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Original subtitles

-Avant de vous quitter, j'aimerais conclure par un ultime constat.

Tous les experts internationaux,

de tous pays,

de toutes disciplines

et de toutes époques confondues

sont unanimes. Quelqu'un tousse.

Jamais...

jamais...

jamais nous n'avons été aussi près de la fin du monde.

Alors, supposons, une hypothèse

heureusement improbable,

qu'on nous annonce une fin du monde pour, disons, dans deux ans.

Illico, je prends trois mesures.

Primo...

Je me remets immédiatement à fumer.

Secundo...

Je mène une vie beaucoup plus youpi youpi.

Tertio, je profite

de tout ce dont j'ai envie grâce à l'emprunt...

Que je rembourse sur trente ans.

-LÉA !

LÉA ! LÉA !

-Léa, à droite ! À droite, Léa !

-Là, là !

-Léa !

-Léa, ici. Encore une.

Ils scandent un slogan.

C'est pareil.

-Wow ! It's hell, down there !

-Allô, la police ?

Oui, écoutez, je suis un peu embêté, je sais pas comment vous dire ça.

J'arrive de Paris, je suis venu pour les commémorations du débarquement.

Et puis, dans le bois de Boulogne, j'ai pris en stop un gars...

mais bizarre.

Pendant tout le voyage, il m'a parlé que de mœurs,

d'affaires louches.

Il m'a même dit qu'il était recherché par la police.

Je sais pas, hein. Moi, je vous préviens.

Je l'ai déposé au pont de Bénouville. Notifications

Au pont-levis.

Il est toujours appuyé là.

Il est sur la rambarde.

-STÉPHANE !

- Stéphane ! - Là !

-J'aime bien prendre des auto-stoppeurs, pour discuter.

Ça change des conneries de la radio.

-Vous allez où comme ça ?

-Bah, là où vous me laisserez.

-Ça tombe bien, c'est là où je vais.

Je vais devoir m'arrêter, les moutons, ils ont soif.

- Je comprends, il fait chaud. - Pour tout le monde.

- Avec la laine... - Oui.

-Vous allez pas les tondre ?

-Bah... Ma belle-sœur vient

dans trois jours pour le faire.

- Votre belle-sœur ? - Oui, c'est une spécialiste, elle.

- Elle tond que les moutons ? - Bah, oh...

Son mari, aussi.

Par grosse chaleur, il faut rafraîchir les bêtes avant qu'elles boivent.

Ah, oui.

- Vous saviez pas, ça ? - Non, je savais pas.

- Voilà. - Elles sont contentes, là.

- Oui. - Ça leur fait du bien.

-Mon grand-père disait ça.

-Ah bon ?

Ça leur a fait du bien. Ça va mieux.

-Ouais.

- Ça veut dire quoi ? Elle a aimé l'eau ? - Oui.

Elle dit ce qu'elle pense.

- Vous comprenez ce qu'ils disent ? - Oui.

- Elle dit quoi ? - Drôle de tronche, le mec à casquette.

Elle le répète.

- On y va ? - Vous faites quoi dans la vie ?

-Ah, ça vous intéresse ?

-Bah, oui !

- Vraiment ? - Je vous ai pris pour ça.

-Je fais plus rien.

- Plus rien ? - Non, plus rien.

-C'est pas beaucoup.

Et avant ça, vous faisiez quoi ?

-Pourquoi vous voulez savoir ?

-Je m'intéresse.

- Ça vous intéresse ? - Oui.

La vie des gens, ça me fait rêver.

-Ah, ouais.

-On ne meurt jamais d'une overdose de rêve.

-Bon, bah...

je me lance.

-Allez-y.

-Je suis un curé défroqué.

-Pas possible.

-Eh si.

-Vous êtes mon premier.

-Écoutez, je suis ravi, mais... voilà.

- Ah bon ? - Ouais.

- Vous avez fait la messe ? - J'ai tout fait.

-Ouais.

- Ma vie était consacrée à Dieu. - OK.

-Je pensais très fort à lui, je...

Puis, au fur et à mesure, j'ai...

été intrigué par les interdits de la religion.

Une paroissienne m'a avoué qu'elle était amoureuse de moi.

-Ça...

-Ah ça... Elle était belle, jolie.

- Oui. - Généreuse.

- Elle adorait et défendait les animaux. - Oui.

- Vous savez ce qu'elle faisait ? - Non.

-Elle allait au marché,

elle achetait des homards et elle les remettait à la mer.

-C'est pécher, ça.

- C'est pour vous dire la générosité. - Oui.

Au prix que ça coûte.

-Et on a fait connaissance.

Non, non, c'est vrai.

On a fait connaissance, elle m'a fait découvrir l'amour.

Et le sexe.

Ah, le sexe...

Tellement... Que je suis devenu accro.

-Une brebis égarée.

-Galeuse.

- Il fallait profiter, après. - Mmh.

-Toutes les paroissiennes qui étaient amoureuses de moi...

J'arrêtais plus.

- Ah, oui. - C'était... Après chaque confessionnal.

- J'aurais pas imaginé. - Je sais, je sais.

-Mmh...

- Puis un jour... - Il fallait bien que ça s'arrête.

-Oui, vous êtes revenu dans le droit chemin.

-Pas exactement.

Une d'entre elles...

s'est révoltée,

a porté plainte pour viol.

Je suis donc recherché par la police.

Et je fais du stop, c'est...

pour échapper aux contrôles.

-Ah, oui...

- Quand même. - Vous ne voulez plus me prendre ?

-Si, mais il va falloir que vous me donniez des détails.

- Ça m'excite beaucoup tout ça. - Vous voulez savoir quoi ?

-Quand on vous a accusé, vous avez dit quoi ?

-Bah, je suis parti.

-Et vous l'avez vraiment violée ?

-C'est sa parole contre la mienne.

- À votre avis ? - Bah...

- Je vous connais pas. - Je vous connais pas non plus.

Pourtant, je suis monté avec vous.

Et...

- c'est des femelles, ça ? - Ouais.

Non.

- Vous êtes marié ? - Je le suis, oui.

-Fidèle ?

-Oh, dans la mesure du possible.

-Ça veut tout dire.

Vous avez jamais forcé votre femme ?

- Des fois, il faut insister un peu. - Au bout d'un certain nombre d'années.

- Bah, oui, la routine. - Ouais.

-Plus le même désir.

-Bah, chez elle, en tout cas.

-Moi, c'était chaque jour une différente.

-Ah, oui.

- C'était dur de résister. - Oui.

-Pourtant, je...

- Je crois en Dieu. - Ah.

- On y retourne ? - Où ça ?

-Là où vous allez.

C'est là que je vais aussi.

- Incroyable, le hasard. - Ouais.

-Mais si vous êtes recherché, vous faites comment ? Vous dormez où ?

-À la belle étoile.

-Et vous avez assisté aux commémorations du débarquement,

sur le pont de Bénouville ?

-Oui, oui, absolument, oui.

-C'est sur ce pont qu'a commencé la liberté du monde actuel.

-Vive les libertés !

Vous avez jamais de problème de sexe ?

-Bah, non... jusque-là, non.

Pas que je sache.

-Vous avez une sexualité normale.

-Je dis pas que j'ai jamais de tentations, mais...

Le système de freinage a toujours fonctionné.

Le Mont-Saint-Michel, vous connaissez ?

Vous avez dû faire des retraites.

-Je l'ai souvent vu en photo, oui.

Allez.

-Voilà.

Vous êtes chez moi, là.

- C'est ma ferme. - Ah oui.

- Vous avez une grange. - Une belle !

-Je peux dormir dedans ?

-Ça me dérangerait pas, mais ma femme serait pas pour.

Ah, lui, non plus, apparemment.

-Non plus, oui.

-Encore merci.

-Ben, je vous en prie.

-Allez. Je m'en vais, ça va.

Si vous allez par là,

faites attention à la marée montante, parce qu'il y a eu pas mal

de suicides, d'accidents.

- Merci. - La marée

monte à la vitesse d'un cheval au galop.

-Encore merci !

-Je vous en prie.

Siri, appelle la police.

Oui. Allô, le commissariat ?

Oui, je viens de tomber sur un drôle de gars, là.

Je suis au carrefour d'Ardevon.

En face... de l'hôtel, c'est ça.

Et je viens de laisser un curé défroqué qui serait un violeur.

Donc, je voulais vous appeler tout de suite.

Ouais.

Ça se voit pas

sur sa figure, mais il m'en a raconté de belles.

Donc, j'ai voulu prévenir.

Ah, bah, à l'instant. Oui.

D'accord. Oui, je vous attends, si vous voulez.

C'est normal. Je vais vous dire,

tout le monde ferait ça, la France irait mieux.

Exactement.

Eh bah, je vous attends, oui.

Le cidre est au frais.

Exactement.

Silence sur le plateau !

Bien, Luna. Bon, je vous explique la scène.

Tu es danseuse étoile.

Toi, tu es Noureev.

Tu te mets à la barre, comme une danseuse.

Tu les as vues faire, tu vois ?

Tu fais comme ça, tes gestes d'échauffement.

Toi, elle t'excite.

Tu commences à avoir un peu... Elle te plaît, elle t'excite.

Quand elle est retournée, tu la prends en levrette.

Tu as compris, Marty ? Allez, hop, moteur ! Silence !

Allez ! Et faites-moi bander.

- Moteur demandé. - Allez !

Action !

