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Original subtitles

À la mémoire de Sara Gomez

Les événements présentés ici ont eu lieu

au Moulin à sucre de La Havane

à la fin du siècle dernier.

MERCREDI DES CENDRES

Sales nègres !

Vous allez voir qui est Don Manuel !

- Toi, tu l'as aidé ! - J'ai pas aidé Sebastian.

- Alors, qui ? - Personne d'entre nous.

Sebastian se débrouille tout seul.

Où dormait-il ? Là ?

- C'est à lui, ça ? - Oui !

M. Le Comte vient d'arriver !

Manquait plus que ça !

Allez, au travail !

Toi, debout !

Bonjour à tous.

Bonjour.

Bonjour, mon père.

M. Le Comte, quelle joie de vous voir guéri !

Dieu est généreux, mon père.

Trop aimable.

- Mes hommages, Madame. - M. Le Comte.

Mais où est Don Manuel ?

Au travail !

M. Le Comte.

Justement, je vous cherchais.

Un nègre vient de s'enfuir.

Laissez-moi le temps d'arriver.

M. Duclé,

j'ai d'importants projets dont je veux discuter avec vous.

Quand il vous plaira.

Don Manuel, à midi, dans mon bureau.

Je me sens... un peu fatigué.

Ce voyage m'a paru interminable.

On a pris du retard et je ne voulais pas voyager de nuit.

Comment ça se passe ici ?

A priori, pas très bien.

Ah ! Cette odeur m'insupporte vraiment,

mais cela me fait tellement de bien.

Et votre œuvre, mon père ?

C'est difficile.

Les nègres n'entendent rien à la doctrine du Christ.

Allons, courage !

Vous savez pourquoi je suis là.

Au fait, vous n'avez pas eu de problèmes pour…

Non, non, tout est prêt.

Hélas, tous ne craignent pas Dieu.

Le contremaître est si dépravé !

Nous sommes peut-être injustes

de juger ainsi Don Manuel.

Ces temps-ci,

il n'est pas facile de maintenir le cap,

la mer est si agitée.

S'ils avaient davantage foi en Dieu,

s'ils pensaient plus à l’Église

et moins aux combats de coqs,

à la chasse, à l'eau-de-vie

et aux négresses...

Néanmoins, mon père,

je ne suis jamais en paix.

Je vis dans l'angoisse perpétuelle

et même le jour,

j'erre dans un labyrinthe de ténèbres.

Où est la voie, mon père ?

En Dieu

et rien qu'en Dieu.

Et le nègre qui s'est enfui

ce matin ?

Il a voulu me ridiculiser devant les autres.

Je sais pas ce qu'on vous a raconté.

Il manquait des nègres à la messe, dimanche…...

Il a fallu réparer d'urgence...

Ce n'était pas un dimanche comme les autres.

C'est la semaine sainte, c'était les Rameaux.

Le curé a raison...

Lui, il n'a pas à produire 11000 arrobes !

Il faut respecter la semaine sainte

et nos devoirs envers Dieu.

Et les 11000 arrobes ?

Il faudra les fouetter davantage

et les mettre au carcan.

Pourquoi me dire cela, à moi ?

C'est vous, le contremaître !

Mais il faut respecter l’Église !

Regardez, Excellence,

avec ce nouveau système, un seul foyer

alimente toutes les chaudières.

Le feu est bas !

De la bagasse ! Ravivez le feu, morbleu !

De la bagasse ? Et qu'est-ce que ça donne ?

C'est parfait. On y était bien obligés.

La forêt s'épuise.

Vraiment, je suis émerveillé par vos initiatives.

Mets-en !

Pardon, Excellence...

C'est vrai,

vous auriez pu vous en tenir à votre tâche,

et l'accomplir efficacement, mais…

Je trouve ces innovations fantastiques.

- Votre avis, Don Manuel ? - C'est bien.

J'ai des projets pour la prochaine récolte.

Un nouveau modèle de moulin pour la canne,

trois blocs horizontaux disposés en triangle.

Je suis en pourparlers avec des Anglais...

Pardon, c'est le moment. Remue !

Retire-le !

Vite ! C'est à point.

Désolé, Excellence,

c'est une manipulation qui ne peut attendre.

Chaque chose à son heure, c'est là tout le secret.

Ou plutôt, la technique.

La technique ? Pas du tout.

On naît maître du sucre.

C'est un pouvoir qui vient du berceau.

C'est la Nature qui nous y prépare.

Elle seule nous livre le secret

qui prend possession de tout notre corps.

On croirait de la sorcellerie.

Dans l’Église, certains rites complexes

s'apparentent à la sorcellerie or cela n'a rien à voir.

Il n'y a pas de sorcellerie, car leur fin est limpide.

Celle de ces poudres ne l'est pas moins : faire du sucre.

Votre secret est donc dans cette bourse ?

Non, Excellence. Là-dedans.

Ça sert pour la transformation de la canne.

Le vesou, à l'origine vert, devient une substance foncée,

parce qu'apparemment le blanc doit d'abord être noir.

Peut-on savoir ce que contient cette bourse ?

Rien de secret.

Pardon ?

De la crotte de poule.

Et voilà le sucre :

Le sucre brut, la cassonade

et après, la consécration purificatrice, le sucre blanc.

Le sucre 8 été purifié par le feu,

comme l'âme des justes au purgatoire, mon père.

Hélas,

toutes les âmes ne sont pas purifiées au purgatoire.

Hélas, tout le vesou ne se transforme pas en sucre blanc.

Au fait, M. Duclé, pensez-vous

que le nouveau moulin va augmenter la production ?

Oui. Ce moulin horizontal finira par s'imposer.

