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Musique sombre
Des pas résonnent.
La porte s'ouvre.
Musique douce
- Je peux débarrasser, Madame ? - Oui, Céleste.
Huguette, serrez plus fort. J'ai besoin d'être maintenue.
Madame !
Merci.
- Ça va, ça va. - Vous devriez manger, Madame.
Coups répétés
- M. le maire peut-il me rappeler ses prénoms ?
- Vauthier, Eugène, Pierre-François.
Ne me qualifiez pas de maire, s'il vous plaît.
Ma profession, seulement. Pharmacien.
Fracas et bris de verre
Coups répétés
- Pardon. Excusez-moi.
Il se racle la gorge.
- Bonjour, Desgranges. - Bonjour. M. Boisvaillant.
Ah, Huguette.
Faites taire ma mère.
- J'y suis allée quatre fois, ce matin. J'arrive.
Céleste.
Occupez-vous d'elle.
Prenez-lui sa canne.
Monsieur m'a demandé.
Excusez-moi.
Céleste crie.
Gémissement
- Huguette m'a dit que tu t'étais trouvée mal.
C'est rien. Sans doute la chaleur.
Il faut que tu te reposes.
Prendre soin de toi.
- En même temps, rien ne me fatigue vraiment.
Tu es si belle, ma petite femme.
Comment peux-tu lire ces balivernes ?
Tu sais...
Bon...
Il frappe.
Maman, ça va être comme ça chaque matin ?
Que je me prépare...
Demain, ce sera un cor, un trombone à coulisse ?
Je me tais, ça te donne des idées.
Écoute, je voudrais que tu cesses
de harceler Huguette.
Tu adores qu'elle te masse le dos.
Mais rester dans l'eau si longtemps va te rendre malade.
Tu vas dire qu'on sera débarrassés. J'en ai marre.
D'accord ?
Déjà, faisons les choses...
dans le bon sens.
La porte se ferme.
Tu ne m'aimes pas complètement.
Mais si, pourquoi ?
C'est bien suffisant.
"Suffisant" ?
C'est assez, non ?
C'est moi qui en ai assez.
Je pourrais être méchant, tu sais ?
J'en aurais le droit.
- Et moi, j'aurais le devoir d'être gentille ?
C'est toi qui préfères dormir seul.
Pour pouvoir fumer la pipe.
Ça t'arrange bien.
Regarde-moi.
Même ça, c'est tant demander ?
Regarde-moi.
Tu m'aimes ?
Mais oui.
Il faut m'attendre un peu.
- J'ai besoin de... - Je saurai être délicat.
Bien plus que je l'ai été.
On frappe. La porte s'ouvre.
Qu'est-ce qui se passe ?
C'est la tisane de Madame.
Merci.
- Merci, Marie. Euh...
Céleste. Pardon.
- Ça fait un an. Tu l'appelles encore Marie ?
Je confonds avec l'ancienne.
La pauvre.
Oh, ça va.
On peut pas dire que je la traumatise.
De la tisane, maintenant ?
Tu vas te lever cette nuit.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu dors seul.
Non, écoute, pas ce soir.
Tu vas renverser ma tasse.
Tiens, n'oublie pas ton journal.
La porte se ferme.
Musique douce
Couinements
Je t'ai fait peur ?
Oui, Monsieur.
Tu viens ?
Approche.
Il soupire.
- Il gémit. - Aïe !
Oh, pardon.
Il halète et gémit.
Il soupire.
Oh, que c'est bon.
Moi, les affaires, banales, ça va.
Vendre et acheter, on en a vite fait le tour.
Mais créer quelque chose, l'initier...
Tenez.
Une mine au Venezuela.
Je sais même pas où ça se trouve. J'ai lancé ça
il y a deux ans.
On avait pas remué un pouce du terrain...
Ma chère, je vous trouve pâle.
Est-ce que tout va bien ?
Oui, oui.
Tout fonctionne bien ?
Quel âge avez-vous ?
J'ai 24 ans.
Mon Dieu, déjà 24 ans ?
Elle hurle.
Rires
Digne d'une acrobate.
- Quel dommage d'avoir abandonné la flûte.
C'est la sévérité de votre tante Yvonne
qui vous en a détournée ?
Je n'ai pas abandonné.
Ça va, ça vient, la musique.
C'est toujours un refuge merveilleux.
- Vous étiez si douée. Surtout avec...
Haydn.
Haydn, c'est la grâce rhétoricienne.
Une petite musique chevrotante
de vieil aïeul poudré.
Rires
Et Beethoven, alors...
Beethoven, c'est la...
la puissance, la force.
Dans la douleur sereine.
Il chantonne.
Et puis, voilà Rossini.
Évidemment, le don naturel.
Si gai, libre, se moquant du monde.
Il n'est pas mon préféré.
Mais...
quel étonnant personnage, quand même.
Dans l'abondance de son génie.