Voilà.

La danseuse étoile.

Toi, tu t'excites... voilà.

Voilà.

Tu vois son cul, là. Voilà. Et tu la prends.

Et voilà !

Baisse le pantalon, ho ! Tu la prends pas comme ça.

Et coupez !

Hé, ho !

-Monsieur ?

Vous pouvez pas dormir ici, c'est pas un hôtel.

-Oh.

Je peux avoir un café ?

-C'est pas un bistrot non plus.

-Je suis où, ici ?

-Vous êtes dans la plus grande brocante de Béziers.

-Je suis aussi à Béziers ?

-Oui, vous êtes à Béziers.

-Je vais vous acheter quelque chose, alors.

Mmh.

Qu'est-ce qui vous plairait ?

-Là, tout de suite, un bon café.

- On n'est pas dans un bistrot. - Oh.

-D'accord ?

-Alors, une belle tasse.

Une vieille tasse.

Pour mon café.

-Est-ce que ce genre-là, ça pourrait être votre genre ?

-Oui, c'est joli. Très joli, même.

Mais avec tout ce qu'il y a dans votre boutique,

je peux faire beaucoup mieux qu'une tasse, non ?

-Si vous me dites ce que vous faites dans la vie,

- je peux vous aider. - Je suis dans le cinéma.

- Ah, c'est bien. - Mmh.

-Vous avez fait quoi comme films ?

-Du porno.

- Vous êtes acteur ? - Non.

- Je suis réalisateur de films pornos. - Ah.

Gênés Bon, c'est pas un sex-shop, je suis désolée.

Tintements -Vous en avez déjà vu ?

-Oui, bien sûr. Comme tout le monde, j'ai pas...

- Il y a pas de honte, vous savez. - J'ai pas honte.

-C'est le cinéma le plus vu dans le monde entier.

-Ah.

- Plus que Titanic ? - Eh oui.

- Autant en emporte le vent. - Étonnant, mais vrai.

-Votre plus gros succès, c'était quoi ?

- Les uns dans les autres. - Ah, j'ai pas vu.

-Vous êtes mariée ?

-Oui.

-C'est dommage.

-J'ai une sœur jumelle qui vit à Paris.

Et qui est célibataire.

-Elle est aussi jolie que vous ?

-Oh, arrêtez !

On dit qu'on se ressemble beaucoup.

Voilà.

Elle est dans la police.

-Ah. Ça, ça m'arrange pas.

-Pourquoi ?

-Parce que je suis recherché.

Très recherché.

À cause du porno.

Oh !

Voilà. Ça, ça m'intéresse.

Je peux ?

-Oui, bien sûr.

- Vous jouez de la trompette ? - C'est ma passion.

- Permettez ? - Allez-y, je vous en prie.

-Ah, oui, dis donc !

-Vous êtes doué, pour un mec du porno.

- Ah bon ? - Mmh.

-Vous avez encore rien vu.

-Allez-y.

- C'est beau, hein ? - Surtout ici, dans un cimetière.

Tiens, regarde !

Comme elle adorait ma façon de jouer de la trompette,

je lui ai un peu fait la cour.

Je l'ai un peu forcée, même.

-Et alors ?

-Bah, comme j'ai beaucoup insisté...

je suis très recherché par la police.

-Si j'étais flic, je pourrais vous arrêter ?

-Vous êtes flic ?

-Presque.

Je suis psy.

Et chasseur, le week-end.

-Vous auriez pas une solution pour sortir de mon addiction au sexe ?

-On peut avoir une vie sexuelle sans avoir lu Freud.

-Freud ?

-L'amour est une invention de femmes,

C'est pour ça qu'elles ont du mal à nous l'expliquer.

-Il a dit quoi d'autre ?

-Que les femmes étaient à la merci de leur cœur,

les hommes, à la merci de leur queue.

Surtout vous.

-Je suis avocat spécialisé en affaires de mœurs.

Pour mieux comprendre mes clients, je me mets à leur place.

Je les comprends. Vous comprenez ?

-Vous avez pas une tête d'avocat.

-J'ai une tête de quoi ?

-Une tête de gros queutard.

-C'est la première fois qu'on me dit ça.

De gros queutard...

Il est chargé, le fusil ?

-Non.

-Merde ! Les flics.

C'est quoi, ces flics ?

Oh, putain...

-Gendarmerie nationale,

bonjour. Coupez le moteur, s'il vous plaît.

Présentez-moi permis, carte grise,

assurance. Je vous demande à tous les deux

de sortir du véhicule.

Merci.

Vous avez été contrôlé à 110 au lieu de 80.

C'est une infraction de 4e catégorie.

Tu peux vérifier ça ?

Surtout le permis de conduire.

-Et si je vous donnais une information très importante,

vous seriez indulgents ?

-C'est quoi cette information ?

-Ça veut dire que ça serait bien pour votre promotion.

-Oui, bah, j'attends.

-Je...

Je suis désolé, excusez-moi, j'aime trop la vitesse.

- C'est une information importante, ça ? - Désolé.

-Tenez.

-C'est quoi ?

-Pour la contravention et le dérangement. Merci.

Allez.

-C'est qui ?

-Un fou.

- Bonjour, monsieur. - Bonjour.

- Bonjour. - On s'est un peu perdus.

On est sur le chemin de Compostelle ?

- C'est quoi ? - C'est le chemin vers Dieu.

-Ah... encore lui ?

- Toujours. - Vous venez d'où ?

- De très loin. - C'est exactement où je vais.

- Ben... bonne route. - Allez.

- Bon chemin. - À vous aussi. Merci !

- Bonjour. - Bonjour.

-Excusez-moi.

Pardon.

Euh... Vous allez à Compostelle ?

-Bah, oui.

Tous les chemins y mènent. Et à Rome.

-Ouais.

Mais...

on vous a déjà dit que vous ressemblez à Jésus ?

-Oui.

Je vous présente mes compagnons. Voici Pierre.

André, son frère.

Jacques.

-Bonjour.

-Jean.

-Ah.

- Le fameux Judas. - Bonjour.

-Judas ?

-Oui.

-Vous êtes potes ?

-Oui. Avec le temps, tout s'arrange.

-Je le voyais pas si petit.

- Le temps l'a rendu grand. - Exactement.

- Ça... - Vos maux de tête, ça va mieux ?

-Euh... j'aimerais bien ne plus tourner en rond.

-Oui, mais tout est rond.

La Terre, le Soleil, l'univers.

Tout tourne autour de tout.

C'est pour ça que tu tournes autour des gens que tu défends,

en te mettant à leur place.

-Ah, oui ! C'est ça ?

-Mmh.

-Mais vous faites quoi, exactement ?

-On marche et...

on fait des sondages pour essayer d'améliorer le genre humain.

-Le genre humain ?

- Oui, il y a... - encore quelques petits réglages.

-Quel genre de réglages ?

-En ce moment,

on travaille sur l'amour.

-Ah.

-C'est notre plus belle invention, mais...

on trouve que les histoires d'amour ne durent pas assez longtemps.

Vous trouvez pas ?

Oui. Si, si.

Enfin, là, maintenant, je suis...

Je suis tout seul.

- Oui, je sais. - Mais pourquoi vous souriez

tout le temps comme ça ?

Vous êtes toujours contents ?

- Oui. - Pourquoi vous souriez ?

Même Judas sourit ?

-Oui.

Surtout Judas. Petits

Bah, les traîtres, les escrocs, les filous...

- Ah... - Il faut qu'ils mettent en confiance.

- C'est un sourire de filou, ça ? - Mmh.

-Ah oui. Je vois pas la différence.

-Un sourire comme ça, on lui refuse rien.

-Ah... traître, va !

Bon...

Je deviens fou.

- Hein ? - Je suis fou, là, je...

Je suis tout seul, non ? Vous êtes pas là.

Hé !

J'avais encore des trucs à vous demander.

-Bonjour. Vous avez une cigarette et je vous dis votre avenir ?

-J'ai arrêté de fumer.

- Pas de cigarette ? - Non.

-Je vous dis votre avenir quand même ?

-Non, mais je te paie un verre.

- D'accord. - Je peux boire un verre avec vous ?

- Allez. - OK.

- Je te le propose. - C'est gentil.

-Mmh. Tu veux boire quoi ?

-Bah, de l'eau du robinet.

-Du robinet ?

- Ouais, du robinet. - C'est une de mes plus belles créations.

-T'es dans la robinetterie ?

- Non, plutôt dans la création. - Et de père en fils.

-C'est quoi ta spécialité ?

-Ah, bah... c'est plutôt le monde.

-Le journal ?

- Non, le monde tout court. - Enfin, le monde en général.

-C'est pas plutôt la spécialité de Dieu ?

-Bah, voilà... comment te dire... Bah, je suis Dieu.

-J'ai l'honneur de parler à qui ?

À part Dieu, tu t'appelles comment ?

-Dieu.

-Dieu ?

Tu es Dieu.

-Bah, oui.

-T'as pas de prénom ?

-Dieu, ça te suffit pas ?

-Excuse-moi, ça a un peu traîné.

Ça va ?

Quelque chose ne va pas, t'es bizarre.

-Je discutais avec Dieu.

-Hé !

À propos, tu la connais, celle-là ?

- Un type entre dans une synagogue... - Arrête.

- "Vous faites le ménage ?" - "Je suis au-dessus du mec du ménage."

"Ah bon ? Vous êtes le rabbin ? Excusez-moi."

