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Original subtitles

D'APRÈS UNE HISTOIRE VRAIE

Je suis Willie Gary.

ÉGLISE BAPTISTE LA CAVALERIE DE L'AMOUR INDIANTOWN, FLORIDE - 1995

Mon frère Al prêche ici et il m'a demandé de venir

vous parler un peu, alors écoutez.

Quand Dieu vous appelle, il faut Lui répondre.

- C'est vrai. - C'est comme ça.

J'ai Dieu dans mon cœur et mon esprit,

c'est pour ça que je suis là.

Qu'est-ce qui nous fait vivre ?

Qu'est-ce qui nous apporte un sentiment de sécurité ?

Je pense que c'est le foyer.

Le fait de rentrer chez soi.

Même ce mot "foyer" est inexplicable.

- Où doit-on aller ? - Chez soi.

- Où veut-on être ? - Chez soi.

- Le cœur est au foyer. Amen. - Amen.

- Alléluia ! - Alléluia !

C'est chez soi que se trouve la famille.

Tout le monde est là. Chez soi.

Quel est notre foyer ? L'Église noire.

Je n'entends pas. Où est-on ?

- À l'Église noire. - C'est bien vrai.

À l'Église noire, j'entends pas que j'ai la tête de l'emploi.

À l'Église noire, on ne juge pas ma couleur de peau.

- C'est vrai. - Non.

À l'Église noire, on ne me donne pas de surnom,

et si on m'en donnait un, savez-vous ce que ce serait ?

Alors, qu'est-ce que ce serait ?

On m'appellerait Enfant de Dieu.

- Allez, mon grand. - Attention à vous.

Super.

Au revoir. Attention à vous.

C'était un magnifique message.

Joyeux anniversaire

Joyeux anniversaire, grand-père

Joyeux anniversaire

Joyeux anniversaire, grand-père, je l'ai fait pour toi.

J'ai bien de la chance.

Voyons voir.

JOYEUX 75E ANNIVERSAIRE

13 enfants, 24 petits-enfants.

Vous avez bien travaillé, M. O'Keefe.

Vous aussi,

Mme O'Keefe.

Très bien, même.

Pas un seul criminel dans le tas.

Toi, alors...

- Tout va bien ? - Oui.

Je vérifie, c'est tout.

D'accord.

- J'ai encore le droit. - Ça, c'est sûr.

- Ah, quand même. - Je suis le plus heureux.

DEATH BUSINESS

Le bien-être de cet homme dépend de vous.

KISSIMMEE, FLORIDE

Puis-je vous parler simplement ?

Juste de moi à vous.

On essaie de vous embrouiller avec des mots compliqués.

On ne laissera pas faire.

"CLOVIS TUBBS V. FINCH & CO. TRAITEUR"

Je connais les secrets de mon client,

et autant le dire d'emblée...

C'est un vaurien.

C'est vrai.

Mon vaurien de client, Clovis Tubbs, le jour de l'accident,

était ivre-mort.

Oui, ivre-mort.

Bourré. Cuit. Rond comme une barrique.

On regarde les chiffres ?

On a un taux d'alcoolémie de 0,4 %.

Noir sur blanc.

En état d'ébriété, si on utilise les grands mots.

Sans parler

de sa santé mentale.

Il dit souffrir de dépression.

Certains le diraient même suicidaire. La preuve,

il a dit à son psychologue :

"Je me sens si mal que j'ai envie de m'encastrer dans un arbre."

Mais impossible.

Ce vaurien ne pouvait pas. Pourquoi ?

Il a perdu son permis.

Il ne l'a même plus.

Qu'a-t-il dit ?

"Je n'ai plus qu'à le faire à vélo."

Et c'est ce qu'il a fait.

Il est allé à vélo vers Alberta et Vine.

On y vend de l'alcool.

Il a descendu une bouteille de scotch.

Et ensuite ? Il est monté à vélo

et il a foncé dans la circulation.

Et M. Poids lourd entre en scène.

Finch & Company ne faisait attention...

à rien et descendait Elm. Et il a fait quoi ?

Il a percuté Clovis.

Il l'a percuté.

Il devrait être mort.

Il devrait être mort.

Comme la chanson.

J'attends un miracle

Le voilà, le miracle.

C'est pourquoi nous vous demandons d'écouter votre cœur

et de lui accorder ces 75 millions de dollars.

Pourquoi ? Ils les ont.

Ils les ont.

Ils ont les fonds.

Mais ils abusent de leur force pour le piétiner.

Vous vous demandez pourquoi 75 millions ?

Je vais vous le dire. On a les preuves.

Elles montreront qu'il y a eu négligence.

Parce que ce vaurien de Clovis avait un avantage

à ce moment-là.

Certes, il était bourré, ivre-mort, rond comme une barrique,

dépressif et suicidaire,

mais pour mon client, ce vaurien,

le feu était vert.

Rien à ajouter.

WILLIE E. GARY ET ASSOCIÉS

Je suis Willie Gary. Entrez donc.

Pardon de vous avoir fait attendre.

Enchanté, M. Gary. Je suis Jeremiah O'Keefe.

J'adore, c'est biblique.

Isaiah, Jeremiah, Lamentations, Qui est-ce ?

Voici mon adjoint, Halbert Dockins.

C'est Hal. C'est un honneur, M. Gary.

Vous êtes jeune pour un avocat, négro, c'est pas votre tuteur ?

Vraiment ? Allez, je plaisante. Entrez.

Voici mon associé, Reggie Douglas.

Il m'assiste.

Alors, vous avez quoi pour Willie Gary ?

Des dommages ?

Pardon ?

Des dommages corporels ? Vous avez ça ?

Vous avez pas vu la plaque ?

On ne fait que ça, ici.

Disons que oui et non.

On peut dire qu'il y a dommage corporel, mais avec un rebondissement.

Un rebondissement ? De quel genre ? On est sur quoi ?

Du droit des contrats.

Des contrats ?

Franchement, on fait pas ça ici.

Sûrement pas, c'est barbant.

Oui, on fait pas ça.

Oui, ce n'est pas votre domaine, on en convient,

mais écoutez-le, ça pourrait vous intéresser.

Je dirige des pompes funèbres à Biloxi, dans le Mississippi.

J'en ai d'ailleurs plusieurs.

Huit en tout, et une compagnie d'assurance obsèques.

C'est une entreprise familiale depuis plus d'un siècle,

et on compte se battre pour elle.

Mon père m'a légué l'affaire à mon retour du front,

la marque ultime de sa confiance.

Annette et moi avons été bénis de 13 enfants

et nous espérons qu'ils prendront la suite.

Mais l'an dernier, j'ai eu des soucis financiers.

Messieurs, puis-je vous aider ?

Nous sommes la Commission Nationale des Assurances.

M. O'Keefe, en tant que compagnie d'assurance

dans le Mississippi,

vous savez que vous devez avoir une certaine trésorerie

sur vos comptes.

Oui, je suis au courant.

GOUVERNEMENT

Une autorité de contrôle ?

Sans déconner.

Qu'est-ce qu'ils veulent ?

En vérité, je me suis attiré de gros problèmes.

Des problèmes ?

Jerry, je suis ton avocat depuis quoi ?

Presque 30 ans ?

Et on était amis avant ça.

On sait bien tous les deux que je me suis endetté jusqu'au cou

pour assurer la longévité de nos affaires

et laisser un héritage à mes enfants.

Ne paniquons pas.

Je sais que c'est stressant,

mais on trouvera un moyen de s'en sortir.

Une seconde. Excusez-moi.

- Un autre verre ? - Non.

Si possible, puis-je avoir un autre bourbon ?

- Merci. - Oui.

Écoute,

as-tu pensé à vendre une partie de l'affaire ?

Non.

Juste une partie.

Même si je le voulais, où trouverais-je un acheteur ?

Au Canada. On a eu des propositions.

Ah oui ?

Ils sont en pleine acquisition.

Ils parcourent le pays

et rachètent toutes les petites chaînes qu'ils peuvent trouver.

Ce sont de gros bonnets.

Tu sais ce que je pense de ces grosses boîtes.

Oui, je te montre juste tes options.

Ça pourrait t'aider.

Tu peux y réfléchir.

Jerry, tu tombes bien.

- Un coup de main ? - C'est bon.

Donc tu es sûr de toi ?

J'ai beaucoup réfléchi,

c'est le mieux pour ma famille.

Bon. Prochain arrêt, Vancouver. Prêt à rentrer ?

- On doit attendre Hal. - Qui ?

Je t'ai parlé de lui. L'ami de fac de mon fils.

Un jeune homme brillant qui débute en tant qu'avocat et...

Tiens, le voilà.

Il vient d'avoir son examen du barreau, il veut se faire la main.

Qui ? C'est lequel ?

Le grand garçon ?

Mes excuses, M. O'Keefe.

Mon taxi s'est trompé de terminal.

Ne t'en fais pas.

Halbert Dockins, voici Mike Allred.

C'est un plaisir, M. Allred.

Ravi de faire partie de l'équipe.

Bonjour. Enchanté également.

Vous êtes avocat ?

Oui.

Formidable. Tant mieux, fiston.

On se rejoint.

Viens, on va au Canada.

VANCOUVER, COLOMBIE-BRITANNIQUE

Ray Loewen a hâte de vous rencontrer.

Vous l'aurez remarqué, il est très impliqué.

C'est le seul PDG de l'industrie

qui aime rencontrer chaque vendeur.

Ray, je te présente M. Jeremiah O'Keefe et ses collègues.

Enchanté, Jerry.

Les gars, vous aimez comment on fait affaire au Canada ?

Montez, je vous offre un verre.

Actuellement, nous avons 1 115 pompes funèbres,

427 cimetières

et 354 compagnies d'assurance.

Ma stratégie est simple, acheter le plus de pompes funèbres

et être l'instigateur de ce que j'appelle

"l'âge d'or de la mort".

Pardon ?

Quand sera venue l'heure

de tous les baby-boomers.

On aura une hausse minimale de 60 % du taux de mortalité.

