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"Prélude en ré mineur" (Karl Friedrich Abel)
...
...
...
...
...
...
...
...
...
...
...
Elles halètent.
...
...
Gémissements
...
(-Je vais jouir.)
Elle gémit.
...
Conversations mêlées
...
-Clémence !
-Vous êtes tout en beauté.
Josiane rit.
-Tu t'arrêtes pas 5 minutes ?
-Ah non !
La discipline, Michel, la discipline.
-Bonne journée.
Tonalité FaceTime
...
...
-Paul. Viens parler à maman. Flûte
-Coucou.
...
... -Paul !
...
Elle crie.
-Tu le subis pas en vrai, mais c'est l'enfer !
...
Paul, pose ta flûte. Viens parler à maman, elle t'attend.
-Coucou, maman.
-Ah ! T'es là !
-T'as fait combien ?
-Deux kilomètres.
Mais très très nul, mon score, alors, je te dis pas.
Et vous, vous êtes qui ?
-Moi, je suis le fils de Dark Vador et de Cléopâtre.
Elle acquiesce.
-Je pensais que vous étiez le fils de votre mère.
-Oui, aussi.
Mais aussi de Dark Vador et de Cléopâtre.
-D'accord !
Eh Laurent ?
-Ouais ?
-J'ai des places adultes pour le spectacle
du week-end prochain. Tu veux venir ?
-Le week-end prochain...
Grésillements
... spa en Normandie.
-T'es bloqué.
Et t'es très laid.
Grésillements
-Là, tu vois ? C'est mieux ?
-Ah voilà.
-Tu me montres ton ciel ?
-Ah oui ! Attends.
Musique douce
Et voilà. Tu vois ?
...
-Allez, plus vite.
Allez, allez ! Plus vite, plus vite !
Elle s'exclame et rit.
Wou-hou !
La musique s'intensifie.
...
Clavier d'ordinateur
...
-On est place Dauphine, dehors.
C'est la fin de l'été.
Je trempe mes chips au poivre dans du ketchup.
J'ai pris un club sandwich, lui, un croque-monsieur.
Bouillonnement
Merde.
Cloches
Lui, c'est mon ex.
Mon premier amant, et jusqu'à nouvel ordre, le dernier.
On est même encore mariés puisqu'on n'a pas divorcé.
Lui et moi, ça a duré 20 ans.
Je l'ai quitté trois ans auparavant.
Il s'appelle Laurent.
Pour notre fils de huit ans, pour Paul,
on fait une semaine sur deux, à l'amiable.
Il n'y a jamais de problème.
Depuis quelques mois, je suis passée aux filles.
C'est ce que je veux lui dire.
C'est l'objet du dîner.
Brouhaha
-Hmm...
On le change de cours de piano à la rentrée ?
-Si tu trouves ça nécessaire, ouais.
-Oh non, je sais pas, mais...
Il avance pas.
-Il est tout petit.
-Mais elle, elle est quand même un peu...
-Débonnaire.
-Elle est vraiment beaucoup trop débonnaire.
Débonnaire tendance molle, tu vois ?
La molasse !
...
-Bah moi...
Moi, j'ai des histoires avec des filles.
Des histoires d'amour.
...
-Mais d'amour, carrément ?
-Oui, enfin...
Tu vois.
Il acquiesce. Elle rit.
-Hmm !
-Oui ?
-Je reprends le même.
Bah...
Bon, bah... Il rit.
Ce qui me fait plaisir, c'est que tu sois heureuse.
-Merci.
Il rit.
-Voilà.
-Je bois plus que ça.
Y a plus que le champagne qui passe.
Du coup, ça me coûte une blinde.
Elle rit.
Mais c'est...
C'est vrai que t'as l'air en forme.
-Je nage beaucoup.
-Mais pas que.
Non, t'es belle, vraiment.
Petit rire
Non, sérieux.
Cris des mouettes
-Je pense que je vais amener Paul voir mon père pour la Toussaint.
-Oh, cool.
-Ouais. Il l'a pas vu depuis Pâques.
-Ça lui fera plaisir. -Ouais.
-Comment il va, ton père ?
-Ah, bah... Tu connais mon père.
Toujours le même.
Il grommelle au téléphone, il...
Il te plaint beaucoup, aussi.
-Ah ouais ?
-Ouais, il dit que... tu dois te sentir seul.
Elle rit.
-Il a pas tort.
-Alors, bonne nuit.
Il s'exclame.
-Non ? -Non, pas du tout.
-Bon... Elle toussote.
J'ai cru.
Madame.
-Salut.
Musique rythmée
...
-Bah oui, c'est l'idée.
-Arrête un peu. T'es là, toi ?
-Arrête.
-Trop cool,
que tu viennes. -Ouais.
-C'est quoi, ces shots ?
Quelqu'un a pris des shots ?
...
-On y va ?
-Allez, vas-y.
Brouhaha
... ...
Cris et rires
-Quoi ?
-Je vais rentrer.
-Non, non. -Si, si, si.
Allez, bonne nuit.
-Non, non, non. T'embrasses Paul.
-Oui.
-De ma part.
...
-Allez, bonne nuit.
-Qu'est-ce qu'elle fait ?
...
Tu pars déjà ?
...
"Variations Goldberg" (Bach)
...
-Laurent ?
...
Tout va bien ?
...
-Bon...
Il veut pas venir.
Je suis désolé.
-Comment ça, il veut pas venir ?
-Il veut pas.
On va pas le forcer, je vais m'organiser.
-Hein ?
Non, mais... Elle rit.
Je peux juste...
-Bah...
...
-Non, c'est ridicule, allez.
-Vas-y. -Je vais lui parler.
Coucou, Paul.
Coucou.
Elle imite une annonce d'aéroport.
Paul Lévêque est demandé porte d'embarquement numéro 14
pour un départ immédiat pour la Lune. Porte 14.
La fusée va partir bientôt.
-Clémence, il veut pas te voir.
-Viens, on va boire une grenadine.
Et j'ai les tickets pour l'exposition qu'on voulait voir.
-Je veux pas te voir.
-Allez, sors de là, viens. Arrête, viens.
-Je veux pas te voir, je te dis.
-Oui, mais c'est comme ça. C'est notre semaine.
Puis, j'ai prévu plein de trucs.
Viens.
Soupir agacé
Allez... Viens. Paul...
Paul...
-Je veux pas te voir, je te déteste.
Va-t'en.
Il gémit.
...
-Il s'est passé quelque chose entre vous ?
Vous vous êtes disputés ?
-Attends, là, sa colère n'est pas dirigée contre moi, si ?
-Tu trouves ça drôle ?
...
-OK... OK.
-Bon...
Si jamais il change d'avis, tu m'appelles ?
-OK.
Ça paraît mal barré, mais OK.
...
-Bon...
Salut. -Oui.
-Et Paul, je t'appelle !
Je t'aime !
...
Il ferme la porte à clé.
Elle soupire.
Musique douce
...
... Brouhaha
... ...
...
Brouhaha de rue
-La discipline, Clémence.
La discipline.
...
Musique douce
...
-Tu as reparlé du divorce ?
Elle inspire et expire.
-C'était pas vraiment le moment.
...
Élisabeth soupire.
...
C'est tout sauf une punition de me montrer ton dos.
Élisabeth rit.
Elle soupire.
Tu m'épuises, Élisabeth.
-Je sais.
Élisabeth rit.
...
N'empêche,
je comprends pas pourquoi tu le laisses t'appeler "sa femme".
Je comprends pas ce que t'es allée foutre à te marier.
Avec un mec, en plus.
-Ça se faisait à l'époque.
Élisabeth acquiesce.
-Et... Il est beau, au moins ?
-Oui.
Non, pas vraiment.
Mais on pensait bien ensemble.
-Quelle bourgeoise.
Petit rire
Maintenant qu'il sait que t'es gouine, il est fâché.
Hmm ?
-Tu peux arrêter de parler, s'il te plaît ?
-Si j'ai pas envie ?
(-J'ai dit "s'il te plaît".)
-J'avoue.
Tu veux pas rester un peu ?
(-Il est encore tôt.)