"Je vais t'en coller une, je suis au-dessus."

"Oh, pardon, vous êtes le rabbin des rabbins ?"

"Je vais prendre ta tête et la fracasser contre le mur !"

"Je suis au-dessus du rabbin des rabbins."

Il en peut plus. "Vous êtes Dieu ?"

"Je vais te tuer, je suis au-dessus de Dieu."

"Au-dessus de Dieu, il y a rien." "Voilà ce que je suis."

-Non, mais arrête, Michel.

J'ai vraiment le sentiment d'avoir parlé avec Dieu.

-T'inquiète pas, c'est normal.

Tout le monde parle avec Dieu !

Moi aussi, je parle avec Dieu.

-Finalement

l'argent n'avait pas d'importance

Finalement

Le paradis, c'était l'enfance

Finalement

Il n'y a rien à regretter

l'hiver était beau comme l'été

Finalement

Nos hasards et nos coïncidences

Finalement

Ce n'était que correspondance Finalement

Tout se défait, tout se dénoue

l'amour s'est joué, malgré nous

Maintenant

Le temps efface

Nos regards

Devant la glace

Maintenant

Le cœur se lasse

La vie passe et nous enlace

Nous embrasse et nous remplace

Doucement Finalement

Chanter vaut mieux que le silence

Finalement -Au service de l'enfant...

-Un dernier verre, une dernière danse

Finalement

Chacun devant sa partition

Ça faisait du bien, ces violons

Finalement

On ne se souvient pas d'être né

Elle est bonne ! Finalement

Où sont passées toutes ces années ?

Finalement

La fin ne finira jamais

l'amour, c'était comme on s'aimait

Maintenant

Le temps efface

Nos regards

Devant la glace Maintenant

Le cœur se lasse La vie passe et nous enlace

- Nous embrasse et nous remplace Non. - Arrête !

Non !

Non !

Doucement Lâche ça, Tess ! Finalement Tess, non !

Je t'en supplie. Non !

Non !

Tess !

Finalement

-Monsieur, vous avez fait quoi ?

-C'est pas moi.

C'est Tess qui a tiré sur sa mère.

- Appelez les pompiers. - Pourquoi avoir fait ça ?

- C'est pas moi. - Hein ?

Pourquoi ?

-Monsieur le président, mesdames et messieurs de la cour,

chers jurés,

mesdames et messieurs.

Pour comprendre les gens, il faut se mettre à leur place.

Moi, j'ai passé toute ma vie,

toute ma vie, à me mettre à la place des gens que j'ai essayé de défendre.

Je me suis mis à la place de...

M. Alcaraz.

Pour bien comprendre ce drame terrible

de cette fille

très amoureuse de son professeur de philo,

qui n'a pas supporté que sa mère le lui vole.

Madame Barbier.

Vous êtes arrivée 3 sec trop tard.

-Fais pas ça !

-Trois secondes.

Il y a 8 milliards de gens,

dont la vie va basculer à une seconde près.

-Non, Tess !

-Une seconde.

Quand vous êtes arrivée trois secondes trop tard,

M. Alcaraz

sortait de la piscine pour appeler les secours.

Madame Barbier,

savez-vous ce qui m'est arrivé à trois secondes près ?

J'ai eu le malheur, je dis bien le malheur,

en sortant du club où j'entretiens ma forme,

de ramasser un vélo

qui était tombé par terre.

Immédiatement,

on a crié au voleur.

"Au voleur !"

Vous savez pourquoi ?

Parce qu'en plus d'avoir le guidon dans la main

de ce vélo qui ne m'appartenait pas, j'avais une capuche.

Je sortais

du sport. J'étais en jogging, et la nuit tombait.

J'ai été victime d'une impression.

Vous, madame Barbier, vous avez eu l'impression

que M. Alcaraz

avait tué Tess

et sa maman.

Madame, il ne faut pas se tromper.

Mon client n'est pas coupable de ce drame,

il en est le seul vrai témoin.

N'en faisons pas une victime.

- À tout à l'heure ! - À tout à l'heure !

-Bonjour.

-Bonjour.

Euh, je peux vous aider ?

- Oui. - Quelque chose peut vous plaire, ici ?

-En fait...

C'est vous que je cherche.

-Moi ?

-Oui.

Depuis toute petite, j'hésite à venir vous voir.

Vous avez très bien connu mon père

et, à cause de vous, il a quitté ma mère.

Je l'ai... jamais revu.

Après, il vous a fait un enfant.

Alors, voilà, aujourd'hui...

pour des raisons irrationnelles, j'ai eu le courage de venir.

-Mais vous êtes...

la fille de Lino ?

-Oui.

Et je n'ai jamais rencontré mon demi-frère.

Votre fils.

- Euh... asseyez-vous, je vous en prie. - Merci.

C'est lui, le grand avocat ?

-C'est lui.

Enfin, c'était lui.

Ça fait trois semaines qu'on a aucune nouvelle.

-Comment ça ?

-Depuis un an, il était bizarre.

Avec sa famille, moi...

On comprenait plus ce qu'il voulait dire.

Tout a commencé quand il a voulu défendre

un curé défroqué.

-Assurer la défense de père Clément

n'est pas une tâche difficile.

Il suffit de comprendre la suite des événements

qui l'ont amené jusqu'ici.

Se sentant prêt à affronter les turpitudes de la confession,

eh bien,

il ne s'est pas méfié de cette jolie pécheresse

qui, en quelques mots, a su faire naître en lui

le doute.

Et cette sensation encore inconnue jusqu'à présent.

Le désir.

Le désir.

Or, le doute et le désir, nous le savons bien,

sont aux esprits forts

ce que le risque est aux courageux.

Voilà ce que j'aurais dit,

si je ne venais pas, moi aussi,

d'ôter ma robe et de quitter, c'est un scoop,

en défroqué de la justice,

ce métier impossible d'avocat.

- Je te l'ai fait très épicé, hein ? - Oui, merci.

-Merci, Sylvia.

-Ah, ouais.

Pas tous en même temps.

-Bon, moi, j'ai quelque chose à vous dire.

Aux ateliers, en examen de fin d'année,

on doit faire un film de cinq minutes

- au portable. - Mmh ?

-Et moi, je voulais le faire

sur ma famille. Je voulais savoir si vous étiez d'accord.

-Mmh.

-Mmh.

-Tu...

Je comprends pas, tu...

Tu remets en question ce que t'as fait ? Ou ta vie ?

Ce que tu as défendu ?

Je... Hein ?

-T'en as pas marre qu'on fasse plus l'amour ?

On mange toujours les mêmes plats.

Je raconte les mêmes conneries.

-C'est agréable de dire ça devant tout le monde.

C'est super. Bravo, merci.

Bonjour, bon appétit, super.

Euh, si, j'en ai marre. Je sais pas.

Pourquoi tu dis ça comme ça maintenant ?

Je suis pas la seule responsable.

Hein ? Il y a pas que toi, toi, toi.

Les mêmes histoires, c'est de ta faute. J'en ai plein.

Ça veut dire quoi, ça ?

On fait plus l'amour...

-Alors... - Quoi ? - Je...

- C'est hyper gênant. - Je vais vous expliquer.

Voilà, j'ai un truc.

J'ai un problème.

- Vas-y. - Je...

-Quoi ?

-Je... Maintenant, je p...

Je dis n'importe quoi à n'importe qui.

Ce que je pense. J'ai plus de filtre.

- Ah, ouais ? - Voilà.

- J'ai plus de filtre. - Mmh.

Plus de filtre... Alors, vas-y.

Dis ce que tu as à dire, on en est là.

Tu penses quoi de nous ? Lâche-toi.

- C'est le moment. - Je le dis ?

-Vas-y.

C'est ça que tu veux.

- Ça va me faire du bien. - Nous aussi, dans notre bel appartement.

Au moins, qu'il se passe un truc.

- Chérie... - Quoi ?

-Je t'aime.

Je te désire plus du tout. Voilà.

Quand on fait l'amour, je... -C'est bon, stop.

- C'est bon. - Tu me demandes, je te le dis.

- Putain ! - Je te dis ce que je pense ?

Hein ?

-S'il te plaît, attends.

-Je peux aussi dire ce que je pense de toi.

-Le médecin a dit quoi ?

-Euh, que j'avais...

une dégénérescence fronto-temporale.

Autrement dit, la folie des sentiments.

-C'est-à-dire ? Explique-moi.

-Ça arrive...

T'as déjà vu ces gens qui parlent tout seuls,

qui insultent tout le monde, qui font des procès.

Ils sont tout seuls, ils ont l'air fous, ils parlent aux gens.

Ils parlent à des amis invisibles.

- Tu vois ? - Des gens en crise de délire.

- C'est une maladie dans la tête ? - Une maladie concrète,

une maladie rare, il y a très peu de cas dans le monde.

C'est venu petit à petit, c'est de plus en plus souvent.

J'ai des moments où je suis très bien. Mais là...

Putain !

Ça va aller.

- T'es pas heureux ? - Ça y est.

Ça va aller.

- Tu veux changer de vie ? - Non,

ça n'a rien à voir. S'il te plaît, chérie.

- T'es pas heureux ? - Si.

- Non. - Non ?

Ça s'appelle comment ? Répète.

-Dégénérescence fronto-temporale.

Ou, si vous préférez,

la folie des sentiments.

-La folie des sentiments.

Ça ferait une jolie chanson.

