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Joaquim Pinto présente
LA COMEDIE DE DIEU de João César Monteiro
Le voilà. Ponctualité britannique.
Le mouvement lent est essentiellement majestueux.
A mon avis, il ne fait qu'attarder les choses.
- Bonjour, Mesdemoiselles. - Bonjour, Monsieur João.
PARADIS DE LA GLACE
N'oubliez pas les bidons d'eau de Javel.
L'eau de Javel n'a-t-elle jamais manqué dans cette maison ?
Pas que je sache.
Et tu penses que c'est l'œuvre du hasard ?
Infaillibilité, c'est la devise.
Fais ton travail et modère-toi, ma fille.
Presque deux heures pour venir de Benfica.
Un trafic infernal. Vous n'imaginez pas...
J'imagine que d'ici à Benfica, ça doit être la même chose.
C'est pas fameux, Tomé.
Et celles du service de nuit,
on dirait qu'elles ont été piquées par la mouche tsé-tsé.
Contestation sociale, Monsieur João.
Plus personne ne veut en fiche une rame.
C'est ce qu'on trouve.
Ce n'est pas en temps de guerre que l'on polit ses armes.
Et que dites-vous des extrémismes ?
Je ne vous en dis rien.
Regardez-moi la Russie...
Que Judite jette un coup d'œil à l'allure des postulantes
et que la volonté de Dieu soit faite.
Elle a toujours le dernier mot.
J'y vais, il se fait tard.
Dites à Judite de m'appeler.
Ou tout rentre dans l'ordre, ou on est mal parti.
Ne vous inquiétez pas, Mr. João.
Une poigne de fer, voilà ce qu'il faut.
Viens ici, Alexandra.
Il y a une tache suspecte sur ta blouse.
Ce n'est pas mes règles, c'est de la fraise.
Pour moi c'est du pareil au même. Mets-en une propre.
Mais je n'en ai pas d'autre !
Débrouille-toi. Aux grands maux, l'eau et le savon.
Aujourd'hui vous n'êtes pas dans vos jours !
Oui, ma petite...
- Je suis passée à l'agence. - Tu pars en vacances ?
J'aimerais aller en Thaïlande. C'est joli, plein de vie.
Une de mes amies dit qu'il y a des plages de rêve.
Pour deux, tout compris,
ce n'est pas une fortune avec la Carte Jeune.
Bon voyage.
Envoie-moi une carte postale avec un buffle en train de paître.
Vous êtes toujours en train de vous moquer...
Ne fais pas attention,
c'est la preuve que je ne peux déjà plus faire beaucoup.
Voilà. Au soleil, ça va sécher en une seconde.
La tache est partie.
Il y a un vestiaire expressément fait
pour que les filles s'y changent.
Des petites tenues ici c'est un sacrilège.
Il faudrait passer sur mon cadavre.
C'est parce que je me suis dépêchée. Je l'ai pas fait exprès.
M'autorisez-vous à aller à la piscine ?
Je n'ai jamais refusé de bain à personne.
Pas même à mon pire ennemi. Vas-y, mais ne t'attarde pas.
Vous me trouvez attirante, Mr. João ?
Ne me distrais pas, petite... Allez, file.
Tu ne le sauras jamais.
Alexandra et le travail ne sont pas très copains.
Elle doit avoir des problèmes à la maison.
Ils vivent comme des porcs dans un bidonville.
Au moins, elle est prête à se baigner.
Et quand c'est comme ça...
Alors, allez voir de vos propres yeux
dans quel bel état sont les toilettes des femmes.
Aie, ma pauvre mère !
Eh, de la boutique !
Il n'y a personne ?
Il y a moi... Vous désirez ?
Qu'est-ce qu'il faut pour être engagée ?
Je ne sais pas s'il y a une place.
Mais c'est écrit ici : "On recherche employée".
Vous devez d'abord parler au gérant.
Va immédiatement chercher un seau et nettoie-moi le mur des dames.
Moi ? Ce n'est pas ma faute si le mur est dans cet état.
Je ne veux pas savoir de qui c'est, ou de qui ce n'est pas.
Les règles sanitaires de cet établissement
doivent être scrupuleusement respectées.
Alors, n'engagez pas du personnel
qui s'essuie le cul avec les doigts !
Attention, ma petite fille. Surveille ta langue !
Je peux tout supporter, sauf les Judas.
Drôle d'ambiance...
- Prénom ? - Carmen.
- Références ? - C'est mon premier emploi.
Mieux vaut tard que jamais.
Mes parents étaient contre l'exploitation
du travail des enfants.
Diplômes ?
Etudiante universitaire.
A quelle Université ?
Celle de la vie.
Ecoute, ma fille :
Prends ça pour payer tes études.
Et repasse quand tu les auras finies.
Il n'y a pas de doute, quelle drôle d'ambiance.
On ne peut pas laisser s'envoler un billet de 500 escudos.
C'est dégoûtant !
J'ai nettoyé la merde. Je peux aller boire un café au Silvia ?
Vas-y, mais tu n'as pas besoin d'y aller en faisant cette tête-là.
Dans le monde où nous vivons,
le juste payera toujours pour le pécheur.
Je vous rapporte quelque chose ?
Un paquet de Suave filtre.
Vous en voulez, Mr. João ? Elles viennent de chez Mr. Chips.
Je ne veux même pas les voir.
"Goodbye, Mr. Chips."
Judite ?
Où es-tu ?
A la maison ou à la fabrique ?
Ce Tomé mélange tout.
Non, non, en aucun cas.
Ne t'inquiète pas, tout marche bien.
Comme d'habitude.
Encore une fois la femme de ménage n'est pas venue.
Après, elle va nous raconter des histoires.
C'est ennuyeux, mais il faudra bien.
Je ne peux pas laisser les punaises occuper le château.
Quand Romão viendra, je verrai ça avec lui.
J'essaierai de passer à la banque dire un petit mot au gérant.
Ne t'inquiète pas.
Il en reste combien de kilos en stock ?
Nous avons de la marge.
