All language subtitles for L’Ame Idéale 2025

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Original subtitles

- Il est vieux, cet immeuble. C'est quelle époque ? Fin 19e ?

- J'en sais rien. - Depuis quand tes parents habitent ici ?

Attends ! Attends, je suis pas prête.

- Ils sont encore plus stressés que toi. - Ouais.

Bonsoir.

Bonsoir.

J'ai les mains moites.

- Enchanté, Elsa. Bienvenue. - Enchantée.

- Ravie de vous rencontrer. - Salut. Ça va ?

- Oui, ça va. - Ça va ?

- Tiens, on t'a ramené ça. - Oh, écoute !

*Musique jazz

*...

- Ça fait plaisir de te voir comme ça, papa. 67 ans.

Je me maintiens.

*...

Ah, magnifique.

- Elsa a demandé, l'immeuble est de quand ?

19e siècle, c'est ça ?

Vous êtes dans l'architecture.

- Ah non, pas du tout. - Non, François. Elsa est médecin.

- Mais oui, je le savais. - Je te l'ai dit.

C'est bien, c'est bien. Difficile.

- Non, pas tellement. Il faut juste bosser et être un peu maso.

Elle est belle et elle est modeste.

- L'emménagement, c'est pour quand ? - La semaine prochaine.

T'as fait un peu de place pour Elsa ?

- Maman... - Et un peu de ménage ?

Tout est prêt.

- Le laissez pas rien foutre. Ça fait deux ans

qu'il a arrêté de me ramener son linge.

Deux ans ?

Elsa...

Elsa, dites-moi,

est-ce que vous aimez John Coltrane ?

- C'est lui qu'on écoute. - Papa,

- arrête avec Coltrane. - Pourquoi ?

- Personne ne le connaît, ton Coltrane. - Comment ?

- Tu te fiches de moi ? - Pardon...

- Excusez-moi ? - Vous aimez

John Coltrane ?

- Je connais pas bien. - Il fait le coup

à tout le monde. Il va dire que sans lui, le rap n'existerait pas.

- Sans lui, le rap n'existerait pas. Et encore moins le hip-hop.

- Le hip-hop.

Quelle saxophoniste ! Écoutez.

*...

Petit rire gêné

Vous jouez d'un instrument ?

- Il est complexé par son manque de culture. Il est en boucle.

Un peu de piano, enfant.

- Mais sinon... - Très bien.

Vous écoutez quoi ?

- Un peu de tout. - Pas de tout.

- Pas de tout. - "Tout, c'est rien."

Mais pas rien non plus.

- Ah, d'accord. La fille rit.

Comment vous l'avez perdu !

J'écoute plein de trucs.

- Elle adore la musique. - J'adore la musique.

- Du jazz ? Il va pas s'en remettre.

- Pas du jazz. - Vous n'aimez pas le jazz ?

- Si. - Si, mon cœur, t'aimes le jazz.

- J'aime le jazz. - Très bien.

Mais alors vous écoutez qui ?

- Faut pas se planter. - Louis Armstrong.

Aïe, très mauvais choix...

On arrête de parler de musique.

C'est trop classique.

Stop !

*...

Pardon.

Elle se racle la gorge. Euh...

Ça va ?

J'ai oublié de rappeler un patient.

- Maintenant, là ? - Je suis désolée.

Vous auriez un endroit où je puisse me poser ?

- Dans mon bureau, au fond. - D'accord.

- À droite. - Merci.

*...

- Sofian, tu l'as trouvé où, ce vin ? - Je sais pas.

On va devoir faire très vite.

Vous cherchez quoi ?

Une bougie.

Juste là, sur l'étagère.

- Ça va ? - Ça fait longtemps

que vous êtes coincée ici ?

Ça fait dix ans.

- Dix ans. - Mmh.

- C'est long. - Ouais.

Bah, justement, je peux vous aider à partir.

Musique intrigante

...

Je vais commencer

par te poser les trois questions.

La 1re : pardon, mais tu sais que t'es morte ?

- J'ai choisi de mourir, donc je suis carrément au courant.

...

D'accord.

...

Mais t'acceptes de quitter le monde des vivants ?

Parce que si t'es encore là,

c'est qu'un truc te retient. Sinon, tu serais de l'autre côté.

Y a quoi, de l'autre côté ?

Je sais pas.

Mais c'est toujours mieux que de tourner en rond, non ?

...

Je vais te poser la 3e question.

Il y a une chose que t'as pas terminée ? Que t'as pas dite ?

*Musique jazz

*...

Elle est charmante.

- Oui, vraiment. Elle est charmante.

*...

Je leur ai demandé d'arrêter de venir.

C'était un service de merde.

On ouvre la porte.

- Qu'est-ce que tu fais ?

T'es pas au téléphone ?

Euh... Euh, si. Non.

Euh... j'ai raccroché.

Et là, je prie

pour mon patient qui passera pas la nuit.

Tu pries ?

T'es pas croyante.

- Éteins ça et viens. On t'attend. - Je peux pas.

Mes parents t'attendent.

- Je peux pas. - Tu peux pas ?

- Dis-lui.

(-Qu'est-ce que tu me fais ?)

Je suis avec ta sœur.

Quoi ?

- Je suis avec ta sœur. - C'est pas drôle.

- Tout va bien ? - Ouais, maman. On arrive.

- On arrive. - Elle est là.

Mais qui est là ?

- Elle est là. - Personne.

Éteins-moi cette bougie.

Nadia.

- Nadia ? - C'est pas marrant.

- Dis-leur. - Je sais pas ce qu'elle fait.

Tu lui as dit quoi ?

- J'ai rien dit. - Je suis désolée.

J'aurais tellement voulu

ne pas avoir à vous dire ça.

Mais...

Nadia est là.

Elle a des choses à vous dire.

Quand elle est morte...

- Suicide. - Quand elle s'est suicidée,

elle était pas en crise.

C'était réfléchi.

Elle supportait plus le traitement.

Pas de vie toute petite.

Elle voulait pas d'une vie toute petite.

Vous croyez que les gens vous jugent,

que c'est de votre faute, mais elle sait ce que vous avez fait pour elle.

- Je les remercie. - Elle vous remercie.

Musique dramatique

- La brosse à dents. - Ah oui,

la brosse à dents.

Meryem, elle aimerait que vous la jetiez. Ça la gêne

que vous la gardiez.

- Je suis pas dans du plastique. - Elle est pas dans du plastique.

Et puis c'est dégueulasse.

- Et François... - Oui ?

- Vous pourriez supprimer son compte Instagram ?

Elle connaît plus la plupart des gens

- qui laissent des commentaires. - @nadialechat123.

@nadialechat123.

C'est son mot de passe. (-"@nadialechat123".)

- Dis-lui.

Ça, je peux pas.

Si, c'est important.

Elle soupire.

Sofian,

...

elle t'en veut pas de pas être venue beaucoup la voir.

Parce que si t'avais été hospitalisé dans ce service,

elle serait pas venue non plus.

C'est trop triste comme endroit.

La musique s'intensifie.

...

- Sofian. - Je suis jamais allé la voir ?

- Attends. - C'est ça, ouais.

- Je comprends pas. Pourquoi tu m'as pas dit

ce que tu voyais ? Je sais même pas ce que tu vois.

Bah, je vois les morts.

Je les vois comme je te vois. C'est pareil.

C'est fou, ce que tu racontes.

- Ta sœur s'est assise en face de moi, dans le salon.

Et en vrai, la chaise a pas bougé mais pour elle, c'était réel.

Je peux vivre cette réalité avec elle.

Mais c'est fini.

C'est fini.

Elle est partie, elle va bien.

Je crois que j'y arriverai pas.

Arriver à quoi ?

Arriver à quoi ?

Je suis désolé.

Les morts, tout ça, je...

Je t'en parlerai jamais.

T'en sauras rien.

Ça sera rien. Ça sera juste un détail dans notre vie.

C'est tout, je te jure.

Ma sœur entendait des voix.

- Moi, j'entends pas de voix. - C'est pareil.

Elle renifle.