-Ça va, maman ?

-Oh, oui, oui, ça va.

-Je suis désolé.

Toi, ma fille,

je te souhaite de devenir une grande chanteuse.

Et toi, mon fils,

un grand cinéaste.

-Ça nous a pris, adolescents

On en a écrit des romans

Pour expliquer ce qu'on ressent

On veut tellement y croire, tellement

Il y a que les chansons Que les chansons

Pour dire vraiment Pour dire vraiment

Ce qu'est la folie des sentiments

La folie des sentiments

Comment peut-on vivre autrement ? Comment peut-on vivre autrement ?

Que dans la folie...

Des sentiments

Piano Du baptême jusqu'aux enterrements

l'amour aura toujours vingt ans

En fin de compte, quand on fait le bilan

Qu'y a-t-il de plus émouvant ?

Il y a que les chansons Que les chansons

Pour dire vraiment Pour dire vraiment

Ce qu'est la folie des sentiments

Ce qu'est la folie des sentiments

Comment peut-on vivre autrement ?

Comment peut-on vivre autrement ?

Que dans la folie

Des sentiments

Les maris, les femmes, les amants

Tout le monde a connu ces moments

À cette heure-là et en cet instant

l'asile est plutôt accueillant

Il y a que les chansons Que les chansons

Pour dire vraiment Pour dire vraiment

Ce qu'est la folie des sentiments

Ce qu'est la folie des sentiments

Il y a que les chansons Que les chansons

Pour dire vraiment Pour dire vraiment

Ce qu'est la folie des sentiments

Ce qu'est la folie des sentiments

Comment peut-on vivre autrement ?

Comment peut-on vivre autrement ?

Que dans la folie des sentiments

Comment peut-on vivre autrement ?

Comment peut-on vivre autrement ? Que dans la folie

Des sentiments

-Et après cette chanson improvisée par sa fille Barbara,

il a disparu.

Sans prévenir personne.

-La police dit quoi ?

-Que tout le monde a le droit de disparaître.

-À votre avis, il est où ? La mère rit.

-Je donnerais tout pour le savoir.

-Salut !

-Tu m'emmènes au marché ?

-Coucou, mes biquettes !

Salut, les filles.

On se dispute pas.

Petit-déjeuner, allez !

Allez !

Monsieur ?

Monsieur, je peux vous aider ?

Monsieur ?

Ça va ?

Bonjour.

-Je...

Je me suis perdu hier soir, avec la pluie, pardon.

Excusez-moi.

- Effort Il a beaucoup plu... - Mmh.

-Voilà.

Excusez-moi.

-Vous êtes perdu ?

-Oui.

Je peux me rafraîchir avec votre puits, s'il vous plaît ?

-Euh...

Ouais, allez-y.

-Excusez-moi, hein.

-C'est bon.

Vous pouvez y aller.

Vous voulez un café ?

Un café ?

- Un café, ça vous dirait ? - Je veux bien, merci.

C'est pas trop froid ?

-Ah, non.

Ça fait du bien.

Oh, la vache !

C'est joli, ici !

- Mmh. - Elles sont belles, ces vaches.

- C'est chez vous ? - Oui, chez moi.

-Ouais, c'est beau.

-Bah... entrez.

-Je veux pas déranger. Je suis mouillé.

- Vous me dérangez pas. - C'est une ferme, elle en a vu d'autres.

-Merci.

C'est charmant, ici.

-Vous faites quoi dans le coin ?

-Ça, j'aimerais bien savoir.

Je sais plus.

D'ailleurs, on est où ?

-Ici ?

Armecy. C'est un lieu-dit.

-Ça me dit rien. C'est Avignon.

-Ah, ça, oui, c'est Avignon.

C'est la ville où je suis née.

Chaque année, je vais au festival. Je le rate jamais, j'adore.

-Vous jouez au piano ?

-Ça m'arrive. En amateur, vraiment.

Je suis pas pro.

-Je fais un peu de trompette.

- Ah oui ? - En amateur, aussi.

Note -Tenez.

-Merci, vous êtes très gentille.

S'il avait pas plu, je me serais pas permis.

-On l'attendait, cette pluie, depuis un moment.

Mmh. Excusez-moi.

-Je vous en prie.

-Allô ?

Ah, salut. Ça va ?

Ouais. Les enfants, ça va ?

Vous avez trouvé le cheval ? Pas encore ? Ouais.

Non, ici, ça va. Rien de neuf.

Ouais.

Mmh.

Il a plu ? Bonne nouvelle. Depuis le temps qu'on attendait.

Sinon, on a reçu une lettre de l'huissier.

Si on paie pas les 5 000 euros, ils prendront le tracteur.

Je sais, c'est embêtant. Ouais.

Vous rentrez quand ?

Demain ?

Bon, à demain, alors.

Ouais, je vous embrasse. À demain.

-Bon, je...

Je vous laisse. Merci beaucoup.

-Ça vous dirait, une omelette ?

-Je veux pas abuser.

- Voilà. - Merci beaucoup.

-Mmh.

-Merveilleux.

Merci.

- Vous avez vu Sur la route de Madison ? - Non.

J'en ai entendu parler.

Ça raconte quoi ?

-C'est l'histoire d'une fermière

dont le mari et les enfants sont à la foire agricole.

-On fait un film avec ça ?

-Ouais.

L'histoire d'un homme perdu...

À qui on offre du café, etc., etc.

-Mmh. Ça se termine comment ?

-Par des souvenirs.

Des beaux souvenirs.

-Je me souviens bien de La Grande Illusion, avec Gabin.

Aussi dans une ferme. Vous l'avez vu ?

- Bien sûr. - Mmh.

- Vous allez souvent au cinéma ? - Non.

Non, pas assez souvent.

-Si je suis là aujourd'hui, c'est...

peut-être aussi à cause d'un film.

-Mmh. Lequel ?

-"Nous sommes tous des enfants gâtés,

"qui, à moment donné, cassons nos jouets."

-Ça me dit quelque chose.

Vous faites quoi, à part dormir dans mon étable ?

-En ce moment, je me promène.

-Mmh.

Ici, avec les bêtes, c'est pas facile.

-Mmh.

Avec les gens non plus.

-Et sinon, vous faites quoi ?

- Je joue de la trompette. - C'est une vraie passion.

-C'est votre métier, la trompette ?

-Non, non.

Il m'arrive aussi de...

défendre les gens en difficulté.

-Comme avocat ? Comme un avocat ?

-Comme un avocat.

- Ah, ouais. - Mmh.

-Et quel bon vent vous a amené ici, à part la pluie ?

-Des ricochets.

-Des ricochets ?

C'est le titre d'un film ?

Ça va ?

-Ça va aller, ça va passer.

Désolé.

- Vous êtes sûr ? - Oui, oui.

-Je peux faire quelque chose ?

-La musique, c'est...

le plus beau des médicaments.

Si vous pouviez jouer un...

un morceau, s'il vous plaît.

-Au piano ? Maintenant ?

Sûr ?

-S'il vous plaît.

Ça va aller ?

-Bonjour.

-Oh, tu m'as fait peur.

-Bonjour.

-Monsieur se balade dans la région.

Il s'est abrité de la pluie, il m'a demandé un café.

-Tu m'en offres un ?

-Bah, oui, bien sûr.

-De toute façon, je vais y aller.

Bon, bah, merci pour tout.

- Au revoir. - Au revoir.

-Madame.

-Bonne balade.

-Merci.

Et puis...

j'espère que la pluie va revenir.

-Au revoir.

-Au revoir.

-Tu m'expliques ?

-Je t'explique quoi ?

-Bah, euh, ça.

-Attends, je l'ai trouvé là, à moitié trempé,

dans mon étable. Il s'était abrité de la pluie.

- J'allais pas le laisser comme ça. - Il fait quoi, là ?

-Je sais pas.

On dirait...

qu'il met un truc dedans.

-Son numéro.

- Son numéro ? - Hm.

-Pourquoi tu...?

-Enfin, quoi d'autre ?

-Attends, on va voir.

Oh !

-Oh, la vache !

-5 000 euros, pour le tracteur.

Ça, alors !

-J'ai fait le tour des hôpitaux de France.

Aucun Lino Massaro n'a été enregistré.

Ni aucune agence de voyages n'a réservé un billet d'avion ou de train à son nom.

Il y a de grandes chances qu'il soit encore en France.

-S'il est en vie.

-Mais arrête, enfin !

Le suicide, c'est pas son truc.

Pas de demande de rançon, il a pas été kidnappé.

-On disparaît pas comme ça, comme la fée Clochette.

On n'a pas le droit !

-Une chose est sûre, il n'est pas parti avec une femme.

-T'en sais quoi ?

-Je sais pas pourquoi il est parti, à cause de toi, moi, son boulot.

À cause de... je sais pas !

Dis pas de conneries, on dit pas tout ce qu'on pense.

- On peut pas parler comme on veut. - Ce serait salutaire.

-Le bordel !

-Les gens disent n'importe quoi, sans le penser.

Les gens ne disent pas ce qu'ils pensent.

Tout le monde ment ! Tout le temps !

-N'est-on pas responsables de sa disparition ?

-Peut-être, mais je lui en veux.

-Selon les flics, des milliers de gens disparaissent chaque année.

Ils ont le droit.

Lino a le droit, s'il veut.

Il a tué ni volé personne.

Moi aussi, il me manque.

Pas qu'à toi. À tous les deux.

