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Paul Dédalus a 29 ans.
Il est maître assistant en philosophie dans une faculté de la périphérie
parisienne.
Comme Paul s 'est retrouvé à enseigner sans l 'avoir voulu, il désire quitter
travail provisoire depuis déjà deux ans, mais n 'y arrive pas.
Il le désire assez pour n 'avoir jamais passé les examens qui feraient de lui un
professeur à part entière.
Ainsi, il vit une moitié de vie avec un traitement modeste en attendant de
commencer ce qu 'il serait bien en peine de nommer, sans doute, sa vie d 'homme.
Paul habite avec son cousin Bob et il sort avec la même fille depuis dix ans,
Esther.
Paul et Esther s 'entendent très mal. Ça fait bientôt dix ans qu 'ils essaient
de se débarrasser l 'un de l 'autre.
Paul a rencontré une nouvelle fille il y a deux ans avec qui il a eu une
aventure. Il se trouve que cette fille est la fiancée de son meilleur ami.
Comme Paul croit impossible de prendre une fille à un autre garçon, c 'est là
que ses problèmes commencent.
Pour qui c 'est vos locaux ? Pour un nouveau prof.
Non. Pour qui ? Ah, je ne sais pas. C 'est écrit là.
Je me suis souvenu hier de la première fois où j 'ai commencé un roman.
C 'était un dimanche après -midi chez mes grands -parents quand j 'avais 10
à peu près, 11 ans.
Comme le dimanche d 'avant on avait été à Bruges avec mes parents, ce jour -là
on jouait à Venise avec mon frère et ma sœur.
Je me souviens de la fenêtre qui donnait sur un mur de briques, je me souviens
de la table de mamie, enfin je veux dire c 'est un souvenir précis.
Je voulais écrire une sorte d 'aventure à la Stevenson et j 'ai eu l 'idée de
lui donner la forme d 'une fausse autobiographie.
Je ne sais pas pourquoi, il me semblait que le récit serait mieux, serait plus
crédible si ça commençait par ma vie réelle.
Je ne sais pas très bien ce qui devait suivre, un truc de pirate avec des
mystères, mais bon, pour imaginer ces aventures, je m 'étais dit qu 'il
d 'abord que je torde le cou à la vraie vie.
Comme si pour imaginer ce que je voulais vivre, il m 'avait fallu commencer par
la critique de ce que je vivais vraiment.
C 'est pour ça que j 'ai commencé par le récit de ma vie réelle, un récit
vengeur.
Ma ténacité littéraire n 'a pas dû tenir beaucoup plus d 'une dizaine de lignes,
enfin à peine cinq dans mon souvenir, et j 'ai laissé mon œuvre en plan pour
rejoindre mes frères et sœurs et jouer avec eux.
Il devait être écrit un truc dans le genre, j 'ai dix ans, je suis né dans
famille de province, à voir mes parents qui auraient pu soupçonner les aventures
incroyables qui m 'arrivaient.
En effet, j 'ai passé mes plus jeunes années dans une terreur
Mon père, un honnête bourgeois, enfin non, un bourgeois timoré, tremblait
son ombre et se félicitait que chaque morne journée ressemble à son lendemain.
J 'étouffais dans cette maison sinistre et les nuits de grand vent, toute ma
famille, chacun dans sa chambre, tremblait et brissait comme les feuilles
grand arbre.
Quand moi, c 'est de joie que je tremblais.
Je priais pour qu 'une catastrophe s 'abatte et nous réveille.
J 'appelais ce que mes parents repoussaient plein d 'effroi à l
truc comme ça.
Bon, enfin, c 'était un préambule.
Je savais pas comment enchaîner.
Mais bon, je suis parti jouer.
Et ma mère est tombée sur le texte, sûrement pendant que je jouais dans la
à côté.
Et elle l 'a lue, bien sûr, puisqu 'elle ne nous a jamais reconnus aucune
intimité.
Ensuite, j 'ai été convoqué dans la salle à manger.
à côté de mon père assis, de ma mère debout, gueulant.
Peut -être y avait -il aussi grand -père et mamie assez gênés.
Et elle s 'est mise à lire le texte à voix haute.
J 'étais extrêmement gêné.
Puis elle m 'a demandé de me justifier.
Pourquoi j 'écrivais comme ça du mal de mon père ? Pourquoi je trouvais qu 'il
était lâche ? Pourquoi je trouvais qu 'il avait peur ? Est -ce que je trouvais
qu 'il était soumis ? Pour moi, je niais.
C 'était le début d 'un roman.
Elle n 'avait pas lu la totalité.
Je ne savais pas comment me justifier, mais elle insistait.
Mon père aussi essayait de mettre fin à cette scène.
Il me souriait comme s 'il voulait me dire « Tu vois maintenant pourquoi ma
n 'est pas un roman ? À cause de cette femme.
» Sauf que moi, je ne l 'avais pas choisie, cette femme. C 'était ma mère.
Ma mère a continué comme ça une demi -heure.
Oui, alors comme ça, tu trouves que ton père, qui s 'occupe de la teinturerie, c
'est pas assez héroïque pour toi.
Mais aujourd 'hui, j 'aime bien penser que peut -être ça lui a fait plaisir à
mon père, d 'une certaine façon, un peu amer.
J 'aime bien imaginer qu 'on aurait été complices, tous les deux, autour de ce
bout de papier ridicule.
C 'était nul.
Je me rendais bien compte, en entendant ma mère le lire, que c 'était nul.
Il serait pu aider mon père, comme si, malgré moi, j 'avais fait à sa place ce
qu 'il n 'osait pas faire, dénoncer l 'entreprise de castration systématique
ma mère avait menée contre lui.
Ma mère, toujours main dans la main avec le monde comme il va, et mon père,
tellement seul, dans des désirs adolescents, incapable de s 'arranger
réalité, tellement incapable que je lui en veux.
Si mon père souriait, c 'était comme pour me poser une question muette, en
Enfin, pas à moi, à ma mère, en fait.
Comment tu peux croire que j 'aime ma vie avec toi quand même un enfant où c
'est horrible ? Comment peux -tu régler si vite la question de mon bonheur quand
mon fils s 'est nommé pour ce qu 'il est ? L 'humiliation quotidienne à l 'ordre
féminin des choses.
Ce que je voudrais lui dire, c 'est que je ne pouvais pas écrire le roman d 'un
type de son âge à lui, à qui il arrive des choses extraordinaires, une
Bêtement, je pensais d 'abord à m 'en sortir moi.
Et j 'avais oublié que le prix, c 'était son déshonneur à lui.
Et je ne peux pas vivre avec une telle chose sur les épaules.
Pas mal.
Mais c 'est affreux.
C 'est ça, c 'est gênant. C 'est pour ça que je raconte.
Mais maintenant, j 'ai un peu envie.
Je crois que c 'était un peu long, non ?
Et on doit aller manger chez Jean -Jacques, ils veulent venir.
Ça vous dit ? Tu veux venir ? C 'est un repas, un truc.
De toute façon, après, on va dans la même soirée.
On ne les connaît pas. Enfin, moi, je ne les connais pas. Vous venez avec nous,
c 'est ton frère.
Ça va, on est le soir de l 'an. Il y aura, non ? Oui, je préviens par
Il y a eu un entretien ce matin.
Voilà, mais tu gênes tout le monde avec tes histoires. Pas du tout, c 'était
très, très instructif.
Moi, je trouve que ta mère est dégueulasse.
La merde, c 'était une pute. Comme la mienne.
Et deux sur table dure.
C 'est un peu obscène, mais moi, j 'aimerais bien que chacun raconte un
honteux sur ses parents.
Ah oui ? Non, parce que vous avez l 'air tellement classe que je me dis que je
suis le seul à avoir un souvenir honteux.
C 'est pour ça que je préfère raconter tout de suite, parce que sinon, j
peur que vous les découvriez dans mon dos.
Alors, je préfère contrôler. Je suis l 'agent de ma chute.
Je peux calculer où je tombe, tu vois.
Paul a peur de mal tomber.
Salut. Salut.
C 'est bien fait que je sois là. Tu aurais dû m 'avoir invité. Oui, baisse
C 'est où tes copains ? Ah, il y a Bob.
T 'as honte de moi, hein ? Écoute, t 'es super en retard. Je suis gêné.
Il fallait que je me maquille.
Comme une pute.
Canot.
Paul admire Nathan.
Il l 'admire d 'une manière qui lui permet de ne pas l 'envier.
Paul aime avoir un ami à admirer. C 'est une pierre sur laquelle il peut s
'asseoir quand il est fatigué.
Le prix de cette admiration sans rivalité est une froideur apparente de
rapport, une pudeur.
Nathan est sans doute la seule personne avec qui Paul soit public.
Chacun a son territoire nettement marqué et des compétences clairement définies
que l 'autre lui reconnaît. Ils ont des rapports strictement professionnels et
ne se hasardent à évoquer leur intimité que lorsque tout leur assure qu 'il n 'y
a aucun danger.
On pourrait dire plus précisément qu 'ils partagent une telle...
à intimité, qu 'ils s 'amusent parfois à jouer des scènes de confession.
Ils savent que, quoiqu 'ils s 'abandonnent à dire devant l 'autre,
de la proximité ne saura rendre poisseuse cette douce à intimité.
Que veut Paul de Nathan ? Rien de précis.
Que Nathan continue à lui offrir ainsi l 'image d 'une amitié sans hystérie que
Paul a toujours désirée et qu 'il craignait ne jamais mériter.
C 'est ça que Paul désire de Nathan et que joyeusement il obtient, constater qu
'il mérite l 'estime de son ami.
Nathan lui constate avec une bienveillante indifférence combien Paul
avec respect.
Paul croit que le premier devoir de l 'amitié est de penser l 'ami.
Ce disant, il orthographie « penser » comme un pansement.
Paul a l 'illusion qu 'il défend ses amis du monde de toute la force de ses
pensées bienveillantes.
Si il s 'arrêtait de penser, il verrait bien que ses amis ne se portent pas plus
mal. Mais s 'arrêter de penser, c 'est précisément ce que Paul ne saura jamais
faire.
Tous les autres amis de Paul, un jour ou l 'autre, se sont laissés prendre aux
commentaires amoureux dont Paul les entourait.
Seul Nathan a su résister au charme de l 'image que Paul lui reflétait.
Depuis tout à l 'heure, Paul essaie de confier à Nathan la nouvelle qu 'il
d 'apprendre cet après -midi.
Frédéric Rabier va enseigner dans le même établissement qu 'eux.
Ancien condisciple de l 'école normale d 'Ulm, ce Frédéric Rabier s 'était épris
du portrait que Paul avait dessiné de lui.
En troisième année, leur amitié s 'essaie brutalement.
C 'est immense, c 'est pour ça.
C 'est moi.
C 'est toi.
Salut les potes.
C 'est quelque chose de bizarre.
Hein ? Salut.
Bonjour.
Alors, Paul,
tu connais, Esther.
Bonsoir. Bob, qui est le cousin de Paul, et excuse -moi.
Pas de problème.
Patricia, on va entrer.
Oh, pardon.
Julia ?
C 'est ta nouvelle fiancée ? Oui.
Mais je ne l 'aime pas.
Ah.
Attends, elle est bien. Ouais.
Excuse -moi, mais t 'as vu son derrière ? Oui.
Un cul à se tuer, non ? Mais j 'aime Maïbride.
Non, sûrement, mais même le cul de cette fille sous les yeux, si tu veux. Le
tiens -toi.
C 'était pour te motiver.
T 'as pas quelque chose de plus aigüe ? Je sais pas, moi, une citation.
Y a -t -il rien de plus parfumé, de plus pétillant, de plus enivrant que le
possible ? Pas mal.
Tire -en la leçon, plutôt.
C 'est qui, ce René Kierkegaard ? C 'est le réagenton de Maïbride.
Mais si, je te jure.
Ma hébride, quelle graine, c 'est sa petite -nièce.
Je suis désolé.
Elle va bien ? Oui, vachement.
Elle a couché avec moi la semaine dernière, elle m 'a pas fait depuis.
T 'as envie de me souper pour mon débat ? C 'est absurde.
J 'étais en train de dire que je ne te méritais pas.
J 'acquiesçais.
Vous êtes beaucoup trop bien pour lui.
Oh non, je fais tout ce que je rêve.
Une fille qui me dit ça, qu 'elle rêve de toi ?
Tu te rends pas compte, putain. Tu l 'épouses directement.
Non, non, non, non.
Elle est vachement bien. Je te jure, garde -la.
Putain. Elle est canon, ta copine.
Ça va, ça va.
Paul,
je suis un ami de...
Ben oui, je peux.
Ah, je peux aider.
Non, ça va.
Si, ça va me donner une contenance.
Parce que... Il y a ta belle -sœur qui me fait une Tesla de 12 kilomètres.
Je dois pas aller là -bas.
Voilà.
Avec ça, ça ira beaucoup mieux.
Mais elle fait pas la tête.
Tu la connais.
Ah non, je ne la connais pas, non.
Pas tellement, je sais pas. Je l 'ai vu trois, quatre fois avec Nathan. J 'ai
mis des couverts en argent, vous les piquez pas.
Tous ces gens réunis, ça fait un peu bizarre.
On s 'est imposés, là. On est en trop avec mon cousin, tout ça.
Je viens toujours en aiguë, alors.
Non, mais ça fait un peu repas de vieux, non ? Ah, je ne sais pas.
Nous sommes pleins de dignité.
Maintenant ? C 'est froid, hein ? Non, non, mais ça va.
Désolée.
C 'est ennuyeux, ici ? Non, pas du tout.
C 'était l 'alternateur, mais ça ne change pas.
Léo ? Alors, les potes ? On fait du feu ? Ouais.
Pourquoi ce type m 'appelle tant les potes ? Il m 'en veut ou quoi ? Non,
il nous aime beaucoup. Enfin, moins à moins, mais toi, il doit bien t 'aimer.
Je crois qu 'il fait de l 'esprit, tu sais.
C 'est peut -être très normal aussi.
Nous, on est anormaux, alors on comprend pas très bien, mais dire les potes, c
'est assez normal, non ? Nathan, des fois, il dit des choses comme ça.
Moi, ça me met à très mal à l 'aise.
On est à Rome, on fait comme les Romains. Ce type n 'est pas romain du
il est romain à sa manière.
Mon pote, on fait romain, non ?
Je sais plus laquelle.
J 'arrive jamais à me souvenir.
Mais il est à terre ou il est maître de compte ? Est -ce qu 'il a fini sa thèse
? S 'il a fini sa thèse, il est maître de compte.
C 'est sur quoi, sa thèse ? Tu sais pas sur quoi c 'est, sa thèse ? Tu lui as
jamais demandé ? Non, mais je veux pas l 'embêter avec ça.
Il change tout le temps, non ? Je sais pas.
C 'est atroce ? Non !
Bon, on va cette soirée.
On a envie de venir.
Il est un peu tard.
Elle a du travail pour demain. C 'est dommage.
Sous -titrage MFP.
C 'est dur quand même.
Je sais pas, tu dragues Jean -Jacques, c 'est hyper gênant.
Tu te jettes dans les bras de n 'importe qui.
Ah là là, ça y est, c 'est reparti, ça va recommencer, t 'es chiante.
