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Zulu
C'est ta nouvelle brigade.
Tu parles d'une brigade !
Il leur faut trois assistants chacun :
deux pour les soutenir,
le troisième pour bouger leurs guiboles.
Réveille-toi !
Ça, c'est les papiers que le commandant veut brûler.
C'est lui qui va le faire.
T'as une cellule qui ferme bien ?
Elles ferment toutes bien. Nouvelles serrures.
Allez, emmène-le.
Allez, vas-y !
Y a quoi dans le sac ?
Tous les secrets de la prison ?
Ou les devis de construction de l'an dernier ?
C'est pas tes oignons, t'as juste à brûler ça.
Pigé ?
Pigé.
Entre.
Tu brûles dans ce poêle tout ce qu'il y a dans ce sac.
Et pas d'entourloupe : tu gardes rien.
Sinon, c'est un mois de mitard garanti.
Pigé ?
Allumettes.
Tiens. Ça te suffit.
Tu me rendras la boîte.
Referme.
Il est là pour quoi ?
É.S.N.
Eh bé ! "Élément socialement nuisible" ?
Moi qui le croyais
gardien d'un dépôt de bois
à qui des voleurs avaient joué un sale tour. Ça alors !
Il était peut-être mère maquerelle dans un bordel.
"Cher camarade Staline,
"Je m'appelle Smirnov,
"Ivan Sergueevitch,
"membre du parti bolchevik depuis avant la Révolution.
"On m'accuse à tort d'appartenir au bloc trotsko-boukharinien
"et on m'extorque des aveux
"lors de violents interrogatoires..."
"Très cher guide, camarade Staline, nous, les frères
"Pestroukhine,
"kolkhoziens, anciens gardes de l'Armée rouge,
"sommes accusés... de corrompre
"l'État soviétique... extorquent
"des aveux sous la torture..."
Quels monstres ! "Nous sommes dévoués
"à la cause du Parti communiste et avons versé notre sang...
"avons versé notre sang pour lui..."
Avons versé notre sang pour lui.
"Directeur de l'usine...
"accusé à tort...
"sous la torture...
"plus de forces pour supporter...
"vous prie d'intervenir...
"la justice...
"communiste."
La justice communiste.
Communiste... Justice.
PARQUET RÉGIONAL DE BRIANSK
"Je demande au représentant du parquet
"de me rendre visite dans ma cellule
"pour communication d'informations capitales.
"Stepniak, I.S."
Faut frapper.
Tu veux quoi ?
On va chez le chef.
Ouvre.
Il vient voir le commandant.
Entrez.
Bonjour.
Bonjour.
Asseyez-vous, camarade procureur.
Je vous écoute.
Vous avez ici le prisonnier Ivan Stepniak.
Le parquet a reçu une demande de visite de sa part.
Ça alors !
Mais on a ici des dizaines de milliers de détenus.
Avez-vous le numéro du bâtiment,
de la cellule de ce...
Ivan Stepniak. Oui : bâtiment 5, cellule 84.
Le Bâtiment spécial ?
Vous avez reçu une demande du Bâtiment spécial ?
Oui, pourquoi ?
Non, comme ça.
Pour rien.
Pardon.
Oui.
Non.
Oui.
Je sais pas, demande à Petrovitch.
Encore ?
Mets-les dans le bâtiment 1.
Non, pas encore interrogés.
Oui.
J'ai compris.
D'accord.
Jeune homme,
la délivrance d'un laissez-passer pour voir un détenu
relevant de la Direction régionale du NKVD
ne s'obtient que du directeur de la prison.
J'en suis désolé, mais il va falloir revenir
ou attendre son retour.
Ce sera long ?
De nombreuses réunions ont lieu à la direction
concernant les affectations des détenus.
Elles durent généralement longtemps.
Je vais attendre.
Puis-je attendre ici ?
Bien sûr.
D'autant que je dois justement aller dans un bâtiment.
Ils sont tous surpeuplés,
d'où un travail monstre.
Et donc...
M'en veuillez pas de vous laisser seul ici.
Le boulot, quoi.
Mettez-vous à l'aise.
Merci.
Ouvre.
Oui !
Tu sais ce qu'a répondu Radek en prison à :
"Que faisiez-vous avant la Révolution ?"
Non.
"J'attendais en prison."
Et à la question : "Et après la Révolution ?"
Non.
"La prison m'attendait."
Alors, qu'est-ce qu'il y a ?
J'ai un petit jeune qui vient de l'inspection du parquet.
Ils ont déjà nommé le nouveau ?
Et ?
Il veut voir le détenu de la cellule 84 du BS.
Stepniak ?
Comment sait-il qu'il est dans cette cellule ?
Aucune idée.
Petrovitch,
j'ai le nouveau contrôleur du parquet ici.
Oui, ils ont pas traîné.
Un petit jeune.
Il veut voir un détenu du Bâtiment spécial.
D'accord.
D'accord.
Et s'il insiste ?