Ce n'est pas ça. L'idée est très simple :
Tu laisses les clients saliver quelques jours
en annonçant une rupture de stock,
puis tu relances le Paradis avec un nouvel élan. Bien sûr.
A un nouveau prix qui rend justice à la spécialité maison,
et à l'originalité du parfum.
Ma petite, c'est dans Marx !
Pas d'omelette sans casser d'œufs.
Augmente les salaires et tu verras apparaître les résultats.
C'est élémentaire, et tu le sais d'expérience.
Ça t'a coûté la peau des fesses.
A moi aussi, elle a fait très bonne impression.
Elle vit seule avec sa mère dans un bidonville ?
Je ne l'ai pas trouvée tête en l'air non plus, non.
On verra bien,
mais une hirondelle ne fait pas le printemps.
De quelle partie du Minho ?
Ah, je connais très bien.
Si je ne me trompe,
j'y ai dégusté la meilleure poule au sang de ma vie.
De bonnes gens, ça oui.
Elle est très jolie et elle a toujours sa fraîcheur provinciale.
Je vais apporter quelques retouches, d'après ces madones vénitiennes,
mais sans effacer les traits ruraux.
Elle peut être un appeau, oui...
Mais la sagesse résidera dans l'art de la garder.
Je t'ai déjà laissée tomber ?
Tu sais que je ne plaisante pas pendant le travail.
D'accord, je l'attends.
Rosário... Rosário comment ?
Moi, je ne me suis jamais laissé tromper par Francisca.
Je l'ai vu tout de suite.
Une plainte à la P.J. ? N'y pense même pas.
Ça ne paye pas le dérangement.
On la garde à l'œil, mais laisse-la venir se poser.
Je ne voudrais pas lever le lièvre.
Ciao, ma chère.
Et bon rétablissement.
Montre-moi ces mains.
Elles sont bien lavées.
Comme il faut.
Et tu veux savoir pourquoi ?
La raison est simple et je ne me lasse pas de la répéter.
Une part substantielle des clients de cette maison sont des enfants.
Donc, ceci étant,
quiconque travaille sous mes ordres est tenu de se laver les mains
soit après l'utilisation des installations sanitaires
soit après l'extraction de sécrétions nasales,
vulgairement appelées crottes de nez,
sous peine de licenciement immédiat
et sous réserve de poursuites pénales ultérieures.
C'est la santé publique qui est en jeu.
Compris ?
Quand tu sers une glace,
n'oublie jamais que, un jour, tu seras mère.
Mon masque ?
Good old Jim...
Un poil pubien de la Reine Victoria.
God shave the Queen...
Love my umbrella.
Livre de Pensées
C'est combien le kilo ?
580, mais pour vous ce sera moins cher.
Nettoyez-moi quatre épinoches.
On dirait qu'ils sont encore vivants.
On dirait.
Je les vois frits avec un riz à la tomate, mouillés comme il se doit.
- Ou avec une açorda au coriandre. - Ça pourrait aussi aller...
Va-t'en, Tareco ! Va lécher le con de ta mère !
- Ça fait combien ? - 480.
Alors, Mr. João de Deus, vous allez bien ?
Mort ici même juste avant que vous arriviez.
Ça y est...
C'est ainsi qu'on ôte les péchés du monde.
Je peux pas le vendre, mais je peux vous donner la cervelle.
On dit que c'est très bon, très fort, très fortifiant.
Et avec des œufs brouillés,
vous n'imaginez même pas. Mes filles vont adorer ça.
Les pauvres petites en ont bien besoin,
elles sont dans la fleur de l'âge.
Elles n'ont d'yeux que pour les livres.
Et vous savez, monsieur, mes trois filles
ont plus de matière grise
que bien des ministres qui se baladent par là.
Je vous crois pieusement
mais je refuse la cervelle.
Alors, qu'est-ce que ce sera ?
Quelques tranches de foie de veau ?
Coupées fin, je ne dis pas non.
Regardez-moi cette splendeur, cette superbe chose...
Des tranches de foie toutes fines ?
Une merveille, Mr. João de Deus...
Oh Evaristo !
Et de ça, t'en as ?
Pédé de mes deux !
Où as-tu dit que tu habitais, Rosarinho ?
- A Cambodgia. - Ça doit être dangereux ?
Moins qu'on se l'imagine.
C'est après la pluie que c'est le pire. Un vrai bourbier.
Frotte cette tache.
Celle-là ?
C'est un grain de beauté. J'en ai sur tout le corps.
Si Dieu a voulu te signer...
Les ongles...
Brosse-moi bien ces demi-lunes.
Elles méritent d'être polies.
Comme celles de mon père, que Dieu a rappelées.
Il est mort il y a longtemps, ton père ?
Ça va faire deux ans.
Il y est resté en soufrant un tonneau.
Gaz toxiques.
Ça va comme ça ?
Comme un joyau !
Tu peux les sécher.
Vous auriez dû voir l'enterrement.
On n'avait jamais vu pareil cortège dans le village.
Il avait la réputation d'être le meilleur tonnelier de la région.
La fille du tonnelier...
Tu dois aimer un petit verre.
Le vert, il faut le savourer juste quand il vient d'être tiré.
Un jour il faudra que vous goûtiez le nôtre.
J'y goûterai.
Nous n'allons pas utiliser le shampooing antipelliculaire.
Tu as les cheveux soyeux,
et on sent qu'ils sont lavés.
Tu n'en as pas besoin.
On va les peigner un peu.
Et les attacher par-derrière.
C'est cela.
Tire-les tous.
Comme ça.
J'ai le cheveu rebelle.
Mieux vaut le cheveu qu'autre chose.
Tu as les traits altiers,
un port de dame...
Mais bien.
On va seulement leur mettre un ruban pour qu'ils ne se défassent pas.
Parfait.
Un mouvement des yeux sans qu'elle s'en aperçoive, tendre et pieux;
un rire, presque à son insu, tendre et franc
un geste, incertain de sa joie, humble et doux,
une grâce légère, encore pleine de timidité,
un repos si grave et modeste,
une pure bonté,
de l'âme signe évident, limpide et gracieux,
une audace pleine de réserve, une tendresse,
une crainte sans reproche, un air serein.
