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Mesdames et messieurs, l'auteur de Fabien, M. Marcel Pagnol !
Bravo ! Bravo ! Bravo !
C'est à cause du canal de Suez, les gens ont du mal à trouver de l'essence.
Ça ira mieux demain.
La pénurie d'essence ne peut pas tout expliquer.
Il faut croire que le vieux Pagnol n'intéresse plus rien.
Il faut croire que le vieux Pagnol n'intéresse plus rien.
Il faut croire que le vieux Pagnol n'intéresse plus rien.
Et chaque semaine, on donnera le rendez-vous le mois suivant.
Elle.
Marcel ?
Toujours sur cette machine ?
L'académie a encore appelé, je ne sais plus quoi leur dire.
Dis-leur qu'un de leurs académiciens est sur le point d'inventer le mouvement perpétuel.
On gèle ici.
Tu aurais plus chaud dans ton bureau.
Il est rempli de feuilles blanches qui attendent que je les noircisse.
Ici, au moins, les lettres françaises me foutent la paix.
Cleyland.
Il faut que j'y aille.
J'ai dit à la bonne que tu serais ici.
Il est le cours de Véronique logicale,
qui appartient au symbole traduit à King,
envers les trois thèmes du jeu hypiplôme et de la clés pleine,
du innovation familiale et artistique.
Qu'est-ce que c'est ?
C'est un jeune homme qui dit qu'il doit récupérer un manuscrit.
Un manuscrit ?
Pour le magazine, elle.
Qu'est-ce que je lui dis ?
Dites-lui... Je ne sais pas.
Dites-lui qu'il aura le premier chapitre dans une demi-heure.
Je ne savais pas que monsieur écrivait ses mémoires.
Et moi, je l'avais complètement oublié.
Attendez.
Sa roue est voilée.
Apportez-la.
Apportez-lui du thé, des biscuits et cette pince.
Le temps qu'il redresse sa roue, ça me laisse bien trois heures.
C'est long pour réparer une roue.
Pour un bricoleur, oui.
Mais vu son allure, ça m'étonnerait qu'il le soit.
Si j'ai raison, dans trois heures, sa roue sera carrée.
S'il suffisait de le dire.
Non !
Désolé, les amis.
Ça ne m'aide pas beaucoup.
Je suis né.
Je suis né.
Je suis né.
Eh oui, je suis né.
Elles vont vouloir en savoir un peu plus.
Qu'est-ce qui m'a pris de faire cette promesse ?
C'est parce que tu n'as jamais su dire non à une femme.
Frédéric, tu n'es pas à l'école ?
Fiston ?
C'est toi ?
Eh, oh !
Oh, doucement.
Marcel ?
Marcel ?
À quoi tu joues, Marcel ?
Dis, pourquoi es-tu revenu ?
J'ai dû changer, hein ?
Ça nous fait quel âge, maintenant ?
61.
61.
Boudou !
Ça me fait des brouettes.
Ça me fait des brouettes.
Qu'est-ce que tu veux, Marcel ?
Eh ben, à force de remuer tes souvenirs,
tu as fini par me faire tomber de la commode.
Et puis, je ne veux pas que tu écrives n'importe quoi sur nous.
Parce que partout où tu es allé, je suis allé.
Il va bien falloir que j'invente.
Ma mémoire est comme une vieille bande magnétique à moitié effacée.
Tu crois toujours que c'est possible, ça ?
Une machine qui ne s'arrêterait jamais ?
Je ne sais pas.
Mais ça m'aide à rester debout.
Je ne sais pas.
Ça va mal, on dirait.
Tu ne peux pas comprendre.
Les vieillards sont de drôles de singes.
Ils ne savent plus à quelle branche s'accrocher pour remonter dans leur mémoire.
Qu'est-ce que tu fais ?
Je t'envoie une échelle.
Je t'envoie une échelle.
Je t'envoie une échelle.
Je t'envoie une échelle.
Et puis, ta République n'en plus.
La science n'a jamais prouvé qu'elle existait.
Ah, ça !
Et Marseille, qu'est-ce qu'il va faire plus tard ?
Je ne sais pas.
