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Original subtitles

Thème sombre

Les femmes discutent et rient.

À moi.

Une jeune fille raconte.

- Dans les premiers jours de décembre 1815,

une heure environ avant le coucher du soleil,

un homme entra en ville.

Il se présenta à la gendarmerie.

Personne ne le connaissait.

D'où venait-il ?

Du Midi.

Des bords de la mer, peut-être.

Des hommes rient, brouhaha.

Jamais ! Bon, bon.

Ah...

- T'étais où ? Combien de temps il te faut pour te laver du linge ?

C'est vrai, ça, t'étais où ?

- Tu m'as manqué, toi. Allez, viens ici.

Viens ! La cruche se brise.

Tu peux pas faire attention ?

Ça te suffit pas d'être en retard ?

Je retiendrai le prix de la cruche sur tes gages.

Et tâche d'être plus avenante avec la clientèle.

C'est ma tournée, les gars.

Il respire profondément.

Propos inintelligibles

- Une femme : - C'est un bagnard.

Regarde-le.

Brouhaha

- Je suis désolé, je ne puis vous recevoir.

Ces messieurs

ont réservé toutes les chambres.

Les écuries feront l'affaire.

- Les chevaux prennent toute la place. - J'ai besoin de peu.

Ben, c'est déjà trop.

- J'ai marché dès le soleil levé, j'ai fait douze lieues, j'ai faim.

Et moi, je n'ai rien pour vous.

Les clients se taisent.

Juste un bout de pain.

- Allez, va-t'en.

Thème inquiétant

Quelqu'un lui lance des cailloux.

- Un enfant : - Crève-la-faim !

On veut pas de toi ici !

Assassin !

L'orage gronde.

Le chien grogne.

Grognement

Le chien pleure.

Bouge pas !

L'orage gronde.

Thème intrigant

Grincements

- Que faites-vous là, mon ami ?

J'essaie de dormir.

Sur la pierre, dehors ?

J'ai connu pire.

Allez donc à l'auberge.

Hélas,

vous n'avez pas d'argent ?

- Je n'ai que quatre sous. - Donnez toujours.

On pourrait vous loger.

Par charité.

J'ai frappé à toutes les portes.

Et partout, on m'a chassé.

Il y a une maison

en bas du chemin, là.

Y avez-vous frappé ?

Non.

- Frappez-y.

Hm ?

Le voisin de mon cousin,

c'était lui que les gendarmes cherchaient, le faux monnayeur.

Le mal est partout.

Ils ont même arrêté sa femme.

Le procureur dit qu'il obtiendra des aveux dans la semaine.

Et s'il est innocent ?

- Dans ce cas, que fait-il en prison ? - Bonne question.

Que doit-on faire d'un homme accusé avant qu'il ne soit jugé ?

Le laisser en liberté, c'est prendre le risque qu'il récidive.

S'il a commis l'acte qu'on lui reproche.

Le mettre en prison, c'est le traiter en coupable.

Et ce, même s'il est innocent.

- Ces gens sont des gredins, il y en a partout.

Il en est même arrivé un en ville aujourd'hui.

Oui, mademoiselle.

Cet homme serait dangereux.

On dit qu'il est horrible : laid, poilu, puant.

L'horreur.

Certainement un bohémien, un homme de sac et de corde.

- Vraiment ? - Comme je le dis.

Il va y avoir des malheurs, tout le monde le dit.

- Tout le monde, cela fait beaucoup de monde.

Elle toussote.

- Laissez-moi dire au serrurier

de remettre les anciens verrous, on les a là.

- À cette heure ? - C'est à trois maisons d'ici.

Il sera content de se rendre utile. Sa sœur est une amie.

C'est l'affaire d'une minute.

- Madame Magloire, inutile d'inventer le prétexte du verrou

pour aller voir votre bon ami le serrurier.

Ce sont des calomnies, Monseigneur.

- Une bêtise crachée par des jaloux. - Nous pourrions mettre un loquet.

Nous sommes donc en gros danger ?

- On ne vit pas la porte ouverte à tous les vents.

- Parlez-lui, moi, il ne m'écoute pas. - Si cela rassure Mme Magloire.

- Au moins pour cette nuit, le temps que ce danger soit écarté.

On laisserait même entrer le diable dans cette maison !

- S'enfermer, ce n'est pas seulement refuser l'autre.

C'est aussi refuser ce qu'on pourrait être ou devenir.

La porte d'un médecin doit toujours rester ouverte.

Mais vous n'êtes pas médecin.

- Tout homme est un médecin de l'autre.

Je suis un... Quelqu'un tambourine à la porte.

Entrez !

Je m'appelle Jean Valjean.

J'ai passé dix-neuf ans au bagne.

Je suis libéré depuis quatre jours.

Quatre jours que je marche depuis Toulon.

Quatre jours que j'entends : "Va-t'en."

Personne n'a voulu de moi, je me suis couché dehors,

une bonne femme m'a dit de frapper à votre maison.

J'ai frappé.