Une souffrance longue et docile
telle fut, de ma Circée, la céleste beauté.
Et le magique poison qui sut transformer ma pensée.
Et le magique poison qui sut transformer ma pensée.
Dans cette maison, personne n'est obligé au port de la coiffe
ou du bonnet,
mais on respecte l'hygiène de base essentielle.
Nous allons nous appliquer dans nos exercices.
D'abord, on remplit la coupe jusqu'au bord.
Ne jamais oublier de rincer la spatule à chaque nouveau parfum.
Ensuite, lisser doucement la glace, comme si l'on peignait.
Qu'obtenons-nous ?
Une base polygonale
dont le volume doit être égal au volume du récipient.
Nous battons légèrement, je bats toujours trois fois
et nous voilà aptes à édifier la pyramide.
Chéops, Chéfren et Mikerinos.
Tu peux magiquement savourer l'antique Egypte, Rosarinho.
La technique est la même, mais plus délicate.
Tout l'art se trouve dans l'adhérence parfaite
entre la boule et l'embouchure de la gaufre,
de manière à ce que celle-ci ne s'écrase pas.
Relâcher les muscles de la main :
Main morte, main morte,
va frapper à cette porte...
Tu me suis ?
Un coup sec, vigoureux...
Et voilà !
Je manque d'entraînement, mais dans l'idée c'est ça.
Arrivèrent les Moscovites,
qu'on nommait alors Bavarois,
les mousses, les parfaits,
les soufflés glacés, les bombes...
Jusqu'à ce que les Américains,
avec leurs sorbets à base de crème,
parfois avec adjonction de maïzena et de gélatine,
inventent l'Ice-Cream,
rendu partout populaire.
Je préfère les nôtres.
Immense est l'empire de l'Ice-Cream.
Les Américains ont ouvert de grandes usines un peu partout,
de l'Arkansas au Viêt-Nam en passant par la Corée.
La fabrication des nôtres est semi-artisanale
et la fabrique à Benfica
aurait besoin d'un équipement plus sophistiqué.
Un de ces jours, je t'y emmènerai.
Plus tu te plongeras dans le sujet,
plus grand sera ton dévouement au travail.
Le travail ne me fait pas peur. Je ne lui ai jamais tourné le dos.
Je suis très travailleuse.
Je sais, Rosarinho. Tu n'es pas comme les autres.
Il faut acquérir l'amour.
Notre pari exige de tous beaucoup de dévotion.
Tu auras déjà compris
qu'il ne s'appuie pas sur la formule commune,
le goût déjà fait, mais sur l'innovation permanente,
la quête inlassable du mirifique
et qui sait ? L'inatteignable parfum des parfums.
Toujours qui cherche, trouve, Mr. João.
Nous ne cherchons pas la vérité.
Nous cherchons notre Ariane.
Et en affrontant quels périls, Dieu du Ciel !
Il suffit de la moindre défaillance humaine,
d'un subit manque de soins du personnel pour que tout soit perdu.
Ce n'est pas quiconque qui est apte à franchir les portes du Paradis.
Un Chinois.
Malgré tous nos soins, nous ne pouvons pas éliminer à 100 %
le risque d'agents pathogènes
qui nous transformeraient en une sérieuse menace à la santé publique.
Il n'est jamais arrivé de malheur ?
Heureusement,
mais nous devons rester vigilants
et supplier Dieu qu'il n'en tombe aucun sur le Paradis.
D'où mon insistance :
Lavez-vous, jeunes filles.
Tous les jours passez-vous à l'eau et au savon.
Faites fuir les agents pathogènes vulgairement appelés microbes.
Et Rosarinho, ma fille,
quand tu sers une glace, n'oublie jamais qu'un jour tu seras mère.
Toi aussi.
De plus,
le goût pour les glaces,
l'une des bonnes choses de la vie
que nous devons à nos ancêtres romains,
à leur volupté de vivre,
qui les poussait à faire recueillir de la neige
dans de lointaines montagnes, les Apennins,
pour ensuite, les jours de grande chaleur,
délicieusement couchés dans la pénombre des triclinia,
pouvoir savourer fruits et sirops
à de rafraîchissantes températures.
Et bien que...
En 1295, Marco Polo ait ramené du Japon à Venise
une recette de glace lactée,
sont indiscutablement
les Italiens, les véritables créateurs du sorbet.
C'est d'Italie,
après l'exode de la Renaissance,
que les glaces arrivèrent en France en 1660,
des mains d'un certain Procope,
Florentin d'origine.
Avec l'ascension fulgurante de la cuisine française,
la famille des glaces proliféra.
Arrivèrent les moscovites, etc.
Jusqu'à ce que les Américains,
avec leurs sorbets à base de crème,
parfois avec adjonction de maïzena et de gélatine,
inventent l'ice-cream,
aujourd'hui rendu partout populaire.
- Combien de parfums ? - Un.
- Deux. - Trois.
Un Aurore, un Blanche-Neige et un Charlot.
Un Cosi fan Frutti, un Pingouin et un Billy the Kid.
Quel dommage que ce ne soit pas un péché, Mr. João.
A en croire Stendhal,
une princesse italienne s'en plaignait déjà
au beau milieu du XVIIe siècle.
C'est une question d'éducation.
Il faut les savourer
avec la réserve voulue.
Vous avez remarqué cette indifférence ?
On dirait qu'elles portent... Dieu sait quoi, à leur bouche.
Elles contiennent une riche source de calcium pour l'organisme.
Et le raffinement des saveurs ?
Ces écervelées seront au moins capables de le pressentir
avec l'activité hystérique de leur langue ?
C'est de l'enthousiasme, Dr. Antonia,
mais remarquez comme le bout de leur langue rosit.
Des perles aux cochons, Mr. João.
Vous vous creusez la cervelle pour inventer les plus exquis parfums,
et quelle est la récompense ?
Ne me motive
que le désir de servir la communauté du mieux que je sache et puisse.
Humblement, Dr. Antónia.