D'accord.
T'as appris ce qu'avait dit Radek ?
Oui, bien sûr, je te ferai un rapport.
Laissons-le un peu mariner.
S'il est toujours là d'ici ce soir, amène-le-moi.
Très bien.
"La prison l'attendait !"
Reste pas là, va bosser.
Allez, au boulot !
Il est pas là, l'adjoint ?
Non.
Il est où ?
Il avait à faire.
Et vous êtes qui ?
Je suis procureur.
Et à qui ai-je l'honneur ?
C'est pas grave.
Alors ?
Le directeur vous attend.
Ouvre.
Oui ?
Il est là.
Entrez, je vous en prie.
Désolé de vous avoir fait attendre,
mais j'ai été retenu par ma hiérarchie.
On vit une époque difficile, vous ne l'ignorez pas.
Je vous en prie, asseyez-vous.
Enchanté de faire votre connaissance.
On est habitués à voir des gens plus âgés à ce poste,
mais les temps changent
et nos idées sur ce que peuvent faire les jeunes
sont obsolètes.
Disons que tout l'appareil d'État subit un rajeunissement.
Et où en est la demande que j'ai formulée ?
On vous en a sans nul doute informé.
Oui, bien sûr, on m'en a informé.
Mais, voyez-vous,
je pense que votre entrevue avec le détenu
devrait être reportée à des jours meilleurs.
Pour quelle raison ?
En fait,
compte tenu du surpeuplement de cette prison
- ce que vous ne pouvez ignorer -,
il est parfois impossible de respecter les normes sanitaires.
D'où de fréquentes flambées de maladies infectieuses :
diphtérie, typhoïde, voire parfois typhus.
Ce que subit particulièrement le malheureux bâtiment 5,
qu'on appelle entre nous le Bâtiment spécial,
car c'est là que sont détenus les condamnés
pour activités contre-révolutionnaires.
Et c'est justement parmi eux que prolifère un panaché
de maladies infectieuses.
Je déconseille fortement
d'y jeter ne serait-ce qu'un coup d'œil
à tous ceux dont la fonction ne l'exige pas.
Mais c'est pour faire ce qu'exige ma fonction que je suis là.
Oui, bien entendu.
Ce que je voulais dire, c'est que...
Si un surveillant, par exemple,
ne peut pas manquer à la relève, un procureur, à l'inverse,
peut tout à fait différer un entretien avec un détenu.
Sans que cela influe sur le fond de l'affaire.
Mais, si je le déconseille fortement, c'est que ce détenu
que veut voir le camarade Kornev
est susceptible, selon les médecins,
d'être porteur d'une de ces maladies.
Dans ce cas, ce détenu doit être transféré à l'hôpital de la prison.
C'est nécessaire
si le détenu partage sa cellule.
Mais Stepniak,
ce dangereux criminel d'État, est seul dans sa cellule.
Ce genre de malade,
s'il n'est pas indispensable
de le placer sous surveillance médicale ou de l'opérer,
est généralement soigné dans sa cellule. Jusqu'à la désinfection,
surtout en cas de maladie contagieuse,
c'est mieux si n'y entrent que ceux dont c'est le travail.
J'ai déjà parlé avec le médecin-chef
du transfèrement du détenu au parloir
où se rendent les avocats, mais...
il s'y oppose.
Un tel transfèrement
irait à l'encontre des règles sanitaires
et serait fortement préjudiciable
au malade.
De quelle maladie souffre Stepniak ?
Les médecins ne sont pas encore sûrs,
mais c'est intestinal.
Peut-être la typhoïde.
La typhoïde ? Mais ce n'est pas si grave.
Je ne compte ni lui serrer la main ni manger dans sa gamelle.
Vous insistez donc pour voir immédiatement
le détenu Stepniak ?
Oui, j'insiste.
BS 5, dans mon bureau immédiatement.
Vous venez juste d'être nommé ?
Oui, il y a trois mois.
Vous savez où est votre prédécesseur ?
Oui !
Conduisez le camarade...
Kornev.
Kornev, le procureur Kornev
auprès du détenu de la cellule 84.
Conduisez le camarade procureur auprès du détenu Stepniak,
cellule 84.
Nous devons accéder rigoureusement aux exigences
de l'inspection du parquet.
Je suis ravi que notre nouveau procureur
soit un jeune homme d'une telle ténacité.
Mais je déplore votre manque de précaution.
Il y a des maladies où l'eau et le savon n'aident en rien.
Que voulez-vous dire ?
Ceci, justement.
Qu'il ne faut jamais oublier le danger de la contagion.
Je ferai de mon mieux.
Tant mieux.
Il est avec moi.
Il est avec moi.
Ouvre-nous la 84.
Ordre du directeur de la prison.
Le procureur veut voir Stepniak.
Son nom ?
Kornev.
Prénoms ?
Alexandre Mikhaïlovitch.
Ouvre.
Citoyen Stepniak,
le procureur est là pour s'entretenir avec vous.
