All language subtitles for Des Vivants, Episode 8

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Original subtitles

-J'écris un bouquin sur mon expérience.

Ca libère, d'écrire.

-Cette fragilité que j'ai,

qui te dégoûte,

un jour,

ce sera ma force.

-C'est mon papa.

Il était au Bataclan.

Il a failli mourir.

-Je raconte que j'étais prêt à mourir

à la place de Marie,

mais c'est bidon.

-Après les attentats, on a atterri sur une autre planète.

-T'entends quoi ?

-Les gens qui meurent.

-T'entends quoi ? -Les gens qui meurent.

-Plus fort !

-Si tu l'avais en face de toi,

tu ferais quoi ?

Vous feriez quoi ?

-Pour nous venger ?

-On y va.

-3,

2,

1.

Top.

-C'est toujours très présent au quotidien.

On n'arrive pas à retrouver de la légèreté.

Il y a plein d'images qui restent et qui ne partent pas.

-Il y a des questions ?

Oui ? Lucas ?

-Ca fait quoi de parler à un terroriste ?

-Heu...

Ca fout la trouille.

-Face à 2 types avec des kalachnikovs,

vous parlez pas, vous faites ce qu'ils disent.

C'est ça le pire, peut-être.

-Penser qu'on va mourir, ça fait quoi ?

-La terreur, ça provoque un état de sidération.

C'est comme si vous étiez à côté de vous-même.

Ca protège, sur le moment, mais après, ça fait mal.

Plus rien n'est pareil.

Pour moi, il y a le David d'avant et le David d'après.

-Ils étaient pas drogués, ils étaient lucides.

Ils répétaient un discours appris par coeur,

comme tous les fanatiques.

C'est pour ça que c'est important

d'apprendre à réfléchir par soi-même.

Oui ?

-Vous dites qu'il y a 2 David, celui d'avant et celui d'après.

Ils discutent entre eux, les 2 David ?

Les élèves rient.

-C'est une question, hein. C'est une bonne question.

Je sais pas y répondre.

Non, ils parlent pas. Ils devraient, mais...

Ils ont peut-être rien à se dire.

Une autre question rigolote ?

-Mon nom de famille, c'est Toutlouyan.

Je suis arménien.

Mes arrière-grands-parents ont fui le génocide, en 1915.

Ils ont échappé à un massacre.

Moi, j'ai vécu le Bataclan.

Tout ça pour dire que...

La terreur, c'est une répétition, dans l'histoire de l'humanité.

Il faut pas croire qu'il y a des causes rationnelles

à l'explosion de la violence.

Ce sont jamais que des excuses pour exterminer le voisin,

l'étranger, celui qui vous ressemble pas.

-Ca vous a pas donné la haine des musulmans ?

-Non, pas du tout.

Il faut pas faire d'amalgame.

Il faut pas confondre politique et religion.

-Dans les corps, y avait des trous ?

-Comment ça ?

-Il y avait vraiment des trous ? -Qu'est-ce qu'elle raconte ?

-C'est la vérité.

-Tu veux dire que c'est une mise en scène

qui sert de prétexte pour bombarder la Syrie ?

C'est ça que tu vois sur les réseaux ?

C'est ça ?

-Vous et les médias, vous nous enfumez.

-Tu peux pas dire ça !

-Ca suffit, l'insolence.

C'est indécent, ce que tu fais.

-Je rappelle qu'il va y avoir un procès.

Les prévenus auront des avocats, une défense.

Ils vont pouvoir s'exprimer.

Moi, je trouve qu'il y a quelque chose de...

De fragile mais de magnifique,

dans l'idée de la démocratie et de la liberté.

C'est pas rien, d'être comme vous êtes.

D'avoir l'enseignement gratuit,

de penser comme vous voulez, de vous habiller comme vous voulez,

de vous promener librement, d'aller, le soir, boire un verre,

de dire tout haut ce que tu penses, même si c'est insultant,

excuse-moi.

Moi, j'ai envie de défendre ça.

La cloche sonne.

-On se voit la semaine prochaine. Vous sortez dans le calme.

Au revoir. Au revoir.

Au revoir. Au revoir.

-C'est pas des conneries, ce qu'ils disent sur les réseaux.

-Samira, ça suffit.

-Là, attention. -Ouais, ouais, je sais.

-Ca change tout, là !

Ce que tu as fait sur les proportions,

c'est super.

Pourquoi tu fous plus rien, Hugo ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

-Je sais pas, ça vient pas.

-Laisse venir, alors.

Te fatigue pas, surtout. -On fait comme ça.

-Fais comme ça, ouais.

Allez, on s'en fout des contours.

Ce qui compte, là, c'est le volume, les proportions et le regard.

Travaille sur l'intensité du regard.

C'est ça qui donne vie à ton personnage.

Sois pas trop sage. Sens-toi libre.

Changez de mine, par exemple.

Tu t'es pas servi de la 2B.

Essaie-la. Elle est bien, elle est grasse.

Elle s'étale.

Ca va t'apporter de la profondeur.

Voilà, c'est super.

Hugo, j'aimerais bien savoir ce qui va pas.

Tu es doué, tu aimes ça... C'est dommage.

Pourquoi tu es dur avec toi, comme ça ?

Sinon, tu en commences un autre

et tu dessines ce qui t'empêche de dessiner.

On apprendra peut-être quelque chose.

Allez.

Fais ça.

Conversation indistincte.

...

Vibreur.

On a encore du boulot pour la semaine prochaine.

Salut, les gars. -AU REVOIR.

-Ouais ?

Ouais.

OK.

Je suis là dans 15 mn.

...

-Nina devient une élève de plus en plus difficile.

Je sais pas ce qui lui arrive.

-Qu'est-ce qui s'est passé ?

-Elle s'est battue avec plusieurs élèves,

en faisant preuve d'une grande violence.

Elle a mordu, griffé, tiré les cheveux.

Je vous passe les insultes.

Encore un écart et ce sera l'exclusion,

pour plusieurs jours.

J'aimerais bien comprendre pourquoi elle est perturbée.

-Elle vous a rien dit ?

-Qu'est-ce qu'elle aurait pu me dire ?

-Elle s'est peut-être défendue, et elle aurait pu vous l'expliquer.

-Non, elle a rien voulu dire.

Ce qu'elle a fait, c'est injustifiable.

-On est d'accord.

-Ca se passe mal, à la maison ? -Qu'est-ce que vous voulez savoir ?

-Je voudrais comprendre pourquoi Nina va mal.

-C'est très gentil, mais...

-Est-ce qu'il faut que je prenne rendez-vous avec la psychologue ?

-Non, c'est pas la peine.

On va lui parler.

On va calmer le jeu, je vous le promets.