Vous savez combien de gens ici

ont plus de 65 ans ?

Cinquante-et-un millions.

Quel cynisme.

Vous ne craignez pas de perdre vos clients de vue ?

Quels clients ? Ils sont tous morts.

Je plaisante, c'est tout, Jerry.

Plus je possède de pompes funèbres, plus je m'enrichis

et plus je peux répondre aux demandes et aux besoins

sans cesse en hausse de nos clients.

On devrait passer aux choses sérieuses

et parler affaires. Qu'en dites-vous ?

Qu'avez-vous en tête, Ray ?

Il paraît

que vous avez des soucis avec l'autorité de contrôle.

Et comment vous le savez ?

Vous avez bien neuf pompes funèbres ?

Huit. Je possède huit pompes funèbres.

Et ma compagnie d'assurance.

Voilà ce que je propose.

Vous me vendez trois établissements

au prix du marché à convenir.

Vous conserverez l'essentiel de vos actifs,

mais vous aurez une rentrée d'argent suffisante

pour tout régulariser.

J'ai une autre requête.

Je dégage la majorité de mes profits grâce aux assurances.

Je suis condamné si vous avez le monopole.

Je vous vendrai donc mes trois établissements

à bon prix,

mais vous devez me promettre

de ne plus vendre d'assurances dans le sud du Mississippi.

D'accord.

On a un accord ?

Mes avocats rédigeront les contrats

pour régler ça au plus vite.

Pourquoi c'est si long ? On s'est mis d'accord...

Il y a presque quatre mois. Ils essaient de renégocier.

Quand on a quitté Vancouver, ils ont donné 30 jours de délai.

C'est pas logique.

- Pour moi, si. - Pourquoi ?

Avez-vous envisagé

que Loewen ne veuille pas du tout conclure ?

Fiston, sauf votre respect,

vous n'y connaissez rien.

Au contraire.

Pensez-y.

Plus il attend, plus vous coulez.

Vous serez interdit d'exercer,

vous perdrez votre gagne-pain et, tôt ou tard,

vous devrez déposer le bilan.

Loewen aura ses trois établissements,

il pourra même tout racheter à très bas prix.

Il essaierait de me saboter ? Impossible.

J'ai un contrat signé.

On est les seuls à avoir signé, et il n'y avait pas de date d'effet.

Et il continue de vendre des assurances.

Arrêtez vos théories conspirationnistes.

Pardon, fiston, mais vous êtes parano.

J'ai une faveur à vous demander.

Cessez de m'appeler "fiston".

Je ne suis pas votre fils, Mike.

Du calme.

Vous voulez qu'on vous prenne au sérieux ?

- C'est déjà le cas. - Ça suffit.

Tu penses vraiment

que M. Loewen a l'intention de me couler ?

Oui. On ne devrait même pas l'attendre.

C'en est trop, je lui fais un procès.

Tu n'as jamais porté plainte avant.

Eh bien, ça ne va pas tarder.

Tu crois que c'est le moment, à 75 ans ?

C'est pas pour les vieux.

Si quelqu'un tente de profiter de toi

et que tu le sais, peu importe l'âge.

Il a voulu me pousser à la faillite,

je ne compte pas me laisser faire.

COMTÉ DE HINDS, MISSISSIPPI

Je viens porter plainte.

C'est ça ? Je peux lire ?

"Jeremiah J. O'Keefe Sr. v. Loewen Group LLC."

C'est croustillant. Qui va gagner selon vous ?

Pardon ?

Mince, Hal, que fais-tu ici ?

Tu as vu l'heure ?

Je sais qu'il est tard, mes excuses.

J'ai une information qui pourrait nous aider.

Le suspense continue avec un autre épisode

de La vie rêvée des célébrités.

Vous serez surpris du parcours

du spécialiste des dommages corporels, Willie E. Gary,

celui qui a refusé d'accepter la fatalité

en faisant confiance au rêve américain.

Né dans une famille de métayers migrants travaillant dans les champs de Floride,

sa vie n'a pas toujours été rose.

J'ai toujours voulu devenir quelqu'un.

J'étais sûr de réussir.

En effet, il a réussi

et gagne régulièrement des procès à...

Tu voudrais que je l'engage ?

Ça peut sembler fou,

mais il gagne ses procès, donc...

Il possède son propre 737 : Les Ailes de la justice.

Il mène une vie de rêve dans une villa de 50 pièces

près de la luxueuse côte en Floride.

Le mérite de la décoration ne lui revient pas,

car c'est son amour de jeunesse qui s'en charge,

sa magnifique et charmante épouse, Gloria.

J'essaie toujours de rappeler à Willie

qu'il ne faut pas oublier d'où il vient.

Restons humble.

Et humble, Willie Gary l'est.

Ne laisse personne te brider, d'accord ?

Un conseil de Gary.

- Tope-la. - N'oubliant jamais ses origines...

Vous serez étonné de savoir qu'il n'a jamais perdu.

Pas une seule affaire en 12 ans.

Il n'y connaît rien en droit des contrats.

Vous êtes allé dans le comté de Hinds.

Il y a trois noirs pour un blanc là-bas.

Il y a 70 % de chance d'avoir un juge noir,

et en cas de procès, le jury risque de l'être aussi.

Et alors ?

Sauf votre respect, Mike Allred posera problème devant un jury noir.

Et pourquoi ça ?

Il fait ce métier depuis 30 ans. Il connaît parfaitement son domaine.

Je dois vous faire un dessin ?

Il empeste l'autosatisfaction et l'intolérance.

Si le jury voit un type comme ça arriver...

Nous plier à ça, Hal, c'est...

C'est pas un procès pour discrimination.

On sait que ma plainte n'a rien à voir.

Je sais que M. Gary défend une affaire

en Floride, cette semaine.

Et si...

Et si on y allait pour le voir en personne ?

On veut que Loewen Group assume la responsabilité de ses actes.

Non, vous voulez les faire payer.

- Qu'ils souffrent. - Oui.

Vous voulez demander combien ?

- 6 millions de dollars. - 6 millions ?

C'est le prix du marché et des dommages et intérêts.

J'ai aussi porté plainte dans le comté de Hinds, au Mississippi.

Qu'en pensez-vous, M. Gary ? Ça vous intéresse ?

Je peux être honnête ?

M. O'Keefe, je suis navré de ce que vous vivez.

Ce Loewen a l'air d'un gros con et tout,

mais c'est pas mon genre d'affaire.

Désolé, c'est pas un dossier pour Willie Gary.

Attendez, comment ça ? Pourquoi ?

C'est pas une affaire pour lui, c'est tout.

Pardon, mais qu'est-ce qu'une affaire pour vous ?

Si vous voulez, c'est une affaire

où j'ai l'avantage,

où ça vaut le coup de plaider.

- Oui. - Une fois au tribunal...

Vous avez vu ma vidéo. Quand j'arrive,

surtout devant des gens comme moi,

- je suis un chef d'orchestre. - Un Mozart.

Une affaire pour Willie Gary c'est quand je peux

en retirer le maximum, aller jusqu'au bout

et soutirer un max d'argent pour mon client.

C'est une affaire que je suis sûr de pouvoir gagner.

Mais là, c'est pas le cas.

D'ailleurs, j'émets de gros doutes.

Autre chose.

Sans vouloir vous vexer.

Il est... Vous êtes blanc. Il est blanc.

J'ai pas de clients blancs. J'en ai jamais eu.

Sans vouloir vous vexer, c'est inhabituel pour moi.

Je ne suis pas vexé, M. Gary.

Ce type est trop riche et célèbre pour nous.

- M. O'Keefe, attendez. - Quoi ?

- Une minute. - Tu vas où ?

Je vais lui parler. Je reviens dans cinq minutes.

La jurée à qui je parlais de l'histoire du feu vert...

Elle portait quoi ?

Il faudrait la regarder plus longtemps,

établir un contact visuel.

Parfois, il faut les séduire.

Justement...

M. Gary, pardon de faire irruption comme ça.

- Donnez-moi une minute. - Vous êtes perdu ?

Il a perdu la tête.

Il t'a viré sitôt sorti ?

Peut-être, mais accordez-moi juste une minute.

- Une minute ? - C'est tout.

Faites vite, on est occupés. Allez, Hal.

Jerry est le client idéal.

Il est bien sous tous rapports, c'est un héros de guerre,

il a été décoré sous la Seconde guerre mondiale.

Il a eu la Distinguished Flying Cross.

- C'est tout ? - Bon sang.

C'est tout ?

C'était pas il y a 50 ans ?

- Tout le monde s'en fout. - C'est du passé.

Bon, très bien, en 1976,

Jerry était maire de Biloxi pour un second mandat.

Le KKK a voulu organiser une marche...

Il a mis un embargo sur les draps blancs ?

Bordel.

C'est notre sauveur, j'imagine.

- Le KKK. - Vous êtes amoureux.

C'est pas ce que j'ai voulu dire.

On vise le tribunal du comté de Hinds.

- Il y a trois... - Je vous arrête.

Hal, vous me plaisez, vous êtes tout à fait respectable,

mais comprenez une chose.

On ne fait pas de droit des contrats.

- Et on n'a pas de clients blancs. - Non.

Et ça n'en vaut financièrement pas la peine.

Pas la peine !

C'est pas assez, Hal.

Vous nous plaisez, mais c'est pas rentable.

Regardez où vous êtes.

Vous voyez l'acajou, finition or ?

- Tout à fait. - Faut que ça rapporte.

On vise les 30, 50, 80 millions mensuels.

Très bien.

Comment vous savez que ça peut pas aller plus loin ?

On ne sait pas.

Pourquoi ? Vous, oui ?

Ray Loewen est à la tête

de la plus grosse industrie du pays.

Je parle de celle de la mort, 20 milliards annuels.

Deux sociétés sont en train de s'emparer de tout,

dont Loewen Group.

Ce qu'a subi Jerry est terrible, mais...

J'ai l'impression que...

Non, je sais que ça va au-delà de ça.