- Mme Magloire, mettez un couvert de plus.

- M'avez-vous entendu ?

Je suis un forçat.

Voilà mon passeport.

Ça sert à me présenter aux autorités à mon arrivée en ville

et à me faire chasser.

Voulez-vous lire !?

"Est resté dix-neuf ans au bagne.

"Cinq ans pour vol avec effraction.

"Quatorze pour avoir tenté de s'échapper, cet homme est dangereux."

Voilà.

- Je vois que vous avez reçu la pluie, monsieur.

Vous devez être fatigué.

Approchez-vous, le feu vous réchauffera.

Vous allez souper

pendant que l'on fera votre lit.

Mme Magloire, mettez des draps blancs au lit de l'alcôve.

Je vous en prie, monsieur, asseyez-vous.

C'est quoi ici ?

Vous êtes qui ?

Un prêtre.

Un prêtre ?

Un brave homme de prêtre.

Qui vit avec deux femmes, par-dessus le marché.

- Il y a des choses que je refuse d'entendre, je serai dans la cuisine.

- Un homme vous ouvre sa porte, vous nourrit, et vous le calomniez ?

C'était pas mon intention.

C'est ce que vous avez fait.

Deux hommes étaient là, face à face.

L'un, le forçat,

était rustre, mais n'avait rien caché de son passé.

L'autre, le brave homme de prêtre, était plus évidemment aimable,

mais il restait un mystère pour tous.

Quelques décennies plus tôt,

il était parti en Italie au bras de son épouse

pour en revenir seul et acariâtre.

La mort de celle qu'il aimait l'avait changé.

Il était sorti du siècle pour entrer en religion.

Il s'était convaincu de devoir devenir un impitoyable serviteur de Dieu,

mais sa transformation n'était pas encore aboutie.

Et pour comprendre la suite,

il convient de revenir à sa première visite en ce lieu.

- Les sœurs font des miracles, mais nous manquons de tout, Monseigneur.

De bandages, de potions et même de nourriture.

Il faudrait pouvoir acheter de la viande de temps en temps.

Un malade doit pouvoir manger pour recouvrir la santé.

Ah...

Un homme tousse.

- Monsieur le directeur. - Oui ?

Excusez-moi, Monseigneur.

Qu'est-ce qui se passe ?

- Ce jour-là, celui qui était désormais évêque visitait l'hôpital.

Une corvée qu'il se promit de ne plus jamais s'imposer.

Monseigneur Myriel, car c'était là son vrai nom,

avait le titre et tous les attributs de sa fonction.

Son Éminence préférait visiter les riches

et fréquenter les puissants.

Il vivait en notable, l'un de ceux qui jugent et qui condamnent.

Et puis, un jour, il se passa quelque chose.

Nul ne sait quoi.

Mais cela advint.

Il se changea.

Mais mieux encore, il changea.

Et ce qui était une corvée à fuir

devint un événement quotidien.

- Bonne journée, mon ami. - Merci, Monseigneur.

- Les lits sont très serrés les uns contre les autres.

C'est de pire en pire.

Je suis très inquiet pour l'avenir.

L'étage est plein, nous avons installé des malheureux dans la cour.

Sans parler des épidémies à venir.

Cette année, nous avons eu le typhus.

Essayez de dormir.

- La place a manqué et cela se reproduira.

Que voulez-vous, il faut se résigner à la réalité.

Nous ne pourrons plus accepter tout le monde.

- Combien pourrait-il tenir de lits dans ma salle à manger ?

- Monseigneur, s'il vous plaît. - Je suis là.

Vous voulez dire au palais ?

- Pour comprendre la surprise du directeur,

il faut savoir que le palais épiscopal

était un logis seigneurial, tout y avait grand air.

Les appartements de l'évêque, les galeries, les escaliers,

les fontaines, les jardins.

Tout était grandiose.

Dans votre salle à manger ?

Je ne sais pas trop bien,

mais j'imagine qu'il pourrait tenir

soixante malades.

Au moins.

Alors, il y a erreur, mon ami.

L'homme tousse.

Vous avez mon logement et j'ai le vôtre.

Rendez-moi ma maison, je suis ici chez moi.

Les cloches carillonnent.

- Le lendemain, vingt-six malades étaient installés dans le palais,

et Mgr Myriel prenait pour logement ce qui faisait office d'hôpital.

- Un homme comme ça, c'est un cadeau du ciel.

Il n'est plus le même, il ne veut plus de repas d'évêque.

Si je devais l'écouter,

il déjeunerait d'une soupe à l'huile et de pain.

À croire qu'il se nourrit de l'odeur des fleurs.

- Ce ne sont pas des façons très épiscopales.

N'oublions pas que c'est l'empereur qui l'a fait évêque.

On dit qu'il a abandonné son carrosse et qu'il trottine sur un âne.

- Il va reverser aux indigents ses allocations de frais de carrosse

et ses frais de tournée pastorale.

Et s'il s'infligeait une pénitence

- parce qu'il a fauté ? - Cet homme est différent.