Tu crois que tu vas pas y arriver ? Tu vas juste pas y arriver, en fait.

C'est ça ?

Je suis désolé.

Ça va.

Je connais ce moment par cœur.

Musique triste

...

Elle se racle la gorge.

...

*Radio

*...

*... Vrombissement

*... ...

Musique intrigante

...

10/4.

C'est pas trop mal.

Comment vous vous sentez ? Vos douleurs ?

Boh, j'en ai presque plus.

- Je vais finir par m'emmerder. - Presque plus,

moi, ça me va pas. Moi, je veux zéro douleur.

Donc je vais augmenter l'Acupan.

Ils ont installé ça quand ?

Ce matin.

C'est quoi, ça ?

- Ça va, docteur ? - Super.

- Faites-moi rêver.

Dites-moi ce que vous avez fait hier soir.

- Pas grand-chose.

Dites, c'est pas entendable ça, Elsa.

Dans mon état, on fait pas grand-chose un vendredi soir.

Mais pas vous.

Alors, je vous ai pas tout dit.

C'était palpitant.

Je me suis commandé du japonais

et regardé un documentaire sur les chimpanzés.

Oh là là !

Ça vous fait rêver.

- Débranchez tout. Vous me donnez envie de crever.

Débranchez tout, tout, tout. Elle souffle.

Je vous redonne une petite chance.

C'était quoi, son petit nom ?

Il sentait bon ?

- Il était beau ? - Bon...

Il vous a prise comment ?

Personne m'a prise.

Vous êtes chiante.

Ah oui,

- vous me foutez le blues. - Je vous ai dit,

j'ai raccroché.

Mais raccroché de quoi ?

Des hommes, des histoires.

- On arrête pas comme ça. C'est pas comme la clope.

Bon, oui, le cul, c'est vrai, on peut s'en passer.

Je sais de quoi je parle. C'est pas si grave.

On y survit. Rire jaune

Mais pas le reste.

Non.

Promettez-moi de jamais renoncer à la tendresse.

- Chambre 8. J'ai augmenté l'Hypnovel et la morphine.

OK.

- La 13, tu pourras checker la bio ? Son potassium était hyper bas.

Ah ouais... M. Durain passera pas la journée.

- Le patient de 12. - Ah oui, la 12 !

- Il a les plaquettes dans les chaussettes. - C'est allé vite.

- Bonjour. - Bonjour.

Et toi, tu t'es reposée ?

Pas trop. Au moment d'aller me coucher...

- Quoi ? - Un prêtre dans une chambre.

- Il foutait quoi ? - Il est venu

pour une vieille patiente catho. Il a béni tout le service.

- Non ? - On a dû le virer de force.

- Perte d'énergie. - Excusez-moi.

Je m'en fous, ce soir...

On est où ici ?

- Inès. - On va au Yaya's.

- Je retrouve plus ma chambre. - Vu ta tête, je te propose pas.

Non, je sais pas...

Je suis désolé.

Ça va être sympa.

Même le service de réa sera là.

Je te dis pas le carnage.

Musique dramatique

...

Bip continu

... ...

...

... Coups de klaxon

... Crissement des pneus

Sons étouffés

...

Elle gémit.

Elle expire.

Mademoiselle ?

Mademoiselle, vous m'entendez ?

Oui. Oui.

- Ça va ? - Ouais, super.

- Je dirais pas ça. Allez aux urgences.

Ah non, merci.

- Attendez, non ! Regardez, vous tenez pas debout.

Non, allons aux urgences.

- Montrez-moi vos doigts.

- Pardon ? - Montrez-moi vos doigts.

Mes doigts ?

D'accord.

Cinq doigts.

- C'est ça. - Voilà, tout va bien.

- Bravo, vous savez compter, super. Ça va pas arrêter le saignement.

Ça saigne ?

Elle souffle. C'est rien, ça.

C'est pas... J'ai pas envie

de passer quatre heures aux urgences.

Vous avez un... un mouchoir ou un...

- Un mouchoir. - Non.

J'habite vraiment à 50 mètres, juste derrière l'immeuble.

Et là, j'ai des mouchoirs. J'ai même des cotons.

Après, c'est à vous de choisir. Mais je pense que j'ai ce qu'il faut.

- À côté ? - Ouais.

Juste là.

Voilà.

Sirène au loin

- J'ai pas compris ce qu'il s'est passé, en fait.

Le bus a freiné et ça s'est passé...

Vous, vous étiez dedans ?

- Non, moi, j'étais dans un taxi qui était juste à côté.

C'est le conducteur du taxi qui a appelé les urgences.

Et après, je vous ai vue.

Ça saigne encore ?

- Non, c'est bon, je crois. - Attendez.

Ça va pas se refermer.

Merde.

- Vous avez ce qu'il faut ? - C'est-à-dire ?

Parce que... Ah non, non,

je sais pas faire ça.

Non, non,

un bouton, je sais pas le coudre.

- Non, je vous parle pas de recoudre. Je veux dire, de quoi faire des strips.

- J'ai des vêtements que je peux enlever, si c'est vraiment nécessaire.

C'est quoi déjà, les strips ?

Les strips, c'est les bandes adhésives.

- Les mini-sparadraps ?

OK, d'accord.

Ça, je crois que j'ai.

- Je crois que c'est ça. - C'est ça. Ciseaux.

- Là. - Je vais le faire.

- Je suis médecin. - Ah bon ?

- Mmh. - OK.

Vous emballez pas.

Parce que techniquement, j'ai jamais guéri personne.

- Vous êtes un très mauvais médecin, c'est ça ?

- Parce que je travaille en soins palliatifs.

- D'accord. - Les patients sont

au stade terminal.

C'est pas bien, oui.

Je vous ai angoissé en une phrase.

Non, non, pas du tout.

Non, c'est juste que j'espère

que j'aurai jamais affaire à vous. À vous...

- Dans votre service. - J'avais compris.

- Du coup, ça vous dit de boire peut-être un...

- "Tu", peut-être ? - Ouais, "tu".

Ça te dit de boire un truc avant de partir ?

- Allez. - Ouais ?

Alors, j'ai quoi ?

J'ai de l'eau. Euh...

J'ai...

J'ai de l'eau, voilà. J'ai que de l'eau.

Après, je peux descendre

- chez l'épicier. - De l'eau.

Ça m'arrange.

T'es musicien ?

- Ouais. Enfin, je suis compositeur.

Après, je travaille

dans un resto. J'arrive pas à gagner ma vie encore avec ça.

- Merci. - Mais ça commence

un peu à bouger, donc je suis content.

Je fais la première partie d'un artiste assez cool.

- Trop bien. - Une petite salle.

- Pas loin de Dieppe. - Ben, bravo.

- Ben, merci. - Et c'est quoi,

comme... C'est quel genre de musique ?

- C'est un mélange de classique et d'électro.

- D'accord. - Mmh.

Et ça ressemble à quoi ?

- Aucune idée. - Classique ?

Ils rient.

Aucune idée.

Tu me fais écouter ?

- Quoi, là, maintenant ? - Ben ouais.

- Si tu veux. - Euh...

- J'avais pas prévu. - T'embête pas.

- Non... - Laisse tomber.

C'est bien que je le fasse

parce que je vais quand même jouer devant des gens.

- Te sens pas obligé. - Si, si.

Si, si. Je vais le faire.

Ça te dérange si je tamise la lumière ?

Comme ça, je vois pas ta tête.

Euh, enfin,

la tête que tu feras quand tu vas écouter ma musique.

Voilà. Juste un peu, comme ça.

Je vois encore trop ta tête.

Pardon.

- Là, c'est bien. - Mmh.

On est dans le noir.

Carrément.

(Là, c'est bien.)

Moi, c'est Elsa.

Moi, c'est Oscar.

*Musique électro douce

*...

Là, c'est un peu chiant, mais après, ça part.

*...

L'intro est un peu longue parce qu'il y a pas mal de variations.

Et...

*...

Trop longue.

Non, bon, OK.

J'arrête.

...

Faut que j'y aille.

