All language subtitles for Des Vivants, Episode 4

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Original subtitles

-Je ferme la boîte. Je n'en peux plus.

-On n'y arrivera jamais.

Dès qu'il peut, il s'enferme

et il gratte sa guitare pendant des heures.

Ca ne va pas tenir,

tous les deux.

-Qu'est-ce qu'il y a ? -Je suis pas mort.

On m'a donné une 2e chance, une 2e vie.

Elle est pour toi.

-T'en penses quoi, de ton Président ?

-J'ai pas voté pour lui.

Je suis chilien.

J'aurais mieux fait de mourir.

-Parce que vous n'avez pas pu faire l'amour à Doris ?

-Je suis mal dans la foule.

Quand je prends le métro, j'ai peur.

-C'est quoi, les séquelles ?

-Vous pouvez avoir le sentiment

de raconter l'histoire

de quelqu'un d'autre. -C'est tout à fait ça.

-Non !

Coup de feu. -Ils ont arrêté Salah Abdeslam.

*-Le ministre de la Justice belge annonce :

"Ils l'ont eu ! Ils l'ont eu !"

-Alors, c'est à moi. -J'ai pas fini.

-Ah, c'est à toi. Bien sûr.

Qu'est-ce que tu as choisi ?

-Oh, il est difficile, celui-là.

Rire. -Maman, il fait froid ?

Je mets une écharpe ? -Non, il fait doux.

C'est à toi ou à moi ? On continue à jouer ?

Non ?

-T'as pris le nouveau téléphone ? -Oui, je le mets dans mon sac. OK ?

-Et voilà !

Elle est toute propre !

-Oh !

Ca va, ma beauté ?

Hmm !

-Allez-y ! Sinon, ça va encore faire un drame.

Elle est inquiète. -Oh, maman !

-Je suis pas inquiète. -C'est très bien.

C'est une bonne nouvelle. Allez-y !

Et nous,

on va faire un gros dodo. -Arnaud, t'es prêt ?

Arnaud ! -Je viens pas,

finalement.

Je suis désolé. -Ah bon ? Mais pourquoi ?

-Je le sens pas. Je préfère rester ici.

Soupir. -Si t'as

la trouille, je comprends.

-Non, c'est pas ça. Je...

C'est juste que je sais pas.

Ca me fait chier.

-Ca fait à peine 3 mois.

-Maman, s'il te plaît !

Ca aura de la gueule. Le même concert avec le même public

à l'Olympia. T'adores cette salle.

-N'en rajoute pas.

Soupir.

-Fais comme tu veux. Que veux-tu que je te dise ?

Comme d'habitude.

Moi, j'y serai, par contre. Bonne soirée !

-On va jouer. -Oui.

"Il est 5 heures", de J. Dutronc. Acclamations.

-Le café est dans les tasses. Les cafés nettoient leurs glaces.

Acclamations. Et sur le boulevard Montparnasse,

la gare n'est plus qu'une carcasse.

Il est 5 heures.

Paris...

s'éveille...

Acclamations.

Paris...

s'éveille.

...

La musique rock se mêle à la chanson.

...

Acclamations.

...

-Let's take a moment to remember

and we'll get back to the fun.

Percussions.

"I only Want You", des Eagles of Death Metal.

...

When I feel like I get too close,

I put you right down.

-WOH !

-I never really leave. I just slip away.

-WOH !

-And I'm not gonna lie just to make you feel better.

Cause watching you suffer feels much better to me.

I don't want you to fall in love now.

So please, don't start.

-I ONLY WANT YOU.

I ONLY WANT YOU.

I ONLY WANT YOU.

I ONLY WANT YOU.

-Yes, I know that it's terribly cruel

but then I like it.

Because you tried to love me, I just can't stay.

And I'm not gonna lie just to make you feel better.

Cause watching you suffer feels much better to me.

I'm about to lay destruction on you.

I'm not the lover man that you want me to be.

And now...

-I ONLY WANT YOU.

I ONLY WANT YOU.

I ONLY WANT YOU.

I ONLY WANT YOU.

-When I feel I can get too close,

I put you right down.

...

...

Raclement de gorge.

Geignements.

Sanglots.

Il renifle.

-Mais...

Il renifle.

Je ne comprends pas comment moi-même...

comment j'ai pu y croire.

Et tous, comment on a pu le répéter partout à la télé, à la radio...