La glace n'est pas digne d'être présentée à l'Assemblée
si elle n'est pas porteuse de vertus,
et si la discorde règne parmi les arômes.
Et si la discorde règne parmi les arômes.
Ici il n'est pas d'arômes, mais des parfums.
C'est pas un gallicisme ?
Si tu veux apprendre les langues, change de perchoir.
Parfum, ça a plus de saveur. Ça a un autre arôme.
Si tu hausses le ton, il tremble.
Je ne hausse jamais le ton. Il me suffit d'ouvrir les yeux.
Bien sûr... Espérons qu'il ne pleuvra pas.
Il ne pleuvra pas.
La météo annonce une baisse de température.
Bonsoir.
Sur cette maison ne se posent que des grues.
Ce qu'elles aiment, c'est chevaucher des motos.
A cette heure-ci, il n'y a plus de transports.
Ne t'approche pas de ma couche en cothurnes, je ne te recevrai pas.
Qu'elles marchent, ça leur fera du bien.
- Ça active la circulation. - C'est mauvais pour à la maison.
J'irais bien grignoter une langouste à côté.
Elles sont très sèches. Je te conseille plutôt le homard.
- Il y a eu un arrivage aujourd'hui. - La langouste, c'est plus chic.
Oui, et à ta place, j'irais réserver une table.
Et n'oublie pas de mettre une serviette.
Une serviette ?
Oui, une serviette. Ma belle veste...
Tu es ingénieux, sans aucun doute.
Après viens nous rejoindre, on te gardera une petite pince.
Fréquentez les gens bien, Mr. João.
Et vous serez comme eux.
Vous cherchez Rosarinho ?
Oui.
Elle a été relogée dans une H.L.M.
Ah, bon. Je ne savais pas.
Tu m'as fait peur.
C'est pas drôle de faire peur aux gens.
On n'essaye pas d'être drôle.
On veut dénoncer la brutalité des flics.
Quand ce sera sérieux, personne n'y croira.
Et vous pensez que ce n'est pas sérieux ?
Ça ne vous regarde pas, que je sache.
Vous trouvez normal qu'on soit encore debout à cette heure-ci ?
Non.
Alors, il vaut mieux vous taire.
Vous voulez acheter des photos pour envoyer aux journaux ?
Je ne connais personne dans les journaux.
On en a aussi de Rosarinho.
Elle se lave le bas.
Je les ai prises par une fente de la baraque.
On ne voit rien. C'est flou.
Elles sont déjà passées de main en main, mais peuvent encore servir.
Pour quoi ?
Pour se branler un petit coup.
Regardez-moi ces jolis seins.
Je vais les garder uniquement pour qu'elles ne circulent pas.
Elles ne sont pas à vendre.
Vous avez une cigarette ?
Oui, mais je n'en donne pas. Je ne nourris pas les vices.
Mille escudos pour chacun si vous brûlez les photos.
Marché conclu.
Mr. João, la patronne veut vous parler.
Entre.
Tu sais que je suis une femme de beaucoup de bites.
Mais d'un seul doigt.
Tout ce que j'ai m'a coûté la peau des fesses.
J'ai peut-être été pute, mais jamais idiote.
Une petite pipe, chéri ? Paie ! C'est tant.
Toujours encaisser et le cœur au loin.
J'ai souvent écarté les cuisses, mais j'ai jamais perdu la tête.
Et tu sais pourquoi ?
J'ai jamais mélangé les choses :
Le travail c'est le travail. Le cognac, le cognac.
J'aurais pu finir comme Mimi. Tu te souviens ?
Parle d'autre chose.
Quand tu parles de Mimi, ça me donne toujours envie
de te renfiler le doigt dans le cul.
- Je t'ai nourri. - Tu m'as nourri.
- Je t'ai retiré les poux. - En effet.
Je t'ai habillé et chaussé.
Tu piaules trop tard.
Tu es un ingrat, João.
Je le suis.
Je fais mon travail, et je le fais bien.
Je suis l'âme de la maison,
et les âmes n'ont de comptes à rendre à personne.
Je reconnais que c'est vrai. La glacerie prospère grâce à toi.
Mais n'abuse pas de ma patience. C'est un conseil d'amie.
Entrons dans le vif du sujet.
Rosarinho est venue voir comment on fabrique une glace.
Et ça l'autorise à les lécher ? Ne plaisante pas, João.
Ce sont des oiseaux de passage
qui attendent la paye pour la gaspiller en fringues et en drogues.
Tu m'empêches de valoriser le personnel.
De le rendre plus capable et plus efficace.
Je les aime mieux pas trop expertes.
Qu'elles servent les glaces et soient correctes avec les clients.
Rosário est très sérieuse.
Et c'est toi qui me l'as recommandée.
Justement. Mais puisque je te connais par cœur,
à partir de maintenant,
finies les visites guidées !
C'est tout ?
Non... Pour en revenir aux affaires,
je dois t'avertir que j'ai une fusion en perspective.
Sexuelle ?
Un célèbre glacier français s'intéresse à notre production.
Bertillon ?
Pas Bertillon, mais presque. Il s'appelle Antoine Doinel.
Tu peux lire le fax.
Mais ne bave pas trop, ta renommée est arrivée à Paris.
- Il ne parle même pas de moi. - C'est implicite.
Il fait allusion à un éventuel mariage...
Ni plus ni moins.
Antoine est un garçon de mon âge, très distingué,
et une chose n'empêche pas l'autre. Bien au contraire.
Nos glaces n'ont aucune chance de pénétrer le marché français.
Non par manque de qualité, évidemment,
mais le consommateur français accepte mal leur origine.
Portugaise...
Attends qu'Antoine me pénètre,
et on en reparlera.
Carinhas & Doinel.
Nous pénétrerons et sur grande échelle.
Il faut que tout soit prêt pour son arrivée dans quelques jours.
Je compte sur toi pour lui préparer un de tes parfums.
Maintenant, va éduquer ta péronnelle, mais pas ici.
J'ai assez de Romão pour les égarer.
Tu te trompes complètement.