André...
tu as dans tes yeux
l'inquiétude que tu avais quand tu étais petit garçon.
Je l'ai bien connu quand il était haut comme trois pommes.
La fidélité à l'enfance.
Le cœur de l'existence.
À propos,
comment va ta douce maman ?
Elle se remet.
Doucement.
Mais ce sera plus comme avant.
Tu parles d'Alphonse Lajardie ?
Qu'est-ce que tu me reproches ?
J'aime pas qu'il te tripote.
J'aime pas ses yeux.
Il te voit comme de la viande.
- Quoi ? Il pourrait être mon grand-père
Y a pas à rougir d'amitié entre...
- D'amitié ? Il voulait t'épouser.
- J'ai refusé. C'est du passé, tout ça.
Il a été ton amant ?
Arrête.
Pourquoi discuter ? Tu as raflé la mise.
De quoi tu te plains ?
Il a été ton amant ?
- Je n'ai eu qu'un amant avant toi. Je te l'ai dit.
Ton cousin Edgar.
Si invraisemblable.
Pas du tout invraisemblable.
C'est arrivé qu'une fois. J'en garde un mauvais souvenir.
Bref.
Tu peux pas envisager
un peu de tendresse autrement que dans un lit ?
- Tu admets qu'il y a de la tendresse
entre Alphonse Lajardie et toi ?
Assurément.
Et pas qu'un peu.
Elle crie.
Pardon.
Pardon.
Tu l'as bien méritée.
Il me répugne, Lajardie. Avec ses dents jaunes.
Son haleine de clapier.
Il s'est comporté comme un mendiant avec mon père.
Avec ses airs d'aristocrate.
Allez, c'est fini.
N'en parlons plus.
Je suis surmené.
Je maîtrise plus mes nerfs.
Je dors mal.
Tu me manques.
Tu sens si bon.
Musique douce
Toutes ces épaisseurs.
Je t'ai jamais vue entièrement nue.
- Oh, tais-toi.
Quoi, j'ai déjà tout gâché ?
Non, non.
Viens.
Je crois que c'est bon.
Oui.
Il gémit et halète.
Oh, ça a été vite.
Soupirs
Non ?
- J'aime mieux quand ça dure pas longtemps.
Hm.
Flûte traversière
Beaucoup de bons esprits blâment la démission des biens.
Disent que c'est immoral.
Ils l'accusent de détruire les liens familiaux.
Mais vous avez de bons enfants.
Honnêtes, travailleurs.
Avec eux, aucun danger de s'en repentir un jour.
Vous êtes décidé sur le montant ?
Oh...
Elle gémit.
Elle soupire.
Elle halète.
Des pas résonnent.
- Qu'est-ce que t'as ? T'es pâle.
- J'ai attrapé froid. J'ai mal dormi.
Il est où, le linge ?
En bas. Je l'ai ramassé.
Je le repasse tout de suite.
- Occupez-vous des brochets, je descends.
Oui, Madame.
Elle crie. Fracas
- Rhabillez-vous.
Déguerpissez. Ne vous avisez plus de fouiller mes affaires.
- Ne me chassez pas, Madame. Je vous en supplie.
Sanglots
Oh, mon Dieu.
Ça fait combien de temps ?
Quoi, Madame ?
Ne vous moquez pas de moi.
Combien de temps et de qui ?
Partez.
Cette conversation n'est pas finie.
Sanglots
Ah, te voilà, toi.
Prends le relais là-dessus.
Je dois apporter ça à la vieille.
Musique sombre
Ça suffit, vous êtes glacée.
- Vous devez voir Sarah Bernhardt sur scène.
C'était incroyable.
Comme si elle exprimait ce que j'ai au plus profond.
Je ne veux plus m'appeler Odette, mais Sarah.
Odette est passée à la trappe. Rires
Et votre corset aussi.
J'en avais assez.
- Ses manières sont fantasques, mais elle sait s'adapter.
Elle peut dîner à la table d'un paysan et d'un ambassadeur.
Ses tours s'arrêtent pas là. Vois-tu ?
Rire
Elle m'en a appris...
Même à moi.
Et avec ça, infatigable. Un pur-sang.
Rire Elle est balancée, mon vieux.
- T'as vu la pureté des attaches ? - 80 km/h ?
- Vous voulez la conduire ? Je vous donnerai un cours.
- Sans façon. - Allez, Victoire !
- Impossible, j'ose pas monter. - Mais venez.
Il est toujours là, lui ?
C'est presque dangereux. Au vu de tous.
- La seule chose que Victoire a gardée de sa mère.
Ça lui plaît de le voir chaque jour.
Si c'est pas indécent...
Je sais ce que ça vaut.
Une petite fortune.
Pas comme le soi-disant Corot. Me faire croire qu'il était vrai...
Cette croûte que t'as piquée à la veuve Michaud.
- Tais-toi, c'est une bonne reproduction.
Faut prendre les eaux aux sources.
Avant qu'elles reçoivent une souillure.