Montrez-moi votre carte professionnelle, citoyen...
procureur.
Tu ne fais pas confiance à un représentant du pouvoir ?
C'est à vous que je ne fais pas confiance.
Le détenu a le droit d'exiger ça de moi.
Donnez l'ordre d'abaisser le châlit
pour qu'on s'asseye.
Abaissez-le, s'il vous plaît.
Et maintenant,
dites-leur de nous laisser.
Je ne parlerai pas en présence d'un tiers.
Je ne suis pas un tiers.
Le règlement m'oblige à surveiller le détenu.
Vous le pouvez par le judas.
Je ne compte pas me jeter sur le procureur.
Mais j'insiste sur le secret de notre conversation.
C'est mon droit.
Laissez-nous, s'il vous plaît, c'est son droit.
Laissez-nous.
Je peine à rester debout.
Je suis là suite à cette demande.
C'est bien la vôtre ?
Oui...
J'ai dû me briser l'articulation de la main
sur ce morceau de fer.
Il n'y a rien de pointu ici.
Avant de vous faire saigner, vous avez dû demander de quoi écrire ?
Oui...
mais ils refusent.
Permettez-moi de vous demander comment cette requête est sortie d'ici.
Si c'est votre secret, ne répondez pas.
Quel secret ?
Je l'ai donnée au surveillant,
comme on dit, à la grâce de Dieu, et elle...
Bon sang de bonsoir !
Elle a quitté ces murs.
Vous êtes vraiment du parquet ?
Je vous ai montré ma carte.
Le service des enquêtes de la Direction régionale du NKVD
peut fabriquer n'importe quoi !
Peut-être ce document dissipera-t-il votre méfiance.
Tu as fait des études de droit, donc.
Tu es diplômé ?
Oui. Depuis trois mois.
Et comment es-tu arrivé au parquet ?
J'ai été affecté là.
Ça veut dire que, au parquet, nos fameux organes
ont bien bossé,
si, à des postes comme ça,
ce sont des bleus comme toi
qu'ils affectent.
Ivan Stepanovitch...
L'an dernier, pour le 100e anniversaire, vous aviez fait un discours.
Oui...
Effectivement, j'étais venu à l'université.
Et alors ?
Vous aviez dit que la légalité soviétique
relevait de la vérité bolchevik. Et que nous, futurs juristes,
devions nous battre pour cette vérité.
J'étais tout ouïe
et j'ai compris que ce n'était pas qu'une belle phrase.
Tu avais bien compris.
C'était exactement ça.
On s'est étripés pour elle,
pour cette vérité des ouvriers et des paysans,
avec les Russes blancs.
Soit on se planquait dans des casemates
sous leurs tirs,
soit le gibet
nous attendait.
Mais, aujourd'hui, le combat pour la légalité soviétique
n’entraîne plus de dangers ?
Mon garçon, tu me parais pas bête du tout.
Et, comme tu n'es pas bête et que tu es venu ici,
ça veut dire, en plus, que tu es honnête
et pas trouillard.
Serais-tu marié, par hasard ?
Non.
Tu as encore ton père et ta mère ?
Non, ils sont morts.
Alors, écoute bien ce que je vais te dire.
Mais regarde d'abord
ce que m'a fait le NKVD.
N'écarquille pas trop les yeux.
C'est mieux si l'autre derrière la porte ne voit pas ça.
Voilà, mon petit.
Tu as vu ce que je crache ?
Mon urine est rouge aussi.
C'était pareil, à la Révolution.
Un jour, de riches paysans m'ont salement rossé.
Sauf que j'étais jeune, à l'époque, tout frisé.
Je m'en suis remis.
Alors que maintenant,
s'ils en rajoutent,
je m'en remettrai pas.
D'ailleurs, ça servirait plus à rien.
Qu'avez-vous fait pour subir ça ?
Pas "quoi", mais "pourquoi".
Je suis du genre
pas commode.
Je refuse pour moi-même comme pour d'autres innocents
de signer des condamnations à mort.
Or, c'est la seule chose qu'ils veulent de moi...
ces fascistes sournois du NKVD.
Le bâtiment dédié à l'instruction
et la prison intérieure sont devenus une immense geôle.
Des milliers d'innocents
sont soumis à d'inimaginables...
passages à tabac,
au supplice de la privation de nourriture, de sommeil,
juste pour qu'ils signent
de fallacieuses dépositions
contre eux-mêmes
et contre les autres.
Des honnêtes gens se disent coupables
de crimes qui dépassent leur entendement,
et les affaires partent aux tribunaux qui agissent sur ordre de ce même NKVD.
Ils sont particulièrement cruels
avec les vieux membres du Parti.
Dans notre région, ils ont massacré
presque tous les cadres locaux.
Je pense que je suis le dernier...
membre du Comité régional
qui soit encore
de ce monde.
Et c'est juste parce que je suis
plus têtu que les vieux membres
et que je n'ai rien signé.