(Rendors-toi.)
(Je vais aller nager.)
Porte
Tonalité
...
-Ouais ?
-Allô ?
-T'as vu l'heure ?
-Salut, Laurent. Tu me passes Paul, s'il te plaît ?
-Il se prépare pour l'école.
-Tu me le passes, s'il te plaît ?
-Attends.
C'est maman, tu lui parles rapidement avant qu'on décolle.
Il veut pas te parler.
-C'est un enfant. Tu me le passes ?
-Comme tu veux.
Elle soupire.
Respiration
-Allô ? Paul ?
Mon cœur ?
T'es en colère contre moi, mais je sais pas pourquoi.
Je te propose d'aller boire un coca et tu m'expliques.
D'accord ?
Tu veux bien ?
-Clémence, je t'ai dit, il ne veut pas te parler.
-Mais enfin, il a huit ans !
Depuis quand il décide ?
-Tu sais comment on élève un enfant correctement, peut-être ?
-Pardon ?
-Laisse tomber. Je te laisse, on va à l'école.
Tonalité
...
Elle soupire.
Bips de la nacelle
-Durant plusieurs mois, je ne fais aucun lien entre les faits,
entre le père et le fils.
Peut-être que Laurent a raison.
Peut-être que Paul me déteste, que c'est ma faute.
Peut-être que je suis coupable de quelque chose.
J'essaie de comprendre ce que j'ai mal fait.
-C'est dans toutes les assos, comme ça.
C'est toujours les mêmes qui s'y collent.
Téléphone -Ah oui ?
-C'est pourtant pas compliqué.
-Allô ?
Oui, je note.
Euh...
Comment ?
4 juillet, 15 heures.
Je comprends.
Merci, Vincent.
Non, t'inquiète, ça va.
Oui, salut.
-Alors ?
-Alors...
Le 4 juillet, 15 heures.
Il demande...
la garde exclusive et...
et la déchéance de mon autorité parentale.
-Pour quel motif ?
C'est pas sérieux, tout ça.
-Il m'accuse d'inceste et de pédophilie
directe ou par tiers interposé.
-C'est quoi, ce bordel ?
Ça fait combien de temps que t'as pas vu ton petit ?
-Six mois !
Elle renifle.
OK.
Mesdames, messieurs...
Elle souffle et renifle.
Je dois écrire.
Allez.
Ça va aller.
Haut les cœurs, les amis.
Musique douce
Elle souffle.
...
La musique s'intensifie.
...
-Donne-moi ton code au lieu de descendre à chaque fois.
-Tu veux pas te déshabiller ?
-Non.
-Juste ton jean.
Elle soupire.
-Dis-moi ce qui se passe.
-Rien. J'ai envie de toi.
-OK, super.
-J'ai oublié
ton anniversaire ou quelque chose de ce style ?
Regarde, je suis à genoux devant toi.
-Il t'a dit quoi, l'avocat ?
Alors ?
-J'ai envie de toi.
Elle soupire.
-C'est pas parce que t'es dissociée que je dois me dissocier avec toi.
-C'est quoi, cette façon de parler ?
C'est une réplique de série ?
-T'es trop conne.
-Attends, je suis désolée.
-Quoi ?
-C'est...
-Ouais, salut.
Elle s'éloigne.
...
La porte claque.
-J'aimerais vous lire ce passage d'un des livres
qu'on retrouve chez Mme Delcourt.
Par cela, j'entends que Paul peut, lui aussi, trouver.
"J'avais connu Vincent
"en 1982, alors qu'il était un enfant.
"Il l'était resté dans mes rêveries,
"je devais me résoudre à ce qu'il soit devenu un homme.
"Je continuais à l'aimer pour ce qu'il n'était plus.''
Je précise, madame le juge, que je ne lirai pas les passages
les plus explicitement pédophiles.
-Ma cliente n'a pas écrit ces livres.
-Il manquerait plus que ça.
Sur cette photo,
on peut voir un enfant dans les bras d'un homme anormalement dénudé,
accoudé sur une table
sur laquelle il y a des verres d'alcool
en nombre.
-C'était la Gay Pride.
-Et sur cette autre image,
une blague, je suppose,
d'un goût étonnant lorsqu'on parle de son propre enfant.
Et je finirai par cette lettre de Paul dont je vais vous faire la lecture.
-Peut-on éviter
d'autres humiliations pour ma cliente ?
-Faites un résumé.
-Bien. Alors...
Je dirai simplement
que l'enfant fait mention de la dimension inhumaine
de la vie avec sa mère.
Qu'elle est, je cite, "timbrée"
et qu'il ne veut plus la voir.
Merci, madame le juge.
-Merci, Maître.
Dans le dossier,
il est fait mention que vous avez raconté
vos dernières histoires sentimentales à Paul, Mme Delcourt.
Et qu'un livre à paraître
relate vos nombreuses histoires avec des femmes.
Vous pouvez m'en dire plus ?
-Oui.
J'ai présenté à Paul
une personne avec qui j'ai eu une relation suivie.
-Vous en parlez au passé ?
-Cette relation s'est terminée.
-Mais vous avez jugé bon de présenter une conquête de passage,
une femme, qui plus est, à votre enfant de 8 ans.
-Madame le juge,
il me semble que nous dévions un peu de notre sujet.
Ma cliente a eu une relation sérieuse avec une personne.
Elle en a informé son fils, comme l'aurait fait n'importe qui.
-Et concernant votre lieu de vie.
Je vois que vous avez le projet de changer d'appartement.
-Oui.
-Il y aura une chambre prévue pour accueillir Paul ?
-Non, madame la juge, c'est un endroit que l'on me prête.
Là, je n'ai pas les moyens pour louer un 2 ou 3 pièces.
J'aimerais ajouter que je n'ai pas vu Paul depuis neuf mois
et que cela ne me semblait pas nécessaire.
Mais évidemment, si les choses venaient à rentrer dans l'ordre,
et avec le contrat de mon nouveau livre, je veux bien...
-Excusez-moi.
J'insiste ici sur le fait que madame Delcourt a le choix,
et j'insiste sur le mot "choix",
de ne pas reprendre son activité d'avocate,
et donc de ne plus être rémunérée à hauteur
de ce que son engagement de mère devrait impliquer.
Enfin, il me semble que c'est un choix.
Neuf mois qu'elle n'a pas vu son fils.
Elle aurait pu prendre des dispositions afin d'avoir un logement décent.
"E se qualcuno si innamorerà di me" (Marie Laforêt)
...
...
...
Bip d'ouverture de la porte
...
...
...
-Je propose 60 euros.
-D'accord.
...
-Bonne journée. -Merci.
-Au revoir.
...
-La juge rend son ordonnance quelques jours plus tard.
Elle désigne un psychiatre pour nous expertiser tous les trois.
Elle lui donne six mois pour rendre son rapport.
Comme toujours avec la justice, c'est un délai indicatif.
Ça peut prendre un an, deux ans, trois ans.
En attendant, Laurent a la garde exclusive.
Je ne conserve qu'un droit de visite limité et encadré.
"Médiatisé", comme dit la justice.
Une heure tous les 15 jours, dans une association,
un "espace rencontre", près de République,
où des spécialistes de l'enfance assisteront au rendez-vous
entre Paul et moi.
Comme une mère sous crack ou un père qui cogne.
Et encore, pas tous.
Je fais appel.
Un appel qui ne suspend rien.
La décision, assortie de l'exécution provisoire s'applique.
Je n'aurai pas d'audience avant deux ans.
Deux ans, c'est mille ans.
Deux ans, c'est jamais.
Elle halète.
-Ça va ? -Ouais et toi ?
Musique rythmée Brouhaha
... ...
Et voilà !
... ...
-Ça y est, elle te regarde.
... ...
"Les chants de Maldoror" (Léonie Pernet)
...
... Cris admiratifs
... ...
...
...
...
... Elle murmure les paroles.
...
... Sifflements
... ...
-Je peux ?
Elle acquiesce.
Musique douce
Elles halètent.
... ...
-J'évite les parcs, les jardins, les abords des écoles,
les boulangeries à 16h30.