Oh, que si, tu le sais, Joseph.
Il t'a dit qu'il voulait devenir millionnaire.
Ça t'a mis en colère.
Augustine, je me suis mis en colère
parce que je ne connais pas de millionnaire honnête.
Mais c'est parce que tu ne connais pas de millionnaire.
Un point, c'est tout.
Mon cher Jules, pour qu'une petite minorité puisse s'enrichir,
il faut qu'une grosse majorité s'appauvrisse.
C'est le système des vases communiquants.
Marcel, il fera ce qu'il voudra.
À moi, il a dit qu'il voulait devenir ingénieur.
Alors, il ne sortira jamais de son atelier.
Il aura le thème pâle, les grosses poches sous les yeux,
et il finira pauvre et tuberculeux.
Pauvre, mais honnête.
Oui, tout à fait.
C'est Jules, pauvre, mais honnête.
Je te le promets, maman, un jour tu seras fière de moi.
Mais je suis déjà fière de toi.
Tu m'écris de si jolis poèmes.
Mais ça, c'est rien.
Tu n'as encore rien vu de quoi je suis capable.
Alors, j'ai hâte de voir.
Ok.
Oh pauvre Joseph.
La vie est une tragédie.
Pourquoi maman elle ne vient plus nous dire bonne nuit ?
Il faut attendre qu'elle aille mieux.
Et quand est-ce qu'elle ira mieux ?
Euh …
Bravo.
Papa ?
Elle a aimé mon dernier poème.
Mon petit garçon, n'écoute pas les oiseaux de malheur.
La vie n'est pas une tragédie.
La vie est belle, pleine de lumière et de couleurs,
comme tes poèmes, qui me font tellement de bien.
Quand je les ai lus, je les étale autour de moi sur le lit.
Promets-moi de m'en écrire des milliers.
Ils seront pour moi comme un champ de fleurs.
Quand est-ce qu'elle revient, maman ?
Elle ne reviendra plus.
Marcel, c'est une chose terrible à dire à sa petite sœur.
Je suis en colère.
Contre qui ?
Contre Dieu, qui a fait maman si fragile.
Contre la science, qui ne l'a pas rendue plus forte.
Qu'est-ce qui se passe avec Marcel, maman ?
Il est en train de grandir, alors il n'a plus besoin de toi.
Et la promesse que je t'avais faite, qui c'est qui va la tenir ?
Ce qui compte, c'est que tu l'aies faite.
Ça ne me suffit pas, moi.
Je peux te dire qui va la tenir.
Promesse.
La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles.
Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes droites,
avec des yeux qui relisaient.
C'était un loup.
Paul.
Quoi ?
Tu es obligé de lire à voix haute.
Et toi, tu vas encore écrire longtemps ?
Maman disait que tu allais tuer les yeux.
Et tu n'es pas maman.
Oui.
Il savait quoi tes poèmes, puisqu'elle n'est plus là pour les lire.
D'or, si c'est pour dire des bêtises.
Tout comme la bonne mère qui veille sur Marseille, je sais qu'Augustine veille sur nous.
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Je pense à moi tous les soirs, et moi je pense à toi toute la journée, grand imbécile.
Allez, passe.
Pour dire de t'expliquer toute la chose, et de quelle façon j'avais cette envie, je ne saurais pas te l'écrire.
Mais tu n'as qu'à demander à Fanny, elle a connu toute ma folie.
Folie, ah ça c'est le mot, peur. Ça me fait plaisir de voir qu'il sera encore, tu sais.
Maman, je crois qu'il ne faut pas les déranger.
Ils font des trucs que je ne comprends pas, des trucs d'adultes.
Il est avec Orane ?
Ce soir, oui.
Alors maman, je te l'avais dit qu'un jour je serai millionnaire.
Je m'inquiète pour lui, j'ai peur que le succès ne lui monte à la tête.
Ça n'arrivera pas, je veille sur lui.
Qu'est-ce que tu dessines ?
Une cigale, l'emblème de nos studios de Marseille.
Ton nouveau jouet ?
Qu'on va prêter à toute la famille.
Germaine et René auront un...
Un travail, même Paul.