Ils voulaient que je signe que,
durant la guerre avec les Allemands,
j'étais un agent secret de Petlioura.
Sauf que fusiller leur victime
sans avoir obtenu d'elle l'aveu de ces crimes inventés,
les fascistes locaux ne le peuvent pas.
Il faut que les gens se calomnient eux-mêmes.
Visiblement, c'est important pour les rapports
aux instances dirigeantes.
"Voyez comme notre vigilance
"nous permet de tuer dans l'œuf la sédition dans notre propre maison !"
Ils ont peur des révélations.
Et essaient que tout se fasse
comme l'exige la loi.
Rouer de coups jusqu'à la mort un prévenu buté,
ça ne leur coûte rien, à ces bourreaux du NKVD,
mais c'est pour eux une bavure malencontreuse.
C'est pourquoi des gens comme moi,
ils les mettent sous cloche
en espérant que ces gens
aux entrailles broyées
ne tiendront pas longtemps.
Moi, quand je mourrai, il y aura écrit
que c'est bien sûr dû
à une insuffisance cardiaque dans cette même prison.
Ce sont eux, les ennemis du peuple,
ces saboteurs du NKVD.
Ils ne dégradent pas de machines-outils,
ni ne mettent le feu à des usines.
Mais les vieux dirigeants dévoués au Parti,
ils les remplacent
par de jeunes carriéristes braillards.
Et les spécialistes honnêtes et consciencieux
par des ignares bas de plafond.
Ce n'est pas pour moi que je te demande ça.
Moi, je suis foutu, de toute façon.
Mais la cause de notre Révolution
me tourmente au plus profond.
Si tu es réellement
un vrai bolchevik
pas trouillard, et un honnête juriste soviétique,
pars immédiatement pour Moscou
et obtiens une audience de Staline.
Si tu n'y arrives pas,
va trouver n'importe quel membre du Politburo :
Iejov, Vorochilov,
Molotov...
Et dis-leur que, ici,
on extermine la fine fleur du Parti.
Des centaines de milliers d'honnêtes Soviétiques !
Et ne traîne pas.
Tu as réussi à obtenir cette rencontre avec moi et...
ils ne vont pas te laisser en paix.
Tu n'auras même pas le temps de te retourner
que toi-même
te retrouveras en taule pareillement.
Ouvre.
Il est sorti.
Il sera bientôt chez vous.
Attendez.
Oui.
Ce travail, il faut le faire en amont, pas après coup.
On forme des petits crétins.
Après la bataille,
en 1916, celle de Kovel,
mon bon monsieur,
on m'a amputé d'un bras et d'une jambe.
À l'époque, y avait rien de prévu pour les blessés.
Le petit pécule pour les invalides est arrivé bien plus tard.
Donc je me dis, il me faut un travail,
sauf que j'ai que ma main gauche.
Je suis allé trouver mon père.
Il me dit : "J'ai pas de quoi te nourrir."
Vous imaginez ?
J'ai roulé ma bosse une bonne année et j'ai décidé
d'aller à Saint-Pétersbourg, mon bon monsieur,
pour demander à Lénine si y aurait moyen de profiter de la charité prolétarienne,
vu qu'on peut quand même dire que j'ai versé mon sang,
que j'ai sacrifié ma vie.
Et il t'a fait la charité, Lénine ?
Attends, va pas trop vite.
Le jeune homme a du savoir,
faut avancer dans l'ordre.
Bref, finalement, de convois
en chariots du gouvernement, j'ai fini par arriver,
mon bon monsieur, à Saint-Pétersbourg.
Vous imaginez le spectacle ?
Un bidasse couvert de poux
qui se retrouve dans la capitale,
qui n'a pas, si je puis dire, sa pareille au monde.
Soudain, devant lui, la perspective Nevski, vous imaginez,
la rue aux Pois, nom d'un chien,
et la rue de la Fonderie, la flèche de l'Amirauté.
Les ponts sont ouverts,
tout droits, sans se toucher.
Un vrai conte de Shéhérazade, mon bon monsieur.
Arrête, le manchot !
Toi, t'as peut-être déjà tout vu,
mais le jeunot y a pas encore mis les pieds.
Il a peut-être même pas touché une nana.
Hein ?
Je me mets en quête d'un logement,
sauf que c'est hors de prix.
Or, moi,
ma fortune entière,
c'est juste 10 pauvres assignats de 5 roubles.
J'ai fini par aller à l'hôtel de Revel
à 1 rouble par jour.
Soupe au chou et viande battue.
Je me dis que j'irai pas loin comme ça.
Je demande où m'adresser.
On me dit : "Va donc à Smolny,
"va voir Lénine directement,
"au cœur même du pouvoir soviétique.
"C'est là qu'elle est, la vraie justice."
Quel est l'imbécile
- qui t'a fait miroiter ça ? - Tais-toi, âne bâté.