Mais non, Esther, tu peux pas être amie avec les gens. Ben je suis amie. Mais
juste amie, pas forcément que le mec il te mette la main sur la jupe.
Chaque fois qu 'on te présente quelqu 'un, tu lui sautes au cou.
Et tu débarques chez lui le lendemain. C 'est pas vrai, c 'est n 'importe quoi.
Attends, Marc Ben Sayag, je t 'ai amené une fois chez lui.
Ça va pas recommencer avec cette histoire.
Vas -y, qu 'est -ce qui s 'est passé ? Rien, je suis passée là -bas un soir, je
te l 'avais dit au téléphone.
Et il n 'y a rien eu de mal, je suis sortie avec personne.
Non, si tu veux, Wayne.
J 'étais en Espagne, tu rentres à 6h du matin.
Je t 'ai appelé toute la nuit.
Super, putain ! Pour une fois que tu veux à ce point -là me parler au
Ne te tourne pas un peu autour.
Paul ! Je ne comprends pas pourquoi tu ne peux pas le taquer comme ça.
Je vois pourquoi tu me dis ça. J 'en ai rien à foutre de ce mec.
Je ne sais pas.
Juste, il n 'arrête pas de l 'envoyer chier.
Je me demande.
Est -ce qu 'il est chiant ? Mon frère, il est malheureux, mais il est marrant.
Bob, il est marrant aussi.
Et Paul, il est chiant. Il est prétentieux.
Il n 'est même pas foutu de terminer sa tête, ça fait simple.
Il a terminé sa tête.
Qu 'est -ce que tu en sais ? Ce n 'est pas un crime.
Non, quand on n 'est pas capable.
Mais lui, c 'est sa vanité qui l 'empêche de terminer.
Il a peur de se planter, c 'est nul.
J 'ai le droit de rentrer tard, quand même.
Tu ne vas pas commencer à... Bien sûr, excuse -moi, je n 'ai rien dit.
Juste, je t 'emmène chez Marc Benzaial, que tu ne connaissais ni d 'Eve ni d
'Adam.
Je te le présente.
C 'était assez sympa cet après -midi, non ? Deux jours plus tard, quand je
en Espagne, tu passes la nuit chez lui. Mais je ne te dis pas que c 'est
infidèle, je te dis juste que c 'est gênant.
Je ne sais pas par rapport à Marc.
Les heures du mat, ça fait tard.
Il te l 'a dit ? Mais non, il ne m 'a rien dit. On n 'en a pas parlé.
Juste, c 'est gênant.
Tu es atroce.
Non, ça va, non.
C 'est comme ce soir, Jean -Jacques, il te lève la jupe. Il était un peu saoul.
Oui, mais c 'est lourd.
Il te lève la jupe, il te drague. Après, vous allez fumer du chiffre. Je n 'ai
pas fumé depuis cinq ans. Mais c 'est ça qui est gênant.
Ça ne me gêne pas que tu fumes. Si tu fumais, ce serait normal.
Ce qui fait bizarre, c 'est que tu fumes jamais.
Tu le connaissais pas, Jean -Jacques, avant d 'arriver à la toile.
Vous avez fumé comme deux cons.
Quand j 'arrive dans un champ, vous êtes allongés.
Je m 'en fous, c 'est flippant.
Merde, par rapport à sa femme.
Bon, elle, c 'est une conne. Non, c 'est pas vrai. Et puis c 'est elle qui
recevait.
Alors après, il y a les deux putes brésiliennes qui dansent devant la télé.
Alors là, deux secondes, tu sympathises, normal.
Ça y est, je suis sortie avec les deux brésiliennes, maintenant.
Non, mais tu ne peux pas choisir.
Tu ne peux pas avoir ces deux filles, ces deux connes.
Merde, par rapport à Charmaine et Sylvia aussi, c 'est gênant.
Qu 'est -ce que t 'es, 22 ? T 'as honte, c 'est ça ? Moi, je les emmerde, tes
copains. Je sais.
Ça ne me fait pas plaisir.
De toute façon, ce ne sont pas tes copains. Tu ne les vois jamais.
Attends, Bob, c 'est pareil ? Je lui ai demandé. Je n 'étais pas sûr.
Je me suis dit, c 'est peut -être moi qui le prends mal bêtement.
Je vous imagine bien, tiens.
Bob a dû me cracher la gueule.
Regarde cette conne. Non, juste, c 'était atroce. C 'était une soirée
Quand je suis avec toi, c 'est horrible.
Tu m 'aimes plus ? Si.
Alors, quand on est à deux, ça va.
Mais on n 'a pas de vie, putain.
Les autres, ils s 'entendent bien. Ça va, c 'est pas dur pour eux, mais nous,
n 'a rien à voir l 'un avec l 'autre.
C 'est pas mal. Dès que tu parles, j 'ai envie de t 'étrangler. T 'es la pire
affaire que j 'ai jamais eue.
On ne s 'entend pas du tout.
Il y a un truc qui est sûr, c 'est que si on a été ensemble,
Et que je t 'aime énormément.
Parce que t 'es infiniment aimable.
Et je trouve qu 'on a moins, que la vie nous donne moins qu 'aux autres.
Et un jour, ça n 'ira plus, Esther, parce qu 'on ne peut pas s 'empêcher de
vivre tout le temps.
On ne peut pas s 'aimer si la vie ne nous donne rien.
Et ce sera triste.
Parce qu 'à deux, on était mieux que les autres.
Parce que notre amour vaut le coup et que le leur est tout petit.
T 'aimes bien Sylvia, hein ? Arrête avec elle.
Tu sortais avec elle avant nous ?
Elle est bien cette fille.
Ça compte vachement pour toi.
Tu sors avec elle ? Non, elle est avec Nathan, ça va.
Elle est super jolie, non ?
Oui, beaucoup.
Nathan, il est bien, aussi.
Nathan, c 'est mon ami.
T 'as des amis vachement bien.
J 'aimerais bien qu 'il soit mon ami. Je serais fier, mais... C 'est pas sûr.
T 'es méfiant, hein ? T 'es méfiant.
Dis -donc, tu rends quand ta traduction ? Demain. Faut que je me lève, il faut
que je mette un réveil.
T 'as pas fini ? Non.
C 'est pas vrai.
Et t 'es contente de ce que t 'as fait ? De ce que t 'as déjà fait ? Je sais
pas. J 'ai travaillé vachement et je crois que ça va pas lui plaire.
Tu veux que je regarde ? T 'as combien de pages ? Trois pages.
Donc moi, je lis pas. S 'il te plaît, te lève pas, tant pis. Il est trop tard,
cette traduction. Moi, je peux pas travailler si tard. Il est trop tard
moi. C 'est jamais trop tard.
Eh, ça va.
Ça me fait plaisir de te lire.
Il est où, ce mec ? Non.
Quel connard de tuer un rendez -vous un 1er janvier. C 'est vraiment chiant.
Tu vois, je crois que j 'ai fait un contresens dans le 2e chapitre, quand il
parle de Hegel. Mais moi, je comprends rien. J 'ai pas fait Hegel en classe,
moi. Moi non plus, j 'ai pas fait Hegel en classe. Et je ne parle pas anglais.
Oh, tu n 'as pas de chance.
J 'ai vachement de chance.
Je t 'aime.
Moi aussi.
Tu fais chier.
Tout le monde parle.
Mais qu 'est -ce que tu fous à la piscine ? Attends, je te rends pas la
question.
Attends, mais c 'est tellement embarrassant.
Attends, mais moi, ça me fait pas plaisir du tout.
Je te rends mal au ventre, mais très pénible.
Mais pas tant que moi.
C 'est la dernière fois que je viens, tu viens m 'emmerder ici.
T 'en fais pas, c 'est moi qui viens plus ici.
Je déteste ça, je fais semblant d 'assumer, mais...
Madame Kylvia, vous ne connaissez pas encore ? Non.
Bon, voilà, c 'est fait.
En tout cas, ça me prouve bien ma journée de te croiser ici.
Et heureusement, je dois m 'en aller, je travaille.
Je ne vais pas traîner non plus, je suis installé là -bas.
Je vais chercher ma serviette. J 'espère qu 'il ne m 'aime pas assister à ma
douche. Il m 'a déjà vu en maillot de bain, comme ça.
On ne t 'entend pas, non ? Alors, toi, accompagne Kylvia.
Moi, j 'y serai dans 10 minutes.
Il faut que je me sauve.
Je vous laisse. Salut.
Je ne te dis pas enchanté parce que je ne suis pas enchanté du tout.
On s 'évitera à l 'avenir. D 'accord.
J 'étais à Normal Sup avec Nathan.
Oui, je sais.
Ah.
C 'est beau, hein ?
Oui, oui.
On y va ? Oui, je suis installé là -bas.
Vous avez votre clé, parce que moi j 'ai ma clé. Je ne peux pas aller dans les
douches avec les autres types, là ça m 'angoisse terriblement. Alors je
traverse, mais je ne peux pas rester.
Mais si vous voulez, vous pouvez me récupérer à la sortie, juste après les
douches, en sortant.
Je m 'en vais.
Salut.
Excuse -moi.
Tu sors avec Nathan ? Ben, oui, un peu.
C 'est dommage.
C 'est aussi bien parce que je ne sais pas sortir avec une fille. Tu es avec
Nathan et puis on ne se connaît pas.
Tu vois bien.
Ouais.
Peut -être un jour, plus tard, je pourrai téléphoner.
C 'est un peu... Écrire.
Tu sais, par an.
Ouais.
Tu sais, par an.
Tu sais, je crois que je ne me remettrai pas de te connaître.
Tu crois qu 'il dort ? Je ne sais pas, ça revient.
Ça a été la soirée ? Ouf.
Qu 'est -ce que tu fais ? C 'est pour rester.
T 'as vu ? C 'est bien.
à côté.
Ça a été avec Patricia ce soir ? Je m 'en fous. Je l 'ai jetée.
Je ne peux pas.
Je ne vais pas tenir au forcing pour rien.
Je lui dis demain ou l 'an après.
Non.
Quoi ? Tu ne peux pas la virer.
Patricia, elle a un travail, elle a un appartement, elle a tout. Esther, elle a
rien.
Moi, je veux qu 'elle ait son école.
Je te crois pas.
Esther, tu la lourderas zéro. Tu l 'as déjà dit mille fois, Paul.
Alors, tu peux pas la quitter avant ? Ouais.
Si elle l 'a pas, c 'est la merde.
Mais si elle l 'a, moi, j 'arrête.
On va quitter ensemble.
Non. On se quitte avant.
Non.
Attends. Toi, tu l 'oses, Patricia. Comment tu fais ? C
'est que c 'est du bureau.
Ça fait dix ans que je suis avec cette fille.
Toi, Patricia, ça fait... Deux mois.
Elle t 'énerve, bon.
Tu peux attendre un peu, nous ? Tu
fais
chier. Tu attends six mois.
Après, tu fais ce que tu veux.
Allez, le 26 mai, tu seras peut -être moins con.
Pardon, monsieur.
Les copies, vous nous les rendez quand ? Pour les corriger, j 'ai presque fini.
Je le fais sérieusement, c 'est pour ça que je n 'aimerais pas les bâcler.
Mais la semaine prochaine, c 'est promis.
Monsieur ? Oui ? Vous avez été copains avec Rabier ? Oui.
Oui et non. On était anormales ensemble.
Oui, voilà.
J 'ai lu un article que vous avez co -signé dans Commentaire en 86 -87.
Mon Dieu, ça se vend encore, ils n 'ont pas brûlé ça, c 'est dommage.
Il paraît que Frédéric Rabier va venir enseigner ici.
Oui, j 'ai appris ça hier, mais je n 'étais pas au courant, mais c 'est
formidable ça.
Et ce serait lui qui donnerait le cours d 'épistémologie ? Et qu 'est -ce que
vous pensez de son dernier livre ? Je ne l 'ai pas lu, pas encore, je l 'ai dans
mon bureau, mais je pense que c 'est très très bien.
On le verra quand ?
Il fait un vernissage pour son retour à Paris, mais sinon, je ne peux pas vous
en dire plus.
Je ne sais pas du tout, mais j 'espère bientôt.
Qu 'est -ce qu 'il y a ?
Bonjour.
Je l 'ai tout froid.
Yvan est déjà là ? Oui, et ta sœur aussi.
Y a que mon fils qui est toujours en retard.
Et Yvan ? Il pleurait quand il est arrivé.
Il faudrait peut -être que tu le réveilles. Dans la chambre de Bob ? Oui.
Il est parti faire une petite pièce avant de manger.
Ah, c 'est toi.
Parait que t 'es malade ? Non, je suis en bonne santé.
Ça va pas aller, hein ? Non, je suis en bonne santé.
J 'ai peur de vivre pour rien.
Tu te souviens quand j 'ai appris le danois ? On s 'était dit que c 'était
emmerder le monde.
Un truc hyper difficile et qui sert à rien, tu vois. Un tout petit pays, loin.
T 'es comme une blague, ça sert à rien.
Puis après, moi, j 'ai passé le concours.
Et puis un jour, tu m 'as dit que c 'était bien qu 'il n 'y avait pas plus
ou utile que la politique pour approcher les cultures.
Bien sûr.
Ça sert à rien.
C 'est parce que t 'as peur de mourir. Non, j 'ai pas peur de mourir. J 'ai
de vivre pour rien.
De me réveiller un jour et de me demander à moi -même pourquoi t 'as
Et qu 'il soit trop tard pour recommencer.
T 'as des soucis, on peut en parler.
Alors là, tu vois, c 'est pas moi qui me doit.
Moi, je suis sauvé.
En fait, c 'est le contraire d 'une dépression, c 'est une ascension.
Voilà, il m 'est arrivé un truc.
J 'avais une étudiante qui s 'appelait Juliette. Ah oui ? Et hier, j 'ai amené
ma voiture chez le garagiste pour la révision des 50 000. Bon, vidange,
plaquettes de frein, ouais, ça va.
Non.
Juliette aussi.
Aussi quoi ? La révision des 50 000.
Ah.
Peut -être ses endroits pour draguer, disons.
Et après ? Bon.
On est un peu sortis ensemble.
Je regardais cette fille et je pensais que ça, elle en culottes qui dansait, c
'était l 'image la plus exacte de l 'esprit de fin.
Tu te souviens des petites flammes de la Pentecôte après Pâques ? Non mais c
'est la Pentecôte, tu te souviens de rien.
Le Christ s 'en va, il monte au ciel et au -dessus de la tête des apôtres, ils
sont à table, il y a des petites flammes qui dansent.
Et c 'est le troisième temps de Dieu. C 'est l 'absence de Dieu, mais qui
maintenant est une joie.
Et j 'aimais tellement voir cette flamme en elle.
Revoilà cette fille. Tu n 'es pas obligé de te convertir pour autant. Tu la
revois, puis tu la sautes, et c 'est vachement bien.
Attends, tu sautes la pente -côte, c 'est déjà pas si mal.
Non, mais ce n 'est pas tellement que... Je ne suis pas obligé de la revoir,
cette fille.
Je ne peux pas l 'épouser parce qu 'elle habite au -dessus de mon garagiste.
Eh bien, ne la revois pas, alors.
Moi, j 'aime son humanité.
