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Original subtitles

Étienne, le tram arrive.

Lève-toi.

Étienne.

Allez, viens.

Étienne.

Étienne, si jamais on rate ce.

Donne-moi la paix ! Étienne, tu viens avec moi.

Jure que si on rate, ce film.

Étienne, tu te lèves ! Lance-moi ! Lila, monte ! Maman !

Maintenant, tu m'écoutes.

Je monte dans cette trame.

Merde.

Aïe ! Tu viens avec moi, t'es insupportable.

Grouille-toi.

T'as rien dans les poches, Étienne ?

Pas de ceinture ?

Non.

Un instant.

Allez-y.

OK.

Tu peux vérifier, madame ?

Oui, déposez-le.

Tu n'as rien dans tes poches ?

Tu peux t'avancer ?

Attends un peu.

Clé, téléphone, tout ce qui est là.

Non, non, tout est là.

Ouais, c'est bon, tu peux avancer.

Ah oui, je vais juste vérifier que j'ai ma carte d'identité.

Vous pouvez mettre votre veste également.

Oui, c'est votre frère.

Ouais, vous pouvez rester en retraite s'il vous plaît.

Tu veux, tu peux venir ici du coup ?

Oui, t'arrêtes de me toucher, toi.

Arrête de me toucher, je t'ai dit, maman, arrête, stop, stop.

Non ! Vous touchez pas mon fils ! On ne le touche pas.

On ne le touche pas.

Il a sonné, on va juste contrôler madame.

Calmez-vous.

Tu peux me sortir ce que tu as dans ta poche s'il te plaît ?

Votre fils a un couteau dans sa poche madame.

Au fait d'où tu sors ça Etienne ?

Etienne ?

Regarde-moi, tu veux qu'on nous enferme c'est ça ?

Non on va enfermer personne, personne va nous enfermer, c'est bon on a juste peur.

C'est bon madame, je le mets de côté.

C'est ça connard.

Faut dire à votre fille de parler correctement.

Eh bien, dossier judiciaire ici.

C'est madame la juge qui peut prendre des mesures concernant les enfants.

Elle peut me les enlever ?

Elle ne fera pas ça.

Mais maintenant, c'est elle qui peut décider.

En fonction de l'intérêt des enfants, son but c'est de les protéger.

Elle est au courant pour la procédure pénale ou pas ?

Elle est au courant de la plainte, parce que ça se trouve dans le rapport du SHI.

Elle n'a pas les pièces du dossier.

Et vous savez, différentes instances ne se parlent pas.

Oui, ça on a compris.

Surtout, ce qui est important, madame, c'est vraiment, essayez de pas montrer que vous hésitez.

Soyez bien convaincue, convaincante de tout ce que vous dites.

Puis si jamais vous savez plus où vous en êtes, je prendrai le relais, je compléterai.

Ça va aller, ça va bien se passer.

Vous restez bien calme, pensez à ce que vous allez dire.

Tu crois que papa il va s'asseoir ici ?

Non, mon coeur, il va pas s'asseoir ici.

On a demandé pour qu'il soit assis ailleurs.

Ok ?

C'est ce que j'ai demandé, en tout cas.

Je comprends pas pourquoi on leur impose tout ça.

Pour ça, je me demande ce qu'il fait, l'avocat des enfants.

On s'en fout, de toute manière, c'est pas lui qui va nous sauver.

Maman ! Vous restez avec elle ?

Étienne ?

Etienne, il faut qu'on y aille.

Tu m'avais dit qu'on ne le verrait pas mais on l'a quand même vu.

Je sais.

T'es une menteuse.

Je suis pas responsable de ça.

Allez, mon cœur, on va rater.

Etienne, on va rater notre tour.

Tu t'en fiches.

On va rater notre tour.

Tu m'as obligée à écrire une lettre, ça a servi à rien.

Je ne t'ai pas obligée à écrire la lettre, Etienne.

La juge a dit que vous pouviez écrire une lettre si vous ne vouliez pas le voir.

C'est ce que vous avez fait.

Je voulais voir Étienne, s'il te plaît.

Prends tes affaires, on s'en va.

Comment ça, on s'en va ?

Madame Piron.

Alice.

Vous faites quoi là ?

Ça fait trois ans que ça dure.

Dix fois qu'ils se sont entendus.

On leur dit qu'ils le croiseront pas, il est là.

Mais c'est pas une raison pour partir.

Vous partez pas là.

Si vous partez maintenant, ça va se retourner contre vous.

Puis lui est là.

Il aura tout gagné.

Mais ils veulent pas parler de toute façon.

Si, c'est moi.

T'es d'accord de parler ?

Il t'a parlé ?

Non, je l'ai ignoré.

Et l'autre là avec sa tête de chiale, ils sont juste chauds.

T'as peur.

Vous avez bien dormi ?

Bah non.

Faut pas s'inquiéter, ça va aller.

Je suis à l'habitude.

Les enfants Gossens ?

Vous êtes prêts ?

On y va ?

Vous me permettez une petite minute, je vais m'entretenir avec Maître Roland.

Maître Roland ?

Vous m'aviez dit, vous vouliez rajouter une pièce au dossier ?

Ouais, c'est le bulletin des absences, Étienne.

Mon client me l'a transmis hier.

OK, je peux voir ?

OK, bon bah tout est déjà justifié, donc la juge appréciera.

C'est rien, c'est un petit bulletin d'absence.

Ils sont où ?

On les a installés dans une autre salle.

Vous inquiétez pas, c'est la procédure.

Comment ça, c'est la procédure ?

On n'a rien dit.

C'est la juge qui a décidé.

Mais ils sont où ?

Ils sont dans une autre salle.

Madame Piron.

Excusez-moi, où sont mes enfants ?

Est-ce que je peux avoir votre nom ?

Oui, c'est Alice Piron, c'est Étienne.

Et Lila aussi.

Je suis désolée, mais la séance est déjà passée.

Lila ! Étienne ! Je veux voir mes enfants.

Je veux voir mes enfants.

Je veux voir mes enfants.

Lila ! Étienne ! Mais qu'est-ce qui se passe ici ?

Madame, vous êtes dans un tribunal ?

Oui, Madame, personne peut me dire où sont mes enfants.

Vos enfants sont installés un peu plus loin dans une autre salle d'attente.

C'est moi qui ai demandé qu'ils y soient installés.

D'accord ?

Soyons calmes.

S'il vous plaît.

Ok.

Venez.

Il ne s'est rien passé.

On va paniquer comme ça.

Asseyez-vous.

Je vais commencer par un résumé succinct de ce qu'ont dit les enfants.

Ensuite, j'écouterai la requête de l'avocat de Monsieur, Maître Roland, puis les arguments de l'avocat de Madame, Maître Alaoui, avant que la parole ne soit donnée à Maître Comuzzo.

Qui représentent les intérêts des enfants.