Il ne quittera jamais ses collines. L'argent ne l'intéressait pas.
Maman, grâce à cet argent, Paul va pouvoir se faire opérer le nez.
Il va arrêter de souffrir quand il respire.
Que Dieu t'entende, Marcel. Que Dieu t'entende.
Que Dieu t'entende.
Que Dieu t'entende.
Que Dieu t'entende.
Il était sur sa table de chevet.
Oh, Marcel !
Paul !
Je te le rends.
De nous deux, c'est toi qui as été le plus fidèle à notre enfance.
Je t'ai trahi en partant vivre à Paris.
Parce que je suis resté dans nos collines à élever des chèvres,
j'ai fait ce que j'aimais faire, comme toi.
Et puis...
Et puis les films, ça ne poussait pas dans la garigue.
Pas encore.
Tu veux la prendre ?
Elle se réveille.
Ça chatouille.
Occupe-toi bien de papa, de notre sœur et du petit René.
Le petit René, il fait maintenant une tête de plus que moi.
On se reverra un jour.
Je te le promets.
Mouah !
Monsieur Pagnol !
Monsieur Pagnol, qui a montré au théâtre une véritable supériorité,
démontre magnifiquement qu'il ne comprend rien au cinéma.
Merci, René. C'est tout ?
J'ai gardé le meilleur pour la fin.
Monsieur Pagnol, ce combinaire chafouin,
fait songer avec un nez sans cartilage,
sous ses yeux globuleux, avec sa bouche torve...
Décidément.
Fait songer...
avec un tamanoir anémique.
Un tamanoir anémique que des fourmis rouges auraient sucé jusqu'à l'os.
Celui-là est un poète.
Ça va, René ?
Monsieur Pagnol ! Monsieur Pagnol !
Lequel ?
Monsieur Marcel ! C'est épouvantable !
Encore des mauvaises critiques ?
Pire que ça !
Vous vous souvenez le petit agneau qui avait tourné dans une pastorale ?
Eh bien ?
C'est que je vous l'avais seulement loué pour deux semaines !
Il fallait pas vous y attacher !
Quand vous le regardez, vous voyez une gentille peluche.
Eh bien moi, je vois des côtelettes.
Je vous le rachète au prix des côtelettes.
Et les gigots ?
Les gigots aussi.
Du moment qu'ils restent en une seule pièce.
On m'avait dit que les jeunes du cinéma étaient de drôles de cocos.
Dites-moi, ça risque de vous coûter bonbon,
si vous décidez un jour de faire tourner un bœuf ?
Bœuf ?
C'est le nom que lui ont donné les filles du laboratoire.
Bœuf est un véritable cinéphage.
On l'a surpris en train de brouter la pellicule de sa couche.
Il en aurait englouti 30 mètres, l'équivalent d'un générique tout entier.
On avait peur qu'il s'empoisonne, alors on l'a installé dans la menuiserie,
sur un lit de copeaux, qui lui a aussitôt servi de petit-déjeuner.
L'après-midi, Bœuf le Mouton visite les salles de montage,
pour y dévorer des pages entières de scripts.
Il broute la paille des chaises,
il mâchonne des gommes,
je m'écho.
Le studio numéro 3.
C'est là qu'on va faire principalement les tournages de nuit.
Bizarre.
Et c'est quoi ce bidule ?
La Topazette.
Une invention de mon frère.
La voiture du peuple.
Trois roues, trois places, trois vitesses.
Trois litres au sang.
Au premier essai, elle a fait trois tournois.
Difficile d'y résister.
On m'en mettrait une de côté.
Allez, vas-y !
Lève ! Lève !
Un peu plus fort ! Un peu plus fort !
Allez, Bœuf !
Qu'est-ce qu'il fait ici, celui-là ?
Il n'a jamais vu une seule touffe d'herbe de sa vie !
Ici, il va s'en faire péter la force !
Il a de l'herbe jusqu'au ventre, mais il préfère bouffer le tronc des arbres.
Ce qui prouve que l'éducation peut changer la nature des êtres.
Roquier ?
Roquier ?
Oui, Marcel ?
Je n'ai jamais été aussi heureux sur un tournage.