Je suis sûr que tout va rentrer dans l'ordre.

-J'espère.

-Nina, qu'est-ce qui t'a pris ?

-C'est eux qui devraient s'excuser. Moi, je le ferai jamais !

-Nina. -Ecoute-moi.

Nina, écoute-moi, s'il te plaît.

Ecoute-moi. Calme-toi.

Calme-toi.

Qu'est-ce qui t'a pris ? Tu peux pas te comporter comme ça.

Tu peux pas être violente. -C'est pas de la violence, ça ?

-De quoi on parle, là ? -Tu es de mauvaise foi.

-C'est ça. Blablabla.

Vous êtes comme les autres. Vous êtes pires que les autres.

-Nina, attends, s'il te plaît. -Tu reviens.

Oh !

-T'énerve pas. -Non.

Nina claque la porte.

-C'est bien, faut que ça sorte. -Ouais, super.

-Elle est en colère, elle le dit.

C'est mieux que de rester verrouillée.

-Tu parles de moi, là ? -Oh là là ! Stop !

Stop la parano.

Non, c'est moi quand j'étais ado. Je faisais toujours la tronche.

J'aurais bien aimé avoir la pêche qu'elle a.

Je suis soulagé de voir qu'elle tient pas de moi.

-J'ai eu 5 appels du cabinet de Feuillade.

-Pour le procès ? -Ouais.

On a la date. C'est la semaine du 19 octobre.

Elle veut savoir si tu vas témoigner.

Pourquoi tu la rappelles pas ? -Parce que je sais pas quoi faire.

D'un côté, je me dis :

"A quoi ça va servir, de raconter ce qu'on a vécu ?",

et en même temps,

c'est bizarre de pas en être alors qu'on y était.

J'arrête pas d'y penser.

Pas toi ?

-Non.

Non, moi, je suis sûre. Je veux pas témoigner.

Tu peux venir voir ?

-Attends, je me pose. -Non mais 5 minutes.

-Quoi ? -Allez !

-Qu'est-ce qu'il y a ?

C'est quoi ?

-C'est dans le coin de tes parents, mais pas collé.

Je la trouve jolie.

Elle est un peu isolée mais c'est pas plus mal.

Je veux bien essayer, je crois.

Là, il y a une grange. On peut faire un atelier.

C'est comme si tu peignais dehors.

C'est à ça que tu pensais ?

-Tu as cherché ?

-C'est quoi ?

-C'est la maison à la campagne dont rêve papa.

Enfin pas forcément celle-là. On commence juste à chercher.

-Il y aura une chambre pour nous ? -Bien sûr.

Peut-être même une chambre pour chacune de vous !

Pas mal, hein ?

C'est pour les vacances. On continue d'habiter à Paris.

-Au début, en tout cas.

Et on fera ça ensemble, tous les 4.

On pourra la reconstruire comme on la veut.

Ca nous fera une maison solide, à nous.

Bien à nous.

Un petit coin sûr, où se retrouver et revenir.

T'imagines, quand on a ça ?

-Oui.

-Le palais de justice va devenir une forteresse.

La salle est démente.

Il y aura 2 000 personnes par jour.

-Waouh.

J'aimerais la voir avant le procès. -On va organiser ça, t'inquiète.

On a vu les conseillers justice de Matignon.

Ils installeront une Web radio. -C'est-à-dire ?

-Si tu n'es pas là,

on te donne un code sécurisé et tu peux écouter le procès.

Toi ou tes proches.

C'est génial, non ?

Ca va durer des mois, qui pourrait venir tous les jours ?

Sans foutre sa vie en l'air, je veux dire.

Ils sont où, les badges ?

-Dans le carton. -Ah oui.

Ta vie professionnelle, ta vie de famille...

Ca devient fou.

Regarde.

Il y aura 2 couleurs.

Vert, tu réponds aux journalistes. Rouge, tu veux pas qu'on t'aborde.

Qu'est-ce que tu en penses ? -C'est très cool.

-Ca protège un peu.

Et toi ?

-Moi quoi ?

-Tu vas témoigner ?

-Pas toi ? -Si, si... Je vais devoir le faire.

Tu imagines que l'émotion te rattrape ?

J'en parlais avec Guillaume. Il était sur les terrasses.

Il a paniqué, en y pensant.

Si tu te mets à pleurer, à la barre ?

Il répétait ça.

Pleurer devant les accusés.

J'ai pas su quoi lui dire.

-Je discute avec France info pour rédiger un journal de bord

qui serait mis en ligne tous les jours, pendant le procès.

-Tu vas venir tous les jours ? -Je veux rien louper.

Je veux tout comprendre, tout entendre, tout voir.

Si je venais pas, je ferais quoi ? Je vivrais pas.

-Ca va arriver vite.

-J'ai déjà commencé à écrire.

J'y pense tout le temps.

Je vais dire qu'on leur doit tout.

La vie, mais pas que.

L'espoir, tu vois ? L'idée de l'espoir intact.

"J'étais au Bataclan,

"mais je peux encore croire en l'humanité."

C'est des héros. -Grégory...

-Ce sera pas un hommage à la BRI. Ce que je veux faire, c'est...

Une réflexion sur cette relation tellement riche, complexe,

entre sauveurs et sauvés.

-Tu leur as dit combien de fois que c'était des héros ?

-Et alors ? -Ils vont finir par en avoir marre.

C'est de toi qu'il faut parler. Un truc que personne d'autre dira.

-Toi, tu vas parler de quoi ?

-Je suis pas sûre, encore.

Je pourrais parler du nombre de kilos que j'ai perdu,

des rêves dégueulasses que je continue de faire,

de la haine que j'ai pour ces types qui sont venus saccager ma vie.

Je pourrais parler de ce décalage que je ressens avec les autres,

des bonnes pensées mielleuses

de ceux qui pensent qu'il est temps d'aller mieux,

de la nausée qui me prend

quand j'entends le mot "résilience",

de la violence que c'est d'être traitée comme une victime,

cette compassion qui blesse,

l'horreur de devenir un symbole,

la comédie minable des récupérations politiques,

qui sont comme des mini-répétitions de l'attentat.

-Ben...

-Non mais...

En fait, il va falloir que je choisisse.

Je vais être trop longue, sinon.

-Là, je dis qui était où.

Je détaille le rôle de chacun.

-Tu parles pour les autres ?

-J'ai un tableau du déroulé de la prise d'otages,

de l'arrivée des terroristes, à 21h55,

à notre libération, à 00h18.

-T'as pas envie de parler de toi ? -Tout le monde va parler de soi.

J'ai pris du recul, moi. C'est bien que quelqu'un le fasse.

-Je sais qu'il y a des endroits où tu es fragile.