Écoute plutôt. Levé dès potron-minet,
je me suis raclé la barbe de la main gauche,
- car payer un barbier, c'est encore, dans son genre, faire des dépenses -,
j'ai enfilé mon petit uniforme
et, avec ma petite guibole en bois,
me v'là parti !
Vous voyez le tableau ?
Je vais voir Lénine
à Smolny.
Et là ! Des miroirs, des vases, des plafonds tout blancs,
des colonnes, des marbres inestimables,
et ça court dans tous les sens.
On me laisse entrer avec difficulté et on me dit de me débrouiller.
Je me démène comme un beau diable.
Tout le monde a vu Lénine,
mais personne sait où il est.
Je finis par débarquer avec ma guibole
dans une antichambre, je me colle dans un coin
pour pas faire tomber l'Amérique ou l'Inde
en vases de faïence dorée.
Je dois bien rester là quatre bonnes heures
et, finalement, un aide de camp
ou un fonctionnaire de garde
sort et dit :
"Lénine va venir dans l'antichambre !"
L'antichambre est bondée comme jamais.
Ils sont tous décorés et fument un méchant tabac. Ça court partout.
On entend des chut-chut ! Et soudain !...
Un silence de mort s'installe.
Lénine arrive.
Et donc ?
Vous imaginez ?
L'homme d'État lui-même.
En personne, si je puis dire,
avec le titre qui va avec
et cette expression, vous comprenez.
Tous ceux qui sont là sont droits comme des "i" à attendre en tremblant
une décision qui, dans son genre, scellera leurs destins.
Il s'approche de l'un, de l'autre.
"Pourquoi êtes-vous là ?" "Et vous, qu'est-ce qui vous amène ?"
Et il s'approche de moi.
Je rassemble mes forces : "Voilà, Votre Excellence,
"Guide de la Révolution,
"j'ai versé mon sang, j'ai perdu un bras et une jambe.
"Je peux pas travailler et demande la charité du monarque."
Le regard de Lénine me transperce,
il voit ma guibole en bois,
ma manche droite agrafée à l'uniforme.
"Bien, dit-il,
"repassez dans quelques jours.
"On est toujours ravis de recevoir le prolétariat,
"même sans bras ni jambe."
- Sans blague ! - Eh oui !
C'est ça qu'il a dit.
Oui...
"Repassez donc, mon ami."
Là, je me dis : "C'est bon,
"C'est réglé."
Et ensuite ?
Quoi, ensuite ?
Il s'est passé quoi, ensuite ?
Bah rien.
Comment ça, rien ?
T'as l'air d'avoir roulé ta bosse,
t'y as même laissé toutes tes dents,
mais tu piges que dalle.
Et Lénine, alors ?
Disparu, Lénine !
Je retourne là-bas une fois, deux fois,
et c'est toujours la même rengaine : "Demain, demain."
J'en ai eu marre.
J'ai fait un sacré raffut, j'ai gueulé, insulté !
Et là, sortant du nuage de tabac,
une estafette arrive.
Un colosse de deux mètres
avec des bras énormes
comme ceux d'un charretier
ou d'un dentiste.
Il m'attrape, pauvre hère,
me colle dans une carriole et direct en cabane.
J'ai vécu sur le compte de l'État un petit moment et ils m'ont relâché.
Lénine était mort entre-temps.
Là, je vais voir Staline.
Oui, il paraît que c'est la bonté incarnée.
Parce que c'est pas pour moi
que, dans un sens, j'ai versé mon sang et sacrifié ma vie.
Mais toi
qui as du savoir, dis-moi :
tu crois qu'il va me dédommager ?
Hein ?
Vous faites la queue ?
Jeune homme, vous cherchez quelqu'un ?
Oui.
Qui ça ?
Le Procureur général. J'ai quelque chose à voir avec lui.
Si c'est le cas, vous devez savoir où est son bureau.
Oui ?
Pardon ?
Je cherche la sortie. Où est-elle ?
En bas de l'escalier à gauche.
Vous allez bien ?
Oui.
Je trouve que ce n'est pas correct.
Mon cher ami !
Tu es là, toi aussi ! Félicitations !
Je te félicite !
J'ai toujours cru en toi et ai toujours pensé que tu irais loin !
T'es vraiment un as ! Et t'as vachement grandi !
Dans tous les sens du terme, visiblement !
On se connaît ?
Je vous présente : le camarade Mrazovitch.
Et nous, on a fait nos études ensemble et il a pris du galon.
Mrazovitch.
Kornev.
C'est ça, Kornev, un artiste, un sacré artiste, même !
- Passe me voir. - D'accord.
C'est pas n'importe qui. Va le voir, si t'as un problème.
Quand as-tu été muté ? Quel service ?
- Je... - J'imagine bien, pas dans le mien.
T'es là pour quoi, si c'est pas un secret ?
Pardon,
mais on s'est vus quelque part ?
Kornev, arrête de faire l'imbécile.
Passe me voir après.
Bureau 312. Entre sans frapper.
D'accord.
Oui, je vous écoute.