Non ! Non !

Dire que la jeunesse et le rock'n'roll sont plus forts

que la terreur, qu'ils n'ont pas gagné,

mais non ! On n'efface pas 130 morts.

On n'efface pas les familles détruites.

Je veux dire...

J'ai...

Rien que d'y penser, ça me...

Tout ça pour un concert.

Juste pour un concert.

Et aussi, je ne supporte pas les gens qui viennent me voir

en me disant que bientôt, ça va aller mieux,

que je vais tourner la page. La résilience...

Je hais ce mot !

A force de l'entendre, je pourrais le... Je suis contre.

La vérité... En vérité, ils ont gagné.

Reniflement.

-Vous êtes vivant.

...

-Je...

On va s'arrêter là.

La porte s'ouvre.

Claquement de porte.

-C'est un classique. Ca a commencé ?

-Depuis 5 mn. Je me mets au fond. -Magnez-vous !

-Il reste de la place derrière.

-Touchées physiquement ou non,

toutes les victimes

ont le droit à une indemnisation financière.

-C'est l'Etat qui paie ?

Ils nous remboursent parce qu'on était là au mauvais moment ?

-L'Etat ne paie pas.

Le fonds de garantie est alimenté par une contribution prélevée

sur les contrats d'assurance. Une loi a été votée

après les attentats de 86.

C'est un acte de solidarité. -C'est quoi,

le montant, en gros ?

-Pour l'établir, vous passerez par des expertises médicales,

essentiellement psy qui peuvent être éprouvantes.

Le fonds de garantie minimise. -Tu m'étonnes !

-C'est toujours pareil. -On vous accompagnera.

On est là pour ça. N'hésitez pas.

Ensuite, il y a des cabinets d'avocats spécialisés.

Si ça vous intéresse,

déposez vos coordonnées dans l'urne qui est là.

Les avocats vous contacteront. -Pardon, mais...

les avocats, là, ils touchent sur ce qu'on touche ?

-Oui, un pourcentage. -Donc, ils font de la surenchère.

-Ils sont là pour défendre vos intérêts.

-Comme si l'argent était la seule solution.

-Ce n'est pas la seule solution, mais c'est déjà ça.

D'autres questions ?

-C'est bon. -Ca va.

-En tout cas, on est là pour vous. N'hésitez pas. Passez.

*Cris humoristiques. *Rire du public.

Une porte s'ouvre.

-Coucou !

Claquement de porte.

*Quelqu'un parle en anglais. -Alors ?

C'était bien ?

-Ouais, ouais. C'était bien.

-Vous vous êtes pris

dans les bras et vous avez pleuré ?

-Des parents ont perdu un enfant. Tu veux te moquer d'eux ?

-Mais non, mais...

Je ne parle pas d'eux.

-On va toucher de l'argent. -Quoi ?

Pourquoi ?

-Parce qu'il y a un fonds et on a droit à une avance.

-Ben !

On a juste été à un concert. C'est débile.

On va nous rembourser nos bobos ?

-Ton ironie commence à me faire chier.

Elle soupire.

Je n'arrive plus à travailler. Je n'arrive plus à dormir.

Je ne peux pas me concentrer.

Je ne prends plus le métro. Je marche des heures dans Paris.

On est des centaines à vivre ça. Alors, oui ! Ils nous aident.

C'est nul ?

-Mais non, mais non. Non.

Mais je sais pas.

Je suis vivante. T'es vivant.

Je...

Elle souffle.

Il sort.

-C'est une assurance.

Qui refuse de toucher la thune de son assurance ?

-On ne mendie pas, là.

On nous dit qu'on y a droit. On va pas refuser ?

-Pour une fois ! -Moi,

ça me gêne.

Désolée, mais j'ai mes 2 bras, mes 2 jambes.

Je n'ai perdu personne.

Je vais réclamer quoi ? -Tu ne réclames pas.

-Apparemment, c'est pas si simple.

Faut prendre un avocat, faut négocier.

Ca, ça me gêne. Tu vois ? -Voilà !

-Négocier mes crises de larmes, mes problèmes de sommeil,

rien que l'idée... -Les gars, réveillez-vous !

Evidemment qu'il faut négocier.

C'est ça, le libéralisme.

-Il est reparti.

-Je vais pas m'arrêter.

La seule chose qu'ils comprennent, c'est le pognon.