Quoi ? Son humanité ? C 'est ton honneur, mais moi, j 'appelle ça un
Non, attends, ça, c 'est vrai que c 'est son derrière, et le reste aussi, qui me
donne accès à l 'incarnation.
Mais toi, quand le cou s 'en est allé, on est encore plus plein de sa présence
par l 'esprit, puisque la chair est rachetée.
Alors, je pleure tout le temps, mais je ne suis pas triste.
Je me suis rendu compte que l 'esprit saint, c 'est ça qui donnait un sens à
vie.
T 'es content de te coucher avec cette fille ? Non, pas seulement.
Je me rends compte que c 'est l 'humanité que j 'aime.
Toi, t 'es tout le temps amoureux. T 'es laïque.
Mais tu es con ou quoi ? Ce con veut devenir prêtre. Oui, alors ? Mais tu es
taré ou quoi ? Quand j 'étais communiste, déjà, ça ne venait pas,
jamais ce que je fais. Mais je ne vais pas me justifier, de toute façon, je ne
sais jamais bien. Mais justement, taré.
Non, mais c 'est vrai.
Yvan, quand on est normal, il ne fait pas une chose et son contraire. Tu fais
'une ou l 'autre.
Et la dialectique ?
Et la Sainte Vierge, tu crois ça, la Sainte Vierge ? Tu réponds sincèrement.
Oui. Menteur ! En un certain temps, j 'y crois.
Mais t 'es généreux et altruiste comme Arpagon. Tu te fous de nous ? Mais non,
je me fous pas de toi. Ah, con ! T 'es pas catholique, tu vas pas la mettre,
alors fous -moi la paix. Je suis pas ton prêtre, je vais être un prêtre. Mais c
'est un mot furieux, ce truc.
Tati, viens voir.
Tu veux quelque chose ? C 'est pas une histoire de morale bornée.
Je n 'ai pas la foi, bon, je n 'en souffre pas.
Toi, tu en souffres beaucoup plus.
Et le mérou ? Quoi ? Non, parce qu 'il sort avec le mérou.
Tu la laisses en dehors de ça.
Tu renonces à tes vœux de chasteté ? D 'abord, c 'est des vœux de célibat. Ça
va, je vais la tirer deux fois, je vais me faire lourder.
Elle est couverte de gosses, elle a un mari, alors c 'est pas la peine de me
casser la baraque. Putain, tu me laisses les deux semaines. Tu sais que si t 'es
prête, t 'auras plus jamais droit.
Tati, viens voir, parce qu 'il faut que Tati en profite.
Tati, regarde -moi ces deux abrutis.
Attends, faut relativiser. Dieu va pas descendre du ciel parce que je tire un
coup. Non, mais c 'est une religion de pardon.
Faut pas non plus... Je sais pas, c 'est une église vivante aussi.
Hé, je suis un pêcheur. J 'ai pas dit le contraire. Je suis pas Calvin, hein.
Bob.
Hé.
Tu sais pourquoi je me suis disputé avec Frédéric Rabhi ? Rabhi ? Oui.
Parce qu 'il va travailler à la fac, alors je vais sûrement le croiser.
Et je me pose la question la plus stupide qui soit.
Est -ce qu 'on se salue encore ou non ? Faut toujours mieux ne pas être celui
qui salue le premier.
Laisse le faire, tu verras bien.
S 'il te snob... Mais je lui en voulais beaucoup, pas ? Vous étiez
tellement amis.
Comme t 'en parlais pas, j 'ai pas osé te poser de questions.
Je sais pas ce qui s 'est passé.
Moi non plus.
Mais je faisais peur ou...
Non. Mais j 'ai changé.
C 'est dur à dire, on est de la même famille.
Par rapport à quand ? Quand t 'avais 9 ans ? Pas tellement.
Ouais.
Attestation de Doug.
C 'est ça.
Il est dégueulasse, ton formulaire. Tu pourrais pas écrire proprement. On s 'en
fout. Mais le stage à Liverpool, c 'était 90.
Été 90.
J 'ai oublié. Comment tu peux oublier ça, Esther ? C 'est parce que tu fais
attention.
Tu vas pas devenir traductrice avec un coup de baguette magique.
Oui. Bon, trois photos maintenant.
Merde. Faut poster avant minuit.
Ils vont pas nous faire chier.
C 'est un concours national, ma chérie. C 'est important.
Tant pis, on abandonne. Non, tu fais pas très traductrice, là.
Tu trouves que je fais quoi ? C 'est ça.
C 'est ça, il est 11h30.
Bon,
pas trop sévère.
Pas déluré non plus.
Gracieux, grave.
Ça s 'est bien passé ?
Quatre
minutes.
Ah. La quatrième, c 'est pour toi.
S 'il te plaît.
Oui.
Tu fais un enterre, je croyais que tu étais à la Sorbonne.
Oui, mais c 'est parce que je devais prendre des intitulés de cours.
Ah ! Pour mon DEA.
Et t 'as pas peur de te faire manger ici, parce qu 'il n 'y a que des noirs
des communistes. Oui, mais ça va.
À la Sorbonne.
Et c 'est par hasard ? Oui.
C 'est drôle qu 'on soit croisés. Oui, je suis venue chercher des intitulés.
C 'est pas mal.
En fait, je suis rien venue chercher, je voulais te rencontrer.
Oui, parce que j 'ai lu un article de toi sur la logique.
Et c 'était génial.
T 'es pas obligé. Ah non, non, c 'est pas... T 'es pas terrible, mais enfin...
C 'est fait, c 'est fait.
Non, c 'est pas vrai. J 'ai adoré cet article et je voulais te demander de
diriger mon DEA.
Enfin voilà, si ça ne t 'embêterait pas.
Je vais essayer de lire des trucs pour toi.
Mais je ne retrouve pas ce machin.
Bon, je fouille.
Ah, ça, c 'était bien.
Ça pourrait être bien, oui.
Ça t 'embêterait si on citait Adorno ?
au plan des canons. J 'ai trouvé 11 000 trucs pour préciser. Ça va, c 'est pas
très difficile.
Ça va être que amusant.
Tiens, mais c 'est Frédéric Rabier.
Oui, c 'était à Ulm. La même promotion.
Oui,
Nathan est pas dessus.
Il était malade ce jour -là.
Et toi, t 'es où, toi ? Je te vois pas.
Je suis là.
Mais personne me reconnaît sur cette photo.
Tu trouves que j 'ai changé ? Non, non, c 'est bien toi. C 'est même tout à fait
toi, avec cet air sombre.
Qu 'est -ce que tu racontes ? Je rigole.
Je sais pas. Peut -être que c 'est parce que t 'es dans l 'ombre. Moi, je trouve
que t 'as l 'air sombre.
Elle m 'a demandé pour sonder E .A.
T 'as accepté ? Oui et non. Pas encore.
Cette fille est dingue, ça se voit.
Elle porte une alliance à l 'index, ce qui a priori est inquiétant.
T 'es un trouillard, ça va, c 'est un anneau.
Tu as remarqué ? Elle a une alliance, même si elle n 'est pas mariée.
Si ça ne scelle rien, c 'est un anneau, simplement, pas de pierre.
Mais même si c 'est un anneau qui a perdu sa pierre, ce qui m 'étonnerait
grandement, l 'absence de pierre le constitue en alliance. Et que cette
ne scelle rien aggrave le symptôme plutôt qu 'autre chose.
Ça ne m 'impressionne pas, ton fils.
J 'ai un peu l 'impression qu 'elle a du goût pour moi. Elle est jolie.
Tu as accepté pour son débat ? Non, mais qu 'est -ce que tu ferais toi ? Moi, je
ne devrais pas sortir avec.
C 'est trop peur.
Oui, mais moi, c 'est parce qu 'elle fait peur, ça me stimule. Un défi.
Soyons pas timorés, merde.
Tu verrais ma mère. Tu perds peur.
Je ne vais pas me laisser intimider.
Je déteste être ici.
Je suis encore plus ridicule de sécher.
Dis -moi, tu ne trouves pas que ça fait un peu cuistre ?
Bon, ben va lui dire bonjour.
Non, non, tu rigoles, non, vas -y, moi je prends la température, vas -y. Non
mais moi, je le connaissais beaucoup moins que toi.
Puis il n 'aime pas mes livres.
Ça c 'est parce que c 'est un con.
Il ne touche pas aux merdes.
C 'est de la peinture.
Tu sais ce que c 'est de la peinture ? Réponds. Tu sais ? Oui.
Ben moi je ne sais pas.
Je sais que ce qui est admirable...
T 'en attends, moi je crois que je ne peux pas aller plus loin. Quoi ? Je t
'attends. Non,
non.
Ne comptez pas sur moi pour le
commentaire.
Tous les commentaires s 'arrêtent.
Là, il n 'y a pas d 'échappatoire.
Il n 'y a que de la violence.
Van Gogh, ça vous nique la tête.
Vous êtes vraiment amis avec lui ?
C 'est à vous ? Oui, bien sûr. Il me suit toujours.
À moins que ce soit moi qui le précède.
Personne ne sait.
Est -ce que tu as une âme ? Ou n 'es -tu qu 'une machine poilue ? Regardez -le.
J 'étais comment pendant toutes ces années ? Un peu
énervé.
Mais assez marrant.
Comment j 'ai... Je ne l 'ai pas dit à Patricia.
Ne déconne pas. Mais non.
Tant que tu ne vois pas l 'esprit simple.
Mais alors, tu as couché avec cette fille.
Oui, oui.
On ne rigole pas des masses.
Le coup de merde, c 'est pas mal.
Oui, c 'est pas mal.
Non, mais raconte.
Il n 'y a pas grand -chose à raconter. Il n 'est pas très brillant.
Parce que j 'avais un peu peur, tu vois.
Il y en a un qui est genre Sylvie.
Non, non, c 'est pas... Non, ça va. Genre Patricia.
Non, faut pas rêver, tu rigoles.
C 'est pas une fausse belle.
Bon, oui.
Mais elle comprend pas grand -chose.
Ah.
Par exemple, excuse -moi, elle a un stérilet.
Non. Mais remarque, elle est peut -être obligée.
Non, elle est dingue.
Non, mais tu sais, il y a des filles qui peuvent pas prendre la pilule. Pour des
raisons morocales, elles peuvent pas prendre la pilule.
Moi, je crois qu 'elle est dingue.
Elle est un peu genre.
pieds aussi.
Tu vois, quand elle est au -dessus, elle est sur les pieds, pas sur les genoux.
Elle se la joue, quoi.
Arrête, mais ça peut être sympa, pieds.
Elle est généreuse. C 'est touchant.
Puis ça change, non? Sur le principe, oui, mais elle est vachement genre
en fait, pour être clair.
Non, mais genoux à force aussi.
C 'est un peu flippant.
Genre catéchisme.
Non, c 'est pieds, genoux.
Regarde. Ça fait chrétien de gauche, ça fait à l 'aise dans mon corps de femme,
tout ça.
Oui, un peu.
Les pieds, quand même.
Ça fait le fol de son corps, tout ça.
Oui, c 'est un peu dégueulasse.
Ah oui, elle ne fait pas de bruit.
Enfin, pas beaucoup de bruit, tu vois, mais des trucs bizarres.
Du genre ? Elle tremble, et des trucs comme ça.
Oui, mais ça, c 'est pas terrible.
Elle ne fume pas.
Ah non, putain, c 'est dur, ça ne rigole pas.
Tu vois, tu comprends maintenant.
Qu 'est -ce qu 'elle a ? Rien, elle est chiante.
Il remarque que c 'est peut -être à cause de son mec aussi.
Regarde -toi avec Patricia au début, ça ne rigolait pas. Moi avec Esther,
pareil. Non, ça va s 'arranger.
Tu sais, il y a un truc bizarre.
Quoi ? Ben, quand tu l 'embrasses... Ouais ? Excuse -moi la crédité.
Vas -y, vas -y.
Genre, quand tu lui bouffes la chatte, tu te sens engueulé.
Genre, faut pas abuser, quoi. Ah ouais, non, là, c 'est grave.
Là, tu peux plus rien faire, quoi.
Euh... Et le derrière, c 'est interdit. Ah non, ça, tu penses même pas.
Remarque qu 'à un moment, vaut mieux, hein.
Comme ça... Comme ça, tu peux te trier les problèmes.
Ouais, enfin, voilà.
Voilà, voilà.
C 'est une bonne chose de fait, quand même.
Ah oui, c 'est bien.
Ou pas, ça fait pas rêver, quoi.
Oui, un peu.
Oui, un peu.
On verra.
Si Paul et Nathan s 'aiment de toute la certitude qu 'ils ont chacun de ne pas
être l 'autre, Bob est persuadé qu 'il l 'est Paul, et Paul n 'en est pas loin.
Si Nathan et Paul diffèrent assez pour agir de manière très semblable, le
mimétisme entre Paul et Bob est si fort qu 'on peut dire que Paul s 'appuie sur
lui pour oser lui sembler constamment et radicalement à Bob.
Les deux cousins se ressemblent tant qu 'ils agissent de manière strictement
contraire, sûrs au bout du compte de se retrouver identiques l 'un à l 'autre.
On pourrait ainsi dire que leur ressemblance leur permet d 'avoir deux
celle que mène Paul et celle de Bob.
Puisque Bob porte des polos, Paul considère que par son intermédiaire, il
connaît suffisamment le charme pour expérimenter les chemises.
Ce dont Bob lui est reconnaissant, puisqu 'en regardant Paul, il a un peu l
'impression d 'en porter lui -même, et que sa vie de polo ne lui interdit pas
plaisir des chemises.
De la même manière, Paul s 'est chargé d 'explorer les chemins douloureux de la
rupture,
de la séduction.
Chaque fois que Paul rompt avec une fiancée, Bob en ajoute une à son
de l 'ombre à l 'arbre leur font partager et la douleur vivifiante de la
et l 'enthousiasme, parfois mélancolique, des conquêtes trop
'ai prête, elle te va super bien.
C 'est trois fois trop grand pour lui, c 'était ta taille. Mais sois pas
blessante avec Paul.
Non mais Paul, je suis désolée, mais t 'es beaucoup trop petit.
Tu trouves que je suis trop petit, mais tu veux dire en général ou pour la veste
? Tu trouves ça outré ? Ah non, ça fait canon ça.
Audacieux. Non, parce que l 'autre veste, tu vois, je n 'osais pas le dire,
je ne suis pas fou. Quoi ? Je t 'en supplie. Vas -y.
On arrête maintenant. T 'en vas, hein ? Là, t 'es total classe.
C 'est pas mal, non ? T 'es content ? Ça fait crape.
Je ne me suis pas réinscrit, finalement, pour le doctorat.
Je continue l 'internat.
C 'est peinard, mais je laisse un peu tomber le reste.
Et je vais réfléchir un peu.
Un quoi ? Je ne sais pas.
Ce qui se passe avec Valérie.
Ce qui se passe pour moi avec elle.
Qu 'est -ce qui s 'est passé ? Valérie s 'est fait avorter il y a un moment.
Elle était enceinte et elle l 'a fait sauter.
Bon, elle n 'a pas rien fait pour l 'en empêcher.
Elle a commencé par abandonner son appartement et elle s 'est retrouvée à
rue. Elle a mangé ses affaires à droite, à gauche.
