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Elle sentait le souffle de Karim contre sa joue.

Et sous la toile de sa galabieh,

sa peau chaude et âpre, mouillée de sueur.

Partagée entre la révolte et la soumission,

c'est presque à son insu qu'elle bougea sous lui.

Dans une semi-inconscience, son bas ventre chercha celui du garçon.

Elle s'y accola.

Se laissant envahir par le délicieux bien-être

qui montait des fibres les plus secrètes de son corps.

Dans notre école, Selma, nous recherchons des profils uniques.

Qu'avez-vous d'unique que les autres n'ont pas ?

Vous êtes algérienne ?

Oui.

Ça ne se voit pas.

Parce que j'ai la peau claire ?

Que font vos parents ?

Mon père est avocat, ma mère est gynécologue.

Que pensez-vous de la situation en Algérie ?

La jeunesse n'a aucune perspective.

Elle représente deux tiers de la population.

C'est un terrain fertile pour toute forme d'oppression

et de radicalisation.

Nous sommes pris dans un étau.

Donc vous pensez que l'Algérie va devenir comme l'Iran ?

Non.

Jamais.

L'Algérie n'est pas une théocratie.

- Vous avez de la famille là-bas ? - Oui.

Oui, bien sûr. Quasiment toute ma famille.

- Vos parents aussi ? - Enfin, non. Pardon.

Mes parents sont ici. Je suis née ici et j'ai grandi ici.

Donc vous êtes française ?

Non, je suis algérienne.

Enfin, si. Bien sûr que je suis française.

En vérité, je ne suis pas unique. Je suis double.

Très joli sourire.

Et t'as de très beaux seins.

Tu viens de passer l'oral ?

Ouais.

Ça s'est bien passé ?

Oui, je crois.

À l'année prochaine, alors.

Qu'est-ce que tu fais là ?

Pourquoi tu es agressive ? Je viens te chercher.

Où est la voiture ?

Par là. Alors ?

- Comment ça s'est passé, cet oral ? - Très bien.

- J'adore cette école. - Bon.

C'est un cursus reconnu par l'État, ouvert sur l'international,

ça m'offre plus de possibilités qu'une prépa.

Une école préparatoire, c'est la voie royale.

L'ECIP lui ouvrirait l'international.

Je sais rien de cette école.

- C'est la fille de Benslimane qui... - Et alors ?

Elle fait un MBA à Boston.

Il n'a jamais été question que Selma parte aux États-Unis.

C'est toi qui choisis mes études ou c'est moi ?

J'ai sacrifié ma carrière pour que tu réussisses brillamment.

C'est pas pour que tu gâches tout sur un coup de tête.

- Je t'ai jamais rien demandé. - Toi, tu dis rien ?

Je trouve que l'ECIP est une bonne école.

C'est là que je dois être.

Vous avez pris votre décision sans moi.

Non, c'est pas ça, maman.

Bah si. Si.

Si, si.

- J'ai pas le droit de choisir ? - Non.

- Non ? - Non !

Doucement.

Pourquoi elle réagit comme ça ?

Peut-être parce que tu n'es pas gentille.

Tu es en âge de te marier, les Bensliman vont faire leur demande.

- Hors de question. - Tu as bien réfléchi ?

Bien sûr ! Tu m'as dit que tu l'aurais pas vu pour moi.

C'est pas pour tout de suite. Finis tes études.

Ce n'est pas le bon moment pour avoir cette conversation.

Non, je veux plus en parler.

- Bonsoir ! - Ça va ?

- Comment ça va ? - Ça va ?

- Bien. - Bien sûr.

- Tu vas bien ? - Ça va, tata Hafida ?

Tu deviens de plus en plus belle.

De toute façon, aujourd'hui, en Algérie,

t'as pas 25 000 solutions. Soit pour te sauver,

tu fais un bond en avant dans l'espace pour venir ici.

Soit en Amérique ou je sais pas, au Japon.

Soit tu fais un bond dans le temps et tu restes là-bas.

Je suis pas d'accord.

- T'es idéaliste. - Non, c'est toi.

- Je pense que c'est de pire en pire. - Ça ne peut qu'empirer.

C'est maintenant qu'il faut faire confiance au peuple.

Tu peux pas discuter avec les extrémistes.

Regarde ce qui s'est passé avec Ayub Khan au Pakistan.

- C'est un contre-exemple. - Non ! C'est l'exemple par excellence.

C'est plus facile de se débarrasser des extrémistes par la politique

que de déloger un militaire qui a fait un coup d'État.

- Le peuple est islamisé. - Le peuple est musulman.