Je pense que ce serait bien que tu puisses le raconter.

-Qu'est-ce qui te permet de dire ça ?

-Je dis juste que ça fait des années qu'on est ensemble

et je sais que tu essaies de te débattre avec tout ça.

-Si je te dis que je vais bien, c'est que je vais bien.

J'ai plus besoin d'une infirmière. -Tu as dit quoi ?

David, tu as dit quoi ?

-Ouvre les yeux !

Je parle tous les jours avec le président de la Cour,

avec le président de Life for Paris.

Je vais monter un blog avec France info.

Le mec fracassé, c'est plus moi.

J'ai fait du chemin, même si tu veux pas le voir.

Tiens.

-C'est quoi ? -Tiens.

Le code pour la Web radio.

Tu pourras pas venir au palais, t'es pas partie civile.

-Comment ça ?

-T'as pas le badge. Tu seras avec le public lambda.

Moi, je serai occupé. Je pourrai pas m'occuper de toi.

-Waouh, quelle classe !

Merci. Le public lambda est très touché.

-C'est pas moi qui fais les règles.

J'ai autre chose à foutre, là. Tu imagines la pression que j'ai ?

-Le public lambda comprend pas ça.

Va avec des gens importants

plutôt qu'avec une petite chose qui t'a servi de paillasson !

-J'ai pas dit ça. -Excuse-toi.

-J'ai jamais dit ça.

-File-moi les clés.

-Tu as dit quoi, là ?

-J'ai vécu les moments les plus durs avec toi.

Tes nuits les plus horribles.

J'ai vu ce que tu voyais. J'ai tremblé, j'ai pleuré.

J'ai accompagné tes crises d'angoisse.

Combien de fois je me suis enfermée avec toi ?

Ta panique, c'est la mienne, maintenant.

Comme toi, j'ai peur dans le métro, je fais des cauchemars affreux.

Et là, t'as plus besoin de moi ? -T'as pas vécu ce que j'ai vécu.

Tu vas pas te faire passer pour une victime.

-Va-t'en. Je veux plus te voir.

Casse-toi.

-C'est du délire.

-C'est une petite boîte, ils sont hyper motivés.

On traverse, les filles ?

Toi, tu parles anglais ou pas ? -Heu... Oui.

-Oui vraiment ou oui moyen ? -Si, je parle bien.

Je parle anglais et italien. -Attends, elles sont où ?

Ah, elles sont là.

Ils ont pas mal de déplacements.

Je sais qu'il y a l'Angleterre. -J'ai vécu à Londres.

-Ca peut carrément les intéresser.

Ecoute, file-moi ton CV, je leur donne.

-J'ai besoin de bosser. Il faut que je bouge.

-Tu as une garde ? -J'ai trouvé la perle rare !

-Maman !

-Zoé !

Zoé !

Zoé ! Zoé !

Réponds-moi. Zoé, réponds-moi.

Zoé !

-Ca va.

-Je suis désolé.

Je l'ai pas vue venir.

Je pouvais rien faire.

-Ca a touché la tête ? Tu as mal à la tête ?

-Non, maman. Ca a pas touché la tête.

-Je pouvais pas la voir.

Elle a jailli de nulle part.

-Doucement. Fais doucement.

Tu es sûre ? Tu es sûre ? -Oui, maman, je suis sûre.

-J'appelle les pompiers ? -Non, je crois que ça va aller.

Vous inquiétez pas.

C'est pas de votre faute. Vous y êtes pour rien.

Zoé, attends-moi.

Zoé, attends-moi.

Zoé, attends-moi !

Qu'est-ce qui t'a pris de traverser comme ça ?

Combien de fois on l'a dit ? On regarde à droite et à gauche !

Pardon.

Pardon, mon coeur.

Pardon, mon coeur. Pardon. Pardon. Pardon, mon amour.

Pardon.

Tu es sûre que t'as rien ? -Oui, je suis sûre.

-Si tu as eu mal, tu me le dis. Et peut-être que tu as eu peur.

-Arrête. Toi, t'as failli mourir ! On t'a prise en otage !

Moi, j'ai rien.

Et je suis pas en carton !

...

-Ca va ?

-Oui, ça va.

-Tu veux que j'appelle quelqu'un ?

-Non, non, ça va.

Ca va aller.

Ca va.

-Tu es sûre ? -Oui, oui, ça va.

Les filles, pardon. Ca va. Tout va bien.

Désolée. Tu peux y aller.

On va marcher doucement.

Viens, mon coeur.

-Maman, arrête de pleurer.

Ca va.

Regarde, ça va très bien.

-Zoé.

Il faut que tu m'écoutes. C'est important.

A partir de maintenant,

c'est moi qui te console et c'est moi qui te protège.

D'accord ?

Oui ?

-Oui.

-Allez, viens.

-Maman, elle a craqué.

-Qu'est-ce qui s'est passé ? -Je te raconterai.

Les filles, on fait les devoirs et après, vous allez à la douche.

-Elle a pas pleuré.

Elle a pas tremblé. Elle a pas eu peur, apparemment.

Mais ça, j'y crois pas.

Comment on peut être aussi verrouillée à son âge ?

-Un peu comme toi, tu veux dire ?

-C'est pas drôle.

En plus, c'est pas vrai. A son âge, j'étais l'inverse.

J'étais joyeuse. Je me moquais de tout.

Je faisais rire tout le monde.

Sanglots.

-Qu'est-ce qui se passe ?

Qu'est-ce qui se passe, ma Zoé ? -C'est l'accident ?

Ca arrive souvent, ça ?

Réponds-moi, chérie.

-Tout le temps. Qu'est-ce que tu crois ?

Vous comprenez rien.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-C'est obligé que ça va arriver.

-Quoi ? Qu'est-ce qui va arriver ?

-Qu'ils vont les sortir. -Sortir qui ? Les sortir d'où ?

-De prison.

Les terroristes. Pour le procès.

-Mais oui, mais ça...

Il faut bien, pour les juger. C'est normal.

-Ils seront là et vous aussi, dans la même pièce.

-Il y aura des gendarmes tout autour d'eux.

Il y aura la police. -Ils auront des menottes.

Il y aura des vitres blindées. Il y a aucun danger.

-Ils pourront rien nous faire.

-Ils vont essayer de vous tuer. -Non.

Chérie, ils pourront rien nous faire.

-Ca, ça n'arrivera pas. -C'est impossible.

Calme-toi. Calme-toi.

Bois un peu. Calme-toi. Respire.

C'est pas grave. C'est pas grave.

-Tu t'es brûlée ou pas ? -Il était pas très chaud.

Chérie, donne-moi du Sopalin. On va lui essuyer le visage.

C'est pas grave, mon coeur.