Je fais des détours.
Je me planque les mercredis.
... Répondeur
... ...
Je n'avais pas remarqué comme ils étaient nombreux,
comme ils étaient partout, les enfants.
Brouhaha de cour de récréation.
... ...
Elle soupire.
J'ai l'impression qu'ils sont là pour moi, pour me narguer.
... ...
Me rappeler ce que j'arrive à peu près à oublier à force de discipline.
Me dire qu'elle sert à rien, ma discipline,
mes longueurs de piscine,
et toutes ces filles que je voie.
Je fuis les enfants comme s'ils étaient des bombes à fragmentation,
comme s'ils allaient m'exploser à la gueule,
cribler mon corps de petits morceaux de métal coupant.
Je me tiens à distance, je les esquive.
Mais ils sont plus forts.
Je finis toujours par me faire avoir.
Cris d'enfants lointains
Brouhaha
...
-Espace rencontre parents-enfants République, j'écoute. Allô ?
-Allô ?
-Allô ?
-Je m'appelle Clémence Delcourt.
Je vous appelle concernant une prise de rendez-vous
et on m'a dit de vous rappeler la semaine dernière.
-Pouvez-vous me donner votre nom et numéro de dossier ?
-J'ai parlé à votre collègue...
-Nom et numéro de dossier, s'il vous plaît.
-Bien sûr.
Mon nom est Clémence Delcourt,
dossier AF-89...
V-37-7-E-12.
-D'accord.
Alors, que puis-je faire pour vous ?
-Comme je vous disais, j'ai parlé à votre collègue, déjà.
-Nous sommes plusieurs,
donc réexpliquez-moi la situation, sinon, on va pas s'en sortir.
-Bien sûr.
Euh... Alors...
Il s'agit d'organiser une rencontre
entre mon fils, Paul Lévêque, et moi, en présence d'un tiers.
J'ai une ordonnance qui date du mois de juillet,
et depuis, je vous appelle toutes les semaines.
-Et on n'a pas su vous trouver de rendez-vous jusque-là ?
-C'est bien ça.
-Je vois.
Moi, je peux pas donner de rendez-vous,
car c'est une 1re rencontre, c'est ça ?
-Oui.
-Donc, il faut voir avec ma responsable
qui doit vous rencontrer, vous et l'enfant.
-L'enfant est avec le père.
-D'accord, je vois.
Ma responsable verra l'enfant et son père, puis vous.
Et on envisagera un rendez-vous entre Paul et vous.
Vous pouvez noter le mail de ma responsable ?
-C'est bon, je peux retenir le mail.
-Bien, alors...
C'est e-r-p-e-rcontact.org.
Musique mélancolique
-D'accord. Merci.
-Je peux faire autre chose ?
-Non.
-Je vous souhaite une excellente journée.
-Vous aussi, au revoir.
-Au revoir.
...
Battements de cœur
... ...
-Il est né.
Je l'ai vu pour la première fois, avec sa gueule à lui, son corps à lui,
sa vie à lui, sa mort à lui.
Il ne pleurait pas vraiment.
Il avait un air pas content qui m'a plu.
J'ai compris qu'il était exactement lui,
pas une histoire qu'on se raconte.
J'ai dit qu'il s'appelait Paul.
Il a le nom de son père, mais le prénom, c'est moi.
Ça n'existe pas dans les autres amours de choisir le nom de qui on aime.
Un prénom pour qu'il soit aimé par d'autres,
pour qu'il s'en aille un jour.
... ...
Elles ont fait des petits bracelets, un pour lui, un pour moi.
Elles l'ont habillé, on m'a remontée dans ma chambre, j'avais très faim.
On m'a servi un steak.
Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit-là.
Il pleurait un peu, j'étais intimidée.
Je le prenais contre moi, dans le creux de l'épaule.
Je marchais dans le couloir.
Il me paraissait très léger et très lourd à la fois.
Je pensais aux chiennes de mon enfance.
J'avais vu comment elles faisaient,
comment elles s'occupaient de leurs chiots,
sans ridicule, sans honte,
sans perdre rien de ce qu'elles étaient, sans renoncer.
Et comme elles reprenaient la chasse la saison d'après,
j'ai pensé que c'était très simple
et qu'il n'y avait pas de questions à se poser,
que j'allais le faire à ma façon,
sans le ridicule des femmes, sans l'obscène des mères.
La musique s'intensifie.
...
...
Merci, monsieur.
-Ça, c'est bon, et je vous libère. Hop !
-Merci. -Pardon, j'y suis allée un peu fort.
-Mais non, c'est bon. Petit rire
-C'est super que vous soyez là, madame Clémence.
Ça va lui faire du bien, à votre papa.
Parce que c'est important, le moral.
C'est même capital, hein ?
À demain.
-À demain. -Bon, allez.
Télévision
Allez...
...
Je peux vous parler ?
-Oui.
-Il est pas très en forme.
Ce serait bien d'essayer de le faire sortir un peu.
Euh...
Vous le faites marcher dans le parc cinq minutes, comme ça.
Il m'écoute pas, si je lui dis.
-Ouais. -OK.
Bon...
Vous êtes maigrichonne, vous mangez quand même ?
-Oui. -C'est important de manger.
Je file, je suis pas en avance.
À demain.
-Au revoir.
Télévision
...
-Elle avait ton âge quand elle est morte, ta mère.
...
-C'est pas rien, dans une vie, d'avoir aimé une femme comme ça.
...
-Ouais.
C'est pas rien.
...
Le chien gémit.
...
Un bébé pleure.
Annonce de la SNCF
Pas à l'approche
...
-Bonjour.
-Mme Delcourt, entrez.
Je vais commencer par briser tout suspens inutile.
Paul, il vous aime, et vous, vous aimez Paul.
Elle soupire.
Ça ne fait aucun doute.
Euh... Il est évident que vous n'êtes pas folle.
Et...
Mon expertise révèle que Paul
a été manipulé par son père
et qu'il ne pense rien de ce qu'il a écrit
dans sa lettre au tribunal, évidemment.
Maintenant, je vais vous dire...
Ce qui vous arrive, c'est banal.
Des cas comme vous, j'en ai beaucoup chaque année.
Ce qui est moins banal, c'est que d'habitude, c'est l'inverse.
C'est les pères qui se barrent.
Une mère qui se barre, c'est rare.
Pour certains, ça peut être considéré comme plus grave.
C'est même impardonnable.
-Alors...
Vous allez dire à la juge que je suis capable de voir mon fils ?
-Je vais rendre mon rapport,
en insistant sur votre stabilité psychique et émotionnelle,
et sur votre capacité à être une mère.
Je vais insister sur le fait que vous manquez à Paul
et qu'il souffre dans cette situation.
Rire léger
Maintenant, je vais vous dire,
mon rapport risque de pas servir à grand-chose.
Tant que M. Lévêque reste dans cette colère,
dans cette violence,
ça peut prendre des années avec la justice.
Vous savez ça mieux que moi.
Mais il faut pas lâcher.
Petit rire
Non, faut pas lâcher.
Il a de la ressource, votre petit.
Vous l'avez bâti solide.
Brouhaha lointain
...
Porte au loin Un chien aboie.
-Agneau de Dieu, qui a enlevé les péchés du monde,
ayez pitié de nous.
Salut, Mouloud.
-Oh, Clémence.
Klaxon
C'est le grand départ ?
-Ouais.
Ça, tu le veux pour ton fils ?
-Viens, Ismaël.
-Je l'ai retrouvé en triant. -Bonjour.
-Y a Mickey sur le dos.
-Merci. Petit rire
-J'espère qu'on te reverra.
-Je change de quartier, pas de pays.
-Tu connais l'adresse, tu reviens quand tu veux.
-Oui. -Ça marche ?
-Allez.
-Tu dis au revoir ? -Au revoir.
-Au revoir.
-Bonjour.
Vous allez pouvoir me suivre, les enfants.
-Allez, viens.
-Je vous les ramène dans 30 minutes.
Tu viens, Timothy ?
Papa t'attend
et tu retrouves maman juste après.
-Allez.
Elle ferme la porte.