On les monte au moyen de machines
dans des réservoirs au château des Tourelles.
En suivant les coteaux de la Seine, elles couleraient jusqu'au Havre.
Évidemment, il y aurait des travaux.
Mais ces sources ne sont à personne.
Aucune indemnité à payer à des usiniers.
L'affaire se présente dans des conditions telles
qu'elle fera la fortune des promoteurs.
- En quoi je peux te servir dans cette affaire ?
- En dressant l'acte constitutif de notre société.
Puis, sous conditions, en négociant l'achat
des terrains qui bordent les rivières.
Tu as tes sociétaires ?
- Un certain nombre, qui en amèneront d'autres.
Au reste, sois tranquille.
L'affaire est sérieuse, très étudiée,
avec de gros bénéfices à la clé.
Tiens, je me posais une question.
T'as beaucoup de clients juifs ?
- Quelques-uns, oui.
Ça se passe très bien.
Je suis assez content.
Le plus dur,
c'est de persuader mes clients que je réduis leurs frais,
ce qui est vrai dans le détail,
mais alors faux
pour le total. Rires
Canaille, va.
- À propos, vous ne connaissez pas la dernière ?
Céleste, notre petite bonne...
est enceinte.
- Qu'est-ce...
Raclement de gorge Quel cornichon.
Pour une fois,
c'est pas moi. Rires
- Mon vieux, t'en loupes pas une ! - C'est ça, c'est rien.
Musique sombre
Céleste est enceinte.
Savoir de qui n'est pas le souci.
Cette grossesse déshonore notre maison
et il va de soi qu'elle ne peut pas aller à son terme.
N'est-ce pas, Céleste ?
Nous sommes d'accord.
Huguette, faites venir Mme Berthon au plus vite.
Sa réputation n'est plus à faire. Elle résoudra ça
avec la discrétion nécessaire.
Vous pouvez reprendre le travail.
Pourquoi tu m'as rien dit ?
Comment t'as pu oser ?
C'est Monsieur, hein ? C'est ça ?
On frappe.
Déjà ?
Tout s'est bien passé ?
Madame, je ne peux rien faire.
Votre bonne est enceinte de plus de six mois.
On frappe.
Entrez.
Ma chérie ?
J'ai besoin de te voir.
- Attends... - Je dois te parler.
Très bien.
De la situation.
La situation ?
- C'est-à-dire ? - C'est-à-dire ?
- De quoi parles-tu ?
Arrête, gagnons du temps.
Tu sais et tu sais que je sais.
Tu sais aussi que je pourrais divorcer ?
Victoire... ma chérie...
Tu sais que j'en serais capable ?
- Et capable d'affronter le regard sentencieux des autres ?
Toi ?
J'ai fait venir Mme Berthon.
Mme Berthon ?
Qui est-elle ?
Victoire soupire.
On arrête de jouer ?
Tu sais très bien ce que fait Mme Berthon.
Tu veux dire que c'est réglé ?
- Céleste est enceinte de plus de six mois.
- Moi qui finissais par me croire stérile.
Bon...
- Il faudra la chasser. - Bon sang.
Tu ne comprends pas ce que je te propose ?
Mais à une condition.
Laquelle ?
- Que tu ne t'approches plus de mon lit.
On frappe.
Céleste ?
C'est vous, Madame ?
Restez assise.
Ma petite, nous ne vous voulons pas de mal.
Tout va aller.
- Tout va aller, mais comment, Madame ?
Céleste...
Nous n'allons pas vous chasser.
Nous voudrions garder l'enfant.
Vraiment ? Mais...
Madame, mais...
Céleste renifle.
- J'ai eu cette idée pour votre bien.
Pour le mien aussi.
Je vous propose de garder l'enfant,
de rester ici,
mais que vous nous laissiez, André et moi,
l'élever.
Vous le verrez.
Vous serez ici, vous le verrez grandir près de vous.
Mais il sera le nôtre.
- Il ne saura jamais que je suis sa mère ?
Pensez à toute autre solution.
Pensez-y.
Elle renifle.
Je suis d'accord.
Merci.
Nous prendrons soin de lui.
Musique sombre
C'est réglé.
Victoire est enceinte.
Voilà.
Le médecin l'a vue cet après-midi.
Ça fait même déjà six mois.
Elle s'en était pas rendu compte.
Elle pensait que son corset la serrait,
qu'elle avait pris du poids.
Moi qui lui disais de manger davantage...
C'est pour ça qu'on a mis tout ce temps à se rendre compte.
T'es heureuse, au moins ?
Elle se repose.
Recommandations du médecin.
Elle va venir te voir.
On peut vraiment pas la voir ?
Quel dommage.
- Désolé, M. Lajardie, elle se repose.
Consignes du médecin.
Oh, le Dr Claude ?
Non, Dr Ballard.
De Rouen. Un vieil ami de la famille.
Ballard... Ballard...
Mais...