Mais...

il faudra plus de canne pour un moulin pareil.

Ne vous en faites pas, il y en aura.

Mais seuls les nègres coupent la canne.

Que voulez-vous dire ?

Il faudra plus de nègres.

S'il le faut, on en fera venir d'autres.

Et...

un jour, il y aura plus de nègres que de Blancs.

Ne vous en faites pas, on sait comment s'y prendre avec eux.

Don Manuel !

Je vous le ramène !

M. Le Comte, le voilà.

Ça va t'enlever l'envie de recommencer.

Pour vous, M. Le Comte.

JEUDI SAINT

Je t'ai donné à manger,

chante pour ton maître.

Allez !

Edmundo...

M. Le Comte m'appelle ?

Fais porter un message à Don Manuel.

J'irai moi-même.

Les nègres de la sucrerie sont trop bêtes pour ça.

Alors, vas-y.

Qu'il réunisse tous les esclaves.

Moi y compris, M. Le Comte ?

Non, non. Toi, tu es mon esclave personnel.

- Merci beaucoup. -Allez, dépêche-toi.

Où faut-il les réunir ?

- Devant le moulin. - J'y cours.

Avance, sale nègre !

Arrête-toi et tu finiras comme Sebastian. Avance !

Don Manuel,

choisissez-moi 12 nègres de la sucrerie.

Pourquoi ?

Obéissez.

Je demandais juste... pour bien choisir.

Faites ça au hasard, un de chaque groupe.

Toi.

Toi aussi.

Vas-y.

Toi.

Vous.

Vas-y.

Toi. Plus vite !

Où est l'esclave marron capturé hier ?

Condamné...

au carcan.

Ça sera le dernier.

Faites-le soigner et emmenez-le à la chapelle.

Mais M. Le Comte...

Obéissez, Don Manuel.

Aller au Ciel, c'est quoi ?

Aller au Ciel, c'est quoi ?

C'est aller voir Dieu.

Être avec Dieu, vivre dans la maison de Dieu,

pas à la cuisine, mais au salon.

C'est manger à la table de Dieu,

avec la Sainte Vierge, notre mère,

avec les anges et les saints, nos frères.

C'est ça, aller au Ciel.

Nul ne donne d'ordres, nul n'est mauvais,

nul ne se dispute, nul ne se met en colère.

Tout le monde s'aime. Nul ne dit : "Ça, c'est à moi !",

tout est à tout le monde et nul ne manque de rien.

C'est merveilleux,

ne trouvez-vous pas ?

Ça ne vous donne pas envie d'y aller ?

Pour pouvoir y aller, il faut

être propres

et respecter les Commandements.

Pour être un bon esclave, il faut accomplir sa tâche,

respecter le maître,

le servir, car Dieu veut qu'il en soit ainsi,

l'aimer beaucoup,

car Dieu veut qu'il en soit ainsi.

Pas comme ça, mon fils, tout le corps !

Tu t'es assez lavé les mains.

Lave-toi la tête !

Allez, plus vite que ça !

Oh, mon Dieu !

J'ai mal dans la poitrine.

C'est si froid que je vais mourir.

- Que faites-vous là ? - On lave le linge du maître.

Vous n'avez pas besoin...

de montrer votre corps.

Couvrez-vous, effrontées !

C'est mieux,

même si le démon

reste le démon.

Les nègres ne se baignent pas là !

Partez, filles de Satan !

Fini, la lessive, partez !

Laisse ! De l'eau !

Ça vient !

Il l'a fait ?

J'en viens.

Quelle mouche vous pique ?

Vous auriez dû aller à l'église.

Ça vous aurait amusé,

de voir le comte laver les pieds des esclaves.

En réalité, cela n'a rien d'amusant.

M. Le Comte peut encore se permettre ces fantaisies.

C'est sa façon à lui de se racheter.

Je n'y comprends rien.

Il se passe ici une chose étrange.

Parmi les nègres à l'église, il y 3 Sebastian,

celui qu'on a rattrapé hier.

Et le comte lui baise les pieds !

A quoi je sers ?

Jusqu'où ça ira ?

Sebastian, ce nègre,

il s'est déjà enfui.

Chaque fois qu'on le rattrape, on le frappe comme un chien

et il ne meurt pas, l'animal.

Ce nègre doit avoir un pouvoir magique

pour rester en vie.

- Ça n'a rien de magique. - Si !

- Non. -Alors, c'est quoi ?

Sebastian est vigoureux

et plus résistant que les autres, voilà tout.

Vous l'avez vu ?

Sa blessure à l'oreille devrait grouiller de vers.

Je l'ai fouetté de bon cœur,

mais vous verrez que, une fois rétabli,

il s'enfuira à nouveau.

Buvez!

Tant que vous le pouvez encore.

Je sais ce que c'est quand les nègres se soulèvent.

- À Saint-Domingue... - Vous parlez toujours de...

Saint-Domingue !

Je les connais bien.

Il y avait plus de nègres que de Blancs et de métis.

À présent, il n'y a plus que des nègres.

Je n'aimerais pas que ma tête serve de balle

à des négrillons.

Tout cela, c'est pour vous.

Ce n'est pas un jour comme les autres.

C'est un jour spécial,

écrit dans le livre de Dieu.

Un jour comme celui-ci,

le Christ s'est réuni avec ses amis

les saints, ses disciples qui étaient comme ses esclaves

pour leur dire adieu.

Le Christ allait mourir.

Mon maître va pas mourir ! Mon maître est bon !

Mais non, je parlais du Christ.

Le Christ allait au Ciel,

Dieu le Père l'avait rappelé à lui.

Quelqu'un devait se sacrifier

pour toute l'humanité qui souffre.