- Tu penses quoi de la situation ? - Moi ?

Oui, c'est important d'avoir l'avis des jeunes.

Dis ce que tu penses.

Les élections n'ont pas changé grand-chose.

Exactement.

J'ai l'habitude que ta fille prenne ton parti.

Ma chérie, va voir Selim.

Je préfère rester là, tata Hafida.

Selim !

- Il est là ? - Selim !

- Il est là, il est caché. - Bonsoir.

- Ça va ? - T'as encore poussé.

C'est la fête tout le temps, les écoles de commerce.

Je sais pas.

C'est pas le genre de Meriem, si ?

Non. Ma sœur, c'est une nonne.

Elle rentre pas dans ces trucs-là.

Elle fait un MBA maintenant ?

Ouais, elle a fini.

Elle va se marier avec un Ricain rencontré à l'université.

C'est génial.

Ouais, je vais être tonton.

C'est plus trop une nonne.

Tu veux pas qu'on s'embrasse ?

- Quoi ? - Qu'on s'embrasse.

Juste une fois.

Ça va pas ?

Allez, juste pour essayer.

Je suis sûr que t'aimerais bien.

J'y vais.

Trois secondes. Juste pour essayer.

On le dira à personne.

Les enfants, à table.

Viens ici, toi.

- Tu es complètement folle ! - Il s'est rien passé.

Il t'a pas déflorée ?

Je déteste ce mot.

Tu l'as pas aguiché ?

Non, il s'est rien passé !

Tu mens. Selim a reçu la torgnole de sa vie.

Je sais pas ce que son père lui a dit, mais il est cinglé.

Je comprends pas.

Je te mets en garde avant qu'on arrive chez eux.

Pour que tu sois exemplaire, et ça se termine en affaire d'État.

C'est ridicule, on dirait que quelqu'un est mort.

Si Hafida parle ?

T'imagines ce qu'on va dire sur toi ?

- Et alors ? - Tu te rends compte de ce que tu fais ?

Les gens parlent, Selma.

Si tu te comportes pas bien,

tu passeras pour une aguicheuse.

Ils ont qu'à penser ce qu'ils veulent.

Ne dis pas n'importe quoi !

Ta priorité, ce sont tes études.

Ensuite, tu te marieras avec qui tu voudras.

Qui tu veux !

En attendant, je veux plus entendre parler de ce genre d'incident honteux.

Sinon tu auras affaire à ton père.

Suis-je bien claire ?

Dors bien.

Contente d'être parmi nous ?

On se connaît ?

Ah, mais non. Non, non.

On s'est pas vus le jour de ton concours d'entrée.

Je me disais bien que c'était pas toi.

Non, c'était pas moi. Julien.

- Et toi, t'étais pas ? - Selma.

- T'es en quelle année ? - En dernière année.

Ouais, c'est chiant. Ouais.

Il nous reste que quelques mois pour vivre le grand amour.

Je te présente pas William.

Moi, je suis pas Selma.

Selma, ça vient d'où ? C'est pas très français.

T'es libanaise ?

- William, c'est pas très français. - T'occupe pas de moi.

T'es d'où ?

D'Algérie.

D'Algérie ?

- On dirait pas du tout. - Non, attends.

Toi non plus, on dirait pas que t'es français.

T'es chaudasse pour une rebeu.

Je suis pas chaudasse et je suis kabyle.

Ça vient pas de chez nous, quoi.

Je vais y aller.

Pas déjà ?

On commençait à peine à pas se connaître.

- Tu veux une bière ? - Non, merci.

C'est contre ta religion ?

J'aime pas la bière dégueu.

La Marocaine s'en va, elle aime pas la bite !

Elle aime pas la bite !

Si, j'aime la bite.

Allez, Selma. On t'écoute.

Baise-moi.

Ouais, j'adore ça.

- Plus fort. - Putain.

Tu vois ma bite ? Elle a froid, j'ai envie d'avoir chaud.

Allez, Marrakech. Montre-nous ce que t'as.

Ta grand-mère baise mieux que toi !

Allez, bizute !

Bizute !

Allez, là.

Allez, petite pute.

Mets-toi bien à quatre pattes que je te voie.

Voilà, là, c'est mieux.

Arrête.

Pucelle !

La pucelle ! La pucelle ! La pucelle !

Ça se voit qu'elle a jamais fait ça.

On y va.

T'as envie de moi ? Oh oui...

Tu veux ma petite chatte ?

C'est ça ?

T'en as envie ? Alors, viens.

Viens. Oh oui, comme ça.

Oh oui, comme ça.

