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Original subtitles

Aujourd'hui, le 5 Novembre Je commence mon journal.

Je vais tout relater aussi précisemment que possible.

Mais je ne sais même plus si nous sommes le 5 Novembre.

Durant l'hiver, J'ai perdu quelques jours.

Je ne sais même pas quel jour de la semaine nous sommes.

Mais ce n'est pas important.

Je me base sur des notes éparses.

Eparses, parce que je n'ai jamais pensé rédiger ce journal,

et j'ai bien peur que ma mémoire ne déforme ce que j'ai réellement vécu.

Mais c'est le cas de tout journal.

Je n'écris pas pour le plaisir d'écrire.

mais parce que j'ai besoin d'écrire,

si je ne veux pas perdre la raison.

Personne n'est là pour penser à ma place ou pour s'occuper de moi.

Je suis seule, et je dois traverser

les longs mois d'hiver.

Cette tâche devrait m'empêcher

de scruter le crépuscule et d'avoir peur.

J'ai peur. La peur s'insinue partout en moi,

mais je ne veux pas attendre qu'elle m'anéantisse.

Je vais écrire jusqu'à ce qu'il fasse nuit.

Cette nouvelle tâche devrait me remplir la tête,

et m'épuiser jusqu'à l'endormissement.

Je ne crains pas les matinées, mais seulement les longs après-midis sombres.

J'écris au dos de vieux calendriers

et sur de vieux papiers.

Le papier vient de Hugo Rüttlinger, un grand collectionneur hypocondriaque.

En fait, ce journal devrait commencer par Hugo,

car sans son avidité et son hypocondrie, Je ne serais pas là aujourd'hui.

Je ne serais probablement pas en vie non plus.

Nous sommes arrivés au pavillon de chasse vers trois heures.

Après une collation, Hugo a commencé à somnoler,

Louise lui a demandé de l'accompagner à nouveau au village.

Allez !

On ne restera pas longtemps, et demain très tôt, on ira chasser.

La clé est sur le contact, Si tu veux nous rejoindre.

- Viens ! - Oui.

Où est Lynx ? Lynx ?

Le chien reste ici ! Ce stupide chien n'obéit jamais.

Lynx ? Lynx, allez !

Aux pieds !

Allez Lynx !

- Aux pieds ! - Ne sois pas si dure.

Lynx, dépêche, tu restes ici. Retourne là-bas.

Allez, allez !

A neuf heures, j'ai décidé d'aller me coucher.

J'ai vérouillé la porte de ma chambre de l'intérieur.

Lynx ? Que se passe-t-il ?

Ils ont du être bloqués au village. J'étais étonnée.

Hugo détestait les chambres d'auberge.

Et il ne m'avait jamais,

laisser passer une nuit seule.

Alors j'ai décidé d'aller au village avec Lynx.

Je ne pouvais pas m'expliquer ce qui s'était passé.

J'ai à peine remarqué la fraicheur et l'humidité de la vallée,

parce que je me demandais ce qui était arrivé aux Rüttlinger.

Hugo avait peut-être fait une crise cardiaque.

Comme il est hypocondriaque, on ne prend pas toujours son état au sérieux.

J'ai accéléré le pas et j'ai envoyé Lynx avance.

J'avais oublié de mettre mes bottes de marche.

et je trébuchais sur les pierres pointues.

Lynx ! Lynx ?

Lynx ? Lynx, c'est quoi ?

Qu'est-ce que tu as ? Tu t'es blessé ?

Tu t'es mordu la langue ?

Lynx viens !

Viens !

Lynx, qu'est-ce que tu as ?

Allez, viens !

Puis j'ai entendu cogner fort et j'ai regardé autour de moi avant de réaliser

que c'était mon propre battement de coeur, qui résonnait dans mes oreilles.

Mon cœur ressentait la peur, que je n'éprouvais pas encore moi-même.

Hésitante, j'ai essayé à nouveau.