Il fallait un agneau, quelqu'un qui subisse

le châtiment de Dieu sans protester, en silence.

Quelqu'un devait expier

tous les péchés des hommes.

Maintenant, mangez.

Mangez et buvez.

Maître,

vous me renvoyez à la sucrerie

avec tous ces nègres sales ?

Que dis-tu ?

Je suis pas d'ici, je suis de votre maison en ville.

Que fais-tu ici ?

Je suis venu avant-hier préparer votre chambre.

Don Manuel m'a provoqué par plaisir, j'avais rien fait.

"T'es pas à ta place, ici, le nègre. T'as rien à faire ?"

“Non, j'ai tout fini."

"Et où vas-tu maintenant '?"

"A l'église, remercier le Christ

"d'avoir un maître aussi bon."

Et qu'a fait Don Manuel ?

Il m'a envoyé couper la canne. Je veux pas…

Cesse de geindre.

Demain, tu n'iras pas à la sucrerie,

mais en ville avec moi. J'irai voir Don Manuel.

Merci, mon Dieu !

Comme mon maître est bon !

Pourquoi t'es-tu assis là ?

Tu aimes être à la droite du maître ?

Non, mais y'avait pas d'autre place.

D'où viens-tu ?

Je suis Loukoumi.

Ton nom, c'est ?

Bangoché. C'est un nom de roi.

Mais si tu as

du sang de roi, comment peux-tu être esclave ?

Un roi peut gagner la guerre ou la perdre.

Et tu l'as perdue ?

Oui, et on m'a vendu en Guinée.

Je suis venu sur un négrier, mais pas comme les autres.

Le capitaine du bateau était mon ami.

Quand j'étais roi,

j'ai vendu beaucoup d'esclaves au capitaine.

Ah, oui ? Combien t'a-t-on vendu ?

Le capitaine a dû donner beaucoup d'argent.

À bord, j'étais le seul à ne pas avoir de chaînes.

Je me promenais librement partout.

Quand le capitaine mangeait,

il m'invitait à sa table.

Votre Excellence et le capitaine se ressemblent.

Ah, bon ?

Tu préfères l'Afrique ou la plantation ?

Je suis esclave.

Où travailles-tu ?

À la raffinerie.

Avec Don Gaspar ?

Oui, avec Don Gaspar.

Est-ce qu'il te frappe ?

Il est pas comme Don Manuel.

Est-ce qu'il parle beaucoup aux esclaves ?

Non, il parle pas aux esclaves.

Il dit seulement : ”Activez le feu, morbleu !

"Activez le feu !"

Amène-le ici ! Tout près de moi !

Allez, pousse-toi.

Assieds-le ici.

Tu vois, Sebastian, jusqu'où t'a conduit l'orgue" !

Le nègre n'apprend rien,

il a la tête dure.

Le contremaître donne des ordres

et le nègre doit obéir en silence.

Et tout ça, parce que c'est une bête.

Le contremaître a donc raison d'agir aussi comme une bête.

Le nègre s'enfuit, le contremaître l'attrape

et doit le punir durement pour qu'il ne recommence pas.

Bois.

Ça te fera du bien.

Eh bien,

qui suis-je ?

Allons, tu me reconnais ?

Qui suis-je ?

Tu me reconnais ?

Je t'en conjure, au nom du Christ !

Qui suis-je ?

- J'appelle le contremaître ! - Reste à ta place, esclave !

Un jour...

comme celui-ci,

le Christ s'est humilié devant nous.

Il n'y a rien d'étonnant

à ce qu'un maître s'humilie devant ses esclaves.

Bois !

Buvez ! Apporte du vin !

Bois !

Je vous ai levés.

Mais l'un de vous

est peut-être encore sale.

Qu'y faire ?

Il y a de tout parmi vous,

des bons,

mais aussi des méchants et des traîtres,

comme Judas qui a vendu son maître pour 20 deniers,

non, pour 30.

C'était le prix d'un maître en ce temps-là.

Judas, cet être vil, qui a essayé

de tromper son maître, comme si c'était chose facile.

Le Christ savait qu'il allait mourir et qui l'avait trahi.

Il savait qu'il lui faudrait porter une lourde croix.

Que les méchants

lui cracheraient dessus

et le frapperaient.

Ils lui ont jeté des pierres,

l'ont ceint d'une couronne d'épines

et lui ont donné à boire du vinaigre.

Il le savait bien avant que cela arrive,

mais il a accepté son destin avec résignation.

Maintenant !

Ce jour-là, la veille de sa mort,

Jésus-Christ se réunit avec ses disciples.

Il rompit le pain et leur donna du vin.

Il prit alors la parole :

"Mangez, ceci est mon corps.

"Buvez, ceci est mon sang."

- Et ils l'ont mangé ? - Bien sûr.

Mon Dieu ! Ils ont mangé le Christ ?

Mais non, voyons, le pain et le vin !

Ah bon ! J'ai cru que les saints mangeaient

de la chair humaine, comme les nègres carabali !

Dites, Maître...

Lui, là-bas... c'est un nègre carabali.

Euh... Comprenez-moi bien :

Le Christ n'a pas été mangé par ses amis.

Bon sang ! J'y comprends plus rien.

Les saints, ils mangent ou ils mangent pas ?

Ils mangent...

Vous voyez bien, Maître. Le Christ ment jamais.

Non, Ambrosio. Tu n'as pas compris.

Viens t'asseoir à côté de moi.

Il faut être patient.

Ce jour-là, les disciples eux non plus

n'ont pas compris le Seigneur.

Ils l'ont compris bien plus tard...

C'est seulement quand ils l'ont vu souffrir sur la croix

qu'ils l'ont compris.