Plus fort. Oh oui, viens.

Viens !

Oh oui, j'aime ça.

Prends-moi comme petite chienne.

- Allô ? - Allô, papa ?

- Selma ? Ça va ? - Oui, tu m'entends ?

- Oui. Ça va ? - Oui, tout va bien.

- T'es sûre ? - Tout va bien. Ça va.

Et toi, ça va là-bas ?

Très bien. Je fais la plupart de mes rendez-vous à la maison.

Papa.

Papa.

Non, écoute. Promets-moi que tu vas pas monter en Kabylie.

Non, c'est trop dangereux.

S'il y a le moindre danger, je reste à la maison.

Oui.

- On est d'accord ? - Oui.

Ça va ?

Ouais, ça va.

Je suis désolé pour le bizutage. J'ai rien pu faire.

Alors, ce tribunal ? Pas trop dur ?

J'ai trouvé ça mignon.

Excuse-nous de pas être à ta hauteur.

Ça manquait un peu de sodomie.

OK, OK, OK.

Quoi ? T'aimes pas ça ?

C'est que tu dois pas mettre assez de lubrifiant.

Ah ouais, elle continue en plus.

Excuse-moi.

Je t'ai pas demandé si je pouvais pas ne pas t'embrasser?

Tu peux pas m'embrasser.

Je peux pas t'embrasser ?

Pas du tout ? À aucun moment ?

On va se coucher ?

Ouais, mais on va pas dormir ensemble.

T'as pas envie ?

Non, j'ai pas envie.

OK. OK.

- Un peu de bouillon ? - Oui, merci.

Non, baisse ça.

Merci, ça suffit.

Non, merci. Pas de poulet.

Du poulet ?

C'est délicieux.

Tu as mis du citron ?

Hum ?

- Tu as mis du citron ? - Bah non.

- Pardon ? - Non.

Il y a moins de gras.

Je me demande pourquoi je passe des heures à cuisiner.

Sinon, t'habites où, toi ?

Pas très loin d'ici.

Là, il y a William qui squatte.

Et toi ?

À Neuilly. Je squatte chez mes parents.

À Neuilly-sur-Seine ?

- À Neuilly-sur-Seine ? - Oui.

- Pourquoi ? - Non, rien.

Je comprends mieux, du coup.

Ou tu comprends rien. Tu comprends quoi ?

- Non, rien. - Voilà.

Tout.

Tes parents habitent où ?

Dans le 93.

Mais non.

Si.

Moi aussi, je comprends mieux.

Tu comprends quoi, Sherlock ?

- Pourquoi t'es pas comme eux. - Comme qui ? Mes parents ?

Non, comme William et les autres.

Toi, t'es comme qui, alors ?

- Personne. - Personne.

Ça va ?

Appelle tes parents. Dors chez moi.

Je peux pas, ils voudront jamais.

Il faut que j'y aille.

Pourquoi ?

Parce que je dois y aller.

Déjà ? Il est quelle heure ?

Il est 23h30.

Tu vas pas partir déjà ?

Non, allez.

Tu veux aller sucer une autre bite ?

Ouais, plusieurs. Sauf la tienne.

Qui est chaud pour un plan à quatre ?

T'es un connard, William.

- À trois, alors. - Ça te dirait ?

Non, je me casse.

Vas-y, elle parle, mais elle fait jamais rien.

Qu'est-ce que tu fais là ?

Arrête de réagir comme ça.

Il y a des moments, tu réagis comme une vierge effarouchée.

T'es pas vierge quand même ? Hein ?

- T'es pas vierge ? - Arrête.

Alors, reste là.

Regarde-moi. Samedi prochain,

tu viens à la maison et on reste tous les deux.

- Je vais voir. - C'était pas une question.

Arrête.

- Tu restes là. - OK.

Viens ici.

- Tu faisais quoi ? - J'étais chez Giulia.

Tu devais rentrer à quelle heure ?

- À minuit. - Il est quelle heure ?

- Je sais pas, une heure et demie. - Deux heures !

Ne fais pas la maligne.

- Tu préviens pas ? - J'ai pas vu l'heure.

- J'ai pas vu l'heure. - Tu faisais quoi ?

- Rien, j'étais avec mes amis. - C'est qui, ces amis ?

- Les gens de l'ECIP. - Ils ont des prénoms.

Alors, c'est qui ?

- Plus vite. - Giulia, Amélia... Julie.

T'as pas l'air d'être sûre.

Je te mens pas !

Crie pas, les voisins ont pas besoin d'entendre.

Ça veut dire quoi ? T'as peur de ce que pensent les autres ?