Je continue ?

Allez-y.

Vous auriez dû commencer par là.

Vous plaidez pour 80 millions,

vous avez un jet, je comprends, super.

Les Ailes de la justice.

Super, vous savez comme moi

que pour l'élite de la communauté juridique de ce pays,

vous êtes des charognards, désolé.

Faites gaffe.

Quel manque de respect.

Cette affaire pourrait vous donner une légitimité.

Elle pourrait vous propulser au niveau national.

Comme William Kunstler.

Clarence Darrow.

Thurgood Marshall.

Comme...

ce putain de Johnnie Cochran.

LES AILES DE LA JUSTICE

Inconnu au bataillon.

Au fait, c'était votre idée, M. Dockins ?

Non, c'était pas la sienne. C'était la mienne.

Je vois, Mike, que ça t'agace

que je demande d'autres avis...

Agacé ? Pas du tout.

J'ai l'air d'être agacé ?

Je ne suis pas agacé.

Tu fais ce que tu veux de ton argent.

Mais pour moi, c'est une erreur.

J'essaie de nous mettre dans de bonnes conditions

en cas de procès.

Oui, mais on n'ira pas jusque-là.

Sérieux, qu'est-ce qu'il a de spécial ?

Hal et moi sommes allés le voir plaider en Floride,

et je peux t'assurer que cet homme

sait galvaniser un jury.

C'est bien vrai.

Si tu crois en lui à ce point, je bosserai avec lui.

J'ai eu des partenaires.

Mais je reste l'avocat principal.

Merci de coopérer, Mike.

Pas de soucis.

Il compte arriver quand ?

Je crois que c'est eux, justement.

Maintenant ?

Jeremiah Lamentations, ça va ?

- Ravi de vous voir, Willie. - De même. Super.

- Vous voilà. - Un plaisir.

Vous rajeunissez ? Comme Dorian Gray ?

Willie, je vous présente Mike Allred.

Apparemment, on va bosser ensemble.

En effet. Comment allez-vous ?

Quoi de neuf ?

Vous êtes éblouissant, Willie.

Effectivement, et je me sens super bien.

Cellule de crise ?

On a la salle de réunion.

J'adore ça. J'adore les livres. J'adore.

C'est sympa.

Avant de se mettre au travail,

sans vouloir vous mettre mal à l'aise,

j'ai quelques questions.

Oui, allez-y. Je vous écoute.

Bien.

Tout d'abord,

ça vous fait quoi de travailler avec un noir ?

D'homme à homme ?

Pas le choix, si ?

Non, vous voulez de la franchise.

- J'en ai besoin. - Oui.

Pour être honnête,

on peut dire que j'ai des préjugés.

- D'accord. - Je n'en suis pas fier.

Merci de le dire.

Je fais au mieux pour dépasser ça.

- J'en suis ravi. - Oui.

Voici mon équipe.

Bonjour, je suis Chris.

Bonjour, Chris.

Oui, Dashaan.

Dashaan.

Al.

Reggie Douglas.

Messieurs.

Maintenant que c'est réglé,

allons en salle de réunion

pour rejoindre les autres.

- Jerry, tout ira bien. - Oui.

- Il s'en remettra. - Oui.

Bonjour, messieurs ! Ça va ?

Oui ?

Super. Pour ceux qui ignorent qui je suis,

- je m'appelle Willie Gary. - Dis-leur.

Je suis venu de Floride avec quelques associés

pour gagner cette affaire.

Si vous ignorez encore comment Willie Gary procède,

je vais vous le dire.

On va entrer en guerre,

car pour moi, c'est ça, un procès.

Un procès, c'est la guerre. Une bataille ! Un combat à mort !

C'est du sérieux.

On va y aller à la Jean-Claude Van Damme.

Vous me prenez peut-être pour un fou, mais c'est comme ça.

Si on n'est pas fous avec ces enflures,

on fera pas long feu face à Loewen Group.

Ils ont de l'argent et de l'influence.

Tout ce qu'on n'a pas.

On se laissera pas intimider.

Moi, je le suis pas.

Tout le monde le sait, en 12 ans, j'ai jamais perdu.

Et pourquoi ?

Vous savez ?

Je déteste perdre.

Je déteste ça !

Je préfère qu'on m'explose la tête

plutôt que perdre.

Maintenant que c'est dit,

sachez que je ne capitulerai pas.

Je n'accepterai aucun accord.

- On ne lâche rien. - Pardon.

Je peux dire quelque chose ?

Allez-y, Mike.

M. Gary, en ce qui concerne les accords,

j'ai peur que ce ne soit pas notre stratégie.

D'ailleurs, j'ai déjà rédigé une lettre à M. Loewen

pour un accord à huit millions.

Mais entre nous,

on accepterait sûrement sept millions si besoin.

Merci pour cette information, c'est sympa.

Malheureusement, ça a changé.

Pas d'accord.

Peu importe, ça reste d'actualité,

et ça le sera jusqu'à ce que je décide du contraire.

Que vous décidiez ?

Qu'y a-t-il, Mike ?

Qui est aux commandes ?

Non, vraiment, dites-moi.

Vous avez fait venir Willie Gary jusqu'ici.

Pour me donner des ordres ?

On n'acceptera pas d'accord, dixit l'avocat principal.

- Pardon ? - Quoi ?

Quoi ? Vous entendez mal ?

Excusez-moi.

- Levez la... - Sûrement pas.

Je vous botterai les fesses.

Vous n'êtes pas avocat principal.

- Quoi, alors ? - C'est ma ville.

- Votre ville ? - Ma salle.

- J'ai toutes les villes. - Mon client.

Non, ou il m'aurait pas appelé !

Messieurs, peut-on se calmer un peu ?

- Je ne viens pas me battre. - Quoi ?

Je ne suis pas là pour me battre.

Je viens faire mon travail.

M. O'Keefe

veut sûrement gagner cette affaire.

Il va pas ramper devant Loewen pour huit millions.

Comme une pute.

Bon sang, Jerry, explique-toi.

On devrait lui laisser sa chance.

Tu l'as bien entendu ? Il sait pas ce qu'il fait.

Douze ans qu'il ne perd pas.

Ses dossiers de dommages corporels.

Il connaît pas le vrai droit, celui des contrats.

Et pour l'avocat principal ?

Tu comptes le désigner comme tel ?

Oui.

En effet.

C'est bon ?

Oui.

Mike, c'est bon ?

Puisque c'est bon,

quelqu'un veut bien écrire pour moi ?

Cynthia, vous pouvez rédiger pour M. Gary ?

Un grand merci, Cynthia.

À M. Ray Loewen, PDG de Loewen Group.

"Cher M. Loewen. Je suis Willie E. Gary.

Je suis l'avocat principal qui défendra Jeremiah O'Keefe

lors de son procès contre vous.

Pour l'accord précédent,

l'offre de huit millions...

n'est plus d'actualité.

Conformément à ce nouveau courrier,

le nouveau montant demandé

est de 100 millions."

- Carrément. - 100 millions ?

- Huit zéros ? - 100 millions.

Détendez-vous, d'accord ?

C'est 94 millions de plus.

Votre demande originale était trop basse.

- M. Gary, vous pourriez aider... - 100 millions ?

C'est absurde. Vous voulez tout faire capoter ?

On vous a déjà dit que vous n'aviez pas de couilles ?

Willie, je m'inquiète comme tout le monde.

Ça fait beaucoup d'argent.

Un tel montant risque de nous humilier.

Je vous comprends, Jerry, mais faites-moi confiance.

- D'accord ? - Oui.

Tout le monde doit me faire confiance.

Cynthia, où en est-on ?

"Le nouveau montant demandé

est de 100 millions."

- Non. - Quoi ?

Ils sont sérieux ? 100 millions ?

- Il est fou ? - Oui, huit zéros.

C'est forcément une blague !

- C'est pas sérieux. - On dirait des œufs.

Sérieusement.

Ce O'Keefe est un sacré numéro.

Qui est le clown qu'il a engagé ?

Un type qui s'appelle William Gary.

Merci, Bob. J'ai aussi lu la lettre.

Mais c'est qui, exactement ?

Il sort d'où ? Où O'Keefe l'a dégoté ?

D'après ce qu'on sait,

c'est un avocat en dommages corporels qui se fait remarquer en Floride.

En dommages corporels ?

Il s'agit de contrats.

Pourquoi il a engagé un avocat spécialisé en dommages corporels ?

Ils en ont peut-être pas d'autre

dans le lointain Mississippi.

- Sympa. - Apparemment, la plainte

a été déposée dans une ville éloignée du comté de Hinds.

Et alors ?

C'est un comté plutôt défavorisé

composé à 70 %...

de noirs.

Il a été engagé pour ça.

Parce qu'il est noir.

Gary est noir.

Il est afro-américain.

Comme disait mon grand-père : "Qui que tu sois..."

Ça suffit. Il m'inquiète pas.

Reg, tu comprends pas le...

Excusez-moi.

On sait qui sera l'avocat principal de Loewen.

- Je peux voir ? - Qui ? On le connaît ?

- "La". - La ?

Comment ça ?

Oui, comment ça ?

- C'est... - Une femme ?

Elle s'appelle Mame Downes.

Elle a eu sa licence à l'université d'Howard.

C'est pas qu'une femme. C'est une femme noire.

Une sœur.

Ça alors, on est battus à plate couture

en un seul coup.

Elle était major de sa promo à Harvard.

Bon sang.

Elle a été clerc pendant deux ans

pour Sandra Day O'Connor, juge de la Cour suprême.

Associée trois ans chez Paul, Weiss.

Actuellement la plus jeune associée chez Cranston, Brown et Atwell.

Impressionnant.

Un ami travaillait avec elle là-bas.

Disons

qu'ils avaient un surnom pour elle au bureau.

Lequel ?

Ah bon ?

Le python.

Pour définir son style à la barre.

- Oui. - Oui, oui.

Elle attaque quand on s'y attend pas.

Mlle Python, d'accord.

Très évocateur.