-On était bien.

On s'aimait.

On s'aimait.

-T'es une star, il te voyait plus beaucoup.

-Il s'est volatilisé.

Des gens disparaissent en France tous les jours.

Il s'est volatilisé.

-Vous avez une aspirine ?

-Désolée, on n'est pas une pharmacie.

-Ouais. Merci quand même.

-Bonne journée, merci.

- Au revoir. - Au revoir.

-Bonjour, monsieur.

-Bonjour.

-Vous allez où ?

-Au Mans.

-Où ça ?

-On donne un concert pour les 24h du Mans.

- Ah, le Mans ! - Oui.

-Vous avez pas une petite place ?

-Moi, je sais pas. Demandez à mon boss.

-Ouais ! Un, deux. Un, deux, trois !

-Finalement, ma mère, qu'est-ce que vous me reprochez ?

-D'avoir la beauté du diable.

- Ce qui veut dire ? - Ce qui veut dire...

Chaque fois que vous venez, vous perturbez mon monde.

Mes sœurs.

-Mais ma mère...

Est-ce que vous,

je vous perturbe aussi ?

-Oui !

-Et coupez !

Coupez !

Ça va être sublime.

On se remet en place. Vous avancez beaucoup trop rapidement.

Jouez, laissez monter le désir.

- Regardez-vous plus longtemps. - On peut faire le baiser plus long.

-Le regard ! On y va !

- En place ! - Je dois voir quelqu'un qui m'attend.

- Excusez-moi. - Allez, on se déconcentre pas.

-On se remet en place !

-Bonjour.

-Bonjour. M. Blain, dont je t'ai parlé.

-Bonjour, M. Blain.

-Bonjour.

-Je pensais que...

les détectives privés n'existaient que dans les films.

-M. Michel m'a expliqué la situation.

Il n'y a qu'un seul moyen de le trouver, si vous êtes d'accord.

-D'accord sur quoi ?

-Il va vous expliquer.

- Je t'expliquerai. - Ouais.

-T'es d'accord ?

-Bah, je suis d'accord si t'es d'accord.

-Je suis d'accord.

-Alors je suis d'accord.

Piano -La vie, l'amour, la mort

Aimer un jour encore

Jusqu'à la déchirure

l'aventure sera toujours l'aventure

La terre, la mer, le ciel

Saturne, Mercure, Soleil

Pour changer la voilure Hennissement

l'aventure sera toujours l'aventure

Le temps, l'espoir, la peur

Angoisse, frisson, bonheur

Passion, chagrin, coup dur

l'aventure sera toujours l'aventure

Les uns, les autres, en chœur

Prophète, voyou, boxeur

Diable ou bon Dieu, c'est sûr

l'aventure sera toujours l'aventure

La vie, l'amour, la mort

Aimer un jour encore

Jusqu'à la déchirure l'aventure sera toujours

l'aventure

-Quand il a été arrêté, cette photo a fait le tour du monde.

Regarde comme on est amoureux.

Tu te souviens quand je t'emmenais à la prison ?

-Ouais. Je me souviens.

- J'avais quoi ? Six, sept ans. - Mmh.

-Et j'ai dit : "Je deviendrai avocat pour te sortir de là."

-C'EST L'HISTOIRE D'UN VIEUX PIANO

TOMBÉ AMOUREUX D'UNE TROMPETTE

QUI PASSAIT LÀ PAR HASARD COMME ON PASSE AUX FENÊTRES

-C'est quoi, cet amour entre un piano et une trompette ?

-Et toi, ces histoires avec la voisine ?

-Les enfants, on va à l'école, on est en retard.

-À tout à l'heure, travaillez bien.

Chouette chanson. On la refera.

Qu'est-ce que peut dire un piano

Tombé amoureux d'une trompette ?

Mélangeons nos deux solos

On s'en fout

De l'orchestre

Tu vois

Pour quelques secondes

On est seuls au monde

-Hé !

Propriété privée !

Dégagez !

-Ça va ?

-T'as compris ? Dégage !

-Je fais la planche et je sors.

-Tu déconnes, toi ? Je descends !

-C'est bon, ça va, ho !

C'est bon, je sors, je sors.

-C'est ta trompette ?

- C'est bon, j'arrive. - Allez !

- Vous pouvez m'aider ? - Non, tu dégages.

-Donnez un coup de main.

-Allez, viens ! Allez !

- Vous avez un café ? - Non.

- Juste un. - T'auras ta trompette dehors.

-Oh là là !

C'est joli, chez vous.

- C'est juste un petit bain. - Ouais...

Raus !

- À la prochaine. - Allez !

Raus !

-C'est quoi, ce chahut ? Allemand Il se passe quoi ?

-Raus !

-Madame Saldmann, il se passe quoi ?

-C'est ma petite, c'est mon bébé !

Je l'ai confiée aux Saldmann pendant que je faisais les poubelles.

-C'est quoi, cette histoire ?

-C'est sa fille.

-Il se passe quoi ?

- Hé ! - Qu'est-ce qui se passe ? Jeanne ?

C'est quoi, ce bordel ?

C'est quoi, cette histoire ?

-Ils ont embarqué les Saldmann, j'ai sauvé la petite.

-On en fera quoi ?

-Je n'ai rien fait ! Laissez-moi !

Laissez-moi ! Bande de lâches !

Collabos ! Ordre en allemand Salauds !

Sales Français ! Vous nous défendez pas.

-Mademoiselle.

Quand vous aurez lu cette lettre,

vous comprendrez pourquoi elle est anonyme.

La concierge, Mme Dubois,

qui vous a sauvée et adoptée, il y a 18 ans,

avait négocié avec la Gestapo...

-Vous avez invité tout le quartier.

-En échange de la dénonciation de votre famille,

elle avait la possibilité de vous garder.

Car elle ne pouvait pas avoir d'enfant.

-Mon cœur ?

-À vous d'en tirer les conclusions.

-Ma chérie.

Qui t'a donné ça ?

-M. Chevalier. C'est arrivé par erreur dans son courrier.

-C'est vrai, ça ?

Tu les as balancés aux Allemands ? T'as vraiment fait ça ?

-Ça doit être la concierge d'en face, elle est jalouse.

Mon bébé.

-Arrête ! Pleurs -"Et c'est...

"ce matin-là"

"que commença l'apocalypse."

-Bonjour.

Bonjour.

-Bonjour.

-Excusez-moi, vous...

auriez de l'eau ?

- Hein ? - De l'eau ? À boire.

-Ah !

Bien sûr, tenez.

-C'est gentil.

-Venez, approchez-vous.

-Ah. Il fait chaud !

- Voilà. - Merci, c'est gentil.

-De rien.

-Oh !

Cloche d'église Ça fait du bien.

- Merci beaucoup. - Venez vous mettre un peu à l'ombre.

-Si ça vous dérange pas.

- Non. - C'est très gentil à vous, merci.

J'en peux plus.

-Ouais.

Il fait très chaud.

- Tenez. - Ah, voilà, oui.

Ça fait du bien, ça.

Je peux m'asseoir ?

- Bien sûr, oui. - Ah, merci beaucoup.

Ça va mieux, là.

- Il fait très chaud. - Très chaud.

- Non, mais continuez. - Je veux pas vous déranger...

Je vais repartir, y a pas de problème.

-Vous me dérangez pas.

J'étais juste en train d'écrire.

- Ça peut attendre. - Ah. Vous êtes écrivain ?

-Euh... - Oui, romancière. - Je m'en doutais.

-Ah bon ?

- Oui. - Pourquoi ?

- Je sais pas. - Ah oui ?

-Vous êtes en plein roman ?

- Absolument. - Essai ? Nouvelle ?

-Non, non, je suis en train d'écrire un roman.

-Ça parle de quoi ?

-Oh...

Ça vous intéresse ?

- Oui, le temps du... - Du verre d'eau ?

-Du verre, comme ça, je gagne du temps.

OK.

- Après, je vous laisse. - Non, non.

Bon, ça parle...

d'une concierge.

Voilà.

En fait...

en 1942, pendant la rafle du Vél' d'Hiv,

mes grands-parents

- ont été arrêtés par la Gestapo. - Ouais.

-Et la concierge de l'immeuble a sauvé, au dernier moment, ma mère, bébé.

Voilà.

Et donc, elle a élevé, avec son mari, chauffeur de taxi,

ma mère.

Comme sa propre fille.

Mes grands-parents ne sont jamais revenus.

- C'est une histoire vraie ? - Oui.

- La vôtre. - La mienne.

- De votre famille. - Oui.

- C'est intéressant. - Oui. Et alors,

à l'anniversaire des 18 ans de ma mère,

elle a reçu une lettre anonyme qui lui disait que c'était...

la concierge qui avait

dénoncé mes grands-parents pour récupérer ma mère.

Elle pouvait pas avoir d'enfant, elle en voulait, donc elle a...

fait déporter mes grands-parents.

Oh là là !

- Je sais pas pourquoi je raconte ça. - C'est passionnant, intéressant.

- Franchement. - Si ?

-Continuez, s'il vous plaît.

-Donc, ma mère a repris la loge de la concierge, parce que,

quand son mari a appris qu'elle les avait dénoncés à la Gestapo,

il a tué sa femme et s'est suicidé.

- Cachez-nous ! - Les CRS nous suivent.

-Plus tard, en 1968, pendant les événements...

-On vient casser du CRS.

-Ma mère a protégé trois étudiants qui fuyaient les CRS.