Madame Perron, Monsieur Rossens, je vous demanderai de ne pas intervenir avant que la parole vous soit donnée dans une 2e partie d'entretien.

D'accord, vous aurez le temps de vous exprimer comme vous le souhaitez à ce moment-là.

Maître Roland, pourriez-vous m'expliquer pourquoi ce dossier est arrivé au tribunal de la jeunesse?

?

Je vois qu'il y avait déjà eu il y a plus que 4 ans.

Une décision au tribunal de la famille en ce qui concerne les modalités d'hébergement.

Et je vois que Monsieur a dupuis porté plainte à la police pour non-respect de ces droits d'hébergement.

Pouvez-vous m'expliquer?

?

Selon moi, le rapport du SAJ est incompréhensible.

Je vous remercie, Madame la juge.

Voilà, alors pour vous expliquer la raison de notre présence ici, c'est que nous pensons que les enfants sont en danger.

Monsieur a constaté que les enfants vont pas bien, qu'ils sont isolés, qu'ils vont plus à l'école ces derniers temps.

Et alors, ?

vous pardonnerez ma familiarité, mais Madame Biron a décidé d'en rajouter une couche en portant des accusations qui sont très graves à l'encontre de Monsieur Kossens.

Alors évidemment, il les conteste formellement, mais c'est pas l'objet de dont on discute aujourd'hui devant vous.

Mais le résultat, c'est quoi?

?

C'est qu'en fait, et vous savez mieux que moi que la procédure pénale bloque totalement toutes les possibilités qui existent devant les juridictions familiales.

Et donc finalement, la seule possibilité qui reste, comme je le disais, c'est de venir devant vous.

Pour demander en fait de réinstaurer Monsieur Goossens dans ses droits et de pouvoir rétablir cette relation avec les enfants.

Je me permets aussi déjà d'attirer votre attention sur le fait que je pense que nous avons tous constaté que Madame Piron pouvait être sujette à des débordements encore tout à l'heure dans votre salle d'attente.

Et je dois vous dire que j'ai été vraiment très choquée par le fait que les enfants ne peuvent même pas dire bonjour à leur père.

On a atteint un point de non-retour auquel vous devez absolument mettre un terme parce que là le lien est empêché et c'est plus possible pour Monsieur Goossens.

Donc c'est pour ça que on fait appel à vous, Madame le juge.

OK, maître Rolland, merci pour ces précisions.

Bon, j'ai donc écouté les enfants, Lila et Étienne, et ils m'ont exprimé très clairement leur volonté de ne plus voir leur père.

J'ai d'ailleurs aussi reçu leur lettre et Lila confirme ne plus voir son père depuis janvier 2022 et n'avoir aucune envie ou besoin de renouer contact avec lui.

Elle situe la rupture du lien avec son père autour de ses 13 ans et elle dit qu'elle a toujours eu l'impression de servir, de faire valoir vis-à-vis de la nouvelle compagne.

Elle m'a même dit que pour elle, aujourd'hui, c'est comme s'il était mort.

Étienne exprime aussi clairement son souhait de ne plus voir son père.

Il dit qu'il ne lui manque pas et qu'il souhaite oublier certaines images qu'il dit avoir dans sa tête.

Alors, je vous le dis tout de suite, le problème que moi je rencontre, c'est que lorsque je demande à Étienne s'il peut décrire ces images, il reste très évasif.

De toute façon, concernant les déclarations antérieures de votre fils, je ne vais pas pouvoir statuer.

Cela fait déjà l'objet d'une procédure au pénal.

Moi, mon rôle aujourd'hui en tant que juge de la jeunesse, c'est de définir si un accompagnement des enfants d'ordre social, éducatif ou psychologique est nécessaire ou non.

Dans cette optique, Maître Rolland, je vous laisse la parole.

Quelles seraient vos préconisations?

?

Alors, vous l'avez, vous l'avez évoqué, Madame la juge, ça fait 2 ans, plus de 2 ans que les enfants ne voient plus leur père.

On est dans une situation qui est nourrie par Madame Piron elle-même.

Qui, en fait, alimente chez les enfants cette volonté de rompre complètement la relation et de ne plus avoir le moindre contact avec leur papa.

Vous avez vu comment mon client a accusé le coup de ce que vous avez évoqué par rapport à l'entretien avec les enfants?

?

Mais pour un père, entendre que sa fille le considère comme mort, je pense que c'est extrêmement choquant, extrêmement violent, et ça manifeste la gravité de la situation dans laquelle on se trouve aujourd'hui.

Monsieur Cossens vit vraiment ça comme quelque chose de très violent, de ne plus avoir le moindre droit, d'être privé complètement du moindre droit dans la vie de ses enfants.

Et au-delà de ça, il est même très inquiet.

C'est aussi pour ça qu'on est là devant vous, c'est que il essaie de communiquer avec sa fille.

Rien n'y fait, c'est à dire qu'il n'y a aucune réponse, y a une coupure complète.

La communication a été rompue du jour au lendemain sans qu'on sache pourquoi.

Monsieur Goscens, jusque là, avait eu des relations tout à fait bonnes avec ses enfants, avec Étienne, même depuis la décision du tribunal de la famille.

Et puis du jour au lendemain, plus rien.

Il est au courant qu'Étienne va des psychologues et des médecins, mais il est au courant comment?

?

Parce qu'en fait, il reçoit des courriers de la mutuelle à la maison, c'est à dire qu'il est jamais mis au courant de rien, il est jamais consulté.

C'est par l'école qu'il a appris qu'il y avait toute une série d'absences injustifiées d'Étienne.

Et d'ailleurs, à ce propos, Madame la juge.

Je voulais vous déposer une pièce qui est en fait le bulletin des absences injustifiées d'Étienne à l'école.

Je l'ai portée à connaissance de ma consœur avant l'audience, avant votre entretien.

Merci, poursuivez.

Bon, voilà, mais ça me paraît quand même important que vous puissiez tenir compte de cet élément là.

Donc là, c'est uniquement par l'école qu'il est informé de ça.

c'est pas du tout par la maire.

Il est aussi très inquiet pour Lila parce que Lila a toujours eu des excellents résultats et là il comprend pas pourquoi ces résultats baissent d'un coup.

Donc la question qu'on se pose, et qui me semble-t-il, devra aussi vous interpeller dans le cadre de votre réflexion, c'est que il y a manifestement une volonté de Madame de maintenir en fait les enfants en vase clos, c'est à dire de les couper de tout le reste, de les couper du monde qui les entoure.

Vous avez un autre élément qui pose véritablement question, c'est l'incontinence d'Étienne.

C'est à dire que jusqu'à maintenant, Étienne ne s'était jamais plaint de la moindre douleur physique ni du moindre problème de cet ordre là.

Et puis là, à nouveau, de un peu du jour au lendemain, on le traite pour un problème d'incontinence.

On en vient presque à se demander si en fait Madame ne prend pas goût à changer les couches de son fils de 10 ans.