Eh bien moi, je suis un boa constricteur.

On verra bien.

Il va falloir s'occuper du câble.

Quand je veux regarder la télé,

l'écran reste noir.

Je crois qu'il y a un souci.

Y'en a pas, j'ai annulé l'abonnement.

Comment ça, annulé ?

Les contrôleurs sont revenus me voir, l'autre jour.

Ils ont révoqué ma licence.

Je vais devoir fermer quelque temps.

Quoi ?

De quoi tu parles ?

C'est temporaire. Dès que le procès sera fini

et que Loewen paiera, tout ira...

Jerry, tu t'entends ?

Quand Ray Loewen paiera ?

T'es sûr que ça arrivera ?

Et comment on va payer pour tout ça ?

Pour payer ce grand avocat de Floride ?

Ne t'inquiète pas pour lui.

Je comprends pas pourquoi

tu t'acharnes à poursuivre ce procès.

Tu pourrais trouver un autre acheteur.

Tu le sais bien.

C'est clair que tu fais pas ça pour ça.

Peut-être. Je veux pas qu'il s'en tire comme ça.

Qui ? Ray Loewen ?

Bon sang, Jerry,

pourquoi il t'obsède autant ?

Qu'attends-tu de moi ?

Que je le laisse me marcher dessus ?

Sur toute notre famille ?

Ce que j'attends...

c'est que tu penses un peu à moi.

Tu penses qu'on gagnera pas.

Si tu veux tout savoir,

j'ai encore hypothéqué la maison.

J'ai fait tout ce que je pouvais.

- Ça va ? - J'ai vu qu'on avait de l'avance.

Dites-moi,

comment êtes-vous devenu avocat ?

Ça dépend. Vous voulez la version longue ou la courte ?

Comme vous voulez.

Je venais de me marier,

j'étais jeune papa, et on avait très peu d'argent,

alors j'étais paysagiste.

C'était super.

On s'occupait des jardins, c'était génial.

Mais ma femme a voulu déménager pour plus grand.

J'ai dit : "Bon, très bien."

J'ai vu une annonce dans le journal.

Un T3, magnifique.

C'était un bel immeuble dans un quartier majoritairement blanc.

Un Raintree.

C'est ce qu'il nous fallait.

J'ai dit au propriétaire :

"Avec ma famille, on cherche un appartement,

"et on voudrait venir ici.

"Vous avez des dispos ?"

Il a dit que oui.

Qu'on pourrait emménager

dès la fin du mois.

On attendait ce jour avec impatience.

On avait vraiment hâte de prendre un nouveau départ.

Le jour J, avec toutes nos affaires,

les garçons, mon épouse et même le chien,

on était tellement heureux.

On écoutait du gospel.

On chantait haut et fort.

Mais une fois là-bas,

le type est sorti :

"Bonjour." "C'est pour quoi ?"

"J'ai appelé pour l'appartement libre."

"Quel appartement ?"

"Je suis Willie Gary, je vous ai appelé."

"Il n'y a pas d'appartement libre."

Qu'avez-vous fait ?

Ce que je voulais,

c'était lui faire mal.

Il m'a manqué de respect devant mes enfants.

Je suis leur modèle.

Je suis tout pour eux. Quoi leur dire ?

Que leur papa n'est pas assez bien pour un appartement ?

Que dire à ma reine ?

Qu'on n'est pas assez bien ?

Mais j'ai rien dit.

Je suis retourné à l'hôtel

et j'ai ouvert le Bottin.

Je pensais même pas à devenir avocat avant ça.

J'ai ouvert le Bottin et j'ai noté la première fac de droit.

Et j'y suis allé.

J'ai travaillé dur, j'ai eu mon diplôme et mon examen du barreau.

Et j'ai ouvert mon cabinet.

La première chose que j'ai faite,

c'est aller à Raintree Apartments

et les attaquer en justice pour discrimination.

Dans ta face !

Vous êtes un battant.

Oui.

J'en suis un et vous aussi.

Vous êtes un battant.

Vous savez pourquoi ?

Vous vous attaquez au mastodonte Loewen Group.

Vous, un tout petit gérant. C'est pas rien.

Donc on se comprend.

Pourquoi vous le faites ?

Il a voulu s'en prendre à la seule chose qui compte pour moi.

Laisser un héritage

à mes enfants et petits-enfants.

Ils ont un héritage,

et je compte bien leur laisser.

- Un peu de musique. - J'aime la musique.

Steve, tu veux bien mettre de la musique ?

Pas de souci. Une demande particulière ?

Tu sais ce que j'aime. Tony ! Toni ! Toné !

- Très bon choix. - Ça me plaît.

Vous savez le plus fou ? Aucun s'appelle Tony.

Et voilà !

J'adore. Et vous, Jer ?

- Jer, vous aimez ? - Oui, c'est sympa.

Ça va ?

Oui, avec nous !

Topez-la, mon gars !

- Bonjour. - Bonjour.

Bienvenue à Hotel Intercontinental.

Merci. J'ai réservé au nom de Willie Gary.

Tout à fait, bienvenue à Jackson.

- Merci. - Si vous avez une carte,

je peux d'ores et déjà vous installer. Merci.

Ne regardez pas, mais l'équipe de Loewen est là.

Attendez, où ça ?

La vache, à se demander

qui est l'avocat noir le plus coté.

Vous les reconnaissez tous ?

Ce gars, c'est Howard Pfeiffer.

Un ancien représentant de l'état.

Et président du barreau de Washington.

Il y a Richard Mayfield.

L'un des plus grands ténors

en droit de la concurrence et litiges complexes.

Lui, là-bas, c'est Walter Bell.

Ancien juge de la Cour suprême du Mississippi.

Bordel, Loewen a dû dépenser une fortune.

Elle a pas l'air si terrible que ça.

C'est quoi, son nom ? Mammy ? Mame ? Mammy Downes ?

Rien à dire d'autre ?

Oui, ils ont tous l'air d'idiots finis.

D'ailleurs, rendez-moi service.

Envoyez-leur votre meilleure bouteille de champagne.

- Une préférence ? - Vous avez quoi ?

- Dom, Moet, Cristal ? - Cristal.

C'est parfait. Du Cristal.

Dites bien que ça vient de M. Willie Gary.

Sérieusement, faites pas ça.

Sérieusement, la ferme.

Je dis toujours une chose.

Si je combats un ours, couvrez-moi de miel.

On va juste servir un peu de miel.

Restons simples, peut-être, en affirmant la validité du document

en tant que contrat pour le jury.

Ce sera aussi la stratégie de la défense.

Mais à l'inverse.

Soyons honnêtes.

Ils seront bien meilleurs que nous

puisqu'ils sont experts sur le sujet.

Oublions toutes ces histoires de contrat.

Enlisons le jury avec des infos sans intérêt.

Moi, je pense qu'on devrait montrer,

ou plutôt prouver, le mobile.

Restons concentrés sur le fait

que Loewen Group a tardé à signer

et pourquoi ils y gagnaient.

Je sais pas.

- Tu sais pas quoi, Hal ? - Quoi, Hal ?

J'ignore si on peut prouver

que Loewen Group avait un mobile.

À moins de mettre la main

sur un document interne ou un aveu.

Comment prouver qu'ils ont attendu exprès ?

On ne pourra jamais prouver ça, c'est sûr.

On n'a absolument aucune chance de gagner.

Salut.

- Comment allez-vous ? - Bien.

Je voudrais votre soda au gingembre le plus fort.

Oui, tout de suite.

La soirée se passe bien ?

Ça va, la routine.

Oui.

Le soda gingembre le plus fort du Mississippi.

Merci.

Oui, c'est pas mal.

Elle est là depuis un moment.

Mlle Downes, c'est ça ?

Je suis Willie Gary.

La télé vous amincit.

Je peux m'assoir ?

Vous savez, je n'avais jamais fait ça.

M'asseoir face à une adversaire, et...

Boire des verres en musique à la lueur des bougies.

On se croirait en rencard.

Ou pas.

Vous dites être de Compton, mais je me demande

pourquoi vous défendez autant de blancs.

Je vous retourne la question.

Oui, mais je crois en mon dossier, Mlle Downes.

C'est également mon cas.

On est dans une situation délicate.

L'un de nous gagnera et l'autre perdra.

C'est le principe, oui.

Mais c'est différent, mon employeur est noir.

Je ne bosse pas pour lui.

Je bosse pour Willie Gary, pour moi-même.

- Je m'emploie moi-même. - Dites-moi.

Où devrais-je travailler ?

Allez-y, faites-moi la leçon.

Quelle part du gâteau

donneriez-vous à quelqu'un comme moi ?

Je devrais être bénévole ?

Ou travailler pour un procureur et expulser des gens ?

Vous seriez content comme ça ?

Attendez, on n'est pas au tribunal.

Vous vouliez me faire la leçon, alors j'attends.

J'ignore ce que vous savez de moi, mais je suis fils de métayer.

J'avais huit ans et j'étais dans les champs de canne à sucre

à travailler. Moi.

Mais maintenant, voyez-vous...

j'ai des villas, des voitures de luxe...

- Mon propre jet. - On dirait bien

qu'on vit chacun notre version du rêve américain.

Moins rouge, blanc et bleu

que caramel, rayures et...

Mais le rêve américain noir

n'a rien à voir avec le blanc. Un exemple concret.

- Entre cinq et 15 minutes. - L'affaire O. J. Simpson.

- Le "procès du siècle". - Quel cirque.

On en parle ?

C'est un territoire obscur.

Qu'en pensez-vous ?

Il est innocent ? ou Coupable ?

Peu importe.

Ce n'est pas O. J. qui est jugé.

Se faire justice.

C'est ça qui est jugé.

Je vois.

Et sous la menace ?

- Quoi ? Non ! - Vous êtes sous la menace.

Il me menace !

- Oui. - Vous l'avez entendu ?

Entre être avocat principal de la défense ou procureur,

que choisissez-vous ?

C'est dur à dire.

- Oui. - À la défense.

Il est coupable.