Mais à nouveau, ma main a heurté une sorte de vitre.

Et soudain, j'ai réalisé ce qui me tourmentait inconsciemment :

la route était totalement vide.

Quelqu'un avait du sonner l'alarme depuis longtemps.

Il aurait été naturel

que les villageois curieux soient massés en face de la paroi.

Et même si aucun d'entre eux n'avait découvert le mur,

Hugo et Louise avaient du le voir.

Ce qui était plus surprenant encore, était de ne voir personne.

Je réessayé trois fois et j'ai dû me rendre à l'évidence.

A trois mètres de moi, quelque chose d'invisible et lisse,

m'empêchait d'avancer.

J'ai pensé à une hallucination, mais Je savais que ce n'était rien de la sorte.

J'aurais plus facilement accepté un accès de folie

que cette terrible chose invisible.

Le premier petit corps de ferme

se trouvait juste après le virage suivant.

Enfin, je pouvais l'apercevoir.

Elle se tenait dans la lumière du soleil. Une image paisible et familière.

Désolée ! Désolée, je...

Viens Lynx. Viens !

La situation était grave, pour Lynx et moi,

mais à ce moment là, je n'imaginais pas à quel point.

Tout ne semblait pas encore perdu parce que nous étions deux.

Tout ça ne pouvait pas être vrai, ce genre de choses n'arrive pas.

Et si jamais ça se produit, ça n'arrive pas dans un petit village montagnard,

et pas en Autriche. Pas en Europe.

Je sais que cette idée était ridicule,

mais c'est exactement ce que je pensais, je l'avoue.

Je me suis réveillée à six heures quand les oiseaux ont commencé à chanter.

A peine avais-je bougé, mais Lynx savait que j'étais réveillée

et il vint jusqu'à mon lit me saluer.

Tout à coup, il me semblait impossible de survivre à cette belle journée de mai.

Mais en même temps, je savais que je devais survivre

et qu'il n'y avait pas d'échappatoire pour moi.

Je devais rester silencieuse et survivre.

Ce n'était pas la première fois que je devais survivre comme ça.

Moins je résisterais, plus supportable ce serait.

Je ne me souviens pas, de ce que j'ai fait ce matin là.

Peut-être que les heures suivantes furent si difficiles que je les ai oubliées.

Peut-être que j'étais anesthésie. Je ne me souviens pas.

Je suis rentrée à 2 heures l'après-midi,

après avoir marché jusqu'au canyon avec Lynx.

Cette fois, j'étais mieux équipée. J'avais emporté les jumelles de Hugo.

Si l'homme du puits était mort, et je ne pouvais plus en douter,

tous les habitants de la vallée devaient aussi être morts.

Pas seulement les personnes, mais les animaux aussi.

Si c'était la mort, elle était venu rapidement et en douceur

de façon presque affectueuse.

Il aurait surement été plus sage d'aller au village avec Hugo et Louise.

Lynx !

Que se passe-t-il ? Lynx ?

Ici, Lynx !

Lynx !

Viens.

Oui, allez.

En même temps, il était clair pour moi

que cette vache était une bénédiction, mais aussi un énorme fardeau.

Un tel animal doit être nourri et trait et a besoin d'un abri.

J'étais la propriétaire et la Prisonnière d'une vache.

Bien sûr, je pensais aussi à la vache.

J'étais très chanceuse, elle attendait un veau.

Mais je ne pouvais pas compter là dessus.

J'espérais surtout qu'elle me donnerait du lait aussi longtemps que possible.

Je pensais que ma situation était temporaire

ou du moins, j'essayais de le croire.

J'ai donné un nom à ma vache, elle s'appelle Bella.

En fait, elle n'avait pas besoin de nom.

Elle était la seule vache de la forêt.

Peut-être la seule vache du pays.

A demain, Bella.

Dix jours se sont écoulés, et rien n'avait changé.

Ces dix jours, je me suis assommée de travail, mais le mur était toujours là,

et personne n'était venu me chercher.