Allez, allez... Buvez et mangez !

Qu'est-ce que c'est bon !

- Tu sais, Ambrosio... - Quoi donc, Maître ?

Ton maître est heureux de partager

son repas avec les esclaves.

- D'où es-tu ? - D'ici même, Maître.

Je suis le fils unique de Encarnacion.

- Et ton père, qui c'est ? - Ma mère se rappelle pas.

Tu te plais, ici ?

J'aime la sucrerie, pas l'endroit où on dort.

Pourquoi ? C'est assez grand, pourtant.

C'était mieux, les grosses cabanes.

Y'a pas un poil d'air, là-dedans.

Et puis Don Manuel ferme la porte très tôt,

alors on entend plus rien : Ni les grillons,

ni le coq, ni le chien qui aboie pour un rien.

Mais au moins, vous pouvez dormir.

Moi, quand je viens ici,

les coqs, les chiens, les grillons et vos chansons

m'empêchent de dormir.

On préfère quand même les grosses cabanes.

Vous ne parlez que de cet endroit,

il n'y a pas que ça, dans la sucrerie !

Toi, par exemple, que préfères-tu ?

- La liberté. - La liberté ?

Oui, Maître. J'aime les jours de fête,

la nourriture, les combats de coqs

et le "ndoko".

Qu'est-ce que c'est ça ?

Le coq qui couvre la poule...

Les nègres sont maudits, ils sont nés pour souffrir.

Quand un nègre rit et chante, vous y fiez pas.

Quand un nègre chante, faut se demander qui pleure.

"Quand un nègre chante, Briyumba pleure...

"Quand un nègre chante, Briyumba pleure..."

Dans notre pays, quand un nègre 3 mm

c'est pas un jour seulement, c'est beaucoup de jours !

Et puis, c'est toute la famille qui a faim.

Un jour, un père qui était très bon

n'avait rien à donner

à manger à sa famille.

Alors il appelle son fils le plus beau,

son fils préféré, et il lui dit :

"Demain, on va chercher à manger pour la famille."

Et le lendemain...

"Je suis l'étoile du matin, tu es toujours avec moi

"car je sais jamais rien."

Ils chantent mais le père peut pas regarder le fils.

Ils marchent et le père cesse pas de pleurer.

Avant d'arriver à... Comment s'appelle

cet endroit avec du sable et de l'eau ?

- La plage. - C'est ça !

Avant d'arriver à la plage, le fils demande :

"Père, pourquoi t'as pleuré tout le long du chemin ?"

Et le père répond : "Je pleure parce que je dois te vendre

”pour acheter de quoi manger."

Le fils le regarde, se remet en route

et s'arrête plus de pleurer.

Quand ils arrivent à la plage, où sont vendus les nègres,

le fils se dépêche, se met à parler et vend...

...son propre père.

Avec l'argent, il achète plein de nourriture.

Mais mon histoire n'est pas terminée...

Quand la famille voit le fils arriver,

tout seul,

on lui demande : "Mais où est ton père ?"

"Le voici..."

"Assassin ! Tu as vendu ton propre père !"

On attrape le fils pour l'amener aux autorités.

Le fils est jugé, puis puni.

Devinez sa punition : Il est vendu aux Blancs !

Et avec l'argent, la famille mange une 2e fois !

"Je suis l'étoile du matin...

Le nègre pleure, car il sait rien.

"Celui qui est ni noir ni esclave peut pas comprendre."

Maître...

Je viens vous demander une faveur.

- Une faveur ? - Oui, Maître.

- Ça me coûtera combien ? - Peu de chose.

Je suis vieux...

J'en ai plus pour longtemps.

Je peux plus travailler comme avant,

je pourrai pas payer ma liberté.

- Tu vas être affranchi ? - Oui, Maître.

À condition que j'achète ma liberté.

Tu seras libre dans combien de temps ?

- Dans très peu de temps. - Quand ça, exactement ?

Je calcule et je recalcule tout en calculant...

Il me reste un an, rien qu'un an...

Tu es libre, Pascual.

Merci, Maître ! Merci, Votre Grâce.

"Ça y est, on y est arrivé... On peut dire que c'est bon..."

Oui, Maître ?

Viens t'asseoir près de moi. Toi, laisse-lui ta place.

- Tu es content ? - Oui, Maître.

- Qu'est-ce que tu vas faire ? - Je sais pas, Maître…

Voyez-vous ça ! Il ne sait que faire de sa liberté !

Je suis vieux, fatigué...

Alors quoi, tu comptes rester ici ?

- Où je pourrais aller ? - Tu te plais, ici ?

- Non, Maître. - Pourquoi rester, alors ?

Je sais pas où aller !

Pourquoi tu ne rentres pas chez toi?

Ça sert à quoi, d'être libre ?

- Je sais pas où aller... - Alors, tu n'es pas content ?

Voilà où je voulais en venir :

Ce n'est pas la liberté qui te rendra heureux !

Et vous savez pourquoi ?

Parce que le vrai bonheur, ce n'est pas d'être libre.

Le bonheur, c'est autre chose.

À mon tour de vous raconter une histoire.

Vous connaissez tous Saint François ?

Oui.

C'est celui qui est comme ça, dans l'église...

Maferefun Orula !

Bon…

Il y a fort longtemps,

accompagné de son disciple, le frère Léon,

Saint François entame un long voyage.

Il fait un froid glacial, c'est l'hiver.

Pas un hiver comme ceux d'ici,

mais un vrai hiver avec du givre et de la neige.