Rien chez moi, mais elle était tous les soirs chez moi, sans tes affaires, pour
pas me brusquer, elle disait.
On s 'est disputé une fois.
Je me souviens, c 'était idiot.
Elle gueulait parce que j 'avais pas de sèche -cheveux.
Ce qui est normal.
Qu 'est -ce que je foutrais d 'un sèche -cheveux, tu m 'imagines ? Un jour, il y
a eu une dispute énorme.
Elle voulait absolument que je lui achète un sèche -cheveux.
Elle voulait pas apporter le sien.
Elle en avait un chez une copine où il avait ses habits.
Nice en achetait un. Elle voulait que moi, je lui achète un sèche -cheveux
chez moi.
J 'ai refusé.
Je ne savais pas si elle voulait un modèle comme ci ou comme ça.
Je trouvais ça idiot.
Et puis, il m 'est venu une idée.
Un jour, je me suis dit, on parlait, je lui ai dit que les garçons avaient le
choix entre deux options, être des salauds ou insuffisants.
C 'était une idée stupide pour l 'agacer et lui plaire, mais l 'idée m 'est
restée dans la tête.
Je suis assez insuffisant avec Valérie.
Très heureux, mais assez minable aussi, tu vois.
Mon travail, tout ça.
Je sais bien que Valérie n 'a rien à voir avec le fait que je sois minable ou
non.
Mais elle avait à voir avec le fait que je ne sois pas salaud.
Alors je faisais mes calculs.
Il faudrait que je fasse une saloperie énorme à Valérie pour au moins commencer
à arrêter d 'être minable.
Je me disais, j 'aimerais au moins avoir le choix entre les deux options.
Bon, on en était là.
Et puis là, elle est tombée enceinte.
Et puis là, elle m 'a dit qu 'elle allait se faire avorter.
Un fois.
C 'était complètement con, parce qu 'elle avait plutôt envie d 'un enfant.
Moi aussi, tout allait bien.
Mais elle a dit qu 'elle allait se faire avorter.
Par provocation.
C 'était pas plus grave que le fait. Elle voulait simplement que je dise non.
Elle savait que j 'avais compris ça.
Que tout ce qu 'elle me demandait, c 'était de dire non.
Alors je me suis dit, elle veut quelque chose en plus.
En plus d 'habiter chez moi et d 'avoir un enfant.
Elle ne veut pas avoir un enfant, non. Elle veut que je l 'empêche d 'être
égoïste, ou peureuse, ou plus amoureuse.
Mais moi, quand est -ce que je suis égoïste, que je ne dois plus répondre à
défis ? Et devant moi, ça a tracé comme un chemin tout droit pour être minable.
Mon objet, sans une chance de m 'en sortir, sans émission.
Alors je lui ai dit que j 'allais me donner une chance, une.
J 'allais ne rien dire, elle aurait son gosse, je serais père, formidable, mais
je ne dirais rien.
Et du fait de ce silence, ça irait mieux.
On s 'est couché, assez content.
Sauf cette petite chose que je n 'avais pas dit non.
J 'avais dit quelque chose comme, ah bon, tu veux te faire avorter, c 'est
Le lendemain matin.
Elle m 'a demandé de l 'accompagner à la clinique.
Et j 'ai commencé à avoir peur.
Mais j 'ai dit que j 'avais du travail. C 'était vrai que je ne pouvais pas l
'accompagner.
Je ne savais rien qu 'elle voulait un enfant.
Elle en parle tout le temps.
Elle habitait chez moi.
Elle m 'a appelé au travail à 11 heures.
Elle m 'a dit qu 'elle se faisait opérer à midi et qu 'elle aimerait bien que je
sois là. Je lui ai dit que je ne pouvais pas venir, mais que je la verrais ce
soir à la maison.
J 'ai commencé à avoir très peur d 'essuyer tout ça. Je me disais, Jean
-Jacques, pour une fois, tu peux être un peu salaud, ne cède pas.
Peut -être elle n 'est pas à l 'hôpital.
Elle est à l 'appartement.
Elle appelle pour que je dise la chose qu 'elle veut toujours en plus.
Je ne lui donnerai pas.
Je suis rentré assez tard et elle était couchée.
Elle s 'est réveillée.
Elle était toute pâle.
Et elle m 'a dit, rassure -toi, tout s 'est bien passé.
Et elle m 'a dit qu 'elle allait chez une amie pour se détendre.
Bien sûr, c 'était une héro, elle disait qu 'elle allait chez une amie pour se
détendre.
Moi, très doux, je lui ai dit d 'accord.
Elle est restée dernière là -bas, ou je ne sais pas.
Moi, je me suis couché.
J 'ai un peu pleuré de peur.
Et le lendemain, elle est venue à la maison pour remplir ses papiers de
sociale.
Pour que je vois qu 'elle l 'avait vraiment fait.
Puis elle m 'a dit, je m 'excuse.
J 'espère que tu t 'excuses aussi.
J 'ai fait signe que oui.
Et entre nous, tout était devenu de la haine absolue.
Voilà.
Je vais dire un truc que je ne répéterai pas.
Je le dis une fois et c 'est tout.
Cette fille ne veut pas d 'enfant.
ni de ses cheveux, parce qu 'elle n 'a besoin de rien, parce qu 'elle est très
forte. C 'est pour ça que tu es pris au piège.
Tu voudrais qu 'elle te craigne, comme, je m 'excuse, elle a peur de moi.
Tu te dis, merde, cette fille a peur de lui et pas de moi, je vaux moins que
rien.
Alors, ne me parle pas de tes sentiments et de ce que tu aurais dû et de toute
cette merde.
J 'ai avéré à calculer pour que son existence soit une offense à ta dignité.
Comme ça, tu te méprises de la haïr et elle peut continuer à t 'avélir
tranquillement et jouir de ta paralysie.
Et la seule chose que tu dois apprendre, c 'est que ça n 'est pas sale ou
meurtrier de la détester, mais que c 'est normal et amusant et que tu
vas gagner.
J 'ai appelé pour ta mère.
Quoi ? Sylvia m 'a raconté l 'anecdote sur ta mère.
J 'ai trouvé ça super émouvant que tu racontes que tu discutes avec elle, même
si c 'est dur pour elle.
C 'est pas vraiment dur pour elle, tu sais, elle est morte.
C 'est facile de dire du mal de ses parents quand ils sont vivants.
C 'est beaucoup plus difficile quand ils sont morts, non ? C 'est bien mieux.
Attends, ta mère est pas morte.
Si.
Non mais ça la rend pas plus sympathique pour autant.
Qu 'on sert du sac à dégénérer, comme quoi on est puni par là où on a péché.
Quoi ? Non,
je dis ça parce que ce n 'était pas une très bonne mère.
Je ne fais pas un très bon fils non plus.
J 'arrête, j 'en fais des tonnes quand t 'as pressionné, c 'est mieux.
Elle aimait ta mère alors ? Elle est morte, je te dis.
Arrête de rire, c 'est vrai.
Un seul couvert.
Paul et Valérie parlent du DEA, puis Valérie raccompagne Paul, ils vont
ensemble.
Tout semble les éloigner, le sérieux est la violence de Valérie, l 'ironie est
la douceur de Paul.
Pour cela même, ils ne peuvent faire autrement que de tomber amoureux.
Parce que Valérie frémit d 'abord de rage puis de délice devant les
de Paul, et parce que Paul trouve la clarté de Valérie plus profonde que son
ironie dont il est fatigué.
Là, Valérie lui parle de Sylvia.
Enfin, dire que Paul n 'a pu en parler avec personne pendant toutes ces années.
Aujourd 'hui, Valérie lui rend Sylvia.
Pendant trois ans, Paul a été malade de silence.
Aujourd 'hui, il se saoule de parler.
Il lui raconte qu 'il n 'avait pas cette fille -là avec qui il sortait pourtant,
alors il avait toutes les autres.
Comme elle ne lui donnait aucun droit, il n 'y avait pas de fille qui lui en
donna moins que celle qu 'il aimait.
Ainsi, il avait plein de femmes et souffrait de la faute d 'une seule.
Un jour, un ami commun qui ignorait tous les amours secrètes de Sylvia avait
entrepris de raconter Paul de l 'antenne.
Quoi n 'avait pu s 'empêcher de demander Sylvia ?
Dans la même seconde, elle espérait désespérément que l 'ami condamne Paul à
'échec qu 'elle avait prévu et qui lui faisait préférer Nathan à Paul.
Et elle ne brûlait pas moins que ce vague ami sauve Paul et du même coup l
'amour qu 'elle s 'en voulait déprouver pour lui.
Rien. Il est très gentil, mais rien.
Il est surtout vachement plus malin que toi, non ? Parce que toi, t 'es super
con, non ? T 'es un connard ! En attaquant l 'ami, elle se défendait elle
Paul, de son côté, avait entendu le même ami commun raconter Sylvia.
Tu la connais pas ? Non.
Elle fait quoi ? Elle a arrêté les cours.
Elle rame.
Nathan la pousse un peu dans l 'édition.
Un peu une ratée.
Je trouve qu 'elle a l 'air super intelligente.
Paul avait bondi sur l 'occasion pour avouer pour la première fois en public
combien il a trouvé charmante.
Jusque -là, il avait dû prétendre ne pas la connaître.
C 'est marrant de m 'adorter là.
Paul était professeur. Il se voulait écrivain et, modestement, pensait -il, s
'accordait Laurent de critique, ce qui lui semblait un parfait moyen terme
mérité entre ses activités et ses aspirations.
Sylvia, qui aurait voulu enseigner, ne faisait que du secrétariat.
Quand Paul et Sylvia étaient ensemble, Sylvia aimait rappeler à Paul sa vraie
fonction. T 'es prof.
T 'as une tête de prof.
Je ne suis pas prof, je suis critique, répondait -il après.
pour cacher derrière ce faux engueuil sa tristesse de n 'être pas écrivain.
Non, non,
non, t 'as fait deux, trois critiques, pas du tout, t 'es prof ! Elle savait qu
'ainsi elle blessait Paul, qui n 'arrivait qu 'à opiner.
Paul ne pouvait s 'empêcher de sourire, tant Sylvia semblait joyeuse d 'être
méchante.
Ce que Paul lui -même n 'entendait pas dans ces soudains accès d 'altruisme, c
'était son envie de la moucher.
Il transformait en dévouement la vengeance qu 'il brûlait de lui infliger
la faisait trembler quand elle le défiait.
Combien aurait été différente l 'histoire de Paul et Sylvia si un jour
osé tenir devant la joie mauvaise de Sylvia ? Elle haïtait Paul à la fois de
pas voir sa pauvreté à elle et de la voir trop bien.
Elle l 'aimait pour les mêmes raisons, parce qu 'elle se voyait triomphante
son admiration.
et encore sauvable dans son souci d 'elle et son labeur.
Enfin, elle connaissait quelqu 'un pour qui ça ne soit pas facile.
Tu trouves ça malsain que je te parle de ça ? Non, ça va.
Parler d 'une fille à une autre fille.
Si tu l 'aimes, c 'est normal.
Je crois que tu vas m 'en vouloir.
Pourquoi ? J 'ai un truc à te dire.
Tu vas me prendre pour un imbécile.
Tu vas en penser du mal de moi. Ça m 'emmerde de te raconter. De quoi je vais
penser du mal de toi ? T 'as tué quelqu 'un ? T 'as battu tes parents ? Non.
Non.
Je crois que j 'ai envie d 'habiter avec Sylvia.
En fait, j 'ai déjà commencé à chercher un appart.
Et d 'ici là, elle va s 'installer chez moi.
Tu vois, j 'en conçois une mauvaise opinion de moi.
Pas du tout.
Regarde -moi.
Pas du tout.
Je trouve ça vraiment bien.
Je ne sais pas quoi dire.
Tu devrais vivre avec une fille.
Pourquoi tu me défends ? Tu penses à tes ourlets.
Non, je sais pas, tu fais plus gaffe à rien.
Je sais pas, tu fais plus gaffe à quoi tu ressembles.
Là, je travaille tout le temps, j 'ai l 'air malheureux.
Je devrais vivre avec une fille.
Oui, sûrement.
Non, mais c 'est vrai ce que je te dis. Non, non, sûrement.
Tu cherches pour un appart ou t 'as besoin d 'un coma ?
Je dis ça parce que tu sais, Bob, il a des trucs. Mais toi, pourquoi tu ne
cherches pas un appart pour toi ? Moi, c 'est compliqué.
Non, mais elle a l 'air vachement bien, Sylvie.
Ouais.
Ouais, elle m 'épate.
Non, je vais bien.
Je suis tombé.
C 'est pas mal, ça.
Non, je m 'excuse.
Vous pouvez continuer.
C 'est beaucoup qu 'il n 'a pas
peur.
Ah, il y a la lampe aussi.
Vous voulez que je la mette ?
Avant
la temps, je merdais, t 'aurais pas voulu de moi.
Mais tu sais, je suis un peu terne comme fille.
Si tu m 'avais, tu le verrais que je suis terne.
Je pense que Nathan m 'a sauvée, qu 'il m 'a laissée l 'aider, par exemple, que
je m 'en sois.
Toi, tu peux rien pour moi.
Tu peux rien pour toi, déjà, alors.
On se rencontre avec quel argent ? Où ? T 'habites où ? Chez mon cousin.
Je veux pas habiter avec ton cousin.
Alors ? Où ? Hein, dis -moi, t 'as des amis ?
À part Nathan ? On verrait qui, sinon ? Parce qu 'on pourrait plus voir Nathan.
On sera deux, enfermés, on sait pas où, sans argent.
Et t 'auras envie de me tuer au bout de deux jours. Moi, j 'aurais envie de te
tuer au bout de deux jours.
Alors ça serait sordide.
Tu vois ? Tu m 'aimes ? C 'est un peu sordide.
Mets un front.
Voleur.
Au printemps, Esther est reçue à l 'école de traduction de la Sorbonne.
Paul lui annonce aussitôt qu 'il la quitte.
Esther pleure.
Paul dit qu 'il peut maintenant la laisser parce qu 'elle a une vie à elle
'elle doit être fière de sa réussite aux examens.
Esther lui dit qu 'elle ne sait pas quoi dire.
Ils décident tous les deux de ne plus voir du tout pour moins souffrir.
Mais Esther ne tient pas ses engagements et vient souvent revoir Paul pour
chercher à comprendre.
C 'est fini là.
En rond.
Je casse. Voilà. Je ne veux plus sortir avec toi.
Tu dépends trop de moi. Je ne veux pas sortir avec une fille si je ne sais pas
comment ça se termine.
Non,
c 'est pas absurde.
Entre les gens, c 'est fait pour se terminer.
Ça termine toujours.
C 'est pas de ma faute, c 'est universel.
Alors j 'ai besoin de pouvoir imaginer comment ça va se terminer, c 'est tout.
Ne me dis pas que tu me lourdes parce que tu n 'arrives pas à imaginer la
rupture, c 'est sûr.
C 'est pas la bonne raison, ça me dégoûte. Ça m 'angoisse que tu dépendes
moi, tu comprends ? Je ne dépends pas de toi, pour qui tu te prends ? Super,
super si tu ne dépends pas de moi.
C 'est comme...
C 'est comme si moi je vis avec ta responsabilité dans mes mains.