C'est pas grave.

C'est pas grave. C'est pas grave.

C'est pas grave.

-Oh, le gros paquet ! Allez, viens.

-Tout va bien. Tout va bien.

-Allez, allez, allez, allez.

-Ca va, mon chat ?

...

-On n'allumera pas la télé. -Je suis d'accord.

Il faut pas qu'elles voient leur visage.

Même des croquis, il faut pas.

-Pas de journaux à la maison. Pas de télé, pas d'ordi.

-Mais ça va durer 8 mois.

-On tiendra 8 mois.

-Je suis d'accord.

-Doris !

Doris !

Doris, ouvre-moi.

Doris, réponds-moi ! Je sais que tu es là.

Doris, il faut que je te parle !

...

J'ai déconné. Je suis désolé.

Vraiment désolé.

Avec le procès qui approche, les journalistes, tout ça, j'ai...

J'ai honte.

-Arrête.

-Je suis allé voir Feuillade.

Tu es devenue partie civile. Tu as raison, tu es une victime.

Je t'ai fait vivre un enfer. -C'est fini, tu es revenu.

Et je comprends.

J'ai continué.

Assieds-toi.

C'est presque fini. -Quoi ?

-Ton témoignage.

J'ai fait un PowerPoint.

J'ai fait une page par planche que tu as dessinée.

J'ai rajouté des photos.

-Merci.

*-Le procès des attentats du 13 novembre 2015

*s'est ouvert en milieu de journée.

*Les victimes ont fait face aux 14 accusés présents.

*Le président de la Cour a appelé à la dignité,

*mais les provocations djihadistes ont marqué cette première audience.

*-Salah Abdeslam allait-il parler ?

*Alors que le convoi pénitentiaire rejoint l'ancien palais de justice,

*c'est la question que beaucoup se posent.

*Le seul membre des commandos encore en vie

*va interpeller le président...

-Monsieur ? *-"On me traite comme un chien."

-Oui, pardon, je baisse. *-"Vous allez rendre des comptes."

*-Le président répond...

*-"Vous n'êtes pas devant un tribunal ecclésiastique."

*-L'attitude de Salah Abdeslam choque l'assistance.

-Allez.

Il faut dormir, les filles.

Bonne nuit.

Faites de beaux rêves, d'accord ?

De très beaux rêves.

Les plus beaux rêves du monde.

-Bonne nuit, papa. -Bonne nuit.

Mes chéries.

A demain.

...

Si je devais témoigner,

là,

la seule chose que je pourrais dire,

c'est que dans ce couloir,

j'ai eu besoin d'oublier que tu étais ma femme.

Il l'a fallu.

Je pouvais pas m'imaginer que tu allais mourir.

Je voulais pas le savoir.

Je t'ai pas regardée.

J'ai pensé qu'à ma gueule. Qu'à sauver ma peau.

Est-ce qu'un jour, tu me le pardonneras ?

C'est ça le pire qu'ils m'ont fait, en fait, je crois.

Mais je peux pas le dire, ça.

Je vais pas témoigner.

-Y a rien à pardonner.

Tu as juste fait ce que tu as pu,

pour pas péter les plombs.

Pour qu'on reste vivants.

C'est tout.

Et moi, j'ai envie de croire que tu l'as fait pour nous.

Pour les filles, mais pour moi, aussi.

-Je sais pas. -Chut. Tais-toi.

Tais-toi.

...

Arnaud...

-Oui ?

-Ce que je t'aurais pas pardonné, c'est de mourir.

-"Aujourd'hui, tout est différent.

"Fini, le silence.

"Finie, l'attente, après tant d'années.

"2 124 jours à gravir les marches d'une reconstruction lente.

"Je pense à l'importance de ce qui sera dit,

"mais aussi à ce qui sera entendu et vu.

"Le président montrera-t-il les images des victimes ?

"Le son enregistré des tirs de kalachnikovs ?

"Je le voudrais, mais je le redoute."

*-Moi, Alexandre Pudlowski, né le 8 octobre 1987,

*confirme me porter partie civile.

*-Merci, monsieur.

*-Mme Virginie Salieri.

*-Moi, Virginie Salieri, née le 7 avril 1990,

*confirme me porter partie civile.

*-Merci, madame.

*-M. Stéphane Toutlouyan.

-Je suis officiellement partie civile,

mais pour revenir à ma place, je dois me retourner.

A gauche, je me tournais du côté des accusés,

à droite, vers les procureurs.

J'ai hésité.

Finalement, je me suis tourné du côté des accusés.

J'ai croisé un regard, deux...

C'était juste des gens.

Juste des gens. Je reviens vers le fond.

Et alors là, j'ai...

J'ai face à moi... toutes les victimes.

Toutes les parties civiles. Et mes filles,

mes amis, tous les potages.

Je te jure, il s'est passé pour moi quelque chose...

J'ai eu l'impression de faire partie d'une communauté incroyable.

Y avait eu le regard du président, juste avant.

Il est avec toi.

Il te donne le temps dont t'as besoin,

même juste de respirer avant de dire ton nom.

Et il te remercie.

C'est ça qui m'a le plus impressionné.

-Maintenant, on a France Inter.

En solo, j'ai "Libé", puis "Le Figaro" à 11h.

J'aurai peut-être le 13h. J'essaierai de vous faire venir.

Si j'arrive à balancer des tweets qui agitent la presse,

on y arrivera peut-être. Il va finir par me détester.

-Je vais pas pouvoir.

Je suis désolée.

Allez-y sans moi, j'y arrive pas.

Je respire plus.

Je respire plus. -Attends...

Y a un banc. Va t'asseoir.

-C'est affreux, j'ai l'impression de vous lâcher.

-T'inquiète pas, Anaïs, on comprend parfaitement.

-Que peut-on faire ?

Appeler quelqu'un ?

-Je peux pas être en retard. Tu restes avec elle ?

-Ouais, bien sûr, t'inquiète. -Allez.

-Anaïs ? -Je viens !

-Anaïs, attends.

-Je viens.

-T'es sûre ? -Sinon, je me le reprocherai.

-Ne te mets pas mal non plus. -Il a raison.

Sois douce avec toi-même. -J'ai plein de choses à dire.

Faut que je le fasse.

-OK. On y va ?

Allez, go.

-J'étais dans la fosse,

cachée sous des gens empilés qui saignaient,

qui appelaient,

que j'entendais gémir, et puis que j'entendais plus.

Ils me faisaient mal.

Ils étaient lourds.

Je sais pas exactement combien de personnes

sont mortes autour de moi, mais...

Qui m'ont protégée avec leur corps sans le savoir.

Qui m'ont sauvée en mourant.

Je sais pas.

J'ai rien vu.