Tout se négocie. -En même temps, c'est logique

qu'ils contrôlent leurs dépenses et qu'on fasse valoir nos droits.

-Tu m'énerves.

Toujours modéré, consensuel. Ca te démange jamais, la bagarre ?

-Mollo ! Ca va ! -Je gère.

-Il gère !

Tu gères.

-Greg, tu dis rien ?

-Avant, j'aimerais qu'on m'explique leur méthode de calcul.

Comment on calcule

le coût de l'insomnie ? -Toi, tu regardes la température

de l'eau et si c'est pas la bonne, tu te mouilles pas.

-Je te permets pas. -Je te la demande pas.

-Qu'est-ce que je t'ai fait ? -T'es prudent.

Ca m'agace ! -Tu réalises ce que tu dis ?

Je suis comme je suis. Je fais ce que je peux.

-C'est pas excitant. -Arrête !

Qu'est-ce que je t'ai fait ? -Tout va bien !

-Hé ! On discute.

-Bois un coup. Ca va aller.

-Si la France ne bombardait pas des civils en Syrie ou ailleurs,

les attaques à Paris n'auraient pas eu lieu.

-Ce ne sont pas des arguments. -C'est quoi, alors ?

-Des conneries monstrueuses !

C'est de la... bouillie prémâchée par des tarés du Net.

-Ouvre les yeux ! C'est quoi, le plaisir d'être un mouton ?

-Quoi ? Y a... -Pourquoi tu me tiens ?

-Hé ! Oh !

-Pourquoi tu te lèves ?

Tu vas me faire quoi ? -Viens ! Tout va bien. Calme-toi.

Tout va bien. -Arnaud !

-Pourquoi tu... ? Pardon ! -Pardon !

-C'est moi.

-Pardon ! Pardon !

-Pourquoi tu te lèves ? Tu m'as fait peur.

-Pardon ! -C'est moi.

-Excusez-nous.

-Ca va ? -Ca va. Ca va.

-Il s'est levé. J'ai cru qu'il voulait partir.

Je voulais le suivre.

-Pfff !

Quand je parle de vous à mes collègues,

personne ne comprend.

Quand je dis que j'ai rendez-vous avec mes potes otages,

personne ne comprend et je dois répéter.

"Mes potes otages". Du coup, c'est long.

Alors, maintenant, je fais un raccourci.

-Ah ? -Donc, je dis...

Les "potages". Rire.

-"Ce soir, j'ai rendez-vous

"avec les potages." -Mon Dieu !

-Quoi ? -Je ne l'ai pas vu venir.

-Nous voilà baptisés.

-Ca ne me plaît pas. -Si !

-Tu n'as pas le choix. Tu es

un petit "potage". -Remets-moi un verre.

-Y a pas moyen de négocier ? -Non, non.

Maintenant, c'est écrit.

-Excusez-moi ! Je peux vous poser une question ?

-Oui. -Bien sûr.

-Euh... A chaque fois que vous venez ici, je me demande...

Vous n'avez pas l'air... Vous n'avez pas le même âge.

Vous n'êtes pas collègues. C'est quoi, votre groupe ?

-Euh... Qui c'est qui s'y colle ?

-Ah non ! Je ne veux pas vous déranger.

-Non, il n'y a pas de problème.

On s'est connus au Bataclan. On a été pris en otage.

Et on peut dire qu'on l'a échappé belle. Voilà !

On ne devrait pas être là.

-OK.

OK.

D'accord.

-Mais on est là. Sanglots.

-D'accord.

Sanglots.

Pardon !

-Ne partez pas comme ça.

Hé !

Venez un peu avec nous. Vous pouvez faire une pause.

Non, mais venez. Ca va aller.

-Oui. Oh là là !

-C'est fini, maintenant.

-Alors... -Y a pas de problème.

-Je suis désolée. -Mais non !

-Venez ! Venez !

-Non, non, mais...

-Asseyez-vous. -Vous voulez boire un truc ?

Un verre d'eau ? Un truc plus fort ?

-Je veux bien. -Je vais chercher ça.

Elle souffle. Un whisky, s'il vous plaît.

-Je suis désolée.

-Allez-y ! Pleurez ! Ca nous fait du bien de voir qu'on tient à nous.

Elle renifle.

Sanglots.

-Comment vous vous appelez ?

-Juju...

-Dites ! -Ju... Pardon.

-Juju.