Je suis à nouveau dans la garrigue, entouré de mes amis d'enfance.
Comme quand on avait 10 ans.
Avoue-le, construire ce village pour y tourner au gain,
c'était un prétexte pour revenir au pays.
Ici, j'en oublie presque les tracas qui m'attendent à Marseille.
Profite-en, Marcel.
Les belles choses ne sont pas faites pour durer.
Oh, Bœuf !
Tu es trop tard ! Tu vas crever !
Qu'est-ce qui se passe ?
Il a avalé un litre de plâtre.
Il s'est emplâtré l'estomac.
Apportez un couteau, il vaut l'opérer !
Vous n'êtes pas chic, non, vous n'êtes pas chic.
Moi, je travaille au bureau toute la journée à cavaler devant la cavalerie.
Moi, toute la journée, je calcule.
Je cherche le fric pour le prochain film.
L'avocat qui est un poète me voit déjà dans un cachot
et vous, vous faites du vrai cinéma.
Vous faites des blagues cordantes et vous ne m'invitez jamais.
Pourquoi ?
On n'ose pas, M. Meyerbaum, parce que... enfin... parce que...
Oui, parce que je suis vieux.
Savez-vous quand est-ce qu'on devient vieux ?
C'est quand les jeunes vous laissent tomber.
C'est quand on tutoie tout le monde.
C'est quand on tutoie tout le monde et que plus personne ne vous dit tu.
Tu n'es pas content du Spoonz ?
Si, si, c'est un bon film.
Bonjour, messieurs.
Bonjour.
Qui est cette charmante personne ?
Aucune idée.
Bonjour.
Bonjour.
Ils sont tellement nombreux.
Il est bien loin, le petit hangar où tout a commencé.
Ces studios, je les ai créés pour pouvoir être libres.
Maintenant, ils m'étouffent.
Alors, si tu étouffes, il te faut de l'air.
Un verre d'anisette dans une main et une boule d'acier dans l'autre.
J'ai le point.
Pas si vite.
Pagnol, sors ton décimer.
Finalement, je vais le faire, ton boulanger cocu.
Pourquoi as-tu changé d'avis ?
Parce qu'il faut rentabiliser ton affaire et que je suis ton ami.
Et surtout que tu ne veux pas que ce soit Fernand qui le joue.
Malheureux.
En plus d'être cocu, ton boulanger aurait eu une tête de cheval.
Il aurait peut-être eu une tête de cheval.
Mais c'est tout de même mieux qu'une tranche de charlot dégarigue.
Tu m'oppresses, Marcel.
Je ne veux plus de ta jalousie.
Tu sais quoi ? Je m'en vais.
Non, Josette.
Mon ami, pas sur moi.
Dis-moi que ce boulanger, ce n'est pas toi.
Jules, je suis passionnément amoureux.
Alors, tu n'as pas fini de souffrir.
Parce qu'à mon âge, je n'ai plus le droit au grand amour.
Que si.
Mais à force de semer à tout vent, tu vas finir seul.
Alors, au lieu de tes passions incendiaires, contente-toi d'un petit amour honnête qui se consume à petit feu.
Parce que la solitude, à notre âge, c'est la pire chose qui puisse arriver à un homme.
Oui, oui, oui.
Alors, on le tourne, ce film ?
Qu'est-ce que vous attendez ?
Qu'il soit complètement fondu, votre platane en caoutchouc ?
Hé ! Là, voilà.
Tu l'as vu ?
Tu l'as vu, retourné ?
La pomponnette ?
Hé !
Garce !
Salope !
Ordure !
C'est maintenant que tu reviens, hein ?
Et le pauvre pompon, il...
Il s'est fait en mauvaise salle de paix, ça, depuis hier.
Je ne peux pas partir plus de trois jours sans que tu me fasses une scène.
J'ai été chez une amie !
Bien sûr.
Oh ! Tu m'étouffes, Marcel !
Hitler a envahi la Pologne...
Ah, ne mêle pas Hitler à ça !
Nous sommes en guerre, et tout ce que tu trouves à faire, au lieu de me rassurer, c'est de me séquestrer à Marseille.
Oh, je m'ennuie, ici.