Tout se présente bien ?
- Tout va pour le mieux. Oui. - Ah.
- Je ne peux pas vous offrir un cognac, j'ai des clients.
Une journée infernale.
- Et comment va ta si gentille maman ?
Toujours aussi gentille.
- Je peux débarrasser, Madame ? - Oui, merci, Céleste.
Merci.
Si c'est un garçon,
je veux qu'il s'appelle André.
Comme toi ?
- Pourquoi ? - Pourquoi pas ?
Je ne sais pas.
Il serait préférable qu'il ait sa propre identité.
- Ah. - Tu ne crois pas ?
Au contraire.
J'aurais voulu renouer avec cette tradition.
Elle se perd, c'est bien dommage.
Ou sinon, Félix.
Comme mon père.
- Je préfère Félicien, c'est plus doux.
Félix, c'est élégant, mais sec, ça claque trop.
Félicien, c'est démodé.
J'ai cédé sur André, je ne cèderai pas sur Félix.
Ou Félicie, si c'est une fille.
Moi, j'ai plus faim.
"La poussière,
"un ciel d'azur et de lumière,
"les murs enflammés, les longs soirs,
"et rien de vert.
"À peine encore un reflet rougeâtre décore
"les grands arbres aux rameaux noirs.
"Ce beau temps me pèse et m'ennuie.
"Ce n'est qu'après des jours de pluie
"que doit surgir en un tableau
"le printemps, verdissant et rose,
"comme une nymphe fraîche éclose
"qui souriante sort de l'eau."
J'ai l'impression que je vous ennuie.
Ah, ben...
Vous préférez lire seule ?
Je comprends.
Je vous laisse le livre.
Vous verrez, il y a des passages saisissants.
Permettez ?
Musique sombre
Elle gémit.
Le bébé pleure.
C'est un garçon.
Non. Madame veut le voir tout de suite.
Chut !
Allez, allez, allez.
Tais-toi, chut.
Félix, chut.
Tais-toi. Mais tais-toi !
Tais-toi ! Chut !
Tout va bien, Madame ?
Oui, tout va très bien.
Laissez-nous.
Vraiment. Vraiment, merci.
Chut !
Calme-toi.
Allez...
Huguette ?
Huguette !
Faites quelque chose. Je sais plus quoi faire.
- Vous êtes pas raisonnable. Appelez une nourrice.
Pas de nourrice.
Céleste a sûrement du lait.
Non, il doit s'habituer à moi.
Il vient de manger.
Le médecin est venu pour Céleste ?
Huguette ?
- Oui, la fièvre est presque tombée. Elle reste au lit.
La sage-femme reviendra jeudi.
- On lui a donné de l'eau sucrée. Puis, on a utilisé les biberons Robert.
Il a grandi en une semaine. Tu le reconnaîtrais pas.
Les biberons Robert ?
C'est les meilleurs.
Et les plus chers.
Il bouffe de moins en moins.
Toi aussi, d’ailleurs. Mange un peu.
Elle rit.
T'as du pot. Je te croyais tuberculeuse.
J'ai bien cru que t'allais y passer.
Je me voyais m'agiter pour prévenir la famille.
Tes parents sont pas du coin ?
Non.
Ils sont d'Alsace.
Ah ouais ?
T'es une Boche ?
Ben non.
Le bébé pleure.
Où est le Dr Claude ?
Absent.
Une urgence. Il sera là demain.
Oh, mon Dieu.
Il va transporter Félix à Rouen ?
Écoute, attendons demain.
Hein ?
Il a mangé, finalement ?
Juste un peu.
- T'inquiète pas. Demain, il fera jour.
- Huguette ? - Madame ?
Vous pouvez vous coucher.
Babil
Madame ?
Vous allez prendre mal.
Mettez-vous sous la couverture.
Non, tout va bien.
"Von der Wiege bis zum Grabe" (Franz Liszt)
Elle frappe.
- Bonjour, Madame. - Bonjour, Huguette.
- Il a l'air matinal, ce bonhomme. - Ah oui.
Babil
Il est beaucoup mieux.
Félix pleure.
Il était bien, là. Tu le fais pleurer.
Tu ne sais pas t'y prendre.
- À ce stade, c'est une affaire de femme,
mais quand il parlera, qu'il marchera,
je serai là pour lui.
Tiens, prends-le.
Ton bras sous sa tête.
Petit homme, va.
Fais un effort.
Tu vois qu'il est pas bien.
Tu le vois bien.
Dis bonjour à ta grand-mère.
C'est de bonne guerre, non ?
Allez, à papa.
Qui ne connaîtra jamais Félix.
Et c'est bien triste.
Pourquoi "trop" ?
J'aimais mon père, oui.
Je l'adorais.
Tu te souviens ? Il disait :
"Ce qui me plaît dans la chasse, c'est pas le trophée,
"mais la préparation.
"La meute qui nous suit.
"La nature qui s'éveille.