Enfin voilà, c'est une question que je m'excuse, mais je peux comme.

Quand même demander un peu plus de respect, il y a une.

Je vais continuer, merci.

Donc en tout cas, ce qu'on constate, c'est que voilà, il y a ce maintien en vase clos.

Il y a ce maintien aussi à l'écart de la belle famille, c'est à dire que la famille de Monsieur Goossens n'a aucune place dans la vie des enfants, à l'inverse de la famille de Madame qui est tout à fait omniprésente.

Donc on est dans un déséquilibre très important.

Alors que Monsieur Goossens a toujours été un bon père, il a, il a des bonnes pratiques, il est attaché à donner une bonne éducation à ses enfants.

Vous n'êtes pas sans savoir qu'il est responsable d'un d'un centre ADEPS, donc vous avez quelqu'un qui est plus que compétent dans le domaine de l'éducation et qui sait très bien ce qui est bien pour ses enfants.

Si je continue sur la question des professions des uns et des autres, je voudrais que vous réfléchissiez aussi un petit peu au milieu professionnel dans lequel Madame Piron évolue parce que c'est une femme qui travaille dans un centre de planning familial.

C'est quelqu'un qui est assez coutumière à des situations d'abus sexuels.

Elle a toujours discuté de ces sujets là au téléphone, dans le cadre de réunions privées, vraisemblablement en présence des enfants, et donc légitimement.

Il s'interroge aussi sur la question de savoir si Madame n'en viendrait pas à développer une forme de fascination, voire d'obsession pour ce genre de situation qui nourrirait.

Maître Roland, je dois dire que ça m'interpelle quelque peu.

Qu'une femme investie dans son travail vis-à-vis des violences sexuelles puisse en être fascinée.

Pensez-vous que je sois moi-même fascinée par les faits de violence que j'entends ici à longueur de journée ?

Non, Madame la juge, c'est pas ça que je veux dire.

Simplement, je pense que il y a ce contexte qui peut-être nourrit les accusations que même Piron porte à l'égard de Monsieur.

Soit c'est quelqu'un aussi qui voit un psychiatre.

Elle est aussi atteinte d'une pathologie rénale qui a pour conséquence qu'elle a très régulièrement des séjours à l'hôpital.

Et donc, fatalement, elle n'est pas là pour s'occuper de ses enfants quand elle doit aller à l'hôpital.

Elle a une période qui est difficile d'un point de vue de sa santé et on le respecte tout à fait.

Mais dans ces moments justement, il ne faut pas que les enfants soient livrés à eux-mêmes.

Et il faudrait que les enfants puissent être pris en charge.

Et précisément, c'est là que Monsieur Goosens pourrait avoir une place plus importante, simplement pour ouvrir, offrir aux enfants de la sécurité, un accompagnement.

Quand Madame traverse des périodes d'indisponibilité, les enfants pourraient être tout à fait en sécurité chez leur papa.

Dans cette maison, c'est sûr, ils seront bien en sécurité chez un père violeur, c'est sûr.

Madame Piron, vous êtes dans un tribunal.

Continue, ouais, je voudrais dire encore quelques mots, Madame la juge, sur cette fameuse procédure pénale dont tout le monde fait grand cas.

Ça me paraît très important d'insister sur le fait que jusqu'à maintenant, Madame Piron est la seule à avoir évoqué ces faits d'inceste.

Il me paraît fondamental de revenir à l'un des principes cardinaux de la procédure pénale, Monsieur Goossens est présumé innocent, d'accord, et pour l'instant, il y a aucun fait qui est établi à sa charge.

Et donc je vous demanderai, Madame la juge.

De ne pas vous laisser polluer l'esprit par cette procédure.

Vous n'êtes pas juge correctionnel, vous êtes juge de la jeunesse.

Ouais, d'accord, mais je connais bien mon rôle, maître, je vous remercie.

Je me permets quand même d'insister là-dessus parce que ça me semble tout à fait important.

Très bien.

Pouvez Vous donc maintenant formuler votre demande, s'il vous plaît?

?

Ouais, je viens donc à ce que nous demandons aujourd'hui au nom de Monsieur Goossens, alors en ce qui concerne Étienne.

Vu le point de non-retour auquel on est arrivé et vu la gravité de la situation telle qu'elle est aujourd'hui, il nous semblerait adéquat en fait que vous ordonniez son placement dans un milieu neutre au sein d'une institution où il pourrait être pris en charge par du personnel psychosocial qui va pouvoir en fait le suivre et qui va pouvoir suivre son évolution et formuler des propositions pour petit à petit, progressivement, rétablir le lien avec son papa.

Ça c'est ce qu'on préconise en ce qui concerne Étienne.

En ce qui concerne Leila, vu son âge, il me paraît un petit peu compliqué de lui imposer quoi que ce soit.

Monsieur Gossens nourrit vraiment cet espoir que Leila prenne un petit peu de distance par rapport à ce que sa mère lui raconte.

Et peut être que la décision, je l'espère, que vous rendrez aujourd'hui permettra à cette jeune fille de se rendre compte que son père est un partenaire et pas un adversaire.

En ce qui concerne Madame Piron, voilà, je vous ai formulé mes inquiétudes par rapport à son état de santé, que ce soit son état de santé physique ou psychique, pour que vous puissiez vous prononcer de manière tout à fait claire et en ayant connaissance de tous les éléments, vous devriez ordonner une expertise psychiatrique de Madame, parce que sans ça, je vois pas très bien comment on pourrait avancer et sur quelle base légale voulez vous que je demande ça?

?

Je laisserai ça à votre appréciation.

Merci, maître.

D'accord, je passe donc maintenant la parole à Maître Allaoui, l'avocate de madame.

Je vous remercie, madame la juge.

Petite remarque préliminaire, c'est que j'ai une incompréhension et ma cliente aussi par rapport à cette nouvelle procédure, alors qu'on a déjà eu une procédure au tribunal de la famille il y a quelques années.

C'est vrai, il y a eu un jugement qui a acté un accord qui n'est pas respecté dans les faits et depuis bien longtemps, il y a des bonnes raisons pour cela.

Deuxième chose, c'est qu'on est en pleine procédure pénale aussi.

Puisque vous le savez, des faits d'abus sexuels commis par Monsieur Goossens à l'égard de son fils Étienne ont été dénoncés il y a un peu plus de 2 ans de cela.

C'est ce qui évidemment a causé la rupture des contacts et l'instruction est toujours en cours.

Alors Monsieur a été entendu par rapport à ça, donc il sait évidemment qu'il y a une instruction en cours et on fait comme si tout cela n'existait pas.

Soudainement, après 2 ans, alors qu'il ne s'est absolument pas soucié du bien-être de ses enfants, de leur situation.

Ben, il se réveille directement et il a fait des démarches auprès du SHI.

Monsieur, je peux vous dire qu'il y a bien une enquête.

Voilà.

Donc je le disais, il y a une instruction en cours et nous attendrons prochainement un renvoi correctionnel.