- Quoi ? Attends, c'est pas fini.

- Non, pardon, c'est très beau. Merci,

- mais faut que je parte. - Attends, Elsa.

Tu re-saignes, là.

Ah, merde.

Tiens.

Je...

Pardon.

Non, c'est pas...

Demain, on se connaît pas.

On échange pas nos numéros ni nos prénoms, rien.

- OK ? - OK.

Tu t'appelles Elsa, mais...

- Oui, mais... - Oui.

Musique douce

...

Doucement.

...

- Attends. - Qu'est-ce qu'il y a ?

- Non, tout va bien. C'est juste que...

La première fois avec moi, c'est jamais...

Faut attendre la deuxième fois,

même la troisième fois pour que ce soit un peu...

- OK. - Oui.

Mais y en aura qu'une.

Ah, merde.

Bon ben...

Je vais faire de mon mieux, alors. OK.

OK.

Quelqu'un sanglote.

...

Ça va, monsieur ?

...

- On a retrouvé un écran cassé. On avait sectionné les fils.

Et hier, carrément un câble a été jeté à la poubelle.

Vous savez qui a pu faire ça ?

- Ah non. - Non.

Peut-être que cette personne

trouve ça un peu, disons...

absurde de faire de la télémédecine, surtout ici.

Enfin, je sais pas.

C'est une expérience. Ça coûte rien.

- On va pas laisser les gens mourir en visio.

Mais personne n'a dit ça.

Le but, c'est de les aider, de les accompagner,

d'arrêter de les mobiliser pour un examen.

Parlez-en autour de vous.

- OK, d'accord. - Merci.

- Ouais, ça marche. On est sur le pont.

Bien. Et si t'as besoin

qu'on te fasse des points, tu me dis.

Ah, ça ?

- Ouais. - Non, c'est rien.

- T'inquiète. - Bon, à plus tard.

Ouais, à plus tard.

"On est sur le pont."

Petit rire jaune

Tu mens très, très mal.

- Quel connard. - Calme-toi un peu.

Comment tu t'es fait ça ?

Je suis tombée en scooter.

C'est un bon souvenir.

- Non. - Tu souris.

- Bah, non. - Bah, si.

- Je crois pas. - Je vois tes dents.

Je peux les compter.

Elles rient.

...

Au revoir.

- On y est presque. Gémissement

Vous savez, Mimi, vous allez être fière de moi.

- Ah ? - Mmh mmh.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? - J'ai un truc à raconter.

Ah !

J'ai pas dormi chez moi.

Non ?

Oh...

Il était comment ?

Il était gentil.

- Oh ! - Oui.

Il était drôle, charmant.

Han ! Oh, j'adore.

- Il avait hyper confiance en lui et en même temps, pas du tout.

C'est bien, pas trop confiance.

- Mais un peu quand même. - Un peu.

Répondez, je suis sûre que c'est lui.

Il a pas mon numéro.

Vous vous foutez de moi ?

Vibreur

Bon, allez-y.

- Oui, allô ? - Je suis sûre que c'est lui.

- Oui, c'est moi. *-On a votre scooter.

Alors, vous me disiez que le bus,

devant vous, a freiné d'un coup.

C'est ça ?

Oui.

- Vous étiez où à ce moment-là ?

Voilà.

Vous êtes où, là ?

J'étais là.

- Mettez en position, allez-y.

Positionnez-la.

J'étais derrière le bus.

Pardon, j'aurais pas dû

être sur la voie de bus.

Je vous arrête tout de suite.

Je suis pas là pour mettre un PV.

Je m'en fous. C'est un accident grave.

Je veux comprendre l'enchaînement des faits.

Donc, et après ?

- Après, j'étais... Pourquoi vous dites "grave" ?

- Quand on est avec les pompiers, c'est pas bon signe.

Je vous apprends pas ça.

- Y a eu un mort. - Un mort ?

Le client du taxi.

Le taxi ?

Le véhicule percuté par le bus.

Le chauffeur va bien, mais son passager est mort sur le coup.

Vous avez vraiment rien vu ?

- Mais c'est pas le taxi qui a appelé les secours ?

Non, c'est le bar d'en face.

Vous connaissez son nom ?

- Le bar ? - Le mort.

- Euh, oui. Mais c'est très confidentiel.

Musique dramatique

Mademoiselle ?

Ça va ? Vous êtes toute...

Je vais vous chercher un verre d'eau. Respirez.

Respirez.

...

Il ouvre la porte puis la referme.

...

Gémissements de peur

Elsa ?

Qu'est-ce que tu fais là ?

Ça va ?

Il faut que je...

- Tu... - Y a... Je peux entrer ?

J'ai oublié...

Quelque chose chez moi ? C'est ça ?

Oui, bah oui.

- Rentre, je t'en prie. Juste tu claques

la porte en partant, je dois y aller.

- Tu vas où ? - J'ai mon concert

dont je t'ai parlé. Je suis en retard.

Mais fais comme chez toi.

Euh... Bon bah, salut.

Musique intrigante

- Oscar ? - Ouais ?

Je t'emmène.

Musique dynamique

...

Merci beaucoup.

C'est adorable.

Euh...

Si tu veux, tu peux passer demain.

Comme ça, on cherche tes affaires ensemble.

Tu peux passer quand tu veux.

Je suis en retard, je fonce.

Merci encore.

...

Merde.

...

Mais Elsa...

06 53 14

49 01.

C'est mon numéro. Comme ça, tu l'as.

- OK. *-Notre train

*va partir.

Faut que tu sortes.

- Ah merde. - Je vais tirer sur l'alarme.

Non, non, pas la peine.

Merde, merde.

Je suis désolé, j'ai...

*-Passez vos appels téléphoniques depuis les plateformes.

*Bon voyage.

Oscar...

Je pense que...

Pardon.

- Vas-y, vas-y.

- Je t'ai pas dit quelque chose. - Dis-moi.

Bonjour.

Je peux m'asseoir ?

- Non ! - Ah ?

Quoi ?

Pardon ?

Euh, c'est pris.

Attends, y a plein de places là.

Le train est presque vide.

Mettez-vous ailleurs. On aimerait être tranquilles.

- D'accord, OK. Excusez-moi, je...

Bonne journée. Et bon voyage.

- Euh, qu'est-ce qui se passe ?

Pardon, c'est que...

j'aime pas les... les petits espaces confinés.

Ça me...

- Du monde... - D'accord.

OK, non, je comprends.

Du coup,

ça sert à rien que je t'invite à mon concert ?

Parce que c'est,

en termes de... C'est une petite salle, donc...

S'il y avait pas de train,

ça serait sympa que tu viennes. Après, t'as autre chose...

Vos billets.

- Je comprends. Merde, t'as pas de billet.

- Viens. - Tu fais quoi ?

- Quoi, "viens" ? - Viens !

Elsa, on va où, là ?

Musique dynamique

Tu vas où ?

- Pardon, c'est ton pied. - Y a pas de mal.

Il est passé ?

Chut, j'écoute.

On va rester dans les toilettes ?

C'est ça ou on saute du train.

- Ou on paie une amende, comme des gens civilisés.

- Ah, ouais. - Ouais.

En termes d'espace confiné, comment tu te sens ?

- Ça va ? - C'est... petit.

Ah, quand même ?

Mais...

Tu gères ?

Je gère.

Tu voulais me dire quelque chose.

Avant que le contrôleur arrive.

Non, c'était rien.

OK.

Viens à mon concert, ce soir.

Ça me ferait plaisir.

Musique dynamique

...

Tu connais Nero ?

- C'est celui pour qui je fais la 1e partie. - Mmh mmh.

Non ?

Mmh mmh.

- Oui ? - Mmh mmh.

Il est très connu dans l'électro.

Dans 2-3 jours,

il fait une très grosse date au Havre.

Il m'a pas proposé de faire la 1re partie,

mais je suis déjà content de faire une date.

C'est classe.

Mmh ?

Mmh ?

C'est classe.

Très.

Ah, merci. Ça fait plaisir.

J'ai été la chercher en Allemagne.