Bonjour, je viens voir le Procureur général.
Vous avez une audience ?
Non.
En fait, camarade Kornev,
le Procureur général ne reçoit que sur convocation
du Parquet général. Je ne peux donc rien faire
pour vous.
Je viens de loin pour une affaire d'État de la plus haute importance.
Tous ceux qui sont ici le sont aussi.
Avez-vous un ordre de mission ?
Non.
Mais...
c'est vraiment capital.
Si c'est le cas,
pourquoi le parquet dont relève le camarade Kornev
n'a-t-il pas fait de demande d'audience au Procureur général ?
Et pourquoi le camarade Kornev n'a-t-il pas d'ordre de mission
stipulant qu'il doit se rendre au Parquet général ?
Je ne peux même pas vous mettre sur la liste
des personnes ayant une requête douteuse
et dont juge seul le Procureur général.
Je suis membre du Parti
et viens informer le Procureur général d'une affaire capitale
d'une extrême urgence.
De plus, je dois le voir seul, en tête à tête.
Impossible de consigner ça par écrit, comme vous le suggérez.
C'est votre intérêt de prendre cela au sérieux.
- Merci. - Au revoir.
S'il vous plaît.
- Entrez. - Merci.
Très bien.
Je vais parler au Procureur général et vous informerai de sa décision.
Attendez dans l'antichambre, je vous prie.
Merci.
Merci.
Au revoir.
Camarade Zavtrakine !
Je vous en prie.
Entrez, je vous prie.
- Merci, au revoir. - Au revoir.
Camarade Smirnov !
Vous avez de la chance.
Le camarade Procureur général, contre toute attente,
accepte de vous recevoir.
Mais rappelez-vous
qu'il s'agit d'une des personnes les plus occupées de l'État.
Vous devez donc être très concis
et ne pas faire perdre de temps au camarade Procureur général.
Deux-trois minutes, pas plus.
Je vous écoute.
Mon nom est Kornev. Je suis procureur au parquet de Briansk,
chargé de l'inspection des lieux de détention.
J'y ai établi
la commission d'infractions à la légalité socialiste
de la part de la Direction de la Sécurité d'État
durant l'instruction de crimes contre-révolutionnaires
ainsi que d'infractions aux règles de détention
de prisonniers suspectés de tels crimes.
Continuez.
J'ai été informé de passages à tabac, nombreux et cruels,
d'un détenu
lors d'interrogatoires effectués par la Direction régionale du NKVD.
Il y a tout lieu de penser que de tels passages à tabac
et autres méthodes illégales durant l'instruction
menée par cette Direction revêtent un caractère systématique.
J'en veux pour preuve indirecte
la privation des détenus des prisons politiques de la région
de la possibilité de se plaindre aux instances ad hoc.
C'est peut-être la seule requête qui soit parvenue
au parquet depuis la section politique de la prison municipale.
Le support de cette plainte
et ce qui a servi à l'écrire parlent d'eux-mêmes.
PARQUET RÉGIONAL DE BRIANSK
Et pourquoi m'informer de ces infractions
et non pas le procureur de la région ?
Parce que je ne crois pas en la détermination
du parquet régional de s'immiscer dans les affaires du NKVD local.
Je crains, de plus, que ce parquet
ne veuille ni même ne puisse défendre un collaborateur,
ayant tenté de s'immiscer de la sorte, de représailles.
Obtenir l'aval du parquet pour arrêter une personne indésirable
est devenu dans notre région une pure formalité.
Et donc, m'adresser à mon supérieur
était pour moi non seulement pratiquement inutile,
mais aurait été presque suicidaire.
Et j'ai décidé
de m'adresser à vous en tant que
fonctionnaire, mais surtout comme un honnête membre du Parti.
Et, selon vous, dans quel dessein
sont commises les infractions que vous suspectez dans votre région ?
Camarade Vychinski,
je suis sûr que, au NKVD régional,
sévit un groupe de contre-révolutionnaires
se prétendant tchékistes staliniens.
Abusant de leur fonction, ils exterminent les meilleurs
en les accusant de crimes imaginaires.
Ils sapent ainsi
l'économie locale, la gestion administrative
et discréditent la légalité soviétique aux yeux du peuple.
Les instances dirigeantes de toute la région
sont déstabilisées et terrifiées par ces criminels.
Surtout les fonctionnaires du parquet et des tribunaux.
Je n'exclus pas que certains,
peut-être malgré eux, exécutent leurs instructions.
Or, tous ceux qui pourraient mettre au jour
la malveillance sournoise des actes des organes de sécurité régionaux
sont arrêtés préventivement
et, pour une bonne part, sans doute déjà éliminés.
Les cadres dévoués du Parti
sont remplacés par des jeunes incompétents,
mais loyaux envers le NKVD.
Et, si l'un d'eux découvre une incongruité,
ils préfèrent faire comme s'il ne s'était rien passé :
"Oublie-nous et on t'oublie." Un vrai système,
camarade Vychinski.