Et d'ailleurs, Ben les versions d'Étienne dans son audition vidéo filmée, les procès-verbaux se trouvent dans votre dossier.

Donc je pense que.

Il est un peu énorme maintenant de feindre de l'ignorer puisque Monsieur a aussi été entendu dans le cadre de cette enquête, me semble-t-il.

Alors, cette procédure, je voudrais qu'on se rende compte aussi de ce qu'elle a de violent pour ma cliente et pour les enfants.

Ouais, maître, ce sont les procédures.

Je sais bien que c'est la procédure et je sais bien sûr.

Ça, c'est la justice, maître.

Oui, je sais, le dossier a été judiciarisé.

Néanmoins, il faut comprendre ce que ça induit comme violence auprès des enfants et de la victimisation secondaire, à partir du moment où on leur demande encore une fois de plus de venir, d'être confrontés physiquement, même de loin, à leur père et de devoir à nouveau s'expliquer sur les faits et sur leur traumatisme.

C'est extrêmement difficile pour eux et pour ma cliente.

Alors je rassure tout le monde, elle n'est pas gravement malade.

C'est vrai que de temps en temps, elle doit prendre soin d'elle et elle a un petit souci médical sur lequel je vais pas m'étendre.

Je m'excuse, il y a quand même encore le secret médical et j'ai pas à vous apporter des rapports.

On est bien d'accord ?

Et donc non, les enfants ne sont pas livrés à eux-mêmes, évidemment, et heureusement, ils ont aussi des relations avec les membres de la famille de ma cliente et notamment ses parents.

Grâce à ça, Ben ils peuvent aussi s'épanouir.

Je vais revenir brièvement à la genèse de cette affaire, à l'histoire familiale.

Ma cliente a vécu un amour avec Monsieur Goossens, vraiment en dents de scie.

Quand elle est tombée enceinte, monsieur semblait ravi de devenir bientôt père.

Mais en réalité, ma ma cliente a vécu sa grossesse toute seule, allant de rendez-vous en rendez-vous, en transport en commun, sans jamais avoir de soutien.

Quand les enfants sont nés, ça a été la même chose.

C'est elle qui a toujours dû prendre le relais alors que le père était démissionnaire.

Il y a eu la rupture des parties et puis la procédure au tribunal de la famille et un hébergement secondaire s'est mis en place.

Pour que les enfants aillent de temps en temps passer un weekend chez leur père.

Au départ, tout semblait aller bien.

Très rapidement, cependant, la situation s'est dégradée.

Néanmoins, ma cliente essayait voilà de d'apaiser la situation et de permettre aux enfants d'aller chez leur père.

Elle insistait même pour qu'il aille chez leur père, bien sûr, jusque à la révélation des faits commis à l'égard d'Étienne.

Là, ça n'a plus été possible, vous imaginez bien.

Je voudrais insister sur le fait que on demande aux enfants de s'exprimer, mais nous, en tant qu'adulte, quand ils le font, c'est vraiment important qu'on les écoute et qu'on les respecte.

Et c'est ce que ma cliente a fait.

Et donc, elle s'est rapidement rendu compte que le cauchemar révélé par son fils Étienne était en fait la réalité et que ça correspondait à tous les signes dont elle pouvait avoir connaissance à ce moment-là.

C'est à dire que Étienne était suivi à ce moment-là par un psychologue.

La psychologue a également dit qu'elle soupçonnait ces abus depuis quelques séances.

Et puis est venu aussi l'encoprésie l'encoprésie.

C'est donc un problème intestinal qui se révèle par une émission involontaire de selles.

Je crois que vous rendez bien compte de ce que ça peut représenter pour un petit garçon comme Étienne, d'abord par rapport à l'image qu'il peut avoir de lui-même.

Par rapport à ses relations sociales et par rapport aux difficultés que cela engendre évidemment au quotidien, j'entends que Monsieur Goossens, manifestement, est toujours dans le déni de ce qui s'est passé.

C'est son droit le plus strict, évidemment.

Mais je voudrais quand même qu'on précise que non, ma cliente n'est pas celle qui a dénoncé les faits.

C'est Étienne, c'est les enfants qui se sont plaints.

Et Étienne n'a pas varié dans ses déclarations depuis plus de 2 ans.

Il explique qu'il se voit comme au-dessus.

Séparé de son corps et il se voit écrasé par le corps de son père.

Un phénomène de décorporation qui est assez caractéristique des situations de trauma.

Alors, je vous demande pas de juger au pénal, on est bien d'accord, mais je vous demande de prendre en compte tous les éléments de ce dossier parce que le bien-être des enfants et leur sécurité en dépend évidemment et on ne peut pas se permettre de prendre le moindre risque.

J'ai entendu des jusqu'à maintenant tout allait bien, jusqu'à maintenant il y avait pas d'incontinence d'Étienne.

Mais le jusqu'à maintenant, Monsieur Gaussens, il s'est arrêté il y a 2 ans, je vous le rappelle, il y a une rupture de contact total depuis plus de 2 ans.

Il ne sait rien de la situation de ses enfants actuellement.

Alors il vient avec toute une série d'affirmations, d'hypothèses complètement autocentrées et à côté de la plaque, en inventant que ce serait ma cliente qui induirait ce.

De réaction chez les enfants.

Mais c'est hallucinant d'entendre ça.

Est Ce que quelqu'un de sensé peut vraiment croire qu'on feint, qu'on simule de l'incontinence?

?

Je crois qu'il faut redescendre sur terre.

J'en viens à ma demande.

Il y a une seule mesure qui me semble utile pour les enfants, qui me semble propre à assurer leur sécurité, ne fût-ce que psychologique.

Je vous l'ai dit, il y a un état de rupture du lien avec le père.

Ils ne veulent pas voir Monsieur Goossens et je pense que acter cet état de fait et ordonner aujourd'hui une interdiction de contact avec Monsieur Goossens serait la seule chose qui serait de nature à les apaiser.

C'est ce que je vous demande aujourd'hui.

J'ai dit, je vous remercie.

Merci, Maître.

Bon, Maître Comuso, qu'est-ce que vous en pensez-vous ?

Je vous remercie, Madame la juge.

Écoutez, on a, on a entendu beaucoup de choses intéressantes de la part des conseils des parents.

On a vu qu'on est dans une situation d'émotion, énormément, on a pu le constater toute cette matinée durant.

Mais une bonne nouvelle, c'est que vous comme moi sommes mus par un seul intérêt, celui des enfants.

On n'a pas d'autres éléments à envisager et à ce titre, moi je les ai rencontrés longuement, j'ai discuté longuement avec les 2.

On a pu aborder de nombreux sujets et ils ont pu me faire part de nombre de leurs desiderata.

Et je ne suis pas certain que ce soit exactement ce qu'on ait entendu aujourd'hui.

Certes, une chose est sûre, les enfants n'ont pas envie de revoir leur père pour l'instant.