C 'est trop lourd.
Personne ne peut vivre en portant la responsabilité de quelqu 'un d 'autre.
Personne.
Je m 'en sors pas.
Tu vois pas, je m 'en sors pas.
Je porte ta responsabilité aussi.
Mais tu portes rien. Tu sais pas ce que je fais.
Pourquoi, comment, avec qui, qui m 'amuse.
Ce qui me rend triste, tu vois.
Je ne sais rien.
Tu es heureux avec mon grand -père.
Bien sûr, je suis heureux avec toi.
Tu es la meilleure fille du monde.
Pourquoi tu veux me quitter, alors ? Parce que je n 'ai pas vu le temps
C 'est lourd, tu me pèses.
Quand on veut tuer ton chien, on dit qu 'il a la rage.
Je suis enragé parce que tu m 'enrages. C 'est comme une moule, tu pèses deux
tonnes. Tu sais parce que tu es énervé.
Non, je ne suis pas énervé. Je n 'ai pas des humeurs comme une météo de merde.
Mais ça fait trois ans que je dois rendre ma thèse.
C 'est idiot, mais je fais une dépression, là.
Regarde -moi.
Compare avec Nathan ou Bob.
Je deviens raté.
Je rate ma vie. Mais si je rate ma vie, je vais t 'en vouloir, Esther. C 'est
normal.
Putain, j 'aurais bien voulu qu 'on la gagne ensemble, mais on la perd
Tu vois pas ? J 'ai plus de force.
Tu peux pas m 'aider.
T 'es amoureux d 'une autre fille ? Oui.
C 'est triste.
Je la connais.
C 'est affreusement triste.
Qu 'est -ce que je peux dire pour que tu changes d 'avis ? Justement, tu sais
pas ce qu 'il faudrait me dire. C 'est pour ça qu 'on se quitte.
C 'est débile. T 'as qu 'à me dire ce que je dois dire et je le dis.
C 'est pas possible.
C 'est parce que tu es comme tu es. C 'est bien.
Sauf qu 'il faut que je m 'éloigne.
Alors c 'est pas bien. Dis -moi, qu 'est -ce que tu avais besoin ? Je sais pas.
Tu m 'aurais dit...
Je voudrais prendre un appartement avec toi.
Une pavade pour dormir.
Mais si je suis obligé.
Ça se voit que tu veux ça. Tu ne le vois pas ? Je suis obligé de te le dire pour
que tu te rendes compte que tu prenais un appartement.
Je le savais déjà que je le voulais.
Non, tu le fais pas pratiquement. Tu le voudrais.
C 'est à moi de te l 'apprendre pratiquement.
Pour moi.
Non, j 'en ai marre, Esther.
Bon, on va pas parler d 'appartement, ça va t 'énerver.
Qu 'est -ce que je dois dire pour que tu changes d 'avis ? Je dois dire d
'autres trucs.
Que tu crois que je t 'aime.
Ça, j 'en suis pas si sûre.
Mais je peux le dire.
Je crois que tu m 'aimes.
Voilà, c 'est tout ? Non, tu dirais aussi, bien sûr que tu me tromperas.
Ouais, ça j 'en suis sûre.
Ça, ça ira si tu ne me trahis pas.
Et si un jour nous rompons, tu ficheras le camp d 'appartement et moi je
continuerai ma vie.
Comment ? J 'aurais fait comment ?
Je sais que tu as peur d 'elle qui gagne l 'argent, qui gère l 'argent, qui
ramène l 'amour, qui gère les amis. Et que tu as peur que sans toi, c 'est -à
-dire sans moi, je serais déclassé et ma vie rompue.
Mais justement, non.
Vois ce que je t 'apporte.
Sans moi, tu serais tellement moins bien.
Je ne suis pas sûre que tu serais moins bien sans moi. Mais j 'aurais voulu que
tu me dises.
Tu ne retrouveras jamais quelqu 'un comme moi.
Vis avec moi parce que je te survivrai. Bien sûr je te survivrai, mais moins
bien qu 'avec toi, connard.
Parce que je t 'aime, et aussi parce que je connais que toi, et aussi
parce que tu es un garçon plein de qualité.
Non, je suis plein de méchanceté, de bile et de mesquinerie. À côté de toi,
ne peux plus bouger de peur de te casser.
Dis -moi que tu ne m 'aimes pas.
Je ne t 'aime pas. C 'est vrai.
C 'est pas vrai.
que j 'aimerais jamais personne.
T 'es comme mon cœur, mon sang, mes yeux.
Je pense que tu es le pire salaud que j 'ai jamais connu !
T 'es chiant.
T 'étais nul avec moi.
Je m 'emmerdais avec toi.
T 'es nul avec nos filles, de toute façon.
Un livre de Jean -Luc Marion.
Ça te fait plaisir, non ? Non, je... Prolégomène à la charité, c 'est pas
Oui, mais ça a l 'air calé.
Non, mais tu sais, je m 'intéresse à la théologie.
J 'ai dû lire tous ses livres, mais celui -là, j 'ai dû l 'offrir cinq fois.
Je suis contente d 'être la sixième.
Ça me touche.
Tu as pensé... Je n 'ai pas fait que t 'aimerais lire ça.
Tu aurais pu m 'offrir des bijoux, quand même.
Et tu m 'offres un livre de l 'autre emmerdeur, Jean -Paul... Jean -Luc. Jean
-Luc je -sais -pas -quoi.
Attends, tu m 'avais dit que t 'adorais Jean -Luc Marion.
Non, mais...
Je plains la malheureuse.
Et encore, s 'il y en a une assez conne pour se taper l 'emmerdeur en chef, Paul
Dédalus.
Je ne sais pas pourquoi tu ne viens pas rabbin pendant que tu y es.
Au moins, tu pourrais te marier.
Ce n 'est pas drôle.
Arrête, ce n 'est pas drôle.
J 'ai une grande barbe, un cafetan, des petites ficelles.
Pas des ficelles, des petites fices. Oui, des petites fices.
Écoute, ne parle pas de ce que tu ne comprends pas. Je ne sais pas ce que c
les rabbins, alors fiche -leur la paix. Et qu 'est -ce que tu ne comprends pas ?
C 'est pas du cesseau.
Moi, je comprends que je ne comprends pas.
Pourquoi tu veux que je me convertisse ? J 'ai eu la révélation.
La révélation de la Trinité que ça t 'emmerde ou non ? J 'ai vu que ma vie
résumée dans une croix.
Voilà. Tu crois qu 'il te faut qu 'il donne ? Ouais, c 'est bon.
Tu veux devenir prêtre ? Putain, qu 'est -ce que j 'ai fait ? Avant, tu me
reprochais d 'être prof.
Mais prêtre, c 'est une promotion.
Mais je ne veux plus de toi, Yvan. Je ne veux plus de toi. Ça me dégoûte d
'avoir couché avec un futur prêtre, c 'est tout. Et la semaine prochaine, tu
au... Je vais au Téminaire monter juste du jour.
On fera le mur le soir.
Je ne veux pas d 'un curé, Yvan.
On ne va pas en faire une catastrophe, on va s 'arranger.
Mais je ne m 'arrange pas.
Je ne veux pas devenir la bonne d 'un prêtre, moi.
Qu 'est -ce que tu fais de mieux ? Quoi ? Tu es au chômage, là.
Tu ne serais pas forcément malheureuse ? Je ne dis pas forcément, tu serais peut
-être malheureuse.
Pas forcément.
Tu peux toujours essayer.
Très souvent, tu n 'étais pas libre. Bien sûr que je ne suis pas libre. J 'ai
deux enfants et un mari de 1 de 7 ans.
Tu n 'es pas au courant ? Mais pourquoi tu as deux enfants ?
T 'es beaucoup trop jeune pour ça. C 'est pas normal, t 'as 30 ans. 30 ans,
pourrais être célibataire et tu m 'attendrais. T 'attendrais depuis 20
Ne me dis pas que t 'as commencé à coucher à 10 ans, je vais m 'évanouir.
Non, à 10 ans, on va à l 'école, merde.
Je sais pas, t 'as dû commencer vers 22, 23 ans.
Ouais, ce serait normal, ce serait pas fou, et ça ferait juste 7 ans que tu
espères un type comme moi. Voilà, bah c 'est bien, j 'arrive juste quand il
faut.
T 'as qu 'à me demander de divorcer, sois adulte.
C 'est pas possible.
Pourquoi ? On m 'en demande pas, tu sais très bien.
Non, je ne sais pas.
Ne me demande pas de briser un sacrement.
Quoi ? Ne me demande pas de briser un sacrement. Je suis catholique, je ne
pas provoquer un divorce.
Tiens.
Mais mon cul, il n 'est pas sacré, merde. Enfin, on ne dirait pas quand on
au lit.
Première nouvelle.
Justement, justement, ton cul, il est sacré. Et c 'est ça que j 'ai enfin
compris. Tu es un être humain entier.
Super la promotion.
C 'est facile de se moquer. Mais c 'est vrai que j 'ai eu besoin d 'une
révélation pour voir à quel point tu étais un être humain.
Alors que moi, je croyais vivre seul.
C 'est comme ça.
grand -chose. J 'ai toujours pas passé ma thèse.
Et je suis venu vous annoncer que j 'allais donner ma démission à la
Je poste demain, c 'est irrévocable.
Vous êtes la seule personne au courant.
Vous allez avoir des problèmes avec le ministère.
Votre engagement est de 10 ans.
Je dois encore 2 ans à l 'État, je les rembourserai.
C 'est étrange.
Vous étiez brillant.
Et puis c 'est Nathan qui s 'est mis à écrire.
Rabier, lui -même, et vous, rien.
J 'écris des critiques.
J 'ai lu votre papier sur Nathan, très pertinent, plein d 'élégance.
Vous m 'avez presque donné envie d 'aimer son livre.
Vous n 'écrivez rien sur Frédéric Rabier.
Vous avez appelé.
Il va diriger le département d 'épistémologie.
Maître de conférences.
Vous étiez très amis.
Pourquoi vous êtes disputés ? J 'en ai su.
La question pour moi, c 'est pourquoi je suis resté ami avec lui aussi longtemps
? On était quand même très différents.
C 'est ça que je ne comprends pas.
À cause de son énergie, il vous secouait un peu.
Oui, il est bête à manger du foin.
Comment pouvez -vous dire ça d 'un ami, même d 'un ancien ami ? C 'est ça que je
ne comprends pas.
Comment je n 'ai pas remarqué plus tôt qu 'il était stupide ? Est -ce que j
'étais aussi stupide que lui ? Est -ce que j 'étais aveugle, tellement
orgueilleux ?
En même temps, ça me désespère que vous l 'aimiez, parce que je suis jaloux d
'autres affections.
En même temps, ça me rassure de vous voir comme moi, il y a six ans, fasciné
sa bêtise.
Je me sens moins seul.
Ne démissionnez pas, vous ferez un excellent professeur, comme moi.
Vous n 'avez pas le feu pour être écrivain.
Vous passeriez 300 pages à vous excuser d 'écrire.
Frédéric Rabier, lui, ne sait que je suis de rien.
Je ne suis pas critique, je me dis que je dois me tromper.
Je vois que ma possible aigreur et ça me terrifie.
Avant, je voulais être fin et intelligent pour vous impressionner,
votre estime.
Aujourd 'hui, je vous vois admirer ce que je croyais que vous m 'aviez appris
mépriser.
Je me dis que je n 'ai pas très bien compris vos leçons.
Vous pourrez m 'aider ? Oui, bien sûr. Tu n 'as pas des outils ? Une mallette d
'outils ? Ah non.
Les services techniques sont fermés et j 'ai une grosse merde dans mon bureau.
Ah, mais tu sais, il y a des affaires là -bas, dans le couloir.
Ça, je deviens fou.
À Boston, ça allait, mais il a très mal supporté Paris.
Il est devenu très agressif.
Je ne sais pas ce qu 'il a.
Il a très peur.
Maintenant, il est coincé derrière le radiateur.
Je ne sais pas s 'il est mort.
Il a super chaud. Il faut arrêter le radiateur. J 'ai fait, mais je n 'arrive
pas à le sortir.
Les affaires sont là.
Et là, non.
Il ne te moque pas de moi. Ce n 'est pas moi qui l 'ai choisie.
Non, c 'est quoi ? Lucky.
Bien.
Lucky.
Lucky.
Lucky.
Tu vois, je vais essayer avec ça.
Non, je suis en pull, c 'est plus simple, ça va.
Et puis, ce sera encore plus idiot que tu l 'avais.
Merde.
Merde.
Merde. Service technique de merde !
Il est contrarié.
Il est mort, là.
Oh, merde.
Il est tout écrasé.
Il était comme fou, tu vois, comme si on l 'avait battu.
Attends, je te jure que je ne l 'ai pas battu, ce n 'est pas moi.
Je te crois.
C 'est dégueulasse.
Il faut absolument gérer cette merde de mon bureau.
T 'as des gants ? Non.
C 'est un peu comme un chat.
Je t 'ai dérangé pour ce truc affreux.
Je ne vais pas m 'excuser, mais merci.
J 'y tenais vraiment, tu sais.
Oui, oui.
Je vais le foutre à la poubelle.
Enfin, je veux dire, tu ne sais pas où c 'est.
Poubelle.
Je vais y aller.
Au revoir.
Attends, excuse -moi, mais... Tu veux pas te laver les mains d 'or ? Non, mais
même pour toi... J 'ai pas fait attention.
Je suis désolé. Non, c 'est vrai, c 'est trop con qu 'on soit deux à prendre le
risque. Tu devrais passer aux toilettes, là.
Oui, oui, oui.
Je vais y aller.
Salut.
Monsieur, ça va aller ? Ça va aller
?
Ça va ? Ça me va pas.
Aïe.
Mais bouge, merde
!
C 'est quoi ? C 'est très bien. C 'est du travail.
C 'est pas dans une poubelle quand on est une dame. Ça veut dire quoi, ça ? T
'es quand même pas mal con, moi.
J 'en ai marre de toi et ton cousin.
Qu 'est -ce qu 'il fout ? Je m 'excuse. Je t 'excuse pas. Tu m 'emmerdes.
Léo, reviens.
Je veux pas l 'attendre toute seule comme une conne.
Ça va, tu veux que je te pote une écharpe ou des moufles ou des bottes ?
suffira, ça ira, là ? Ouais, ça ira.
Fais chier, Bob, il rentre jamais.
Et puis, j 'ai peur, tout ça.
Bon, tu en profites un peu parce que je suis très malade.
J 'ai très envie de coucher avec toi. Je tenais à ce que ce soit dit.
Ça me fait mal que ce soit pas possible.
Non, c 'est pas possible du tout, j 'aime Bob.
Putain, un peu trop vieux, non ? Oui, je suis trop vieux.
Je courais comme un con.
Et je me suis arrêté.
Et alors je me suis aperçu que les choses étaient infiniment immémoriales
hostiles.
Comme si on était haïs.
Bonjour, c 'est Valérie.
Ah, bonjour.
Tu peux que je raccroche, ça t 'embête que j 'appelle.
Non, pas du tout, je pense que... Bah, j 'appelais pour savoir si tu voudrais ou
pas qu 'on se voit, comme il fait beau.
Puis je pourrais te raconter mon DE, hein.