Même si c'est pas allemand,

faut aller chercher la qualité.

Quand j'ai besoin de bon lait, je vais à la ferme.

- C'est pareil pour les véhicules. - OK.

Dans combien de temps on arrive ?

*Musique pop

Monsieur ?

Vous avez une idée...

Une idée de quand on arrive ?

Une vingtaine de minutes.

- Merci. - Merci.

Madame.

*...

*Musique électro

*...

Han !

*...

- J'adore cette scène. J'adore. - Oui.

Regarde,

c'est lui, Nero.

Ah !

Son vrai nom, c'est Damien.

Pas de lasers pour une 1re partie.

- Ça n'a aucun sens. - Bonjour.

Oscar...

Oscar Blum, la 1re partie.

C'est ridicule, ça va vraiment faire...

Je suis la 1re partie, justement.

Je m'appelle Oscar. Je fais la 1re partie.

- Je me renseigne. - OK. Bon, écoute, je vais monter direct.

- Excusez-moi.

Excusez-moi.

Bonjour.

- Bonjour. - Bonjour.

- Qui êtes-vous ? - Hein ?

Le concert a pas commencé.

- Ah pardon, je me suis pas présentée. Je suis Elsa,

la... euh...

productrice d'Oscar Blum.

Ah merde, pardon.

Je suis désolée. Pardon pour l'accueil.

On arrivait pas à le joindre, on était inquiets.

La police nous a appris sa mort.

C'est possible de pas dire ce mot ?

Le mot ?

Que vous venez d'employer.

"Mort".

- Ouais. - Bien sûr.

- C'est très frais. - Je comprends très bien.

C'est tellement tragique

de décéder si jeune.

- Ce mot-là non plus.

- Non plus. Je vais être à court, du coup.

- Peut-être juste dire qu'il est pas... - LÀ.

OK, très bien.

Tout le monde est bouleversé, c'est terrible.

Nero est bouleversé. On va lui rendre hommage.

À Oscar, ce soir.

L'artiste qui le remplace va s'en charger.

- Qui ? - Vous l'avez remplacé ?

Vous m'avez remplacé ?

Bah oui, comme il est...

Mais...

- Qu'est-ce que j'ai fait ? - Attendez.

- On remplace pas les gens comme ça. - D'habitude, non.

Mais là, vous comprenez, on a 400 personnes ce soir.

- Je faisais quoi ? - Il aime pas mes sons ?

- Il a changé d'avis ? - On change pas d'avis comme ça !

Non, pas quand les gens sont...

Sont quoi ?

- Sont quoi ? - Voilà, c'est...

On les remplace, c'est tout.

- Désolée, c'est... - OUAH.

Oh, la violence.

- C'est violent. - Voilà, c'est violent.

Mais c'est la vie.

- C'est elle ? - Elle le remplace ?

Oui, voilà, c'est elle.

Je vous propose que vous me laissiez.

- Je suis au travail. - On va vous laisser.

- On y va. - Coralie ?

- Yes? - Un problème ?

- No problem. - Yes.

Y a un big problème.

Vous êtes pas près de le revoir.

Bah oui, je me doute bien.

Musique électro au loin

...

... Elsa inspire.

Le taxi arrive dans 5 minutes.

...

En vrai, je comprends.

Elle est jeune, a fait des sons. Elle est en place.

- Moi, je suis... - Non, non.

Je suis personne, en fait.

Ça n'a rien à voir.

Ça n'a rien à voir ni avec toi ni avec ce que tu fais.

C'est des cons, en fait.

- Mais très compétents, qui savent qui est bon, qui l'est pas.

Bah non.

C'est gentil, je te jure.

Mais c'est un signal que j'ai rien à foutre là,

- que c'est pas ma place. - Je connais rien

à la musique. Mais ce que je sais,

c'est que personne a droit de se comporter comme ça.

Leur trouve pas d'excuses. C'est des connards,

en fait. C'est des connards.

On fait pas ça aux gens.

Bah non, c'est sûr.

- Ça se fait pas. - Non.

- Tu méritais mieux. - Je mérite mieux.

- Voilà. - T'as raison.

- Je vais leur dire. - Ouais.

Hein ? Dire quoi ?

- Je vais leur dire. - Quoi ?

- Je veux une explication, qu'ils me disent pourquoi.

- T'as raison, je mérite mieux. - Ça sert à rien.

Oscar ! Oscar !

- Si. - Arrête, le taxi arrive.

C'est pas grave.

- Je vais y aller. - N'y va pas !

- Tu m'as dit... - Viens t'asseoir.

Je vais t'expliquer.

- Tu veux expliquer quoi ? Laisse-moi, j'ai besoin...

Oh, t'es mort, Oscar !

Je suis quoi ?

T'es mort dans l'accident.

Je voulais te le dire. J'aurais dû te le dire.

Merde, t'es folle, en fait.

Oh, putain.

Musique électro

...

*...

*-Oscar Blum, ce titre est pour toi.

*C'est lui qui aurait dû être à ma place

*ici, ce soir, et qui nous a quittés.

*Alors, forcément, je pense à lui. On pense tous à lui ici.

*La meilleure manière de lui rendre hommage, c'est pas les mots.

*C'est la musique.

*Alors, on va monter le son hyper fort

*et vous allez faire du bruit. Je compte sur vous.

*... Acclamations

*... ...

*...

*Musique électro étouffée

*...

*... Musique dramatique

...

...

Coup

... ...

...

Bah... Tu foutais quoi ?

- Salut. - Ça va ?

Ouais, super. Et toi ?

- Je t'ai laissé mille messages. Depuis quand tu loupes ta garde ?

- C'est mon accident. J'étais pas bien.

- J'aurais dû vous prévenir. - Je me suis inquiétée.

- Ah bah, je suis là. - Mireille a eu du mal à respirer.

- C'est vrai ? - On a dû la ponctionner.

- Ça fonctionnait y a 2 minutes. Je comprends pas.

- Elle souffle. - J'y vois rien.

- On attend du réseau. - Il se passe quoi ?

Vous faites quoi ?

Pourquoi y a ça ?

- Bonjour, déjà. - Tout le monde va sortir.

C'est ma patiente. On la laisse tranquille.

- Qu'est-ce qui te prend ?

Vous avez fini ?

Merci. Tout le monde sort.

Tout le monde sort. Vire-moi, ce truc...

Hé oh !

Hé ! Pardon.

Fracas

Pardon.

Faut que j'arrache combien de câbles pour que tu comprennes ?

*-Vous m'entendez ?

- *-Tante Mimi. - Ça y est.

- Elsa, je te présente Mickaël, le neveu de Mireille.

Il habite à Brest.

Je voulais passer un peu de temps avec lui.

*-Tout va bien ?

J'ai merdé, là.

- J'ai tellement merdé. - J'avoue,

t'étais très intense.

Au pire, tu t'en tires avec un blâme.

- C'est rien du tout, ça. - C'est pas ça.

Mais c'est quoi, alors ?

Elsa...

Tu peux me parler.

Tu peux me dire les choses.

À moi, tu veux rien dire.

Y a quelqu'un à qui tu pourrais en parler ?

- Non. Petit rire forcé

- Alors parle-moi. Je vois bien que ça va pas.

Qu'est-ce qui se passe ?

Musique dramatique

Ça va mieux, en fait.

- Ça va mieux. - Non, ça va pas mieux.

Si, si, si, je t'assure.

Je t'assure, ça m'a fait du bien.

Ouah ! Merci.

Merci.

...

- Quoi ? - Attends, viens.

...

- Je comprends pas ce qui m'arrive. Je comprends rien.

- Je sais. - Je suis mort, mais je pense.

- Je parle, je ressens encore des émotions. - Je suis là.

Regarde, même ta main.

- Comment tu fais ? T'es morte ? - Non, je vois les morts.

- Tu vois les morts... - Je te vois, toi.

T'es dans une sorte de réalité décalée. Moi, je peux la vivre avec toi.

- Depuis quand tu sais ? - Je l'ai pas vu de suite.

Je te jure, sinon, je te l'aurais dit.