Il visite les pauvres tant qu'il a de l'argent.

Quand il n'en a plus, il visite les riches.

Il dit que c'est là qu'il peut en trouver à redistribuer.

- Il a su se faire accepter par ses ouailles.

Savez-vous comment on l'a surnommé ?

"Bienvenu", "Monseigneur Bienvenu".

C'est comme ça qu'ils vous appellent.

- J'aime ce nom. "Bienvenu" corrige le "Monseigneur".

Je vous trouve bien tolérant.

Ici, beaucoup de bouches parlent et fort peu de têtes pensent.

Votre Grandeur,

ce n'est pas à vous de ramasser les patates.

- Un homme d'Église doit s'agenouiller le plus souvent possible

ou il finit par croire

- qu'il est important. - Et de moi ?

Que disent-ils de moi ?

J'imagine que je fais jaser.

- Qu'ils essayent, ils auront affaire à moi.

Ils savent que, sans vous, il répondrait jamais à son courrier.

Il serait oublié de ses amis, de ses cousins

et du conseil épiscopal.

- Les autres évêques préfèrent ne pas avoir de mes nouvelles.

Pour eux, je suis une porte ouverte et ils n'aiment pas l'air frais.

- Les grosses mitres, comme les gros bonnets, ne sont pas les plus justes.

Vous qui écrivez si bien, vous devriez écrire sur votre frère.

Les grands hommes méritent de grands hommages.

- Je n'ai pas ce talent, et même, les éditeurs

ne feraient jamais confiance à une femme.

Et puis, il faudrait que monseigneur Bienvenu

nous révèle toute sa vie.

Or, il est des choses qu'il ne veut pas raconter.

Monseigneur est un saint homme.

Si vous n'écrivez pas ce livre, il faudra que quelqu'un le fasse.

Quelque grand auteur.

Quelqu'un comme M. Châteaubriand.

Mais je refuse qu'il écrive

que je vous laissais mourir de faim !

Elle toussote.

Thème mélancolique

Et si nous allions dans le jardin ?

Coup de sécateur

C'est très pratique.

On dit que c'est un ministre à la retraite qui l'a inventé

parce qu'il s'ennuyait.

Il ne faut jamais mésestimer les vertus de l'ennui.

- Ce n'est pas l'objet que je regarde, c'est toi.

Hm.

Elle toussote.

Pourquoi n'es-tu pas venue me voir plus tôt ?

- Tes lettres avaient pour but de me remettre dans le droit chemin.

Puis le ton de ton courrier a changé, alors, je suis venue.

- Pardonne-moi.

- Et puis, je voulais que tu gardes un autre souvenir de moi.

- Tu resteras celle qui prenait ma défense auprès de nos parents

quand je m'étais battu.

- Une sainte ? - Hé...

- À celui qui écrira ta vie, je demanderai de me camper en vierge

avec à peine assez de corps pour qu'il y ait là un sexe.

Une créature diaphane, fine et transparente.

- "Une créature diaphane, fine et transparente."

Tout le monde ne peut pas être

un saint homme.

- Les histoires de curé n'intéressent personne.

Votre grand auteur fera mieux

de trouver un autre personnage.

En attendant, le saint homme a faim.

Elle rit.

Quelqu'un vient.

Jean ronfle.

- Monseigneur est certain de vouloir accueillir cette bête ?

- Certains gestes sont des actes de foi.

- Asseyez-vous, mademoiselle.

- Laissez-moi faire mon travail. - Je peux bien me rendre utile.

Je devais rester quelques jours, cela fait trois mois.

Tu es ici chez toi.

Choc

Hm...

Puisque vous êtes prêtre, vous me demanderez pas d'argent ?

- Dieu est votre hôte, ici ou ailleurs, Il est partout.

- Pas là-bas.

Voilà qui est dommage.

C'est un endroit qui mériterait sa présence.

- M'engagez pas sur ce terrain, vous me jetteriez dehors.

Vous pouvez parler librement.

Rien ne vous privera ni du gîte ni du couvert.

Admets que les dieux

se montrent peu, surtout là où on aurait besoin d'eux.

Ni le tien ni les autres.

Ma sœur partage

vos interrogations sur l'existence de Dieu.

Pour ma part, j'avoue essayer de croire autant que je le peux.

- Il n'est jamais trop tard pour rencontrer Dieu.

De Dieu ou de l'homme,

lequel a créé l'autre ?

Sous le vernis des dieux, vous trouvez l'homme.

- Celui-là vaut pas mieux que l'autre.

Mon Dieu...

- Si c'est le tien, apprends-lui les bonnes manières.

Je vous interdis de blasphémer.

- Vous avez dit que c'était une maison où on pouvait être honnête,

- sans crainte d'en être chassé. - Et je vous le répète.

J'ai eu mon lot de mensonges.

Trop pour qu'on m'enguirlande avec des balivernes

qu'on donne aux gagne-petit, aux misérables.

À ceux-là, on donne à gober des légendes :

l'âme, l'immortalité, le paradis.