À un moment donné, alors qu'ils marchent sans répit,

Saint François rattrape le frère Léon,

qui l'a devancé, et il lui dit :

"Frère Léon...

si tu pouvais rendre la vue aux aveugles,

permettre aux sourds d'entendre,

faire marcher les estropiés et mieux encore,

faire ressusciter un mort de quatre jours,

eh bien... sache

"que ce n'est pas cela, le bonheur parfait."

Et ils continuent à marcher.

Plus loin, Saint François rappelle son disciple :

"Si tu parlais toutes les langues

et connaissais toutes les sciences,

si tu pouvais prédire l'avenir

et révéler les secrets de la conscience et de l'âme,

eh bien... sache

"que ce n'est pas cela, le bonheur parfait."

Et ils continuent à marcher...

Plus loin, Saint François s'adresse à nouveau à lui :

"Frère Léon...

si tu parlais le langage des anges,

si tu connaissais le mouvement des étoiles

et les vertus de toutes les plantes,

si tu connaissais tous les trésors de la terre,

le secret des oiseaux et des poissons,

le secret des animaux, des hommes, des arbres,

des pierres, des racines les plus profondes et de l'eau...

- ce qui signifie, rendez-vous compte, qu'on a tout,

qu'on sait tout,

qu'on possède un bien plus précieux que la liberté -

...eh bien, sache

"que ce n'est pas ça non plus, le bonheur parfait."

Ils continuent ainsi à marcher tout en parlant,

pendant deux lieues.

À un moment, exaspéré, le frère Léon demande :

"Mais alors, mon père,

"qu'est-ce que c'est, le bonheur parfait ?"

Saint François s'arrête

dans le froid glacial

et lui répond :

"Imaginons, frère Léon,

qu'on soit arrivés à destination.

On frappe à la porte du couvent

et le portier vient vers nous,

agacé d'avoir été réveillé en pleine nuit.

Il demande : "Qui va là ?" "Deux frères“, lui répond-on.

C'est alors qu'il nous lance :

"Vous n'êtes que des coquins qui trompent les gens

et volent l'aumône des pauvres. Hors d'ici !"

Il refuse d'ouvrir et nous laisse plantés là

toute la nuit, affamés et transis de froid.

Eh bien, si on supporte toute cette cruauté

sans perdre patience,

en pensant que c'est Dieu qui fait dire

ces horreurs à cet homme,

sache, frère Léon, que c'est en cela

que consiste le bonheur parfait.

J'irais même plus loin... Si nous insistons

et que le portier vient vers nous armé d'un bâton,

nous frappe jusqu'à nous faire tomber par terre

et s'acharne sur nous alors qu'on est couverts de boue...

si nous supportons cette cruauté sans perdre patience,

heureux de souffrir parce que nous devons partager

les souffrances du Christ par amour de lui…

Eh bien, sache, frère Léon,

"que c'est en cela que consiste le bonheur parfait !"

Pourquoi ?

Écoutez bien ce qui suit, c'est la clé de mon histoire.

De toutes les bonnes choses du Saint-Esprit

que le Christ accorde à ses amis,

la meilleure, c'est de savoir se maîtriser,

de supporter la souffrance, les injures et l'opprobre

par amour du Christ.

Toutes les autres bonnes choses,

c'est à Dieu que nous les devons.

Alors que la douleur,

c'est la seule chose qui nous appartient vraiment,

la seule que nous pouvons offrir à Dieu...

...avec joie.

Vous avez compris la morale, non ?

Voyons si j'ai compris.

Quand le contremaître nous bat comme plâtre,

faut être content ?

C'est exactement ça !

Et si vous le compreniez, vous pourriez être heureux.

Plus heureux que les Blancs !

Écoutez-moi bien.

Les nègres sont mieux préparés parla Nature

à supporter la douleur avec résignation.

On n'entend jamais un Blanc chanter dans les champs !

Les nègres, eux, chantent tout le temps.

Et c'est une bonne chose,

car ça fait oublier le travail et ça met de bonne humeur!

Aux champs, les Blancs souffrent plus que les nègres.

Et c'est parce que Dieu a fait les choses de telle façon

que les nègres sont prédisposés à couper la canne.

On pourrait même dire qu'ils sont nés dans une cannaie...

Maître...

les nègres chantent et coupent la canne à sucre,

mais ils préfèrent chanter!

C'est pour ça qu'il faut les obliger à travailler.

Le rôle du contremaître,

c'est de faire travailler les paresseux.

Et ils sont nombreux...

C'est eux qui reçoivent le plus de coups.

Pourquoi on doit supporter les coups sans protester ?

Pourquoi le contremaître en reçoit pas ?

Parce que c'est la volonté de Dieu !

Le châtiment de Dieu !

Dieu est miséricordieux

mais il n'a aucune pitié pour celui qui désobéit.

Il sait aussi récompenser

ceux qui souffrent le plus,

ceux qui se sacrifient le plus,

ceux qui travaillent le plus...

Tous ceux qui obéissent à Dieu ont leur place

au paradis céleste,

semblable à celui qui existait autrefois sur terre

mais que l'homme a détruit par ses péchés.

Dans ce paradis, il ne fallait pas travailler.

Quand on avait faim,

on allongeait le bras et on prenait ce qu'on voulait !

Il n'y avait ni nègres ni esclaves.

Ça, c'est venu après le châtiment de Dieu !

À cause d'un homme qui a désobéi.

- C'était qui ? - Le premier homme.

Il s'appelait Adam. Mais c'est sa femme, la coupable !

C'est Eve, la vraie coupable !

Adam a ses torts aussi, remarquez, car il a désobéi.

Dieu leur dit qu'ils peuvent

manger tout ce qu'il y a au paradis

mais qu'il ne faut pas toucher au pommier, dont les fruits

sont charnus et juteux comme ceux d'Espagne.