- Mais on a couché ensemble, ça n'a aucun sens.

- À ce moment-là, je savais pas. - T'as couché avec mon âme ?

Avec toi.

- J'ai couché avec toi, Oscar. - Mais pourquoi je suis là encore ?

T'as pas accepté ta mort.

Donc, tu ressens encore tout comme avant.

Comme si t'étais un peu dans la matière, dans ton corps.

Tu vois ? Je peux t'aider, tu sais.

Je peux t'aider à mourir, vraiment.

Mourir vraiment ?

Mmh.

Tu veux savoir le plus drôle dans tout ça ?

Quand j'étais petit, ma mère m'a emmené voir une...

une femme qui lisait les lignes de la main.

Et cette femme m'a dit que j'allais vivre très vieux.

Que j'avais une ligne de vie incroyable.

Elle avait jamais vu une longévité pareille.

Il rit.

Zut.

Ouais.

Je peux te demander un service ?

Tout ce que tu veux.

*"Nocturne No. 2" (Chopin)

*...

Chuchotements

*... ...

(-Tiens.)

*... ...

*"Le Pouvoir des fleurs" (Laurent Voulzy)

C'est pas possible...

*-Je me souviens On avait des projets pour la Terre

*Pour les hommes comme la nature

*Faire tomber les barrières, les murs

- J'ai joué une fois "Le Pouvoir des fleurs",

à ma mère. Elle s'en est jamais remise.

Petit rire

*-On laissait nos cœurs Au pouvoir des fleurs

*Jasmin

(-C'est ma mère.) *Lilas

Larsen

*L'homme se racle la gorge. *-Merci d'être là.

*Désolé pour ceux du fond qui...

*qui ont pas pu s'asseoir car les chaises sont pas arrivées à temps.

*La mairie devait les amener, le camion est tombé en panne.

*Alors d'ici que la dépanneuse arrive...

- C'est mon père, ça. *-Et puis,

*n'oubliez pas qu'on se retrouve tous au Café de la poste.

*C'est pas loin de la poste.

*Voilà, bon ben, j'ai tout dit. Maintenant, je m'arrête là.

- *J'ai pas vraiment préparé de discours. - Ben non.

*Je vais quand même pas vous dire qui est Oscar.

*Vous savez tous qui c'est et certainement bien mieux que moi.

*En fait, je peux pas vous dire

*qui est mon fils.

Musique dramatique

*Ça, c'est bête.

...

*C'est bête.

*Je peux pas vous dire quel homme il est devenu.

*Mais quand je vous vois réunis tous ici,

*comme ça, je me dis que...

*c'est un gars extraordinaire.

*C'est pas croyable.

...

*Et je l'ai pas compris.

*Je l'ai pas compris.

...

Oscar.

- Mmh ? - Viens, on y retourne.

Je vais leur parler.

- Parler à qui ? - À tes parents. On va au...

au Café de la poste et je dis ce que tu veux.

- Non, y a rien à dire. Rien à dire.

- Je sais pas ce qu'il s'est passé avec ton père.

C'est compliqué ?

Je sais pas,

peut-être que c'est pour ça que t'es bloqué.

- C'est pas ça. Mon père, c'était compliqué,

mais ça fait longtemps que je lui en veux plus.

- De quoi ? - De pas comprendre ma musique,

d'avoir fait les choix que j'ai faits. Voilà.

Je sais que c'est... Enfin, c'est pas grave.

C'est un vieux monsieur. Normal qu'il comprenne pas.

Je peux pas lui en vouloir de pas comprendre.

- Alors c'est quoi ? Qu'est-ce qui te retient ?

- C'est à moi de trouver ? - Ouais.

Y a que toi qui sais.

- J'ai pas choisi de crever et en plus, c'est à moi

de trouver le sens de tout ça

et de faire preuve de sagesse ? Ça va pas ou quoi ? Oh !

Je vais pas faire preuve de sagesse car je suis en colère.

Je suis en colère !

J'ai envie de gueuler ! De hurler !

Franchement,

j'ai été courageux dans ma vie.

J'ai tout repris à zéro. J'avais pas une thune, hein.

J'ai bossé des 15, des 18 heures par jour sur mes morceaux.

Pour une fois, dans ma vie, y a quelque chose qui sourit...

Une fois, une petite fois, ça s'arrête net,

avant même d'avoir commencé.

- J'aurais juste voulu aller au bout. - De quoi ?

De ces efforts que j'ai faits,

de toutes ces fois où je me suis enfermé à composer seul.

J'ai passé un temps infini seul.

Seul. Alors que je déteste ça, être seul.

Je demandais pas la lune.

Je voulais juste passer ma musique devant un public.

C'était tout. Au moins une fois, putain.

Bah c'est ça !

On le fait.

On fait quoi ?

- On trouve un public, on passe ta musique.

On le fait.

Musique électro douce

...

Hé oh, vous faites quoi ?

Merde, c'est Willy,

- le concierge. - Ah, le concierge. Je vous cherchais.

- Moi ? - Je suis une amie d'Oscar.

- Et pourquoi vous êtes pas à son enterrement ?

J'y étais.

- C'était très beau. - Attends.

Dis-lui que Christiane veut récupérer quelque chose chez moi.

- C'est ma mère, il l'adore. - Christiane voudrait...

Vous connaissez Christiane ?

- Un disque dur orange avec un sticker.

- D'accord. - Normalement, il est là.

Vous trouvez votre bonheur ?

Presque.

- Il est forcément là. C'est sûr qu'il est là.

- Y a rien. - J'ai quand même pas

tout l'après-midi.

- Mon porte-clés.

Hein ?

- La guitare rouge, c'est à moi. - C'est à toi ?

- Je l'ai eue en cadeau. C'est à moi. - Vous me parlez ?

- Vous avez son porte-clés. - Pourquoi ?

- J'ai pas son porte-clés.

- Il était là-dedans avec tous mes stickers.

- Il était là-dedans.

- Il les a volés mes stickers ? - Vous avez volé

- ses stickers ? - Non.

Il a tapé dans mes vinyles aussi.

Vous avez tapé dans ses vinyles ?

- Il a volé mes Bowie. - Tous ses Bowies ?

D'accord, attendez. Mais...

- Comment vous savez ça, vous ? - Bah parce que...

il est là.

Juste là.

- Il est pas content. - J'ai rien volé.

C'est pour des souvenirs.

Ses parents en ont rien à foutre.

Et en plus, ils comprennent rien à sa musique.

- Il connaît ? - Vous connaissez sa musique ?

Quand je fais le ménage, je passe devant la porte

et j'entends.

Puis c'est beau.

Je suis désolée, je sais, j'aurais pas dû faire ça.

- J'aurais dû aller à l'enterrement. - 30 ans qu'il est pas sorti.

- Ça fait... - 30 ans ?

Il est vraiment là ?

- Mmh. - Ouais.

Il sanglote.

- Willy, garde tout. Garde le porte-clés,

garde les vinyles, tout ce que tu veux.

- Pas le disque dur. - Mais le disque dur, on en a besoin.

Musique électro

...

Elle soupire. On fait quoi, là ?

- J'escalade ? - Ouais, c'est pas con.

Je te fais une courte échelle et je te propulse

- sur l'immeuble de 57 mètres. - Non mais...

- C'est mort. Y a des vigiles partout.

- Mais c'est pas grave, je te jure. - Attends.

... ...

On laisse passer, s'il vous plaît.

Laissez passer.

- Oh ! - C'est bon.

Je suis médecin. C'est où ?

C'est où quoi ?

Le malaise.

Le malaise ?

En coulisses.

J'ai pas d'info de malaise.

- J'ai été appelée par la Croix-Rouge.

- Les informations viennent par le talkie et j'en ai pas.

- Je demande à la régie. - On perd du temps.

Tranquille, on respire.

- Je demande. - Y a quelqu'un d'inconscient.

À la régule, on m'a pas dit

s'il était en arrêt cardiorespiratoire.

C'est une question de seconde.

Vous voulez une mort sur la conscience ? Très bien.