Ils mâchent tout ça, ils le mettent sur leur pain sec.

Qui n'a rien a le bon Dieu.

Eh ben non.

- Qui n'a rien n'a rien. - Que faites-vous des Évangiles ?

"Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous.

"Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés.

"Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez."

C'est du charabia.

Les pauvres sont pas heureux.

Sacrifier la terre au paradis,

c'est lâcher la proie pour l'ombre.

- Je ne peux préparer le lit d'un tel individu.

Monsieur est notre invité !

- Les pauvres sont pas heureux. Ils sont pas beaux non plus.

Il vaut mieux être la dent que l'herbe.

Je vous aide à débarrasser.

S'il vous plaît.

Merci.

- Attendez, mademoiselle, je vais vous aider.

Il faut prévenir les gendarmes.

Nous ferons comme mon frère voudra.

- Monseigneur connaît pas ces hommes-là.

Il m'a agressée.

C'est juste un malheureux.

- Ces malheureux n'ont rien à faire ici.

Ces malheureux sont déjà là.

Pourquoi vous dites ça ?

- Une fille-mère qui met son enfant en pension

pour trouver un moyen de la nourrir, n'est-ce pas une malheureuse ?

Une femme qui, le jour où sa fillette tombe malade,

ne peut ni la soigner ni la voir avant qu'on l'enterre,

n'est-ce pas une malheureuse ?

Une mère qui a tant pleuré

qu'elle n'a plus la moindre larme, n'est-ce pas une malheureuse ?

- Vous êtes la sœur de Monseigneur. - Je suis donc l'une et l'autre.

- Je dis, mademoiselle, que vous mélangez tout

et qu'il y a, de l'autre côté de ce mur,

ce qui se rapproche le plus d'un ange

et d'un démon.

Je vais me coucher.

Vous pourrez me monter une brique chaude ?

- Bien sûr. Laissez infuser votre tisane, je vous l'apporterai.

Et barricadez-vous.

Nous ne savons rien de lui.

Monseigneur n'a pas demandé quelle était son histoire.

Or, sa faute est dans son histoire.

- C'est pour cela que mon frère ne lui en a pas parlé.

Il y a des coupables qui n'ont que trop leur misère à l'esprit.

Le mieux est de les en distraire en leur faisant croire qu'ils sont

- des personnes comme les autres. - Mais c'est un animal.

Une bête.

Un homme.

Bonne nuit, Mme Magloire.

- Vous pensez que je vais parvenir à dormir

avec un bagnard sous notre toit ?

Le loquet, mademoiselle.

Pensez à le fermer.

Je vous fais peur ?

J'ai été surprise.

Mon frère n'est pas avec vous ?

- Je cherchais les latrines pendant qu'il nous trouve du vin.

Vous m'avez défendu, pourquoi ?

- Car je sais que certaines erreurs vous poursuivent toute votre vie.

Venez.

Pour votre bras.

Puis je suis de votre avis, comment pourrions-nous être heureux

quand des enfants travaillent comme des bêtes de somme

et que des femmes vendent leurs dents pour 40 francs ?

Le prix d'une botte d'asperges.

Quand ce ne sont pas leurs dents, c'est le reste, le corps et l'âme.

Elle toussote.

La nuit va être froide.

- Ne fait-il pas toujours froid pour des gens comme vous et moi ?

- La bonne a raison, fermez votre porte au verrou.

- Il me reste trop peu de temps pour vivre dans la peur.

Puis que voulez-vous qu'il m'arrive ?

Il y a longtemps que je suis morte.

Thème intrigant

- Je suis content que ce vin vous plaise.

Prenez quelques biscuits aussi.

Que diriez-vous d'aller faire quelques pas dehors ?

- Par ici. - Je vous suis.

- Tout à l'heure, vous avez essayé de vous faire haïr, pourquoi ?

Je donne ce qu'on attend de moi.

Je comprends.

J'en doute.

- Comment voulez-vous qu'on vous pardonne

si vous êtes en guerre avec tout le monde ?

Je ne demande ni accorde de pardon.

- Mais être méchant, c'est un effort, non ?

Vous avez payé votre dette à la société,

vos droits sont aujourd'hui les mêmes que les miens.

- Vous avez droit à un toit et moi, à coucher dehors.

- Vous ne coucherez pas dehors. - L'exception change rien à la règle.

Ce que je vois dans les yeux de votre domestique,

c'est dans tous les regards.

Myriel soupire.

J'aime ces moments.

Ils me font accepter l'infini.

La journée terminée en annonce une autre, tout va recommencer.

Le spectacle de la nature m'a toujours apparu revigorant.

Et c'est l'heure où les parfums s'exhalent.

L'énergie du monde nous abreuve

et le ciel devient une permission.

Tout dépend de qui on est.

Vous croyez que le bonheur des uns

se fait sur le malheur des autres.

- Les étoiles suffisent pas à calmer les souffrances.

Ceux du haut vantent la voûte céleste quand ceux du bas voient que la nuit.

Mais les étoiles sont là.