Mais j'ai tout entendu, tout senti.

L'odeur de la poudre, du sang.

On n'oublie pas cette odeur-là.

Mais du coup, quand...

quand on dit qu'on a besoin des images au procès,

des sons enregistrés pendant l'attaque,

c'est pas pour faire je sais pas quoi,

de la provoc, du spectacle...

C'est parce que j'ai besoin

que ma mère,

que mes parents, que ma soeur, que mes amis, ils comprennent.

On peut pas imaginer.

Qu'ils puissent se figurer un peu d'où je reviens.

Et pour moi aussi.

Pour vérifier.

Pour vérifier que j'étais bien là.

On a besoin des images et des sons.

On a vraiment besoin d'un peu plus que des mots.

-Le président refuse qu'on montre ces images

et qu'on diffuse les sons enregistrés pendant l'attentat.

On ne peut pas vouloir protéger les victimes et les ignorer.

Qu'il révise son jugement.

Trop de gens semblent savoir à notre place ce dont on a besoin.

C'est insultant pour les survivants.

-David Fritz Goeppinger, vous étiez otage au Bataclan.

Vous avez été retenu pendant 2h20 par deux hommes lourdement armés

dans un petit couloir.

Faut-il montrer ces images ?

-J'ai peur de replonger dans le cauchemar,

mais comme dit Anaïs, j'ai aussi besoin de m'y confronter.

Je veux que les accusés voient et entendent l'horreur que ça a été.

Je sais pas ce qu'ils en feront et je m'en fous, mais...

Je veux qu'ils sachent.

-Un petit tweet...

Piqûre de rappel.

OK... Je vous le lis ? -Oui.

-"Des dangers et des risques de la bienveillance.

"A propos des images et des sons du Bataclan,

"entre les associations de victimes et le président de la cour,

"se dirige-t-on vers un dialogue de sourds ?"

Ouais ? Ca va aller ?

OK. Je poste ? -Ouais, grave.

-C'est parti. On verra ce qu'il dit.

Allez...

*-Bien... Face à l'insistance et, il faut le reconnaître,

*aux arguments convaincants des associations de victimes,

*nous allons accéder à leur demande.

*Aussi, aujourd'hui, nous allons commencer l'audience

*par la diffusion d'extraits

*de la bande-son enregistrée au Bataclan.

*Celles et ceux qui veulent sortir peuvent le faire dès à présent.

*"Kiss the Devil", Eagles of Death Metal.

*Tirs de kalachnikov. *...

*Rafales. La musique cesse, les instruments résonnent.

*...

*Rafale.

*Cris de panique.

*Rafale.

*...

*...

*...

*...

*...

*Tir isolé.

*Cris.

*...

*Tirs au coup par coup.

*Rafales.

*...

*Cris.

*Propos en arabe.

*Cris de panique.

*...

*Tir isolé.

*Tirs au coup par coup.

*...

*... *-Là-bas, là-bas.

*Cris de panique.

*-C'est que le début. Les soldats du califat sont partout.

*Oh ! Regardez quand je vous parle !

*Arrêtez de baisser les yeux.

*Toi, toi et toi ! On est partout, je vous dis !

*Culasse.

Une femme. *-Arrêtez...

*Tir.

*Culasse.

*-Tu penses quoi de ton président, toi ?

*-Moi ?

*-Bah ouais, toi !

*-(Rien.) *-Plus fort, je t'entends pas.

*-(Rien.) *-Plus fort !

*-Rien.

*-T'en penses bien quelque chose.

*-J'ai pas pu voter pour lui, je suis pas français.

*-T'es pas français ?

*N'aie pas peur.

*-Je suis chilien.

*-N'aie pas peur, mais dis la vérité.

*-C'est la vérité.

-Quand tu l'entends, j'ai une voix qui tremble.

Tu sens la peur, mais je réponds quand même.

On aurait dit de la colère, non ?

Pas beaucoup, mais on la sent ? -Mais oui.

-Je me suis pas laissé faire.

Tu l'as senti, ça ? -David, tu t'es pas laissé faire.

...

-Elle a été malade, ça va mieux. La rentrée, c'est le lycée...

-Ils chopent des trucs, maintenant, qui durent deux ou trois semaines.

-Bonjour.

Salut.

-Qu'est-ce que tu fais là ?

-Tu reprends à quelle heure ?

-Dans trois quarts d'heure. C'est mon mari.

-Bonjour. -Bonjour.

Pose ta salade. Viens. -De quoi ?

Pourquoi ? Attends... A tout à l'heure.

-Je vous la rends. -C'est quoi cette histoire ?

On va où ? -Tu vas voir.

-Dis-moi, tu m'emmènes où ? -Tu verras.

-Bonjour. Soyez les bienvenus. -Merci. J'ai fait une réservation.

-Oui, à quel nom ? -Simonin.

-Oui, tout à fait.

Chambre 12, première porte à gauche au premier étage.

-Merci monsieur. -Merci à vous.

-C'est beau. -Tu trouves ?

Suspense.

-C'est où ? -Je sais pas.

-Par là.

C'est par là !

-Il te reste 35 minutes.

-Ca ira.

...

-Sur les attentats du Caire, les liens avec le Bataclan

et l'enquête de la DGSI.

La commission parlementaire en parle aussi.

-Y a vraiment un lien ? -Oui : août 2015,

3 mois avant les attentats, un gars est arrêté au retour de Syrie.

Il prend peur

et balance à la DGSI qu'un Abaaoud, celui du 13 novembre,

lui a demandé de faire un carnage dans un concert de rock.

C'était prévu, planifié.

La police le savait, ils n'ont rien fait.

Pourquoi ils n'ont rien fait ? Pourquoi ils n'ont pas protégé

les salles de concert ?

Déjà en 2009, après l'attentat du Caire,

ils trouvent un carnet décrivant précisément l'attentat du Bataclan.

Ils font une enquête, ils arrêtent un gars,

et un juge, en 2012, prononce un non-lieu.

Un non-lieu, faute de preuve. C'est du délire, non ?

Pourquoi ils font rien ? C'est ça, la question.

-Putain, c'est d'enfer.

Je vais leur balancer 2 ou 3 trucs, à l'audience, ils vont comprendre.

2010, tu te rends compte ? Incroyable.

-Le couloir fait 6 mètres de long pour 1,30 mètre de large.

Nous étions 11 dans ce minuscule espace face aux deux terroristes

armés de kalachnikovs et de gilets explosifs.

La prise d'otages a duré 2h19.

Les petits ronds

représentent les 11 otages.

A l'entrée du couloir, vous avez trois petites marches.

Les fenêtres donnent sur le passage Saint-Pierre-Amelot.