Eve ne l'écoute pas. Elle voit le pommier,

prend une pomme et la tend à Adam :

"Tiens, prends-en un morceau."

Adam résiste et lui dit :

"Non, Dieu ne veut pas qu'on mange ces pommes."

Eve insiste :

"Prends un petit morceau, il ne t'arrivera rien !"

Et comme tout le monde aime les pommes,

Adam ne peut résister à la tentation et mange la pomme.

Tous deux ont péché et se sont laissés tenter parle Diable,

qui avait pris la forme d'un serpent

enroulé autour du pommier.

Alors Dieu laisse éclater sa colère.

La tempête fait rage, la foudre s'abat sur la terre.

Disparu, le paradis ! Tout le monde au travail !

La fête est finie ! Si vous voulez manger,

il faut travailler, suer sang et eau !

Pascual ! Attends, reviens ici !

Tout ça, c'était au paradis, mon vieux !

Je préfère le paradis.

C'est plus joli. Y'a pas de maîtres, là-bas ?

Non, il n'y a ni maîtres ni esclaves.

Et pas de contremaîtres ?

Non plus.

Alors le paradis, c'est bien ?

Et pourquoi y'a pas de contremaîtres ?

Le curé dit que Don Manuel est comme Jésus-Christ...

C'est plutôt un enfant de salaud, oui !

Alors, c'est soi-disant Jésus-Christ !

J'ignore ce que vous a dit le prêtre,

mais le contremaître

ne pourra jamais ressembler à Jésus-Christ.

Parce que Don Manuel est un grand pécheur.

Non seulement il s'acharne sur vous

mais en plus, il me vole dès que j'ai le dos tourné.

Quelle crapule !

Quelle crapule !

Le contremaître au paradis...

Au paradis, il n'y a de la place que pour nous,

pour nous tous qui sommes ici :

Le Seigneur et ses disciples...

Judas ?

Non, non...

Judas n'est pas parmi nous.

Dieu n'a pas voulu qu'il s'asseye à cette table.

Judas doit errer quelque part, dehors,

harcelé parle remords,

les entrailles rongées par une peine dévorante.

Parce qu'il ne pourrait pas comprendre

cette entente qui règne

entre le maître et ses esclaves.

Le mur de la haine s'effondre de lui-même

dès lors qu'on comprend le rôle

qu'il nous a été donné de jouer ici-bas,

qu'on sait quel personnage

Dieu a décidé que nous serions

et qu'on interpréterait jusqu'à la fin de nos jours,

avec fierté...

avec joie...

M. Le Comte...

c'est l'heure d'aller se coucher.

Qui es-tu donc pour me donner des ordres ?

Aurais-tu oublié quel est ton rôle ?

- Mais, M. Le Comte... - "Maître", tu entends !

Je suis ton maître ! Fiche-moi le camp...

Fiche-moi le camp !

Soyez heureux...

Ne laissons personne...

briser notre bonheur...

C'est ça, et pas autre chose...

le paradis...

Quand Olofi crée le monde, il veut qu'il soit complet.

Il crée le Jour et il crée la Nuit…

Il crée la Beauté mais aussi la Laideur...

Il crée la Bonté et la Méchanceté...

Olofi crée la Vérité et le Mensonge...

La Vérité est vraiment très belle

alors que le Mensonge, lui, il est laid et maigre,

comme s'il était malade.

Olofi le prend en pitié

et lui donne un couteau affilé pour se défendre.

Le temps passe...

Tout le monde veut aller avec la Vérité,

personne aime le Mensonge.

Un jour, la Vérité et le Mensonge se rencontrent

et ils commencent à se battre.

La Vérité est la plus forte

mais le Mensonge a un long couteau affilé...

Alors, il profite d'un moment d'inattention de la Vérité

pour lui couper la tête.

La Vérité n'a plus d'yeux, puisqu'elle n'a plus de tête.

Elle tâtonne pour trouver sa tête...

...et ses mains attrapent celle du Mensonge.

Elle l'arrache

et la met à la place de la sienne !

Depuis, elle parcourt le monde entier

en trompant les gens,

la tête du Mensonge posée sur son corps...

Ça veut dire quoi, cette histoire ?

Pourquoi tu jacasses maintenant

et pas quand le comte est réveillé ?

Sebastian !

J'ai peur de rien, moi ! C'est pas comme Antonio…

Le maître ment pas, il dit que la vérité !

- Il parle avec quelle tête ? -Avec la sienne, pardi !

Tu sauras demain s'il dit la vérité.

Pour nous, les jours de fête sont des jours de deuil.

Les nègres voient le mal partout.

La marmite sait que le feu lui brûle le cul!

Mais le maître, il est pas méchant.

Aucun autre maître fait tout ça pour nous !

T'en as déjà vu un manger avec des nègres ?

Accepter qu'un esclave mange et boive à sa table ?

Ça arrive jamais ! Ce soir, c'est la 1ère fois !

PascuaL pourquoi tu dis rien ?

Tu laisses dire des méchancetés sur le maître ?

T'es muet ?

Demande au maître comment il lui a coupé la langue.

Il est libre grâce à sa bonté.

C'est quoi, cette liberté ?

Les nègres travaillent toute leur vie

et quand ils servent plus à rien, on les affranchit.

J'en veux pas, de cette liberté !

Tu crois tout ce que dit le maître.

Mais un maître soûl, c'est pas un maître sobre !

Le maître n'est pas si mauvais que ça !

C'est un bon chrétien, il suit la parole du Christ.

Demain, on travaille pas, c'est Vendredi saint.

Demain, quand les cloches vont sonner,

tu verras que c'est pas un jour de fête...