Ce qui se passe, c'est que vous avez d'abord Lila.

C'est une jeune adolescente de 17 ans qui est une jeune adolescente révoltée en réalité.

Révoltée contre le monde, contre la justice, contre la politique, contre les hommes, c'est un peu dans l'air du temps.

C'est une adolescente qui vit dans l'air du temps et qui mène ses combats, mais qui a une révolte intérieure, une brûlure intérieure sans doute très forte.

Puis à côté de ça, vous avez Étienne, ce jeune garçon qui lui fait peut-être plus preuve d'un est plutôt confronté à un conflit de loyauté envers ses parents.

C'est une difficulté.

Par rapport notamment à son père.

Mais là où où c'est important, et je me dois de le dire en représentant leurs intérêts, c'est que tout au long de nos discussions, je n'ai jamais mené la barque.

Je n'ai jamais donné d'appui pour les laisser parler justement, voir ce qu'ils avaient à me dire.

Et à ce titre, je n'ai jamais entendu.

Je n'ai pas d'épisode.

En fait, Madame la Juge, je n'ai pas cet épisode qui est relaté et qui et qui fait l'objet aujourd'hui d'une d'une instruction, visiblement.

Moi, je n'ai pas.

Etienne ne m'en parle pas de ces problématiques et donc c'est un peu délicat.

C'est un peu délicat à exprimer.

Madame, si vous me permettez de poursuivre mon propos, vous aurez sans doute la parole par la suite.

Oui, vous avez donc, comme je vous le disais, madame le juge, ces 2 enfants aux profils assez différents, mais qui sont reliés par une seule chose, et c'est certain, c'est un traumatisme, le traumatisme de la séparation des parents.

Et le problème, c'est que ces 2 jeunes sont pas encore pleinement conscients qu'ils ont besoin de leurs 2 parents pour se développer correctement.

Et là, je dois le dire, et parfois de manière familière, je j'ai le sentiment que les parents foutent tout en l'air actuellement.

Ça c'est fondamental, notamment parce que vous avez Monsieur le Père qui a été absent, qui n'a jamais voulu payer le moindre euro pour s'occuper de ses enfants.

Cet absentéisme est absolument exceptable.

Et Monsieur, d'ailleurs, je me permettrai, si vous me le permettez, de m'adresser à vous.

Si ma fille et Madame le juge nous l'a rappelé tout à l'heure, venait à me considérer comme mort, j'essaierais d'arranger les choses, j'essaierais de trouver des solutions.

Peut-être irais-je la chercher à l'école.

Monsieur reproche à Madame de ne pas lui présenter les enfants, de ne pas lui permettre de les voir, mais.

Monsieur AT il seulement cherché une fois à exercer ce droit?

?

Je n'en suis pas certain.

Monsieur s'est désintéressé de ses enfants pendant une très longue période et je m'interroge sur ce réveil finalement tardif.

Ce réveil est-il peut-être intéressé?

?

Je ne sais pas.

Je m'interroge sur les motivations réelles de Monsieur quant à cette volonté d'introduire désormais des procédures devant vous afin de reprendre contact avec ses enfants.

Je pense qu'il y a lieu d'analyser peut-être plus profondément.

Les raisons et les raisons de motivation.

Alors je vous disais tout à l'heure, c'est une responsabilité des 2 parents, c'est très clair.

Et Madame aussi dans certaines difficultés.

Madame, je pense, ne feriez-vous pas mieux de baisser un petit peu la garde ?

Ne pensez-vous pas que vous mettez un petit peu trop de pression sur vos enfants ?

Je vous ai observé tout à l'heure dans la salle d'attente et j'ai je me suis demandé si vos enfants n'avaient pas peut-être un peu peur de vous.

Je comprends toutes les difficultés auxquelles vous faites face, mais je pense que vous mettez trop de pression et cette pression rejaillit sur vos enfants.

Je pense que Madame, je vous le disais, fait face à de nombreuses difficultés, une pression grandissante, une situation difficile, subvenir évidemment aux besoins de 2 enfants seuls à notre époque.

C'est pas envisageable, madame le juge.

Il faut voir d'autres solutions et moi, je pense qu'on doit aller vers un espace rencontre où les enfants pourraient éventuellement.

Ne me touche pas, ne me touche pas.

Qu'est-ce qu'il y a ?

J'ai rien fait.

Il a touché ma cuisse.

Mais non, mais j'ai rien.

Mais Maître, pouvez-vous changer de place avec votre chéri ?

J'ai rien touché.

Non, mais non, c'était pas.

Changez de place, s'il vous plaît.

Maître Comuzzo, pouvez-vous terminer, s'il vous plaît ?

Je vous remercie, madame la juge.

Je vous parlais de ces espaces de rencontre avec le père.

Je pense qu'il est fondamental, réellement, qu'on n'acte pas la rupture de contact.

C'est la reprise de contact qui va permettre, je pense, aux enfants de pouvoir se développer.

Et donc c'est la raison pour laquelle je pense qu'il faut passer par des espaces, mais surtout parce que une aide éducative permettra à Madame de avoir à nouveau confiance dans le fait qu'elle puisse être une bonne mère.

J'ai dit, je vous remercie, Madame le juge.

Merci, maître.

Monsieur Hausens, qu'est-ce que vous voudriez dire concernant tout ce qu'on vient d'entendre?

?

Je comprends pas et je suis très inquiet pour les enfants.

Je comprends pas ce qu'on me reproche en fait.

Je veux dire, j'ai toujours tout fait pour être un bon père de famille et aujourd'hui, on me on m'accuse de faits que je n'ai pas commis.

J'ai pas l'impression qu'on parle de moi.

En fait, j'ai l'impression que il s'agit de quelqu'un d'autre.

Tu sais très bien que j'ai toujours eu une excellente relation avec mes enfants.

Monsieur Hosons, c'est à moi que vous ne vous adressez pas à madame.

Monsieur Komozzo a raison.

Je ferais mieux de mettre des choses en place pour renouer avec mes enfants quoi qu'il arrive.

Ce qu'il y a, c'est que je n'ose pas.

Avec tout ça, je me sens sali et je me sens insulté.

Je comprends pas pourquoi mes enfants ont peur de moi.

J'ai jamais eu aucun problème avec mes enfants.

Jamais.

D'accord, monsieur, mais expliquez-nous qu'est-ce qui s'est passé alors tout à coup ?

Pourquoi ils ne veulent plus vous voir ?

Parce que c'est bien ce qu'ils m'ont dit tout à l'heure.

Qu'on me l'explique, madame ?

Madame la juge.

Madame la juge.

Ah, désolé, excusez-moi Madame la juge, pardon, parce que je disais que je me pose la même question que vous, Madame la juge, qu'on me l'explique.

On a vécu très bien, sans le moindre souci pendant des années, puis on s'est séparé avec Madame, j'ai pris sur moi, j'ai fait tout pour que la séparation se passe bien.