-Merci. C'est gentil.

-C'est pour la maison. Rire nerveux.

-Pardon !

-Elle a de la chance de pouvoir pleurer. Moi, je n'y arrive plus.

Elle souffle.

-Je suis désolée. -Vous n'y êtes pour rien.

-C'est ridicule.

-Ca va mieux ? -Oui, ça va. Ca va mieux.

Elle souffle. -David,

Sébastien, Arnaud,

Stéphane, Caroline, Marie et Grégory.

-Grégory. Enchantée.

Craquement.

Soupir.

Il souffle.

...

Musique triste.

...

-Voilà !

-Merci.

...

Claquement de porte.

...

-Bonjour, je suis maître Feuillade. Vous pouvez me suivre ?

...

Entrez. Je vous en prie.

Alors...

M. Fritz Goeppinger.

Racontez-moi tout depuis le début.

D'où vous venez, à quoi ressemblait votre enfance,

quelles études, quels boulots vous avez faits,

vos rêves, vos ambitions, vos amours

et tous les troubles dont vous souffrez depuis les attentats,

même les plus délicats, les plus intimes.

Les avocats du fonds de garantie ne sont pas des Bisounours.

Je suis là pour vous défendre.

-Je commence où ?

-Où vous voulez ?

On prendra tout le temps dont vous avez besoin.

-OK. Alors... Euh...

Un terroriste m'a demandé ce que je pensais de François Hollande.

Je lui ai répondu que je n'étais pas français,

que j'étais chilien.

C'est vrai, mais...

en réalité, j'habite à Athis-Mons, dans une cité, depuis mes 4 ans.

Et je ne sais pas à quel pays j'appartiens.

Blues à la guitare.

...

-Comment on fait pour payer les factures ? Comment on vit ?

-Aucune idée. -Arnaud, arrête de jouer à ça.

-Je joue pas. -Tu as une famille.

T'as oublié ? -Ca doit être ça.

-Oh, putain ! Arrête de jouer de la guitare.

Soupir.

On vire Feuillade, on va voir le fonds de garantie

et on prend le pognon qu'ils nous proposent.

-On pourrait aussi se mettre à genoux.

"Regardez comme on est cons. Profitez-en.

"Faites ce qui vous arrange." C'est pas possible, ça.

-On fait quoi, alors ? On joue de la guitare ?

-Je ne fais pas que ça. J'écris dans mon cahier aussi.

Je vais peut-être même reprendre le dessin et la peinture.

Ca me fait bien chier que ton père ait balancé mon tee-shirt sale

parce que j'aurais voulu l'encadrer en disant que c'était le sang

et la chair des terroristes. Je suis sérieux, là.

Ca aurait plu, je suis sûr.

-Mais tu pars en vrille.

Je n'en peux plus de ton délire de victime.

-Allez !

-Tu veux que je ne te supporte plus ?

Halètements.

...

Cliquetis d'une arme.

...

Halètements.

Mitrailleuse.

...

Cri.

Sirènes de police.

-Il était au téléphone. Il croyait quoi, ce con ?

...

Marie fredonne un air.

...

-Qu'est-ce qu'il voulait faire, papa, avec son tee-shirt sale ?

Soupir.

-Des bêtises.

Mais des fois, papa, il dit n'importe quoi.

C'est pour ça qu'on l'aime aussi.

-Pourquoi il dort sur le canapé ?

-Regarde-moi.

Comment tu sais qu'il dort sur le canapé ?

-Vous allez divorcer ?

-Je sais pas.

Je crois pas.

Allez ! Ne t'inquiète pas. Viens là, mon chat !

Viens là. Rendors-toi. Viens.

Elle fredonne un air.

...

La porte se referme.

Musique lente.

...

Sanglots.

...

-Allez !

Viens là.

Sanglots.

Ca va aller. Ca va aller.

...

-Il y en a 30.

Ils me les ont enlevés en 2 fois. Il m'en reste un près du poumon.

Ils n'ont rien pu faire.

Je peux pas passer d'IRM à vie. C'est flippant.

-En même temps, les scanners sont de plus en plus performants.

Tu le dis toi-même. -Je te l'ai déjà dit. Je rabâche.

-Un peu, mais c'est pas grave. On le fait tous.

-Tu devais me donner des papiers. -Ah oui !

Euh...

Je ne sais pas ce qui s'est passé. L'avocate m'a refilé

une partie de ton expertise psy. Je n'ai rien lu.