Les Français, c'est ça ?

Tu parles de quoi ? Tu mélanges tout.

Ne va pas chercher les problèmes là où ils ne sont pas.

- Retourne-toi. - Non.

Retourne-toi, Selma.

Disparais de ma vue. Va dans ta chambre.

Tu te comportes comme une dévergondée.

Viens ici.

- T'avais promis de rentrer à minuit. - J'ai pas vu l'heure.

Ton père risque sa vie pour aller voir ses clients à Alger.

Tu crois qu'il veut que ce soit la crise à la maison ?

Il faut que j'arrête de sortir ?

J'ai pas dit ça.

Tu veux que ton père nous quitte ?

- Ah, par l'anus ! - Je me sens gêné.

Mais non.

Elle aime bien, mais toi, t'aimes pas prendre par l'anus.

C'est une question de respect pour moi.

C'est elle qui demande.

- Tu n'as pas envie ? - Non.

C'est pas gentil. Il faut faire plaisir aux femmes.

Et accéder à toutes leurs demandes.

Les rapports sexuels, ça se partage. Il faut être d'accord.

Tu veux lui transmettre un terrain dont elle se servira pas ?

Tu crois qu'elle va faire sa vie là-bas ?

Tu n'en sais rien.

Ce sera son choix.

Achète-le.

Pourquoi tu me demandes la permission ? Puis, va plus loin. Investis.

Construis là-bas. Peut-être, installes-y-toi.

Chaque fois que je veux faire un truc, c'est la menace du divorce.

Ils sont là, les filtres.

Un pays où il y a des assassinats, des attentats quotidiens.

William, réveille-toi.

Qu'est-ce qu'elle fout là ?

- Il y a plus de binouzes. - Va en acheter.

Prends ton temps.

Tu veux pas venir là ?

Attends, j'enlève mes chaussures.

T'as des frères et sœurs ?

Ouais, j'ai deux petits frères.

Vous êtes proches ?

Ouais, c'est mes frères.

T'as des cousins, des cousines ?

J'en ai un paquet, ouais.

Vous vous voyez souvent ?

On peut faire l'arbre généalogique de ma famille.

J'ai des crayons de couleur, des pastels. Tout ce que tu veux.

J'ai tout ce que tu veux.

Non, calme-toi.

- Tu étais où ? - J'étais à la bibliothèque.

À la bibliothèque ? Tu me prends pour un imbécile ?

À la bibliothèque, tu étais ? Jusqu'à 11h du soir !

Tu nous rends fous ! Elle nous prend pour des imbéciles.

11h du soir ! Je vais me tuer.

- Tu veux que je me tue ? - Non, le fais pas !

- Tu veux que je me suicide ? - Papa, arrête !

- Je vais mourir. - Les voisins !

Je t'aime !

Entre, calme-toi. Je t'en supplie, calme-toi.

Viens.

Allez, ça va.

Comment ça va ? Regarde-moi.

Regarde-moi. Ça va.

Laisse-moi voir. Regarde-moi.

Assieds-toi. Laisse-moi faire.

Pourquoi tu réagis comme ça ? Tu deviens fou.

Comment tu veux que je devienne pas fou ?

Elle ne respecte rien. Tu la laisses faire.

Il faut la laisser sortir de temps en temps.

Elle ne sort plus. C'est clair ? Elle ne sort plus.

- C'est terminé. - C'est impossible.

- Tu vas voir si c'est impossible. - Tu veux en faire une vieille fille ?

Je ne veux plus qu'elle sorte.

On se voit quand ?

Viens à la maison ce soir.

J'ai mes exams à réviser.

Demain soir, alors. Ce serait cool si tu passais la nuit.

Vous avez niqué, donc on se fait ce plan à 3 ?

- Ta gueule. - T'es écœurant.

- Demain soir ? - Je vais voir.

Moi, j'adore niquer le matin.

T'es trop con.

Je rigole.

Je retournerai jamais dans votre taudis de merde.

C'est fini entre nous.

- Selma ! - Non.

Vous devriez niquer tous les deux. Vous allez bien ensemble.

Mais, Selma !

Au cours de la lutte,

sans qu'elle sût comment,

la main de Karim se retrouva à hauteur de sa bouche.

Ses dents se refermèrent d'un coup sur sa peau mate.

Le garçon poussa un cri de douleur

auquel fit écho le rire triomphant de Shéhérazade.

Elle lança, altière :

"Même la mouche peut piquer l'œil du lion."

Furieux, il replongea sur elle, emprisonna ses bras,

les écarta en croix.