- Certaines lumières mettent en relief l'obscurité.

- Je n'avais jamais vu les choses comme ça.

Votre mur est en mauvais état.

Là-bas, près de l'escalier.

Faites-le réparer ou quelqu'un va se faufiler chez vous.

Pourquoi enjamber le mur

quand la porte est ouverte ?

Thème inquiétant

Je vous accompagne jusqu'à votre chambre.

Tintements métalliques

- Entre la grande cuillère et les couverts, il y en a pour 200 francs.

C'est le double de ce que j'ai gagné en dix-neuf ans.

Voilà.

Toute la justice du monde résumée dans un placard.

J'ai pas dormi sous le même toit qu'une femme

depuis dix-neuf ans.

Crois-tu vraiment qu'un loquet va m'arrêter ?

La seule question que tu dois te poser,

c'est : "À quelle heure va-t-il venir ?"

Quelqu'un vient.

C'est par ici.

Je vous en prie, monsieur.

Cela vous conviendra ?

Je vous ai fait porter un verre d'eau.

Demain matin, vous boirez une tasse de lait de notre vache.

Je la trais moi-même.

- Je vous dis que je suis un forçat, vous m'appelez "monsieur".

Qui vous dit que j'ai pas assassiné ?

Faites une bonne nuit, monsieur.

Thème intrigant

Cliquetis de chaînes

Un homme crie des ordres.

Un homme raconte :

- Quel que soit son destin, chaque fois qu'il scrute l'obscurité,

celui qui a connu la chaîne revoit les mêmes visages.

Les mêmes preuves de la noirceur du monde.

Aaah...!

Il reste à jamais en proie à l'hilarité des ténèbres.

Le vent siffle.

Fff...

Gue...

Craquements

Il pleut à verse.

Coup de tonnerre

Coup de tonnerre

Elle toussote.

Coup de tonnerre

Coup de tonnerre

L'homme raconte :

- Jean Valjean s'était laissé tomber tout habillé sur le lit.

Toute son histoire lui revint.

Tout ce qui l'avait amené là.

Thème dramatique

Il avait perdu en très bas âge son père et sa mère.

Il ne lui restait pour toute famille qu'une sœur.

Elle avait déjà cinq enfants quand elle devint veuve.

Il resta et subvint à leurs besoins.

Il s'était loué comme homme de peine pour apporter du pain

à la maison.

Émondeur.

Manœuvre. Bûcheron.

Il acceptait tous les travaux.

- Touche à rien, va chercher les autres.

Dépêche-toi !

Le vent siffle.

Il arriva qu'un hiver fût rude.

La nourriture vint à manquer.

Cinq enfants, pas de pain.

Que voulez-vous qu'il advînt ?

Bris de verre

Quelqu'un frappe.

Cette miche de pain scella son destin.

Cliquetis de chaînes

Thème inquiétant

Halte !

Si vous êtes là, c'est que la société ne veut plus de vous,

que vous êtes coupables.

Si vous crevez, personne ne vous regrettera.

Alors, ne vous faites pas remarquer.

Allez, au travail.

Le bagne,

ce n'est pas seulement la privation de liberté.

Ce sont aussi les travaux forcés.

Tous les jours de l'année.

Année après année.

La pierre vous épuise.

Elle vous assèche.

Elle vous détruit.

L'identité se dissout dans la poussière.

Les hommes deviennent des spectres.

Il tousse.

Le temps se mesure aux marques qu'il laisse sur les visages.

Pourtant, ce sont les cicatrices qu'on ne voit pas

qui sont les plus profondes.

Celles qui ont laissé s'écouler l'espoir.

Jean Valjean avait volé un pain.

Claude Gueux avait volé un pain.

Tu fais quoi ?

Monsieur le directeur.

Je juge quelqu'un.

- Quatre vols sur cinq ont pour cause la faim.

Bonjour, monsieur le directeur.

Claude Gueux

était un homme calme. Choc et cri

Mais le directeur du bagne

l'avait séparé de son seul ami sans lui en donner la raison.

Soulevez ! Soulevez !

Mes jambes ! Mes jambes !

Les semaines passaient,

et chaque fois que Claude l'interrogeait

sur le motif de sa décision...

- Vas-y ! - Prenez ceux-là !

L'autre lui donnait la même réponse.

"Parce que."

"Parce que."

Le directeur était de ces hommes qui aiment abuser

du pouvoir qu'ils ont.

Pourquoi ?

Parce que.

- L'étincelle que de tels briquets arrachent à de tels cailloux

allume souvent des incendies.

- Ah ! - Vas-y Claude, saigne-le !

- Saigne-le, allez !

Allez ! Allez !

Allez ! Tape !

Finis cette salope ! Vas-y, allez !

Saigne-le !

Finis-le !

Voilà le genre d'événement dont tout forçat est témoin

tous les jours de sa peine.

Les humiliations de l'un

aident parfois à comprendre les comportements de l'autre.

Et ce qu'avait enduré Claude

était en bien des points semblable à ce qu'avait enduré Jean.