-Merci. C'est gentil.

C'était pas obligé de venir jusqu'ici.

-Je sais, mais en fait, je voulais voir tes Lego.

-Ah oui ? -Oui.

Tu en parles tellement ! Ca m'a intriguée.

-Ben, viens.

-Celui-là est dément.

Oh !

Ah oui, d'accord !

Waouh !

-Après, le problème, c'est l'espace.

Je vais peut-être louer un studio pour continuer.

-Mais c'est impressionnant !

-Tu trouves ?

-Mais carrément !

Tu dois y passer des heures.

-Mais j'aime bien.

C'est un autre monde.

-Et t'es tout seul à faire ça ?

Tu mets de la musique, quand même.

-Pas forcément.

J'aime le bruit des pièces que tu cherches dans les bacs.

Crépitements.

-Ah oui, d'accord ! -Et les clics quand ça s'emboîte.

-Non, mais je comprends.

C'est...

C'est ta grotte, en fait.

-Les plus impressionnantes sont pas les plus dures à faire.

-Ca, par exemple, c'est balèze.

-Pas tant.

Grondement de la cafetière. Je suis à 20 mn en bus du boulot.

-Merci. -J'aurais pas pu prendre le métro.

Ca te dérange pas, toi ? -De quoi ?

-Le bus, le RER. -Je ne pourrais pas m'en passer.

-Ah oui ? -Faut que je bouge.

J'ai décidé que je n'aurais pas peur.

Enfin, on va dire ça comme ça.

-Je n'ai pas récupéré comme toi. J'ai besoin de mes rituels,

de mes routines.

Si on m'avait pris chez Dassault, comment j'aurais fait ?

-Mais...

Je me demandais... Si c'est indiscret, envoie-moi chier.

-Vas-y. -Aucun problème.

Mais y a quelqu'un dans ta vie ? -Non.

-Ah, OK !

-Mais... je me sens bien tout seul.

Pourquoi il faudrait être 2 pour être heureux ?

Halètements.

...

-Karine...

-Oui ? -Dis-moi.

-Oui ?

-Il s'est passé un truc avec ton prof de yoga ?

-Quoi ?

-J'ai vu comment il te regardait hier soir quand je suis passé.

Ca ne semblait pas de te déplaire. -C'est pas vrai !

Ca va pas recommencer ? Ca devient grave. Tu délires.

-Tu ne lui as pas souri, peut-être ?

-Je ne vais pas tenir. Je souris à qui je veux.

Je ne veux pas avoir peur de vivre parce que t'es jaloux.

-Excuse-moi !

T'as raison. Je déconne. C'est n'importe quoi.

Je n'arrête pas d'imaginer des trucs qui me font du mal,

qui me détruisent.

Je ne sais pas comment arrêter ça.

C'est horrible, la jalousie. Ca ne te quitte plus.

Ca te ronge. Tu ne penses plus qu'à ça.

Je me disais...

que pour me défaire de ce piège, peut-être que...

Peut-être qu'il faudrait le regarder en face.

-C'est-à-dire ?

-Au lieu de...

d'en souffrir,

provoquer la jalousie,

la...

la défier, la surmonter.

Tu vois ?

-Je ne comprends pas. Des cloches sonnent.

-Si, par exemple,

toi et moi,

ensemble...

...

On se mettait à l'épreuve.

Il y a des lieux comme ça où les gens se retrouvent.

Des cercles d'amour à plusieurs... libertins.

-Non, mais...

-Ecoute-moi.

On sera ensemble. On serait complices.

Et même si...

Même si c'est troublant, même si ça fait du mal,

on serait forts après ça.

Plus rien ne pourrait nous abîmer.

Dis rien, dis rien, dis rien.

Juste...

Laisse traîner dans ta tête.

Musique rock.

...

Claquement de porte.

-Putain, tu fais chier ! C'était 10h.

T'as pas compris ? -Regarde ce que j'ai reçu.

Ca m'a scotché.

-Hein ?

Charlène ? La meuf de la fenêtre au Bataclan ?

-Incroyable, non ? -Mais non !

C'est exceptionnel !

Incroyable !

Rire.

Musique rock.

...

Signal Twitter.

...

...

Bip de SMS.

Les bips s'accélèrent.

Il lâche son téléphone.

Signal SMS.

...

Il pianote sur le clavier.