"Et maintenant, princesse ?

Dis-moi. Qui est le vainqueur ?"

On passe à table, qu'est-ce que tu fais ?

J'ai aucune envie de le rencontrer.

C'est une rencontre informelle

avec un ami de la famille de passage à Paris.

Comme par hasard.

Tu es en âge de te marier, c'est normal que ça arrive.

Tu sais qu'on est contre les mariages arrangés.

Oui, enfin, vous m'arrangez une rencontre là.

Viens juste dîner avec nous.

T'es obligée de rien. Allez, viens, s'il te plaît.

C'est le couscous de l'Aïd.

Historiquement, ça vient d'Adam Smith.

Je parle sous contrôle.

Oui, le pragmatisme est d'Adam Smith et de...

Je crois de George Bentham. L'utilitarisme, si je me rappelle bien.

Je vous ressers ?

Avec plaisir.

Il est très bon, il vient d'Écosse.

- Merci. - Karim ?

Ne vous embêtez pas.

La conduite à gauche, c'est dérangeant au début.

- Mais on s'y habitue. - Luka.

- Il fait quoi, ce type ? - Luka ?

Il te plaît, maintenant ?

Il travaille dans une banque d'affaires.

Il parle anglais, italien, allemand et arabe.

Ça te va ?

Je t'ai demandé ce qu'il faisait, pas son pedigree.

Je le trouve parfait.

- Je mets tout ? - Oui, mets-en plus.

T'aurais pu mettre des talons pour me faire plaisir.

Et reste sobre.

Passons à table.

Ça avance. Je pensais pas que ça irait aussi vite.

Belle carrière.

Il y a encore du travail. C'est ce que j'ai voulu.

Il doit être fier, le papa.

On est fiers.

Il a fait un beau parcours, c'est vrai. On est heureux pour lui.

Luka, un peu de sauce ?

Je suis servi, c'est gentil. Merci.

Tu t'es surpassée. Ce couscous est formidable.

Divin.

Très très bon.

Oh, pardon.

Non, merci.

Le vin commence à me monter à la tête.

Ton père me disait que tu cherchais un stage dans la finance.

Oui, tout à fait. Oui.

- Pour cet été. - Cet été, oui.

C'est l'ECIP qui me demande de trouver un stage.

Parce qu'en fait, Luka,

travaille aussi dans la finance, tu l'auras compris.

Il a commencé dans la banque...

de son illustre père.

Absolument. Il a fait ses premiers pas avec moi.

- Tel père, tel fils. - Aujourd'hui, tu es à la Deutsche Bank.

Oui.

Une très bonne banque.

En ce moment, je suis basé à Londres,

mais j'ai des contacts à Paris. Je peux essayer

de te trouver quelque chose d'intéressant.

Ce serait très gentil. Ce serait super.

Je vous laisse ma carte. Ça sera plus simple.

Que j'ai oublié dans ma veste. Je reviens.

Vraiment divin, votre couscous.

Excellent. Vraiment bravo.

- C'est 8h de travail. - 8h de travail ?

- Quel courage. - Faudra me donner la recette.

Ça, c'est ma mère.

Je pensais qu'il était déjà parti.

Un peu de viande ?

Ça va arriver.

- Notre fils. - Il est pas encore parti ?

- Non. - Tant mieux.

Donc, tiens.

Ça, c'est mon nom.

Ma ligne directe.

Ça, c'est le numéro de la boîte.

Appelle-moi quand tu veux. Je suis là deux semaines.

C'est long, mais c'est court.

Ce serait bête qu'on se loupe.

- Luka, tu veux ? - Avec plaisir.

Faut en profiter. Voilà.

Tu attends de voir ce qu'il te propose et tu verras s'il te plaît.

Je vais à un entretien.

Je crois pas qu'il s'agisse que de ça. Je crois que tu lui as plu.

- Bienvenue, mademoiselle. - Bonjour.

Ça va ?

C'est gentil d'être venue. C'est quoi, ça ?

Mon CV.

Je verrai ça plus tard. On va parler de toi.

Tes parents sont de Tizi ?

C'est ça, juste à côté.

- Toi, t'es née ici ? - Oui.

Mes parents se sont installés ici avant ma naissance.

- Tu y retournes ? - Oui, dès que je peux.

Même en ce moment ?

Ça rend mon père nerveux.

Oui, je comprends.

Pas moi.

C'est la meilleure façon de leur laisser la place.

Enfin, t'as pas le choix.

J'espère l'avoir.

- Tu veux te battre, Selma ? - Non. Non.

Mais continuer à y aller déjà.

