se disputer.

On se faisait un c�lin pour se r�concilier.

Vous savez ce que c'est, les enfants et leur maman.

Je t'envie d'avoir une maman comme �a.

La mienne, elle aurait pris direct un couteau

et je finissais en hachis.

Avec ce que co�te la viande aujourd'hui !

T'es d'un tel aplomb et d'une telle arrogance !

Pourquoi tu dis �a ?

N'importe quelle autre femme se serait vex�e.

- J'ai 30 ans ! Va chier ! - C'est pas vrai.

- T'es insupportable. - Pourquoi ?

T'es insupportable !

C'est toi qui es insupportable, avec tes rencards de merde !

C'est quoi, cette surprise que tu m'avais annonc�e ?

Venir boire un mauvais whisky au bar, comme d'habitude ?

T'as du temps � perdre, tu vis � l'heure de la prison.

Moi, j'ai � faire.

Tu peux rire.

Moi, je m'en vais.

Vous m'emmerdez avec vos pleurnicheries de taulardes !

Si tu crois m'apitoyer

avec ton pauvre destin de drogu�e, tu te trompes !

L'une a grandi en pension, l'autre en orphelinat,

et celle-l�, la pauvre, dans le luxe !

C'est toujours la faute des parents ? De la soci�t� ?

- Et il y a toi. - T'es belle quand tu te f�ches.

Pourquoi tu te f�ches pas plus souvent ?

Toi aussi, t'es belle quand on te frappe.

Attends !

Calme-toi ! Attends !

Reprends ton argent.

- Je paie. - Le chapeau.

Vous voulez ma photo ?

Courage, on se rapproche de la surprise.

Je me fous bien de ta surprise !

Avec ce que tu viens de me faire.

Te f�che pas.

La gare m'a toujours fait l'effet d'un r�v�lateur de l'�me.

J'ai toujours compris plein de trucs � la gare.

D'ailleurs, je veux plus qu'on soit seules chez toi.

Suis-moi.

C'est quoi, �a ?

J'ai besoin de 50 000 lires par jour pour me piquer.

Imagine si j'arr�tais.

Je pourrais t'entretenir.

Tu pourrais �crire tes romans en paix.

Tu accepterais ?

Bien s�r que j'accepterais

et je serais tr�s fi�re de toi.

Mais maintenant, venons-en au fait.

Il y a quoi, l�-dedans ?

- De la drogue ? - Non.

�a a un rapport avec le groupe arm� ?

T'es en danger ?

Qui regardais-tu dans le couloir ?

- Je t'ai vue. - Personne.

C'est �a, personne.

� Rebibbia, j'aurais aim� comprendre quelque chose � toute cette folie.

J'aurais d� parler avec les politiques.

Et au lieu de �a ?

J'ai pass� mon temps � te courir apr�s.

Les Brigades rouges, c'est moi !

Tu te souviens du gars qui m'a donn� un truc, dans le m�tro ?

- Je m'en souviens. - C'�tait une lettre.

Une lettre.

Dedans, il y a dix ann�es de lettres

de d�tenus politiques.

Mais aussi de droit commun.

Les leurs sont plus belles et plus engag�es.

Je fais le lien entre parents et enfants.

Je recueille les cas de maltraitance, de tabassage,

de transferts abusifs, de punitions, tout.

C'est �a, mon travail.

Le seul qui comptera � mes yeux, quand toute cette histoire sera finie.

Je r�colte de l'argent pour que les avocats

d�fendent les d�tenus.

Quelle voleuse !

Regarde comme tes yeux ont chang� !

C'est pour toi.

Voleuse ! C'est pour toi.

Pourquoi ?

Pourquoi pour moi ?

Je peux pas les garder chez moi.

Si je suis arr�t�e, ce sera br�l�.

C'est la honte d'avoir une fille comme moi.

Et j'en fais quoi ?

�cris.

�cris.

C'est une lettre de Marcella !

�coute �a.

O� es-tu ?

Goliarda Sapienza racontera la prison dans deux livres et mourra en 1996

sans avoir pu publier son chef-d'�uvre, L'art de la joie.

En 2005, gr�ce � l'obstination de son mari Angelo Pellegrino,

son roman sera publi� en France, o� il sera salu� par la critique.

On ne le d�couvrira, en Italie, qu'en 2008,

soit trente-deux ans apr�s sa r�daction.

Depuis, Goliarda Sapienza est consid�r�e

comme l'une des plus grandes �crivaines du XXe si�cle.

Madame Goliarda Sapienza, vous �tes �crivaine,

mais vous avez aussi un point de vue universitaire

sur la prison.

Vous avez �crit L'Universit� de Rebibbia,

qui est issu de votre exp�rience.

Qu'avez-vous appris de cette universit�

que vous ne saviez pas d�j� ?

J'ai appris, mais je le savais d�j�,

qu'on n'en a pas assez fait dans notre pays.

�a, on le sait tous.

Mais, l�-bas, c'est concret.

Quand je suis entr�e, j'avais encore cette fausse id�e,

derri�re laquelle je me cachais,

de personne libre qui disait :

"La prison n'attrape que les plus faibles

"ou les d�linquants".

Quand j'y suis entr�e,

j'ai constat� que ce sont eux, les plus forts.

Mes meilleures amies, aujourd'hui,

font des allers-retours en prison.

Car le probl�me, c'est qu'on s'attache � la prison.

Dans ce monde o� tout est accessible,

o� tout est propagande pour le consum�risme,

comme on dit, cette incitation � avoir...

Des �motions ?

On en a aussi besoin.

�a vous vexe, si je dis que je doute de cette f�licit� ?

Comme tout le monde.

Rien n'humilie les d�tenues ?

Tout les humilie.

- Elles sont contentes ? - Elles s'habituent.

La femme, qui est tr�s r�prim�e,

s'adapte plus facilement.

Les quartiers de femmes sont donc moins violents.

Qu'ai-je appris ? Vous n'allez pas me croire,

car personne ne me croit � ce sujet.

- Pourquoi ? - Personne n'y croit !

Votre opinion me laisse un peu perplexe.

Je ne dis pas : "la prison, c'est beau".

Il y a tant de fa�ons d'�tre heureux.

Bien s�r,

mais je n'ai jamais dit : "la prison, c'est beau".

Mais la prison, c'est comme dehors.

Sous-titrage : TransPerfect Media France

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