*-Que s'est-il passé

à Nice en cette fin de soirée ? Le président de la région PACA

évoque des dizaines de morts.

*Un camion a foncé sur la promenade des Anglais...

Respiration rapide.

*Coups de feu.

...

*Cris.

*Fusillade.

*Cris.

...

*Brouhaha.

...

*Sirènes lointaines.

...

*Les sirènes se rapprochent.

...

Halètements.

...

Musique sombre. Un camion freine.

...

Crissements de pneus.

...

Rires.

Fracas métallique d'une canette.

Klaxons.

Musique inquiétante.

...

Sirène.

Musique inquiétante.

...

Crépitements rapides sur un clavier.

...

-Je vous l'imprime pour lecture.

-Séquestré dans un couloir du Bataclan pendant 2h30,

libéré par les policiers de la BRI après une fusillade

et une violente explosion, me croyais mort...

Après avoir relu, persiste et signe le présent procès-verbal...

-Prenez votre temps. -Le 14 novembre 2015 à 5h17.

Stéphane Toutlouyan.

Musique sombre.

...

Grondement du train.

Crissements des pneus.

...

-Dure nuit, hein ?

-Ca m'a renvoyé direct au Bataclan.

-Moi aussi, quand j'ai vu les images.

-Raconte-nous

l'histoire du clochard. -Oh non, Nina !

On la connaît. On ne va pas la répéter à chaque fois.

-Papa ! -Arnaud, je l'ai oubliée.

C'est quoi, l'histoire du clochard ?

-Comme vous le savez tous...

J'y vais. Tu écoutes.

J'étais le dernier des Potages à sortir du couloir.

Je ne sais pas encore où est ta maman.

Je quitte le Bataclan.

Il y a des pompiers,

des ambulanciers, des policiers partout,

des gyrophares qui tournent dans la nuit, bleus, rouges...

Des gens qui courent.

Des caméras de télé, des projecteurs, des sirènes...

Un vacarme de ouf !

Et là, tout à coup, au milieu de tout ce bazar,

je vois quoi ?

Je vois un homme...

un clochard qui est là...

Allongé sur un banc, il ronfle comme un bienheureux.

Il a sans doute un peu trop bu.

Mais il est beau.

Il est beau, débraillé,

un peu sale, loin du monde.

Putain, il n'a rien vu.

Il dormait et il s'est pas rendu compte.

-Il a rien vu. Il dormait. Il s'est pas rendu compte.

-Ouais. -Vous avez mis du temps

à vous retrouver, tous les 2 ? -Nous 2 ?

Ah oui, oui, oui !

Ouais, ouais.

Au moins 20 minutes. C'était horrible.

Ils nous avaient mis dans une cour d'immeuble,

rue Oberkampf.

Et moi, je tournais en rond.

J'étais comme une folle. Je n'avais plus de portable.

Et puis surtout, je ne savais pas...

si ça allait.

Je tournais, je tournais et tout à coup,

au milieu de ce...

De ce chaos, au milieu de ces gens en vrac

comme moi,

j'ai tourné la tête et je l'ai vu.

Il tournait en rond lui aussi. Il me cherchait.

Il y avait du sang sur lui.

-T'étais blessé aussi ? -Non, c'était pas si grave

que ça.

C'était des écorchures dans le dos,

mais son tee-shirt, c'était impressionnant.

C'était plein de sang et plein de... de... de...

de trucs... Enfin, voilà !

Et du coup, ils nous ont emmenés à l'hôpital tout de suite.

Sirène.

...

-J'ai eu peur.

J'ai mal.

-Mais on va à l'hôpital.

T'inquiète pas. Ca va aller.

Ils vont s'occuper de toi.

Comment tu t'appelles ?

-Matthieu.

-Je crois que ça va aller, Matthieu.

Tu ne saignes pas... nulle part.

-J'étais

dans la fosse et j'ai voulu m'en aller.

On m'a piétiné.

-T'as pu prévenir quelqu'un ?

-Oui. Mon père arrive.

-Ca va aller.

C'est sûr. -OK.

Il souffle.

-Respire bien.

Ils inspirent et expirent ensemble.

Sirène.

Ca va aller.

...

Ca va aller.

...

Brouhaha.

...

-J'arrive.

Sanglots. Conversation inaudible.

-Je peux voir un médecin ?

-Je vais voir ce que je peux faire.