Peut-être certains opportunistes ont-ils été circonvenus
par leur ascension
due ni à leurs compétences ni à leur expérience.
J'aurais pu suivre leur exemple,
mais m'en empêche ma conscience de citoyen soviétique,
de membre du Parti et de juriste soviétique.
Je ne peux rester inactif devant des crimes
commis massivement et sans discontinuer.
L'intervention du Parquet général doit les faire cesser.
Je pense que c'est un processus destructeur
qui doit s'arrêter immédiatement.
Vous voulez donc que le Parquet général lance une enquête,
sur-le-champ,
sur l'activité contre-révolutionnaire des organes de sécurité
de votre région, c'est bien cela ?
Tout à fait, camarade Vychinski.
Cela pourrait être possible
s'il s'agissait d'un particulier ou d'une quelconque instance d'État.
Mais ce Commissariat aux affaires intérieures a, aujourd'hui,
des pouvoirs spéciaux et jouit d'une quasi-autonomie.
Enquêter sur l'un de ses membres,
même le Parquet général de l'URSS
ne le peut qu'avec l'accord
de la direction de ces organes ou de celle du NKVD.
Si des documents prouvent
des infractions dans l'un quelconque des services de ce Commissariat,
sa direction ne refusera pas
de lancer une procédure pénale contre ceux qui les ont commises.
Le camarade... Kornev ?...
... dit qu'il a vu des traces de torture sur le corps d'un détenu ?
Pouvez-vous faire confirmer ces observations
par un examen médical certifié ?
Camarade Vychinski, c'est le détenu
qui a écrit au parquet régional avec son sang.
C'est un vieux bolchevik
et un ancien cadre dirigeant du Parti.
Je voudrais expliquer au camarade Procureur général
que je n'ai pu accéder à sa cellule
qu'après avoir vaincu les velléités du directeur
qui répugnait à cette rencontre.
Et ce directeur aurait assurément trouvé
des prétextes pour surseoir à cet examen médical,
le temps de m'enfermer aussi.
Je ne doute pas que ce directeur et ses adjoints
soient de mèche avec la direction régionale du NKVD.
Et j'ai choisi de ne compter que sur la confiance
accordée à ma déclaration par le Procureur général.
Et je ne savais sincèrement pas
qu'une enquête secrète
concernant un cadre du NKVD
requérait des documents écrits.
Oui,
pour un juriste, vous agissez à la légère.
Mais la situation peut s'arranger.
Retournez chez vous
et envoyez au Parquet général l'examen médical
du détenu soumis, selon vos dires,
à des méthodes illégales d'interrogatoire.
Je vous promets que l'enquête
débutera sur-le-champ.
Mais...
si je rentre les mains vides,
comme j'aurai enfreint les règles hiérarchiques,
je serai immédiatement renvoyé et arrêté.
Les contre-révolutionnaires du NKVD régional ne voudront pas
laisser libre un homme au fait de leurs crimes.
Donnez au camarade Kornev un document attestant que je l'ai reçu.
Au nom du parquet de la région dont il dépend.
Cela vous suffira pour procéder à des actes
relatifs à cette affaire sans risques pour votre sécurité.
Et fournissez un billet de train
au camarade Kornev sur la réserve du Procureur général.
Tout ce qui a été dit ici, faites-en un bref rapport,
mais circonstancié.
Il sera à joindre au document dont nous avons parlé.
Mettez ça aussi.
Un tel document
pourra être d'une grande aide.
Alors ?
Plus tard.
Montez.
À la gare !
C'est là.
- Bonsoir. - Bonsoir.
C'est votre place ?
La 5.
Pardon. Je...
- Vous pouvez laisser ça. - Non, non...
Je vais me mettre là.
On est partis.
T'es de Moscou ?
Moi ? Non.
- D'où, alors ? - De Briansk.
Étudiant ?
Avant, oui. Maintenant, je travaille.
Comme quoi ?
Je suis avocat,
membre de l'ordre des avocats.
Procureur affecté à l'inspection.
Ça consiste en quoi ?
Quand des citoyens se plaignent,
je veille à ce que tout se fasse selon la loi.
Un bien beau métier, camarade.
Nécessaire.
Et Moscou ?
C'était pour une fille ?
Non, non.
Pour quoi faire, si c'est pas un secret ?
Pour le travail. Au parquet.
À Moscou ? Y a pas de parquet à Briansk ?
Pour une audience auprès du Procureur général.
Vychinski ?
Oui.
Petia, si jeune et déjà chez le Procureur général !
On a pas encore fait connaissance.
- Petia. - Alexandre. Enchanté.
- Et Vassia. - Vassili.
Alexandre. Enchanté.
Attends... Je reviens.
Chef, apporte-nous un verre.
Non, camarade, je ne bois pas.
Tu bois pas ?
La légalité soviétique, quel péché de ne pas l'honorer !
Allez !
Merci.
Vous auriez pas une guitare ?