Là où il aurait fallu trouver de l'espoir,

de la confiance, de l'amitié,

il ne trouva rien.

Vous savez ce que Claude a répondu au juge

quand le juge lui a demandé : "Pourquoi vous avez fait ça ?"

"Parce que."

"Parce que."

"Parce que."

Hé ! "Parce que."

"Parce que."

Allez, les gars, je suis de bonne humeur aujourd'hui.

Je vous fais la lettre de vingt lignes à une pièce de bronze.

Celui qui ajoute un doigt de tabac, j'en fais un amoureux,

un prince, un littéraire.

Alors, il tenta de fuir.

De s'en aller.

Coups de fusil

D'être libre.

D'échapper à cet enfer.

À chaque tentative d'évasion, il risqua sa vie.

Aboiements au loin Une fois.

Deux fois. Trois fois.

Mais même de cela, il perdit le goût.

Aboiements

Tortille pas, c'est ton tour.

Tu vas pas préférer la gamelle à diarrhée à la liberté ?

Tu vas attendre la fin de ta peine,

dépenser la moitié de ton argent chez un fripier

pour essayer de faire oublier ce que tu es.

T'as vu de quoi on a l'air quand on sort d'ici ?

Les braves gens n'auront qu'à voir tes yeux.

Tu seras marqué, comme nous tous.

Autant se faire la belle tant qu'on en a encore la force.

- S'évader, c'est tourner la tête à chaque instant,

tressailler à chaque bruit, avoir peur de tout.

Du toit qui fume.

De l'homme qui passe. Du chien qui aboie.

Aboiements

Du sentier, du buisson.

Du sommeil.

C'est un autre châtiment.

Une autre usure.

Aboiements

Un autre vide.

Thème angoissant

Toutes mes tentatives d'évasion

ne m'ont valu que des prolongations de peine.

Tout ça m'a trop coûté.

Les années passent, ceux que j'aimais m'ont oublié.

Je ne sais où ils sont, ni même s'ils sont vivants.

Je ne me souviens même plus de leurs visages.

- Alors, il se replia en sa conscience.

Et se constitua en tribunal.

Il commença par se juger lui-même.

Il reconnut qu'il n'était pas un innocent injustement puni.

- Fais attention ! - Qu'il avait eu tort.

Aïe ! Ah !

- Laisse-moi ! Laisse-moi !

- Puis il se demanda s'il était le seul coupable

dans cette fatale histoire.

Si sa peine n'était pas une sorte d'attentat

du plus fort sur le plus faible.

Un crime de la société sur l'individu.

Un crime qui recommençait tous les jours.

Un crime qui durait depuis dix-neuf ans.

Ça doit parler aux citoyens.

- Je t'ai déjà dit d'arrêter de chier de l'encre !

- Coups de bâton - Aïe !

Tu veux du rab ?

Ça te va, ça ?

Ces questions faites et résolues,

il jugea la société et la condamna.

Il la condamna à sa haine.

Oh !

- Qu'est-ce qui t'arrive à toi ?

Allez, Jean !

Cris, encouragements

Oui, oui, Jean !

Huées

- Si le grain de mil sous la meule avait des pensées,

il penserait sans doute ce que pensait cet homme.

La société humaine ne lui avait fait que du mal.

L'homme était encore bon quand il arriva au bagne.

Il sentit qu'il devenait méchant.

Thème intrigant

Il respire vite et fort.

Il souffle.

Quelqu'un ronfle.

Il brise la vitre.

Thème intrigant

Une porte claque.

Il tape contre la porte.

Non ! Non !

Il la frappe.

Mme Magloire tombe.

Tintement métallique

Elle souffle.

La porte grince.

Il la frappe.

Bruissement du vent

Des oiseaux pépient.

Bonjour, Mme Magloire.

Bonjour, Monseigneur.

L'affreux homme est sujet de toutes les conversations en ville.

Tout le monde jacasse et vous mange l'oreille.

- Heureusement que vous n'êtes pas comme eux.

Non, je ne suis pas comme eux.

Moi, j'apprends à lire.

Peut-être qu'un jour, je pourrai discuter de grands auteurs avec vous

- et comprendre ce que vous dites. - Je n'en doute pas.

Je n'en doute pas.

Votre Grandeur, je vous le répète :

ces fleurs ne servent à rien, vaudrait mieux avoir des salades.

- Je ne suis pas de votre avis, Mme Magloire.

Le beau est aussi utile que l'utile.

Plus, peut-être.

Apportez-moi une chaise, ma grandeur ne va pas jusqu'à cette branche.

- Vous mériteriez que je vous prive de déjeuner.

J'ai trouvé un panier.

Je l'ai posé sur le rebord du puits.

- C'est la panière de l'argenterie. - Peut-être.

- Monseigneur, où est passée l'argenterie ?

Ça, je ne sais pas.

- Mon Dieu, c'est l'homme d'hier qui l'aura volée.

J'ai vu la façon dont il regardait l'argenterie hier soir.