Téléphone
...
-C'est votre première fois à l'espace rencontre ?
Elle acquiesce.
Ils m'ont pris les trois pour la rencontre avec leur père.
Pardon.
Je pense à voix haute, c'est tout.
-Non, c'est...
-Je dis tout ce que je pense, je suis...
aussi transparente qu'une vitre.
Petit rire
Elle dit ça, ma mère, tout le temps.
En même temps...
Faut suivre avec eux, hein ?
Je te jure.
"Protection de l'enfance" !
C'est vite dit.
Moi, je sais pas comment ils protègent mes petits comme ça, en les...
en les exposant à leur père. Je...
Même eux, ils ont pas su me dire.
Ils savent rien.
Ça va pas durer, de toute façon.
Il va retourner en prison avant Noël, c'est sûr.
Enfin, je pense.
Un bébé pleure au loin.
...
Pardon, je me tais.
Elle renifle.
Ça se voit que t'as un bon cœur.
Qu'est-ce que tu fous là ?
Rire léger Je peux te tutoyer ?
-Oui, bien sûr.
-Moi, j'en ai trois.
C'est ce que j'ai fait de plus beau.
J'ai vu de suite que t'étais nouvelle.
T'as de l'espoir dans les yeux, encore.
C'est beau.
Je vais fumer, tu viens ?
-Non.
Non, je reste.
Je préfère me concentrer.
-T'as raison. Ils détestent les mamans qui fument.
Moi, je peux pas m'empêcher, sinon, je pète un plomb.
-Alors, vaut mieux fumer.
-Ouais.
Ça va aller, hein ?
On est des meufs, on lâche rien ! Elle rit.
Petit rire
Porte
-Nous pourrions appeler ça "une pause dans la narration".
J'ai lu dans votre dossier que vous écrivez.
Bien.
Il est temps, à présent, et on est là pour vous aider en ce sens,
de rétablir le lien autour de Paul.
De redonner une place juste au papa et à la maman.
-Et quand ?
-Selon l'étude du dossier...
-Excusez-moi.
Pardon, je comprends pas très bien votre langage.
Maman ou papa...
Je suis pas la maman, je suis sa mère,
et j'ai pas vu Paul depuis un an et demi.
Je sais pas si vous comprenez ce que je dis.
Paul a besoin de voir sa mère.
-On ne s'énerve pas, d'accord ?
Elle soupire.
Nous sommes là pour vous aider, mais surtout pour aider Paul.
On va revoir Paul avec le papa,
et après, nous vous rappellerons pour le premier rendez-vous.
-Mais quand ?
-Ça peut être très rapide.
D'ici un mois ou deux.
Musique triste
... Profond soupir
...
-Un an et demi sans lui.
Deux Noëls, un anniversaire à lui,
une fête des Mères,
deux anniversaires à moi.
Et tous les autres jours.
...
C'est quoi, ce truc ?
-Hmm !
C'est une idée de l'infirmière.
-C'est elle qui l'a fait ?
-Non, mais elle veut absolument que je lui prouve que je tiens à la vie.
-C'est toi qui l'as fait ?
Il rit. -Voilà.
Ça se voit que je tiens à la vie, non ?
Elle rit.
-À mort !
Musique jazz
Bon...
Joyeux Noël. -Oh, tu fais chier.
-Ouais.
...
-Je suis navré, j'ai rien pour toi.
Elle soupire.
...
Il soupire.
Merci.
...
Il soupire.
Si ça t'embête pas, je vais me coucher.
-Bonne nuit.
...
-Bonne nuit, chérie.
...
Le chien gémit.
...
Petit rire
...
Elle tourne les pages. Elle soupire.
Elle écrit.
...
-Mon chéri, n'écoute pas ceux qui disent que c'est grave qu'on ne se voie pas.
N'écoute pas ceux qui disent que je dois te manquer
et comme tu dois être malheureux,
ceux qui prennent un air gêné quand il est question de moi
ou de la situation ou de toutes ces choses.
Je sais que tu sais qu'il ne faut rien écouter
et que les gens racontent n'importe quoi.
Tu sais très bien baisser les yeux et laisser dire.
Quant à ton père et moi, et sa colère contre moi,
et tout ce qu'il a pu dire sur moi, au juge et à toi,
ne t'en offusque pas.
Ne lui en veux pas.
C'est banal, tu sais, que d'anciens amants se disputent.
C'est une vieille histoire,
les fioles d'acide qu'on se jette au visage quand on ne s'aime plus.
Je préfère encore ça aux gens qui dînent ensemble
le jour de leur divorce.
Je préfère la vérité de la guerre à l'hypocrisie de la paix.
Je ne sais pas si tu me hais.
Tu n'as pas à me répondre.
Tu as le droit de me haïr.
C'est même une nécessité de l'amour de haïr.
Il n'y a pas d'amour sans haine.
Ceux qui disent le contraire sont des menteurs ou des lâches.
Une nécessité de l'amour d'un enfant pour ses parents,
plus encore d'un fils pour sa mère, de la haïr.
Pourtant beaucoup de fils n'y arrivent jamais.
Moi-même qui suis une fille, qui ai aimé ma mère comme un fils,
je ne sais pas si j'y serais parvenue.
Et je crois que c'est pour ça qu'elle est morte.
Elle savait que je n'aurais pas eu le courage de la tuer
et qu'il faut bien tuer qui on aime,
savoir qu'on en est capable,
qu'on en a toujours le droit.
L'amour est une sauvagerie.
Ne sois pas triste si tu penses à moi, ça ne sert à rien la tristesse.
Si tu es triste quand même, sache que je pense à toi tous les jours.
Je suis ta mère.
C'est quelque chose qui ne cesse jamais.
Je t'embrasse.
Maman.
Mélodie douce au piano
...
... Portière de voiture
... Moteur
...
"Mes grands-parents sont morts. La maison a été vendue.
"Mon père n'a pas une thune.
"Depuis 15 ans, il vit tout seul dans la baraque
"où dormait la cuisinière, sans qu'il y ait rien à regretter."
Brouhaha
(-Oh là là, Clémence, c'était fou.)
-Merci. (-C'est trop beau.)
(-Merci.) (-Trop beau.)
-Merci, au revoir.
...
-Je mets quoi ?
-Ce que vous voulez.
...
-Juste là, y a la cuisine.
Par contre, le frigo est dans le salon. Voilà.
Et je te présente...
Odile, Clémence.
Clémence, Odile. Voilà.
Ouais.
Et voici ta chambre.
-OK.
-Voilà, si tu payes la femme de ménage et la tise, on est OK.
-OK.
-Cool.
Et si je ramène des filles, ça te pose pas de problème ?
-Et moi, si je ramène des filles ?
-Non, non c'est cool. C'est très cool.
-Cool.
-Cool. Bah, écoute...
Bienvenue chez toi.
-Merci.
T'es sûr, c'est OK que je prenne la table ?
-Non, non, vas-y, je m'en sers pas.
Ambiance de jeux vidéo
...
Musique asiatique douce
...
Petits rires
-Nickel ! Ah, ouais.
-Ça va aller.
-Je t'attends au café.
-À tout à l'heure.
Il soupire.
T'as un petit cadeau pour lui ?
-Ouais, un porte-clés boussole.
-Top ! -Ouais ?
-Mais oui. -OK.
Elle soupire.
-Il va adorer.
Elle toussote.
Elle soupire.
-Tout va très bien se passer.
Rire léger
Porte
...
-Bien, asseyez-vous autour de cette table.
(-Attends.)
-Bien, je vais vous expliquer
comment va se dérouler ce rendez-vous.
Rire ému
Vous allez voir, c'est très simple.
-Je peux le...
Pardon.
Il peut venir sur mes genoux ?
-Paul, tu es d'accord ?
-Tu veux venir ?
-Marie et moi,
nous restons dans cette pièce
durant l'heure que tu as pour être avec ta maman.
Si jamais tu as des questions
ou une demande, tu peux nous parler.
Nous sommes là pour toi, hein ?
Pour te rassurer si tu en as besoin.
Elle rit.