Euh, oui, demain, par exemple, si tu appelles.
Non, tu veux pas qu 'on se voit, là.
Euh, je voudrais bien, mais j 'ai des difficultés.
Toi aussi ? Oui, en fait, je ne sors pas tellement, parce que ça fait con, mais
j 'ai des problèmes psychiatriques.
J 'ai très peur de sortir.
C 'est parce que je t 'embête.
Oh non, je te jure. Par exemple, je dois aller voir mon professeur Chernoff, tu
sais.
Et comme il habite loin, c 'est Anthony.
Je devrais marcher de la gare jusqu 'à chez lui.
Si j 'y allais.
Et comme je ne peux pas sortir.
Je suis en voiture, je passe de prendre.
Ah non, non, non, je t 'assure, ce n 'est pas du tout ça. A tout de suite.
Non, non, non, c 'est bon.
Tu sais,
la première fois, tu te souviens ? J 'ai l 'impression que tu m 'as dit un truc.
C 'est la première fois qu 'une fille te dit ça ? Ben oui.
Tu n 'as pas dû t 'amuser beaucoup.
C 'est quoi le prénom de Tchernov ? Léon. Et tu l 'appelles Léon ? Non, bien
que non.
Quand tu rigoles, c 'est un génie.
Oh, tu es respectueux.
Oh, Paul, il a perdu la voiture.
Arrête, laisse -le.
Bonjour.
Oh, Paul, c 'est terrible d 'être enfermé avec lui toute l 'année.
Qu 'est -ce qui se passe?
Il est ennuyé.
Il était où? Il a garé la voiture.
Ça fait six heures qu 'on la cherche.
Où vous avez mis la voiture ? Mais je ne sais plus.
Mais bon, vous l 'avez garée.
Ben oui, sûrement, j 'ai pas arrêté la foutre dans le canal.
Elle me gueule dessus depuis une heure.
Mais c 'est fini.
Ça va, je suis là.
Vous avez perdu la voiture, ça va, c 'est pas en deux. Hé, ça arrive à tout
monde. Alzheimer.
Quoi ? Alzheimer.
Regardez, c 'est le nom de la maladie que j 'ai.
Je vais tout perdre, à peu à peu.
La mémoire, toutes mes cellules.
Je ne saurais plus rien reconnaître.
Je ne pourrai plus parler.
Attendez. C 'est un médecin qui vous a dit ça. Ce n 'est pas un médecin. C 'est
vous qui avez lu, je ne sais pas où, que c 'est ça.
Bon.
On va aller voir un médecin demain.
Oui. S 'il nous dit que c 'est Alzheimer, on est dans la merde. Mais
ça va, non ? Juste, vous avez oublié où vous avez garé la voiture.
J 'ai aussi perdu les clés.
Mais professeur, c 'est pas grave. La voiture, c 'est embêtant, mais les clés,
'est de la distraction, c 'est pas pareil.
Oui.
Vous voyez ? Je suis distrait. C 'est ça.
Et puis je suis fatigué aussi, non ? Mais bien sûr.
Écoutez, on va faire un truc.
Je vais aller chercher la voiture. Elle doit être garée dans le quartier tout
bêtement. On va un peu sillonner les rues avec Valérie.
Donc elle n 'est pas garée là -bas.
Vous vous en souviendriez si vous aviez tiré un coup ? Oui.
Mais c 'est super ! Tu vas soutenir ta thèse avec le professeur Tournesol,
quand il a perdu la boule ! Non, mais quand il est vachement bien, je suis
vachement contente. On est en week -end, non ?
Je
crois que je suis...
terriblement déprimé.
Et maintenant, la vraie vie.
J 'ai remis ma démission.
Je vais t 'aider pour ton DEA, puis c 'est fini.
C 'était un prof lamentable.
Maintenant, je suis un des armiteux.
Je vais être très pauvre.
Cherneuf a accepté. Tu te rends compte ? Je n 'ai rien à lui montrer. Il a
accepté. Je dois signer ma thèse en septembre.
Qu 'est -ce qu 'on va faire quand on va être à Paris ?
Tu vas m 'appeler ? Bien sûr, je vais t 'appeler.
Et ça te suffit ? Ne me fais pas peur, ce n 'est pas moi qui vis avec un type.
Tu vis avec un type.
Je vis avec mon frère.
Et moi, je vis avec Jean -Jacques.
Ce n 'est pas du tout pareil.
C 'est pas pareil parce que Jean -Jacques est un cocu.
Maintenant, Jean -Jacques est un cocu. Ne dis pas ça.
Pourquoi ? Ça va être vite réglé.
Ma compagnie ici, c 'est très gentil. On a passé la nuit ensemble.
Ça arrive.
Tu le dis ou non à ton fiancé. Et on ne se doit rien.
Non, c 'est pas ça.
Ça te fait bizarre parce que t 'es une fille un peu nerveuse.
C 'est Nathan qui t 'a dit ça ? Je suis la folle, hein.
Enlève ces trucs.
Tu ressembles à un Oustrogo.
Ça me fait peur.
C 'est des andouillés de piche.
Je sais pas ce que c 'est, mais je te jure, ça fait sale.
Je ne suis pas jolie ? Tu es très jolie, mais tu es hostile.
T 'es pas très courageux.
On descend les affaires ? Je veux pas que tu descendes avec ce truc ridicule
devant mon prof.
Ça m 'humilie !
Pourquoi ? Je ne sais pas pourquoi.
Si tu descends, je te fous une gifle ! Enlève cette merde de ta tête !
Bonjour.
Bonjour.
C 'était vachement gentil de m 'avoir emmené.
Ben, c 'était assez de plaisant, non ? Bah, ça va, on s 'est discuté un peu.
T 'as une santé, putain ! Ça commence pas, hein.
Je vais directement à l 'hôpital, pas parce qu 'il y a ma maison.
J 'ai vu.
Alors ? Quoi ? Ça va avec Paul ?
Paul va bien.
Bon.
Ben, tu es contente ? Ben non.
Je crois même que je suis assez malheureuse. Ah ouais, moi aussi je suis
vraiment malheureux. Maman, c 'est bon.
Ah ouais, c 'est bien ? Peut -être qu 'il vaudrait mieux qu 'on
se voit pas, non ? Je t 'irrite.
Non.
T 'es blasé de moi.
Mais tu rigoles, je trouve que t 'es canon, ouais.
Ah ouais, alors pourquoi est -ce que t 'es fuyant ?
Tu me vis ? Non, je ne veux pas te faire chier avec Paul. Tu fais quelque chose
ailleurs.
Je refais quoi ? Paul -Emile parle moins bien que toi, ça va ? En plus, il ne
veut pas de moi.
C 'est un imbécile.
Tu ne peux pas te battre un peu pour moi ? Tu es si fatigué.
Je vaux si peu.
Je ne peux pas me battre parce que je ne vaux pas grand -chose.
Ça va, Christelle, Sophie, elles sont toutes à plavante devant toi. Qui se
sauter la première ? Ça te réveille pas ? T 'es si fatiguée ? Je ne me bats pas,
c 'est pas parce que je ne m 'intéresse pas à toi, c 'est que je ne m 'intéresse
pas assez à moi -même.
Quand je suis dans tes bras.
Moi, je veux être un héros.
Tout seul, je me trouve assez héroïque.
Avec toi, je me dégoûte.
Bonjour.
Aujourd 'hui, je pensais qu 'on pouvait essayer de
reprendre les
mains.
Je suis bien obligée de venir te chercher à ton cours parce que tu n 'es
joignable. Je te dis que tu vas foutre le camp, tu m 'attends dehors et on en
parle après.
Tu ne peux pas me payer un café ? Pas pendant mon cours.
Mais même un café à ta cafété, merde, tu ne peux pas me le payer.
Tu n 'as pas deux minutes pour la fille avec laquelle tu sors ? Maintenant,
évidemment, tu es là, tout péteux devant tes étudiantes, avec ton cours, merde.
Valérie, je te dis qu 'on en discutera après mon cours.
C 'est bien que j 'adore t 'entendre causer.
Avec toi, on sera deux à adorer t 'entendre parler.
Et donc... Je
ne le verrai jamais.
Donc... Je
suis
désolé, là.
Deux minutes.
Écoute, je suis très calme.
Tu vaux mieux que ça. Moi, je vaux mieux que ça.
Oui, tu es très malheureuse, mais on n 'est pas obligés de sortir ensemble. On
'est pas en prison.
Tu ne comprends rien.
D 'accord, tu es avec un type bon et avec moi. Et tu ne peux pas le supporter
parce que tu n 'as pas les nerfs. Mais moi, je ne veux pas que tu passes les
nerfs sur moi.
On va arrêter.
Putain, tu ne vois rien.
C 'est pourtant comme le nez au milieu de la figure.
Les mecs, c 'est comme des gosses, ils ne voient rien ou quoi.
J 'avais 12 ans, c 'est passé.
On ne va pas en chier une pendule.
Ça me tombe des vents, aujourd 'hui. Je me dégoutte.
Qu 'est -ce qui s 'est passé ? J 'étais assez embêtée, mais... C
'est quoi, le truc, à 12 ans ?
Putain... J 'aimerais bien être comme vous, les épargnés.
Il y a quelqu 'un qui...
Je ne suis pas la première à me faire... Je n 'ai pas envie de parler de ça
maintenant.
C 'est qui ? Mon père.
C 'est nul.
Ça fait causette.
Je suis ridicule.
Je t 'ai foutu dans la merde, là.
Je n 'avais pas à te faire raconter ça, je suis désolé. Ah ouais,
vachement.
Vous dites rien ? Non, j 'ai rien à dire.
Bob ? Bob ?
Je me souviens d 'une après -midi où les cousins étaient venus jouer dans notre
jardin.
C 'était peu de temps après la mort du père de Bob.
Elle croit qu 'il est au cimetière. Alors, elle est comme ça.
Mais par contre, lui, avec ses putes, il est comme ça.
J 'adore.
Montre -moi tes missions.
Tu vas aller en enfer.
T 'es qu 'un menteur. Tu te fous de tout.
C 'est vrai ce que je te dis. Je te crois que tu vas aller en enfer.
Je sais, je vois souvent.
Ah bon ? C 'est vrai ? Je vois souvent.
Même en secret.
C 'est pas vrai.
Bon, d 'accord, je te crois. Maintenant, vas -y.
que tu le vois ton père.
Des fois, il vient me voir dans les cabinets.
Je fais caca et il appareille et il me dit Robert, c 'est moi.
Je suis ton papa.
Et moi, je lui dis merci et c 'est moi mon cul.
Il me les suit.
Bob, je riais bêtement, mais tu sais, je te trouvais tellement drôle. Tu étais
extrêmement drôle.
Je ne savais pas quoi te dire non plus.
Ton malheur m 'impressionnait tellement aussi.
Oui, alors aujourd 'hui, je saurais, bien sûr.
C 'est un truc bizarre.
Ah oui, moi aussi je suis content de te voir.
Qu 'est -ce qu 'il y a ? Tu vas bien ? Tu quoi ? Tu fais des trucs
? Tu peux pas parler
? C 'est pour t 'aimer.
Et tu bosses un peu ? Tu fais bien ?
Je vais la chercher.
C
'est
un foyer. Il faut que je cherche un studio.
Oui, c 'est ça. Il faut que tu t 'y mettes.
Faut que je m 'y mette. D 'ailleurs, je vais y aller.
Oh, pardon.
Oh, merde.
Oh, merde.
Mon pantalon.
Pardon, je voulais juste m 'en aller.
On est maladroites, on est maladroites. Voilà, exactement.
Excuse -moi, non, mais je voulais... Salut, Esther.
Salut.
Ne ricane pas, elle vaut mille fois mieux que toi. Je ne ricane pas du tout,
m 'entends très bien avec Esther. Toi, tu ne la connais pas, c 'est moi qui ai
fait la conversation.
Et c 'est pas moi qui ai quitté cette fille. Tu sais pourquoi t 'es copain
Paul ? Arrête.
Parce que Paul est paralysé, alors il peut rien te prendre.
D 'accord.
D 'accord.
Ça va, t 'es soulagé ? Mais si tu te rends compte, ça te gratifie de rien.
Cher Paul, Paul chéri, je viens de lire Perguine dont tu m 'avais souvent parlé.
Comme je ne travaille pas beaucoup, tu vois, j 'ai le temps de me mettre à
Les livres que je lis me bouleversent parfois si fort que ça me prend du temps
les lire.
Là encore, j 'ai fini la pièce d 'Ibsen en larmes.
Heureusement que tu n 'étais pas là, je t 'aurais exaspéré. Mais je suis comme
ça. Comme je pleurais, je suis sortie marcher dans la rue pour me calmer, puis
je me suis arrêtée pour t 'écrire ce mot.
Paul, tu n 'es pas là.
Mais souvent, il me semble que ton absence me chuchote dans le creux de l
'oreille. Ça me tient compagnie.
Et ton absence me demande, Esther...
Où est -ce que je suis ? Où est -ce que j 'ai été vraiment moi, moi -même, celui
que je suis vraiment, Paul ? Je suis tellement perdue que je n 'arrive plus à
retrouver.
Et moi dans ma tête je pense, c 'est facile, tu étais et tu es encore dans ma
foi, dans mon espoir et dans mon amour.
Et ton absence me demande encore, est -ce que je suis ton enfant ? Est -ce que
je suis coupable ? Est -ce que tu peux me pardonner ?
Et dans ma tête, moi je te réponds, tu as fait de ma vie un enchantement.
Et ton absence me demande, cache -moi, protège -moi.
Et comme c 'est le vec, je te réponds, dors mon tout petit, dors.
Toute la longue journée de la vie, nous l 'avons passé à jouer, à courir, à
chanter ensemble.
Maintenant mon enfant a besoin de se reposer.
Alors ferme les yeux, mon petit gars, mon fiancé, mon amour.
N 'aie pas peur, ne crains rien parce que je veille sur toi.
Alors, ton absence s 'endorte contre mon esprit.
Je te protège, je pense à toi, je t 'embrasse, Esther.
C 'est pas elle.
Viola ? Elle y ressemble, mais c 'est pas elle.
On y va ? On y va.
Tu ne m 'aimes pas.
Quoi ? Putain.
Je ne suis pas aimée, c 'est pour ça que je suis dans cette situation de merde.
Arrête, je t 'aime.
Non, tu ne m 'aimes pas.
Parce que je suis une gueularde.
Tu n 'as qu 'à pas gueuler.
Je suis dégueulasse, je ne sais pas faire ça.
C 'est pas ma faute.
Depuis, je suis pareille que toi.
Non.
Si. C 'est toi qui te reconnais dans moi.
Oh là là.
Parce que tu m 'admires, c 'est très flatteur pour moi.
Mais comme tu te reconnais dans moi, tu veux me détruire. Tu veux être l
'original.
Je ne veux pas que tu sois une autre.
C 'est pas ça.
Tu veux me mater ? Sinon tu serais douce. Pour me plaire ? Pour que je
avec toi ? Tu trouves que t 'étais doux ?
Salaud ! Avec moi, t
'as encore besoin que je sois doux.
Avec Jean -Jacques, t 'as plus besoin de rien du tout. Tu peux plus le briser.
Tu l 'as eu. Je t 'emmerde.