Je continue à avoir mes enfants régulièrement, sans sans aucun problème.

de.

Excusez-moi de caca, enfin je précise pour mon fils, enfin d'encoprésie, je connaissais même pas la le terme.

Alice, elle travaille dans le médical, elle sait de quoi elle parle, de ce qu'elle avance.

Enfin bref, donc je vois mes enfants, je continue, il y a aucun problème.

Et puis un jour, paf.

D'un jour ou l'autre, tout d'un coup, j'ai plus de réponse.

J'envoie des SMS à ma fille, plus de réponse.

Je vais au cours de natation, mon fils il est plus.

J'apprends par le courrier que mes enfants voient des médecins.

Oui, parce que c'est quand même moi qui paye la mutuelle, l'école, le collège me me me contacte.

Je constate que mes enfants vont plus à l'école, même plus Lila, qui est pourtant une excellente élève et qui maintenant se trouve en dépression.

vous rendez compte?

?

En dépression.

Et ici aujourd'hui, j'apprends qu'une certaine enquête est en cours.

Qu'est-ce que c'est que cette enquête?

?

Personne m'a contacté, moi j'ai rien fait, personne ne m'explique ce qui se passe et je vois pas mes enfants depuis maintenant 2 ans, 2 ans.

Mon fils il a 10 ans, il est triste, il va pas à l'école.

Enfin, même pour Alice, je suis on est séparé, mais moi je m'inquiète toujours pour elle.

Je comprends pas ce qu'elle me reproche en fait.

Je veux dire, tout s'est toujours bien passé entre nous, il y a jamais eu aucun dérapage.

Je sais pas qui lui a mis tout ça dans la tête.

Je me demande, enfin, je pense que elle supporte tout simplement pas que j'aie refait ma vie, que j'y arrive contrairement à elle.

Parce que j'ai un nouveau bébé et tout se passe très bien.

Non, je m'inquiète pour sa santé mentale comme pour celle de mes enfants.

J'aime mes enfants, je leur ai jamais fait aucun mal.

Je n'ai rien fait, je n'ai rien fait et je veux pas payer pour quelque chose que je n'ai pas fait.

Je n'ai rien fait.

Je veux juste récupérer mes enfants.

Je veux que leurs biens, s'il vous plaît, madame la juge.

Monsieur Hawson, j'ai bien pris note de vos arguments.

Madame Perron, on vous écoute.

Depuis.

17 ans, donc l'âge de ma fille, je.

m'occupe tous les jours seule de mes enfants.

Quand nous sommes rencontrés, j'étais très jeune.

Je n'avais encore jamais eu de vraie relation.

Et très vite, je suis tombée amoureuse de lui.

Je Il est entré dans ma vie et ma famille, mes amis l'ont accueilli très vite.

Il était drôle, c'était c'était un beau garçon.

J'étais J'étais fière d'être avec lui.

Et voilà, je j'avais pas encore terminé mes études quand je suis tombée enceinte de Lila.

Au début, je me sentais soutenue.

Il était très présent.

Je me souviens qu'il était là à la première échographie.

Excusez-moi, Madame la juge.

N'est-on pas un peu hors propos ?

Si cela ne vous dérange pas de laisser Madame s'exprimer comme nous venons de le faire pour chacun.

Poursuivez.

En fait, oui, c'est ça.

Je pense que la situation s'est dégradée quand j'étais enceinte.

Je me souviens d'une fois où, quand il est rentré, enfin, c'est arrivé peut-être une ou deux fois, j'étais assise dans le canapé et puis, comme beaucoup de mamans, vous savez, je parlais à mon bébé dans mon ventre.

Et je me souviens que je disais à mon bébé : "Regarde, il y a papa qui est là." Et là, j'ai été surprise parce qu'il m'a répondu : "Tu t'en branles complètement du papa, tu ne penses même plus à moi, il n'y a que ton ventre qui existe."

Ben je me suis sentie très seule.

Il me disait souvent qu'il qu'il avait besoin de voir certains amis que je ne connaissais même pas, que je n'avais jamais rencontrés en fait.

En fait, je me rends compte quand je vous parle que je ne connaissais presque personne de son entourage, même sa famille.

En fait, je les ai vus très peu, je sais pas.

Peut-être une fois, je.

Et.

Je m'ai empêchée de tenter laisser à ma famille.

Monsieur Gourson.

Et je me souviens aussi de la fois où on est allé chez ses parents pour présenter Lila et que je m'étais sentie complètement dépossédée de ma fille.

Parce qu'il me disait tout le temps, enfin, tellement il tenait à ce que sa mère s'en occupe sans cesse.

Il me disait tout le temps "Regarde, mais elle fait bien, regarde, c'est mieux comme ci, c'est mieux comme ça." Il m'a semblé que même sa mère était gênée par ça parce qu'elle peut-être qu'elle le lui a dit.

Je m'en suis rendu compte parce que on s'est plus jamais revu après et j'ai trouvé ça étrange.

Bon, voilà.

et.

Après ça, il a mis des distances entre sa famille et moi.

Je ne sais pas pourquoi.

Et voilà, en fait, à partir de là, j'ai commencé à me sentir vraiment très seule.

J'ai le souvenir de passer des journées, des nuits entières à devoir tout gérer, la maison, les courses, le ménage, ma fille, les études que je devais reprendre.

Il était là lorsqu'il y avait du monde, mais quand il n'y avait que nous, il ne restait jamais.

Il s'en allait toujours.

Je ne savais pas toujours où il dormait.

Et parfois pendant plusieurs jours.

Alors j'avoue que je ne posais pas de questions.

Je ne cherchais même pas à savoir ce qu'il pouvait faire.

Aujourd'hui, je sais.

J'ai appris qu'il avait déjà en fait une autre relation à Liège, près de chez ses parents.

Et puis bon, quand on s'est séparés, on s'est mis d'accord sur le fait qu'il prendrait sa fille un week-end sur deux.

Et alors, j'ai eu l'impression que, comme on était officiellement séparés, que tout d'un coup, quand on se voyait, quand on se croisait pour les enfants,

Il cherchait à me séduire.

Je me souviens qu'il me complimentait.

J'avais l'impression qu'il cherchait à se rattraper ou à ce qu'on l'aime à nouveau, ma fille et moi.

Voilà, de fil en aiguille, on a repassé plus de temps ensemble.

Il était régulièrement à la maison.

Et là, c'est vrai qu'un peu comme au début, je l'ai trouvé gentil, attentionné et

Et on s'est remis ensemble.

Et puis je suis tombée enceinte de mon fils.

Et évidemment, par la suite, très vite, le même schéma s'est reproduit.

Est-ce que vous pouvez en revenir à vos enfants ?

Oui.

Donc, il était content d'avoir un fils.

Même si, franchement, j'ai l'impression qu'il s'en est rapidement désintéressé.