Non, mais j'ai du sucre.
Quel farceur !
Allez !
Pour que l'ordre règne !
À l'ordre !
Tiens, mange.
Merci.
Et vous, votre métier ?
On est des liquidateurs.
On est ingénieurs.
À Moscou. Un bureau d'études.
- C'est ça. - On dessine des usines.
On dessine l'avenir, en un mot.
Des architectes.
Aussi. On peut tout faire.
On reconstruit une usine à Briansk.
- C'est difficile... Grosse usine. - Constructions mécaniques ?
- "L'Usine des syndicats". - Technologie étrangère.
D'où les accrocs, les malentendus.
Il y a un mois, une nouvelle chaîne
aurait dû entrer en service,
mais : problème.
On va donc voir ce qui s'est passé :
simple erreur ou sabotage ?
Vous savez ça mieux que nous.
Parfois, on sait pas si c'est une erreur technique ou du sabotage.
Un ingénieur a l'air ordinaire :
famille, enfants, travail.
Rien à redire, sauf qu'en fait c'est un saboteur.
Je le croirais pas s'ils passaient pas aux aveux.
- C'est de pire en pire. - Oui.
C'est l'époque qui veut ça.
Vous avez affaire aux ennemis.
Comment savoir si quelqu'un en est un ou pas ?
Il y a des procédures.
Une enquête est lancée quand le crime est établi.
S'il est établi. Et si...
il est pas encore commis, mais que l'ennemi est connu, que faire ?
Selon le droit romain, il y a la présomption d'innocence.
Et si, ensuite, il y a sabotage ?
Impossible de juger quelqu'un sans crime établi.
Alors quoi ? On attend qu'il le commette ?
Je comprends votre question.
Camarade procureur...
Alexandre.
Nous devons être vigilants
et tenir solidement le glaive punitif de la légalité soviétique.
Nous ne punissons pas...
Nous enquêtons, accusons et, s'il y a lieu, le tribunal punit.
- Tirer les choses au clair. - C'est juste.
À la vigilance !
Mange.
Merci.
Qui a demandé une guitare ?
Chef ! Merci ! Eh bien voilà !
Sauf qu'il faudrait...
- Ah oui. - Merci.
Chante notre chanson.
Le matin nous cueille dans les frimas
Et la rivière dans le vent qui entraîne
Jolie frisée, ne te ravit-il pas
Ce chant enjoué de la sirène ?
Allez, debout, jolie frisée !
Bourdonnant dans les ateliers
Le pays se lève avec gloire
Et loue ce nouveau jour d'espoir
L'équipe nous accueillera en travaillant
Et tu salueras tes amis en souriant
Dont tu partages le labeur, les soucis
Le contre-plan et même la vie
Au-delà de la porte de Narva
Ça tonne et ça rougeoie
Le pays se lève avec gloire
Et loue ce nouveau jour d'espoir
... ce nouveau jour d'espoir
Et avec lui jusqu'à la victoire glorieuse
Tu passeras, jeunesse facétieuse,
Avant que ne vienne la relève
D'autres jeunes mus par ce rêve
Qui surgiront dans cette vie prospère
Et viendront remplacer les pères
Le pays se lève avec gloire
Et loue ce nouveau jour d'espoir
Avec un si beau discours
Clame ta vérité au monde qui t'entoure
Nous allons au-devant de la vie
Du travail, de l'amour qui sourit
Est-ce un péché d'aimer, jolie frisée ?
Quand, au premier tintement,
Le pays se lève avec gloire
Et loue ce nouveau jour d'espoir
Le pays se lève avec gloire
Et loue ce nouveau jour d'espoir
Debout, camarade, on arrive dans une demi-heure.
Camarade Ivanov ?
- C'est moi. - Camarade Petrov ?
- Vous êtes de la Direction ? - Absolument.
Il est avec vous ?
Camarade Kornev.
Bonjour.
Vous avez une voiture ?
Camarades, pourriez-vous me déposer ?
On le dépose, Vassia ?
C'est parti.
Merci.
Y a des nanas dans cette ville ?
Oui, bien sûr.
Des jolies ?
Des jolies aussi.
Faciles à pêcher ?
À pêcher quoi ?
Tu piges pas ? T'en as jamais pêché une ?
Je suis célibataire.
Ah, c'est donc ça.
- Et t'as jamais essayé, c'est ça ? - C'est quoi, la question ?
Sois pas timide. On est entre nous.
Lui, c'est sûr qu'il dira rien.
Allez, accouche !
Tu l'as fait ou t'es puceau ?
On aurait pas dû tourner là.
Je te lâcherai pas si tu racontes pas.
Allez, accouche ! Oui ou non ?
On est tout ouïe, n'est-ce pas, Vassia !
Où allons-nous ?
On t'emmène.
Tirer les choses au clair.
S'il y a lieu.
Ouvrez la portière !
Du calme, Kornev.
Vous êtes en état d'arrestation.
Adaptation : Joël Chapron
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