Pendant toute la prise d'otages,

une fenêtre du couloir avait été laissée grande ouverte.

Elle permettait aux terroristes de tirer dans le passage,

blessant ou tuant tous ceux qu'ils voulaient.

Etre si près des terroristes

m'a permis de faire une photographie mentale des armes.

Ce sont de vieilles armes usées,

du 7,62 par 39 millimètres, des éléments en bois clair,

une crosse pliable semblable à celle des AKSU.

Certains chargeurs étaient doublés avec du scotch.

Des cartouches semblaient vieilles, presque inutilisables.

Tout semblait un peu hors d'état de fonctionner.

Merci.

*-Le prochain témoin,

*monsieur Grégory Yelsky.

*On vous écoute, monsieur.

-Depuis cette nuit au Bataclan,

j'ai dans le dos des petits éclats de métal

que les chirurgiens ont pas pu me retirer,

car trop près des poumons.

C'est pas grand-chose, mais c'est là,

en moi,

pour toujours,

sous ma peau.

Comme une menace à l'intérieur.

Je peux rien y faire.

Mais je veux dire que pour moi comme pour beaucoup de gens ici,

c'est un miracle si je suis encore vivant.

Je sais que ça a été beaucoup fait,

mais je veux remercier encore les hommes de la BRI.

Je profite de l'occasion, car je suis très en colère

contre ceux qui se permettent de critiquer leur action.

A des fins politiques, certes, mais c'est indigne.

Ils nous ont sauvé la vie en risquant la leur.

Point.

Je leur en serai toujours, toujours reconnaissant.

Je remercie la psychologue de la DPJ

qui m'a aidé à me relever.

Je remercie aussi tous les gens dans cette salle, derrière moi,

qui ont parfois beaucoup plus souffert que moi,

et qui veulent bien m'écouter malgré tout.

Parce que...

Parce que j'ai besoin d'eux.

Le terrorisme vous enlève quelque chose, vous dépossède.

On n'est plus rien qu'un pion entre les mains de grands malades.

Si on survit, c'est le hasard.

Mais ici, dans ce palais de justice,

cette part d'humanité qu'ils nous ont volée,

je la retrouve.

Je l'ai entendue.

Je la vois,

de toutes parts,

dans les réactions, dans les sourires,

quand les gens se prennent dans les bras,

se reconnaissent.

Quand on vient me parler, y a une communauté de victimes.

Je savais pas que ça existait.

Ce procès

m'a permis, me permet

de ressentir ça.

C'est un retour dans le monde des vivants.

Enfin.

-Si Grégory, qui vient de prendre la parole,

était au Bataclan ce soir-là,

c'est de ma faute.

C'est moi qui l'ai invité au concert pour son anniversaire.

Mais y a pas que ça.

J'étais déjà un peu handicapée à ce moment-là.

Je pouvais pas courir.

Et après les premiers tirs,

quand on aurait encore pu s'échapper,

j'ai poussé Grégory à s'enfuir.

Il a refusé de me laisser.

Et je l'oublierai jamais.

Pendant la prise d'otages,

j'étais assise à l'entrée du couloir,

contre la porte.

Ils me faisaient surveiller le faux plafond,

au cas où la police arriverait par là.

Et tout à coup,

un des deux terroristes est venu s'accroupir à côté de moi.

Il a posé son coude sur mon genou.

Il s'appuyait légèrement contre moi.

Et avec sa main, machinalement,

il jouait avec le détonateur de son gilet explosif.

Je sais pas combien de temps ça a duré.

En réalité, ça dure encore.

Y a quelque chose que je voudrais ajouter.

*-Madame, prenez tout le temps dont vous avez besoin.

*Vous y avez droit.

-Merci.

Ce que je veux dire, c'est... Avant le 13 novembre,

j'étais vraiment très joyeuse.

Je me sentais très libre, je sortais tout le temps.

J'aimais beaucoup sortir au cinéma, aux expos, aux concerts...

J'avais peur de rien.

Et ça, c'est fini.

Par exemple,

les hommes ne m'ont jamais fait peur.

Mais maintenant,

sans arrêt,

sans arrêt, je revois le visage du terroriste,

avec sa kalachnikov et son gilet explosif,

qui m'a demandé, comme si j'étais...

Comme si j'étais je sais pas quoi,

qui m'a demandé de me couvrir l'épaule,

parce qu'il trouvait que mon pull était un peu trop large.

J'ai obéi.

Je me suis excusée et j'ai obéi.

Comme si ma liberté

de femme

pouvait me coûter la vie.

Bourdonnement du fauteuil électrique.

...

...

-Je remercie la cour

et tous ceux qui ont permis ce procès.

Je suis heureux d'avoir la parole. J'ai plein de choses à dire.

Depuis le début, je ressens... un petit malaise.

Les victimes parlent d'elles-mêmes et de leurs souffrances,

de leurs difficultés à s'en sortir, et c'est très bien.

La police parle du travail de la police,

et la justice parle de justice et de respect et de dignité.

Et c'est très bien.

Mais...

J'ai un peu l'impression que tout le monde reste à sa place,

dans les clous, et qu'on ne va pas au fond des choses,

qu'on n'essaie pas de comprendre comment on a pu en arriver là.

Personne n'a cru utile de parler de l'attentat du Caire en 2009.

Encore moins du fait que l'attaque dans les salles de concert

était prévue de longue date et que les renseignements le savaient.

Personne n'explique pourquoi ces lieux n'étaient pas protégés.

Personne ne se demande pourquoi des jeunes de mon âge,

grandis en France ou en Belgique dans des conditions confortables,

ont envie de tuer sauvagement des gens qui s'amusent.

Si on entend ce qu'ils disent,

si on regarde les populations en Irak ou en Syrie...

-(C'est pas possible.) -Si on se demande

ce qu'ils ressentent en voyant leurs frères sous nos bombes,

peut-être qu'on pourra mieux comprendre leur désespoir

et regarder autrement ce qui s'est passé le 13 novembre.

Je ne dis pas que je les excuse.

J'ai pas non plus envie de refuser de comprendre.

-En tant qu'avocate de la défense, je dois dire que...

ça fait du bien d'entendre une parole qui rétablit l'équilibre

dans cette enceinte. *-Merci maître.

*Vous n'avez pas encore la parole.

*Monsieur, poursuivez.

-J'ai fini, je crois. Mais...

Merci de m'avoir laissé dire ça.

Merci beaucoup.

-Du coup, moi aussi, j'aurais quelque chose à ajouter.

*-Monsieur le président, la partie civile

*qui demande la parole est mon client, M. Simonin.

*Un des 11 otages du Bataclan.

*Il ne s'est pas inscrit pour parler, mais il semble

*vouloir le faire. *-Merci maître.