J'ai jamais défendu quelqu'un de coupable.

Mais vous savez ce qu'on dit, il faut essayer au moins une fois.

N'oubliez pas ces mots. Si ça ne colle pas, acquittez.

Et vous ?

Nous allons parler de...

- Procureur. - Ah oui ?

Je rêve souvent

que je suis le procureur d'une affaire contre ce gominé de Johnnie Cochran.

Lui et tous les bronzés en costumes...

Et ça s'est fini comment ?

Je l'ai terrassé.

Il a mordu la poussière.

C'est pour moi.

Sûrement pas.

Vous avez...

Vous avez été très gentil de m'envoyer une bouteille de...

- Quoi, déjà ? - Cristal.

Je vous renvoie l'ascenseur.

Cette occasion se fera de plus en plus rare, M. Gary.

Une fois au tribunal,

négro, je vous détruirai.

Bonne soirée.

12 SEPTEMBRE 1995

Bonjour, habitants de Jackson.

Il fait 23 degrés, ça montera jusqu'à 25.

Pas de pluie prévue ces prochains jours.

Laissez-moi vous dire

que cette affaire...

Willy William. William Italien...

Chers jurés, ce...

Ce procès est représentatif du plus vieux péché du monde.

Tu montres trop du doigt.

C'est pas contre vous.

Ce sont les affaires, et ils...

Putain.

- Attendez. - Quoi ?

On peut pas se séparer. C'est non.

- On refait. - Vous savez bien.

- C'est pas nouveau. - La poisse.

C'est la poisse.

Allez, on y va.

Veuillez vous lever.

La Cour reprend la session.

Votre attention.

Toutes les personnes concernées

peuvent s'approcher et se manifester.

L'honorable James E. Graves, juge de secteur

du district judiciaire du comté de Hinds au Mississippi, préside.

Mesdames et messieurs du jury, comment allez-vous ?

Merci d'être là.

Ce dossier démontre simplement le plus vieux péché du monde.

Des contrats, c'est tout.

M. Gary voudra vous faire croire qu'il s'agit...

- D'avidité. - Oui, c'est intéressant

quoi qu'un peu exagéré...

On sait déjà que l'accord avait été acté

par Loewen et Cie.

C'était élaboré, détaillé et écrit noir sur blanc.

C'était un contrat.

On ne peut pas parler de contrat valide

si l'une des parties n'a pas signé.

Ces gens ont menti.

C'est là le fond du problème.

Pourquoi M. O'Keefe a paniqué ?

C'était urgent ?

Était-il désespéré ?

Pourquoi ?

Car sa vie entière dépendait de cet accord.

Entièrement.

Contrairement à Loewen Group.

Ils n'avaient qu'un objectif.

Gagner du temps.

Gagner du temps.

Ce n'était pas contre lui. Il s'est impatienté.

Les ruptures anticipées de contrat,

ça existe.

C'est lorsque, malgré l'absence de violation réelle,

l'une des parties impliquées,

celle qui va bientôt enfreindre la loi,

ne remplit pas les obligations

définies par les termes de l'accord.

Dans une telle situation,

selon moi,

le litige est valable dans ce contexte.

- Réveille-toi, bordel ! - La vache.

Réveillez-vous !

On fout quoi ? On lit des bouquins

sur des contrats toute la journée. Pour quoi ?

On les endort.

On a perdu le lien, l'avantage.

Et vous faites quoi ? Rien.

Je dois faire un choix.

J'envoie Jerry.

- Non. - Si.

- Je l'envoie. - Fais pas ça.

- Semaine prochaine. - Non.

Vous êtes sourd ? Il y va.

Ça doit bouger. C'est un super témoin.

Tu l'as dit toi-même.

Il est honnête. C'est un père de famille.

Un héros de guerre.

Les droits civiques ? Ce qu'il a fait pour les noirs ?

Il va assurer devant le jury.

C'est bien trop tôt.

C'est trop tôt, on manque d'infos.

C'est jamais trop tôt pour moi, Mike.

On sait encore rien sur Mame.

On l'a seulement vue interroger les experts.

On ne connaît pas vraiment son style

et à quel point elle est dangereuse.

Vous êtes bêtes comme vos pieds.

J'ai pris une décision.

Soit vous acceptez, soit vous virez.

Parlons de vos valeurs.

Si je ne me trompe pas, vous avez été décoré huit fois.

Médaille de l'Air, de la Marine. La Flying Cross.

Et vous avez fait tout ça

pour votre pays.

La guerre ne devrait pas être célébrée,

mais j'ai servi mon pays avec fierté.

Merci à vous.

Mais il y a plus.

Vous avez repris l'affaire familiale.

Et puis, vous vous êtes jeté dans le grand bain.

Celui de la politique.

Vous êtes devenu maire de votre ville, Biloxi.

J'ai fait deux mandats à la mairie

de 1974 à 1982.

Et il semble que durant un mandat

un petit groupe sympa est venu vous voir.

Le Ku Klux Klan.

Objection, M. le juge.

Quel est le rapport avec l'affaire ?

- Rejeté, Mlle Downes. - On parle de contrats.

Veuillez répondre.

J'ai refusé qu'ils manifestent à Biloxi.

Vous avez opposé un refus au Ku Klux Klan.

C'est une chose de piloter des avions de chasse,

mais à cette époque, faire face au KKK, c'est courageux.

Jerry, je vous connais bien maintenant,

vous et votre famille,

mais pas les gens ici.

Alors quelles sont vos valeurs ?

Qu'est-ce qui est important pour vous ?

M. O'Keefe.

Bonjour. Comment allez-vous ?

Bien, merci.

Tant mieux.

Vu le témoignage précédent,

on peut dire qu'on se concentre sur la moralité.

C'est ça ?

Oui.

Pouvez-vous parler plus fort ?

Oui, madame, je suis d'accord.

La moralité.

Parlons de moralité.

Il est insinué ici

que vous êtes un homme d'honneur

avec des principes moraux forts,

contrairement, selon vous, à mon client.

M. Loewen et moi avons différentes manières

de faire affaire avec les gens.

Faire affaire. Je vois.

Je suis curieuse.

Pourquoi aviez-vous besoin

de vendre vos établissements à M. Loewen ?

J'ai des ennuis financiers.

De quel genre ?

Je suis sûre que la véritable raison,

c'est que vous aviez besoin de vendre

car la Commission des assurances de l'État du Mississippi

allait révoquer votre licence.

C'est cela ?

D'ailleurs, votre licence pour la vente d'assurance

est actuellement suspendue.

Est-ce que je dis vrai, M. O'Keefe ?

Non, c'est bien plus compliqué que ça.

Dites-moi, alors, en quoi ?

- Votre licence est suspendue ? - Objection, M. le juge.

Elle est juste en colère.

- C'est simple. - Rejetée.

- On savait qu'il avait des ennuis. - Rejetée.

Rejetée.

La vérité des choses, c'est que vous avez perdu votre licence,

car vous avez été impliqué dans une affaire louche d'épargne

avec un homme qui, si je ne me trompe pas,

est actuellement en prison.

- Objection. - J'ai une question.

- Rejetée. - L'argent utilisé

était à vous ?

Il m'avait été confié.

C'était l'argent d'autrui.

Vous avez utilisé l'argent de vos clients

pour financer un accord avec un repris de justice.

- Objection. - C'est vrai, monsieur ?

- C'est sans rapport. - Rejetée.

- J'ai tort ? - Ce n'était pas ça.

Avez-vous porté plainte par jalousie ?

Objection. On rentre dans l'émotionnel ?

- La jalousie ? - Rejetée.

Vous dites vous-même que vous faites affaire différemment

et c'est sûrement la seule fois où vous avez dit vrai,

car comme vous, M. Loewen a hérité de son père.

Mais contrairement à vous, son affaire est devenue

un empire qui vaut des millions.

Qu'est-il advenu de votre héritage ?

Jerry ! Attendez !

Attendez ! Jerry !

C'était quoi, ça ?

De quoi vous parlez ?

Je comprends pas. Vous m'en voulez ?

Si je vous en veux ? Vous deviez me protéger.

Je devais être en sécurité pendant mon interrogatoire.

J'ignorais qu'elle demanderait ça.

C'est votre boulot.

Vous m'avez rien dit.

Vous m'avez parlé de l'épargne, de l'argent,

mais pas qu'il était en prison.

À l'époque, il n'y était pas.

Je pensais que tout était réglo.

Je suis pas devin. J'y peux rien.

Bien sûr que si, depuis le premier jour,

vous faites de mon affaire un spectacle.

J'ai tout fait pour vous aider.

J'ai tout misé dessus. Vous merdez.

Je merde pas, vous exagérez.

Vous ne risquez rien, vous.

À la fin, qu'importe l'issue,

vous retrouverez votre jet privé.

Moi, je risque de tout perdre.

Ma vie. Et il me reste déjà pas grand-chose.

Je sais, Jerry.

C'est décidé.

Quoi donc ?

Vous ne serez plus avocat principal.

Ce sera Mike, c'est ça ?

Je vous le dis, c'est une grosse erreur.

Merde !

Salut, chérie.

Tu fais quoi ?

Je lis un peu.

T'as pas l'air d'avoir le moral. Ça va pas ?

Si, ça va.

Ça va bien.

- Bon. - Non, non.

Non, je...

- On m'a remplacé. - Quoi ?

J'ai été remplacé.

Ils m'ont remplacé.

Quoi ?

- Jerry... - Il t'a remplacé ?

Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire qu'ils veulent...

Ils veulent quelqu'un d'autre aux commandes.

Donc j'ai été remplacé.

C'est vrai ?

Mais je comprends pas. Pourquoi il ferait ça ?

J'ai merdé.

J'ai merdé.

J'ai merdé.

J'ai merdé. J'ai...

J'ai envoyé Jerry à la barre mal préparé.

Il s'est fait massacrer pendant l'interrogatoire.

C'était terrible à voir.

Ça m'a chamboulé. Encore maintenant.

Je suis tout retourné parce que...