Bien sûr, fils...
Dédie-toi à tes parfums, et Judite te dira si on pénètre ou pas.
Félicitations, poupée !
O ma beauté !
O ma pompioure !
O ma palombe !
O ma braise !
O palombine !
O ma poupée !
Des fois, j'ai même pas le temps de me gratter.
C'est un commerce très ingrat.
Mais dès que je peux, je cours chez l'esthéticienne.
Elle a des doigts de fée qui connaissent déjà mes rides par cœur.
Moi, Madame Judite, qu'il pleuve ou qu'il vente,
je peux prendre quatre bains par jour.
Seigneur ! Trop, c'est trop !
Ça n'est pas trop ! Voyez :
Quelques gouttes d'huiles essentielles dans la baignoire,
et l'eau se charge de vertus calmantes ou stimulantes,
qui nous imprègnent lorsque nous en respirons les vapeurs parfumées.
La Star's Body propose
Perles d'Huile de Bain Aromatique,
à base de santal, patchouli et encens.
Effet reposant
Ou menthe poivrée,
genièvre et romarin.
Effet rafraîchissant
Ou poivre noir,
bergamote
et genièvre.
Effet tonique
Orchidée associe les essences
de citron, de sauge et de genièvre
pour son Complexe d'Huiles Essentielles Amincissantes,
et celles de feuilles d'oranger,
de camomille et de verveine pour son Complexe Relaxant.
En effet ! Saintes huiles...
Mais ça n'est pas tout !
A son tour Gilles de Rais
a composé quatre bains d'huiles essentielles.
Tonifiant, à l'essence de pin.
Décontractant Musculaire, à l'essence de romarin.
Revigorant, à l'essence de lavande.
Et Calmant, à l'essence d'eucalyptus.
Ah, Madame Judite !
En Inde, les huiles ont la réputation
d'adoucir non seulement les aspérités de la peau
mais aussi celles de l'âme.
Vous êtes dans mon cul ?
Je le suis.
Il est d'or sur azur.
Il appartenait à ma mère,
qui ne s'en est séparée que sur son lit de mort.
Et si on me le vole, Mr. João ?
Il ne va pas tomber.
Mais personne n'est à l'abri d'un vol.
Tu as encore mal à l'anus ?
Un petit peu, mais ça passe.
Il ne doit pas être déchiré.
Mais en cas de rechute, une onction de quelques onguents...
Jette-lui un coup d'œil pendant que je fais frire les épinoches.
Vous avez besoin d'aide ?
De l'aide à la cuisine, ça me perturbe.
Mais tu peux t'asseoir à table et commencer à grignoter.
Encore...
Bon appétit.
A vous de même.
C'est chaud.
Mais mouillé comme il se doit.
Pacotille.
Moitié du monde s'évertue à tromper l'autre moitié.
Dans quel état se trouvent les choses !
Errantes sont les étoiles des Ourses.
Mon fiancé aussi se guidait d'après les étoiles.
Moi, quand je ne vois pas l'étoile Polaire,
je suis aussitôt désorienté.
Serait-elle derrière un nuage ?
Probablement.
Ou alors, elle est partie pour un firmament antérieur.
Ce n'est déjà plus un ciel, ce n'est plus rien.
Sens-tu dans ton vagin, Celestina,
l'humidité qui précède l'amour ?
Taisez-vous, Mr. João.
Comment faites-vous pour lire ainsi dans mon cœur ?
Encore une des tiennes ! Et la glace ?
Elle est en phase de maturation.
Et les ornements ?
Pas besoin.
Que le Français s'en charge quand il l'abâtardira.
Elle vient sur un plateau d'argent ciselé,
en tout digne de l'orfèvrerie judéo-portugaise.
Avec une cuillère pareillement argentée...
Et une serviette de lin brodée.
C'est tout.
L'art apporte cette sorte de rudesse.
Alors, ça vient ?
C'est prêt.
Je fais les présentations. Appelle Antoine "mon cher Maître"
et dis quelques mots...
Je préférerais pas.
- Il le faut. - Et nous ?
Celestina porte le plateau. Tu t'occupes du député.
- Qu'est-ce que je lui dis ? - Rien.
Montre-lui tes dents, c'est ce que tu as de mieux,
et appelle-le Mr. Le Docteur.
Celestina, offre quelques cuillerées de glace au chanoine,
il a la maladie de Parkinson.
A la fin, n'oubliez pas de me rendre mes robes.
Andante, j'ai mes nerfs !
C'est ça la glace ?
Tu veux goûter ?
Je te fais toute confiance. C'est toi l'artiste.
Ça fait partie du même réseau du froid.
Le chanoine Saraiva, un vieil ami,
a eu la bonté de venir de Braga,
malgré sa santé précaire, pour bénir notre petite cérémonie.
Qui a déjà béni des bombes, ma fille,
ne fait pas grand sacrifice en bénissant une délicieuse glace.
Le Docteur Pedro Cruel,
peut-être le politicien plus brillant et prometteur
de la nouvelle vague,
très probablement notre futur Premier Ministre.
Il est encore tôt pour donner crédit à ces rumeurs, ma chère.
Le gouvernement du pays est, pour l'instant,
en très bonnes mains.
Mort aux vaches !
Un futur Ministre, on peut faire confiance au choix du peuple.
Mesdames,
Messieurs.
Cher collègue :
Je serai bref.
Je vous épargnerai le récit des tribulations par lesquelles
par des circonstances simplement fortuites et inattendues
je suis devenu glacier,
et me suis, peu à peu, entièrement dévoué à mon métier.
Je suis un homme de paix.
J'aurais pu, qui sait,
devenir un criminel,
un proscrit
en permanente rébellion
contre une loi sociale aveugle et aberrante.
Je l'ignore.
Je sais que je n'aurais jamais pu être politicien,
grossir le cortège de cette canaille qui use et abuse de l'être humain,
le guidant dans un devenir
chaque fois plus propice à la condition rampante.
Tu es reptile, et reptile tu redeviendras,
voilà la logique
qui inlassablement forme notre honteuse dégradation,
en tant qu'individus, en tant qu'espèce.