Bien. Il est 11h10,
on va dire que ce rendez-vous se terminera vers 12h15.
On n'est pas aux pièces. Hein ?
Faites comme si nous n'étions pas là.
Elle soupire.
-C'est pour moi ?
-Bah oui. C'est un cadeau.
C'est un porte-clés boussole.
-Je l'ai même pas ouvert.
-Ah oui, pardon.
-T'es où, à Paris ?
-En ce moment, j'habite dans le Marais.
-C'est où par rapport à ici ?
-C'est...
Au sud.
Au sud-ouest, je pense.
-C'est là ?
Elle acquiesce.
Et c'est où par rapport à chez papa ?
-Au nord-est.
-Là.
-Ouais.
-Est-ce que j'ai grandi ?
-Ah ouais !
Beaucoup.
-Vraiment ?
-Ouais.
-Toi, t'as pas changé.
-Non ? C'est bien ?
-Oui, oui, c'est bien. Impeccable !
Elle rit.
-Merci.
-J'ai vu
ton livre à la Fnac avec ta photo. -Ah !
-J'ai montré à Louis et j'ai dit que c'était toi qui l'avais écrit.
Il a trouvé ça trop stylé.
-C'est qui, Louis ?
-Louis, c'est mon nouveau copain.
En vrai, en fait, mes copains, c'est Louis et Camille.
Camille, elle est un peu comme toi, elle est très stylée.
Vraiment.
-Mais c'est pas possible qu'elle soit... aussi stylée que moi.
-Non, non, mais presque.
Presque.
On serait mieux à la mer, là. -Ah ouais.
-Ou à Mont-Meylan, chez grand-père. Ce serait bien.
Il va bien grand-père ou pas ?
-Il va bien. -Faudrait qu'on aille le voir.
-Oui.
Euh... C'est...
C'est autorisé ? Je veux dire...
Vous pouvez demander au père, à Laurent,
si on a le droit d'aller voir mon père ?
-Je ferai passer votre demande.
-Tu me racontes des trucs ?
-J'ai tout oublié.
Il rit.
Elle soupire.
Musique électro
...
...
...
... Musique douce
Les musiques s'entremêlent.
...
...
Elles rient.
...
Musique rythmée
...
Elle rit.
...
"Avoir des relations homosexuelles ne peut pas être considéré
"comme un signe d'instabilité psychique à notre époque,
"et le fait d'écrire des livres non plus."
On a reçu le rapport de l'expert psychiatre en avril,
neuf mois après l'ordonnance du juge
qui lui en donnait six pour se prononcer.
Cette phrase figure dans l'introduction ou la conclusion, je ne sais plus.
Le médecin a jugé nécessaire de le préciser
au cas où y aurait un doute,
on ne sait jamais,
dans la tête des juges ou celle de Laurent.
La loi est la loi.
Mais aux entournures,
il faut croire que ça coince encore.
Il paraît qu'à l'école, à Paris dans le 6e,
des parents d'élèves ont dit que j'étais malade.
Vous savez si la directrice a reçu le rapport de l'expert psychiatre ?
Je lui avais envoyé, elle a pas répondu.
-Ah non, je sais pas du tout, non.
Si vous voulez, je lui demande tout à l'heure.
-Oui, merci.
Ah !
-Bonjour. -Bonjour.
Salut, mon grand.
Ah, t'as la classe aujourd'hui !
C'est nouveau, ça ? Le casque ?
-C'est papa.
Elle acquiesce.
-Trop stylé.
Moi, j'ai ça.
J'ai le droit de lui donner à manger ?
-Bien sûr, y a pas de problème.
-Tu veux ? J'ai des graines.
-Je crois que j'aime plus trop ça.
-Bon...
Elle se racle la gorge.
Ça va ?
Il acquiesce.
-Je crois que je sais pas trop quoi te dire aujourd'hui.
-C'est pas grave.
Mmh ? Elle écrit.
...
(C'est pas grave du tout.)
...
-On ferait quoi si on était dehors ?
Elle s'exclame.
Hmm... On mangerait une glace.
-Ou aller au ciné, ce serait bien.
-Ou alors les deux.
(-Ce serait trop bien.)
-Ouais.
Tu sais...
C'est normal que tout ça soit étrange.
C'est très bizarre.
Pour moi aussi.
L'important, c'est qu'on se voie.
Et qu'on se sente.
Que tu voies que je suis là
et que j'ai toujours été là.
Mmh ?
Rap Brouhaha joyeux
... ...
-Hé, madame !
... ...
... Elle rit.
...
-Qu'est-ce qui t'arrive ?
-Je suis d'humeur guillerette !
... ...
T'en veux ?
... ...
-Euh...
-Allez, un petit peu.
...
Elle est jolie, n'est-ce pas ? -Qui ?
-Ambre, la fille aux cheveux courts.
-Oui, très jolie.
-Tu veux te joindre à nous ?
-Non, pas du tout.
-Non ? OK. -Non.
...
-Eh...
Je lui dis quoi, du coup ?
Petit rire -À qui ?
-À Ambre !
-Bah écoute, je sais pas, mon petit soleil ambulant.
C'est un individu, je crois,
avec ses propres aspirations et centres d’intérêt.
On peut lui parler.
...
Bon, moi, je vais aller écrire.
Et toi, tu vas boire de l'eau, d'accord ?
-Je vais y tâcher.
Elle acquiesce.
À demain.
-À demain, Junior. -Bonne nuit, madame.
... ...
-C'est leur affaire, à tous ceux qui veulent croire à cette histoire
que les femmes ont un lien avec la Lune, avec la nature, avec l'instinct,
qui leur commande de s'en tenir à la matière
et de renoncer à être.
Moi, ça ne m'intéresse pas.
Mère, ça n'existe pas.
Mère comme statut, comme identité,
comme pouvoir ou non-pouvoir,
comme position de dominé et de dominant,
comme victime et comme bourreau.
Ça n'existe pas.
Ça n'existe jamais, ces choses-là.
Y a l'amour et c'est tout autre chose.
Brouhaha
Tonalité
...
...
-Oui, allô ?
-Vous êtes où ? Je vous vois pas.
-On est à l'appart, il veut pas venir.
-Quoi ? Comment, il veut pas venir ?
-On prend un café place Dauphine ?
-OK.
-OK, je descends, je t'attends.
Musique triste
...
-Tu nages toujours ?
C'est dément !
C'est insupportable.
Tu veux qu'on parle de vrais sujets ? Tu veux qu'on s'engueule ?
Pourquoi tu cherches toujours le conflit ?
Mais c'est dingue ! T'es d'une violence !
-Mais j'ai rien dit.
Il rit. Mais juste...
Il soupire. Tu te rends compte de ce que vit Paul ?
-Attends, Paul va très bien ! Quand il te voit pas, il va très bien.
Il a d'excellents résultats, il a des copains, il est épanoui,
et dès qu'il te voit, c'est le bordel.
Dès qu'il te voit, ça, ça le bouleverse. Tu le tirailles.
Oui.
Tu veux des responsabilités, mais tu fais quoi ?
Pour l'argent, tu fais quoi ?
Tu veux pas retravailler au barreau, j'ai mes sources.
Donc je paye l'école. Tu trouves ça normal ? Je paye tout.
Donc oui, je pense à Paul.
Tout ça pour quoi ? Pour obtenir une pension pour vivre
ton rêve de poète maudit, dans ton appartement pourri ?
Ça, c'est pas égoïste ?
Et tout ça, franchement, mais tout ça pour un torchon !
Ce livre qui fait jaser dans ton nouveau milieu
"bobo de lesbos de la rive droite", mais...
-Tu es lamentable, Laurent.
-Mmh...
-Je te reconnais pas.
Il rit.
...
C'est pas juste.
-Mmh.
Cloches
Bon...
On va tous finir là, de toute façon.
...
T'avais d'autres choses à me dire ?
Petit rire
Alors, je vais payer.
Cloches
...
Musique triste
...
Signal de fermeture des portes
... ...
...
La pluie tombe.
-Ça te manque jamais ?
-Quoi, donc ?
-La vie de château.
Il rit.