Non mais madame, c'est bon !

Y a des limites.

- Il te laisse rentrer. - Il me laisse rentrer ?

- Allez-y !

- Vous pouvez y aller. - Oh, merci !

- Qu'est-ce que tu nous as fait ?

Musique intrigante Brouhaha

... ...

On fait quoi, là ?

Là, il doit être dans sa loge.

...

"Nero", c'est là.

- Vas-y. - Qu'est-ce que je fais ?

Faut réfléchir à un plan.

OK, super.

- (-Qu'est-ce que tu fais ?) - Entrez.

Je parle anglais ?

Oui, il est anglais.

Je te l'ai dit. Oh...

Hey!

*Musique électro au loin

Coucou.

Tout va bien ?

Oui.

Euh...

Je viens pour...

Faut trouver un truc.

Le petit pipi.

- Le quoi ? - Quoi ?

Le test urinaire.

T'es sûre ?

- Fait chier ! - Non, juste un pipi !

C'est pas ce qu'il a dit.

Ça doit pas finir

en rave party. Il faut être clean.

- Quoi ? Je fais de l'électro, donc je suis un drogué ?

- Je suis d'accord. - Non.

C'est pas ce que je pense. Je fais juste mon travail.

Je pisserai pas dans un gobelet.

C'est dans votre contrat.

Partez, s'il vous plaît.

- Prenez juste le temps de lire votre contrat.

Et moi,

je vous attends ici.

- C'est très cosy... - Non.

- OK. Donnez-moi ce putain de truc !

Merci.

Il le fait.

- Il le fait. - Il suffisait de demander.

Ils rient.

OK, je fais quoi ?

Tu branches le disque dur.

- OK. - Tu vas dans le finder.

Tu prends "La Lune est blonde".

"La Lune est blonde" ?

Oui, et tu le déplaces

sur la tracklist.

- Ici ? - Exactement.

Yes, super. Allez, on y va.

Il est là.

Hey!

Bravo !

Ouh...

C'est chaud !

Bien joué !

C'est quoi, ça ?

C'est quoi, ce bordel ?

- Faut qu'on se casse. - Non.

Comment ça ?

Vous connaissez Oscar Blum ?

- Fais pas ça, Elsa. - Oscar Blum.

Le gars qui est mort ?

Oui. Si talentueux.

Oui, et alors ?

Alors personne le sait.

C'est tellement du gâchis.

Je veux faire connaître sa musique.

Pouvez-vous passer un de ses morceaux ?

- Même si je voulais, je ne pourrais pas.

- Peut-être juste l'intro

de "La Lune est blonde".

Ce morceau est si beau.

S'il vous plaît.

S'il vous plaît.

Pas à l'approche

- C'est pas vrai ! Vous vous êtes bien foutu de moi.

Improvise.

C'est parfait. Allez, viens, on se casse !

Musique électro

...

- Vire-moi cette merde !

- C'est bon, ça va ! - Casse-toi !

- Ça va. - La prochaine fois, c'est les flics.

Ouais, c'est ça. Allez.

- Tarée ! - Elsa ?

Ça va, Elsa ?

Il t'a pas fait mal ?

- Il m'a pas fait mal. Elle rit.

- Hein ? - Pardon.

Pourquoi tu rigoles ?

C'était tellement...

- Tu sais ce qui... - Quoi ?

Tu sais ce que ça me rappelle ?

Quand j'ai volé

le CD 2 titres de Faudel à la Fnac.

Ouah, OK.

J'avais volé le CD de Patricia Kaas.

Ils rient.

...

Mais j'ai pas réussi.

C'est pas très important.

- Ben si, c'est bête. - Non.

C'est pas grave.

*Musique électro au loin

*...

- Qu'est-ce qu'il y a ? - T'entends ça ?

*...

C'est ma musique, ça.

Ça, c'est ma musique.

- Oscar... - Il a passé ma musique.

Oh !

- Il passe ma musique. - Il l'a fait.

- Tu l'as fait. C'est toi qui l'as fait.

Putain, c'est ma musique.

Oh...

...

Faut que tu me laisses t'aider.

T'en as déjà fait beaucoup pour moi.

T'aider à partir.

- (-OK.) - OK, alors,

attends.

Il me faut une bougie.

Une bougie ?

Ouais. J'ai besoin de...

J'ai besoin d'une bougie pour mon...

Mon... Ce que je...

- J'en ai besoin. - D'accord.

Pourquoi une bougie ? Qui a décidé qu'il fallait une bougie ?

Et pas du papier d'Arménie ? Je sais pas.

C'est une instance là-haut qui a dit "C'est bougie ou rien" ?

Ma mère faisait comme ça.

Parce que...

elle voyait les morts, elle aussi, donc...

J'imagine qu'elle m'a transmis le truc.

Et ton père ?

Je le connais pas.

Pardon, désolé.

Non, ça va.

C'est juste que quand il a découvert le don de ma mère,

il a essayé de la faire interner.

Et du coup,

elle m'a élevée toute seule et...

elle a plus jamais eu personne dans sa vie.

Pas que je sache.

- Personne n'a essayé de t'interner ? - Non.

Mais...

Mes amours, après... Laisse tomber.

Sauf le dernier.

J'y ai cru.

On parlait de se marier.

Ouais.

Et ?

- Quand il a compris qui j'étais, il est parti.

Cliquetis d'un briquet

...

Elsa...

...

J'ai pas envie de te quitter.

- Mais moi non plus, j'ai pas envie que tu partes.

On peut l'allumer demain ?

Elle rit.

Ou après-demain, je sais pas.

La semaine prochaine.

J'ai tout mon temps.

Musique douce

...

Oh, la vache.

Bonjour, monsieur. Elle rit.

Bonjour.

- Remets-le, je préfère. Je te jure, je préfère.

Musique douce

...

Viens avec moi. Viens.

- Bah ? - Allez, viens.

- Oscar ? - Viens, viens, viens.

...

- Qu'est-ce qu'on fait ? (-Chut, viens.)

- Très heureuse d'être avec vous aujourd'hui.

Bienvenue aux futurs époux.

On se connaît très bien puisque vous êtes nés

au Havre, vous avez grandi au Havre

et vous êtes tous les deux passionnés d'art.

D'ailleurs, vous vous êtes rencontrés pendant vos études

d'art et d'histoire à Paris.

Eh bien sachez, Laure et Jules,

que c'est toujours une grande joie pour moi de recevoir,

sous le toit de la République,

- ceux qui ont choisi... - Tu les connais ?

- Non. - Venons-en

aux choses sérieuses.

Monsieur Jules Quentin Morin...

(-Oscar Lucien Adam Blum.)

- Acceptez-vous de prendre pour épouse

madame Laure Chassaigne ?

- (-Elsa Louisa Tissot.) - Oui.

(-Oui.)

- Madame Laure Chassaigne... (-Elsa Louisa Tissot.)

- Acceptez-vous de prendre pour époux...

(-Oscar Lucien Adam Blum.)

- Oui. - Oui.

Au nom de la loi

et par les pouvoirs qui me sont conférés, je vous déclare

unis par les liens du mariage.

Vous pouvez embrasser la mariée.

Acclamations

...

"Vertige de l'amour" (Alain Bashung)

...

J'ai crevé l'oreiller

J'ai dû réveiller trop fort

Ça me prend les jours fériés

Quand Gisèle clape dehors

La reine de Saba !

J'aurais pas dû rire

À la rouquine carmélite

*-Si ça continue, je vais me découper

*Suivant les points, les pointillés

*Vertige de l'amour

Santé, Oscar Lucien Adam Blum.

Santé, madame Elsa Louisa...

- Oui ? - Euh...

- C'est tout. - C'est tout. Blum.

Mmh mmh ! Non.

- Pas Blum. - Ah.

- Non. - Pourquoi pas Blum ?

Je prendrai jamais le nom d'un homme.

D'accord, mais c'est dommage

parce qu'Elsa Blum, c'est très classe.

- Ouais. - Elsa Blum,

c'est une femme du monde.