"Le petit matin. Le spectacle des couleurs qui changent."
Il disait : "On se sent à la fois homme et animal."
Ça devait te plaire, ça.
L'homme animal. C'est ton genre.
Et pourtant...
Moi, je veux rien savoir de plus.
Savoir qui, je m'en fous.
Ça ne change rien.
Ça n'a jamais rien changé.
Un dernier, un dernier pour la route.
C'est pas très difficile.
Tu avais deux amants.
Le marquis de Saint Aubain et Pierrot,
le cocher des Ruchettes.
On peut pas faire plus différent. L'un est mort sur un tas d'or.
L'autre a fini en prison pour vol avec violence.
Tu sais quoi ? Les deux me vont.
Je parle, je parle,
mais je sais ce qu'on m'a transmis.
Je sais ce que j'ai construit.
J'étais un vrai fils.
Et j'ai eu un vrai père.
Et le reste...
c'est des miettes de brioche.
Je me suis toujours demandé...
d'où te venait cette méchanceté.
Cette méchanceté qui coule dans tes veines.
C'était ton seul recours ?
Ta seule façon...
d'être libre ?
T'es devenue bien laide.
Ça doit te changer.
Ce que je voulais te dire,
c'est qu'aujourd'hui, tu me feras pas la leçon.
Regarde ce que Desgranges t'a rapporté du Havre.
C'est trop gentil, M. Desgranges.
Amusant, non ?
C'est une poupée pour les garçons.
"Teddy Bear".
Ils font les mêmes en Allemagne. Celui-ci est américain.
"Bear" veut dire ours.
Il est presque plus grand que lui.
Alors, Félix ?
Il te plaît, ton ours ?
Il te plaît ?
Oh...
Je te fais un baiser.
Il est content...
"Von der Wiege bis zum Grabe" (Franz Liszt)
Félix pleure.
C'est extraordinaire.
Ça chatouille.
Victoire chantonne.
Rires
Félix ?
Ma tante Yvonne m'a interdit de lire des romans.
Elle disait à mon père :
"La petite doit garder ses ignorances."
Quand elle a vu André, elle m'a dit :
"Quand un homme est brutal,
"c'est qu'il vous aime.
"Y a toujours une manière
"de le remettre à sa place de façon gentille."
C'est étrange.
Du jour du mariage,
je me souviens de presque rien.
J'avais très froid, je tremblais sous mon voile.
Avant de dire oui, j'ai regardé mon père.
Il toussait déjà beaucoup.
Il est mort quelques mois plus tard.
Et puis ensuite,
la musique, le banquet,
les allusions grivoises...
Et enfin, la nuit de noces.
Où j'ai eu mal.
Et toi, les hommes ?
André, c'était le premier ?
Babil
Comme ça, oui.
Y avait des gestes
que je connaissais à cause d'un frère.
Ça faisait pas mal comme avec lui.
T'as beaucoup de frères et sœurs ?
On est huit en tout.
Mes parents sont d'Alsace.
Tu parles allemand ?
Je le comprends un peu.
Ma sœur a épousé un Allemand.
Ils ont été chassés.
À cause de la guerre ?
Chassés par... par qui ?
Par mon père.
Ils ont traversé les Ardennes
et ils ont pris le bateau jusqu'au Canada.
Coups répétés
- T'en as pas marre de m'empêcher de vivre ?
Qu'est-ce que tu veux ?
T'es insupportable.
Non, ça fait pas une heure que tu sonnes Huguette.
Arrête ton raffut, elle va venir.
Flûte traversière
- Qu'est-ce qui te prend ?
Rien, ça me tient éveillée.
- Pourquoi tu dois être éveillée à cette heure ?
- Justement, pour encore mieux dormir.
Monsieur ?
Bougez pas. Bougez pas.
Tu as mal au dos ?
C'est le lit de camp.
Il est vieux et usé. Alors, forcément...
Mais ça va.
J'expie ma faute. Le tonnerre gronde.
Pas celle d'avoir engrossé Céleste,
mais celle de t'avoir caché ma supposée stérilité.
Stérilité dont j'étais secrètement convaincu.
- Qu'ils sont étranges, ces chemins, en toi.
Bonne nuit.
Huguette va bientôt arriver.
- Ne t'inquiète pas, il est encore tôt.
Le jour m'intimide.
Moi aussi.
J'ai peur qu'on nous entende.
- Penses-tu, on parle si bas.
Tu nous as déjà entendus parler, André et moi ?
Y a pas de mal à ça, tu sais ?
Parfois, on...
Parfois, on entend sans écouter.
André en colère ne sait pas chuchoter.
C'est vrai.
Une fois, il était jaloux.
À propos d'un vieux monsieur.
Alphonse Lajardie.
Oui, c'est ça.
J'ai deviné que vous lui mentiez.
Je l'ai compris tout de suite.
Pour avoir la paix. Je faisais pareil avec mon père.