C'est de voir Jerry dans cet état.

C'est juste...

- Je vois. - J'ai du mal.

Son sort te préoccupe beaucoup.

Jerry ?

- Oui. - Oui.

Oui. C'est un type bien.

Bonjour, excusez-moi.

Vous êtes Mlle Lorraine McGrath ?

Oui, mais je...

Pardon, sans être impolie,

j'attendais un avocat.

Oui, je suis avocat.

On s'est parlé au téléphone, Hal Dockins.

Toutes mes excuses.

J'espère ne pas vous avoir offensé.

Franchement, vous faites très jeune.

- Voilà. - Merci.

J'ai travaillé aux pompes funèbres de Loewen pendant 13 ans.

Au fil des années, j'ai été témoin

du fonctionnement de l'entreprise.

Avant de poursuivre, je dois vous demander

si vous accepteriez de témoigner.

Bonjour, Mlle McGrath. Comment allez-vous ?

- Très bien, merci. - Oui, bien.

Mlle McGrath, combien de temps avez-vous travaillé

aux pompes funèbres Durbin & Sons à Southaven dans le Mississippi ?

J'y ai travaillé 13 ans avant de démissionner.

L'entreprise a-t-elle changé de main ?

Durbin & Sons a été rachetée par Loewen Group autour de 1990,

et j'y travaillais encore.

Avez-vous remarqué des changements de gestion

après ce rachat ?

Le principal changement a été

l'augmentation de prix sur certains produits

dans des zones sans concurrence.

Finalement, c'était surtout

dans les zones plutôt pauvres.

Avez-vous des exemples ?

Je me souviens d'un cercueil,

le Wilbert en cuivre.

Il devait coûter 750 $,

c'était son prix, par exemple, à Madison.

Mais à d'autres endroits, comme Corinth,

qui est une zone plutôt pauvre...

Bien sûr.

Là-bas, le prix a crevé le plafond,

multiplié par trois au moins.

Sans raison valable.

Les clients étaient pris à la gorge.

Si je comprends bien,

vous parlez d'une forme d'exploitation sélective des prix ?

- Pardon ? - Objection.

Le témoin ne peut pas connaître les intentions

de personnes inconnues.

Retenue.

Dans ce cas, autre question.

Quand vous étiez employée, avez-vous eu l'impression

que le groupe aurait

spécifiquement visé des minorités...

- Objection. - Vraiment ?

- Bon sang ! - Pure spéculation.

Sur quelle base vous vous appuyez ?

M. Allred ?

En fait, mes excuses.

Sur rien.

C'est une simple conjecture.

Je me rétracte.

Mais, M. le juge, je m'insurge du ton de Mlle Downes.

- Vraiment ? - Mon ton ?

- Noté. - Son ton ?

- Merci, Mlle McGrath. - Oui.

Plus de questions.

C'est noté, oui.

Bonjour, Jerry.

Willie, ça va ?

Vous êtes toujours fâché ?

C'était une mauvaise journée. Restons-en là.

Parlons-en.

J'ai loupé mon coup.

Je me suis trompé et j'ai tout foiré.

Je tenais à vous présenter mes excuses.

Très bien.

Je les accepte.

Bien, c'est réglé alors.

C'est la première fois que vous vous excusez ?

C'est ma femme qui m'a aidée à préparer ma phrase.

Très bon travail, remerciez-la pour moi.

Bien.

Tu sais ce que je supporte pas chez lui ?

Quoi ?

Sa tête.

Je vois tout à fait, c'est...

- Tu vois ? - Son expression.

Les privilèges, se croire tout permis de génération en génération de blancs,

tout ça encapsulé dans son petit sourire.

Mais le pire, c'était à la barre,

se faisant passer pour le sauveur du peuple.

Malheureusement, il a embarqué le jury.

Oui, c'est bien le problème.

Il doit être témoin aussi, non ?

Gary avait sûrement l'intention de l'interroger.

Comme témoin de l'accord

entre O'Keefe et Loewen.

Donc, je pourrai l'interroger aussi.

Tu pourras l'interroger aussi.

Vous êtes au courant de l'accord

qui a été signé entre Loewen Group et la Convention baptiste nationale ?

La Convention baptiste nationale ?

C'est quoi ?

C'est une branche de l'Église noire.

Mais une grosse branche. La plus grosse, peut-être.

Pardon, Loewen Group

a un accord avec l'Église noire ?

La Convention baptiste nationale, mais oui.

Mais c'est pas logique.

J'en sais rien. C'est marqué là.

Ils auraient établi un partenariat, il y a un an.

Mais on ignore pourquoi.

Vous pouvez me trouver plus d'infos ?

Oui, monsieur.

Le demandeur est prêt à appeler le prochain témoin ?

Oui, M. le juge.

On voudrait appeler l'avocat de M. O'Keefe, Michael Allred, à la barre.

Vraiment, M. le juge ?

Où voulez-vous en venir ?

Nous convenons que c'est peu conventionnel.

Mais M. O'Keefe était là en tant qu'avocat

lors de l'accord avec Loewen,

son témoignage pourrait être crucial.

Michael Allred.

On est amis, je vous appelle Mike.

Pas de souci, Reggie.

Mike, en 30 ans de carrière

dans le droit des contrats,

avez-vous pensé, en rédigeant le contrat entre M. O'Keefe et M. Loewen...

QU'IL AILLE SE FAIRE VOIR

... qu'il pourrait y avoir un malentendu

sur la nature du document ?

Non, monsieur. C'était clair pour tout le monde.

C'était un contrat.

Un contrat. C'était un contrat.

Et y avait-il des raisons de croire

que la date de signature serait laissée ouverte ?

Comment vous sentez-vous à la barre ?

Pas très à l'aise.

En plus,

on n'a pas encore commencé.

Vous êtes l'avocat d'O'Keefe depuis un moment, non ?

Oui, pendant presque 30 ans.

M. O'Keefe et vous êtes bons amis.

On est très proches.

Oui, on a beaucoup en commun. Je l'admire.

Est-ce une affaire raciale ?

- Objection. - Objection.

- Rejetée. - Quel rapport ?

Si c'est une affaire raciale ?

Je ne dirais pas ça, non.

Vraiment ?

Pourtant c'est un sujet qui revient, non ?

Surtout chez vous.

Par exemple, la petite histoire

sur M. O'Keefe et les Droits Civiques

et l'opposition au KKK.

Quel rapport ça a avec les contrats ?

Ça a un rapport avec Jerry, son intégrité et sa moralité.

Il est formidable avec les noirs.

- Objection. Monologue. - Objection.

Je ne peux pas autoriser ces questions. Retenue.

- J'objecte. - On a aussi beaucoup évoqué

l'importance de sa famille

et de la transmission de son héritage.

Et pour vous ?

C'est important aussi ?

C'est plus qu'important, c'est crucial.

Vous avez ça en commun avec M. O'Keefe.

- Objection. - Puisque vous êtes très proches.

Rejetée. Le témoin peut répondre, mais venons-en au fait.

Oui, on a ça en commun.

C'est vraiment ce que vous voulez demander ?

Tout à fait.

Mais merci.

Vous aimez votre famille ?

Les proches et moins proches. Tout le monde ?

- Chaque membre de ma famille. - Oui ?

Vous ne voudriez renier personne ?

- Qui vous fait honte ? - Objection.

Qu'importe ce qu'il pense...

J'aimerais en renier quelques-uns, mais pas vous ?

- Je m'en charge. - Non ? Personne ?

Non.

Pas votre grand-père ?

Mon grand-père ?

Oui, votre grand-père.

Quel rapport a mon grand-père avec cette affaire ?

Dites-moi combien de temps a-t-il été membre du Ku Klux Klan ?

- Objection. - Objection, M. le juge.

- Je continuerai. - Vous devez arrêter ça.

Objection.

Vous aviez ce point commun avec votre grand-père ?

Vous en parliez ?

Vous partagez l'amour de la croix enflammée ?

Vous alliez à des rassemblements avec lui ?

Elle dépasse les bornes, ça n'a aucun rapport.

- Objection. - Rejetée.

Comment est-ce possible ?

Ça n'a rien à voir.

- Répondez. - À quoi ?

Est-ce que je savais

que mon grand-père avait fait partie du KKK ?

Mike, ne répondez pas. Objection.

J'avais entendu à la première, M. Gary.

C'était bien ma question. Mais je ne la pose plus.

Plus de questions.

Son passé n'est pas pertinent.

Vous avez dépassé les bornes.

Quelle incroyable hypocrisie, M. le juge.

Y a que des noirs ici.

Dénoncez votre papy.

Oui, allez-y, Mike.

Allez-y.

Allez, c'est facile.

Allez, dénoncez-le.

Vous savez quoi ? Je suis navré.

Je suis désolé. Son attitude à elle était inadmissible.

Je ne suis pas responsable des erreurs de mes ancêtres.

Mike, votre papy est un raciste, un violeur, un voleur de terre.

Reggie Douglas, c'est pas juste.

C'est mon grand-père, je...

M'en parlez pas.

Arrêtez tout de suite !

Reg, arrête. Tout le monde.

On ne va pas vous crucifier pour les actions du passé.

On ne pourra rien faire pour votre grand-père.

Mais on peut agir.

Pour notre affaire.

Attends.

Tu vas laisser couler ?

- C'est ça ? - Oui,

car vous le saviez pas et vous en avez fait les frais.

- Putain de procès. - On peut gagner.

Je rentre en Floride.

On aurait dû le faire depuis le début.

Dis-moi, Reggie.

Pourquoi t'es encore là ?

- Willie. - Me le dis pas deux fois.

Bonne chance avec les blancs.

- Reg ! - Reggie !

Tu veux partir aussi ?

Tu sais quoi ?

Je me tire.

- J'en ai marre. - Moi aussi.

J'ai le mal du pays.

Willie, je suis trop vieux pour ça.

Désolé, Mike.

Vraiment navré.

Moi aussi.

C'est impossible.

Impossible ? J'ai une affaire.