Je n'avais pas d'autre choix que d'affronter la réalité.

Je pouvais essayer de me suicider ou tenter de creuser sous le mur,

ce qui aurait probablement été une tentative de suicide très pénible.

Ou alors, rester ici et essayer de rester en vie.

Pour envisager sérieusement le suicide, j'étais trop vieille.

Penser à Lynx et Bella m'a évité de penser au suicide.

Grâce à la prévoyance d'Hugo j'avais assez de provisions pour l'été,

une maison, du bois pour la survie et une vache.

J'avais aussi l'intention de vérifier les horloges quotidiennement,

et de rayer chaque jour dans le calendrier.

Ca me semblait très important.

Je ne voulais pas de changement dans ma vie.

Je ne sais pas pourquoi je faisais ça.

C'est quasi un réflexe primaire, qui m'y poussait.

Peut-être que j'avais peur, sans tout ça,

de cesser lentement d'être un être humain,

de finir par ramper, sale et puante

en émettant des sons inintelligibles.

Non pas que j'avais peur de devenir un animal, ce qui ne doit pas être si affreux.

Mais un homme ne peut pas être un animal,

He falls over the animal into an abyss.

Je ne veux pas que ça m'arrive.

C'est ma plus grande peur.

C'est pour ça que j'écris ce journal.

Le 30 mai, il a plu toute la journée, une pluie tiède et fertile

qui m'a forcée à rester dans la cabane, pour ne pas être trempée.

Ce soir le chat est venu à la maison.

Donc, nous sommes quatre. La vache, le chat, Lynx et moi.

C'est Lynx que j'aime le plus.

Il n'est plus juste mon chien, il est devenu mon ami.

Mon seul ami dans ce monde de détresse et de solitude.

Tout va bien, Lynx.

Bien que je ne puisse pas m'éloigner à cause de Bella,

je voulais explorer les alentours.

J'avais repéré un chemin qui menait à un chalet sur les sommets,

et la route redescendait de l'autre côté vers la vallée.

C'est là que je voulais aller.

Lynx ! Aux pieds !

- Attends, Lynx !

J'ai visité toutes les vallées alentour

en quelques jours.

Je pouvais grimper jusqu'aux alpages et voir tout le pays de là haut,

mais je ne pouvais pas accéder à cette chaîne de montagne plus éloignée.

Bien sûr, il pourraient me trouver, s'il n'y avait pas de mur là-bas.

Je devais admettre qu'ils auraient déjà du me trouver.

Je pouvais tranquillement m'asseoir à la maison et attendre.

Mais à chaque fois, j'éprouvais le besoin de faire,

quelque chose au sujet de cette incertitude.

À midi, je me suis reposée.

La forêt était brumeuse au soleil de midi

et les nuages ​​chauds montaient jusqu'à moi.

C'était beaucoup plus calme que la nuit au clair de lune,

comme si la forêt dormait sous les rayons du soleil.

Un oiseau de proie tournoyait dans le ciel.

Lynx dormait, ses oreilles faisant des soubressauts

et un grand silence m'enveloppait, comme une cloche posée au-dessus de moi.

J'aurais voulu rester là toujours

sous la chaleur, la lumière,

avec le chien à mes pieds et les oiseaux tout là-haut

Quand j'ai du rentrer, je l'ai fait avec beaucoup de regrets.

et très lentement je me suis transformée en une créature

qui n'appartenait pas à l'être humain, aux pensées étranges.

Une créature qui brisait les branches avec ses souliers maladroits,

pour participer à une chasse sanglante.

Il me semble que je n'ai jamais enregistré dans mon journal

le jour où j'ai tué un cerf.

Maintenant, je me souviens que ça m'avait dégoûté de l'écrire.

C'était déjà assez d'avoir eu à le faire.

J'ai appelé le petit chat "Perle", parce qu'il était si blanc et lumineux.