Et voilà, j'en étais sûre !

Il n'est plus là, il est parti !

Monseigneur !

Monseigneur.

L'homme est parti, l'argenterie volée.

Je vous l'avais dit, ces hommes sont des monstres.

- Cette argenterie était-elle vraiment à nous ?

Mme Magloire,

je détenais à tort et depuis fort longtemps cette argenterie.

Elle était aux pauvres.

Et qu'était-ce que cet homme ?

Un pauvre, évidemment.

Hélas, Jésus,

ce n'est ni pour moi ni pour mademoiselle, cela nous est égal.

Mais c'est pour Monseigneur, avec quoi va-t-il manger maintenant ?

Appelons les gendarmes.

Monseigneur est trop bon,

il finira tout nu.

Je veux dire, il faut pas se laisser dépouiller.

Vous voilà avec des couverts en bois. Un évêque a droit au confort.

Mme Magloire,

un prêtre opulent est un contresens.

Votre confort est un superflu

qui me crierait sans cesse aux oreilles :

"Des hommes ont faim, ont froid, il y a des pauvres."

Et il y en aura toujours.

C'est pas une raison pour se priver du nécessaire.

Encore moins de se laisser voler.

J'ai tout ce qu'il me faut.

- Aidez-moi, mademoiselle. Lorsqu'on a un grand cœur, on mérite

- des honneurs et des dorures. - Je suis de votre avis.

Mon frère

a un cœur en or.

Mais ne confondez pas

or et dorure.

Si on réfléchit, les dorures recouvrent rarement l'or.

- Y a-t-il eu vol, oui ou non ?

Quand il y a vol, il y a gendarmes.

A-t-on idée, doux Jésus, de recevoir un tel homme ?

Un bonheur encore qu'il n'ait fait que voler.

C'est à frémir quand on y songe.

- Inutile d'imaginer des drames qui n'ont pas eu lieu.

Mais ils auront lieu.

C'est pour ça qu'il faut prévenir les gendarmes.

Pensez aux autres.

Aux prochains que cet animal volera.

Aux vieilles auxquelles il fera peur. Aux hommes bons qu'il trahira.

Il faut le dénoncer par charité !

Je veux dire qu'il... On frappe.

Entrez !

Stop.

Dieu soit loué.

Bravo, messieurs, nous allions...

Ah, vous voilà !

Et alors ?

Vous ne vouliez pas nous réveiller,

mais de là à partir sans nous dire au revoir...

- On a vu ce gars courir avec un sac, comme un fuyard, on l'a rattrapé.

Il nous a présenté son passeport jaune en arrivant en ville.

C'est un repris de justice.

- Libération n'est donc pas délivrance.

On sort du bagne, mais pas de la condamnation.

- Monseigneur, il y a ce qu'il y avait dans le sac.

Des couverts en argent.

Il y a les armoiries de l'évêché sur la serviette qui les entoure,

alors, je me suis dit que...

C'est une méprise.

Ces couverts viennent bien d'ici, mais ils ont été offerts.

Jean récupère les couverts.

Et vous aviez oublié...

"Monseigneur", c'est pas un curé ?

- Silence, toi. C'est Monseigneur l'évêque.

Les chandeliers.

Dans ce cas.

Excusez-nous de vous avoir dérangé, Monseigneur.

Non.

Vous ne m'avez pas dérangé. Messieurs.

Mesdames.

- Je n'ai le goût ni des potences ni des échafauds.

- Il faut bien punir, sinon, c'est le charivari.

Puis ces hommes-là ne restent jamais bien longtemps innocents.

Regardez l'histoire de la fausse monnaie.

Vous doutiez du coupable, mais le procureur a obtenu des aveux.

- Ah ? - Oui.

Ce procureur est bien malin.

Il a fait croire à la bonne femme que le mari couchait ailleurs

en lui montrant les lettres d'une prétendue maîtresse.

La femme l'a cru et a dénoncé le mari.

- Où jugera-t-on ce couple ? - À la cour d'assises.

- Ah. Et où jugera-t-on le procureur ?

- Bonne journée, Monseigneur. - Bonne journée, messieurs.

Monseigneur.

Quelqu'un entre.

- Voulez-vous un verre d'eau ?

- Mme Magloire, n'est-ce pas l'heure de traire la vache

et de cueillir nos œufs ?

Au revoir, monsieur.

- Voulez-vous venir vous asseoir ?

Jean repose le verre brutalement.

Je n'ai pas toujours été l'homme que je suis aujourd'hui.

Un jour en Italie, il y a des années de cela, j'ai...

J'ai perdu l'être que j'aimais le plus au monde.

Ce jour-là, je n'étais que colère et violence.

J'en ai voulu à la Terre entière.

Je suis rentré en religion

comme d'autres choisissent la haine.

Ma foi était celle de ceux qui veulent combattre et évangéliser.

Une foi pleine de certitudes.

Étriquée.

Une foi de missionnaire.

Partout où j'allais, il me fallait convaincre

et imposer ma foi.