C'est bien vrai ? Il a été votre amant ?
Victoire rit doucement.
Oui et non.
Il y a eu une...
une sorte d'étreinte entre nous.
Il est pas parvenu à...
Il est pas parvenu à durcir.
Il était trop vieux.
Trop fatigué, du moins.
Il était très désolé.
Et moi, très soulagée, au fond.
Je ne savais pas bien ce que je faisais là.
Je, je...
J'obéissais.
Mais il était très doux.
C'est rare de voir d'aussi près la fragilité de quelqu'un.
Moi, je vous vois.
Je sais.
Musique douce
- Ce sont des terres qui valaient encore 5 000 l'hectare
et qui n'en valent plus que 1 500, aujourd'hui.
Mon père disait déjà ça.
Je ne me verrais pas vivre à Paris. Cette démesure...
On perd le sens des choses.
N'est-ce pas, chérie ?
Oui, probablement.
Vous n'aimez pas
le lapin, M. Bouillaud ?
- À propos du Havre, mon ami Joseph
m'a présenté ses associés, ce matin.
L'affaire se présente rudement bien.
Il soupire.
On frappe.
Victoire ?
Victoire, ma chérie...
Pourquoi tu t'enfermes ?
Victoire ?
Tu t'enfermes, maintenant ?
Victoire !
- Il frappe. - André ?
Qu'est-ce que tu veux ?
- Je devais te voir. Félix pleure.
- Je veux te parler. - Tu réveilles le petit.
- Écoute, ouvre-moi. Je suis encore ton mari.
- Il y avait un pacte entre nous, un contrat.
- Contrat, mes fesses. Ouvre. Ouvre !
- Ouvre. - André, arrête.
Ouvre cette porte !
Raffut Félix pleure.
Arrête, André, je t'en prie !
Ouvre !
- André, arrête ! - Ouvre, je vais devenir fou.
Je vais devenir fou !
Félix pleure.
Ouvre cette porte !
Ouvre cette porte !
J'en supplie, arrête !
Félix pleure.
Lequel des deux ? Hein ?
Saint Aubain ou Pierrot ?
Dis-le. Le marquis ou le cocher ?
Dis-le ! Bordel de merde !
Je le sais que papa était stérile. Dis-le-moi.
Non...
Non.
C'est pas vrai.
Les trois pleurent.
Victoire sanglote.
"Von der Wiege bis zum Grabe" (Franz Liszt)
Il faut que j'y aille.
On frappe.
Il ronfle.
On frappe.
- Qu'est-ce... - Je ne sais pas.
Céleste ramène le double de la clé.
Il frappe.
M. Boisvaillant ?
- Raclement de gorge - Pardon. Messieurs.
Je suis à vous dans dix minutes.
Il tousse.
La porte s'ouvre avec fracas.
Choc métallique
Huguette, laissez-nous une minute.
Vous m'apporterez une grande tasse de café à l'étude.
Cette porte restera sans clé de jour comme de nuit.
Si tu divorces,
je te prendrai Félix.
Tu sais que j'en ai le pouvoir ?
Tu ne me laisseras pas le choix.
Huguette, vous pouvez revenir.
- Céleste... ne reviens pas dans ma chambre, ce soir.
Alors, demain ?
Non, il ne faut plus venir.
Musique sombre
Serrez mes doigts.
Plus fort.
Serrez fort.
Merci de vous être dérangé.
Méfiez-vous d'elle, c'est une farceuse.
- Pas si farceuse que ça. Surtout après deux attaques.
Ses maux de tête durent depuis plusieurs semaines.
Elle a beau être un roc, elle est très fatiguée.
Pas de choc, récemment, ou d'émotion ?
D'émotion ?
Ma mère ?
C'est pas vraiment son terrain.
Je suis si heureux de te retrouver, ma chérie.
Je suis pas naïf.
Je sais qu'il nous faudra du temps.
Beaucoup de temps, même.
Je tiens à une grande harmonie entre nous.
L'harmonie,
c'est mieux que le bonheur.
Non ?
J'ai cru ne jamais plus retrouver le sourire.
J'ai beaucoup pensé à Céleste, tu sais ?
Elle nous a rendu un immense service,
inoubliable.
Mais la situation devient franchement troublée.
Il faudra se résoudre à la chasser un de ces jours.
Je la dédommagerai en conséquence.
Ça me paraît une solution élégante, non ?
Je veux dire...
humaine.
Viens.
Non, pas ce soir.
S'il te plaît.
Et je voudrais que tu te déshabilles entièrement.
Musique sombre
Mais qui est le père ?
André.
Ma petite, tu n'es ni la première
ni la dernière, mais crois-moi,
pour la tranquillité de ton foyer, tu dois chasser cette bonne.
C'est une tentation inutile pour ton mari
et elle voudra toujours revoir Félix.
Méfie-toi, Victoire.
D'autres ont eu le cœur trop bon
et l'ont amèrement regretté.