Bangoché, si les cloches sonnent,

ce sera celles de l'église, pas celles de la sucrerie.

Demain on travaille pas, le Christ a versé son sang.

- Le Diable sera en liberté. - Exactement...

"Demain, les cloches de l'église sonneront,

elles nous appelleront à la prière.

C'est Vendredi saint, le maître travaille pas.

Le nègre non plus, l'esclave se repose.

Tout ça parce que c'est Vendredi saint.

Ah, Mon Dieu ! Le Christ a été crucifié !

Moi, je coupe pas la canne à sucre.

Si c'est le vent qui la coupe,

"moi, je travaille pas."

Chanter, c'est une chose.

Agir, c'en est une autre.

Foutaises !

Les cloches me feront pas me lever.

Moi non plus !

La ferme, Sebastian, t'as pas le droit de dire ça !

Ça fait 3 fois qu'on te ramène.

Tu te fais toujours prendre.

C'est pas le paradis, la forêt, on y crève de faim.

Et puis, y'a les serpents et les chiens sauvages !

Si tu t'enfuis encore, le maître te tuera.

Non, parce que cette fois, je pourrai me défendre.

Cette poudre 3 des pouvoirs magiques.

Avec ça, je deviendrai un arbre dans la forêt,

un poisson dans la rivière. Je me transformerai en pierre,

je me transformerai en oiseau, je volerai !

On pourra pas m'attraper, on pourra pas me tuer!

- Edmundo ! - Je suis là, Maître.

Sors-moi d'ici.

Et les nègres, je les réveille ?

Non, laisse-les.

Puissent-ils ne jamais se réveiller !

VENDREDI SAINT

Laisse !

Bordel de Dieu ! Sales nègres, vous allez vous lever, oui !

M'obligez pas à aller vous chercher !

Tas de fainéants...

Le maître a dit que...

- Et le fouet, il dit quoi ? - Qu'on travaille !

Mon maître a dit hier que... Et puis non, il a rien dit.

"Mon maître"... Non mais, tu te prends pour qui, bordel ?

Gare à vous si j'entre ! Et cette foutue cloche,

- qui a dit d'arrêter ? - Que faites-vous ?

Qu'est-ce que vous fichez ici ?

C'est Vendredi saint. Monsieur le Comte

a donné l'ordre de ne pas travailler.

À moi, il m'a donné l'ordre de pas perdre un seul jour.

On a pris assez de retard comme ça !

Vas-y, sonne ! Je les veux tous debout !

Mais c'est la semaine sainte, Don Manuel !

- Ça les regarde pas ! - Attendez !

Vous prenez vos responsabilités ?

Vous aussi, vous avez votre part de responsabilité, ici.

Inutile d'essayer de vous raisonner...

Je n'ai rien à ajouter.

Gare aux tire-au-flanc !

Au boulot, vous autres !

Et toi ?

Le maître m'a fait une faveur.

- Laquelle ? - Il m'a affranchi.

- Ils sont témoins. - C'est vrai !

Alors comme ça, il fait des promesses sans me consulter ?

-Allez, au boulot. - Le maître ment pas.

Et qui l'a traité de menteur ?

Ça te servira de leçon !

Le maître

se trompe de tête...

Qu'est-ce que tu racontes ?

Attention, Don Manuel, je suis Bangoché.

- Je vais te calmer, moi ! - Lève pas la main sur moi.

Monsieur le Comte !

Excusez-moi, mais…

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Rien encore, mais il faut vite aller à la sucrerie...

Qu'est-ce qu'il y a ?

Le contremaître veut obliger les nègres à travailler

alors que c'est Vendredi saint.

Toute la colère qu'a suscitée en lui la paix chrétienne

qui règne dans la sucrerie depuis votre passage,

il la retourne contre ces malheureux.

- C'est pour ça que… - Mon père, je suis fatigué.

Je reviens de la sucrerie,

où je crois m'être acquitté de mes obligations.

C'est justement pour ça que…

C'est justement pour ça

qu'on ne doit pas se mêler des affaires du contremaître.

Il fait son travail... Il doit savoir ce qu'il fait.

Mais, Monsieur le Comte...

ce n'est pas bien, de travailler un Vendredi saint.

Je suis tout à fait d'accord avec vous.

Mais vous connaissez Don Manuel.

C'est un homme violent.

Il commet des péchés qui sont nécessaires, comme celui-ci.

Et il en commettra d'autres...

Alors, Monsieur...

que faire ?

Que faire ?

Il subira un châtiment plus digne que le mien.

- Je suis fatigué. - Pardon...

mais j'ai cru que mon devoir...

J'apprécie votre zèle, mais ne me mêlez plus à tout ça.

La sucrerie, c'est une chose.

Le contremaître est chargé de la faire marcher.

Nos affaires, c'est à part.

Mais les esclaves refusent de travailler.

Je vous le répète : Ça regarde le contremaître.

Mais après ce qui s'est passé hier...

Hier, ils ont appris l'humilité et la résignation.

Et aussi qu'ils peuvent s'asseoir à votre table...

Que voulez-vous dire ?

Ceux qui étaient hier à ma table savent

qu'ils peuvent compter sur ma compréhension.

Ils ont appris autre chose, aussi.

Que voulez-vous dire par là ?

Qu'ils en savent un peu trop, maintenant,

et que c'est peut-être eux qui refusent de travailler.

- Il est arrivé un malheur ! - Qu'y a-t-il ?

M. Le Comte, les nègres de la sucrerie se sont révoltés !

- Révoltés ! - Don Manuel est leur otage.

Ils vous réclament, ils veulent obtenir justice.

Ils veulent obtenir justice ?