Contre l'escroquerie universelle
et les glaces bien tempérées,
ma glace,
qui porte en elle toute l'énergie calorique du monde,
un mot ami, une preuve d'amour.
Rigueur et fantaisie.
Le dernier luxe souverain d'un homme libre
qui a eu la suprême audace,
au pays des croque-morts, d'exalter la vie.
Je n'ai ni recettes, ni formules magiques.
Chaque glace que je fabrique a un parfum qui lui est propre,
son propre parfum.
Il n'est jamais semblable au précédent,
il ne sera jamais égal au suivant.
Chacun d'eux recèle un souvenir :
Un voyage,
une promenade,
une rencontre,
un être cher...
La femme aimée.
Mon rêve,
peut-être irréalisable
est de créer un parfum qui concentre en lui tous les parfums.
M'approcher harmonieusement de Dieu,
de la quintessence des parfums.
Ne trahissez jamais les songes de votre enfance.
Si vous ouvrez vos cœurs,
peut-être pourrons-nous goûter
à la glorieuse glace finale.
Je ne suis pas née pour haïr.
Je suis née pour aimer, pour vous aimer !
J'ai beaucoup aimé.
Irrévérent et opportun.
Il faut que l'on se voie un de ces jours.
Le faut-il ?
Romão, la Marseillaise !
Faites reculer la merde !
Tu as creusé ta propre tombe !
- Il y a eu une merde ? - Ne t'inquiète pas.
La glace a mal tourné, mais le Français est à nous.
J'arrive !
Ça n'arrive qu'à moi.
J'étais plongé dans le meilleur des sommeils.
J'ai de bonnes nouvelles, João.
Je sommeille encore à moitié.
Je me faisais du souci pour toi.
Il n'y a rien à voler.
Pas même trois petits poils pubiens ?
Je meurs de soif.
Tu veux un thé, ou tu ne veux rien ?
Je prendrai un thé.
Un homme d'honneur se doit d'être sourd.
Il est déjà sucré.
- Il a un goût étrange. - C'est le gingembre.
Le Docteur Cruel a un faible pour toi.
Il voudrait t'inviter à une chasse aux chats.
Je ne préfère pas. Je ne sais pas chasser le chat.
Tu n'es pas obligé.
Tu peux te contenter d'accompagner les chasseurs.
Je préfère me promener seul.
Le Docteur Cruel possède une propriété
où les chats errants font toutes sortes de cochonneries.
Plutôt que d'y faire mettre du poison,
il organise des battues avec ses amis
et les abat à coups de carabine.
Ils ont même tiré sur une chatte qui donnait le jour.
Donner le jour est toujours dangereux,
surtout chez le Dr. Cruel.
Manger du chat pour du lièvre ne me plaît guère.
Les chats peuvent avoir des maladies. On ne les mange pas.
Tu crois que le Dr. Cruel a besoin de manger du chat ?
Cette racaille a de l'estomac pour tout.
Joue pas au communiste ! Cette vigne a déjà donné du raisin.
Moi ?
Ma politique, c'est la glace.
Tout le monde a adoré ta glace.
Elle était bonne à en pleurer.
Ce qui signifie que je ne suis plus viré.
Ainsi se fait l'histoire.
Il y avait anguille sous roche avec le Français, c'est sûr.
Ses valises sont faites. Renvoi à l'expéditeur.
Ni le jaloux ni son voisin n'ont jamais fait fortune.
Le député lui a dit ses quatre vérités.
Il a même eu recours aux invasions françaises.
Et lui, rien.
La queue entre les jambes, il a fait demi-tour et s'est évanoui.
Je l'ai échappé belle !
Tout est bien qui finit bien.
Tu n'as pas entendu le meilleur.
Le chanoine s'est alors souvenu qu'une de ses propriétés
est un ancien troquet à l'ombre de la cathédrale de Braga.
- Tu me suis ? - Oui.
Avec la bénédiction du clergé, on transforme l'enfer en paradis.
Au cœur de Braga,
le coup de feu permanent, grâce aux pèlerins.
Inutile de dire que tu vas être l'âme de la succursale.
Je suis un homme de paix.
Un toast pour le retour au Paradis.
N'oublie pas, Virgínia,
un jour, toi aussi, tu seras mère.
Demain, nous commençons les leçons.
Si ça continue comme ça, je vais être obligée de démissionner.
Comme ça, comment ?
Je ne peux pas vous offrir la réciproque.
Alors, ne le fais pas. Où est le drame ?
C'est le cadet de mes soucis.
Vous êtes déjà très vieux, et moi je suis encore très jeune.
Jamais je ne serai sage.
Enfin quelqu'un qui me dit la vérité.
Je jure sur l'âme de ma mère,
je passerai le reste de mes jours à vivre conformément à mon âge.
Merci, Virgínia.
Monsieur João, je ne voulais pas vous blesser.
L'âge ne compte pas.
Il compte, Virgínia. Il compte même beaucoup.
C'est que je ne suis jamais allée avec un homme.
Ah non ?
Il y a des choses plus compliquées...
Une racine carrée,
la fission de l'atome,
l'ascension de l'Everest...
J'ai déjà embrassé.
Entre les cuisses oui. Mais, là, dedans, jamais.
Quand une jeune fille présente les parties génitales externes
un peu dures, fermes, brillantes et d'une couleur incarnat,
les lèvres de la vulve bien jointes,
les nymphes petites et recouvertes,
le clitoris avec un prépuce court,
les plis du vagin bien saillants et rapprochés entre eux,
les sinus muqueux profonds,
l'orifice vaginal et le conduit vulvo-utérin très étroits,
l'hymen dans son état d'intégrité,
nous savons que ce sont là les signes de la virginité physique.
Mon Dieu, pourquoi ne faites-vous pas descendre sur moi
des langues de feu ?
Je veux trois parfums :
Besame Mucho, Cuor'Ingrato et Paradis.
On n'a plus de Paradis.
Mais le Vaya con Dios est presque aussi bon.