Céleste m'a tout donné.
Tu veux dire tout pris ?
Mais elle n'est qu'amour.
Elle...
- Victoire, je te connais depuis si longtemps.
Fais-moi confiance.
Ton âme est troublée.
Cette découverte de la maternité est un moment de fragilité...
Il y a autre chose.
Oui ?
Attention, Victoire, Notre Seigneur voit tout.
Il sait les mots que tu ne peux pas dire.
Tu dois les libérer.
As-tu pensé à tes parents ?
Ils te regardent depuis leur place au paradis.
Ressaisis-toi, Victoire.
Élève Félix.
Et rapproche-toi d'André.
Dieu vous a unis.
Il vous guidera vers le bonheur, le vrai.
Tu as la force de caractère suffisante
pour t'en sortir.
Ta foi en sera renforcée.
Ton foyer aussi.
En regardant en arrière, tu seras heureuse
d'avoir vaincu le vice.
Tu te demanderas même comment il a pu vous dévoyer.
Bonjour.
Je voudrais me rendre à Saint-Ferreux.
La pâtisserie.
Tout n'est pas encore prêt ?
Ça le sera, Madame.
Il est même pas une heure.
Ah.
- Te voilà. - Pardon, j'ai été longue.
J'ai trouvé d'autres pâtisseries.
Il y en a déjà pour un régiment.
Elles semblaient bonnes.
- Comment va ta mère ? - Elle est pénible.
J'ai fait un calcul de dédommagement pour Céleste.
Je voulais te le montrer.
Les invités arrivent.
On verra ça plus tard.
- Les gens ne pensent plus, ils commentent.
Viens, Félix.
Oh, mais qu'il est sage.
Et ces traits si fins. C'est incroyable.
On dirait un dessin chinois.
"Fantaisie Op. 79" (Gabriel Fauré)
Merci.
Elle était pas enceinte ?
Oui, on a fait le nécessaire.
On frappe.
Monsieur.
Un télégramme pour Madame.
Merci.
- Applaudissements - Attendez, ce n'est pas terminé.
- Euh, mille excuses. Je dois m'arrêter là.
- C'est au-dessus de mes compétences. - Mais non.
Je vous épargne une catastrophe.
On vous applaudit, tout de même.
Applaudissements
C'est déjà fini, la musique ?
On peut pas s'arrêter comme ça.
Ma petite poulette.
Vous reprendrez quelques gâteaux ?
- Oui, servez-vous.
- J'ai reçu ce télégramme pour toi. Le Dr Louvier.
- Ta tante Yvonne est au plus mal. - Ma tante Yvonne ?
Que dit-il ?
- Regarde toi-même.
- Faites-nous un petit Chopin, Marianne.
- Chopin me fait pleurer, je tâcherai de me tenir.
Oh, mon Dieu...
"Prélude Op. 28 'La Goutte d'eau'" (Frédéric Chopin)
Excusez-moi un moment.
- Que se passe-t-il ? - Tout va bien, je reviens.
Jouez, Madame, jouez.
Tu la disais très sévère.
C'est pas une raison.
Tu sais que j'ai plus qu'elle.
C'est gentil pour moi.
Quel rapport ?
Tu es mon mari, ça n'a rien à voir.
C'est vrai ?
Je suis toujours ton mari ?
Tu voudrais que nous nous y rendions ?
Ah, ce serait...
- Partons demain, après la vente de la maison des Fouans.
Je pourrai réorganiser ma semaine.
- Demain, j'ai peur qu'il soit trop tard.
De quand cela date-t-il ?
Ce matin.
Franchement, partir aujourd'hui me paraît impossible.
- On va pas abandonner nos invités. - Oui, c'est sûr.
Mais...
- Quoi ? - Sauf si...
- Tu ne vas pas partir seule. - Pourquoi pas ?
Tu sais ce qui me plairait ?
Que tu me rejoignes demain matin avec Félix.
Qu'elle puisse le rencontrer.
C'est pas un si long voyage.
Moi, voyager seul avec le petit...
Bon, je l'emmène aujourd'hui.
Et tu nous rejoins.
- Tu vas pas partir seule avec Félix.
À moins que...
Que Huguette t'accompagne.
Excellente idée.
Huguette ?
- Non, écoute, je vais me débrouiller.
Oh...
Merci, Huguette.
Très bien.
J'irai seule avec lui, tu nous rejoins demain.
Huguette doit rester avec ta mère.
J'aurai toute l'aide nécessaire sur place.
Ils ont cinq bonnes.
- Cinq bonnes ? C'est un reproche déguisé ?
- Demain, essaie d'arriver pour le déjeuner.
Céleste ?
Céleste ?
Ah, Céleste.
Allez chercher Gaston. On aura besoin de lui.
"Sonate en fa dièse mineur" (Domenico Scarlatti)
Vous n'avez pas peur
d'être trop chargée ?
Babil
- Vous prenez vos bijoux ? - Je crains de m'en séparer.