En quelques semaines, j'ai réalisé que Perle, cette petite chose si laide

s'était transformée en une beauté.

Perle était un petit miracle

mais je savais qu'elle était née au mauvais endroit.

Un chat à longs poils blanc au milieu de la forêt est voué à une mort précoce.

Elle n'avait aucune chance.

Peut-être que c'est pour ça que je je l'aimais tellement.

Quand je repense à ce premier été

j'étais plus préoccupée par mes animaux

que par ma situation desespérée.

Avec la catastrophe, j'ai perdu de grandes responsabilités

mais gagné un nouveau fardeau, sans le savoir à ce moment.

Quand j'ai finalement réalisé ma situation

je ne pouvais plus y changer quoi que ce soit.

Je ne pense pas que ce soit de la faiblesse ou de la sentimentalité,

j'ai juste suivi une voie que je ne pouvais pas gérer

quand j'essayais de me préserver.

Je ne vois pas ce qui est déshonorant

dans le fait de porter le fardeau d'un animal

et de mourir comme l'un d'eux à la fin.

Je ne sais même pas ce qu'est l'honneur.

Naître et mourir n'est pas honorable.

Ca arrive à chaque créature et ne signifie rien.

Le 20 Juillet, j'ai commencé le foin.

Il m'a fallu trois semaines pour en faire la récolte.

J'ai accusé le temps changeant

mais aussi ma maladresse et ma faible constitution physique.

J'ai cédé à un profond découragement

et pour la première fois, j'ai admis la malchance qui m'avait frappée.

Je ne sais pas ce qui serait arrivé si la responsabilité des animaux

ne m'avait pas forcée à faire les choses nécessaires.

A contrecœur, je me souviens de cette époque.

Il m'a fallu 14 jours pour retrouver mes forces

et recommencer à vivre.

L'automne a toujours été ma saison préférée,

même si je n'y suis pas en pleine forme.

La journée, j'étais assez fatiguée.

La nuit, je passais des heures dans un demi-sommeil troublé

et je faisais des rêves confus et plus animés que d'habitude.

La "faiblesse d'automne" ne m'a pas épargnée dans la forêt.

Mais elle semblait modérée.

Peut-être que je n'ai pas eu le temps de noter les choses plus précisement.

Lynx était euphorique et heureux,

mais un étranger n'aurait probablement remarqué aucune différence.

Il était presque toujours de bonne humeur.

Je ne l'ai jamais vu grincheux plus de trois minutes.

Le bonheur ne lui résistait pas.

Et la vie dans la forêt lui était une constante fascination.

Soleil, neige, vent, pluie,

tout était cause d'excitation.

Je n'ai jamais pu rester très longtemps triste avec Lynx.

Il était presque embarassant, de voir à quel point je le rendais heureux.

Peut-être que l'être humain doit sa mégalomanie au chien.

Parfois, je me disais que j'avais quelque chose de spécial

pour rendre Lynx aussi heureux.

Mais c'est faux. Je n'ai rien de spécial.

Lynx était comme tous les chiens, simplement attaché aux gens.

Oui, tu es mon Lynx. Oui.

Gentil chien.

Parfois quand je me promène seule en forêt en plein hiver

je parle à Lynx, comme je le faisais avant.

Je ne m'en rends même pas compte, jusqu'à ce que

quelque chose me fasse sursauter et ça me calme.

Je tourne la tête et j'aperçois la lueur d'une robe brun rougeâtre.

Mais le chemin est vide, les arbustes nus et les pierres humides.

Je ne suis pas surprise d'entendre ce craquement familier de branches derrière moi.

Où pourrait être sa petite âme de chien sinon derrière moi ?

C'est un fantôme amical, et je n'ai pas peur de lui.

Lynx, un si bon chien, si gentil. Mon chien.

Probable que seule ma pauvre tête entend le bruit de tes pas,

et voit la couleur de ta robe.

Tant que je vivrai, tu suivras mes pas affamé et assoiffé

comme je regarde moi-même, affamée et impatiente, une piste invisible.