Je me souviens qu'il m'a dit qu'avoir deux enfants, c'était trop pour lui, que ce n'était pas son projet, que c'était moi qui avait voulu ça.

Voilà.

Après, lorsque les enfants grandissaient, j'ai commencé à constater que le lien entre eux et leur père s'est complexifié.

C'est devenu beaucoup plus conflictuel.

D'abord, entre Lila et lui, elle me disait souvent qu'il était très exigeant avec elle, qu'il lui demandait beaucoup de choses.

Je me rendais compte qu'elle elle craignait tellement de décevoir son père.

Qu'elle parce que, comme il l'a dit lui-même, il a toujours été une très bonne élève.

Elle avait d'excellents résultats, elle était première de classe, mais elle faisait des insomnies.

Elle enfin, c'était pas une enfant joyeuse.

Et voilà, petit à petit, au début de son adolescence, elle.

Elle avait de moins en moins envie de le voir.

Elle disait qu'il la critiquait sans arrêt et qu'elle ne se sentait plus vraiment aimée par lui.

Voilà, je me souviens qu'elle inventait des excuses pour ne pas y aller.

Voilà, cette période-là a coïncidé justement avec le moment où Étienne a commencé à avoir ses problèmes.

Alors, je l'ai d'abord emmené chez une psychologue.

Le papa en a été informé à ce moment-là.

D'ailleurs, il a lui-même il a accompagné son fils 2 fois aux entretiens.

Et puis, quand je l'ai informé, c'est ça que je voulais aller voir un gastro-entérologue avec Étienne et il s'y est complètement opposé.

Il a jamais voulu en entendre parler, il s'est opposé aux soins.

C'est faux.

Non, c'est vrai, c'est vrai.

Voilà, les problèmes d'Étienne ont commencé à l'empêcher de poursuivre une scolarité classique.

Il craint-il craint en permanence.

Il a toujours peur qu'il y ait des écoulements.

Il.

Il a peur d'être en public, que ça sente, qu'on le rejette, qu'on se moque de lui.

Et voilà, c'est compliqué, quoi.

Oui, c'est ça.

J'ai pris l'habitude, c'est vrai, j'ai pris l'habitude de lui mettre des.

Slip de rechange dans son cartable pour qu'il puisse les changer directement aux toilettes en lui disant qu'il peut jeter les sales tout de suite dans la poubelle pour éviter qu'il les à les garder dans son sac.

Voilà, bon, naturellement, voilà.

Du coup, tout ça a eu un certain impact sur le comportement de mon fils.

Il s'est renfermé de plus en plus et son introversion a fait que pas mal de gens dans notre entourage s'inquiètent pour lui et cherchent à savoir ce qui se passe.

Et puis, c'est en présence d'une proche que je ne citerai pas, que mon fils a décrit des détails singuliers et précis en ce qui concerne le sexe de son père.

J'ai posé quelques questions à Étienne et il m'a confié qu'il se voyait d'en haut, écrasé par lui.

J'ai été tellement horrifiée d'entendre ça.

Je.

Enfin, quel enfant dit ça ?

Je.

Il m'a dit qu'il ne voyait que ça, qu'il ne se souvenait de rien d'autre.

Et à partir du moment où il m'a dit ça, j'ai de toute façon pas voulu insister pour qu'il les suicide plus concrètement.

Je veux dire, il m'a dit qu'il s'en souvenait pas.

J'ai pas voulu insister justement pour ne pas qu'il invente ou imagine quoi que ce soit.

Je pense que je pense que ce qu'il dit est déjà suffisamment clair.

Ça associé aux problèmes physiques qu'il a, je pense que ça arrive pas par hasard.

Donc voilà, je il y a pas de témoin, non, parce que il pourrait pas y en avoir.

Et pouvez-vous nous expliquer ce que vous avez fait à la suite des révélations d'Étienne ?

Oui.

Donc.

Alors, au début, je crois que j'ai préféré ne pas y croire.

Enfin, ça a mis un peu de temps avant que je réfléchisse à tout, que je me repasse le film dans la tête, que certains événements, j'ai par exemple mieux compris.

Les fissures anales que mon fils avait une fois eues en rentrant de chez son père, c'est parce que ça maintenant, évidemment, ça paraît évident.

Je m'en veux de ne pas y avoir pensé plus tôt.

J'aurais dû, J'aurais dû comprendre.

Je crois que c'est impossible de penser que son enfant puisse subir ça.

C'était violent, c'était.

Trop violent, inimaginable pour moi.

Et c'est ça.

Je me souviens que oui, à l'époque, à ce moment-là et aujourd'hui encore, Étienne faisait beaucoup de crises de colère très violentes.

Il Et voilà, j'ai aussi Ben compris tout d'un coup pourquoi il.

Il frappait parfois dans les murs en hurlant "Pourquoi tu fais ça ?" Ben voilà, il souffrait, il souffre toujours beaucoup.

Voilà.

Et quand j'en ai parlé à la psychologue d'Étienne, elle m'a confié qu'elle aussi avait déjà eu des soupçons d'abus sexuels, qu'elle se posait des questions parce qu'Étienne insultait souvent son père pendant les entretiens et qu'elle avait aussi déjà observé quand il jouait avec des figurines de dinosaures.

qu'il leur.

Qu'il leur remplissait la bouche de plasticine comme pour les empêcher de crier.

Je me suis renseignée sur ce qu'il y avait lieu de faire.

J'ai d'abord contacté SOS Inceste.

Ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient pas commencer de prise en charge avant qu'il y ait une procédure judiciaire.

Ensuite, ils m'ont renvoyée vers le service d'aide à la jeunesse et là, on m'a incitée à porter plainte pour agression sexuelle.

C'est vrai que je ne savais pas ce qu'il fallait faire.

Et aujourd'hui encore, je ne sais toujours pas si j'ai bien fait tout ce qu'il fallait.

Mais voilà, ça me semblait être la seule manière de faire en sorte que mon fils n'ait pas à revivre ce qu'il me disait avoir vécu.

Vous avez fait tout ce qu'il y avait à faire, Madame.

Vous savez, l'encoprésident d'Étienne est tellement aigu, c'est tellement handicapant.

Ça l'empêche d'avoir la vie d'enfant qu'il devrait avoir.

Il craint en permanence d'être en public.

Madame a dit tout à l'heure que je.

Que j'aimais bien changer les couches.

Vous pensez que ça me fait plaisir à moi de changer les couches de mon fils de 10 ans 5 fois par jour?

?

Vous pensez ça que ça me fait plaisir?

?

Alors oui, depuis 2 ans, depuis que les procédures en justice ont commencé, je perds la tête.

quoi.

Je vous savez, je pensais que j'allais être.

Je pensais que j'allais être soutenue qu'en déclarant les faits, j'allais être encadrée, quoi, soutenue, protégée, accompagnée par la justice, par mes proches.