Si tu ne l'aimes pas, tu ne payes rien.
Il ne faut pas passer à la caisse d'abord ?
Seulement aux heures de pointe.
Et on ne peut pas vraiment dire que ce soit le cas.
C'est celui-ci que je préfère.
Ça dépend du palais, mais je suis de ton avis.
Ici, on ne trompe personne.
Vous savez, un jour je vous ai vu en pyjama.
En pyjama ?
Je ne comprends pas...
Là, dans la rue.
J'étais devant la boucherie et je vous ai vu traverser en pyjama.
Oui, je me souviens vaguement...
Ça doit être la fois où on m'a coupé l'électricité par erreur.
Ça, j'en sais rien. Il y avait encore la lumière du jour...
Ne me dis pas que tu es...
Joaninha, la plus jeune des filles de Mr. Evaristo, le boucher.
Qui l'aurait cru,
Joaninha aux yeux verts.
Ils ne sont pas verts, ils sont noisette.
Dans cette lumière, ils sont verts.
Emeraude.
Les vôtres sont bleus.
Ils l'ont été, ils l'ont été.
Seule la miséricorde de Dieu
leur accorde encore un dernier reflet des cieux.
- Quel âge as-tu, Joaninha ? - Je vais avoir quinze ans.
- Et vous ? - J'ai passé la case des cinquante.
- Plus vieux que mon père. - Je le suis, n'est-ce pas ?
Je me fiche des âges. Un jour aussi je serai vieille.
D'ici au grand âge, que les migraines me soient épargnées.
Il faut que j'y aille.
- C'est combien ? - Cadeau de la maison.
Vous n'y pensez pas, Mr. João. J'ai ce qu'il faut.
Si mon père l'apprenait, il me tuerait.
Aux clients, il refuse même un verre d'eau.
Chaque pays a ses usages.
Reviens quand tu veux. Je suis toujours par là.
C'est très loin de chez nous,
mais j'aimerais bien...
Alors, viens chez moi. C'est juste un petit saut.
Maintenant je ne peux pas. Je vais au cinéma avec des amies.
Ça ne pourrait être qu'à la nuit.
La nuit ?
Ton père te le permet ?
Cette nuit, il va abattre des bêtes avec des amis.
Il ne revient qu'à l'aurore et moi et mes sœurs
on l'aide à décharger la fourgonnette
et à acheter la viande.
Ce n'est pas interdit ?
Si, mais la viande est aussi bonne et ça revient moins cher.
Mon père dit toujours que ce qui ne tue pas rend plus fort.
Il doit avoir ses raisons.
Et en réalité,
microbe en plus
ou microbe en moins,
de la terre de vérité personne ne peut nous délivrer.
A dix heures ?
Pour moi, c'est bien.
Alors, à dix heures précises.
A dix heures Je vous attendrai...
C'est un air qui n'est pas de ton temps.
Moi, j'aime bien les vieilles chansons.
Tant mieux.
Les friandises,
on voit aussitôt, quand tu ris, que tu les aimes.
Des trois c'est moi la plus gourmande.
Mes sœurs me taquinent toujours.
C'est pour ton bien, Joaninha.
C'est pour ton bien.
Je sais, mais tant qu'on n'abuse pas...
Prends ce Vaya con Dios pour le chemin.
Je ferme les yeux pour que personne ne voie.
C'est dommage de ne pas avoir goûté au Paradis.
Les occasions ne te manqueront pas.
Peut-être, qui sait...
Soixante litres.
Ça fait 8400 escudos.
C'est une aide aux enfants qui meurent de faim au Mozambique ?
Il faut s'aider les uns les autres.
Tant d'égoïsme tout autour...
Mais on fait semblant de ne rien voir.
Toute la journée derrière cette caisse,
ça ne doit pas être bon pour les varices.
A qui le dites-vous, cher Monsieur. Mais que peut-on faire ?
Je vous apporte de la couenne. Rôtie et puis beurrée,
c'est délicieux au petit-déjeuner.
Merci, Joaninha.
Tu vas me gâter avec tout ça.
Vous préférez peut-être le jarret ?
Le jarret ?
Non, non...
La couenne a plus de goût.
Portion congrue, poids et mesures. Et je l'ai déjà salée.
Demain, je prononcerai mon verdict.
Je sors, d'un pied
je reviens, de l'autre.
- Vous habitez un beau palais. - Une conquête d'Avril...
Que c'est beau !
C'est pour moi ?
Il est venu expressément du pays du soleil levant
au pays du soleil couchant.
Je veux que tu t'en vêtisses pour la cérémonie champenoise.
Qu'est-ce que c'est, cette cérémonie ?
Pour te sentir confortable, car ici on ne fait pas de cérémonies.
D'accord.
Leurs courbes graciles se tendent vers le ciel.
Et c'est bien ?
Cela ne devrait-il pas l'être ?
Ils sont en quête de sainteté.
Un bonbon ?
Ils sont fourrés ?
Que sais-je ?
C'est bon.
Non, Joaninha.
C'est bonbon.
Une chaleur de serre.
Je sens une grande paix.
Tu te sentirais mieux si, pour sublimer la douceur de ta peau,
tu te baignais.
En revenant de la boucherie, j'ai pris un bain.
Mais pas de lait, Joaninha,
pas de lait.
Le bain est préparé.
Va, ma fille,
pendant que je te cherche dans la Voie Lactée.
Qui est-ce ?
C'est Mme Esther, la voisine.
Pardonnez de vous déranger si tard,
vous n'auriez pas un peu de persil, par hasard ?
Des beignets de morue sans persil, c'est vraiment pas drôle.
Je suis passée chez São,
on venait de lui acheter ce qui lui restait...
On en est arrivé là. C'est du chacun-pour-soi.
Mais, c'est un navet !
Je n'ai que ça.
Les feuilles, finement hachées, ont de nombreux usages.
Pour les beignets de morue ?
Je peux ?
Je vous en prie, Mr. João.
J'ai craint que...
tu ne te sois noyée.
Que c'est bon.
J'y resterais bien toute ma vie.
On ne peut pas, Joaninha.