Elle rit. Elle a écrit

- des bouquins. - Ah ouais ?

- Ouais. - Qu'est-ce qu'elle écrit ?

Des bouquins féministes.

Et elle explore... Le patriarcat, elle aime pas ça.

Elle est en colère.

Bien entendu.

Et du coup, elle peut pas prendre le nom de son mari.

- Eh bah non. - Bah non.

Bah non. Ouais.

Mmh !

Pour leurs enfants, elle aurait pris son nom.

Mais comme elle en veut pas...

Mmh mmh.

Moi, j'en voulais.

Tu voulais des enfants ?

Oui. J'en voulais, oui.

Mais ça s'est pas fait, c'est pas grave. C'est comme ça.

C'est de ma faute, j'ai rien fait pour.

Voilà.

Acclamations et applaudissements

Je reviens.

...

Il se racle la gorge.

*Bonsoir.

*Bonsoir, Le Havre.

*J'aimerais dédier la prochaine chanson à mon mari

*qui est juste là, au fond du bar.

"Sous le vent" (Garou et Céline Dion)

...

Et si tu crois que j'ai eu peur

C'est faux

Je donne des vacances à mon cœur

Un peu de repos

Et si tu crois que j'ai eu tort

Attends

Respire un peu le souffle d'or

Qui me pousse en avant et...

Fais comme si j'avais pris la mer

J'ai sorti la grand-voile

Et j'ai glissé sous le vent

...

Fais comme si je quittais la terre

J'ai trouvé mon étoile

Je l'ai suivie un instant

Sous le vent

Et si tu crois que c'est fini

- Oh, non. - JAMAIS.

C'EST JUSTE UNE PAUSE, UN RÉPIT

APRÈS LES DANGERS

FAIS COMME SI J'AVAIS PRIS LA MER

J'AI SORTI LA GRAND-VOILE

ET J'AI GLISSÉ SOUS LE VENT

À vous !

FAIS COMME SI JE QUITTAIS LA TERRE

J'AI TROUVÉ MON ÉTOILE

JE L'AI SUIVIE UN INSTANT

Sous le vent

- ET SI TU CROIS QUE C'EST FINI - Oh non.

JAMAIS

C'EST JUSTE UNE PAUSE, UN RÉPIT

APRÈS LES DANGERS

Fais comme si j'avais pris la mer

... Elle rit.

J'ai sorti la grand-voile Et j'ai glissé sous le vent

...

Fais comme si je quittais la terre

J'ai trouvé mon étoile

...

Elsa ?

Inès ?

Ça va ?

Tu voulais boire un verre ? C'est fermé.

- Il est 3 h du mat. Je sors de garde, là.

On te cherche.

Je t'ai laissé mille messages. T'étais où ?

Ben... je suis là.

- Je me suis inquiétée, on a appelé les services d'urgence.

Je sais pas quoi dire.

Mais t'es déguisée ?

- C'est quoi, cette robe ? - Ma tenue de karaoké.

C'est ma tenue de karaoké.

T'as fait un karaoké toute seule ?

Bah, j'étais pas toute seule.

J'étais avec les clients.

J'ai encore le droit de m'amuser, non ?

Je vous laisse ?

Non, ça va. 2 minutes, c'est bon.

Tu parles à qui ?

Bon, laisse...

- Elsa ? Je suis garée juste à côté. - Mon scooter est là.

- Tu rentres pas en scooter. Je te dépose. - Si, si.

- Je te laisse pas comme ça. - "Comme ça" ?

T'es pas dans ton état normal.

C'est quoi, mon état normal ?

- Je te ramène. - Tu m'écoutes pas.

- Si. - Je vais bien, d'accord ?

J'aime pas la manière dont tu me parles.

S'il te plaît, fais pas ça. Je vais bien.

- Ne rentre pas seule. - J'aime pas ce que tu fais.

Arrête ! Arrête.

Musique dramatique

Tu arrêtes.

...

T'étais censée travailler aujourd'hui.

- J'allais pas travailler le jour de mon mariage.

- Non, je suis sérieux. - Moi aussi, je suis sérieuse.

...

On va se coucher ?

...

Le réveil sonne.

...

Oscar ?

Oscar ?

Ça va ?

Ouais.

Et toi, bien dormi ?

- Je crois que j'ai un peu trop bu hier soir.

Oscar rit.

Tu bosses aujourd'hui ?

- Ouais. Mais je peux rester si tu veux.

Ah non, pas du tout.

- Sûr ? - Certain.

Docteur Tissot,

elle guérit personne, mais on est très fiers d'elle.

Non, tu vas aller travailler.

Bonjour, Mimi.

- Elle était où, celle-là, depuis deux jours ?

- Désolée. - J'espère qu'elle a une bonne excuse

- pour avoir loupé ma ponction. - Aucune bonne excuse.

Enfin...

Peut-être une petite. Je l'ai revu.

Qui ça ?

Celui qui avait pas mon numéro.

Je le savais !

Vous pouvez pas savoir

comme vous me remontez le moral,

- docteur. - Ça va pas ?

- Non, ça va pas. - Qu'est-ce qui se passe ?

C'est les douleurs ?

Non, j'ai la trouille.

- La trouille ? - Que mon neveu ait pas le temps de venir

et que je me retrouve à crever seule ici sous les néons avec les bip bip.

Je me croyais au-dessus de tout ça, mais non.

- Personne ne l'est. - Si seulement j'étais croyante.

Je vous arrête tout de suite.

Même Jean-Paul II a eu peur.

Elle rit.

Le pape.

- Oui. - Ce pauvre pape.

Il devait être bien content de le retrouver, son bon Dieu.

Pas d'après mes sources.

Vous serez pas seule avec les bip bip.

Je serai là.

Je serai là, Mimi.

Elsa ?

Désolée de te déranger mais le chef de service te cherche.

- Je crois que tu traverses une période difficile.

- Ah. - Voilà, si t'as besoin de quelques jours,

quelques semaines pour te reposer, tu me le dis.

On s'organise.

- J'ai pas besoin de repos, ça va. Je gère, t'inquiète.

Tu loupes tes gardes sans prévenir,

tu cries devant les patients...

Sans parler du matériel saboté, donc non, tu gères pas.

Je te parle d'essayer de prendre un peu de recul.

- Ouais. - Bien sûr, t'es ici chez toi.

Si ce soir, t'as envie de passer au pot et que ça te fait du bien,

viens prendre un verre.

La fatigue de compassion, ça peut tous nous tomber dessus.

- Tu peux pas dire "dépression", comme tout le monde ?

- C'est possible de se parler sans s'agresser ?

- Lâche la télémédecine, je ferai un effort.

OK.

Tu sais quoi ? Je vais arrêter d'en faire.

Je vais être clair : je te propose pas de te reposer, je te l'ordonne.

Et tu seras suivie par le psychiatre.

C'est clair, ça ?

Musique dramatique

...

Oscar ?

...

... Gémissement de peur

Elle soupire.

Ça a été, ta journée ?

Ouais.

Et toi ?

J'ai posé quelques semaines de vacances.

- D'accord. - J'y retourne pas demain.

On pourra être juste tous les deux. Juste toi et moi.

Ah, on peut faire ça ?

On peut poser des jours comme ça ?

- Ouais. Ouais. - T'es sûre que ça a rien à voir

avec ta collègue ?

Mais non, pas du tout.

J'ai même été invitée à la fête des internes ce soir.

Donc bon...

Évidemment, je vais pas y aller. Mais tout va bien.

Tu vas y aller.

- Non. - Si, tu vas y aller.

C'est important que t'y ailles.

J'ai pas envie.

Vois des gens, tu peux pas rester avec moi.

- OK. Mais tu viens avec moi.

- Bah non. - Si.

Non.

J'y vais pas si t'y vas pas.

*Musique rythmée

*...

Prêt ?

Après vous, monsieur.

*...

Tu vois, normalement, ici, c'est notre cantine.

Personne n'y mange jamais parce que c'est dégueulasse.

- Je voudrais bien un verre. - Elsa ?

- Salut. Ça va ? - T'es venue toute seule ?