Mais en fait, je j'ai l'impression que la plupart des gens aimeraient faire penser que ce que mon fils ou moi, nous, mes enfants ou moi nous disons, est faux, que nous mentons plutôt que de croire en ce que en ce que nous avons vécu.

Quand j'entends que.

Qu'il faut maintenir le lien avec le père alors que enfin je sais pas, tout concorde à dire que mon fils a été violé.

J'ai Ben j'ai juste envie de hurler.

J'utilise ce terme.

Oui, oui, le père est un violeur.

Excusez-moi de poser cette question, mais qui voudrait maintenir un lien avec son violeur ?

Personne.

Alors pourquoi mes enfants on les oblige à le faire ?

Vous savez, la dernière fois que mon fils a cru voir son père dans la rue en m'accompagnant au supermarché, il s'est enfui, il s'est figé.

D'abord, il s'est tétanisé, il était sidéré et d'un coup, il s'est enfui en courant.

Il est monté dans le premier bus qu'il a vu et je l'ai retrouvé à l'autre bout de la ville.

Tout ça, alors que c'était même pas son père qui l'avait vu, juste un homme qui lui ressemble.

Moi-même, j'ai peur de le croiser.

Il nous a déjà menacés.

Il est déjà venu à mon travail en disant à mes collègues que je séquestrais mes enfants.

J'ai peur de lui aussi.

J'ai peur de lui, je parce que je ne je le connais pas, je sais pas ce qu'il pourrait faire, de quoi il est capable.

Je Il est là, à côté de moi maintenant, j'ai juste envie que ça cesse.

Et vous savez, c'est pas évident de se rendre compte qu'on a eu une relation intime avec quelqu'un qui est capable de ça.

Vous avez terminé, Madame Pierrot ?

Non, ce que je voudrais, c'est un peu d'apaisement.

Voilà, je voudrais un peu d'apaisement pour moi, pour mes enfants, pour mes enfants d'abord, pour moi aussi.

Et je voudrais aussi ne plus avoir à demander son accord à Monsieur en ce qui concerne les décisions à prendre pour les enfants, comme celles qui concernent les soins.

Il refuse toujours de donner son autorisation pour qu'Étienne puisse recevoir des soins appropriés.

Vous savez, excusez-moi pour les détails, mais vous savez, régulièrement, je retrouve des petits bouts de caca séchés partout autour du lit d'Étienne.

Selon les médecins, il fait ça pour se protéger.

Voilà, instinctivement, ça devient insupportable.

Non mais excusez-moi, mais Monsieur Goossens, vous voulez bien laisser parler ma cliente jusqu'au bout ?

Alors oui, c'est vrai, j'avoue, parfois je pète les plombs.

Quand Étienne refuse d'aller à l'école parce qu'il a peur ou parce qu'il a mal au ventre, que j'essaie tout de même de l'inciter à y aller parce que j'ai peur qu'on me considère comme une mauvaise mère.

Qui finit par se mettre dans une telle rage, qui finit par se mettre dans une telle rage que il me frappe, frappe les murs jusqu'à se faire mal.

Oui, c'est vrai.

Parfois, j'avoue, il m'est arrivé de craquer, d'utiliser la force.

Je l'ai parfois plaqué au sol, maintenu comme ça, jusqu'à ce qu'il se calme.

J'ai peur, j'ai peur qu'il se fasse du mal.

J'ai peur qu'il se jette par la fenêtre comme il m'a déjà menacé de le faire.

Oui, je l'ai enfermé, je l'ai attaché, je lui ai doublé ses doses de médicaments pour dormir.

Tout ça sous le regard de sa sœur qui m'en veut évidemment.

Maintenant, pour tout ça, j'en peux plus.

Moi, j'ai plus de vie et mon fils est éclaté, Madame, il est éclaté.

Et quand je dis éclaté, je ne le dis ni ni pour choquer ni par hasard.

Je le dis parce que le terme est celui-là, mon fils a mal, il souffre.

Alors voilà, qui veut-on réellement protéger?

?

J'ai terminé Madame la Juge, merci Madame Perron.

Bon, nous allons maintenant conclure l'entretien.

Je prendrai ma décision quant à d'éventuelles mesures le 3 juin prochain.

Les délibérés vous seront adressés par courrier.

Merci, vous pouvez y aller.

Au revoir.

Vous avez été très bien.

Après, il y a.

C'est maman.

Il en reste combien de mots ?

Quelques-uns, ça va aller vite.

Je vais savourer.

Savourer ?

Ouais.

Je sais pas.

Ah, peut-être là.

Non.

Attends, savourez, il est là.

Trop, il y a pas trop ?

Non.

Non, les mots sont là, il y a pas trop.

Ah ! Ah bah oui, bien joué.

Monsieur Gosens voudrait vous donner des cadeaux aux enfants.

pas le voir, on doit dire combien de fois ?

D'accord, je vais leur dire.

Merci.

Vous terminez pas le jeu ?

Non, c'est bon de plus aller.

On y va ?

Ok.

Bon.

C'est comme vous voulez.

Soit on passe devant lui, soit on attend ici qu'il s'en aille.

Monsieur Gossel.

Etienne ! Tu n'entres pas ! Non, mais tu leur fais peur ! Lâche-les ! S'il te plaît, n'entre pas.

Vous pouvez pas m'empêcher de leur donner un cadeau.

Vous leur faites du mal, là, vous voyez pas ?

Arrêtez.

Tu leur fais peur.

Vous êtes ridicule.

Laisse-moi passer.

Non.

un cadeau pour nous regarde je suis pas un monstre

C'est quoi, ça ?

C'est quoi, ça ?

Qu'est-ce que tu veux ?

Tu respires ?

Merde.

? Ça va, là ?

Tu respires ?

Tu respires encore ?

Oh.

Il a des faux cheveux, mais je me disais bien, je me disais bien, c'est pas possible, y a un truc avec ses cheveux, il a des faux cheveux quoi.

Regarde, le pire c'est qu'on peut voir le plastique, quoi.

C'est vraiment en mode plastique.

Il était comme ça à l'audience.

Je pense que déjà c'est à cause de la testostérone.

C'est quoi la testostérone ?

Tu vois, les vieux, ils ont plus de cheveux, du coup après ils ont plein de poils dans le dos, mais toi t'en as pas, t'es trop petit.

Si j'en ai, regarde, je suis pas trop petit.

Je me disais bien qu'il y avait un petit, tu me la faut voir, d'accord ?

Oui.

C'est pas possible.

Heureusement qu'elle est là pour veiller au grain à elle.

C'est le genre de truc, ça ne lui échappe pas, ça lui échappe jamais.

J'ai un enregistrement aussi.

Comme je vous l'ai expliqué tout à l'heure, on est devant Madame le juge.

Elle est là pour vous écouter, elle est là pour vous entendre, mais aussi pour vous poser des questions parce qu'elle doit comprendre ce qui se passe et la situation.

Est-ce que vous êtes d'accord ?

Tu es là ?

Je peux te demander quelques questions ?

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