-Ca réchauffe.

Respirez. Regardez-moi.

On fait tout ce qu'on peut.

Je repasse d'ici 10 mn pour voir si ça fait effet.

Brouhaha.

...

-(Merci.)

...

-Ton père.

-J'ai parlé aux internes. Les radios sont bonnes.

On peut rentrer à la maison. -Ah !

Brouhaha.

...

-Tiens.

Merci.

-Tiens. Mets ma veste. -Oui.

Merci.

-Et donne-moi ça.

Brouhaha.

...

-On y va. -Ah ? Oui.

...

-Viens, viens, viens.

...

Musique lente.

...

Soupir. -Ca va pas être facile à oublier.

Je sais bien.

Mais plus vite vous passerez

à autre chose, mieux ce sera.

...

-Marie !

Oh, ma chérie !

Oh, ma petite chérie !

-Ca va, maman. Ca va.

Les filles ?

-Elles dorment. Elles ne savent rien.

Musique grave.

...

-Ca va. Ca va.

-Je vais me...

Je vais me recoucher. Vous ne m'en voulez pas ?

-Non, non. Vas-y. Va dormir.

...

Sirène.

...

-Merci.

-Tiens.

-Elle est repartie dormir ?

-Oui.

Mais bon ! Ma mère est malade.

Si elle n'a pas ses 8h de sommeil,

c'est un peu... -9.

-Oui, c'est 9h de sommeil.

Ca ne va pas, quoi. Ca peut être dangereux, même.

Et dans ma famille, on ne se plaint pas trop.

-Je sais pas si vous avez remarqué, mais en sortant du Bataclan,

tous les garçons pleuraient et les 2 filles du groupe,

rien du tout. Pas une larme. -Absolument !

Tintements.

-Ca veut bien dire ce que ça veut dire, non ?

-T'as pleuré, toi, Arnaud ? -Oui.

-Et toi ? -Hmm, hmm !

-Moi, j'ai pas honte de le dire. J'ai gueulé, chialé.

J'étais torse nu sur le boulevard. Je cherchais mon ami Jeff.

Bien sûr que j'ai pleuré.

-Moi aussi, j'ai pleuré.

Et là, encore,

après les attentats de Nice,

je crois que je pourrais... de nouveau.

*"A Thousand Ages From the Sun", des Electric Banana.

...

La porte s'ouvre.

-Coucou !

...

Ca va ?

...

Ca sent bon. -Je t'attendais.

J'en pouvais plus de t'attendre. -C'est quoi, tout ça ?

...

-Va t'asseoir.

-OK.

Qu'est-ce qui se passe ?

-Assieds-toi. -Oui.

OK.

-Caldillo de congrio,

un plat de chez moi. Normalement, tu mets du congre.

-Mmmm ! Ca a l'air trop bon.

-Mais tu peux ajouter plein de poissons différents.

Goûte le vin.

Il se sert.

-Ben, dis-moi !

-Goûte.

-Trop bon !

-Je voulais te dire...

Ca ne doit pas être facile

de vivre avec moi au quotidien, avec la tristesse

qui m'envahit des fois.

Mais ça va changer. Tu vas voir.

Je vais aller de mieux en mieux. Je sais ce que je dois faire.

En même temps, c'était évident.

-C'est quoi ? -Quand j'ai dit aux terroristes

que j'étais chilien, j'ai pensé que je ne connaissais pas mon pays

et que je ne le reverrais jamais. J'ai cru que j'allais mourir.

Maintenant, il faut que j'y aille.

Le fonds de garantie m'a fait une avance.

J'ai de la famille là-bas.

Dans le sud du pays, il y a un parc naturel,

Torres del Paine, qui est sublime.

Il y a 3 immenses tours de granit au-dessus d'un lac entouré

par les glaciers. C'est magnifique.

Il fait rouler sa chaise. Alors, c'est 3 jours de trek.

Donc, c'est une épreuve.

Mais...

Tiens. Regarde.

-Waouh ! C'est trop beau !

-Là-haut, je sais que je vais me retrouver.

C'est comme un rendez-vous.

Je reviendrai plus fort.

Tout ce que tu m'as donné, Doris,

je pourrai te le rendre fois 20, fois 1 000.

On s'inventera une vie à nous, une vie magnifique.

Musique triste au piano.

...

-Allez !

...

-Merci beaucoup. Bonne journée.