*Monsieur, approchez, je vous en prie.

*Nous serons très heureux de vous entendre.

-Merci. Ca me fout un peu la rage.

Je suis pas du tout d'accord avec Sébastien,

mon ami, qui était avec nous dans le couloir.

Contrairement à lui, j'ai pas envie de comprendre

pourquoi des inconnus se sont permis de tuer des innocents.

Ils ont quand même foutu des centaines de vies en l'air.

Moi, j'avais rien demandé.

Je suis pas responsable de la guerre en Irak,

en Syrie ou ailleurs.

Et ces gens-là, là,

ils m'ont condamné à un cauchemar qui s'arrêtera jamais.

Je dois dire que j'étais heureux, après l'explosion, de baigner

dans le sang et les tripes de ces types venus nous massacrer.

Pardon. Euh...

Quand je me suis réveillé, après l'explosion, j'étais KO.

Je... J'entendais plus rien d'une oreille.

J'avais de la poussière, du sang plein la bouche.

Et...

Mais quand je me suis rendu compte que l'explosion

avait emporté une partie de la tête d'un terroriste,

et que moi, je pouvais bouger, je pouvais me lever,

je crois que j'ai rarement été aussi heureux.

C'était comme une forme de justice.

Merci.

*-Merci monsieur.

-Tu veux qu'on se mette... -Oui, devant la salle d'audience.

-Attends, il est très grand.

-C'est bon, là ?

-Souriez.

Le blog parlera de nous, d'amitié, de la fierté de témoigner...

Vous êtes tous très beaux. Très très beaux.

-Vous êtes prêts ?

Une deuxième, au cas où.

C'est bon.

-Je vérifie.

-Personne n'a tiré la langue ?

-Elle est super.

-Cool. -Prends soin de toi.

-Salut, mon vieux. -Honnêtement,

tout ce que t'as dit était lunaire.

-N'importe quoi. Défendre des mecs qui ont voulu te tuer, t'es taré.

-On n'est pas d'accord, c'est pas grave.

C'était pas contre vous, mais faut bien mettre les pieds dans le plat.

Sans déconner, le consensus général...

Putain, c'est trop relou. C'est dangereux.

Par contre, j'ai adoré ce que t'as dit.

J'ai trouvé ça hyper fort.

-C'est bon.

-On bouge.

-Et voilà. T'es chiant !

T'es chiant.

Rentrez bien, bisous, ciao.

-Salut David, salut Doris.

-1, 2, 3, PIERRE, FEUILLE, CISEAUX.

-J'ai gagné.

-1, 2, 3, PIERRE, FEUILLE, CISEAUX.

-J'ai encore gagné.

-1, 2, 3, PIERRE, FEUILLE, CISEAUX.

-T'as perdu. -La feuille recouvre la pierre :

j'ai gagné. -Non !

La pierre déchire la feuille en mille morceaux.

-Maman, Zoé dit n'importe quoi.

-Oui, qu'est-ce que tu racontes ? Tu sais que c'est elle qui a gagné.

-C'est toujours elle qui gagne ! -Non, pas toujours, mais là, oui.

Fais pas la tête. -Allez, on refait.

-1, 2, 3, PIERRE, FEUILLE, CISEAUX.

1, 2, 3,

PIERRE, FEUILLE, CISEAUX.

-Tu vois, toi aussi, tu gagnes. -Les filles, voilà la maison.

-Elle est jolie, hein ?

Pas mal, non ? -Ouais.

-Ouais.

...

-Bonjour. -Bonjour.

-Vous allez bien ? -Bien, et vous ?

Je vous en prie. -Merci.

-Ici, dans l'entrée, on a déjà un beau volume.

Par ici, vous avez... Vibreur.

Désolé. Je vous laisse commencer, je vous rejoins.

Allô ?

-Wesh, le salon est énorme.

-C'est cool. -Carrément.

-On va voir la suite ? -Si tu veux.

-Y a des travaux, mais elle a vachement de charme.

Non ?

Comment tu trouves ?

-Ici, on pourrait faire une salle de jeux !

-Bonne idée !

-Maman, on peut avoir l'étage, et vous le rez-de-chaussée ?

-Non, ça va pas être possible.

Mais le grenier pourrait faire salle de jeux.

-Il est où ? -On peut le voir ?

-Cinq minutes. On va monter. -OK.

-Tu dis plus rien ?

-Papa, elle est trop belle ! -On l'achète !

-Elle te plaît ?

-Je crois bien, oui.

-Mmm ? -Mmm ?

-Mmm.

-"Le Monde" : 3,20E s'il vous plaît.

Merci, bonne journée.

Bonjour. -Bonjour.

-Le "Libé", "Le Monde", "Le Parisien" : 7,50.

...

-Tu me passes ton téléphone ? -Non, c'est perso.

-S'te plaît. -Non !

-Nina, passe-moi la bobine de fil. Arrêtez de vous disputer.

-Bientôt, j'aurai mon téléphone. -Gnagnagna !

-Arrêtez de vous disputer.

-Maman !

Nina veut pas me prêter son téléphone.

-Pourquoi tu veux son téléphone ? -Pour écouter de la musique.

-Prends le mien, il est au salon.

Mais pas deux heures. -Oui !

-Je voulais laisser ça derrière, mais j'ai pas pu m'en empêcher :

j'ai lu le bouquin de Carrère sur le procès.

-Stéphane voulait le lire aussi.

Il l'a acheté. Depuis, il est sur la commode.

C'est comment ? -Bien. Vachement bien.

Mais y a des moments... Franchement, c'est dérangeant.

-Marie, les saucisses sont prêtes. -Cool.

-Tu apportes les côtelettes ?

-Je m'en occupe, elles sont où ? -Dans le frigo.

Oui, je te disais, c'est dérangeant parce qu'en fait,

il a vu des choses que nous, on n'a pas vues.

Enfin, que j'ai pas vues. -Comme quoi ?

-Je les envoie tout de suite ? -Oui, tant qu'y a de la braise.

-C'est parti !

-Tu vois, par exemple, le fait que les coupables, les vrais,

n'ont jamais été dans le box des accusés.

Forcément : ils sont morts ou introuvables.

Mais celui qui a été condamné le plus lourdement...

-Abdeslam ? -Ouais.

Il a jamais appuyé sur une gâchette ou un détonateur.

Je l'excuse pas, évidemment.

Mais comment on aurait jugé les autres s'ils avaient été là ?

Du coup, ce verdict que tout le monde trouve formidable

me laisse un goût bizarre. -Marie, je t'écoute, là...

Tu veux pas rejoindre les complotistes avec moi ?

-Jamais de la vie.

-Tu pourrais. Tu réfléchis, toi. -Arrête.