Je suis une actrice, j'ai besoin de travailler, et tes studios sont vides !
Le personnel est parti au front.
Ah ! Je vais devenir folle !
Calme-toi.
Je pensais à toi pour un rôle. Mon Fernandel sera revenu de permission.
Un rôle ? Quel rôle ?
Coupé ! On l'a !
Bravo.
L'armée est en déroute.
Dans pas longtemps, on va voir les Boches défiler sur la Cannebière.
Tu crois qu'il faut continuer ce film ?
Pas pas pas, Marcel.
Ne t'emballe pas. Imaginons que le pire vienne à arriver.
Alors, notre destin est à toi.
Mon devoir n'est-il pas de faire comme des Braves, notre métier ?
Nos ancêtres, les Gaulois, nos ancêtres !
Rrrrrrrrrrr !
Mamma mia ! Mamma mia !
Ma perché, Mussolini ! Tous nos enfants !
Ils sont tous des fils d'Italiani ! Comme lui !
C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat.
Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander
s'il est prêt à rechercher avec moi, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur,
les moyens de mettre un terme aux hostilités.
Que tous les Français se drôlent autour du gouvernement que je préside
pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse
pour n'obéir qu'à leur foi dans le destin de la patrie.
C'est intolérable !
Nous vous avions demandé de mettre dans votre film des sentiments
qui cadrent avec la révolution nationale.
Le maréchal n'est pas le père fouettard.
Il n'est pas là pour faire pleurer les Français.
Je pense qu'ils auraient pu la mettre encore plus tard.
Plus énorme !
Et alors ?
Ce n'est plus l'affiche de la fille du pisatier.
C'est celle de Blanche-Neige et les denailles.
Attention, Pagnol.
On dit que l'amour en t'aveugle, toi, il t'a rendu miope.
Ah, ben le film est un succès en zone libre.
Mais à Paris, la commande en tour l'a fait interdire.
Monsieur Pagnol, il y a un monsieur allemand qui veut vous voir.
Ça ne promet rien de bon.
Il aime les chiens.
C'est déjà ça.
Hitler aussi aimait les chiens.
Par ici, messieurs.
Pagnol !
Vous en faites où, mon amour ?
Vraiment ?
Je veux dire mon amour littéraire et poétique.
J'espère bien, monsieur.
Comment ? Vous ne me reconnaissez pas ?
Alfred ! Alfred Greven !
J'étais avec vous à Berlin, en 31 pour la 200e de Marius.
Vous vous souvenez ?
Que me vaut votre visite ?
Je suis le directeur du cinéma allemand pour le film.
Je suis le directeur du cinéma allemand pour le film.
Le cinéma français n'est plus aux mains des juifs.
Ils sont tous partis.
Vous et moi allons refaire le cinéma français.
Pour commencer, vous allez quitter vos studios
et venir à Paris pour diriger les nôtres.
Je ne peux pas quitter Marseille.
Je n'ai pas le droit d'abandonner mon personnel.
C'est bien dommage.
Quand vous serez changé d'avis, venez me voir à Paris.
Les boches, ils vont perdre la guerre.
Dans moins d'un an, ils seront tous écapoutés.
Ah, tu entends ?
Elle s'y connaît peut-être en poisson, mais son champ d'expertise s'arrête là.
Le Reich remporte victoire ou survictoire.
Si tu ne veux pas travailler pour Greven, il va falloir te planquer.
Plutôt que crever.
Coupez !
Qu'est-ce qu'il y a encore ?
La pellicule est mal perforée.
C'est la seule que j'ai pu trouver. Il faut faire avec.
Les lampes et les appareils de son sont quasiment hors d'usage.
Eh bien, réparez-les avec tes moyens du bord.
Tu me dis quand on reprend.
Non.
Oui, chéri. Ce ne sera pas l'heure.
À force de tout rafistoler, il va nous arriver une cagade.
La cagade, René, ce serait d'arrêter de tourner.
Monsieur Pagnol.
Quoi encore ?
Monsieur Greven.
Moi, je veux bien vous donner mes films, mais vous ne pourrez pas les projeter à cause de la pellicule.