Et...

-Arrêtez-vous là, si vous voulez.

Je veux pas vous...

faire remuer les souvenirs douloureux.

-De toute façon, je les écris. En fait...

-Non, mais si ça vous embête, je comprends.

-Comment dire ?

Ces trois jeunes

ont violé ma mère, voilà.

Arrêtez !

-Et moi, je suis née de ce viol.

Donc, je raconte... J'essaie de raconter ça.

-Je comprends, c'est difficile.

- Je suis désolé. - C'est moi qui le suis.

- Je vous laisse. - Non, ouais, OK.

-En même temps, il faut que je...

- Vous voulez de l'eau ? - Vous êtes seule ?

- Mon mari doit arriver. - Il répète, il est musicien.

- Ah bon ? - Ouais.

Il va arriver.

- Au revoir. - Merci pour votre gentillesse.

- Je vous en prie. - Vraiment.

- Merci pour votre visite. - J'espère que le roman cartonnera.

- C'est gentil. Faut l'écrire. - Je serai le 1er lecteur.

- C'est vrai ? - Oui.

-Ah, ben... Ah, voilà mon mari.

Le chef d'orchestre.

-Bonjour, monsieur.

- Bonjour. - Il joue le Requiem.

- Laurent. - Bonjour.

D'accord. C'est pour moi ?

- Non, pour ma femme. - D'accord.

- Elle rit. - Vous êtes ?

-J'avais soif, j'ai demandé de l'eau à votre épouse.

Elle m'en a donné, on a discuté, je repars.

- De l'eau ? OK. - Oui, de l'eau.

-Elle est gentille, c'était très aimable à elle.

-OK.

-Voilà. C'est vous, le chef d'orchestre ?

-Oui, je suis le chef d'orchestre.

-Je fais de la trompette amateur.

-Ah bon ?

Venez nous écouter demain.

Il y a un ensemble de cuivres, des chœurs.

- À l'église. - Venez demain.

-Pourquoi pas ?

- Voilà. Bienvenue, alors. - Merci.

Bah, à demain.

- OK. - Peut-être.

-AU REVOIR.

- Bonne journée. - Prenez soin de vous !

-Ouais, merci beaucoup !

-BONJOUR.

- C'est qui, ce mec ? - Je sais pas.

-Comment ça ?

- Bah, non, je sais pas. - Merci pour les fleurs.

-Tu sais pas ?

-C'est un monsieur qui a demandé de l'eau.

Tu vas pas être jaloux d'eau.

- Il voulait de l'eau ? - Oui, de l'eau.

-Comment ça, de l'eau ?

-Il avait soif, il voulait de l'eau.

-Il est venu là ?

-Avignon, putain !

Ça génère du refus qui mène à la frustration.

Ça amène au clash. Avignon, tu te disputes !

Avec tes partenaires adorés, ton public respecté.

Avec ta mère. Avec ta meuf, que t'aimes pas, mais elle est là.

Tu te disputes avec elle aussi !

Avignon, tu repars seul.

Arrivé avec des rêves et 12 copains, reparti seul, pieds nus.

Comme Jésus.

Tu savais ce qu'il y avait dans le palais des Papes ?

Le pape !

-BONJOUR.

-Je peux vous aider ?

-Je sais pas trop ce que je cherche.

-Ça tombe bien, on a vraiment beaucoup de choix.

- Une chemise pour le pont d'Avignon ? - Pour le pont ?

- Oui. On est bien à Avignon ? - On est bien à Avignon.

Elles peuvent toutes aller sur le pont.

-Par exemple, ce modèle, j'aime bien.

La couleur, la matière agréable à porter...

- Oui, très agréable. - C'est quoi ?

-Du coton, c'est très doux.

Que faites-vous là ?

-Bah, je l'ai dit quand vous êtes venu.

Je viens tous les ans au festival.

Et je rends visite à mon père, une sorte de philosophe bénévole.

- Il monte des spectacles dans son garage. - Incroyable.

- Vous essayez la chemise ? - Laquelle ?

- Eh ben, la chemise. - Ah, oui, bien sûr.

-Elle vous ira bien, sur le pont.

- C'est par là, les cabines. - OK.

-On y va ?

- Euh... Vous êtes deux ? - Non, je suis seule.

- Vous êtes pas Manon ? - Ah, non, je suis pas Manon.

-Je deviens fou, alors.

C'est ça.

-Vous voulez l'essayer ?

-Euh... bah, oui, je vais l'essayer, oui.

Une fleur ?

- Léa. - Laurent.

-Ça va bien ?

-Ça dépend de vous.

-Je vous l'ai dit au téléphone, votre mari a émis des chèques.

- Mmh. - Bonne nouvelle, il est donc vivant.

-Des chèques à qui ?

-C'est ce qu'on a soumis à votre détective,

qui va nous donner la réponse.

- Très bien. - Asseyez-vous.

-Voici les cinq chèques

que nous avons dû honorer. Votre mari n'est pas sous tutelle

et on ne lui reproche rien.

-Oui, c'est son écriture.

-Le premier, c'est 300 euros pour un psychiatre.

-Un psychiatre ? D'accord.

Il avait besoin de se soigner...

-À Béziers, il s'est acheté une trompette dans une brocante.

- Une trompette ? - Oui.

-Il adore ça.

-Le plus étonnant, c'est ce chèque de 5 000 euros

à une fermière en Bourgogne.

-D'après le détective, c'était pour un tracteur.

- Un tracteur ? - Oui.

-C'est bizarre, il déteste la campagne.

- Ensuite ? - Les deux derniers chèques...

- Il y en a un... - Le forum d'Avignon.

-Il y en a un de 350, pour des vêtements.

Et 500 euros pour des fleurs.

-Les deux derniers ont été faits à Avignon.

- Oui, du festival d'Avignon. - D'accord.

-On est en plein festival.

"Requiem XIX"

-Ça me donne envie de partir avec toi.

-Arrête.

-Tu crois que j'ai pas besoin de m'écouter, moi ? Si.

-Si je pouvais, je partirais avec toi.

T'es mon meilleur ami.

-Tu sais à quoi ça me fait penser, ce que tu me dis ?

- Non. - Ça me fait penser

à l'histoire du mec qui rentre dans un magasin de chaussures,

hein, et demande du 37.

La vendeuse lui fait : "Mais monsieur, vous chaussez au moins du 42 ou 43",

"pas du 37."

"Foutez-moi la paix, donnez-moi du 37."

"Mais monsieur..." "Je vais te taper !"

Elle lui donne du 37, il rentre ses pieds,

il a tellement souffert pour les mettre à l'intérieur des chaussures,

ils sont tout recroquevillés, il souffre l'enfer.

Il va à la caisse en boitillant.

La caissière dit : "Ne vous énervez pas, c'est juste pour savoir."

"Pourquoi vous voulez acheter du 37 alors que vous chaussez du 42 ?"

"Vous allez comprendre, madame."

"Mes enfants me saoulent, je déteste mon boulot,"

"j'ai envie de tuer ma femme, mon seul plaisir,"

"c'est quand j'enlève mes chaussures. T'as compris, ça ?"

Bah voilà !

Voilà, mais c'est ça ! C'est ça !

J'ai envie d'enlever mes chaussures.

Je suis comme le gars qui chausse du 37.

Je suis... je suis compressé, là.

Il faut que j'enlève mes putain de chaussures !

Vive les mariés !

-Vive les mariés !

Au milieu coule une rivière.

-Ça vous dit quelque chose ?

- Oui. Oui, je me souviens. - Ah.

-Il est passé y a quelques jours

pour s'acheter une chemise pour aller sur le pont.

- Ah. - Sur le pont d'Avignon ?

-Donc... - Il vous a dit ça ? - Oui.

-Il est peut-être encore là.

Un truc particulier

que vous pouvez me dire ? Son état ?

- Ce qui vous a troublé ? Ses yeux ? - Non, il était normal.

- D'accord. - On y va.

- OK. Merci. - Excusez-moi.

- Vous êtes Léa Massaro ? - Oui.

-Ça vous dérangerait, une photo ?

- Donnez-moi. - Merci.

- Une chemise pour le pont d'Avignon ? - Mmh.

-Regardez-moi.

Voilà.

- Voilà. - Merci. Merci beaucoup.

-Je vous en prie.

-Merci.

Bon.

- MERCI. - J'espère que vous le trouverez.

- Merci. - Merci à vous.

- Jumelles de merde ! - Par là-bas ?

- Un monsieur avec une barbe ? - Chauve.

- Je t'offre une coupe ? - Hein ?

Je veux bien, merci, c'est gentil.

-Tu me reconnais pas ?

-Bah...

-Lino ! Tu me reconnais pas ?

- Non. - Bah, tu m'as évité vingt ans de taule,

la totale !

- Ah, non. - Si, monsieur.

-Non, désolé, c'est pas moi.

Tant pis.

Bah, merci pour la coupe, en tout cas.

-OK.

Ciao.

-Je lui en veux !

Michel, je lui en veux, putain ! Je lui en veux !

- Mais... t'entends, là ? T'entends ? - Tu crois ?

- C'est sa trompette ? - Oui !

Ça, c'est sa trompette, j'en suis sûr ! C'est par où ?

Viens, c'est par là.

Viens par là.

"Requiem XIX"

Le requiem s'y mêle.

- Alors ? - On l'a pas trouvé.

On a fait toutes les rues et ruelles, on n'a rien trouvé.