-J'arrive, Arnaud.

Ca va, ma chérie ? -Super.

-Ca déroule, ça déroule...

-Maman, où est Zoé ? -Au salon.

-Parfait, la longueur.

-Vas-y, branche.

Yes, ça marche.

Trop bien.

-T'es le roi du monde, ici.

-Derrière la maison, y a du soleil presque toute la journée.

-Et ?

-Je vais faire un potager.

-Carrément. Pour ça, faut être là souvent, non ?

-Oui, mais même le jardin, je vais le dessiner,

je vais planter des arbres, des buissons.

J'arrive plus à rester enfermé. -Je comprends tellement.

-Je vais arrêter les cours de dessin.

-Je croyais que tu t'éclatais.

-Ouais, non. J'étouffe.

Je vais faire une formation de paysagiste.

-Paysagiste ? Marie est au courant ?

-Sébastien ! -Pas encore.

-On a trouvé ! -C'est "Bring Me Down".

-"Bring Me Down" ? Un truc de vieux tocards !

-Pas du tout ! -You will never bring me down.

-C'est pas ça ! -C'est pas ça ?

-NON ! -Je la mets.

*-You will never bring me down.

-YOU WILL NEVER BRING ME DOWN.

YOU WILL NEVER BRING ME...

DOWN.

YOU WILL NEVER BRING ME DOWN.

YOU WILL NEVER BRING ME DOWN.

-Oh là là ! -Ouais !

-Elle est trop bien. -Bon, à toute.

-David et Doris sont pas arrivés. Qu'est-ce qu'ils foutent ?

-C'est bizarre. Ils vont pas tarder, je pense.

-C'est bon, ça. -Arrête de tout manger.

-Je suis pas sûre qu'ils viennent. -Pourquoi ?

-Ils ont failli se séparer. -Quoi ?

-Tu savais pas ? -Non.

Qu'est-ce qui s'est passé ? -Je sais pas.

-Merde.

-Tu savais ? -Je sais rien.

-Tu sais jamais rien.

-Tu sais ce qui s'est passé ?

-J'ai pas les détails, mais ça a été chaud.

Stéphane me raconte pas la moitié de ce que David lui dit.

-C'est dommage, Doris est super. Elle lui fait du bien.

-Marie, t'as des herbes de Provence et du sel ?

-Oui, t'as tout là, sur le petit plateau :

sel, poivre, moutarde, épices. Je te prends ça. Hop !

-On est prêts. -OK.

Il fredonne.

-Et voilà.

C'est trop tard, il viendra pas. -Si, je te dis qu'il viendra.

-Putain, ils commencent l'apéro.

-C'est bon, on peut laisser les côtelettes.

-T'es d'accord qu'il se la raconte, avec son livre, la radio...

-C'est pas bien grave. Ca va passer.

-Pour lui, c'est plus pareil, les potages, plus si important.

-Je crois pas. -Si, mais c'est normal.

Il est dans son monde, ailleurs.

-Vous parlez de David ? -Ouais.

-Ca fait très longtemps qu'on l'a pas vu.

-Pour être honnête, nous non plus, on se voit plus trop.

Là, la maison, c'est une occasion, mais autrement...

-C'est comme dans une famille. On prend parfois de la distance.

-C'est peut-être une bonne nouvelle :

la vie continue, on a moins besoin les uns des autres.

Ca reviendra plus tard, autrement. -Y a intérêt.

-Si on devait se perdre de vue, j'aimerais pas.

Vraiment pas.

Quelqu'un a essayé de les joindre ?

-Ils répondent pas. C'est pas cool.

-Faut pas que ça nous empêche de profiter non plus.

-Marie, c'est limite. Il répond pas, il prévient pas.

-C'est quoi, la fin de ton histoire de tout à l'heure ?

-Mon boss ?

C'est celui qui m'a recruté, je l'adore. C'est une tronche.

Il m'a vu à la télé, quand j'ai fait le procès.

Devant le procès, une interview. Bref !

Il savait pas que j'étais au Bataclan,

j'en ai pas parlé au boulot. Il m'a dit, direct :

"Grégory, vous avez toute ma considération."

J'ai trouvé ça super comme formule. C'est pas...

condescendant, c'est pas...

C'est pas rien : "Vous avez toute ma considération."

-Non, c'est pas rien. -C'est hyper fort.

Ca a dû te faire chaud au coeur. -De la part du grand patron !

Quasiment Dieu sur Terre ! Non ? Si, si !

-Laisse-le tranquille.

-T'inquiète, j'ai l'habitude. Tu vas devoir t'accrocher, toi.

Klaxon.

-AH ! -Voilà !

-Les voilà !

-J'avais pas dit qu'il viendrait ?

-On vous attendait plus. -On s'est perdus en route.

-Alors ? Ca va ? -Oui !

-Tu peux prendre ça ?

-C'est un peu chaud. -Merci !

Voilà ! -C'est très bon, ça.

-Mais oui !

-On était déjà en train d'enterrer les potages, mon vieux.

-Impossible ! -Ca va, Doris ?

-Ils sont éternels, les potages.

Ca va ? -Tu vas bien ?

-Tiens, ma belle. -Merci.

C'est toi qui l'as fait ? -Oui.

-Il est fort. -Ca va ?

-Coucou ! Ca va ?

-Tu prends ta guitare, hein ?

-Allez, à tout de suite.

-Tiens ! Oh !

-Like the legend of the phoenix...

-David, je te le mets là. -Génial, merci.

-All ends with beginnings.

-Venez pour les paroles.

-WE'VE COME TOO FAR TO GIVE UP WHO WE ARE.

SO LET'S RAISE THE BAR AND OUR CUPS TO THE STARS.

SHE'S UP ALL NIGHT 'TIL THE SUN, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET SOME,

SHE'S UP ALL NIGHT FOR GOOD FUN, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

WE'RE UP ALL NIGHT 'TIL THE SUN, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET SOME,

WE'RE UP ALL NIGHT FOR GOOD FUN, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY,

WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

THE PRESENT HAS NO RIBBON,

YOUR GIFT KEEPS ON GIVING.

WHAT IS THIS I'M FEELING ?

IF YOU WANNA LEAVE, I'M WITH IT.

WE'VE COME TOO FAR TO GIVE UP WHO WE ARE.

SO, LET'S RAISE THE BAR AND OUR CUPS TO THE STARS.

WE'RE UP ALL NIGHT 'TIL THE SUN, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET SOME,

WE'RE UP ALL NIGHT FOR GOOD FUN, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

WE'RE UP ALL NIGHT 'TIL THE SUN, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET SOME,

WE'RE UP ALL NIGHT FOR GOOD FUN, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY,

WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

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