Peut-être Céleste
pourrait transporter mes bagages dans la voiture ?
Envoyez-la-moi.
- Non, Madame, je vais le faire avec Gaston.
Céleste est avec les invités.
Babil
- Un, c'est extravagant. Mais sept...
Toute une tribu.
Il semble que ce soit le départ.
Huguette.
Je suis vraiment confuse...
de vous abandonner.
Vous plaisantez ?
Je t'ai mis un peu d'argent.
Il y a des fiacres à la gare.
Très bien.
- Tu as les papiers du petit ? - Oui, dans la valise.
J'ai pris les biberons.
Attention, Huguette.
- Roulez doucement, Gaston, s'il vous plaît.
Prenez soin de vous.
Toute ma bienveillance à votre tante.
- Toutes nos pensées vous accompagnent.
Babil
- Bon voyage. Pas trop de tourments.
À demain, Félix.
Les soucis de famille arrivent même chez les notaires.
Rires
Babil
Il soupire.
J'ai cru qu'ils ne partiraient jamais.
Huguette.
Vous me réchaufferez le reste de lapin.
Oui, Monsieur.
Il soupire.
Huguette ?
- Huguette ? - Oui, Monsieur ?
Vous avez déplacé l'éléphant ?
Non, Monsieur.
Comment ça ? Mais...
Céleste ?
Vous m'expliquez pourquoi l'éléphant a disparu ?
Comment ? Il a disparu ?
Comment...
Il était là, tout à l'heure.
Pendant le concert.
- Je l'ai épousseté ce matin avec le reste.
Non, mais je rêve...
Si vous avez quelque chose à m'avouer,
c'est maintenant.
Je vous écoute.
La vérité, je la saurai, tôt ou tard !
À moins...
que...
Dis-moi,
l'éléphant du salon,
en or, serti de rubis et de diamants.
Tu vois lequel ?
Il a disparu.
Encore une de tes farces ?
Pour faire chasser Huguette ?
Tu permets que je fouille ?
Vous n'avez rien à me dire, toutes les deux ?
Non, Monsieur.
Je vous le jure devant Dieu.
Et toi, tu jures ?
Oui, moi aussi.
- Toi aussi ? Je t'entends pas.
Ça suffit de dire : "Moi aussi" ?
Hein ?
Viens avec moi.
Avance. Dépêche-toi.
Allez, monte !
Raffut
Tu serais pas assez cruche pour l'avoir caché dans ta chambre ?
C'est pas moi.
T'imagines que je vais te croire ?
Je sais pourquoi.
Parce que t'écoutes aux portes.
Tu sais qu'on a décidé de te chasser, Madame et moi !
De me chasser ?
Oui, tu le sais très bien.
Dis-moi où il est !
Elle étouffe.
Monsieur !
Monsieur !
Elle sanglote.
Monsieur...
Je crois que c'est fini.
Je te demande pardon, Céleste.
Attends, s'il te plaît.
Je suis pas un monstre.
J'étais perdu.
Perdu, tu comprends ?
Dis-moi que tu comprends.
Approche une seconde, s'il te plaît.
T'as plus de raisons d'avoir peur, cette nuit.
Approche.
Malgré ce que je t'ai dit, je voudrais que...
que tu gardes ta place, ici.
Que tu restes.
Je voudrais que tu restes avec moi, cette nuit.
Mais je te forcerai pas.
Je voudrais que tu me tiennes dans tes bras.
Que tu dormes avec moi.
Je voudrais que ce soit tendre.
Je peux pas rester tout seul.
Avec votre maman dans la maison ?
- Est-ce que tu me pardonnes ?
S'il te plaît, dis-le-moi.
Il sanglote.
Où tu vas ?
- Je vais éteindre les lampes, en bas.
Je reviens tout de suite.
Fermez les yeux.
Von der Wiege bis zum Grabe (Franz Liszt)
T'as dormi où ?
Juste en face.
À l'auberge.
Comment il va ?
Il va bien.
C'est lui qui a veillé sur moi.
Tout s'est bien passé ?
Il s'est pas aperçu de ton départ ?
- À l'heure qu'il est, j'en sais rien.
Pour l'éléphant, il l'a vu très vite.
Comment t'as fait ?
Musique sombre
Attends.
Respire. Sanglots
Respire.
Il faut que je te dise.
Sa mère est morte cette nuit.
C'est arrivé d'un coup.
Après le coup du faux télégramme...
j'ai eu peur que...
Qu'est-ce qu'il y a ?
Tu penses à lui ?
Sifflement du train
- Tu sais qu'on reviendra plus jamais ici ?
Tu l'as bien compris ?
Toi aussi, tu l'as bien compris ?
Ça fait 4 600 km.
Entre le Havre et le Canada.
J'avais jamais aimé personne.
- Qu'est-ce que t'as dit ?
J'ai dit qu'on y arrivera.
Musique douce
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