N'oublie pas que le lait finit toujours par tourner.
On pourrait en faire du fromage...
Tu es toujours prompte à la réplique.
Joaninha, coccinelle, Ouvre tes ailes
Le bourreau Approche de la marelle...
Ce lait ne peut être jeté.
Ah non ?
On pourra en faire une glace qui aura ton merveilleux parfum.
La glace Joaninha.
Joaninha, coccinelle, Ouvre tes ailes...
Quelles délectations !
Quelles délectations !
Quelles délectations !
Pas là, Mr. João.
Vous me donnez envie de faire pipi.
Fais dans le bain.
Laisse couler, Joaninha.
C'est pas cochon ?
Cochon ?
C'est le petit rien,
amer et patriotique, qui manquait pour atteindre la perfection.
Répands sur ma tête
la pluie étoilée de ton urine lustrale, chère enfant.
Vous m'avez effrayée.
Je n'ai laissé couler que quelques gouttes.
J'ai glissé.
Ça doit être bon. Qu'est-ce que c'est ?
C'est le Paradis ?
Je n'ai jamais rien mangé d'aussi bon.
Vous voulez goûter, Mr. João ?
Elle est toute pour toi.
J'en suis toute barbouillée.
Je t'ai volé un petit coin d'Paradis.
Qu'est-ce que tu as ?
Je crois que j'ai trop mangé.
Je ne me sens pas bien.
Tu veux un thé ?
Aie, que j'ai mal au ventre !
Tu vas faire quelques petits pets, mais ne t'inquiète pas, Joaninha.
Viens t'asseoir ici un petit peu.
Sur les œufs ?
Ils ne se casseront pas ?
Si, mais c'est un saint remède.
Je ne savais pas.
Ce sont les vertus des anciennes médecines.
Ça va mieux ?
On dirait que je couve des poussins.
C'est ton instinct maternel, Joaninha.
Je suis en train de pondre tellement d'œufs.
Tu es la mère-poule.
Et moi Pimpon le coq.
Qui va te plumer, poulette.
Le seul qui ne s'est pas cassé.
Et ça veut dire quoi ?
Rien.
On peut le faire au plat, si on veut.
La douleur est revenue.
Je suis toute gluante.
Je peux aller aux toilettes ?
Je vous garde mon petit caca, Mr. João ?
Non.
Tout ce qui est en trop, sent mauvais.
"Un mouvement des yeux, sans qu'elle s'en aperçoive, tendre et pieux
"un rire, presque à son insu, tendre et franc
"un geste, incertain de sa joie, humble et doux
"une grâce légère, encore pleine de timidité
"un repos si grave et modeste
"une pure bonté, de l'âme signe évident, limpide et gracieux
"une audace pleine de réserve
"une tendresse
"une crainte sans reproches, un air serein
"une souffrance longue et docile.
"Telle fut, de ma Circée, la céleste beauté.
"Et le magique poison qui sut transformer ma pensée."
Et le magique poison...
Qui sut transformer ma pensée.
Baisse ton pantalon.
Baisse ton pantalon.
Je ne préférerais pas.
Baisse-le, ça vaut mieux pour toi...
Cet instrument te donne une bien grande gueule.
Je ne voudrais pas me salir les mains
avec un tas de fumier comme toi.
Pas même la dernière taffe ?
Celui-là ne passera pas la nuit.
Ça, c'est ce que tu crois !
Bonjour.
- Comment t'appelles-tu ? - On m'appelle Mimi.
Il n'y a plus de Paradis ?
Paradis ? Jamais entendu parler.
Je suis nouvelle dans la maison.
Et la patronne, c'est encore Judite ?
Que je sache, c'est Mme Judite et Mr. Scardanelli.
Combien de boules ?
Que me conseillez-vous ?
Je ne décide pas du goût des clients.
La spécialité maison, c'est le Scardanelli au fil d'œuf.
Une simple, à la crème.
C'est 230 escudos.
Merci beaucoup.
Vous la voulez en gobelet ou en cornet ?
En cornet.
Merci.
La prochaine fois, je goûterai celle aux salmonelles.
Je ne veux pas retourner tout de suite à l'hôpital.
Nos glaces ont la réputation d'être les meilleures du pays.
Importées d'Italie,
elles obéissent aux normes d'hygiène de la Communauté.
Ils ont donc fait fermer la fabrique de Benfica ?
Solennel avertissement :
Cet individu ne doit pas remettre les pieds ici.
Veuillez quitter immédiatement cette maison,
je ne veux plus vous voir par ici !
Sans avis de licenciement ?
L'avis vous a été envoyé en temps voulu, pour juste cause.
Je n'ai rien reçu.
Abandon du service sans prévenir,
comportement incorrect avec le personnel ou les clients,
abus de confiance,
préparation de mixtures hautement nocives
à la santé publique et à la réputation maison.
Voulez-vous que je continue ?
T'as de la chance d'échapper à si bon marché.
Je l'ai nourri, cet affamé.
Je l'ai habillé et chaussé, ce va-nu-pieds. Que du meilleur !
Quand il m'est apparu, en guenilles, ça m'a brisé le cœur.
J'ai eu pitié, mais la bonté ne paie pas.
Ma récompense ?
Il a déchiré le cul de ma meilleure employée,
une pauvre orpheline de père et mère
tout juste arrivée de sa province.
Elle a versé tant de larmes dans mes bras.
Elle est installée en Finlande avec un de mes amis
qui a quitté pour elle femme et enfants.
Brave fille, Rosarinho...
Il s'est entiché d'une enfant !
Ça a fait du bruit,
un scandale,
c'est arrivé aux oreilles du père, de la petite.
Il a fait justice lui-même,
l'a roué de coups !
Béni soit-il !
Par bonheur, peu de coups ont été perdus.
Si ça avait été moi, je t'aurais étranglé !
Je t'aurais abattu comme un chien enragé !
C'est un malade !
Un pervers sexuel !
Même en mangeant une glace, il bave...
Ce n'est pas vous qui m'expulsez,
c'est moi qui vous condamne à rester.
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