Je voudrais bien voir une bovine de la prière aux étoiles, si vous me le permettez.
Très bien. Je veux même vous en montrer une vingtaine.
Trouve-moi les pires.
Et ne faisant lui croire que nous sommes fiancés.
Elle va nous raconter tout notre passé en détail.
Elle va nous prévenir beaucoup de bonheur et plusieurs infos.
Oui, oui, oui.
Une minute de preuve naturelle tranquille.
On ne peut pas continuer comme ça.
Tu vas lui foutre la paix, Pagnol ?
Eh !
Où es-tu ?
Je suis Marcel.
Marcel Pagnol.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Monsieur Greven.
Un moment, tu me rêves, Florence.
Je ne peux plus comprendre pourquoi.
Comment se peut-il qu'on aime quelqu'un qui ne nous aime pas ?
Et comment peut-on être aimé de quelqu'un que l'on n'aime pas ?
De tous les mystères, c'est le plus cruel.
Monsieur le huissier, faites votre constat.
La prière aux étoiles.
La prière aux étoiles ne sera jamais allemande !
Tu es au courant pour Josette ?
Quoi encore, Josette ?
Elle m'a quitté.
Elle n'a pas supporté que je détruise son film.
Son film.
Appelle le lagoman.
D'où leur combat.
Tu es sûr ?
Certain.
Ça va pas, monsieur Pagnol ?
Non.
C'est là que j'ai cessé de te suivre.
C'est aussi là que je me suis perdu.
Au milieu d'une guerre qui ne finissait pas.
Il aurait fallu un miracle.
Mais je n'y croyais plus.
Et le temps a passé.
En faisant tourner la roue de la vie, comme l'eau, celle d'un moulin.
Elle est réparée ?
Bravo, les Pagnols.
Mais ce n'est pas tout.
C'est la vie.
C'est la vie.
C'est la vie.
C'est la vie.
C'est la vie.
C'est la vie.
C'est la vie.
C'est la vie.
C'est la vie.
C'est la vie.
C'est la vie.
Le moulin va enfin avoir l'électricité.
Tu es sérieux ?
Tu ne me crois pas.
Viens.
Par ici.
Jacqueline, à toi l'honneur.
Maintenant, tu vas pouvoir lire sans t'user les yeux.
Je peux ?
Vas-y.
Vas-y.
C'est la vie.
La vie.
C'est la vie.
C'est la vie.
Ce bruit me glace le sang.
C'est le bruit de la liberté.
Qu'est-ce qu'on va devenir quand tout ça s'en va ?
Ça sera fini.
Tu vas continuer ta jeune vie qui commence
et devenir une grande actrice.
Et toi ?
Je vais continuer la mienne qui se termine.
Tu te crois vieux, Marcel.
Mais je vois bien dans tes yeux que tu es encore jeune.
Alors nos deux jeunes vies,
on va les continuer ensemble.
Je n'y croyais plus.
À la fin de la guerre ?
À toi.
J'ai changé ma voiture contre une Jeep.
Je suis parti dans la lagune.
Et les Américains, tu te voles !
C'est tout ce que tu mérites.
À tout de suite, moi, ta mère !
Très bien, messieurs.
Vous voulez voir tomber des têtes ?
Pour être habilité à juger et condamner son prochain,
il faut soi-même être irréprochable.
Que ceux qui, parmi vous, ont sauvé des Juifs,
lèvent la main.
C'est tout ce que tu veux.
Affaire classée.
La libération commence plutôt mal.
La France vient de signer un traité commercial
avec les Américains.
Qu'y a-t-il de mal à cela ?
Le gouvernement cherche à obtenir de l'essence et du blé.
C'est très louable.
Sauf qu'en échange, il autorise les productions d'Hollywood
à envahir nos salles de cinéma.
Et alors ?
Et alors, ça signifie la mort du cinéma français.
En voilà de bien grands mots.
On va voir.
On va voir ensemble le traité de commerce.
Monsieur le ministre,
les Américains veulent américaniser la France.
Si nous sommes submergés de films américains,
dans dix ans,
les idoles de notre peuple seront les vedettes d'Hollywood.