À gagner.

Je devrais...

- Je devrais me retirer. - Non, Mike.

- Je devrais. - Faites pas ça.

Le chemin sera long, mais on peut gagner.

Si je mets un pied dans ce tribunal,

le jury me verra comme un blanc avec une cagoule.

Écoutez, on est dans un trou.

Mais on peut en sortir.

Désolé, j'y arriverai pas.

Si je reste,

l'affaire en pâtira.

Je peux pas vous faire ça, et surtout pas à Jerry.

D'accord.

- Je devrai gagner sans vous. - Vous y arriverez.

Halbert, bon courage.

Te voilà, je te cherchais.

Le procès ne se passe pas comme prévu.

J'ai fait une grosse erreur.

Et je dois limiter les pertes.

Je pensais que la justice était aveugle.

Je pensais pouvoir faire plier Ray Loewen au tribunal.

Je voulais lui faire payer. Mais c'était moi, l'aveugle.

Pardon de t'avoir infligé ça.

Ne t'excuse pas, Jeremiah.

Pas auprès de moi.

Je te connais.

- Tu en as parlé à Willie ? - Non.

Il rentre en Floride le week-end.

Je devrais lui dire en face.

C'est le mieux à faire.

Pardon, il y a quoi dedans, déjà ?

Les infos concernant l'accord avec la Convention baptiste nationale.

Vous voulez bien la laisser ?

Vous pensez que c'est fini ?

On gagnera jamais, selon moi.

Jerry commence à s'en rendre compte, alors...

- Mme Gary ? - Oui.

Pardon d'arriver sans prévenir,

je suis Jeremiah O'Keefe.

- Jerry ? - Oui, madame.

Le Jerry ! Mon mari ne parle que de vous.

Il est là ?

Non, malheureusement.

Il est chez sa mère à Indiantown, comme souvent, le samedi.

- D'accord. - Mais attendez.

Je prends mes clés

- et je vous y amène. - Non, s'il vous plaît.

Je ne veux pas déranger.

Pas du tout, Jerry.

On est une famille. Venez !

On arrive à Indiantown.

Willie est d'ici ?

Et moi aussi.

Willie et moi avons eu des différends.

Mais je trouve que c'est un homme remarquable.

- Il s'est vautré. - Oui, exactement.

Oui.

Non.

N'importe quoi.

On allait tous mourir.

Oui.

- Mon Dieu. - Bon sang.

Willie vous a parlé de ses dix frères et sœurs ?

C'est le sixième.

Vous savez, j'ai moi-même 13 enfants.

- Mon Dieu. - C'est vrai ?

Oui.

C'est fou.

À vous trois, ça fait 26.

Alors vous savez qu'il y en a toujours un

qui refuse de vous lâcher.

Toujours agrippé à vos jambes.

Mince.

Willie était comme ça.

Regardez où cette soif d'amour

l'a mené.

Mon grand-père était métayer.

Mon grand-père paternel, dont j'ai le nom.

J'avais huit ans,

je travaillais dans les champs de cannes à sucre.

Je bossais. Moi.

À 4 h 30, elle me réveillait et me traînait là.

J'étais haut comme l'herbe.

Tout a commencé ici. Dans ces champs.

Je suis venu jusqu'ici pour vous dire...

Écoutez.

Avant de parler...

Vous voulez abandonner.

Vous devez être déçu.

- Mais si j'avais... - Écoutez, Jerry.

Vous comprenez pas.

Vous faites ce que vous avez à faire.

Mais en même temps, il faut que vous sachiez

qu'au fond de moi, je pense qu'on aurait pu gagner !

On aurait pu les écraser.

Sachez que j'ai adoré apprendre à vous connaître.

On n'a pas eu de chance.

Mais je vous ai rencontré.

C'est quoi, ce bruit ?

Écoutez...

Attendez.

Allô ?

- Hal ? - Allô ? Vous m'entendez ?

Hal, j'entends mal.

Vous êtes avec Jerry ?

Oui.

Super. Empêchez-le d'abandonner.

Allô ?

Hal, vous m'entendez ? Ça capte mal.

Empêchez-le d'abandonner !

Faites-moi confiance. J'ai peut-être un tuyau.

Oui, on se rappelle.

SUD DU MISSISSIPPI

Merci à tous de nous parler.

M. Soames, tout le monde.

Que savez-vous de l'accord

entre Loewen Group et la Convention baptiste nationale ?

Rien de bien n'en sort, en tout cas, pas pour les noirs.

C'est la vérité.

Il y a un an, Loewen Group s'est lié

à de hauts gradés de la CBN.

La Convention baptiste nationale.

L'une des plus importantes branches de l'Église noire.

C'est plus de 33 000 églises et plus de huit millions de fidèles.

Ils ont fait une offre à la CBN.

Si elle persuadait l'Église noire

de faire de Loewen Group son fournisseur privilégié,

ils embaucheraient des fidèles.

Ils les formeraient à vendre des tombes et des caveaux,

des pierres et des assurances à leur communauté.

Pour chaque produit vendu, une commission était prévue.

Attendez, Loewen Group

a engagé des noirs pauvres pour qu'ils vendent leurs produits

à d'autres noirs pauvres pour une commission ?

Ça devait être gagnant-gagnant.

Sortir les gens de la pauvreté, renforcer l'autonomie financière.

Mais ça n'a aidé personne, sauf Loewen Group.

Oui.

Ils avaient trouvé un filon pour exploiter les noirs

dans des moments de vulnérabilité.

Vous savez ce que c'est ?

Pas vraiment.

C'est un cimetière.

Mais ça ne se voit pas.

Il n'y a aucune pierre tombale.

Pourquoi ?

C'est un cimetière un peu à part.

Un ancien cimetière d'esclaves.

Tout le monde sait que les esclaves n'avaient pas les moyens

pour des pierres tombales.

Ça ne se voit pas,

mais notre histoire entière,

celle des noirs du sud,

celle des noirs en Amérique,

celle de nos ancêtres esclaves, se trouve sous cette terre.

Notre histoire est là, profondément ancrée dans le sol.

Dans ces champs vastes et vides.

À certains endroits, il y a des statues.

Des statues et des monuments de la Confédération qu'on voit partout.

Beaucoup se trouvent au-dessus d'esclaves.

C'est comme recouvrir l'histoire par une autre.

Prendre l'héritage de l'un pour écraser celui de l'autre.

Un jour, il sera poussé si profondément,

enterré si loin,

qu'on ne pourra pas le retrouver.

Certains sont venus me voir pour me dire

que pour enterrer mon père, j'allais devoir donner plus

que ce qui était prévu dans le contrat au départ.

Quand j'ai dit que je n'avais pas l'argent

et que j'ignorais quand j'allais pouvoir l'avoir,

ils ont dit qu'ils conserveraient le corps au froid.

Plutôt que de me réconforter, le diacre chargé de me conseiller

en a profité pour me coller des brochures

et il a tenté de me recruter à Loewen.

Et ce type de la CBN est arrivé

et m'a demandé si j'avais prévu l'enterrement

et m'a parlé du pack funérailles Loewen.

Il disait qu'il valait mieux payer tout de suite.

Avant le décès de mon fils.

Quand mon mari est décédé,

c'est là qu'ils ont dit que la somme ne comprenait pas

l'embaumement et le déplacement du corps.

Le cercueil de ma mère était le moins cher.

J'ai découvert qu'il m'avait coûté trois fois plus que la normale.

Quand le pasteur nous dit quelque chose

et qu'on a la foi, on le croit.

Vous êtes bien analyste pour Loewen Group ?

Vous êtes sur les gros contrats.

- C'est ça ? - Oui.

C'est vous qui vous êtes occupé

de celui entre Loewen Group et la Convention baptiste nationale.

- C'est bien ça ? - Oui.

Oui. Vous êtes baptiste ?

- Non. - Non.

- Chrétien ? - Oui.

Comme nous tous, non ?

On croit tous en Dieu. Amen.

Mais voici ma question.

Combien Loewen Group pensait gagner

grâce à cet accord avec la CBN ?

N'oubliez pas,

vous êtes sous serment.

Pour cet accord, sur le long terme,

autour d'un milliard de dollars, voire de 1,2.

1,2 million ?

- Milliard. - 1,2...

1,2 milliard ?

1,2 milliard.

C'est un gros montant pour Loewen Group ?

- Oui. - C'est pas mal.

C'est pas mal, 1,2 milliard de dollars.

J'avais compris million, mais c'est en milliard.

Combien avez-vous donné ?

Pardon ?

Combien avez-vous payé ?

Combien Loewen Group a donné à la Convention nationale baptiste

en compensation ?

On a fait un don de 200 000 $, il me semble.

Le jury a entendu !

On avait aucune défense.

Quel bordel.

Je vais devoir appeler Loewen.

On a toujours eu à cœur d'être honnêtes.

Souhaite-t-on être des concurrents féroces sur un marché volatil ?

Oui, mais on ne trompe personne.

On n'opère pas ainsi.

Pas d'autre question.

- À vous, M. Gary. - D'accord.

- M. Loewen, ça va ? - Très bien, merci.

Très beau costume. Un Armani.

Ça se voit tout de suite.

Je veux vous remercier d'être venu.

Je vous sais très occupé,

mais on voulait voir le patron.

On voudrait bien faire la lumière sur certaines choses,

et je vais entrer dans le vif du sujet. Dites-moi,

de votre point de vue,

quel était l'accord conclu avec M. O'Keefe.

Il y a un an environ,

on a été contactés par un représentant de M. O'Keefe.

Je suis presque sûr qu'il s'agissait de son avocat,

M. Allred.

J'ai compris qu'ils voulaient vraiment vendre,

alors j'ai commencé à me renseigner,

à évaluer

si ça pouvait

être bénéfique pour nous.

Après ça, j'ai invité M. O'Keefe et ses associés à Vancouver.

Si je me souviens bien, ils sont venus dîner

sur mon bateau, et on a discuté.

Après ça, difficile à dire.

À ce stade, je passe le relais à mon équipe.