-Je me verrais mal faire un tennis, maintenant, tu vois.
-Si tu veux, on peut aller marcher au parc.
-Et puis quoi encore ?
Elle rit.
La pluie tombe.
...
Ça doit pas être facile pour Laurent, toutes tes histoires quand même.
-Mes histoires ?
-Bah...
Te savoir avec des femmes, dans Paris,
et puis en parler dans ton livre.
Je comprends qu'il l'ait mal pris.
-Quoi ?
Tu comprends ?
Je te rappelle que moi, j'ai plus le droit de voir mon enfant.
Voilà !
Comprends ça.
-Ça va.
Bon, il est quelle heure ? Elle est en retard.
-Qui ? L'infirmière ?
-Ouais.
Pour mon Subutex.
Il soupire.
Elle me le laisse pas, elle a pas confiance.
Tu te rends compte ?
C'est quand même bien
que tu le publies, ton bouquin.
Il monte un escalier.
...
Musique douce
...
Tonnerre
...
-... de la pâte à modeler.
-Non, c'est de la Patafix.
-Elle peut me... Elle peut pas me voir.
J'étais trop mignon.
Elle rit.
Ils s'exclament. -LE TIRAMISÙ.
Ils rient.
-C'est la 1re fois que j'en mangeais.
-T'aimais bien.
-Tu te souviens le monsieur en bas de l'hôtel
qui nous avait vendu le tee-shirt avec le drapeau italien ?
-Oui, je m'en souviens. -Il coûtait hyper cher,
mais tu me l'avais quand même acheté.
-Il te faisait trop plaisir pour pas l'acheter.
-Et t'avais dit : "La grande vie..."
-"OU PAS LA GRANDE VIE !"
-Il est un peu trop petit, mais bon...
Je l'ai gardé quand même.
On prend une photo avec mon téléphone ?
-Avec ton téléphone ?
-Papa m'en a acheté un à mon anniversaire.
-Ah bon ?
C'est super.
On pourrait s'écrire des messages.
Tu me donnes ton numéro ?
Il soupire.
-C'est papa qui l'a.
Il m'a dit de pas le donner.
Faut lui demander.
-Allez...
Elle renifle.
C'est pas grave.
Brouhaha festif
...
-Attends.
Je veux pas de ton virgin mojito à la con.
Donc y en a une autre.
-Non.
Il rit. -Si !
-Non.
Non, et puis j'arrête.
Rencontrer des filles, comme ça, tout le temps,
c'est trop dur.
C'est dur pour tout le monde.
Brouhaha
...
-Et Paul ?
-Paul...
On se voit.
Il est triste.
Et moi aussi.
Bulletin météo
-Yo !
-Salut.
-60 départements en vigilance orange ou rouge.
On attend 42 degrés dans le sud-ouest.
Les autorités appellent à la plus grande prudence.
Une mouche vole.
-Putain, sale temps pour les vieux.
Elle acquiesce.
Radio
...
Tu vas nager, ce matin ?
L'eau est froide où tu vas ?
-Ça va.
...
-Je peux venir ?
-Non.
-Toute façon,
j'avais pas envie.
Rires légers
"Burn slow" (Naïka)
... Brouhaha et cris
... ...
...
-Ça va ? -Quand même !
-Ben dis donc ! -Ça va ?
-J'en suis à ma quatrième.
-Nous, on en est à deux bouteilles ! Tu nous rattrapes ?
-Non, de l'eau. -Bah non.
-Hé, sinon, tu sais, on n'a pas de...
Musique douce
...
-T'as mes clés, je crois. -Oui.
-Merci.
...
... Ouais, un verre de vin rouge.
...
-Elle est pas mal, hein ?
-Hein ? -Elle est bien.
...
Conversation inaudible
... ...
-Tu restes avec nous ?
Il rit.
-Qu'est-ce qui vous arrive ?
-Rien. -Rien.
-Rien ? Oh... D'accord.
Il rit.
-Et toi, alors ?
-Ça va.
-Ciao, ciao ! -Amuse-toi bien !
-C'est trop bien. On y va ? On y va tous ?
-Allez, bonne nuit !
-Bonne nuit, bonne nuit. -Bonne soirée.
-Sois sage, hein ?
Rires
-Bonne nuit.
-Bonne soirée.
Fais de beaux rêves !
Rires
Dors bien !
-Je peux ?
-Ils ont 15 ans, tes amis.
-Ah, ils sont surtout très saouls.
Elle se racle la gorge.
Clémence.
-Sarah.
-C'est ton café, ici ?
Tu viens souvent ?
-J'habite dans le coin.
T'habites dans le quartier ?
-Pas vraiment. Euh...
Ça dépend.
-Ça dépend ?
-Ça dépend.
Soupir dubitatif
-Ça marche les grands mystères avec les femmes ?
Sonnette de vélo
Elles rient.
-Oui.
Oui, pas mal, j'ai pas à me plaindre.
-Je vais deviner ton métier, alors. Elle rit.
-Non ! Tu devineras jamais.
-Ah si ! Je te jure, je suis très forte à ce jeu.
-Je gagne quoi ?
-J'ai trois essais, OK ? Et tu gagnes...
Je t'offre un verre.
-Tu m'offres un verre.
Et tu me donnes ton numéro.
-Je t'offre un verre et je prends ton numéro.
-OK, d'accord.
Elle se racle la gorge.
-Mmh...
T'es DJ.
-Quoi ?
-Je sais pas... De quoi ?
-J'ai l'air d'un DJ ?
-Avec ta dégaine... T'es pas DJ ?
-Non ! -T'es pas banquière, a priori.
-Aucun respect.
Non, hé !
Bon, il te reste un essai.
-Banquière, ça comptait pas.
-Si, ça comptait.
-Bah non. -Mais si.
Elle rit. Elle soupire.
-OK. Euh...
Elle soupire.
T'es prof de sport.
-Donne-moi ton téléphone.
-T'es gonflée, hein.
-Oui.
Tonalité
Vibreur
Merci.
Elle soupire.
Et toi, t'es journaliste.
-Comment tu sais ?
-Qu'est-ce que je gagne ?
-T'as assez gagné comme ça, aujourd'hui.
Elles rient.
-Bon...
Rires et gémissements
-Calmos, Lucky Luke.
(Appelle-moi.)
Brouhaha de gare
Elle souffle.
-Maman !
-Salut.
-Salut. Je me speed parce que je suis hyper mal garé.
Salut, bonhomme.
Tu m'appelles s'il y a quoi que ce soit.
Il acquiesce.
-À demain soir, papa.
-Allez.
-Allez, on court. -Ouais, on se casse.
Plus vite, plus vite !
Les grillons chantent.
...
Petits gémissements
-Quoi ?
Musique douce
...
Il crie.
Il rit.
...
...
Le chien gémit.
Musique sombre à la télévision
...
Cris Rires
... ...
...
Le chat miaule.
...
Le chien aboie. Paul rit.
...
Roulement du train
...
-On va s'en sortir maman, tu sais.
-Oui.
On va s'en sortir, mon amour.
Attention à la marche.
-Bah ? Ça va, mon cœur ?
-C'était pas si long que ça.
Allez.
À dans deux semaines. Mmh ?
On va aller à la mer.
-Allez.
On se fait un ciné ?
Allez, go !
-À dans deux semaines.
-Ça devient physique, là ? Carrément ?
Elle halète.
...
Elle toussote et frappe.
(-Viens.)
Elles halètent.
...
Gémissements
...
(-Prends-moi.)
...
(-Ça va ?)
(-Ça va.)
...
(-C'est OK ?)
...
Soupir
-Je crois que je dois y aller.
-Pour quoi faire ?
-Il fait jour.
-Tu te transformes en princesse si tu pars pas maintenant ?
Elle rit.
-Ça se peut.
-Je prends le risque alors.
Tu veux un café ?
En suédois
...
...
Pleurs
...
...
...
...
Un véhicule approche.
...
Musique rythmée
...
-Madame Clémence ! Je savais pas que vous étiez là !
-Si, si.
-Il en a de la chance, votre père.
-Dites-le-lui.
-J'y vais de ce pas.