...

-Jean-Patrice et Stéphanie Camus.

-Jean-Patrice et Stéphanie Camus. Allez-y.

-Bonjour. Sébastien Besatti.

-Sébastien Besatti. -Besatti.

-Allez-y.

-B.E.S.A.T.T.I.

-Sébastien, oui.

-Merci. Au revoir.

Rumeur.

...

-Bonjour.

...

-Ah, je suis contente que tu sois venue.

...

-Arnaud n'est pas là ? -Si, il arrive.

-Vous n'arrivez jamais ensemble.

-Euh... Ouais. C'est vrai.

C'est notre signature.

-Hé !

Bonjour ! -Bonjour !

Ca va ? -Oui, super.

Enfin, une journée comme une autre.

-Ah !

-Tu tiens le coup ? -Oui, pas de problème.

Voici Doris qui me supporte. -Bonjour.

-Tenez bon. Ca vaut le coup. -Merci.

-Ca va ?

-Ca fait bizarre, quand même.

-Je n'étais jamais revenue. Je sais pas ce que ça me fait.

*-Mesdames et messieurs, la cérémonie d'hommage

*aux victimes des attentats commis il y a un an,

*le 13 novembre 2015, va commencer.

Sirène.

...

-Ca va, toi ? -Oui, grave !

-Ca fait plaisir.

*-En mémoire des victimes... -Je suis désolé.

-Ca va, ça va. *-...du 13 novembre 2015.

*-Aux 90 vies fauchées en ces lieux.

*Stéphane Albertini,

*Nick Alexander,

*Jean-Jacques Amiot,

*-Armelle Anticevic-Pumir,

*Thomas Ayad,

*Guillaume Barreau-Decherf...

*-Emmanuel Bonnet,

*Maxime Bouffard...

*-Quentin Boulenger,

*Elodie Breuil...

*-Claire Camax, Nicolas Catinat,

*Baptiste Chevreau...

*-Nicolas Classeau...

*-Elsa Delplace

*et Patricia San Martin...

*-Alban Denuit,

*Vincent Detoc...

*-Fabrice Dubois,

*Romain Dunet,

*Thomas Duperron...

*-Mathias Dymarski et Marie Lausch...

*-Salah Emad El-Gebaly...

*-Germain Ferey, Grégory Fosse...

*-Christophe Foultier...

*-Julien Galisson, Suzon Garrigues...

*-Mayeul Gaubert,

Matthieu Giroud,

*Cédric Gomet...

*-Juan Alberto Gonzalez Garrido,

*Stéphane Grégoire et Frédéric Henninot...

*-Anne Guyomard née Cornet

*et Pierre-Yves Guyomard...

*-Stéphane Hache...

*-Olivier Hauducoeur...

*-Pierre-Antoine Henry, Mathieu Hoche...

*-Pierre Innocenti,

*Nathalie Jardin,

*Marion Jouanneau,

*Jean-Jacques Kirchheim...

*Nathalie Lauraine née Boulyguina,

*Renaud Le Guen...

*-Gilles Leclerc,

*Christophe Lellouche...

*-Cécile Martin...

*-Claire Maitrot-Tapprest...

*-Antoine Mary,

*Cédric Mauduit...

*-Isabelle Merlin,

*Fanny Minot...

*-Yannick Minvielle,

*Cécile Misse et Luis Felipe Zschoche...

*-Marie Mosser...

*-Quentin Mourier...

*-Christophe Mutez...

*-Hélène Muyal-Leiris,

*Romain Naufle,

*Bertrand Navarret...

*-Christopher Neuet-Shalter-Bodineau,

*Lola Ouzounian,

*David Perchirin...

*-Aurélie de Peretti,

*Manuel "Manu" Perez

*et Précilia Correia...

*-Franck Pitiot,

*Caroline Prénat...

*-François-Xavier Prévost...

*-Richard Rammant,

*Valentin Ribet...

*-Matthieu de Rorthais,

*Estelle Rouat,

Thibault Rousse Lacordaire...

*-Raphaël Ruiz,

*Madeleine Sadin,

*Lola Salines...

*-Hugo Sarrade,

*Djalal Sebaa...

*-Maud Serrault,

*Sven Alejandro Silva Perugini...

*-Valeria Solesin,

*Fabien Stech,

*Ariane Theiller...

*-Eric Thomé,

*Olivier Vernadal.

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