Ils ne vont pas être déçus !

Dis à Sanchez de rassembler des hommes en armes.

Il faut faire vite. Sinon, ce sera trop tard.

Tout ça à cause de cette brute !

Cessez de geindre, mon père !

Il faut mater la révolte et sauver Don Manuel !

Justice ! Justice !

Avance, salopard ! Et plus vite que ça !

Viens, on va rejoindre Don Manuel !

Que justice soit faite !

Faut mettre le feu à la sucrerie !

Oui, on va tout brûler !

Ça suffit comme ça, bordel !

Faut pas perdre la tête !

Si on a une tête, c'est pour réfléchir.

Sebastian, il faut envoyer quelqu'un parler au maître.

Bangoché, le maître m'écoute toujours.

Tu vas voir, toi !

On va répéter au maître ce que t'as dit.

S'il veut pas qu'on travaille, on travaille pas !

- Je vais lui parler ! - Moi aussi.

Non, laisse. J'y vais, je lui fais pas confiance.

Miguel va avec vous, le maître doit tout savoir.

Emmenez la femme, aussi,

et dites au maître que si on obtient pas justice,

on coupe la tête à Don Manuel.

On va brûler le sucrerie !

Pas encore ! D'abord, il faut parler au maître.

Bangoché, tu les surveilles. Viens par ici, toi !

Dis à Monsieur le Comte

ce que ces sauvages ont l'intention de me faire !

T'entends ?

Des chevaux !

Allez, on retourne à la sucrerie !

Mon Dieu, Ambrosio ! Le maître te le pardonnera jamais...

Reviens ici, bordel !

L'autre est parti par là, rattrapez-le !

Allez, on y va.

- Ramenez-la à la sucrerie ! - Mettez-la sur un cheval.

On y va!

Le maître est en route, il arrive avec ses amis !

Faut s'enfuir ! Le maître, on dirait le Diable !

Il tue les nègres, il crache du feu !

Faut partir d'ici. Sinon, on y passe tous !

Du calme ! D'abord, il faut mettre le feu à tout ça !

Oui, on va tout brûler !

Attends, Bangoché. Il est à moi.

Rattrapez ceux qui sont partis par là-bas !

Toi, éteins-moi ce feu

et rassemble tous ceux qui traînent. Vite, bordel !

Mon père, à quelle heure est mort le Christ ?

A cet instant précis.

Don Gaspar !

On m'a dit que vous étiez là quand tout a commencé.

Moi ?

Je suis resté ici jusqu'au dernier moment.

M. Le Comte veut connaître

le montant des pertes dans la salle des chaudrons.

C'est bon. J'irai plus tard lui faire le bilan.

Dites-moi, ils ont pas mis le feu, ici ?

Ni à l'église...

Et vous...

vous êtes indemne...

Je me suis caché.

Par peur ?

Vous avez tapé dans le mille.

Au revoir.

Que fait-il ici ?

Il est mort.

Sortez-le d'ici immédiatement !

C'est une église et dans la mort, on est tous…

Mais continuez, mon père. N'hésitez pas...

C'est bien "égaux", que vous alliez dire, non ? "Égaux“...

Ils ont passé leur vie à s'entre-dévorer

et maintenant, c'est nous qu'ils veulent dévorer !

Mais ça ne se passera pas comme ça !

On n'est pas à Saint-Domingue, ici !

Martin Sanchez !

Attrapez celui-là, il était assis à ma table.

En voici un autre ! Soyez sans pitié...

Je les veux morts, ça servira de leçon.

Vous me rapporterez les têtes.

SAMEDI SAINT

Allez, en route !

Vous, par ici. Et vous autres, par là.

Les chiens du maître m'attraperont pas !

Dibirico ! Les chiens m'attraperont pas !

Dibirico ! J'ai des plumes qui poussent !

Dibirico ! J'ai des ailes qui poussent !

Donne-lui.

Tu étais assis à la table de Monsieur le Comte, non ?

Oui.

Le maître est très bon.

Il m'a même pris dans ses bras.

Y'a pas meilleur maître que M'sieur le Comte.

Qu'est-ce que tu faisais dans la forêt?

Je suis venu attendre que ça se calme.

J'ai rien fait contre le maître.

- Tu sais ce que c'est, ça ? - Oui, votre fusil.

- Il est beau, pas vrai ? - Oui, vraiment très beau.

Tiens, prends. Fais gaffe, il est chargé.

Tout ce que je veux, c'est demander pardon au maître.

- Prends, bordel ! - Pourquoi ?

Pour t'en servir, pardi ! Pourquoi, sinon ?

Donne, je vais te montrer.

Tu mets ta main ici et tu tires ça en arrière.

Avec ce doigt, tu appuies ici, doucement. Comme ça...

DIMANCHE DE PÂQUES

Croyant suivre les Commandements de Dieu,

je les ai vus et je les ai pris en pitié.

Je me suis humilié en les invitant à ma table.

Mais ils n'étaient jamais rassasiés,

ils en voulaient toujours plus.

Alors Dieu,

me frappant de toutes ses forces,

m'a fait comprendre que mon cœur avait fait fausse route.

Je ne serai en paix que quand ma maison sera reconstruite

et l'église, lavée des péchés qui m'ont brisé le cœur.

La sucrerie renaître de ses cendres,

plus prospère que jamais !

Pour cela,

et pour que Dieu m'assiste dans mon travail,

j'érigerai ici-même une église à la mémoire de Don Manuel.

La tristesse de ces jours-ci sera gravée sur son visage,

tout comme l'immense joie que nous procure le triomphe

du christianisme sur la bestialité et la barbarie !

Ainsi soit-il !

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