-Papa ?
Il soupire.
Musique douce
...
-C'est parti.
Il crie.
...
-Tu es toujours dans mes rêves.
Avant, c'étaient des rêves compliqués.
Maintenant, ce sont des rêves plus simples.
On est bien.
Tu es là, avec moi.
Et de l'autre côté, il y a ma vie.
Des filles qui me disent qu'elles veulent vivre avec moi.
C'est curieux, tous ces rêves d'amour que je fais en ce moment.
Des rêves calmes, posés,
où il n'y a rien d'incompatible entre moi et toi, et moi et elles.
...
Naturellement, ce ne sont que des rêves.
Mais dans la réalité,
on pourrait dire que tu n'es pas là.
Notification
Petit rire
Notification d'envoi
...
T'as peur ?
-Non.
-T'as tort.
Je suis redoutable.
-Mmh...
Bah moi, je suis très solide.
-Ah bon ?
Petit rire
Alors, je te raconte une légende.
Et après...
si t'es cap, on nage jusqu'à l'autre rive.
Elle soupire.
(-Cap.)
Musique douce
...
-Il y a très très longtemps,
un affreux châtelain richissime vivait ici.
Son château était pile au centre de ce lac.
Une nuit de 31 décembre, à minuit,
une vieille mendiante vint sonner chez lui,
implorant pour un morceau de pain et un peu de vin pour se réchauffer.
L'affreux châtelain lui claqua la porte au nez
en se moquant de sa laideur et de sa pauvreté.
Et aussitôt, le château tout entier disparut,
aspiré au fond de l'eau du lac
qui venait de naître de la malédiction de la mendiante.
Depuis, on raconte qu'au centre du lac,
il y a un terrible tourbillon
qui avale quiconque oserait le traverser.
...
Rires
...
Elles rient.
-Tu me présentes pas, chérie ?
-Euh...
Voilà Sarah.
Mon père.
Mon père, Sarah.
-Enchantée, M. Delcourt.
Merci de me recevoir chez vous.
Elles rient.
...
(-Tu vas pas crever de chaud avec ça ?)
(-Non, ça va.)
-Tu me brises le cœur, tu sais.
-Oui, je sais.
Mais on est chez ton père.
-Mon père est pas du tout curé, tu sais ?
(-Tu me présenteras Paul, un jour ?)
(-Oui.)
(Peut-être.)
(On verra.)
T'es sûre que tu veux pas te déshabiller ?
(-Oui, certaine.)
(-OK.)
(-Ça me plaît d'être ici avec toi.)
(-Oui.)
(T'aimes bien l'ambiance "retraité sous Subutex" ?)
(-Ouais ! C'est grave ma came ! Le style noblesse dégénérée.)
Elles rient.
Soupir
(Non, mais j'ai dit : "Ça me plaît d'être ici avec toi".)
(-Moi aussi.)
(Tu me plais.)
...
"Hello future me" (Elie Zoé)
-On peut parler ou on évite ?
...
-On peut parler.
...
-Je fais pas trop le truc du couple ouvert, etc.
J'ai juste passé l'âge.
...
-OK.
-Euh... C'est juste "OK" ou...
"OK", d'accord ?
-OK, d'accord.
...
...
Regarde.
C'est bien, ça, le vert, non ?
-Ouais. Il aime le vert ?
-Je sais pas. Je crois.
-Tu crois ?
...
Il sait que j'existe ?
...
-C'est bien le vert.
Comme ça, c'est pas le même que moi, non plus.
Je vais payer.
-50 euros, s'il vous plaît.
-C'est le même que le tien. Elle rit.
-Oups... Il s'exclame.
Voilà.
Très très bien !
-Il est trop stylé.
-Ouais.
Petit rire
Je l'ai bien choisi.
-Ouais.
T'as vu ?
-Ouais.
-C'est ton initiale.
Je m'appellerai comme toi quand je serai grand.
-T'es sûr ? Il a toute une histoire, ce nom.
-J'ai envie de m'appeler comme toi et comme grand-père.
-Bah, tu décides.
-Et comment ça se passe, ta rentrée ?
-Ça va. -Oui ?
T'es en quelle classe ? En CM2 ?
-En 7e.
-Paul est dans une école privée.
(-D'accord.)
-Maman ?
Pourquoi on n'est pas allés à la mer, comme t'avais dit ?
-Parce que Laurent voulait plus que je t'emmène.
-Moi, je t'ai attendue.
Tout l'été, je t'ai attendue.
(-Je sais.)
-J'en ai marre de vos histoires.
Il a raison papa, t'es qu'une égoïste.
Tu préfères faire ta vie sans nous, tu t'en fous de nous laisser seuls.
-Non, Paul, c'est pas vrai.
Je m'en fous pas.
Paul...
Paul, je sais que t'es en colère et t'as raison.
Mais c'est pas parce qu'on s'est séparés, ton père et moi,
qu'on se voit plus. D'accord ?
Laurent est très en colère envers moi
et il veut plus que je te voie.
Mais ça va lui passer.
Et en attendant...
On va faire notre mieux.
On fait avec ça, avec ce qu'on a.
D'accord ?
Je sais que c'est dégueulasse.
Et on mérite mieux, toi et moi.
Et c'est injuste.
Mais y a rien que je puisse faire pour changer ça.
Il soupire.
Je suis désolée.
-Je veux sortir.
-Attends, on peut continuer cette discussion...
-Je veux sortir !
Fracas
-Va avec lui.
Porte
Paul claque la porte.
-Paul !
-Je veux partir.
-Viens, on va parler.
La porte claque.
-Je sais ce qu'il se passe, vous savez.
Je le vois.
-Ah oui ? -Bah oui.
-Moi, je vois plus rien. -Mais si.
J'ai repris votre dossier cet été.
J'ai tout relu. Elle rit.
-Ouais...
-Je vais mettre ça au dossier.
On va y arriver. Elle rit jaune.
Oui, on va y arriver.
Je vous laisse cinq minutes. Elle acquiesce.
...
Musique douce
...
...
Elle soupire.
...
Elles chantent en chinois.
...
Elle s'exclame. -C'est froid.
C'est surgelé.
...
C'est dégueulasse.
...
On se gèle, non ?
...
-C'est tout ?
-Touche avec ton doigt, c'est froid.
-Non, je te... Je te crois.
...
Applaudissements
-Oui, bonjour, Mme Delcourt, c'est Mme Dureau, du pôle médiation.
Il est tard, mais je voulais prendre de vos nouvelles.
Je suis désolée que le père de Paul ait encore annulé.
Je devrais pas dire ça, mais c'est lamentable ce qu'il fait.
J'ai glissé une lettre dans votre dossier.
Ça se fait pas habituellement, mais...
Je m'inquiète un peu pour Paul.
Je crois qu'il y a urgence.
Je l'ai pas trouvé bien la dernière fois.
J'ai pensé qu'on pourrait peut-être saisir
la protection de l'enfance.
Mais on sait jamais comment ça tourne avec eux, donc...
Je crains une décision de placement.
Ce serait encore plus long pour vous pour retrouver Paul.
Qui dit placement, dit dossier jusqu'à sa majorité, etc.
En fait, non, désolée, il vaut mieux pas.
Il n'y a pas grand-chose de plus à faire pour le moment.
Je suis vraiment désolée.
Je vais relancer le père de Paul. Tondeuse à cheveux
... Je vous tiens au courant.
... N'hésitez pas à m'appeler si besoin.
...
... Je vous souhaite une très bonne soirée.
... Au revoir.
...
Sarah renifle.
-Elle dit qu'elle en peut plus.
Elle dit que j'ai une vie dure et que je suis dure.
Elle dit qu'elle ne supporte plus comme je suis avec elle,
quand je pars la nuit, quand je disparais quelques jours
et que je reviens et que c'est le grand amour.
Elle n'en peut plus du grand amour et puis de la froideur.
Elle en a marre du grand brûlé, de l'enfant sauvage.
Elle en a marre de mon arrogance, de mes phrases à la con,
du passage du meilleur au pire.
Elle dit qu'un jour, elle va me quitter.