Le 27 Octobre, la première neige est tombée.

L'entrée de l'hiver n'a duré que quelques jours.

Puis la pluie est venue lécher la jeune neige des montagnes.

Il faisait trop chaud,

Un vent hargneux soufflait jour et nuit sur la petite maison.

J'ai mal dormi. J'écoutais le brame des cerfs,

descendus des hauteurs pour la saison du rut.

Les deux chats sont sortis dans la forêt humide et tiède.

Je restai éveillée et inquiète pour Perle.

Le brame des cerfs semblait triste, menaçant et parfois désespéré.

J'espérais que ça ne durerait pas trop longtemps

et que l'hiver nous apporterait enfin un peu de repos.

La pluie n'a vraiment duré que trois jours,

juste assez longtemps pour tuer Perle.

Pearl a été enterrée,

et la pluie a cessé pendant la nuit, comme si elle avait rempli sa tâche.

Je n'ai pas oublié Perle.

Sa mort a été la première perte dont j'ai souffert dans la forêt.

Une fois, ce devait être le premier hiver,

j'ai vu un renard au bord du ruisseau.

J'uarais pu le tuer. J'avais pris mon fusil.

Mais je ne l'ai pas fait.

Perle est morte parce qu'un de ses ancêtres était un chat de reproduction angora.

Dès le début, elle était désignée victime.

Devais-je punir ce magnifique renard au pelage si vif ?

Perle avait vécu une injustice.

Mais cette injustice était également faite à leurs victimes.

Devais-je la transmettre au renard ?

Le seul être dans ces bois qui puisse agir mal ou bien, c'est moi.

Mais je peux faire preuve de miséricorde.

Parfois je souhaite que ce fardeau de décision ne repose pas sur moi.

Mais je suis un être humain. Je ne peux penser et agir que comme un être humain.

Jusqu'à ce que la mort me délivre.

Quand je pense à l'hiver, je vois toujours ce renard blanc fatigué au bord du ruisseau.

Un animal solitaire, adulte, qui marche vers un destin déjà écrit.

Il semble que cette image soit importante pour moi.

C'est un signe de quelque chose d'autre.

Mais je ne peux pas en reconnaître le sens.

Voilà.

Oui, ma Bella.

Oui, tu es belle.

Bella était à nouveau grosse,

mais je ne savais pas si elle attendait un veau.

Après tout ce que nous avons vécu ensemble,

Bella était devenue plus qu'une vache,

un pauvre petite sœur, patiente, qui gère son destin avec plus de dignité que moi.

La nuit, je pouvais entendre le froid.

J'ai brûlé beaucoup de bois, mais je tremblais et n'arrivais pas dormir.

Parfois, un morceau de bois crépitait et encore,

et je me sentais malade.

Parce que je savais que je devais tuer, encore et encore.

J'ai essayer d'imaginer ce qu'une personne peut sentir quand elle aime tuer.

Je n'ai pas réussi.

J'ai eu la chair de poule

et ma bouche est devenue sèche de dégoût.

There to you had to be born, I guess.

Je peux le faire aussi vite et proprement que possible,

mais je n'ai jamais pu m'y habituer.

Longtemps je restais éveillée dans l'obscurité,

et pensais au petit coeur

dans la pièce au-dessus, gelé dans un bloc de glace.

Après les grands froids, une vague d'air chaud et humide a soufflé.

Bella est devenu agitée, et j'ai dû la surveiller dix fois par jour.

Le 11 Janvier Bella saignait un peu.

C'était après la traite du soir,

et j'ai décidé de passer la nuit dans la grange.

Allez, Bella !

Allez, Bella, pousse !

Tant de choses étaient arrivées recemment.

Perle avait été tuée, un petit veau était né,

des cerfs avaient été congelés, et les prédateurs avaient passé un hiver gras.

J'avais moi-même eu pas mal d'excitation et j'étais fatiguée.