Ces beaux mastiqueurs de chewing-gum
qui distribuent des tornions à tout va
seront bientôt des modèles pour nos enfants.
Alors, ils penseront américains.
Ils aimeront à l'américaine.
Ils s'amélioreront.
À l'américaine.
Ils consommeront américain.
Ils parleront américain.
Et quand ils auront perdu leur langue,
alors, que doit-on faire ?
Nous allons taxer les films américains pour financer les nôtres.
Le cinéma français a un peu de risque.
Vous devezässer en vous 25 $ !
Qu'est-ce que je fais pour vouloirzęsir ?
Je suis zeros, Gabor.
Je vivrais avec Tian Guan.
Tu as trop d'argent ?
Plus que tout.
granny, donne moi unhewantain parfait.
Mais dans le format français,
villain,
artiste corporate seconds.
Dans ce qu'on appelle
Adieu mon ami
Ne sois pas triste grand couillon
Il reste mes films
Je vais continuer de jouer dans des salles
Et faire rire et pleurer des foules entières
Je vais continuer à faire mon métier
Comme un brave
Et tu vas faire pareil
Tu peux dire merci Marcel
Merci à cette lampe magique
Qui rallume les génies éteints
Qui fait danser les vinceuses mortes
Et qui rend à notre tendresse
Le sourire des amis perdus
Féry, un recommandé pour toi
Allons bon, qu'est-ce que c'est encore
Sans doute les frères Roux
Relancent avec leur procès des couleurs
Ça parle bien de couleurs
La couleur verte
Le vert
Oh Marcel
Heureusement que Rémy n'est plus là pour voir ça
Et pourquoi ?
Parce qu'il se serait foutu de ma poire
Monsieur je sais tout
Il ne te manquait plus que la bivère
Félicitations grand couillon prétentieux
Te voilà officiellement un vieillard
C'était le rêve de ton père
Lui qui s'est battu toute sa vie
Pour obtenir les palmes académiques
Tu lui dois bien ça
Vous êtes devenu ce que l'on appelle
Un immortel
Bon vous savez tout est relatif
Il y a aujourd'hui plus d'académiciens sous la terre
Que sous la coupole
Donc à faire
Je préfère être immortel de mon vivant
Après la guerre
Vous ne comptiez plus revenir derrière la caméra
Et j'y suis revenu
D'abord avec Naïs
En 1945
Si Frédéric s'en va d'ici
Sans qu'il lui soit arrivé malheur
Maman
Si tu me veux
Tu m'auras
Naïs
Tu m'auras
Si je te veux comme quoi
Comme femme
Comme ce que tu voudras
Vous avez ensuite tourné
La belle meunière
Un film qui n'a pas trouvé son public
Je voulais faire un film couleur
En utilisant un procédé français
Le roue color
Pour éviter de payer une fortune
A la technique color
Qui avait le monopole
Ce fut un tel échec
Que je préfère tourner cette page
Parlez-moi plutôt de votre dernier succès
Manon des sources
Ah Manon
Je l'ai écrit pour vous
Pour ma femme
Elle venait de me faire
Le plus beau cadeau
Qu'une femme puisse faire à un homme
Une petite fée
Du nom d'Estelle
Qui lui ressemble
Comme deux gouttes d'eau
J'ai étudié la composition des sols
Si nous creusons par ici
Je suis certain de trouver de l'uranium
Rien que ça
Ou du pétrole
Si nous creusons plus profond
Tu étais censé chercher de l'eau
Pas question de creuser notre coin de paradis
Pour trouver autre chose
Marcel je t'aurais prévenu
Dites donc
Elle a dit que je ne pouvais pas trouver de l'eau
C'est du caractère votre femme
Vous avez intérêt à lui trouver sa source
N'aie pas peur Manon
Je ne m'approche plus
Je t'aime
C'est la vérité je t'aime
Ca me fond mal au coeur
C'est pas vrai c'est de tes stardises que tu dis ça
Tu fais des caprices comme des chèvres
Mais moi c'est du pour de bon je t'aime
C'est moi qui viens crier tous les soirs dans le ballon
Je t'aime
Ne le faites plus ça me fait peur
Avez-vous songé à écrire des romans ?