C'est formidable.

Vraiment.

Heureusement, je n'ai pas beaucoup d'autres questions.

Juste une.

C'était quel bateau ?

Pardon ?

Quel type de bateau ?

Vous étiez tous sur un bateau

pour manger et vous amuser autour d'un bon poisson,

et je voudrais connaître le type de bateau.

Je ne comprends pas. De quelle marque ou...

En fait, je demande...

Je peux lire ? "Neuf ponts pour bronzer."

"Six élégantes chambres."

- Objection ! - "Cinq chambres d'invités."

- En quoi ça nous intéresse ? - Rejetée.

- Beau bateau. - Rejetée.

Il faut bien reconnaître...

Montrons-le à tout le monde.

Il y a un héliport.

Un hélicoptère peut atterrir ?

C'est la classe, c'est un cran au-dessus.

Combien vous a-t-il coûté ?

Aucune idée.

On dirait... Vous ne comprenez pas la question.

Je vais la reformuler pour me faire comprendre.

Combien vous a-t-il coûté ?

- Je ne sais pas. - Objection.

- Dans ce cas... - Il a répondu.

Laissez tomber. Combien vous a coûté votre avion ?

Puisque vous avez une mémoire sélective.

Combien pour l'avion ?

Et vous, combien avez-vous payé le vôtre ? Je l'ai vu.

On peut très bien en parler.

Je peux vous le dire.

Mais il s'agit pas de ça.

Il s'agit de votre bateau.

Je vais demander une dernière fois

à M. Loewen, le milliardaire, qui ignore le prix du bateau

sur lequel il a mangé avec ses collègues.

Je vous le redemande.

Combien a-t-il coûté ?

Je ne sais pas.

Il ne m'entend pas.

Une dernière fois.

Combien a coûté le bateau ?

Venez-en au fait.

En venir au fait ?

Pendant que vous bronziez sur un bateau à 25 millions

en mangeant du homard à 30 $ par personne, avez-vous pensé

aux gens qui ont payé ? Les pauvres, les démunis

dont votre société a profité

- depuis le premier jour ? - Objection.

Vous avez tiré profit de leurs pires instants,

abattus, pleurant la perte d'un proche,

en deuil.

Et qui en paie le prix ?

Les petits entrepreneurs comme Jeremiah O'Keefe.

Ceux qui bossent dur pour tout payer,

rester la tête hors de l'eau, tandis que ces sociétés avides

font tout pour...

- Ces sociétés... - Objection !

- C'est ainsi. - Ça suffit.

Posez vos fesses.

Posez vos fesses,

j'ai pas fini de parler.

- J'ai pas fini. - M. Gary.

Surveillez votre langage dans mon tribunal.

M. Loewen, vous quitterez la barre quand je le dirai.

Suis-je clair ?

Continuez, M. Gary, mais soyez prudent.

Oui.

Dites-moi une chose.

Ça ne vous a jamais dérangé ?

Non.

Ça me suffit.

C'est terminé.

Enfoiré !

Enfoiré !

C'était quoi, ça ?

J'ai été embroché là-bas !

Quelles nouvelles du front ?

Je viens vous dire qu'on a pris une décision.

Ah oui, laquelle ?

Au vu des événements récents, il vaudrait mieux

que les deux parties trouvent un nouvel accord.

En d'autres termes, on est...

On est prêts à faire une offre plus que généreuse.

J'imagine que c'est dur à dire, mais généreuse à quel point ?

Soyez raisonnable, ce ne sera pas 100 millions.

Comment ça ?

Mais ce sera assez pour que Jerry,

ses enfants ou ses petits-enfants soient à l'abri du besoin.

- Super. - Oui.

Alors, écoutez.

Rendez-vous dans votre chambre dans deux heures.

Appelez votre meilleur négociateur. Vous savez pourquoi ?

Vous en aurez sacrément besoin.

Les dommages et intérêts sont accordés pour rétablir les droits

du plaignant avant le dommage.

Mais compte tenu de la lenteur de l'affaire,

nous pensons qu'il vaut mieux

régler ça une bonne fois pour toutes.

Nous avons une offre très généreuse à vous proposer.

Si vous refusez,

nous pourrons reprendre le procès, tenter notre chance avec le jury,

mais honnêtement, les chances de victoire

ou d'indemnités similaires constituent un risque pour vous.

D'accord.

Ce qu'on propose.

C'est non.

C'est sérieux ?

- Il est sérieux ? - J'ai dit non.

Vous comptez vraiment refuser ?

Vous ne voulez pas réfléchir un peu ?

- J'ai déjà réfléchi. - Ah bon ?

C'est plus d'argent que vous n'en aurez jamais.

On passe aux choses sérieuses ou on perd notre temps ?

Il a dit non.

- Tentons l'offre définitive. - D'accord.

- Sûre ? - Oui.

Notre offre définitive.

C'est toujours non.

C'est pas croyable, putain.

C'est quoi, votre problème ?

Vous trouvez vraiment que c'est pas assez ?

C'est bien assez pour moi, mais pas pour vous.

- Pour moi ? - Pour que vous fassiez faillite.

Arrêtez.

Écoutez-moi bien.

Le réel montant pour me faire faire faillite,

le vrai,

vous ne pouvez pas le calculer.

Acceptez, Jerry.

- Vous avez 80 ans. - 75.

Raisonnez votre client.

- Pourquoi ? - Pour qu'il accepte...

Il a dit non. Non, c'est non.

Ça fait quoi d'être un gérant de pompes funèbres minable

proche de la faillite

qui vient de laisser passer sa seule chance

d'empocher 75 millions ?

Ça fait quoi ?

Ça fait du bien

Ça fait du bien

- Du bien - Du bien, ouais

Oui, c'est ça.

- Ça fait du bien - Ça fait du bien

Ça suffit, il a refusé.

- On se voit au tribunal. - Partez.

- Merci. - Quel cirque.

Ça fait du bien

Ça fait du bien

Ça fait du bien

Surprise !

- Devine qui c'est ! - Tu fais quoi ?

Je viens te tenir compagnie.

- Chérie. - Tu m'as manqué.

Super.

- C'est ça. - Ouais.

Allez, plus vite.

- Plus vite. C'est bien. - Super.

Super.

Tu es à moi.

On termine demain.

Je suis au courant.

J'ai eu de gros dossiers,

mais celui-ci...

Il va changer des vies.

Et...

j'en ai la responsabilité.

Surtout...

Surtout envers Jerry.

Donc...

Je ne veux pas perdre.

Je ne... Je crois...

Et si je perdais

et que je décevais tout le monde ?

Non,

tu ne les décevras pas,

alors ne t'en fais pas.

Tu es sûre de toi, Mlle Gloria ?

Je suis sûre de toi.

De l'homme que j'ai épousé.

Oui, chérie.

Mais un petit conseil.

Oui, quoi ?

Quand tu seras au tribunal,

- à faire ton truc... - Mon truc.

... ne parle pas de toi à la troisième personne.

D'accord ?

Quoi ? De quoi tu parles ?

Je fais pas ça.

- Si. - Non.

Juste un peu.

Je crois pas.

"Prépare-toi, Willie Gary monte les marches."

- Je t'assure que si. - Oui.

Willie Gary fait ça, parfois.

Mesdames et messieurs du jury,

j'ai seulement une petite question.

Puis-je vous parler simplement ?

Sans utiliser de grands mots.

Le jury a rendu son verdict ?

1ER NOVEMBRE 1995

Après délibérations,

le jury de l'affaire 9661

du tribunal de district du comté de Hinds,

M. Jeremiah J. O'Keefe v. Loewen Group LLC,

se range du côté

du plaignant, Jeremiah O'Keefe.

Nous demandons que 100 millions de dollars

en dommages et intérêts compensatoires soient accordés à M. O'Keefe

par le défendeur, Loewen Group LLC.

Et...

400 millions de dollars de dommages

et intérêts punitifs

pour M. O'Keefe par le défendeur, Loewen Group.

C'est mérité ! Super !

Jerry, 500 millions.

Je sais, Willie.

Je sais.

Willie ?

Mame ?

Ça va ? Vous en voulez encore ?

Encore ? Non.

- Je voulais vous féliciter. - Ah bon ?

- Oui. - Me féliciter ?

Vous êtes sérieuse ?

Je déteste perdre.

Mais la victoire était méritée, je dois l'avouer.

Méritée ? 500 millions.

Au fond, je sais que vous trouvez ça trop.

Oui. Ou pas assez.

Je peux prendre plus.

Bonne chance, Willie Gary.

Gardons contact. J'espère qu'on se reverra.

Mame ?

Je dois vous dire.

J'ai jamais eu à affronter une avocate comme vous.

Moi non plus.

Johnnie serait impressionné.

Johnnie.

Après appel, Loewen Group a accepté

une offre à 175 millions de dollars.

Deux ans plus tard, Ray Loewen

a dû quitter la présidence de sa propre entreprise.

Moins d'un an après, Loewen Group faisait faillite.

POMPES FUNÈBRES FAMILIALE O'KEEFE GUL NATIONAL, ASSURANCES

Après le procès, Jerry et Annette ont créé une fondation

pour aider les plus démunis.

Plus de 40 % des subventions de la fondation O'Keefe vont

à la communauté afro-américaine, aux églises et aux écoles.

Les pompes funèbres Bradford-O'Keefe prospèrent toujours et restent

la plus grosse entreprise familiale du domaine au sud du Mississippi.

- Toujours. - Il y en a toujours un.

Willie Gary est devenu l'un des avocats les plus réputés du pays

en remportant d'importants procès contre plusieurs grandes entreprises,

telles qu'Anheuser-Busch ou Walt Disney Company.

On l'appelle "le tueur de géants".

Willie et Jerry sont restés très proches jusqu'au décès de Jerry

en août 2016.

Quoi de neuf ?

Ça va ? Willie Gary. J'y crois pas.

Ravi de vous voir.

Je serai vous plus tard.

En mieux, j'espère.

Au revoir.

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