On est pas l'Iran ou l'Afghanistan.

- Je t'ai pris un Perrier, ça t'ira ? - Oui.

On sait que c'est les Afghans qui les entraînent, les financent.

Je t'apprends rien.

Ça vient pas de nous.

Qui nous ?

- T'es pas eux. - Bien sûr que je suis eux.

Rien qu'à te regarder,

je le vois que t'es pas eux. T'as pas grandi comme eux.

Et alors ?

C'est pas ta réalité.

C'est la tienne peut-être ?

T'es mignonne quand t'es énervée.

- Je suis pas une gamine. - Je sais.

Je suis désolé, je dois filer.

J'aimerais beaucoup t'inviter à dîner.

- Au restaurant. - Oui, OK.

Il y a un Julien au téléphone pour toi.

Je suis pas là.

Tourne.

Referme un bouton.

Voilà, c'est mieux.

- Où sont tes talons ? - Ça me fait mal aux pieds.

Mets des talons, voyons.

- T'es sincère ? - Toujours.

Ah bon ?

Moi, j'ai trop bu.

Qu'est-ce que tu fais ?

J'enlève mes chaussures.

- On devait pas aller dîner ? - Hein ?

- On devait pas aller dîner ? - T'as faim ?

Je vais te commander un truc.

Non, mais...

Dehors. On devait dîner dehors.

Il est tard, laisse tomber. La cuisine est hyper bonne ici.

- Qu'est-ce que tu veux ? - Je vais y aller.

- Si t'as pas faim, j'y vais. - Attends.

Tu veux pas une petite pizza à la truffe ?

Quoi ? Je te plais pas ?

T'es tellement belle.

T'es tellement fière, Selma.

- Arrête. - Attends.

Qu'est-ce que tu fais ?

Attends.

Attends, attends.

C'est trop tard, Selma.

Tu vas rentrer à poil sous ta robe.

Arrête.

Putain, t'es tellement belle.

Chérie ?

Oui. Je vais me coucher.

Attends.

Ça va, chérie ?

- Ça va ? - Très bien.

- Il est un peu tard. - On a beaucoup discuté.

Viens.

Vas-y.

Alors ?

Comment ça s'est passé ?

Ça s'est bien passé ?

Vous avez prévu de vous revoir ?

Oui, je sais pas. On verra.

On pourrait l'inviter à dîner.

Pourquoi pas.

Vous allez me laisser le temps de réfléchir.

Mais ça s'est bien passé ?

Oui, je t'ai dit. Très bien.

Tant mieux.

Je vais aller me coucher, je suis exténuée.

Fais-moi un bisou.

- Bisou, papa. - Bonne nuit, ma chérie.

Je peux entrer ?

Je dors, maman.

- Bonsoir. - Ça va ?

Qui que tu choisisses, il sera magnifique comme toi.

Oui, on peut rêver pire qu'un Toumi à qui marier sa fille.

- C'est un Toumi ? - Oui, c'est Luka.

Le fils du banquier.

Avec la Suissesse, tu sais ?

Il est libre comme toi.

C'est-à-dire ?

Sûrement il voyage, il aime voyager.

Il a l'esprit...

- Ouvert ? - C'est ça.

Bon, gardez ça pour vous.

Pour l'instant, rien n'est fait.

Non, d'ailleurs, rien ne se fera. De quoi tu parles ?

Tu t'es demandé ce que je voulais ?

Bien sûr que oui. Bien sûr.

Tu nous as dit que ça s'est très bien passé.

C'est à vous qu'il plaît. Moi, je vais pas me marier.

Tu sais,

c'est très simple. Tu le reverras plus.

Nous, on te force à rien. On te force pas à te marier.

On va changer de sujet.

Arrête de dire ça. Bien sûr que tu me forces.

Que tu te forces. Que vous vous forcez tous.

- Elle a ton caractère, ta fille. - Je suis d'accord.

Elle est pas facile tous les jours.

Non, fais pas semblant. Tu me critiques en disant ça.

Pas du tout. Au contraire, c'est une qualité.

T'aimerais que ta femme ait du caractère ?

C'est plus facile d'avoir des maîtresses.

- Selma ! - Attention, ligne rouge !

Tu te tais, maintenant.

- Tu devrais pas dire des bêtises. - Les bêtises sont pas de mon côté.

Tu devrais avoir honte.

Ma fille n'a à avoir honte de rien, d'accord ?

Ni de personne. C'est clair ?

Tu dis ça parce que c'est moi ?

Je pense que tu en as dit assez pour la soirée.

Je propose qu'on se lève et qu'on s'en aille.