Quand je fermais les yeux, je voyais les montagnes enneigées à l'horizon,

des flocons blancs, qui coulaient sur mon visage

dans un grand silence lumineux.

Ni pensées, ni souvenirs,

juste l'immensité de neige légère et silencieuse.

Je savais cet imaginaire dangereux pour un humain solitaire,

mais je ne trouvais pas la force de lutter.

Lynx ne me laissait pas longtemps en paix.

Encore et encore, il venait me pousser de son nez.

En soupirant, je me levais pour vaquer à mon travail quotidien.

Aujour'hui Lynx n'est plus mon ami et gardien.

Et le désir d'entrer dans un silence blanc, et indolore

est parfois très grand.

Je dois être très vigilante et plus stricte qu'avant avec moi-même

Lynx était mon sixième sens.

Depuis qu'il est mort, je me sens comme amputée.

Il me manque quelque chose et ça sera toujours ainsi.

Il ne me manque pas seulement quand je chasse.

Pas seulement.

Le pire, c'est que je me sens vraiment seule sans Lynx.

La question de migration vers les pâturages me tarabuste de jour en jour.

Cette tâche est terriblement pénible,

même si je n'emporte que le strict minimum

et vit en homme des bois sur l'alpage.

Après avoir réalisé ça, j'ai décidé de bouger,

et quand j'ai vu les vertes prairies des Alpes,

je suis devenue plus zen.

Le 25 mai a été le jour d'adieu à la cabane.

La route avait été très bien entretenue, mais il nous a fallu encore quatre heures

pour atteindre le pâturage.

Il était environ midi. J'étais complètement épuisée.

Pas vraiment physiquement mais plutôt nerveusement.

Quelque chose de nouveau commençait. Je ne savais pas quoi.

Mais mon mal du pays et mes soucis à propos du futur s'estompaient lentement.

J'ai commencé à aimer les alpages, étranges et dangereux.

Mais comme toute chose étrange, il exerce une séduction secrète.

C'était une sensation étrange, de regarder une zone étendue,

sans montagnes et arbres proches.

Ce ne fut pas tout de suite agréable et libérateur.

Mes yeux ont dû s'habituer à la distance,

après une année passée dans une vallée encaissée.

Dans les herbages en montagne, Je n'ai pas pris de notes.

Je comptais les jours,

mais je n'ai pas noté d'événements aussi importants que la récolte de foin.

Le souvenir de cette époque est resté frais dans ma mémoire,

Il n'est pas difficile pour moi de le relater.

Le parfum d'été, les orages

les étoiles scintillantes en soirées. Je n'oublierai jamais.

Pour la première fois de ma vie J'étais apaisée.

Pas satisfaite ou heureuse, mais apaisée.

C'était comme si une grande main avait arrêté l'horloge dans ma tête.

Parfois, mes pensées m'embrouillent l'esprit.

????

????

De retour, le deuxième été, i didn't release it.

Les limites ont été strictement établies.

Il m'est difficile de faire la distinction entre mon précédent alter ego

et le nouveau, quand j'écris.

Mon nouvel alter ego, mais je n'en suis pas sûre,

sera probablement lentement absorbé par un plus grand "Nous".

La transformation a déjà commencé.

C'est l'alpage qui en est la cause.

Dans ce silence bourdonnant, sous ce grand ciel,

il m'était presque impossible de rester un "Moi isolé".

Une petite vie obstinée et aveugle,

qui ne veut pas s'adapter à la grande communauté.

Autrefois, vivre une telle vie était ma fierté et ma joie.

Mais dans l'alpage, ça m'a soudainement semblé pathétique et ridicule.

Vide de sens.

Le 16 octobre depuis mon retour du pâturage,

j'e prends régulièrement des notes.

Presque tout le mois d'octobre le temps a été magnifique.

Maintenant, j'ai optimisé mon temps et doublé mon stock de bois.