Arrête de m 'attaquer.
Aide -moi maintenant.
J 'ai peur de toi !
Tu fais de moi
un monstre et c 'est vrai parce que je suis souillée.
Je suis vraiment désolé.
Paul ne comprend pas que Valérie n 'a pas besoin de douceur du tout et qu 'il
'ait pas besoin de machination pour expliquer son absence de tendresse.
Il s 'agit là tout platement de la nature de Valérie.
Comme l 'écrit Kundera, la tendresse est la frayeur de l 'âge adulte et Valérie
n 'éprouve aucune crainte à ce sujet.
Elle n 'a pas de nostalgie de l 'enfance. Elle est une enfant très bien
au monde adulte qui enrage à l 'idée que qui que ce soit puisse essayer de faire
entendre en lui aussi son droit à l 'enfance.
Sylvia, alors ça y est, t 'es installée.
Bientôt, bientôt.
Dis -le où, le thé.
Il est là.
C 'est vraiment fini avec Paul ?
Je ne le connais pas, ça va pas, non ?
Si tu le laisses, Paul, je vais avoir envie de le prendre, Sylvia.
C 'est normal.
Bouge pas, Paul.
Regarde -le, je saurais pas. Si tu le laisses, Sylvia, je vais le prendre.
Le prends pas, t 'es une pute.
Qu 'est -ce que tu t 'es fait ? Je vais t 'en vouloir jusqu 'à ce que tu meurs,
hein ! Lâche -moi, ça va.
Tu me le paieras.
Allez, vas -y.
Non, parce que dis à tes amis que je t 'ai déjà battu.
Dis -le.
Dis -le ! Non.
Tu as une cigarette ? Si, merci.
Moi je ne t 'ai pas battu, mais toi dis que tu m 'as battu avant -hier.
Je ne t 'ai pas battu avant -hier.
Quoi ? Eh ben putain, c 'est l 'émeute. Quoi ? Répète.
Bon, si ça va, je te gifle.
Ah.
Je te donnais une gifle.
Bon, allez, ça va, là -bas. Très bien.
Humilie -moi.
T 'es content de me faire passer pour une folle devant tes amis ?
Bonjour, je m 'appelle Marie -Christine Karl.
Je serai votre professeure de traduction anglaise pendant toute cette année
universitaire.
Je vous félicite d 'avoir réussi ce concours.
Au cours de cette année, nous allons aborder des thèmes très divers.
Aujourd 'hui, j 'ai choisi pour vous le domaine scientifique.
Je ne sais pas si vous êtes très familiarisés avec ce domaine, mais de
façon, il vous faudra vous familiariser avec ce domaine comme avec beaucoup d
'autres, le finance, la politique, la médecine.
Il n 'y a pas que la littérature.
Je serai là pour vous aider, bien sûr.
Nous allons faire un test qui va me permettre de mieux vous connaître.
Imaginez que nous sommes à des rencontres internationales ayant comme
terre. Je crois que le plus simple est de la santé publique.
Je vais vous lire une première fois le texte en anglais, afin que vous
compreniez l 'expansion générale.
Je vous le relirai pour que vous compreniez la dictée.
Puis vous ferez un résumé du texte en anglais et une traduction en français.
A la fin, je vous expliquerai la traduction moderne.
En Angleterre, à Liverpool.
Pas beaucoup.
C 'est triste, non ? Non, ça va.
Oui, remarque.
Vous avez un papier ? Oui, un papier.
Merci Madame.
Au revoir.
Tenez -le.
Fin de février 1967.
Bien. Sinon, des maladies graves dans votre vie, des opérations ? Non.
Bien réglé d 'habitude ? Pas d 'enfant, je suppose ? Pas d 'adoption de
grossesse, volontaire ou non, rien de particulier ?
Bien. Des pilules ? Oui, je prends la pilule depuis 14 ans.
Est -ce que vous avez des raisons de redouter une grossesse, par exemple ?
'oubli en particulier ? J 'ai des rapports, mais pas beaucoup. Depuis
temps, en fait.
Par exemple, le mois dernier, j 'ai eu un rapport. Et le mois d 'avant, j 'ai
avoir trois rapports.
Mais je prends bien ma pilule et je n 'ai jamais eu de problème depuis 10 ans.
Ça m 'embête de ne pas avoir mes règles.
Ça va, oui.
Uterus petit, mobile, non modifié dans sa consistance.
Pas de grossesse et ça, en tout cas pas aujourd 'hui.
Et vous n 'avez pas eu de rapport depuis le dernier examen ? Non.
Bien.
Vous avez bien arrêté votre pilule en fin de plaquette. Oui, je ne prends plus
la pilule depuis un mois.
Voilà, il vous a pris la température. Bon, si vous l 'avez bien pris, en tout
cas, cette courbe ne montre pas d 'ovulation, il n 'y a pas de décalage. C
-à -dire, tout simplement, que vos ovaires n 'ont pas encore repris leur
fonctionnement depuis l 'arrêt de la pilule. Mais ça va revenir quand ? Vous
'êtes pas malade, ça va revenir.
Ça peut être plus ou moins long, mais ça va revenir.
Oui, mais quand ? Il n 'y a pas un moyen de faire quelque chose ? Si vous le
voulez, on peut accélérer les choses.
Et comment ? Avec des comprimés.
Des comprimés de quoi ? C 'est un petit traitement hormonal qui a pour vocation
de réveiller vos ovaires qui ont été malgré tout un petit peu endormis avec
toutes ces anesthésies.
C 'est des hormones féminines ? Absolument féminines, il n 'y a aucune
inquiétude, elles sont féminines.
Trois mois ont passé.
Paul a perdu Sylvia et Esther.
Son histoire violente avec Valérie dure et Valérie vit toujours avec Jean
-Jacques.
La démission de Paul a été acceptée par le rectorat. Il s 'est attelé à sa
thèse.
Aujourd 'hui, Paul va être offensé et cette ultime vexation va lui sembler l
'acmé de sa déchéance.
Paul n 'a pas encore confiance que cette offense qu 'il va subir... s 'avérera
sa voie royale, joyeuse, vers la reconnaissance d 'autrui.
Offensé, Paul va lutter pour la première fois sur l 'altérité.
Ainsi, ce que Frédéric Rabier va lui offrir, c 'est le monde entier que Paul
avait perdu.
Il t 'a vu.
Non, je crois pas, il m 'a pas dit bonjour.
Non, c 'est encore pire, il ne m 'a même pas vu.
Je n 'existe pas.
Pas du tout. Ce qui est pire, c 'est qu 'il t 'a vu.
Et il t 'a ignoré, clairement.
Ouais.
Enfin, que je n 'existe pas pour lui ou qu 'il m 'emmerde, ça arrange quoi.
C 'est vrai.
D 'autre part, et de toute façon, tu aurais pu lui dire bonjour le premier.
Attends, ça non.
Ce mec, je lui ai ramassé son singe de merde.
Je ne lui demande pas de me remercier, mais juste, il me dit bonjour.
C 'est tout.
Bonjour.
Traitement symptomatique, rhume, rhinite allergique, rhinopharygie, état
grippal.
Salut, Paul.
Regarde, My Britt, c 'est Paul.
Je te présente l 'arrière -petite -nièce de Kierkegaard. Mon cousin, arrête avec
ça. Quoi, c 'est vrai ? Bonjour, My. M 'embrasse pas, parce que je suis très,
très, très...
Très bonne idée, ça.
Je lui avais dit de pas dire bonjour à Rabie. Tu chies dessus, ce mec, c 'est
connard dingue.
Écoute, Bob, arrête de parler comme moi, c 'est énervant.
Qu 'est -ce que j 'ai dit ? Il est con, non ? Non, mais c 'est dingue.
Connard dingue.
C 'est pas compliqué, tu fais tout comme moi, tout le temps.
Je peux pas marcher dans la rue, je te sens qui m 'imite, là, derrière moi.
Il faut que tu me saches sans arrêt.
Arrête un peu !
Ou imites -en un autre.
Imites Jean -Jacques, ça me fera des vacances un peu.
Ou Nathan, si tu trouves que Jean -Jacques est trop con.
J 'ai planqué un truc dans ta chambre.
Je vais te montrer, j 'ai fait une folie.
Pas mal.
Mais pourquoi tu mets ça chez ma mère ? Écoute, si le maire retrouve ça chez
moi...
J 'ai encore le droit d 'administrer tes trucs, là.
Je dois danser un peu la pelle, et puis je m 'en sers pas.
C 'est joli.
Moi, j 'aurais bien aimé en avoir une de docteur.
Un couturier ? Bien de majesté ? Non, de docteur.
La modernité de la Vierge, sa radicalité, fait qu 'on ait inventé le
'Immaculée Conception, précisément à l 'époque de la gynécologie.
Au XVIIIe siècle, Sade, par exemple, n 'a aucune idée de l 'ovulation.
On croyait que le spermatozoïde se développait dans le vaste déchirène.
Alors un spermatozoïde de Dieu, pas de problème, on pouvait garder l
'incarnation. Mais la question, c 'est, quand on découvre le principe de l
'ovulation, comment continuer à défendre l 'incarnation du Christ ? On va
baisser nos pantalons devant les protestants ? Pas question, parce que si
ne sert pas à nous donner le paradis ici et maintenant, c 'est une faute.
Vous avez la foi ? Ben, oui et non, c 'est impossible.
Mais alors pourquoi vous ne vous faites pas protestant ? Je ne tiens pas à
recruter. Mais, non, Yvan n 'est pas du tout protestant. Je crois à la Sainte
Vierge, à l 'Eucharistie, au Saint, au Pape, au Sacrement. Yvan, il a mené une
année propédotique impeccable. Il a un attachement au Christ.
Non, son fort interne, c 'est une vanité.
C 'est moi son directeur spirituel. Le délégué diocésain n 'a pas à prendre en
compte le fort interne du postulant.
Son fort externe, c 'est qu 'il croit en Dieu.
Pour le reste, tout le monde doute.
Tu sais que dans le Talmud, un palmier dans un rêve est un signe de royauté.
C 'était Rabier qui était pendu en dessous. Ça signifie que Rabier sera
Frédéric, Rabier veut être roi à ma place.
Ça te fait peur ? Non, je ne crois pas. Je ne veux pas être prof ou quoi. Je
veux passer ma thèse et démissionner.
Ce rêve, c 'est que ça ne lui suffit pas d 'être roi.
Il veut être roi contre moi.
Mais c 'est toi qui as fait ce rêve.
Ce n 'est pas la question.
Du moment qu 'il y a rêve, il y a de l 'inconscience, c 'est tout.
Et ce salaud me fait rêver de son inconscience pour que je sois bien au
de sa haine contre moi.
Il ne doit pas s 'en rendre compte. Ah si, il a fait exprès que tu fasses son
rêve. Non, je le connais.
Il s 'en fout, c 'est inconscient.
Tu penses qu 'il m 'en sentait exprès ? Non.
C 'était à lui de me saluer le premier.
Nathan, putain!
Comment on fait pour régler les choses?
Ah, ça!
Demain, c 'est qui pour s 'il vient te demander pardon?
Quoi? Demain, c 'est qui pour?
Non, c 'est une blague. Je ne crois pas du tout que Rabier va venir te demander
pardon.
Il ne viendra pas me demander pardon parce qu 'il croit que je vais refuser
me moquer.
Il pense que je suis un type snob, c 'est tout.
S 'il savait que je suis un type ouvert, il oserait. Attends, je plaisantais. C
'était une idée stupide, ça ne te concerne pas. Pas du tout. Il faut que j
'accepte que ce mec est vivant.
Précisément.
Si tu lui ôtes l 'initiative de te demander pardon, tu le nies.
Le fait qu 'il soit lui et non pas toi implique qu 'il peut vouloir t
d 'accord ? Pour des raisons qui lui sont propres. D 'accord.
Oui, non, mais tu ne te rends pas compte, Nathan, que les gens nous
froids et cassants.
Moi, en tout cas, je suis d 'un abord déplorable.
C 'est pour ça. Ils me demanderaient bien pardon. C 'est un brave gars. Mais
ne sait pas. Il doit penser que je vais en profiter pour me foutre de sa gueule.
Non, c 'est à moi de prendre l 'initiative. Abstiens -toi.
Sinon, tu le tueras.
Mais si je lui explique qui je suis, il comprendra.
Je crois pas du tout en Dieu.
Qu 'est -ce que tu pries ? Tu sais, je prie pour maman, comme toi.
Enlève -moi ça, Yvan.
Je déconne, t 'inquiète pas.
C 'est à cause de moi que tu es devenu prêtre, hein ? Mais non, enfin, Dieu !
Non, parce que si tu as quelque chose à me pardonner,
vas -y.
Non, ça va ?
Bonjour, Kikipour.
Qu 'est -ce que tu veux ? Silesse, nous
avons été amis.
Aujourd 'hui, j 'ai l 'impression que je me suis enfin réconcilié avec moi
-même. Ça m 'a pris des années, cet idiot.
C 'est super pour toi.
Oui, mais pourtant, je ne suis pas bien avec ça.
Tu sais, j 'ai l 'impression que tu m 'as offensé.
Tu dégages, je te connais pas.
Ben, si.
Ah non.
Si, si, si.
Je crois que tu y vas bien non plus avec ça.
C 'est idiot de m 'offenser.
Je comprends pourquoi.
Hier, je ne comprenais pas parce que je ne vois pas ce que tu peux me reprocher.
Sauf que tu crois que je suis snob. Non, mais t 'es dingue, hein.
Mademoiselle ! Mademoiselle ! Non, mais bien sûr, c 'est ce que tu crois.
Mademoiselle ! Alors, écoute, tu hésites à me demander pardon parce que tu crois
que je vais en profiter pour prendre un ascendant sur toi.
C 'est pour ça que je viens te dire la réponse à la question que tu n 'as pas
encore osé me poser. C 'est pour que tu puisses oser. C 'est dingue.
Écoute, j 'ai aucune question à te poser.
D 'accord, je voulais juste te dire que... Si jamais tu as envie de me dire,
Paul, veux -tu me pardonner, je te répondrai oui sans problème.
Casse -toi.
Ça va ?
Non, casse -toi.
Tiens, tiens, tiens.
Il m
'a blessé.
Je suis grièvement blessé.
Paul Dédalus m 'a grièvement blessé.
... ... ... ...
... ... ... ...
... ...
Tu sais qu 'il y a un casse -début ? Oui, mais c 'est pour ça que je suis
pointé, je ne peux pas sortir, j 'attends.
Ça arrive, ce n 'est pas grave.
Pourquoi est -ce qu 'il ne vient pas tout seul ? Mais ce n 'est pas tout
'est à l 'arrêt de son type. Qu 'est -ce que tu fais comme ça ? Pas des
médicaments.
Du vin, pas de gin.
Je vais voir qui vient me chercher.
J 'arrive.
On y va ? J 'ai trouvé ton sac.
Je savais que tu n 'avais pas de photo de moi.
Donne -moi une photo de toi.
Non, excuse -moi.
Je voulais te demander si tu voyais encore ton père.
Je suis courageuse, hein ? Et pourquoi est -ce que je suis pas allée à la
pour faire un frottis vagina ? Je sais pas, j 'ai du mal à
croire à ce que tu me racontes.