- Non, je suis avec mon mari. Je te présente Oscar.

- Petit rire - Enchantée, monsieur.

Non, mais je pensais que tu serais avec Inès.

Euh, non. Je l'ai pas vue.

- OK. Bonne soirée. - Bonne soirée à toi.

- À quoi tu joues, là ? - Oh, ça va, c'est drôle.

- Si, c'est drôle. - Non.

Ils ont déjà trop bu.

Dans 10 min, ils sont sur les tables,

- à chanter. - T'es pas obligée de me parler.

- Comment ça ? - Tout le monde te regarde.

Qui ça ?

On s'en fout, des gens.

- Moi, je m'en fous, des gens. - Non, c'est les gens

- avec qui tu travailles. - Mmh mmh. Ne me lâche pas.

- OK. - J'ai besoin d'un verre.

- Arrête. Vas-y, allez.

*Musique rythmée

*...

Danse. Tu fais quoi avec moi ?

- J'ai pas envie. - Si.

Vraiment, si.

Je danse si tu danses avec moi.

Non.

Allez.

- Va t'amuser. - Arrête !

Je suis bien. C'est avec toi que je suis bien.

Moins fort, s'il te plaît.

Pourquoi ? J'ai l'air dingue ?

Non.

Mais eux, oui.

*...

Elle soupire.

- Je suis fatiguée. Je suis épuisée de toujours faire semblant.

*...

Je t'aime, Oscar.

*...

Moi aussi, je t'aime.

Bah alors,

tout va bien.

*...

T'as envie d'être aimée comme ça ?

*...

Par un gars qui peut rien faire ?

C'est pas vrai.

Qui peut même pas te faire un café.

- J'ai pas besoin de toi pour ça, figure-toi.

Tu peux même pas présenter tes amis.

- Bah... - Tu me présenteras jamais

- tes parents. - J'en ai plus, donc ça tombe bien.

On peut rien construire, Elsa.

*... Elle soupire.

Faut que je parte.

- Ouais, t'as raison. T'as raison, on se casse.

On rentre. Elle est nulle, cette fête.

- Elsa... - Arrête.

- Faut que je parte. - Non !

Ne me fais pas ça.

Ne me laisse pas toute seule. J'ai été seule toute ma vie.

C'est avec moi que t'es seule.

- C'est pas vrai. C'est avec toi que je suis bien.

Faut que je parte.

Faut que je parte, c'est tout.

Alors, on le fait ? Je le fais ?

Quoi ?

Je viens avec toi.

- Non. - Si.

- Non. - Si.

- Dis pas des trucs comme ça. On dirait une folle.

Arrête.

T'as dit quoi ?

- C'est pas ce que je voulais dire. - T'es la seule personne

qui a pas le droit de dire ça.

Tu sais quoi ? Vas-y.

Vas-y, Oscar. Barre-toi.

Tu connais le chemin, mmh ?

Ah ? Ça, c'est ton putain de problème.

Va-t'en.

Casse-toi !

Casse-toi !

Casse-toi !

*...

Elsa ?

Ça va ?

Je suis pas folle, Arthur.

Je te jure que je suis pas folle.

Personne n'a dit ça.

Je veux pas être internée.

OK. Ça va aller.

Ça va ?

Musique dramatique

Oh, Mimi...

Elle va bien.

T'inquiète, ça va. Je suis passé la voir

cet après-midi. Mmh ?

...

... Bip continu

... ...

- Normalement, j'ai une bougie. Je...

- Je vais en trouver une. - Non, t'en fais pas, je suis prête.

Ferme-moi juste les yeux. J'ai une de ces tronches.

... ...

Pas à l'approche

Bip continu

Putain... Comment t'as su ?

- Mets-moi le turban. - Le quoi ?

- Le turban. - Le turban ?

Il est où ?

- Il est là, sur le fauteuil, derrière toi.

Tu parles à qui, là ?

- Tu lui parles ? - Si ça te met mal à l'aise,

tu peux sortir.

Comme ça ?

Merci.

Vous êtes coquette.

Elle rit.

Ça me fait plaisir qu'il soit là.

- Celui-là ? - Ouais.

Ah bon ?

- Ça m'a touchée. Pendant la ponction, il a chanté du Brassens.

Bon, c'était plus un grand cri que du chant, mais...

Elles rient.

- Ça m'a fait passer la douleur. - Quoi ?

- Qu'est-ce qui se passe ? - Pardon, c'est elle

qui me fait rire.

Elle a aimé que tu lui chantes Brassens,

même si apparemment, t'es pas très doué.

Musique dramatique

Elle te remercie.

...

Elle soupire.

...

Je dois y aller.

...

En fait, je commence pas avec la bougie.

D'abord, y a le sel.

- Y a le sel ? - Mmh mmh.

J'en ai dans la cuisine.

Quel type de sel ?

Sel de Guérande ? Fleur de sel ?

Sel de table ?

N'importe lequel.

- Ah, n'importe lequel ? Oh, bah, prends le moins cher alors.

Non, prends pas le moins cher. Je crois que je mérite...

ça. Elle rit.

- Une bonne fleur de sel de Guérande. - Allez.

Et ensuite ?

Ensuite, j'en mets devant les portes.

D'accord.

- Ma mère faisait comme ça. C'est un signe de protection.

- On protège alors, on protège. On protège, vas-y.

Voilà.

Plus, je crois. Là, t'as oublié de protéger.

- Je pense que... Mets tout. - Allez.

Hop là ! On protège.

- T'es bien protégé, là. - Très bien.

Faut pas marcher pieds nus après, mais au moins, on est protégés.

Et après ?

Après, je te pose les trois questions.

Je dois demander au mort

s'il sait qu'il est mort.

Oscar, est-ce que tu sais que tu es mort ?

Oui.

Je crois que j'ai compris, maintenant.

Et ensuite,

est-ce que tu acceptes d'être mort ?

Ouais.

Toi, Elsa, t'acceptes d'être vivante ?

Est-ce que tu acceptes d'être vivante ?

(-Ouais.)

Non, pas de "ouais" chuchoté.

Et je te parle pas

de survivre, de faire un pas devant l'autre.

Je te parle de vivre.

De vivre vraiment.

Parce que je t'ai vue vivre, Elsa. Je t'ai vue.

C'est magnifique.

Est-ce que tu acceptes d'être vivante ?

Oui.

Tu m'attends pas.

- Promis ? - Promis.

Réponse acceptée.

Ils rient.

- Et y a une troisième question ? - Ah, oui.

Je dois te demander si t'as oublié un truc.

Si t'as un message à transmettre.

Je voulais juste te dire merci.

Musique dramatique

Merci.

...

Tu vas voir une lumière.

Tu te laisses porter.

...

- J'espère que je ferai mieux la prochaine fois.

Il sanglote.

... ...

Prends-moi dans tes bras, s'il te plaît.

... ...

J'ai peur, Elsa. J'ai peur.

... ...

J'ai peur.

... ...

...

Elle soupire.

...

Musique mélancolique

...

Propos indistincts au loin

...

- Arthur ? - Mmh ?

Pardon, je te dérange.

Tu me déranges pas.

J'ai un truc à te demander.

Mmh ?

- On pourrait ne pas descendre les décédés trop vite ?

T'as des contraintes de place,

mais si on pouvait juste les laisser un peu plus longtemps

avant que le service mortuaire les descende.

- Je pourrais faire comme pour Myriam. - On le fait.

- Pardon ? - On le fait.

On le fait ?

- Mmh. - Cool.

Enfin, c'est pas le bon mot.

- Petit rire - Je m'en occupe vite.

J'ai un gros dossier à gérer.

T'en fais pas, ça presse pas.

- Saborder l'expérience de télémédecine.

Ah, ça, c'est dommage.

- Je sais pas, j'ai envie d'arracher des câbles.

- Ça fait beaucoup de bien. - Ouais.

Petits rires

Musique électro douce

...

Merci.

...

Elle sonne.

On ouvre la porte.

...

Musique électro

...

Musique mélancolique

...

Musique triste

...

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