A la Toussaint, le temps est soudainement devenu chaud, et je savais

que cela laissait présager l'hiver.

Le 10 décembre, j'ai noté quelque chose d'étrange :

"Le temps passe si vite."

Je ne me souviens pas d'avoir écrit cette note.

Je ne sais pas ce qui s'est passé le 10 Décembre,

mais sous "neige fraîche", laissez-moi écrire les mots "récolte de foin".

"Le temps passe si vite"

Le temps passe-t-il vraiment aussi vite ?

Je ne me souviens pas et je ne peux rien noter à ce sujet.

Ce n'est pas vrai du tout.

Le temps semblait passer très rapidement uniquement pour moi.

Je pense que le temps s'est arrêté et moi, j'évolue au dedans.

Parfois lentement et parfois à une vitesse vertigineuse.

Je m'occupe, je fais des choses, et j'oublie le temps.

Et puis soudain, le temps se déplace à nouveau.

Je vais devoir m'y habituer. A son indifférence et son omniprésence.

Depuis que Lynx est mort, je le ressens de façon claire.

Je suis assise à la table, et le temps s'arrête.

Je ne peux pas le voir, le sentir, ni l'entendre,

mais il m'entoure de tous côtés.

Son silence et son immobilité sont terribles.

En fait, ces pensées sont dénuées de signification.

Je plains les animaux et les gens,

parce qu'on les a jetés dans la vie sans leur demander leur avis.

Peut-être que les gens sont plus à plaindre,

parce qu'ils ont juste assez d'intelligence,

pour se défendre contre le cours naturel des choses.

Ca les a mis en colère, désespérés et peu dignes d'être aimés.

Il aurait été possible de vivre différemment.

Il n'y a aucune émotion aussi rationnelle que l'amour.

L'amour rend la vie des amoureux et des êtres aimés plus supportable.

Nous avons reconnu à temps

que c'était notre seule option.

Notre seul espoir d'une vie meilleure.

Pour une armée infinie de morts

nous avons manqué la seule chance.

Encore et encore, je dois me le rappeler.

Je n'arrive pas à comprendre pourquoi nous suivons le mauvais chemin.

Je sais juste que c'est trop tard.

Cet automne, un corbeau blanc est apparu.

Elle vole toujours à part, derrière les autres

et se pose sur un arbre que ses compagnons évitent.

Je ne comprends pas pourquoi les autres corbeaux ne l'aiment pas.

Pour moi, c'est un très bel oiseau.

Mais pour sa propre espèce, elle est abominable.

Triste absurdité. Ca ne devrait pas être.

Un corbeau blanc.

Elle reste là jusqu'à ce que tous les autres soient partis,

alors, je lui apporte un peu de nourriture.

Elle ne saura jamais pourquoi elle est mise à l'écart.

Elle ne connaît pas d'autre vie.

Elle sera toujours rejetée et solitaire.

De fait, elle a moins peur des gens que de ses frères noirs.

Chaque jour, j'attends le corbeau blanc et je l'attire.

Et elle me regarde attentivement avec ses yeux rouges.

Je ne peux pas faire grand chose pour elle.

Mes déchets peuvent prolonger sa vie trop courte.

Mais je veux que le corbeau blanc vive, et parfois je rêve

qu'il en existe un autre dans la forêt et que les deux se retrouverons.

Je n'y crois pas mais je le souhaite.

Étape par étape, j'ai commencé à oublier mon propre passé

et à grandir dans ce nouvel ordre.

Avant que le temps ne s'améliore vraiment, mai est arrivé.

Deux ans se sont écoulés dans la forêt et l'idée m'a frappé

que je n'ai presque jamais pensé à la possibilité d'être retrouvée.

J'ai décidé de regagner l'alpage très bientôt.

En juin j'étais enfin prête pour l'alpage.

Mais ça n'a jamais été comme l'an dernier.

Le premier été sur le pâturage avait disparu pour toujours.

Je ne voulais pas en faire une pâle copie

j'avais donc décidé de modérer mes attentes.