Qu 'est -ce que je te raconte ? T 'as pas besoin de cette merde pour me tenir.
Si j 'en étais sûre aussi. T 'as pas besoin de ça pour me tenir.
Alors tu me racontes exactement.
T 'as pas froid aux yeux ? C 'est vachement bien.
Moi non plus.
Tu veux que je te raconte un viol ? Ça existe.
Tu veux des détails ? Non, calme -toi.
Ça existe, c 'est normal.
Qu 'est -ce que tu comprends au viol ? Rien.
Tu t 'amuses beaucoup.
Tu clous le bec du puceau à coups de souffrance fausse.
Tu me fais payer quoi ?
Je suis avec toi.
Donne -moi tes clés, alors.
Qu 'est -ce que tu m 'emmerdes avec mes clés ? Je suis avec toi.
Moi, je suis tout seul. Je t 'attends. Toi, tu vas et viens.
J 'attends que tu sois libre.
Pourquoi tu es violente ? Je n 'ai pas fiable.
Donne -moi quelque chose. Arrête et réponds -moi.
Qu 'est -ce que c 'est, cette histoire ?
C 'est pas ça la vraie question, la vraie question c 'est si tu m 'aimes.
Et t 'as pas d 'amour.
T 'es obligé de me croire. Je te crois que tu as mal, mais je crois que tu me
mens.
Excusez -moi.
T 'es fou de contre l 'avortement ? Ça va.
T 'es fou ou t 'es con ? C 'est maligne, c 'est impossible pour moi. Ça n
'existe pas.
C 'est con.
Tu vas être embêté pour choisir.
Ah merde.
Ça va, ils se casseront de toi. Tu sais, ils ont tenu pendant 2000 ans et tu en
reviens encore un tout petit peu.
Ça fait 8 mois que je galère, 2 mois d 'expériment.
Sacramentel de merde. Ça va, tu vas être papa, c 'est bien.
Et puis 3 enfants, c 'est mieux que 2. Sinon, ils sont jaloux. Ça va, c 'est
le bout du monde, tu sais.
On va chez toi.
Réponds -moi.
Je peux défendre ma tête, non ? Je veux une réponse.
Ou est -ce qu 'il faut que je m 'occupe toujours de la tienne ? Ta tête sur un
plateau, grand martyr.
Je fais peur.
Ta bite sur un plateau. Tu veux pas faire un petit tour de soirée avec ta
sur un plateau ? Et la méchante qui te l 'a coupée ? Arrête ! Tu fais peur ? T
'es effrayant ? Je ne fais pas peur.
Ben, toi et moi on est pareil, je suis pas effrayante non plus.
Salut. Bonsoir. Au revoir.
Salut.
Valérie.
On se voit ? Non ? Je vais te dire, tu es un garçon triste.
Moi ? Oui ! Je suis joyeux.
C 'est toi qui es triste.
C 'est toi qui veux avoir des relations, des liens, puis tu veux entrer dans mon
esprit, puis que j 'entre dans le tien.
Mais ça, c 'est parce que tu es triste.
Moi, comme je suis joyeux, mais je t 'aime comme un objet.
Je te trouvais jolie, alors j 'avais envie de t 'en de la main, puis de te
toucher, t 'attraper.
Je ne veux rien, je ne suis plus avec toi.
Oh non, tu vas bien, tu as la santé.
Le plus grand plaisir que je continue à éprouver, même quand je suis malheureux,
quand je me suis encore foutu dans une impasse, que je ne peux plus bouger, il
a un truc qui ne vieillit pas, c 'est l 'étonnement.
Quand je mets ma main dans la culotte d 'une fille que je ne connais pas pour la
première fois.
A chaque fois, ça fait peur.
C 'est toujours différent en vie.
C 'est tellement bizarre.
Pas du tout, parce que je n 'ai pas couché avec tant de filles que ça. C
moment -là qui fait que tu sens que tu es en vie.
Bidone te raconte que c 'est toujours pareil. Un con, un con.
Que les garçons c 'est différent et que les filles c 'est pareil.
Les filles c 'est tellement précisément différent là à chaque fois.
C 'est pas seulement de la fidélité.
Il y a des filles, même si tu les connais, à chaque fois que tu mets la
sens que c 'est bizarre à gagner.
C 'est dur à expliquer.
Si tu parles de ça aux gens, ils te disent ça va, tu peux commencer à t
'habituer quand même.
T 'es infantile. Ou alors ils se moquent.
Tu dois pas être une bonne affaire au lit.
tragiquement drôle quand on sait comment la plupart des gens baissent quand
même. Tu vois cette réaction des gens qui font l 'amour, genre, moi j 'espère
que t 'as mieux dans la vie, alors que tu sais qu 'eux, ils ont rien de mieux
dans la vie, même pas ça.
C 'est ça le plus grand plaisir, le moment où je sens que la vie se vaut
tellement la peine, même si c 'est trop chaper.
C 'est pas Heidegger qui monte sur sa putain de montagne ou je sais pas quoi.
Non, c 'est le visage de la fille, toi qui es un peu peur, qui repousse l
'élastique, qui débute du ventre, tu vois ?
Faut pas croire les gens qui te disent, hé ça va, renonce à ça, il y a mieux.
Il n 'y aura rien de mieux dans la vie.
Si t 'as intérêt à t 'en satisfaire, c 'est déjà pas mal.
T 'es en bonne santé ? Oui, ça va.
Au revoir.
Un an, pas question.
Quand on se voit, copain, copain, si on sort ensemble, on couche ensemble.
Eh, on n 'est plus ensemble.
Quelle sorte d 'amour tu as ? Bien sûr, on n 'est plus ensemble, mais après ?
Après, tu vas voir des autres filles ? Pensez, notre relation n 'est plus
toute cette merde, que tu as des rapports adultes, je ne sais pas quoi.
Tu sais quelle sorte d 'amour c 'est que tu peux s 'arrêter ?
Tu me dis des trucs là, que c 'est mieux pour moi, pour m 'épanouir, mais t 'as
changé ou quoi ? C 'est nul de dire ça. Tu verrais un type dire ça à une fille,
oui, ton épanouissement personnel, nos rapports d 'adultes, tu dirais mais qui
est -ce que t 'as ? Je veux plus que ça, je veux vachement plus que ça. Je veux
juste que tu m 'aimes à mourir toute ta vie et ta punition, peut -être que tu
devras m 'aimer sans moi parce que tu as décidé qu 'on ne serait plus ensemble.
Mais je ne veux pas que tu vieillisses.
Je veux que tu restes comme tu es.
Parce que c 'est mon bon plaisir.
Parce que tu me plais comme ça.
Voilà.
C 'est tellement triste de t 'entendre parler de ces trucs.
Les sentiments raisonnables comme... Quoi ? Il faut mûrir.
Quand tu mûris, tu tombes et puis tu... Ça va, je t 'aimerai toute ma vie.
C 'est sûr.
Plus que tu crois. Je t 'en mordrai les doigts.
Tu es d 'accord qu 'on ne peut plus être ensemble ? Bien sûr, mais il ne devient
pas comme Roch à me dire si tu as mûri ou que tu as appris.
On n 'aurait jamais dû sortir ensemble.
Ça, je le savais quand j 'avais 17 ans. Tu m 'as embrassé la première fois.
Bien sûr que tu fais mon malheur.
C 'est pour ça que tu vas dire que tu ne m 'aimes pas en vrai ?
C 'est nul.
C 'est nul.
Il y a des amours où on a raison et d 'autres où on attend.
Mais putain, moi j 'en veux pas à ce moment -là, des amours où on a raison.
Sortir avec un autre traducteur de mon âge et qui veut être papa.
Oh putain, c 'est ridicule. Je le ferai de toute façon, t 'en fais pas tout ça.
Mais c 'est méprisable parce que c 'est inévitable.
Tu sais, c 'est comme l 'argument.
On ne sera pas jeunes toute notre vie.
Super l 'argument.
On sera vieux, on va mourir. Alors on doit sortir avec des étés noirs.
Tu vas vivre en pensant que tu deviens vieux ? Non. Bien sûr.
Ça va te surprendre quand tu vas vieillir.
Ça sera trop tard.
Tu devras un peu sortir avec des étés noirs quand même.
Mais ne raconte pas ça.
C 'est la partie de ta vie qui n 'en vaut pas la peine.
Moi, je t 'appartiens. Oui,
tu es ma patronne.
Ça va être dur, tu sais. Je ne veux pas m 'arranger en vieillissant.
On fera aller.
Si ce n 'est pas mieux, ne me perds pas.
Même si on n 'est plus ensemble, en échange, tu m 'appartiens.
Tu n 'appartiens pas.
Je ne veux pas que tu sois ma veuve. Et si.
Je n 'ai pas besoin de ton consentement.
Mais t 'en fais pas, ça m 'empêchera pas de m 'amuser. Je serai une veuve
joyeuse.
Alors je suis mort.
Sans moi, tu commences à mourir. Ça, c 'est bien fait pour toi.
Il va falloir que j 'y aille, là.
On ne me dit pas ça avec ton air de curé.
Embrasse -moi.
C 'est bien.
C 'est vrai ? Ouais, très.
Ah ! T 'as pris ta démission ? Non, non.
J 'ai fini ma thèse, ça va. Maintenant, je peux être pompiste.
Mais putain, je suis content que t 'aimes un peu.
Je me serais haï, je t 'ai tellement fait chier avec ça.
Je pense que ce serait bien de la publier.
Chez vous ? Ah, ben ça, t 'auras 200 lecteurs et tu seras très mal payé.
Ceci dit... À part Vrain, je vois pas qui en voudrait.
C 'est canon et ça m 'intéresse personne.
Tu me publies ? Dans trois mois ? Je pourrais pas m 'occuper de tout.
Tu connaîtrais quelqu 'un pour les corrections, l 'index, tout ça ? Non, je
connais personne.
Pourquoi tu demandes pas à Sylvia ? Elle est bien, hein ?
J 'aurais pas l 'embêter. On se connaît pas tellement.
Je peux le faire moi -même.
Demande -lui.
Elle fait rien en ce moment.
Elle va pas se chercher.
Ça m 'embêterait que quelqu 'un accepte à cause de toi.
Je pourrais être malhonnête.
Je viens de finir la thèse de Paul.
400 pages.
Très ardue, très bien.
Et j 'étais en train de dire que...
Si tu avais envie, tu pourrais peut -être suivre l 'édition. Tu me passes
clés ? C 'est une bonne idée, non ? Alors, je vous laisse en discuter.
Vous verrez.
Tout à l 'heure, t 'es d 'accord.
Je ne sais pas comment te remercier.
Euh... T 'attends en bas.
Tout de suite.
C 'est pas ma faute.
C 'est pas moi qui ai proposé ça.
Ne te casse pas tout de suite.
Va tout de suite.
Je te connais pas.
Mais tu restes 10 minutes pour Nathan.
On va pas commencer maintenant à jouer aux hystériques.
On a l 'air stupides par égard pour lui.
On subit 10 minutes et basta.
Tu es glauque. Tu te vautres dans la situation.
Tu m 'auras pas.
Tu me tires la gueule pour Valérie, mais tu m 'as dit que tu voulais pas de moi.
Écoute, me fais pas chanter avec ça, connard. D 'abord, je m 'en fous, et
je vous trouve répugnant.
Ça me brûle d 'être avec toi.
Ah merde, je sais. Ça va, t 'es avec Nathan et ça me fait vachement plaisir.
Ça va, je bute là -dessus depuis le début.
Qu 'est -ce que tu veux que je me batte contre ça ? Je savais bien que tu serais
toujours avec Nathan. Je m 'en fous, c 'est pas la question.
Juste, je me suis aperçu un jour que je t 'aimais plus fort que je n 'avais
jamais aimé aucune fille.
Nathan, je crois que tu m 'aimais aussi. Mais putain, ça me faisait une belle
jambe que tu m 'aimes. Ce que je voulais, c 'est que tu me le dises.
Je n 'ai pas de chance que je ne sois pas avec toi.
Voilà.
Je n 'ai pas de chance et je voulais que tu me le dises.
Au contraire.
Que tu me dises que tu ne m 'aimes pas si tu ne m 'aimais pas.
Je ne t 'aime pas.
Le drame, c 'est que je ne te crois pas.
Tu vois ? Je ne vois rien. Je vois que tu n 'insistes pas.
De toute façon, si je le dis, ça suffit pas, alors.
Mais arrête avec tes conditionnels, c 'est pas de la rhétorique.
Je me bats depuis le début pour qu 'un jour tu lâches un truc.
Là, je suis fatigué.
Je sais pas si j 'avais... Si tu ne m 'aimes pas, fallait me le dire avant.
Je t 'aurais pas pourri la vie tout ce temps.
Tu m 'as pas pourri la vie, ça va ? Putain, tu pourrais pas me dire que je t
'avais fait gagner ? Ce serait plus gentil, non ?
Ce n 'est pas un mensonge qui coûte cher, quand même.
Tu ne peux pas dire que la vie se fait vachement bien avec moi.
Dis -donc, il ne faut pas exagérer, quand même.
Oui.
Écoute, je vais te donner un truc.
Tu écoutes bien ? Oui.
Je t 'ai changé.
Tu es un petit prétentieux, alors tu crois que personne ne peut te changer,
tu es immuable et très malin. Ça va, tu es un peu malin, mais seulement un peu.
Ça, c 'est pour ton orgueil.
Tu vois, avant moi, tu étais moins bien.
Attends, tu étais nettement moins bien.
Et après, on est sortis ensemble.
Et maintenant, tu es un peu différent.
Et c 'est vachement bien que tu puisses être changée.
Mais tu es sûre que tu as pu me changer ? Ouais, ça se voit vachement, tu sais.
Mais tu es gentille de me dire ça.
Bon, je vais raccrocher là, non ? Je peux te demander un truc.
Et moi, je t 'ai changée ? Ouais, vachement, mais pas toussée déjà.
Non, je ne savais pas.
Depuis sa rupture avec Esther, Paul était hanté par l 'idée qu 'il ne l
jamais connue.
Esther avait juste occupé pendant dix ans une place qui lui préexistait et qui
lui survivrait.
Ce cynisme involontaire lui semblait ruiner dix ans de souvenirs amoureux.
Il n 'avait donc aimé que lui -même.
Je t 'ai changé.
Avec cette seule phrase, Sylvie avait su lui rendre Esther, rendre Paul au
monde.
Bien sûr qu 'il pouvait connaître autrui, puisqu 'autrui le changeait.
de importer son aveuglement.
Sylvia, qu 'il n 'avait jamais vue qu 'une dizaine de fois lors de rendez
clandestins, Sylvia, que sa discipline adultère le forçait à ignorer les rares
fois où il la croisait en compagnie de Nathan, Sylvia avait suffi à le changer.
Il se souvenait effectivement quel parfait imbécile il était avant qu 'elle
la privoise.
Si un tel miracle avait été possible avec un amour si ténu, c 'est donc qu
'Esther, elle, avait dû le changer du tout au tout.
Aujourd 'hui, il l 'a quitté, mais il l 'a porté en lui d 'une manière
indélébile.
Il serait toujours désormais, Paul qui fut dix ans avec Esther.
Le vieux Paul était mort, il ne vivait donc pas pour rien.
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