Peut-être que c'est à cause de l'hiver qu'on est comme ça.
-On peut y aller comme ça ?
-Bah oui, comme ça.
Allez, vous avez deux heures. Profitez. Filez, filez !
"Easy easy" (King Krule)
...
-Waouh, c'est trop beau !
...
Attention, mamie !
...
...
On fait quoi, après ?
-Je pensais à faire du bowling.
-Trop bonne idée.
-Ah...
Quoique, non.
Ça passe pas.
J'ai peur qu'on soit en retard.
Excuse-moi.
Elle soupire.
-Et le cinéma ?
-Non, c'est trop juste.
On pourra manger une deuxième glace.
-Ça me va. Elle rit.
Qu'est-ce qu'il y a ?
-T'es chic.
Je te trouve chic.
-On a ça dans le sang chez les Delcourt.
Ils rient.
Elle l'embrasse.
Elle renifle et soupire.
Tu me montreras chez toi, la prochaine fois ?
-Oui, bien sûr.
Après, tu vas voir, c'est pas exceptionnel.
Il rit.
-Quand même, j'ai envie de voir.
-OK.
-Au pire, je pourrais même amener mes trucs et les laisser là-bas.
-Oui.
Tout ce que tu voudras.
Tu te souviens, tu voulais tout le temps venir ici, en maternelle ?
-Non, je me souviens pas.
-Alors ?
-Je savais pas que tu venais.
-J'ai pensé que ça te ferait du bien.
-Euh...
Elle soupire.
Elle rit jaune.
-Paul est là ?
-Oui, Laurent a toujours du retard.
Il préfère pour pas qu'on se voie.
Bon...
Allez, on y va ?
-J'avais juste envie de le voir.
-Là, tu me fous dans la merde !
-Inutile de mal me parler. J'aimerais voir Paul.
C'est très étrange pour moi de pas le connaître.
-Je sais même pas quoi te dire.
-Je pense que ça t'arrange, ce truc de pôle médiation.
T'as pas envie de me le présenter.
Dans la vie normale, tu me le présenterais pas.
-Quoi ?
Tu te rends compte de ce que tu dis ?
Et si Laurent, il te voit, hein ?
C'est quoi, la vie normale ?
Ça, c'est ma vie à moi !
Et ça fait deux ans que je lutte pour voir mon enfant !
Paul...
c'est ma limite.
Et si tu dépasses, tu dégages.
-Personne me parle comme ça, Clémence.
Même pas toi.
Elle soupire.
Sanglot
Tu peux rester jusqu'à ce que je m'endorme ?
-OK.
-Après, on se revoit plus jamais.
-OK.
Bips de la caisse
-On y va, maman ? -Attends, ma chérie.
-Pardon.
Annonce de supermarché
Elle soupire.
Excusez-moi, mademoiselle.
Vous pouvez m'aider ?
C'est bloqué, j'y arrive pas.
-Ça marche jamais... Euh...
Quelle photo ?
-Celle-là.
Impression
-Tu vas pouvoir lui faire une chambre parfaite,
à notre petit Paul.
...
-Tu crois que je lui peins un mur ?
-Tu sais peindre, toi ?
Il rit.
Non.
Laisse mes murs blancs tranquilles, je t'en supplie.
Rire léger
T'achètes des posters avec de la Patafix.
Ça ira très bien, mon chat.
-OK.
-Y a tout pour que ça aille bien.
-La fois suivante,
Laurent m'envoie un mail deux heures avant, pour annuler.
Puis encore la fois d'après.
Et aussi le samedi à l'association
où on devait faire le débrief des mercredis.
L'association lui envoie des mails,
il ne répond plus.
C'est à cause de l'audience.
Ils ont fixé une date en février.
Il a demandé que Paul soit entendu.
Et je ne l'ai su qu'après.
Au juge,
Paul a dit qu'il n'avait pas envie de me voir
et que je ne lui manquais jamais.
Il disait plus que j'étais timbrée.
C'était mieux que la fois d'avant.
-Salut.
Brouhaha et téléphone
...
-Je vous ai déjà vue ?
-Oui.
-Et ça n'avance pas ?
-Non, sinon je serais pas là.
-Ça, je vous crois.
Je devrais pas vous dire ça,
mais vous avez l'air d'une personne correcte.
Avec qui on peut parler, je veux dire.
C'est pas moi qui vais changer quoi que ce soit.
À un moment donné, c'est trop tard.
Les enfants grandissent et le temps se rattrape pas.
Et ça...
Ça, ils le voient pas, là-haut.
Brouhaha de commissariat
...
Ça passe vite, l'enfance.
Bon...
Dites-moi.
-Alors...
À 11h10,
je suis arrivée chez mon ex-mari, Laurent Lévêque.
Je précise qu'il y a trois mois, j'ai gagné le procès
et depuis, je suis supposée avoir la garde de mon fils
un week-end sur deux et la moitié des vacances,
ce qui n'a jamais été respecté par mon ex-mari depuis.
Donc, à 11h10, j'arrive à l'appartement.
Et il y a Gontran Ducourt,
un ami, son avocat, qui m'a ouvert la porte.
"Prélude en ré mineur" (Karl Friedrich Abel)
Dans le salon, y avait deux autres amis,
dont Isaac Hofmann et Guillaume Bloy.
Laurent a précisé que comme ça,
je ne pouvais pas inventer des choses puisqu'il y avait des témoins.
J'ai demandé d'aller voir mon fils.
Je suis allée dans sa chambre.
Mon fils était allongé sous sa couverture,
comme la dernière fois.
Y avait Laurent aussi.
Et mon fils n'a pas répondu à mes questions.
Il ne bougeait pas.
Je me suis assise au bord de son lit.
J'ai demandé à Laurent de m'aider.
À quoi il a répondu :
"Je n'ai pas à forcer Paul s'il ne veut pas te voir."
Il a dit ça fort pour que les autres entendent.
Je lui ai dit qu'il ne respectait pas mes droits
et qu'il n'aidait pas Paul non plus
et que j'allais déposer une main courante.
Propos inaudibles
...
J'ai quitté la chambre de mon fils.
Dans le salon, Laurent a dit :
...
"Tu finiras
"par être fatiguée de tout ce manège."
...
Propos inaudibles
...
-OK. Quelque chose à rajouter ?
...
-Oui.
Que c'est la huitième fois que je dépose une main courante.
Je crois... que c'est la dernière.
Le policier tamponne la déposition.
Air triste au piano
...
C'est à vélo, hier soir, que j'ai compris.
Je rentrais à Belleville, je traversais Paris.
J'ai compris que c'était fini le chagrin.
Pas la tristesse de temps en temps, bien sûr,
mais le chagrin qui bouffe tout, oui.
J'ai pensé que j'avais fait le deuil de mon fils.
Je me suis dit : "C'est ça, j'ai fait le deuil."
Je me sentais bien.
Ça faisait des années que je m'étais pas sentie aussi bien.
C'était venu d'un coup,
comme quand on se réveille guéri, après une grippe.
En y réfléchissant, ça faisait des mois que je ne rêvais plus de lui.
J'ai failli appeler l'avocat
pour lui dire que je ne voulais plus rien.
Même pas des week-ends ni des vacances.
Puis j'ai pensé que ce n'était même pas la peine
puisque de toute façon, ça ne marchait pas.
Y avait rien à dire.
Rien à faire.
On se voit quasiment plus.
On sait plus quoi se dire.
On devient des étrangers.
On s'étiole, forcément.
Déjà, les souvenirs de ma vie avec lui s'effacent.
Ou plutôt, ils sont là, quelque part, mais ils ne me sautent plus à la gorge.
Je peux regarder les enfants des autres sans penser à lui.
Je les trouve mignons.
Ce n'est pas triste.
Ce n'est plus le coup de poignard.
Bientôt, il sera assez grand pour décider de ne plus me voir.
Je le laisserai faire.
Ou peut-être qu'il voudra revenir chez moi.
On sait jamais avec l'adolescence.
Air triste au piano
...
...
...
La musique s'intensifie.
...
...
...
...
...
...
...
Propos inaudibles d'une petite fille
...
...
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