Mais l'alpage m'a rendu la tâche aisée.

Il s'était fermé à moi et me montra un visage étrange.

Souvent, je m'asseyais sur le banc pour regarder la prairie, comme l'an passé.

Ce n'était pas différent de l'époque et ça sentait tout aussi doux,

mais je n'ai plus jamais ressenti le même plaisir.

J'ai n'ai plus fait de grands voyages,

parce que j'avais déjà trouvé mes limites l'été dernier.

Il m'importe peu de savoir, où le mur se trouve.

Cet été, j'ai complètement oublié que Lynx était un chien et moi, un être humain.

Je le savais, mais ça ne faisait pas de différence.

Lynx a changé aussi.

Après tout ce temps passé ensemble,

il était calme et ne semblait plus inquiet du tout.

I could dissolve into thin air dès qu'il s'éloignait 5 minutes.

Quand j'y repense aujourd'hui

je crois que la seule crainte de toute sa vie de chien

a été d'être abandonné.

J'avais beaucoup appris

et compris quasi tous les sens de chacun de ses mouvements et de ses sons.

Maintenant, on est arrivés à un accord tacite entre nous.

J'ai porté Lynx jusqu'à la cabane

et je l'ai posé sur le banc.

Il était soudainement devenu si frêle et si léger.

Et puis j'ai entendu le meuglement de Bella au loin.

Bella a hurlé de peur.

J'ai essayé de la calmer.

C'est alors que j'ai remarqué à nouveau l'homme.

Je savais qu'il devait être mort.

Il faisait une telle cible, que je n'avais pas pu le manquer.

J'étais contente qu'il soit mort.

J'aurais difficilement pu tuer un homme blessé.

Mais je ne pouvais pas le laisser en vie.

L'aurais-je pu ? Je ne sais pas.

Je ne voulais pas le laisser dans le paturage.

Pas à côté du veau mort sur la prairie.

Alors, je l'ai attrapé par les pieds et je l'ai traîné jusqu'au point de vue.

puis je l'ai fait rouler dans la descente.

J'ai creusé une tombe pour Lynx pour ce soir.

J'ai creusé une fosse profonde, et j'y ai mis Lynx,

je l'ai recouvert de terre et d'herbe grasse.

Après, j'étais très fatiguée.

Fatiguée comme jamais auparavant.

Je me suis assise sur le banc et j'ai attendu toute cette longue nuit.

La nuit s'est étoilée, est devenue lumineuse,

et un vent froid est tombé du haut des rochers.

Mais j'étais plus fraiche que le vent et je n'ai pas gelé.

A l'aube, je me suis levée et suis partie avec Bella pour l'alpage.

Le lendemain, je vaquais à mes tâches habituelles.

Octobre est venu, et j'ai récolté des pommes de terre et des fruits.

?? mais cela n'a duré qu'une semaine.

J'ai finalement renoncé à ma fuite insensée, physiquement rompue et brisée,

et ça m'a libéré l'esprit.

J'aimerais savoir pourquoi l'homme étrange a tué mes animaux.

Je ne le saurai sans doute jamais, et c'est peut-être mieux comme ça.

Maintenant, je suis très calme.

Je vois un peu plus loin.

Je vois que ce n'est pas encore la fin.

Tout passe.

Stier, Perle et Lynx ne seront plus là.

Mais quelque chose de nouveau s'en vient, Je ne peux pas le nier.

La mémoire, la peine et la peur resteront

ainsi que le travail acharné, aussi longtemps que je vivrai.

Aujourd'hui, 25 Février, Je termine mon journal.

Il ne me reste plus de de papier.

Il est environ cinq heures du soir et la journée est si claire

que je peux écrire sans lampe.

Les corbeaux sont plus nombreux et crient en tournoyant au-dessus de la forêt.

Quand ils disparaissent,

je vais dans la clairière nourrir le corbeau blanc.

Elle m'attend.

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