On a même entendu de la trompette, mais c'était pas lui.

- Vous pouvez m'amener un thé ? - Avec plaisir.

- Vous l'avez pas trouvé ? - Non !

Je sais pas, il s'est volatilisé.

-C'était sa trompette, j'en suis sûr.

- Comment tu sais ? - Je connais sa trompette.

Je le connais, c'était lui.

-Papa, non, non !

-Toi, je t'épargne.

Je vais avoir besoin d'un bon avocat.

-L'homme qui est aujourd'hui dans le box des accusés.

Mon ami.

Mon client, mon associé.

A retrouvé ses esprits

et mesure à quel point la folie a fait de lui un assassin.

La vie n'a pas de sens.

Mais elle a une direction, le cimetière.

Naître, c'est pas commencer à vivre, mais à mourir.

Cette permanente contradiction a provoqué son 1er coup de folie.

Il a noyé son portable comme on enlève un caillou dans la chaussure.

Vivre mal, c'était pire que mourir.

Et ça a été la source

qui l'a conduit directement à cette folie suicidaire.

Mais, au préalable,

il fallait qu'il efface

ceux qui, par amour, lui avaient fait croire au bonheur.

Sur l'échiquier de la vie, il se croyait roi,

alors qu'il était fou.

Parce que, vous savez,

on est tous fous. Vous l'êtes, ils le sont.

Vous êtes fous aussi.

Tout le monde est fou, on vit dans un monde de fous.

Voilà. Alors,

on veut l'électricité, mais pas les pylônes.

La sécurité, mais pas les flics.

On veut le TGV, mais pas les rails.

Le vaccin, mais pas les piqûres.

Aujourd'hui,

regarder un beau paysage, c'est une insulte aux non-voyants.

Écouter de la musique,

c'est une insulte aux malentendants.

Le restaurant, une insulte aux anorexiques.

Et le coiffeur, une insulte aux chauves.

C'est pour échapper à cet océan d'absurdités

que mon ami,

mon client, mon associé

a entamé un pèlerinage sans destination.

Pèlerinage qui l'a amené jusqu'à nous.

Voilà.

La balle est dans votre camp.

Mais attention, elle est explosive.

Parce que je vais vous dire, dans la vie,

il y a la santé, c'est le grand préalable à tout,

l'amour...

Cadeau ou punition.

L'amitié.

C'est l'amour sans les emmerdes.

La famille, c'est compliqué.

Et puis il y a le pognon, l'argent.

Un joker qui permet d'acheter en soldes

de l'amour, de l'amitié

et parfois de la santé.

Et c'est cette santé défaillante...

qui a amené Lino Massaro ici, devant nous.

-Il y a que les chansons Que les chansons

Pour dire vraiment Pour dire vraiment

Ce qu'est la folie des sentiments

Ce qu'est la folie des sentiments

Comment peut-on vivre autrement ?

Comment peut-on vivre autrement ?

Que dans la folie

Des sentiments

- Bonjour. - Bonjour.

-Je suis la femme de Lino Massaro.

Il a été admis en réanimation cette nuit.

-Au troisième étage.

- Par où ? - Je vous attendais.

Je vous emmène.

-D'accord.

-Si vous m'entendez, ouvrez les yeux.

Monsieur Massaro ?

En plus, votre famille est en train d'arriver.

Vous m'entendez ?

Parlez-lui, il va finir par se réveiller.

-Monsieur Massaro ?

Votre famille vient d'arriver.

-Je dois vous dire qu'il a eu bien de la chance.

Si les pêcheurs ne l'avaient pas récupéré,

il aurait réussi son suicide.

-Et le pronostic ?

-Je peux pas vous faire de diagnostic pour le moment, madame.

Ce que je peux vous dire, c'est qu'il faut attendre.

Être patient. Attendre.

Euh... En attendant, il délire.

Bon, sachez que dans son délire, il pense vous avoir tués.

Qu'il a exterminé toute sa famille.

Il a l'air d'en vouloir au monde entier.

Sa démence fronto-temporale ne fait que s'aggraver.

- Il va reprendre conscience ? - Oui, oui.

Ça, je suis très positif là-dessus.

Il y a des signes.

Voilà, je lui parle, je lui parle.

-Est-ce qu'on peut aller l'embrasser ?

-Non, ce serait pas le moment, madame.

Euh, ce serait pas raisonnable, pour le moment.

- Faut attendre un petit peu. - Ouais.

-La vie, l'amour, la mort

Aimer un jour encore

Jusqu'à la déchirure

l'aventure

Sera toujours

l'aventure

La terre, la mer, le ciel

Saturne, Mercure, Soleil

Pour changer la voilure

l'aventure

Sera toujours l'aventure

Le temps, l'espoir, la peur

Angoisse, frisson, bonheur

-Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

-Qu'il voulait qu'on lui foute la paix.

-Tu sais...

- Ce qu'on fait dans la vie... - Mmh.

-C'est pour aimer ou être aimé.

Les actrices encore plus.

-Pourquoi ? T'as besoin aussi d'aimer et d'être aimé, non ?

Pourquoi les actrices ?

-Comment ça va ? Ça va ? Ils sont tous venus.

-Vous vous sentez comment ?

-Pas mal. Elle rit.

- Ouais, c'est intéressant. - Ouais.

Ah, oui, oui.

- S'étaler sur... trois ans. - Les derniers chèques.

-Exactement.

- C'est ce qu'on nous a dit. - Ce serait bien.

Oui, c'est vrai.

OK.

Excusez-moi.

Bonsoir.

-Bonsoir.

-Bonsoir.

- Vous êtes Sandrine Massaro ? - Oui. C'est pour quoi ?

-Proxénétisme aggravé.

-Vous avez un mandat ?

- Tout va bien ? - Oui. À demain.

- Au revoir. - Au revoir.

- Bonjour. - Bonjour.

- C'est ici, la guérisseuse ? - Un peu plus loin.

-Ah, oui, c'est elle. Merci.

Bonjour.

-Bonjour.

-Vous vous souvenez de moi ?

-Oui.

- Le suicidé du Mont-St-Michel. - Oui.

-Vous allez mieux ?

- Grâce à vous, beaucoup mieux. - Je préférais comme j'étais avant.

Quand j'allais moins bien.

Vous pourriez pas me remettre comme avant ?

-Mais...

le livre de la vie ne se lit pas deux fois.

-Je suis obligé de refaire ce que je faisais avant, ce que je détestais.

-Oui, mais vous le ferez différemment.

- Différemment ? - Différemment.

-Bon, ben...

Bonjour.

-Bonjour.

-C'est un drôle d'endroit pour une 1re rencontre.

-Oui.

On peut peut-être essayer de se tutoyer.

-Si tu veux.

Assieds-toi.

Je t'en prie.

-T'as un petit air de papa.

Avec les cheveux en moins.

-Ouais, effectivement.

Toi, c'est le sourire.

- Ah oui ? - Très beau sourire, comme papa.

Ah, oui.

Tu es jolie.

-Merci.

-Bon.

Raconte-moi tout.

Surtout, parle-moi de ta maman,

que j'ai pas eu la chance de connaître.

-Bah, disons que ma mère s'est battue toute sa vie

pour défendre les droits des prostituées.

Faire...

reconnaître la profession.

Bâtir des crèches pour les mômes,

assurer leur retraite.

Faire reconnaître leur droit aux congés payés,

au chômage,

aux congés maladie.

Et...

à faire sortir les femmes que l'on dit de petite vertu

de la honte et de l'esclavage.

À sa mort, je n'allais pas laisser tomber tout ça.

J'ai repris le flambeau.

Et la maison.

Et...

les emmerdes qui vont avec.

-Tu es mariée ?

-Non.

Par contre, récemment, j'ai vécu une grande histoire d'amour

qui n'a pas duré.

-Pourquoi ?

-Parce qu'il était malade.

- Mmh. - Mais je le savais, hein.

Je me suis offert cette parenthèse.

J'y pense souvent.

Souvent, souvent.

Il me manque.

Et toi ?

- Tu t'es marié deux fois, c'est ça ? - Ouais.

La 1re fois avec une avocate.

Là, je suis avec une star que tu connais forcément.

-Ah bon ?

-Léa Massaro.

- Oui. - T'avais pas fait le lien ?

-Non, incroyable !

-J'ai deux enfants. Barbara, avec ma première femme, l'avocate.

Elle rêve d'être chanteuse.

-Mmh.

-Elle chante très bien.

Très douée.

Et puis, j'ai un garçon avec Léa,

- qui lui rêve de devenir réalisateur. - Ah.

-En ce moment, il filme toute la famille.

-Qu'est-ce que t'as eu comme maladie ?

-Ah.

-Ta mère avait l'air... - Ouais. - Assez inquiète.

-C'est la perte de filtre.

Je dis tout ce qui me passe par la tête.

J'ai plus de filtre, j'ai des moments de folie,

des moments de lucidité. Je dis ce que je pense.

Je te trouve moche, je dis : "T'es moche."

- C'est... - Si quelqu'un m'emmerde,

je lui dis, même si je le connais. C'est incroyable.

-Je rêverais d'être comme ça.

-Dégénérescence fronto-temporale.

-Non, mais là, t'es lucide.

Tout va bien.

Tu...

J'ai bien fait de te prendre comme avocat ?

Tu vas me sortir de ce pétrin ?