Attention, papa a décidé.

- On s'en va. - Vite, sinon il va te quitter.

Hafida, je suis désolée.

Elle est pas comme ça, d'habitude.

C'est ça, excuse-toi. Excuse-toi de vivre.

Maintenant, tu te tais !

Pense ce que tu veux de ma relation avec ton père,

mais fiche pas ta vie en l'air en loupant tes examens.

À quoi servent les études,

si ce qui compte, c'est que je me marie ?

Ta grand-mère veut te parler.

Allô, yaya ?

Comment ça va, ma fille ?

Ça va.

Je ne sais pas ce qui se passe,

mais je vais te dire une chose que je n'ai pas oubliée.

Quand tu es née, ta mère t'emmenait partout avec elle

dans une écharpe que je lui ai offerte.

Elle t'emmenait même aux toilettes.

Un jour, tu devais avoir un an,

on lui a proposé un travail de recherche.

J'ai oublié quoi exactement.

Mais il aurait fallu qu'elle voyage entre Paris et Alger.

Elle a caressé ton petit dos et a dit : "Je ne laisserai pas mon bébé."

Même si tu es devenue plus grande qu'elle,

tu seras toujours dans son cœur.

Si tu manges pas, je mange pas.

J'ai parlé à ton père. Je lui ai dit que tu voulais sortir.

Je m'en fous, c'est pas ça.

Tes amis ont appelé.

Ils arrêtent pas de t'appeler.

Qui c'est, ce Julien ?

Personne.

Giulia et lui demandent si tu veux aller à la soirée de désintégration ?

C'est pour dire au revoir aux diplômés ?

Ils demandent si tu iras.

- Vous avez pas vu Julien ? - Qui ça ?

- Julien. - Non, désolé.

- Ça va ? - Oui.

Voici les résultats. La tension est remontée.

Est-ce qu'elle aura des séquelles ?

Non, c'est bénin.

Le problème, c'est la chute. Il faut savoir pourquoi elle a chuté.

Est-ce que vous êtes sûr qu'elle n'aura pas de séquelles ?

Je peux pas mieux dire que le Docteur Merabet.

Selma a eu de la chance de ne pas avoir de traumatismes crâniens.

Maintenant, il faut bien te reposer. D'accord ?

J'ai été ravi de faire votre connaissance.

- Monsieur, bonne journée. - Merci.

C'est étonnant que tu remettes en question ma parole ?

- Surtout s'il s'agit de ma fille. - Je t'ai écoutée.

Non, t'as pas écouté maman.

Elle était gynécologue, c'est pas rien.

J'ai pris l'avis du médecin qui t'a ausculté.

Je veux savoir ce qu'il pense. Repose-toi, ma chérie.

J'ai pas besoin de me reposer.

T'as pas respecté maman, c'était ultra gênant.

On va pas s'énerver, on va pas encore s'énerver.

C'est toi qui t'énerves.

Selma.

Qu'est-ce que tu fais là ?

Tu dors ici ?

Laisse-moi tranquille. Va te coucher. Donne la télécommande.

Allez, bonne nuit.

Selma, va te coucher.

On dit que les filles voudraient épouser un homme comme leur père.

Pas moi.

J'ai trouvé mon terrain en Kabylie.

Quel terrain ?

Celui que je voulais acheter.

Tata nous en a trouvé un bien situé.

Comment ça, "nous" ? J'ai rien à voir là-dedans.

Si. Je veux te le transmettre.

Maman, je veux pas de ce terrain. Tu veux que j'en fasse quoi ?

On va monter en Kabylie et t'iras voir ton terrain.

On va monter en Kabylie ?

Oui.

Papa disait que c'était trop dangereux.

C'est dangereux que tu n'y ailles pas.

Ouvrez le coffre.

D'accord.

- Où allez-vous ? - Beni Yenni. Pour voir la famille.

Faites vite, on signale des terroristes à Mekla.

Merci, mon frère.

C'est ici ?

Oui, c'est ici.

Ne t'éloigne pas.

Laisse-la.

Sale race !

Dégueulasse !

Ouais, c'est dégueulasse, yaya.

D'où il sort ? On a jamais eu de cafards ici.

Ils sont arrivés avec les terroristes.

Raison de plus pour partir d'ici.

Non, je reste.

Comment ça, partir d'ici ?

Pour qu'elle soit bien suivie. Il y a plus de médecin.

Non, je reste. Je n'irai pas à Alger.

Plus personne veut monter au village t'aider.

Non, je reste ici. Vous prendrez soin de moi ici.

Je n'irai pas à Alger.