J'avais appris qu'un ermite souffrant de la pire des réputations

était au plus mal.

On me l'avait présenté comme un ennemi de l'Église.

Un conventionnel ayant voté la mort du roi.

J'y vis une nouvelle fois l'occasion de prouver ma valeur.

De convaincre une âme perdue de se mettre en règle avec Dieu.

On m'avait promis de grands malheurs en venant vous voir.

Des coups et des insultes.

Le tout à profusion.

- Je n'ai plus l'énergie pour de tels accueils.

Les gens aiment bien continuer à vous voir selon leurs désirs.

J'ai ma réputation.

- Vous n'avez plus beaucoup de temps pour en changer.

- Je suis au bout de mon chemin, en effet.

Mais finir est une affaire simple.

Je mourrai ce soir, ici.

À la belle étoile.

Je pars parce que je le veux bien.

Mon temps est venu.

Je veux être libre jusque dans mon agonie.

- Si vous en êtes certain, il serait regrettable

que nous nous fussions rencontrés pour rien.

- Si vous êtes venu dans l'espoir de me confesser, M. le curé,

vous aurez mangé de la poussière pour rien.

- Si je suis là, c'est parce que vous vous êtes égaré

et que vous en avez besoin.

- Je reconnais avoir voté la fin du tyran.

Mais c'était aussi voter la fin de la prostitution pour la femme,

la fin de l'esclavage pour l'homme, la fin de la nuit pour l'enfant.

En votant la république, j'ai voté cela.

J'ai voté la fraternité, la concorde.

L'aurore.

- Peut-être. Mais vous oubliez la Terreur.

Il y a eu 89, mais il y a eu aussi 93.

- Un nuage s'est formé pendant 1 500 ans.

Il a enfin crevé et vous faites le procès au coup de tonnerre ?

- Cette foudre-là n'aura pas toujours frappé au bon endroit.

- Je pleurerai avec vous sur les enfants des rois

si vous pleurez avec moi sur les petits du peuple.

- Je pleure sur tous. - Également.

Mais si la balance doit pencher, que ce soit du côté du peuple.

Il y a plus longtemps

qu'il souffre.

Ne pas croire aux vertus de l'eau bénite,

à la maternité d'une vierge

ou à la résurrection d'un supplicié à couronne d'épines

n'est pas pour autant ne pas croire.

Le genre humain existe.

- Je revois souvent la noblesse de ce visage.

Le temps inscrit dans ses mains.

Cette larme versée sur le genre humain.

Dieu est dans ces moments-là.

Cet homme m'a réconcilié avec le monde.

Les hommes sont des mères, mais ils ne le savent pas.

N'oubliez pas.

N'oubliez jamais.

Quoi donc ?

- Que vous m'avez promis de devenir un honnête homme grâce à cet argent.

Jean Valjean.

Mon frère.

Thème mélancolique

- La sœur de Monseigneur : - Jean Valjean fuyait.

Il ne savait pas quoi, mais il fuyait.

Il se sentait une sorte de colère.

Il ne savait pas contre qui.

Il voyait avec inquiétude s'ébranler l'espèce de calme affreux

que l'injustice de son malheur lui avait donné.

Votre bras.

Allez !

Mon frère.

- Un enfant : - Ah, ça ira, ça ira, ça ira

Les aristocrates à la lanterne Ah, ça ira, ça ira, ça ira

Les aristocrates, on les pendra

Le despotisme expirera

La liberté triomphera

Ah, ça ira, ça ira, ça ira

Nous n'avons plus ni nobles ni prêtres

Ah, ça ira, ça ira, ça ira

L'égalité partout règnera

Une pièce tinte.

Salut.

Salut.

Ma pièce, monsieur, elle a roulé sous votre pied.

Ma pièce de quarante sous.

Elle est à moi.

C'est... ma pièce !

- Qui es-tu ?

- Je m'appelle Petit-Gervais, je suis ramoneur.

Vous avez pris mon argent.

Rendez-le-moi !

- Va-t'en.

- Pas sans ma pièce ! - Va-t'en, je te dis !

Petit !

Petit !

Reviens que je te rende ta pièce !

Thème symphonique

Petit !

Petit !

Petit !!

Petit !!

Petit !!

Petit !!

Des oiseaux pépient.

Jean Valjean :

L'histoire d'un homme n'est pas seulement l'histoire d'un homme.

Elle est aussi celle de ceux qu'il rencontre.

Ceux-là sont parfois oubliés.

Parce que leur destin est moins mémorable,

moins extraordinaire, moins romanesque.

Pourtant, il y a parmi eux des êtres d'exception.

Des êtres qui redonnent espoir en réduisant l'espace

entre ce qui est et ce qui devrait être.

Ceux-là font plus que de montrer le chemin.

Ils vous donnent l'exemple de ce qui est possible.

Ils vous rendent l'innocence.

Thème mélancolique

Les digues avaient rompu.

Et puisqu'il n'était plus question d'en être le pire,

il faudrait dorénavant être le meilleur des hommes.

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