-J'ai rencontré une guérisseuse,

- qui m'a peut-être guéri. - Ah oui ?

-Et... combien de filles travaillent pour toi ?

-Elles travaillent pas pour moi, je les protège.

C'est ça qu'il faudra bien leur expliquer.

-Bien.

Tout au long de ce procès,

l'accusation

a appelé devant la cour un bouquet de témoins

souvent honteux, parfois repentants.

Tous ces hommes qui s'accusent d'avoir connu un moment d'amour.

Pour sa part, la défense choisit de ne quérir la vérité

qu'auprès d'une seule source.

Une source experte. J'ai nommé l'accusée.

- Vous permettez que je l'interroge ? - Allez-y.

-Madame Massaro, pouvez-vous

nous expliquer en quoi consiste votre occupation ?

-Euh... comment vous dire ?

Je suis une marchande d'amour.

Une intermédiaire, en quelque sorte.

-Une imprésario ?

-Oui, on peut dire ça.

-Donc les filles qui travaillent pour vous

- sont des artistes ? - Elles ne travaillent pas pour moi.

Elles rendent service à des hommes qui sont en panne de quelque chose.

Ma mère, on l'appelait la cardiologue.

Elle soignait mieux que quiconque

le cœur des hommes. Moi aussi, je souhaiterais

qu'il n'y ait plus de prostitution.

J'aimerais que les hommes et les femmes s'unissent,

assouvissent leur besoin d'amour ensemble.

-Que suggérez-vous ?

-Le problème de la prostitution, ce sont les insoutenables souteneurs.

-Mais vous n'êtes pas accusée de prostitution, mais de proxénétisme.

-Non, on m'accuse surtout d'aider un peu le hasard

et les gens qui ont du mal à dire "je t'aime".

C'est le plus vieux métier du monde,

qui a tant de succès.

-Alors, si j'ai bien compris,

- vous avez repris l'agence de votre mère. - Oui.

Ma mère s'est toujours battue pour le droit des femmes.

Elle me disait toujours :

"Ces femmes donnent tout et on leur prend tout."

N'est-ce pas ?

-Nous sommes dans un monde où tout peut arriver.

Je dis "tout",

je suis modeste, parce que ça pourrait être pire.

Tous les hommes de sexe masculin sont,

dès l'adolescence et en toute saison,

habités par un désir sexuel

qu'ils ont hâte de satisfaire ou de partager.

Ah, c'est un désir très fort.

C'est un désir bio.

Deux questions se posent. Comment ?

Et avec qui ?

Il tape des mains.

Le hasard des rencontres y pourvoit, pour une bonne part.

Mais qu'advient-il des millions d'oubliés

de la grande kermesse de l'amour ?

De ces restés à quai des aventures à deux ?

Tous ces hommes délaissés ne sont-ils pas alors tentés

de rechercher ce que la vie a oublié de leur offrir ?

C'est-à-dire...

une étreinte réconciliatrice avec l'harmonie céleste.

Et dans ce domaine,

les agences d'escort-girls ne sont rien d'autre

que des mini-agences matrimoniales.

Et c'est là

que les professionnels de l'amour...

Jouent leur rôle régulateur.

Je crois qu'il faut sortir de la rigueur judiciaire

pour entrer dans le domaine de l'émotion, du désir

et, pourquoi pas, du plaisir.

Nous sommes tous bien placés

pour savoir qu'une étreinte...

même furtive...

peut soulager de bien des malheurs.

C'est un remède absolu

contre cette maladie répandue et si douloureuse

qu'est la solitude.

Les pharmaciens

qui vendent des drogues antistress sont-ils des proxénètes ?

Quand une agence

met en relation des personnes en manque de tendresse...

avec d'autres qui en débordent,

ce n'est pas un mal blâmable.

C'est un bien souhaitable.

-C'est grâce à toi.

- Bonjour. - Bonjour. Je vous sers quoi ?

-Un café.

Merci.

Machine à café

-Pourquoi vous vous êtes échappée ?

-Bah, je sais pas. Vos amis, votre famille...

Ça m'a fait un peu peur.

-Comment va le tracteur ?

-Le tracteur va bien, merci.

Merci.

-Merci.

Machine à café

Dans l'océan brumeux de mes incertitudes,

je suis content de vous voir.

Je sais pas qui dit ça, mais ça me fait plaisir de vous le dire.

Et vos enfants, ça va ?

-Ouais.

-Ah.

-Ça va devenir compliqué.

-À cause du tracteur ?

-Ouais.

J'ai pas pu lui expliquer d'où venait ce chèque.

-C'est l'incroyable fertilité du chaos.

Vous avez beaucoup de formules comme ça ?

-Plein. Par exemple,

le pire n'est jamais décevant.

Mesdames et messieurs les jurés.

Une autre que je place souvent :

tout ce qui nous arrive dans la vie,

c'est pour notre bien, même si, sur le moment, ça fait très mal.

C'est mon 2e tube. C'est la face B.

Vous voyez ?

-Pas mal.

-Il faut toujours des tubes, comme Goldman.

Je suis le Jean-Jacques Goldman du barreau.

-Vous êtes aussi l'avocat de la vie ?

-Elle aurait besoin d'un avocat, la vie.

- Finalement. - Finalement, oui.

C'était vraiment bien, votre plaidoirie.

J'avais jamais vu quelqu'un plaider, c'est très impressionnant, vraiment.

-C'est ma demi-sœur.

- Votre demi-sœur ? - Sandrine, oui.

Ah, oui.

Ah, oui, vous savez, j'ai une famille un peu bizarre.

-Oui,

c'est une demi-sœur de votre papa ? De votre maman ?

De ?

-Par le papa, oui.

Lino Massaro.

Il a fait un très beau casse, il y a quelques années.

C'est comme ça qu'il a rencontré ma mère.

Oui.

- Vous êtes devenu avocat alors que... - Oui, parce que...

j'allais voir mon père à la prison, quand j'étais petit.

J'ai dit : "Je veux faire avocat pour te sortir de là, papa."

Il est mort l'année d'après.

Mais j'ai décidé quand même d'être avocat

pour défendre d'autres papas.

-J'ai...

J'ai revu Sur la route de Madison.

-Quelle est la scène que vous avez préféré ?

-Quand Meryl Streep est au téléphone et que...

elle remet son col de chemise.

Vous voyez ce moment ?

-Par cœur.

-Ça peut paraître bête, mais cette manière...

de remettre son col de chemise...

-D'ailleurs, si je peux me permettre.

- Allez-y. - Voilà, il était pas tout à fait...

- Voilà. - Je vous en prie.

-C'est l'histoire d'un vieux... -PIANO

TOMBÉ AMOUREUX D'UNE TROMPETTE

QUI PASSAIT LÀ PAR HASARD

COMME ON PASSE AUX FENÊTRES -Dis-moi -Dis-moi

-C'était jour de chance ?

-C'était jour de chance

-Quelque part en France

-Finalement

l'argent n'avait pas d'importance

Finalement

Le paradis, c'était l'enfance

Finalement

Il y a rien à regretter

l'hiver était beau comme l'été

-Finalement

Nos hasards et nos coïncidences

Finalement

Ce n'était que correspondance

Finalement

Tout se défait

Tout se dénoue

l'amour s'est joué malgré nous

-Maintenant

Le temps efface

Nos regards

Devant la glace

Maintenant

Le cœur se lasse

La vie passe et nous enlace

Nous embrasse et nous remplace Doucement

-Finalement

Chanter vaut mieux que le silence

Finalement

Un dernier verre, une dernière danse

Finalement

Chacun devant sa partition

Ça faisait du bien, ces violons -Finalement

On ne se souvient pas d'être né Finalement

Où sont passées toutes ces années ?

-FINALEMENT

LA FIN NE FINIRA JAMAIS

-L'amour, c'était -COMME ON S'AIMAIT

MAINTENANT

LE TEMPS EFFACE

NOS REGARDS

DEVANT LA GLACE

MAINTENANT

LE CŒUR SE LASSE LA VIE PASSE ET NOUS ENLACE

NOUS EMBRASSE ET NOUS REMPLACE

-Doucement

Finalement

Chacun de nous A eu sa chance

-FINALEMENT

-Tout le monde s'est fait des mots d'absence

Finalement

Les menteurs ont eu l'élégance

De ne pas nous dire la vérité -Ah, les menteurs...

ont eu l'élégance...

-De ne pas nous dire

- De ne pas... - De ne pas nous dire -Nous dire...

-La vérité -La vérité.

Il vaut mieux avoir des ennuis que s'ennuyer.

Finalement.

C'est l'histoire d'un vieux piano Tombé amoureux

D'une trompette

Qui passait là par hasard

Comme on passe aux fenêtres

Dis-moi

C'était jour de chance Orage

Quelque part en France C'est l'amour

C'est la vie

-Qu'est-ce que peut faire un piano Tombé amoureux

D'une trompette

À part jouer en duo

Pour mieux se reconnaître

Voilà

Elle lui joue son thème

Il répond

"Je t'aime"

C'est...

L'amour C'est la vie

-QU'EST-CE QUE PEUT DIRE UN PIANO

TOMBÉ AMOUREUX

D'UNE TROMPETTE

MÉLANGEONS NOS DEUX SOLOS

ON S'EN FOUT

DE L'ORCHESTRE

TU VOIS

POUR QUELQUES SECONDES

ON EST SEULS AU MONDE

C'EST...

L'AMOUR

C'EST LA VIE

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