Je ne sais pas faire ça
Je raconte mes histoires au travers des dialogues
Papa, papa
Estelle
Oh ma petite fée
Tu vas le couper vieille arbre ?
Malheureuse
C'est Olivier à 2000 ans
Jésus aurait pu goûter ses olives
C'est qui Jésus ?
Jésus c'est le chat du voisin
Ah oui les chats ils t'aiment ça les olives
Vous avez vu ?
Vous deux je vais finir par vous engager comme dialoguistes
Et écrire des livres pour les enfants
Oh je ne suis pas sûr que mes histoires de cocus et de filles mères intéressent les petits
Par contre ma fille adore que je lui écrive des poèmes
Parlez-moi du film que vous tournez en ce moment
Ah les lettres de mon moulin
Je retourne ce soir dans le midi
J'ai hâte d'y retrouver mon équipe
Et ici aussi
Le spagnol
En télégramme
Pour vous
Quelque chose qui ne va pas ?
La petite est en urgence
Je dois rentrer à Monaco
Docteur
C'est une crise d'acétonémie
Foudoyante
Elle va aller mieux
Non
Non
, non, maintenant
La petite est en urgence
Elle va continuer de chanter
J'avais pensé que les étoiles
N'avaient jamais entendu le chant des igales
Si j'avais pu en garder une
Je l'aurais portée à ta chambre
Sur le coup de minuit
Penché dans le silence au bord de ta fenêtre
Je l'aurais gratté le ventre
Et tout le ciel se serait mis à danser
Le pétrole de la chanson
Le pétrole de la chanson
Le pétrole du delicious
Posez le bureau ici.
Il faut maintenant que je lui trouve une raison d'être.
La vie est parfois monstrueuse.
Mais il va falloir continuer à vivre.
Mesdames et messieurs, l'auteur de Fabien, M. Marcel Pagnol.
Elle s'est arrêtée.
C'est pas grave. Là-dedans, c'est reparti.
Allons-y, Marcel.
Je t'écoute.
Je t'écoute.
Je suis né...
Je suis né dans la ville d'Aubagne,
sous le Garlaban, couronné de chèvres au temps des derniers chevriers.
Garlaban, c'est une énorme tour de roche bleue plantée au bord du plan de l'aigle.
Mon père était le cinquième enfant d'un tailleur de pierre de Valréas, près d'Orange.
Dès qu'il avait un jour de liberté, c'est-à-dire cinq ou six fois par an,
il emmenait toute la famille et les petits pois sanglants,
de pommes d'écatrelles dorées.
Je haussais vers le ciel la gloire de mon père,
en face du soleil sous cheveux rancues du chien.
Blême, tremblante et pour jamais inconsolable,
elle ne savait pas qu'elle était chez son fils.
C'est massé le long de la route que les Marseillais sont venus rendre un dernier hommage
à cette immense auteur.
Marcel Pagnol reposera désormais dans le petit cimetière de la Treille,
auprès de ses parents, de son frère Paul et de sa fille Estelle.
Sur sa tombe, il a fait graver en latin
« Fontes amicos uxorem dilexit ».
Il a aimé les sources, ses amis, sa femme.
Ah, te voilà. Tout le monde t'attend, Marcel.
Ils ont trouvé ton mouvement perpétuel.
Tu vois, l'homme qui écrit, c'est un homme qui se console.
Et de quoi se console-t-il de ne pas avoir sous la main quelqu'un à qui parler ?
Alors, je parle à mon porte-plume.
Je ne peux pas m'en empêcher.
Et dès que j'ai commencé de parler à mon porte-plume,
eh bien, il y a du monde autour de moi.
Je parle aux miens, aux vivants et aux morts,
à tous ceux que j'ai aimés.
Ils sont là, à mes côtés, en chair et en os.
Il ne leur manque pas un sourire, pas une intonation.
Souvent, je ris avec eux.
Parfois même, je pleure.
Et qu'on ne vienne pas me dire que j'aurai bientôt 80 ans.
Non, j'en ai 12.
Je viens d'entrer en cinquième.
Et j'ai toute la vie devant moi.
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