Je reste ici.

La maison tombe en ruine, tu peux plus l'entretenir.

Non, je reste ici. Vous prendrez soin de moi ici.

- Vous viendrez me rendre visite. - Écoute-moi.

Ta mère a une idée derrière la tête.

Quelle idée ?

J'ai envie de reprendre mon travail.

C'est vrai ?

Je vais ouvrir mon cabinet à Alger.

- Quoi ? - Je vais ouvrir mon cabinet à Alger.

J'ai beaucoup réfléchi ces derniers temps.

C'est la meilleure chose à faire.

- Non. - Si.

Tu dois rester t'occuper de ta fille et de ton mari, là-bas.

Maman t'a dit qu'elle voulait travailler à Alger ?

Papa ?

Tu peux pas la laisser faire ça.

S'il te plaît, dis quelque chose.

Papa ?

On va pas vivre sans maman.

Je peux pas l'empêcher.

Je peux pas.

Vous êtes ridicules.

T'es incapable de respecter maman et elle fout tout en l'air comme ça.

- On va pas passer par là. - Bien sûr que si.

Viens.

On rentre chez nous.

Je rentre chez moi.

Pardon ?

Ça pète tous les jours. Tu vas pas venir risquer ta vie ici !

Si, je vais risquer ma vie ici, figure-toi.

On a besoin de femmes pour s'occuper des femmes.

Je sais ce que je fais.

Je suis protégée.

Personne est protégé.

J'ai besoin de toi, maman.

Je sais.

Mais plus comme avant. Tu es forte.

Ne dépends de personne.

Un homme est mort en Algérie, il était musulman, modéré, intellectuel,

professeur d'université et président d'une association.

Cet homme s'appelait Stambouli Rabate.

Comme d'autres, il s'était insurgé des menaces du groupe islamiste armé

qui a lancé un mot d'ordre de boycott des écoles à la rentrée.

Réaction dans ce journal d'un autre intellectuel algérien,

l'écrivain Rachid Mimouni joint au téléphone par Michel Barthélemy.

C'est la stratégie des groupes terroristes qui continue.

Ils veulent éliminer, c'est leur projet,

toute la race intellectuelle, si je peux m'exprimer ainsi.

L'Algérie vit une situation absolument unique dans le monde.

Il est interdit aux enfants de rejoindre les écoles sous peine de mort.

Comment veux-tu que ça aille ?

À chaque fois, aux informations, je crois que je vais entendre...

C'est ce qu'ils veulent, Selma. T'inquiète pas, je fais attention.

Je voulais t'appeler pour te souhaiter bon courage pour demain.

J'ai pas besoin de courage.

Pourtant, il va nous en falloir du courage.

Pour vivre loin de l'autre.

Tu me manques, maman.

Toi aussi, tu me manques.

Tu me manques à chaque instant.

C'est la seule façon pour que tu vives aussi ta vie.

Tu comprends ?

Ça, ça va là.

Ça, ça va là.

J'en suis venu à bout.

Je vais sortir ce soir.

Pour quoi faire ? Où tu vas ?

Comme ça.

Juste comme ça.

T'as un stage à la BNP qui commence demain. C'est important.

Je sais.

Tu vas commencer à sortir à tout bout de champ ?

Tu préfères que je te mente ?

Quand ? Combien de fois par semaine ?

Je sais pas. Je sais pas.

Il faut pas que tu t'inquiètes.

Comment tu veux que je m'inquiète pas ?

À un jour près, tu m'aurais manqué.

- Tu déménages ? - Oui.

J'ai eu mon CSNE.

Je pars demain pour Singapour.

- Combien de temps ? - Seize mois.

Ça allait ?

T'es sûre ?

Oui.

- Je te connais. Il se passe quoi ? - Rien, tout va bien.

Tu pourrais venir me voir à Singapour, non ?

Pour quoi faire ?

Pour qu'on se voie.

T'es complètement accro.

Toi, reviens.

Je pense pas que je vais pouvoir.

Moi non plus, je pense pas que je vais pouvoir.

Je dis pas ça contre toi.

Moi non plus.

Je vais pas te suivre là-bas.

Tu vas pas ne pas me manquer.

Qu'est-ce que tu fais ?

Tiens.

T'es sûre ?

La langue était douce qui fouillait son intimité.

Fortes étaient les mains qui étreignaient ses hanches

et la poussaient à onduler contre les lèvres charnues de Mondrino.

Afin que dans cette étreinte humide,

ce fut elle,

Shéhérazade,

qui imposa son propre rythme.

Sous-titrage TITRAFILM

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